Initiative législative52024IR4588

Avis du Comité européen des régions — L’état de l’union de l’énergie: se préparer à une mise en œuvre harmonieuse de la transition énergétique conformément aux objectifs du paquet Ajustement à l’objectif 55

CELEX52024IR4588
TypeInitiative législative
Datemardi 14 octobre 2025

Résumé IA

Le Comité européen des régions émet un avis sur l'état de l'union de l'énergie, soulignant la nécessité de préparer une mise en œuvre harmonieuse de la transition énergétique en ligne avec les objectifs du paquet "Ajustement à l'objectif 55". Ce texte insiste sur le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre des politiques énergétiques et climatiques de l'UE. Il appelle à un soutien renforcé et à une meilleure coordination pour assurer une transition juste et efficace sur l'ensemble du territoire européen.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/6320

3.12.2025

Avis du Comité européen des régions — L’état de l’union de l’énergie: se préparer à une mise en œuvre harmonieuse de la transition énergétique conformément aux objectifs du paquet «Ajustement à l’objectif 55»

(C/2025/6320)

Rapporteur

:

Joško KLISOVIĆ (HR/PSE), président de l’assemblée de la ville de Zagreb

Texte de référence

:

Rapport sur l’état de l’union de l’énergie 2024

COM(2024) 404 — 12.9.2024

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CDR)

Renforcer la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» à l’échelon local

1.

se félicite des progrès accomplis dans le cadre du paquet législatif «Ajustement à l’objectif 55» et de la publication du rapport sur l’état de l’union de l’énergie 2024, qui met en évidence les réalisations en matière de déploiement des énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et de sécurité énergétique; constate néanmoins avec inquiétude que des difficultés persistent concernant la mise en œuvre, notamment en lien avec les goulets d’étranglement en matière d’octroi de permis, l’acceptation par la société, la difficulté à s’adapter aux changements continuels de législation sans disposer de capacités administratives suffisantes pour faire face à la charge de travail liée aux nouveaux objectifs, plans et projets imposés par d’autres entités administratives, la fragmentation réglementaire, les capacités techniques limitées et le manque d’accès au financement pour de nombreuses collectivités locales et régionales;

2.

met l’accent sur le rôle fondamental des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» (1), quelque 70 % de ses dispositions dépendant d’une exécution à l’échelon local, en particulier dans des domaines tels que le déploiement des énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique, la rénovation des bâtiments et les systèmes de transport durables; souligne qu’il est essentiel de doter les collectivités locales et régionales de ressources, de compétences et d’un soutien politique adéquats pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE à l’horizon 2030 et 2050, et soutient l’ambition de l’Union de parvenir à la neutralité climatique et se félicite de l’objectif proposé de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040; fait valoir que cet objectif, de même que les conditions favorisantes nécessaires pour aider l’industrie et les citoyens à y parvenir, doivent être atteints au moyen d’une réduction des émissions au sein de l’UE, et que les efforts et la participation des collectivités locales et régionales sont essentiels à cet égard, et dans l’intérêt de la compétitivité de l’Union et de la stabilité à long terme;

3.

rappelle que les collectivités locales et régionales ne se contentent pas de mettre en œuvre la transition énergétique, mais qu’elles participent également à sa conception, et demande que ce rôle soit formellement reconnu dans les législations européenne et nationales; souligne que la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» doit être adaptée aux réalités locales, en prenant en considération des facteurs comme les besoins spécifiques de chaque région, les sources d’énergie disponibles, les infrastructures ainsi que les capacités industrielles et d’innovation existantes et les capacités économiques et sociales de leurs habitants, et bénéficier de l’innovation locale, de la connaissance des conditions de terrain et de la proximité avec les citoyens; à cette fin, il est essentiel de garantir un financement adéquat et une plus grande souplesse dans l’adaptation des politiques aux conditions territoriales et de s’assurer que les projets soient le plus possible porteurs d’avantages pour le territoire, en tenant compte de la structure de la consommation énergétique et de sa répartition entre différents secteurs et du potentiel que revêt chaque territoire sur le plan des énergies renouvelables et du développement industriel;

