COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 19.6.2024
SWD(2024) 610 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2024 pour la France
accompagnant le document
Recommandation de RECOMMANDATION DU CONSEIL
concernant les politiques en matière économique, sociale, structurelle, budgétaire et d’emploi de la France
{COM(2024) 610 final} - {SWD(2024) 600 final}
L’économie française a ralenti en 2023 dans un contexte d’inflation élevée et de resserrement des conditions financières
L’économie française a fortement ralenti au second semestre 2023, mais l’activité devrait redémarrer progressivement. Ce ralentissement est dû à une inflation élevée et à un durcissement des conditions financières. Selon les estimations, le PIB réel a augmenté de 0,7 % en 2023. L’activité économique ne devrait s’accélérer que progressivement en 2024. L’investissement devrait rester modéré jusqu’à ce que le coût du capital diminue. Toutefois, la baisse prévue de l’inflation devrait permettre une reprise progressive dès le second semestre de l’année. La consommation privée devrait stimuler la croissance du PIB à mesure que la pression inflationniste diminue et que le taux d’épargne des ménages retrouve progressivement sa moyenne historique. L’activité devrait ainsi progresser de 0,7 % en 2024 et de 1,3 % en 2025.
En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué une envolée des prix de l’énergie et des matières premières qui a fait grimper l’inflation. Après avoir culminé à 7,0 % au premier trimestre 2023, la hausse de l’IPCH a ralenti tout au long de l’année. L’indice a atteint 4,2 % au quatrième trimestre, en grande partie grâce à la baisse des prix de l’énergie et des matières premières. Il a encore diminué au premier trimestre 2024, s’établissant à 3,0 %. Un ralentissement généralisé de la hausse des prix à la consommation a été observé, d’autant plus que les fabricants ont commencé à répercuter la baisse des prix des matières premières sur les consommateurs. La tendance à la baisse de l’inflation devrait se poursuivre, les prix de l’énergie et des matières premières n’exerçant plus de pression sur l’inflation. Après avoir culminé à 5,7 % en 2023, la hausse de l’IPCH devrait retomber à 2,5 % en 2024 et à 2,0 % en 2025.
Les vulnérabilités de la France liées à la dette publique élevée persistent, tandis que celles liées aux problèmes de compétitivité dans un contexte de faible croissance de la productivité montrent des signes de régression. À moyen terme, les risques qui pèsent sur la viabilité budgétaire restent considérables. Toutefois, les indicateurs de compétitivité fondés sur les prix ont évolué favorablement depuis 2020, tandis que les coûts salariaux unitaires ont augmenté au cours de la période 2021-2023 sous l’effet d’une baisse de la productivité de la main-d’œuvre, bien que cette dernière soit dans une large mesure imputable à des facteurs temporaires. Depuis 2019, l’emploi structurel a considérablement augmenté. La productivité de la main-d’œuvre et la compétitivité-coûts devraient s’améliorer à l’avenir.
L’emploi continue de croître, mais des problèmes persistent
La croissance de l’emploi ralentit après des années de bons résultats. Malgré le ralentissement économique, le marché du travail a continué à faire preuve de résilience en 2023, avec une augmentation limitée du chômage. Sa croissance récente est principalement liée à un accroissement de la population active, stimulé en particulier par la réforme des retraites en 2023. Toutefois, en s’établissant à 7,5 % au quatrième trimestre 2023, le taux de chômage reste élevé par rapport aux moyennes de l’UE et de la zone euro. La France s’est fixé comme priorité essentielle de réduire le taux de chômage global et le taux de chômage des jeunes. Bien que le taux d’emploi et le taux d’activité aient atteint des niveaux records en 2023, ces taux doivent encore progresser pour soutenir la croissance économique et atteindre l’objectif national en matière d’emploi de 78 % d’ici 2030. L’insertion des groupes défavorisés et des travailleurs âgés sur le marché du travail doit encore s’améliorer (voir annexe 14).
Les pénuries de main-d’œuvre et les inadéquations de compétences restent des problèmes majeurs. Les pénuries de main-d’œuvre ont augmenté régulièrement en 2021, atteignant leur point culminant en 2022, mais elles ont diminué depuis le début de 2023. Les employeurs ont signalé que le manque de travailleurs correctement formés constitue l’un des principaux obstacles au recrutement, devant les revendications des travailleurs en faveur de meilleures conditions de travail. Les principaux secteurs concernés sont l’industrie, la construction, l’information et la communication, l’éducation et la santé. Les résultats des mesures récentes de perfectionnement et de reconversion professionnels, notamment les efforts visant à réduire les tensions qui pèsent sur le recrutement et le programme d’apprentissage, indiquent que la formation devrait mieux correspondre aux besoins des employeurs (voir annexe 14).
