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AccueilDroit européen52024SC0034
Acte préparatoire52024SC0034

DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION RÉSUMÉ DU RAPPORT D'ANALYSE D'IMPACT accompagnant le document: Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil relative à la lutte contre les abus sexuels et l'exploitation sexuelle des enfants, ainsi que contre les matériels relatifs à des abus sexuels sur enfants, et remplaçant la décision-cadre 2004/68/JAI du Conseil (refonte)

CELEX52024SC0034
TypeActe préparatoire
Datemardi 6 février 2024

Résumé IA

Ce document de travail de la Commission européenne accompagne une proposition de directive visant à renforcer et moderniser le cadre juridique de l'UE pour lutter contre les abus sexuels sur enfants. Il présente l'analyse d'impact justifiant le remplacement de la décision-cadre 2004/68/JAI, en proposant des mesures harmonisées pour la prévention, la protection des victimes et la répression des infractions, y compris celles commises en ligne. Pour un professionnel du droit français, ce texte préfigure des évolutions législatives majeures qui impacteront le droit pénal national et les obligations des acteurs numériques.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Strasbourg, le 6.2.2024

SWD(2024) 34 final

DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION

RÉSUMÉ DU RAPPORT D'ANALYSE D'IMPACT

accompagnant le document:

Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil

relative à la lutte contre les abus sexuels et l'exploitation sexuelle des enfants, ainsi que contre les matériels relatifs à des abus sexuels sur enfants, et remplaçant la décision-cadre 2004/68/JAI du Conseil (refonte)

{COM(2024) 60 final} - {SEC(2024) 57 final} - {SWD(2024) 32 final} - {SWD(2024) 33 final}


Résumé

Analyse d’impact accompagnant la proposition de DIRECTIVE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL modifiant la directive 2011/93/UE du Parlement européen et du Conseil relative à la lutte contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, ainsi que la pédopornographie et remplaçant la décision-cadre 2004/68/JAI du Conseil.

A. Nécessité d’une action

Pourquoi? Quel est le problème à résoudre?

Les abus sexuels commis sur des enfants nuisent à la sécurité publique dans l’UE et portent atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant reconnus par la Charte. Il s’agit d’un problème de santé publique qui contribue à créer une charge mondiale, en augmentant le risque de graves problèmes de santé mentale et physique tout au long de la vie, et qui impose une charge économique aux individus, aux familles et aux sociétés. Une large part de ces abus ne sont pas dénoncés, de nombreuses victimes étant dans l’incapacité de se manifester à cause de leur jeune âge et des circonstances des abus, qui se produisent souvent au sein de la famille ou dans d’autres cercles de confiance. En ce qui concerne les abus sexuels sur enfants commis en direct à distance, les possibilités d’enquêter sur les infractions et de les poursuivre restent très limitées, même lorsque des abus sont dénoncés ou détectés d’une autre manière. L’action du droit pénal contre les abus sexuels sur enfants doit donc être encore renforcée, afin de combler les lacunes qui ont persisté ou qui sont apparues depuis l’adoption du cadre initial de l’UE en 2011. Le problème peut se résumer de la manière suivante:

1.la plus forte présence des enfants en ligne et les évolutions technologiques les plus récentes, telles que la diffusion en direct omniprésente et les mondes virtuels, créent de nouvelles possibilités d’abus parce que les enfants sont souvent contactés en ligne ou que les abus sexuels commis sur eux sont retransmis en direct sous forme de service à la demande;

2.les cadres juridiques différents existant dans les États membres en matière d’enquêtes et de poursuites ne permettent pas de lutter efficacement contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, notamment en raison de la dimension en ligne. Cela nuit à l’action des services répressifs, qui ont des difficultés à identifier les auteurs des infractions et à recueillir des preuves.

Dans la pratique, la combinaison de ces deux problèmes aboutit à l’impunité généralisée d’infractions graves dont les enfants qui en ont été victimes subiront les conséquences pendant toute leur vie.

3.Les efforts visant à prévenir les abus sexuels sur enfants et à aider les victimes conservent un caractère limité, sont d'une efficacité incertaine et sont insuffisamment coordonnés entre les parties intéressées concernées.

Quels sont les objectifs de cette initiative?