4.

demande que l’on s’appuie sur un modèle structuré de gouvernance à niveaux multiples pour garantir une participation précoce, continue et utile des collectivités locales et régionales à la planification, à la mise en œuvre et au suivi des politiques énergétiques nationales et européennes, la Convention des maires — Europe offrant une méthodologie et une plateforme éprouvées pour accueillir un tel modèle; prie instamment la Commission européenne et les États membres de mettre pleinement en œuvre les articles 10 et 11 du règlement sur la gouvernance de l’union de l’énergie, en particulier en ce qui concerne l’élaboration des plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC) et des plans sociaux pour le climat. Un modèle de gouvernance structuré, tel que promu dans le projet NECPlatform (2), devrait garantir une participation continue des collectivités locales et régionales aux cycles nationaux en matière de politique énergétique, couvrant notamment l’élaboration, la mise en œuvre et la révision des PNEC, des stratégies de rénovation des bâtiments, des plans de lutte contre la précarité énergétique, de la stratégie pour une transition juste et des plans sociaux pour le climat;

5.

rappelle que les collectivités locales et régionales qui bénéficient du soutien des agences locales et régionales de l’énergie se voient dotées des moyens d’agir en tant que parties prenantes à la conception de la transition énergétique et responsables de sa mise en œuvre. Les agences locales et régionales de l’énergie sont des organisations à but non lucratif chargées d’aider les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens à mettre en œuvre des politiques et des programmes en faveur d’une énergie durable, qui se distinguent par leur approche indépendante de la technologie et l’accent mis sur les bénéfices pour la société plutôt que sur les intérêts commerciaux. Ce statut très spécifique leur permet d’agir en tant qu’intégratrices de services, en accélérant l’intensification des investissements dans la transition énergétique au moyen de procédures adaptées et simplifiées au service des citoyens, des pouvoirs publics, des communautés d’énergie renouvelable émergentes et des entreprises, en garantissant l’efficacité des investissements et, partant, la bonne mise en œuvre du principe de «primauté de l’efficacité énergétique» énoncé par la directive (UE) 2023/1791 du Parlement européen et du Conseil (3) relative à l’efficacité énergétique, en assurant la mise en œuvre des politiques énergétiques nouvelles telles que celles relatives à l’autoconsommation, à la rénovation énergétique des bâtiments, à la lutte contre la précarité énergétique ou à la promotion des communautés énergétiques locales, et en dressant l’inventaire, pour un territoire donné, des priorités et des possibilités d’agir pour y améliorer l’efficacité énergétique;

6.

recommande l’élaboration d’un plan d’action de l’UE afin d’aider les collectivités locales et régionales à créer de nouvelles agences de l’énergie, à consolider celles déjà en place et à introduire de nouveaux guichets uniques grâce à un financement d’amorçage et à une assistance technique, moyennant des critères communs pour mieux harmoniser les compétences. Une telle initiative devrait permettre une meilleure coordination des politiques énergétiques et climatiques en vue de maximiser les synergies avec l’initiative «Convention des maires — Europe», dans le cadre de laquelle les agences locales et régionales de l’énergie agissent en tant que coordinateurs et soutiens territoriaux des signataires, et avec l’initiative ManagEnergy (4), qui renforce la capacité des collectivités locales et régionales et des agences de l’énergie à déployer des programmes d’investissement à grande échelle en faveur de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables à l’échelon local. L’objectif ultime de ce plan d’action serait d’aider les États membres à mettre en œuvre la directive relative à l’efficacité énergétique, la directive sur la performance énergétique des bâtiments et la directive sur les sources d’énergie renouvelables;

7.

propose d’envisager la possibilité de jouer un rôle de forum pour la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» à l’échelon local, qui servirait de plateforme réunissant les collectivités locales et régionales, les pouvoirs publics nationaux et les institutions de l’UE en vue d’un dialogue permanent, d’échanges de bonnes pratiques et d’un retour d’information en temps réel sur la mise en œuvre dudit paquet;