Bien que la France mette effectivement en œuvre le socle européen des droits sociaux, elle reste confrontée à des problèmes d’éducation, d’emploi et de pauvreté (en hausse). La plupart des indicateurs du tableau de bord du socle européen des droits sociaux correspondent à la moyenne de l’UE ou la dépassent (voir annexe 14). Néanmoins, des inégalités socio-économiques persistent et continuent d’avoir une incidence sur les résultats scolaires des élèves. En outre, les groupes défavorisés éprouvent des difficultés à entrer sur le marché du travail et à suivre une formation appropriée. Une part croissante de la population, des enfants en particulier, est exposée à un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, qui détourne encore davantage la France de son objectif de réduction de la pauvreté à l’horizon 2030. Les indicateurs de précarité énergétique se sont dégradés. La part de la population incapable de chauffer correctement son logement a doublé entre 2018 et 2022.
La dette publique risque de s’inscrire dans une tendance à la hausse
La crise de la COVID-19 et la crise énergétique ont laissé un lourd tribut à la dette publique. Déjà élevé en 2019, le ratio de la dette publique a augmenté pour atteindre 114,6 % du PIB en 2020, sous l’effet d’une forte augmentation du déficit public et d’une baisse importante du PIB. Depuis lors, le rebond économique a permis une certaine amélioration des finances publiques malgré les mesures assez importantes prises pour atténuer les effets des crises récentes. Ces mesures, conjuguées à l’augmentation des paiements d’intérêts découlant du durcissement de la politique monétaire et de la hausse de l’inflation, ont entravé une réduction plus rapide des déficits publics. Ainsi, le recul observé du ratio de la dette publique au PIB jusqu’en 2023 s’explique principalement par la croissance du PIB nominal. En 2023, le déficit public de la France est resté élevé, à 5,5 % du PIB, tandis que le ratio de la dette publique est tombé à 110,6 % du PIB.
La réduction de la dette publique est un défi majeur. Selon l’analyse de la soutenabilité de la dette réalisée par la Commission, en l’absence de toute autre action des pouvoirs publics, la dette publique devrait continuer à augmenter à moyen terme, sous l’effet de la persistance de déficits primaires structurels élevés (voir annexe 20). Dès lors, la Commission estime que la viabilité budgétaire de la France est exposée à des risques élevés à moyen terme et modérés à long terme. Les chocs négatifs sur les taux d’intérêt futurs ou la croissance économique pourraient considérablement aggraver la situation. Des mesures visant à stimuler la compétitivité et la croissance potentielle en améliorant la productivité de la main-d’œuvre et en renforçant la croissance de l’emploi contribueraient à réduire la dette publique et à atténuer les risques pour la viabilité à moyen terme.
Un niveau élevé de dette publique conjugué à un niveau élevé de dette privée pourrait être une source de vulnérabilité. Après avoir culminé à 174 % du PIB en 2020, le ratio de la dette privée au PIB, en particulier pour les sociétés non financières, s’est inscrit dans une tendance à la baisse favorisée par une forte croissance du PIB nominal. Cette baisse s’est poursuivie sous l’effet d’un ralentissement important des flux de crédit, lui-même dû au durcissement des conditions de financement à partir du second semestre 2022. Bien qu’elle reste élevée (154 % du PIB), la dette privée est revenue à ses niveaux d’avant la pandémie en 2023. Les risques liés à la dette privée restent limités et les prêts non productifs ont continué de baisser, maintenant leur niveau historiquement bas en 2023.