Outre la régulation du rôle des fournisseurs de services en ligne, abordée par la Commission dans sa proposition de règlement établissant des règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants [COM (2022) 209] présentée en mai 2022, il est nécessaire d’étoffer le cadre pénal existant pour en assurer l’efficacité. L’objectif général est de mieux identifier, protéger et aider les victimes d’abus sexuels sur enfants, d’assurer une prévention efficace et de faciliter les enquêtes. Les objectifs spécifiques sont: 1) d’assurer l’incrimination de toutes les formes d’abus sexuel et d’exploitation sexuelle des enfants en ligne; 2) d’assurer que les règles nationales en matière d’enquêtes et de poursuites permettent de lutter efficacement contre les abus sexuels et l'exploitation sexuelle dont sont victimes les enfants; et 3) d’améliorer la prévention, ainsi que la protection, le soutien et l’assistance en faveur des victimes, d’exiger des États membres qu’ils recueillent systématiquement des statistiques sur les abus sexuels commis sur des enfants et d’accroître la coordination entre les États membres et, au niveau national, entre toutes les parties concernées. La proposition actualise en outre la formulation du cadre existant, en remplaçant toutes les mentions du terme «pédopornographie» par l’expression «matériel relatif à des abus sexuels sur enfants», de sorte à prendre en compte les normes convenues au niveau international, pour éviter un effet de légitimisation involontaire par association avec la pornographie adulte légale.

Quelle est la valeur ajoutée de l’action au niveau de l’UE (subsidiarité)?

Les lacunes du cadre existant sont surtout apparues avec la dimension en ligne, qui est transfrontière par nature, en particulier lorsqu’il s’agit de diffusion en direct ou de pédopiégeage («grooming») en ligne. En l’absence de règles communes, les États membres auraient bien des difficultés à: i) prévenir la commission d’infractions sexuelles contre des enfants sur leur territoire; ii) mener des enquêtes et engager des poursuites à l’encontre des infractions sexuelles sur enfants qui revêtent une dimension transfrontière; et iii) à identifier les victimes et à leur porter assistance.



B. Solutions

Quelles sont les différentes options pour atteindre les objectifs? Y a-t-il une option privilégiée? Si tel n’est pas le cas, pourquoi?

Option A: Modifications législatives ciblées, destinées à clarifier les ambiguïtés du cadre actuel, à le mettre en cohérence avec les nouveaux instruments et à accroître le nombre et la qualité des informations disponibles.

Option B: Option A + modifications législatives révisant les définitions des infractions, de façon à tenir compte des évolutions technologiques actuelles et attendues.

Option C: Option B + modifications législatives en vue d’améliorer la prévention, l’assistance aux victimes, les enquêtes et les poursuites, en tenant compte de la dimension transfrontière du phénomène. Il s’agit de l’option privilégiée.

Quelles sont les positions des différentes parties intéressées? Qui soutient quelle option?

Les parties intéressées ont appelé la Commission à réviser le cadre. Elles ont confirmé avoir constaté que l’incrimination lacunaire des nouvelles tendances rendues possibles ou favorisées par les évolutions technologiques et par la plus forte présence en ligne des enfants et des prédateurs, surtout depuis la pandémie de COVID-19, est préjudiciable aux enfants. Ce sont plus particulièrement les difficultés rencontrées pour enquêter sur ces infractions et engager des poursuites, ainsi que pour identifier les victimes, qui appellent une approche plus efficace. Les parties intéressées ont également souligné la nécessité de mieux prendre en compte les spécificités des infractions liées aux abus sexuels et à l’exploitation sexuelle des enfants, notamment les difficultés rencontrées par les victimes pour dénoncer ces infractions, le long délai qui peut s’écouler entre la commission de l’infraction et la capacité de la victime à en parler, la nécessité d’une prévention ciblée et d’une assistance aux victimes, ainsi que les difficultés posées par des phénomènes tels que la délinquance sexuelle itinérante. De manière générale, les parties intéressées se sont déclarées favorables à une mise à jour ciblée du cadre, notamment pour lutter contre le phénomène des abus sexuels sur enfants commis en direct à distance.

C. Incidences de l’option privilégiée

Quels sont les avantages de l’option privilégiée (ou, à défaut, des options principales)?

L’initiative devrait permettre de mieux identifier, protéger et aider les victimes d’abus sexuels sur enfants et elle assurerait une prévention plus efficace et faciliterait les enquêtes. Elle réduirait l’impunité généralisée des abus sexuels sur enfants commis en direct à distance, en offrant des outils d’enquête plus efficaces et en adaptant le cadre pénal. Il s’agit que le fait de «passer commande» de l’abus sexuel d’un enfant, qui sera diffusé en direct pour le visionnage privé du délinquant, devienne une infraction pénale distincte de l’abus sexuel lui-même, et que les tentatives de solliciter un enfant en vue d’un abus sexuel, par l’intermédiaire de canaux en ligne tels que des «chats» ou des plateformes de jeux, soient incriminées de la même façon. L’initiative donnerait en outre aux survivants la possibilité, pendant une longue période pour tenir compte de la peur et du traumatisme durables qui empêchent souvent la dénonciation des abus, de déposer plainte et de demander réparation du préjudice, ce qui les aiderait à faire valoir leurs droits et à surmonter le traumatisme. La création d’autorités nationales chargées de coordonner les efforts au niveau de l’État membre permettrait d’avoir une approche nationale globale du phénomène des abus sexuels sur enfants, qui constitue autant un problème de santé publique que de justice pénale. Les structures de ce type qui existent dans certains États membres ont démontré leur utilité pour sensibiliser la population, prévenir les abus, donner une voix aux victimes et aux survivants et mieux les aider.