8.

suggère que le forum pour la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» à l’échelon local comprenne un volet d’assistance technique et une fonction de mise en relation financière, afin d’aider les collectivités locales et régionales à trouver des instruments de l’UE correspondant à leurs besoins, des partenariats public-privé et de bonnes pratiques leur permettant de développer leurs projets à une plus grande échelle;

Accroître le soutien financier et l’accessibilité

9.

souligne que la complexité et la fragmentation des mécanismes de financement de l’UE demeurent des obstacles majeurs pour de nombreuses collectivités locales et régionales, en particulier les petites communes ne disposant que de capacités administratives limitées. En outre, la fragmentation des critères d’éligibilité entre les différentes sources de financement crée des inefficacités et décourage la participation. Le Comité invite par conséquent la Commission à simplifier les procédures de demande, à revoir à la baisse les exigences en matière de cofinancement et à fournir une assistance technique ciblée afin d’améliorer l’accès à la facilité pour la reprise et la résilience (FRR), au Fonds pour la modernisation, aux Fonds de cohésion et au futur Fonds social pour le climat;

10.

s’inquiète de la centralisation possible des fonds de l’Union au moyen de plans nationaux uniques, tels que proposés par la Commission européenne en juillet 2025 dans le cadre du nouveau CFP, qui éloignent la mise en œuvre des territoires et de leurs besoins, risquant de susciter le mécontentement à l’échelon local et des levées de boucliers dans la société, et ne prévoient pas d’associer les collectivités locales et régionales à la conception, à la mise en œuvre et au suivi des plans. Pour garantir la bonne mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55», de tels plans doivent impérativement respecter les principes de partenariat et de gouvernance à niveaux multiples, comme le recommandent le Comité des régions et la Convention des maires — Europe;

11.

prend acte de la proposition de la Commission européenne de tripler le budget alloué au mécanisme pour l’interconnexion en Europe, qui représente une avancée significative dans le financement de la transition énergétique; souligne toutefois que la transition énergétique ne représente pas seulement un défi technique ou financier, mais relève d’un processus de transformation que les acteurs des niveaux régional et local doivent résolument s’approprier et en faveur duquel ils doivent fermement s’engager; estime, à cet égard, que le cadre de gouvernance proposé dans le prochain CFP ne tient pas suffisamment compte de la nécessité de la coopération à plusieurs niveaux et de la subsidiarité pour parvenir à un avenir durable; dans sa forme actuelle, le cadre n’est donc pas approprié en tant que base de négociation et doit faire l’objet d’une révision substantielle afin de renforcer la participation des collectivités locales et régionales à la prise de décision, de simplifier l’accès aux fonds et de favoriser un véritable partenariat entre tous les niveaux de gouvernance;

12.

propose d’accroître le soutien financier à la transition énergétique des communes, dans le contexte de la politique de cohésion de l’Union, afin de garantir un soutien aux collectivités locales et régionales et à leurs agences locales et régionales de l’énergie, indépendamment de tout intermédiaire national; propose que soient maintenus, au sein du cadre financier pluriannuel, les fonds de coopération interrégionale ainsi que ceux destinés à promouvoir l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la durabilité, également de sorte que ces fonds contribuent au financement desdites agences; suggère que de tels mécanismes de soutien donnent la priorité aux projets portant sur l’efficacité énergétique, le déploiement des énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments, la mobilité durable, les corridors écologiques et les processus industriels durables, en particulier dans les régions défavorisées sur le plan socio-économique ou en matière d’infrastructures, et dans celles qui voient des sites de production fermer ou être délocalisés dans le contexte de la transition énergétique et de la décarbonation des industries, et que lesdits mécanismes visent directement à mettre en œuvre les instruments stratégiques du paquet «Ajustement à l’objectif 55»;

13.

invite la Commission européenne à mener des consultations approfondies avec les collectivités locales et régionales et les parties prenantes qui ont bénéficié des programmes d’assistance technique de l’UE, au titre du processus de rationalisation qui a lieu actuellement dans le cadre de la préparation du cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034;