| Encadré 1 | La compétitivité de la France en bref La compétitivité de la France s’améliore progressivement, soutenue par les réformes et les investissements publics présentés dans le plan pour la reprise et la résilience (PRR). Le pays attire le plus grand nombre de projets financés par des investissements directs étrangers par rapport à d’autres États membres, principalement parce qu’on y trouve une énergie décarbonée et des infrastructures fiables. En outre, le soutien financier des pouvoirs publics en faveur de la recherche et de l’innovation des entreprises figure parmi les plus élevés de l’UE. Pour autant, des défis subsistent en matière de compétitivité: La France doit maintenir la croissance de l’emploi et lutter contre un chômage élevé. Elle doit déployer des efforts supplémentaires dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et des compétences pour stimuler la croissance potentielle. La croissance de l’emploi devrait s’accompagner d’une hausse de la productivité de la main-d’œuvre, qui s’obtiendra en réduisant les inadéquations et les pénuries de compétences persistantes et en améliorant les résultats scolaires. L’intensité des dépenses de R&D des entreprises stagne, en particulier dans les PME. Les dépenses de R&D au sein des entreprises restent bien en deçà de l’objectif de la stratégie Europe 2020, à savoir 2 % du PIB, tandis que l’efficacité des vastes régimes d’aide publique est souvent remise en question. Les technologies numériques tardent à s’imposer, en particulier dans les PME. En outre, la charge administrative continue d’être perçue comme un poids et les obstacles réglementaires entravent la concurrence dans le secteur des services. |
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Des investissements importants sont nécessaires pour s’adapter au changement climatique et en atténuer les effets. La Cour des comptes française a souligné la nécessité de prendre des mesures pour faire face aux conséquences du changement climatique susceptibles d’affecter les grandes infrastructures en matière d’énergie et de transport, les équipements, les logements et l’environnement naturel. Une décarbonation de l’économie à un rythme sans précédent apparaît également comme une nécessité et demandera un programme d’investissement soutenu dans les décennies à venir. Selon un récent rapport de France Stratégie, le besoin d’investissement pourrait dépasser 2 points de pourcentage du PIB en 2030 par rapport à un scénario sans action pour le climat.
La compétitivité montre des signes d’amélioration. Depuis 2020, les taux de change effectifs réels fondés sur les prix se sont dépréciés davantage en France que dans la plupart des autres économies de l’UE. Ce phénomène s’explique par une inflation plus faible en France que chez ses partenaires commerciaux, par la baisse de l’euro face au dollar et par les mesures adoptées par les pouvoirs publics, notamment des réductions des impôts sur la production et du taux de l’impôt sur les sociétés. L’augmentation du coût salarial a suivi celle de la zone euro pendant la crise de la COVID-19 en 2020, plus élevée en 2021 et en 2022, puis plus lente en 2023 en raison des augmentations salariales plus modérées visant à compenser une inflation relativement faible. Les réformes de ces dernières années et les investissements en cours devraient continuer à soutenir la compétitivité hors prix et la productivité. Ces efforts doivent être maintenus (voir encadré 1.1).
La croissance des salaires est restée limitée et amorce déjà un déclin. La croissance des salaires réels en 2022 et 2023 a été négative, malgré l’amélioration de la situation sur le marché du travail. La progression des salaires a déjà commencé à ralentir sensiblement en termes nominaux, ce qui s’est traduit par le maintien d’une croissance négative des salaires réels au quatrième trimestre 2023. Toutefois, l’indexation du salaire minimum a limité les pertes de salaires réels pour de nombreux travailleurs. Entre décembre 2020 et janvier 2024, le salaire minimum a augmenté de 14,8 %. En janvier 2023, le salaire minimum s’appliquait à plus de 17 % des travailleurs du secteur privé, contre 12 % en 2021.
| Encadré 2 | Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies La France progresse dans la réalisation de tous les ODD liés à la compétitivité et à la productivité (ODD 4, 8 et 9). Néanmoins, pour l’ODD 9 relatif à l’innovation, à l’industrie et aux infrastructures durables, elle obtient des résultats légèrement inférieurs à la moyenne de l’UE, principalement en raison de la faible proportion d’infrastructures de transport de marchandises et de ménages disposant de connexions internet à haut débit. Les indicateurs en matière de travail décent et de croissance économique (ODD 8) se sont améliorés, à l’exception du nombre d’accidents du travail mortels et du nombre de travailleurs exposés au risque de pauvreté. Sur les 17 ODD, huit affichent des indicateurs encore inférieurs à la moyenne de l’UE. Ceux-ci concernent, outre les thématiques mentionnées ci-dessus, les villes et les communautés durables (ODD 11), y compris les communautés résilientes, l’équité (ODD 3, 7 et 10) et la stabilité macroéconomique (ODD 16 et 17). |
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Des facteurs temporaires ont pesé sur la croissance de la productivité de la main-d’œuvre en France depuis 2020. La pandémie de COVID-19 a entraîné une baisse importante de la productivité de la main-d’œuvre, dont l’économie française ne s’est pas encore remise. L’emploi a fait preuve d’une grande résilience pendant la crise de la COVID-19 et la crise énergétique et n’a pas faibli en 2023. Cette résilience trouve une partie de son explication dans les mesures adoptées par les pouvoirs publics depuis 2018, qui vont des réductions permanentes des cotisations sociales et des impôts sur la production aux mesures d’urgence prises pendant les crises pour soutenir les entreprises et protéger les salariés. Les dispositifs de chômage partiel visant à éviter les licenciements massifs pendant la crise de la COVID-19 en sont un exemple. L’action décisive des pouvoirs publics a permis une augmentation de quelque 600 000 contrats d’apprentissage entre janvier 2019 et octobre 2023, ce qui a amélioré les perspectives d’emploi des jeunes. D’autre part, les attentes du marché dans un contexte de tensions sur le marché du travail ont sans doute permis une rétention importante de la main-d’œuvre dans les secteurs industriels, principalement l’aéronautique et l’industrie automobile. Bien qu’ils aient contribué à l’évolution positive de l’emploi ces dernières années, ces facteurs, en raison de leur incidence cumulée, ont mécaniquement pesé sur la productivité de la main-d’œuvre. Malgré la forte baisse enregistrée depuis 2020, la productivité de la main-d’œuvre est nettement supérieure à la moyenne de l’UE, atteignant environ 117 % de l’agrégat de l’UE en 2023. À l’avenir, l’influence de ces facteurs devrait s’atténuer. En France, la productivité de la main-d’œuvre, mesurée en emplois équivalents temps plein, devrait progresser à un rythme comparable aux moyennes de la zone euro et de l’UE en 2024 et 2025.