Quels sont les coûts de l’option privilégiée (ou, à défaut, des options principales)?

Les coûts incombent principalement aux administrations des États membres. L’option privilégiée crée une charge limitée pour les États membres, qui est compensée par l’incidence positive des mesures sur la prévention de la traite des êtres humains et sur la lutte contre ce phénomène, ainsi que sur la protection des victimes. Cette option consiste principalement à renforcer et à élargir les dispositions existantes, plutôt qu’à créer de nouvelles obligations. Certains États membres ont déjà adopté des mesures qui élargissent le champ d’application de leur droit pénal pour y intégrer les nouvelles propositions et ont instauré des mesures d’enquête supplémentaires, qui réduiront la charge réglementaire. L’obligation de créer une autorité nationale de coordination entraînerait une charge réglementaire et administrative également limitée pour les États membres qui ne disposent encore d’aucun système.

Quelles sont les incidences sur les PME et la compétitivité?

Il n’y a aucune incidence directe ni indirecte sur les PME et la compétitivité.

Y aura-t-il une incidence notable sur les budgets nationaux et les administrations nationales?

Il y aura quatre grands types d’incidence sur les budgets nationaux et les administrations nationales, qui devraient tous avoir une portée limitée. Premièrement, l’administration devra investir des ressources pour apporter les modifications nécessaires au cadre législatif national. Deuxièmement, l’instauration de mesures d’enquête supplémentaires devrait augmenter le nombre de cas susceptibles de donner lieu à une enquête et davantage de ressources devraient donc être nécessaires, mais d’un autre côté, l’efficience et l’efficacité des enquêtes en seraient probablement aussi accrues, ce qui à son tour réduirait la charge de travail globale des services répressifs. Troisièmement, la création et la gestion d’autorités nationales chargées de coordonner les efforts de lutte contre les abus sexuels sur enfants auront une incidence permanente sur les budgets nationaux des États membres dans lesquels de telles fonctions n’existent pas encore. Enfin, la collecte de statistiques proposée peut aller au-delà de ce qui existe déjà au niveau national, mais elle est conforme à ce qui a déjà été adopté en vertu du règlement (UE) 2021/1232 du Parlement européen et du Conseil du 14 juillet 2021 relatif à une dérogation temporaire à certaines dispositions de la directive 2002/58/CE en ce qui concerne l’utilisation de technologies par les fournisseurs de services de communications interpersonnelles non fondés sur la numérotation pour le traitement de données à caractère personnel et d’autres données aux fins de la lutte contre les abus sexuels commis contre des enfants en ligne 1 .

Y aura-t-il d’autres incidences notables?

Une incidence majeure de l’option privilégiée concerne la préservation du bien-être et des droits des enfants, en ligne et hors ligne, ainsi que des survivants d’abus sexuels sur enfants. En outre, la proposition d’élargir le droit des victimes pour que ces dernières puissent engager des poursuites et réclamer des dommages et intérêts devrait avoir une incidence positive notable sur la capacité des victimes et des survivants à faire valoir leurs droits.

Proportionnalité

Les modifications apportées à la directive par la présente proposition sont limitées et ciblées, et visent à remédier efficacement aux grandes lacunes constatées dans la mise en œuvre et l’évaluation de la directive. Toute charge administrative supplémentaire que pourrait entraîner cette actualisation est jugée proportionnée, en raison des avantages à long terme, notamment en coût/efficacité, qui en résulteront pour les victimes et la société dans son ensemble en matière de prévention et de détection précoce de ces types d’infractions. La proposition n'excède donc pas ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs poursuivis.

D. Suivi

Quand la législation sera-t-elle réexaminée?

Les effets concrets de l’option privilégiée, c’est-à-dire les progrès réels dans la lutte contre les abus sexuels commis sur enfants hors ligne et en ligne, feront l’objet d’un suivi et d’une évaluation au regard des trois objectifs spécifiques. La proposition comprend des mesures visant à recueillir des statistiques utiles pour pouvoir évaluer ces effets avec précision. Sur cette base, la Commission établira des rapports d’exécution tous les 5 ans, qui seront accompagnés de propositions de modification, si nécessaire.

(1)

JO 274 du 30.7.2021, p. 41.

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