Accélérer la délivrance des permis et le développement des infrastructures

14.

insiste sur la nécessité d’accélérer les procédures d’octroi de permis pour les projets consacrés aux énergies renouvelables, dès lors que les retards administratifs restent l’un des principaux obstacles au respect des échéances lors de leur déploiement; demande la mise en œuvre rapide des zones d’accélération des énergies renouvelables, telles que prévues par la directive révisée sur les énergies renouvelables, et un allègement de la complexité des formalités administratives pour la mise en marche de projets énergétiques et industriels, parallèlement à la mise en place d’un système numérique harmonisé d’octroi de permis à l’échelle de l’Union, afin de réduire la bureaucratie et de soutenir l’accélération des procédures locales d’autorisation;

15.

souligne qu’il est nécessaire d’augmenter de toute urgence la production et la distribution d’énergie propre au sein de l’Union, afin de garantir la compétitivité des entreprises et des industries de l’Union, ainsi que la sécurité de l’approvisionnement énergétique, la préparation aux crises énergétiques et, ce faisant, la souveraineté énergétique, tout en décarbonant le secteur de l’énergie et en luttant simultanément contre la précarité énergétique; précise qu’un cadre de l’Union est requis en vue de maintenir une approche ouverte sur le plan technologique et fondée sur des évaluations objectives de l’empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie des différentes solutions technologiques, ainsi que des incidences de celles-ci sur la société, l’environnement et les territoires;

16.

plaide en faveur d’investissements massifs dans les réseaux énergétiques, dans le développement des réseaux et infrastructures nécessaires aux nouveaux vecteurs énergétiques (comme l’hydrogène et les carburants renouvelables) ainsi qu’à d’autres vecteurs pertinents pour la transition énergétique (comme le CO2), dans l’amélioration de la capacité et de la flexibilité des réseaux électriques, leur modernisation et leur adaptation au bouquet énergétique actuel, ces éléments étant importants non seulement pour la transition énergétique mais aussi pour favoriser la compétitivité de l’industrie européenne, et enfin dans l’expansion des infrastructures de stockage de l’énergie, en particulier dans les régions rurales, montagneuses, ultrapériphériques et moins développées, ainsi que dans les îles où les contraintes de réseau limitent l’intégration des énergies renouvelables et le développement de projets industriels décarbonés; encourage la Commission européenne à soutenir en priorité les réseaux intelligents, le stockage, les communautés d’énergie renouvelable, le couplage des secteurs et les systèmes d’approvisionnement en énergie décentralisés;

17.

met en lumière les travaux concernant l’énergie menés par le CdR sur le pacte pour une industrie propre et sur le plan d’action pour une énergie abordable, ainsi que son groupe de travail «Pacte vert — Investir l’échelon local»;

18.

met en exergue le rôle stratégique des gestionnaires de réseau de distribution locaux lorsqu’il s’agit de connecter les sources renouvelables décentralisées et d’assurer la flexibilité du système énergétique ainsi que d’améliorer l’interopérabilité entre les interfaces des gestionnaires de réseau de distribution et les gestionnaires de réseaux de transport; appelle de ses vœux une coordination renforcée entre les gestionnaires de réseau de distribution et les collectivités locales et régionales en matière de planification énergétique et de développement des réseaux à l’échelon régional, ainsi que la facilitation des communautés d’énergie renouvelable; demande instamment que les données pertinentes sur les réseaux soient partagées avec les communes et leurs agences de l’énergie, afin d’aider à recenser les goulets d’étranglement et à optimiser les décisions d’investissement;

19.

demande l’inclusion des collectivités locales et régionales dans les organismes régionaux de planification des réseaux énergétiques et dans les consultations relatives aux plans décennaux de développement du réseau; préconise que le futur train de mesures consacré aux réseaux tienne compte des plans locaux de décarbonation et comprenne des analyses d’impact territorial;

Garantir l’approvisionnement en énergie et son caractère abordable

20.

insiste sur l’impérieuse nécessité de lutter contre la précarité énergétique dans le contexte de la hausse des prix de l’énergie et des coûts de rénovation. La charge que représentent les investissements initiaux élevés dans les travaux de rénovation et d’efficacité énergétique pèse de manière disproportionnée sur les ménages à faibles revenus et en situation de précarité énergétique. En l’absence d’un soutien ciblé au niveau local, ces groupes risquent d’être exclus de la transition énergétique, creusant ainsi les inégalités. Le Comité invite par conséquent les États membres à utiliser le Fonds social pour le climat et d’autres instruments de l’Union pour donner la priorité aux ménages vulnérables;

21.

demande que soient mises en œuvre des mesures locales ciblées afin de garantir une transition juste, telles que des prêts à la rénovation à taux zéro, des subventions directes aux ménages à faibles revenus et un soutien aux initiatives énergétiques de proximité; souligne que ces mesures doivent être conçues en partenariat avec les collectivités locales et régionales afin de maximiser leur incidence et leur acceptation par le public;

22.

souligne qu’il importe d’assurer la reconversion et le perfectionnement professionnels des travailleurs locaux afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre induits par la transition énergétique; appelle à accroître les investissements européens et nationaux dans la formation professionnelle, les programmes en faveur des compétences vertes et les incitations à l’emploi, en particulier dans les régions à forte intensité énergétique ou dépendantes des industries axées sur les combustibles fossiles ou confrontées à des défis structurels concernant leur marché de l’emploi; invite la Commission à inclure les collectivités locales et régionales dans la future union des compétences, étant donné qu’elles fournissent des données détaillées sur les lacunes en matière de connaissances aux niveaux local et régional dans une multitude de contextes. Les services publics de l’emploi et les établissements d’enseignement régionaux devraient être associés à la mise en œuvre du développement des compétences vertes;

23.

souligne que les collectivités locales et régionales peuvent, par l’intermédiaire de leurs agences locales et régionales de l’énergie, jouer un rôle de facilitateur pour des marchés du travail verts et des centres de formation en la matière à l’échelon local, en coopération avec les établissements d’enseignement et l’industrie locale; demande que les communes puissent bénéficier d’un financement ciblé et d’un appui technique pour mener des initiatives locales en faveur des emplois verts et gérer des observatoires des compétences;

Renforcer les capacités techniques et administratives

24.

reconnaît que de nombreuses collectivités locales et régionales, en particulier les plus petites communes, ne disposent pas des capacités techniques et administratives nécessaires pour mettre en œuvre efficacement les mesures du paquet «Ajustement à l’objectif 55». Souvent, cette efficacité est entravée non seulement par des contraintes budgétaires, mais aussi par la fragmentation institutionnelle et une coordination limitée entre les services locaux. Le Comité plaide dès lors en faveur d’une extension significative de l’assistance technique financée par l’UE, en accordant un rôle central au mécanisme européen d’assistance technique pour les projets énergétiques locaux (mécanisme ELENA) (5), qui constitue le principal dispositif de l’Union pour le soutien au développement de projets à l’échelon local; demande en outre que les conditions du mécanisme ELENA soient améliorées, moyennant un assouplissement de l’exigence d’investissement minimal afin que les petites communes puissent en bénéficier plus facilement;

25.

insiste sur le fait qu’au lieu de créer de nouvelles plateformes de connaissances, il conviendrait d’accorder la priorité à l’extension de l’assistance technique directe et des instruments de financement en cascade, tels que la facilité européenne pour les villes, qui permettent aux communes, en particulier celles de taille petite ou moyenne, d’accéder au soutien d’experts et à un financement d’amorçage pour le développement de projets; demande que les bonnes pratiques soient reproduites et généralisées, et préconise que les initiatives existantes, telles que la Convention des maires et le pacte européen pour le climat, servent à mettre en contact les acteurs locaux avec ces outils pratiques et services de conseil; préconise en outre de créer un réseau de conseil technique et financier afin d’optimiser les ressources et d’accélérer le traitement administratif des projets énergétiques durables;

26.

demande l’élaboration d’un programme de formation à l’échelle de l’Union à l’intention des responsables politiques et du personnel des administrations locales et régionales, couvrant des domaines clés tels que la planification énergétique, les marchés publics pour des solutions durables, le respect de la réglementation et les modèles de financement innovants; insiste sur la nécessité d’un développement professionnel continu pour rester au fait de l’évolution de la législation en matière d’énergie et de climat. L’Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l’environnement (CINEA) pourrait, par l’intermédiaire du sous-programme LIFE-CET, fournir l’expertise et la méthodologie nécessaires à la mise en œuvre d’un tel programme; demande que le sous-programme LIFE-CET soit maintenu dans le prochain cadre de programmation de l’Union;

27.

souligne la nécessité de constituer des capacités de mise en œuvre pérennes au niveau local en renforçant le rôle des agences locales et régionales de l’énergie et des guichets uniques; demande que les programmes d’assistance technique de l’UE soutiennent en priorité le renforcement des agences existantes et la création de nouvelles agences dans les régions mal desservies, de façon à ce que chaque commune, en particulier parmi celles de moins de 50 000 habitants, puisse accéder à des services d’experts; recommande que les agences de l’énergie soient systématiquement associées aux activités de formation et de conseil financées au titre des programmes de l’Union;

Améliorer les mécanismes de suivi, de gouvernance et de retour d’information

28.

propose l’introduction d’un tableau de bord de la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» à l’échelon local, qui serait publié chaque année par la Commission et permettrait de suivre les progrès réalisés en lien avec des indicateurs clés tels que le déploiement des énergies renouvelables, les taux de rénovation des bâtiments, les mises à niveau des réseaux énergétiques et la réduction de la précarité énergétique aux niveaux local et régional. Ce tableau de bord devrait inclure des indicateurs désagrégés sur les investissements dans les réseaux locaux, la réduction de la précarité énergétique et la mobilisation des citoyens au service de projets énergétiques, et pourrait s’appuyer, pour ce faire, sur les informations disponibles auprès des observatoires locaux et régionaux de l’énergie durable;

29.

prend note de l’évaluation par la Commission européenne de la version finale des plans nationaux actualisés en matière d’énergie et de climat, et prie instamment les États membres d’insister davantage sur la gouvernance à plusieurs niveaux et d’associer en particulier les entités infranationales (les collectivités locales et régionales) aux prochaines étapes de l’élaboration desdits plans; encourage notamment les États membres à fournir des feuilles de route sur la mise en œuvre à l’échelon local pour leurs plans nationaux actualisés en matière d’énergie et de climat, en veillant à l’alignement entre les objectifs nationaux et les plans locaux en matière d’énergie durable et de climat ou les plans similaires au niveau régional;

30.

relève également que dans son évaluation, la Commission fait observer que jusqu’à présent, seuls quelques-uns des plans nationaux contiennent des informations sur les secteurs du bâtiment et du transport routier pouvant être utilisées pour élaborer les plans sociaux pour le climat, lesquels devaient être présentés au plus tard le 30 juin 2025; signale qu’il est urgent d’élaborer ces plans en coopération étroite avec les collectivités locales et régionales afin de s’assurer que le Fonds social pour le climat sera à même de garantir une mise en œuvre harmonieuse et équitable du SEQE 2 et de protéger les groupes et territoires les plus vulnérables; s’inquiète également de ce que, dans la plupart des plans, l’ambition des États membres en ce qui concerne les stratégies de rénovation à long terme reste limitée, de même que les informations fournies sur les obligations imposées au secteur public en matière d’efficacité énergétique;

31.

met l’accent sur la nécessité d’instaurer des mécanismes permettant un dialogue et un retour d’information réguliers et structurés entre les collectivités locales et régionales, les États membres et les institutions de l’Union concernant la mise en œuvre, de manière à détecter rapidement les problèmes en la matière et à pouvoir adapter les politiques en conséquence; demande à la Commission d’associer pleinement le Comité à ces dialogues en tant que partenaire clé;

32.

souligne que la fragmentation de la gouvernance et la répartition confuse des responsabilités entre les échelons national, régional et local continuent d’entraver la mise en œuvre cohérente du paquet «Ajustement à l’objectif 55»; invite l’UE et les États membres à mettre en place un cadre de coordination clair délimitant avec précision le rôle des collectivités locales et régionales dans chacun des domaines d’action relevant dudit paquet;

Promouvoir la participation du public et l’acceptation sociale

33.

souligne que l’adhésion du public est essentielle au succès de la transition énergétique. L’opposition publique découle souvent du manque de transparence dans la communication et de l’absence d’une véritable participation aux premières étapes d’un projet. Les démarches visant à susciter la confiance doivent aller au-delà du simple respect des normes et inclure la cocréation de solutions qui répondent aux préoccupations locales, concernant par exemple l’incidence sur le paysage, les nuisances sonores ou la participation économique. Le Comité demande par conséquent que soient élaborés des plans pour la participation des acteurs locaux dans le cadre de tous les grands projets d’infrastructures énergétiques et de rénovation, afin d’associer utilement les citoyens et les organisations de terrain;

34.

encourage à promouvoir les communautés d’énergie renouvelable et les modèles de prosommation dans le prochain train de mesures sur l’énergie citoyenne; invite les États membres à transposer pleinement la directive sur les énergies renouvelables et à mettre en œuvre la réforme de l’organisation du marché de l’électricité afin de fournir les cadres nécessaires à la constitution des communautés d’énergie renouvelable, en s’appuyant sur les programmes de soutien spécifiques de l’UE;

Assurer la cohérence des politiques et la compétitivité des régions

35.

souligne qu’il importe d’aligner la transition énergétique sur les objectifs plus larges de l’UE en matière de souveraineté et de sécurité, de cohésion sociale, de compétitivité industrielle, de croissance économique et de développement régional; demande que la mise en œuvre du paquet «Ajustement à l’objectif 55» continue de figurer parmi les priorités du prochain cadre financier pluriannuel et qu’elle fasse en sorte que la politique de cohésion après 2027 puisse encore fournir un soutien adéquat aux collectivités locales et régionales sur la voie de la neutralité climatique, en évitant toute fragmentation des politiques et en garantissant l’existence de synergies entre les différents programmes de financement;

36.

relève l’incidence positive de la compensation accordée aux collectivités locales pour la production d’énergie à l’échelon local, et son impact sur les paysages et d’autres activités, notamment en tant que moyen d’accroître le soutien du public;

37.

insiste sur la nécessité de garantir des conditions de concurrence équitables pour les fournisseurs établis dans l’Union, y compris les fournisseurs de technologies, qui participent à la transition énergétique; demande que soient inclus des critères portant sur la durabilité, la circularité et l’empreinte carbone dans les procédures de passation de marchés publics et les enchères, conformément aux objectifs du règlement pour une industrie «zéro net» et à ceux définis par l’UE en matière d’autonomie stratégique;

38.

recommande l’adoption, par les États membres et les collectivités locales et régionales, de lignes directrices sur la passation de marchés publics écologiques prenant notamment en considération les analyses du cycle de vie, les retombées économiques locales et des critères relatifs à la valeur sociale; soutient les démarches de la Commission visant à réviser les règles relatives aux marchés publics en recommandant la mise à disposition d’outils et de méthodes normalisés afin d’améliorer la mise en œuvre et le renforcement des capacités au niveau des autorités chargées des marchés publics; demande que ces critères soient inclus dans les programmes de soutien en rapport avec la promotion des énergies renouvelables, la décarbonation de l’industrie, les nouvelles filières industrielles ou l’efficacité énergétique;

39.

fait valoir que la compétitivité revêt par essence une dimension territoriale: les entreprises réussissent lorsque les collectivités locales et régionales offrent les conditions propices en matière d’infrastructures, de développement, de productivité et de croissance. La compétitivité de l’Europe passe par une approche territorialisée axée sur le long terme;

40.

appelle de ses vœux des mesures plus fermes de l’Union pour promouvoir les principes de l’économie circulaire dans le secteur de l’énergie, au moyen notamment d’exigences en matière de réutilisation, de renouvellement et de recyclage des infrastructures d’énergie renouvelable; met l’accent sur le fait que la circularité doit être intégrée dans l’ensemble du cycle de vie des projets, depuis la conception et la passation de marchés jusqu’au démantèlement et à la valorisation des matériaux;

41.

attire l’attention sur le fait que les considérations relatives à l’indépendance énergétique et les solutions en la matière devraient être intégrées dans les composantes concernées du pacte pour une industrie propre en tant que moteurs d’une compétitivité durable pour les industries et les régions de l’Union;

Conclusion

42.

conclut que le succès du paquet «Ajustement à l’objectif 55» dépend de l’autonomisation pleine et entière des collectivités locales et régionales en tant qu’acteurs centraux de la transition énergétique; réaffirme que pour surmonter les obstacles existants, un soutien ciblé de l’UE, une gouvernance structurée et une coordination renforcée entre tous les niveaux de gouvernement sont nécessaires. La concrétisation des ambitions du paquet nécessite par ailleurs de définir des objectifs réalistes et économiquement rationnels, qui tiennent compte des disparités régionales et des capacités pratiques des collectivités locales et régionales;

43.

souligne que donner des moyens d’action aux collectivités locales et régionales constitue non seulement une nécessité pratique pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE, mais aussi un impératif démocratique pour faire en sorte que les citoyens soient associés, entendus et soutenus dans le cadre de la transition; fait valoir que seules les collectivités locales et régionales sont à même de traduire les objectifs généraux de l’Union en actions qui soient socialement inclusives et cohérentes sur le plan territorial et qui renforcent la confiance et l’appropriation au niveau local;

44.

invite la Commission à intégrer une dimension locale dans toutes les évaluations futures de la législation en matière d’énergie et de climat ainsi que dans le prochain cadre financier pluriannuel, en veillant à ce que la charge de mise en œuvre pesant sur les collectivités locales et régionales soit évaluée de manière réaliste et s’accompagne d’un soutien adéquat, et à ce que la législation soit créée conjointement avec les entités infranationales dès les premières étapes;

45.

demande instamment que le prochain rapport sur l’état de l’union de l’énergie comprenne un chapitre spécifiquement consacré à la mise en œuvre à l’échelon local et régional, couvrant les bonnes pratiques en vigueur, les données sur les progrès réalisés au niveau infranational, ainsi que des recommandations visant à renforcer l’action des collectivités locales et régionales.

Bruxelles, le 14 octobre 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(1) Comité européen des régions: commission de l’environnement, du changement climatique et de l’énergie, Milieu Consulting, Beamud, F., Gallego, F., Truc, M. et al., Speeding up the clean energy transition at local and regional level – The impact of the Fit for 55 package, Comité européen des régions, 2025, https://data.europa.eu/doi/10.2863/1667526.

(2) Le projet NECPlatform a été lancé en 2022 pour aider six États membres de l’UE (Bulgarie, Croatie, France, Italie, Portugal et Roumanie) à mettre en place et à gérer des plateformes permanentes pour un dialogue à plusieurs niveaux sur le climat et l’énergie, les aidant ainsi à se conformer à l’article 11 du règlement sur la gouvernance en favorisant l’intégration verticale et horizontale des politiques en matière d’énergie et de climat.

(3) Directive (UE) 2023/1791 du Parlement européen et du Conseil du 13 septembre 2023 relative à l’efficacité énergétique et modifiant le règlement (UE) 2023/955 (JO L 231 du 20.9.2023, p. 1).

(4) ManagEnergy — Page d’accueil — Commission européenne.

(5) ELENA — Mécanisme européen d’assistance technique pour les projets énergétiques locaux.


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/6320/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)