Des faiblesses structurelles persistent, notamment en raison du faible niveau de R&D dans les entreprises et des pénuries de compétences. Les dépenses publiques de R&D atteignent presque 1 % du PIB, mais les dépenses des entreprises restent bien en deçà de l’objectif de 2 % du PIB. Dans ce domaine, la France est à la traîne par rapport à l’objectif global de la stratégie Europe 2020, qui vise les 3 %, malgré des dispositifs d’aide publique importants (par exemple, le Crédit d’impôt recherche) (voir annexe 11). L’adoption des technologies numériques qui se fait attendre au sein des entreprises, les pénuries et les inadéquations de compétences ainsi que la faiblesse de la productivité dans certains secteurs continuent de peser sur la productivité.
De fortes disparités régionales subsistent. La plupart des régions françaises ont un PIB par habitant inférieur à la moyenne de l’UE, à l’exception des régions de la capitale (Île-de-France, 176 %) et de Rhône-Alpes (105 %): 22 régions sur 27 ont perdu du terrain entre 2012 et 2021 (voir annexe 17). Ces disparités résultent principalement de différences de productivité de la main-d’œuvre, de performances régionales en matière d’innovation (faibles dans les régions essentiellement non urbaines et les régions désindustrialisées) et de niveau d’instruction. Les régions ultrapériphériques sont confrontées à des désavantages dans bon nombre de ces domaines. En outre, certaines régions, en particulier non urbaines, sont plus touchées par le manque de services médicaux (voir annexe 16). La lutte contre les déséquilibres régionaux est essentielle pour améliorer les perspectives de croissance économique à long terme de la France.
Les financements provenant de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) et des fonds de la politique de cohésion renforcent mutuellement les efforts déployés par la France pour stimuler sa compétitivité et favoriser une croissance durable. Aux 40,3 milliards d’EUR reçus au titre de la FRR et décrits à l’annexe 3 s’ajoutent les 16,8 milliards d’EUR que la France reçoit au titre de la politique de cohésion pour la période 2021-2027. Combinés, ces deux instruments représentent un financement égal à environ 2,04 % du PIB du pays en 2023, contre 5,38 % en moyenne dans l’UE (voir annexe 4).
Dans le cadre du plan pour la reprise et la résilience (PRR), les pouvoirs publics français ont mis en place d’importantes mesures qui devraient améliorer la compétitivité du pays. En particulier, le PRR prévoit des réformes majeures dans les domaines de l’emploi, des finances publiques, des soins de santé, de la consommation d’énergie et des sources d’énergie renouvelables. La France a également réalisé des investissements importants dans la rénovation énergétique des bâtiments, les transports durables, les transitions écologique et numérique, la recherche et l’innovation et la réduction de la charge administrative pesant sur les entreprises.
La mise en œuvre du plan pour la reprise et la résilience de la France est bien engagée. Le pays a présenté trois demandes de paiement correspondant à 132 jalons et cibles du plan et avait reçu, à la mi-mai 2024, un décaissement global de 23,4 milliards d’EUR. Avec la troisième demande de paiement, la mise en œuvre du plan est globalement en bonne voie (voir annexe 3).
Le financement de la politique de cohésion permet à la France de relever les défis en matière de croissance et de compétitivité et de réduire les disparités territoriales et sociales du pays. Dans le cadre de la période de programmation de la politique de cohésion 2014-2020, le soutien du Fonds européen de développement régional (FEDER) était axé sur la recherche, l’innovation et l’efficacité énergétique. Parallèlement, le Fonds social européen (FSE) a concentré ses investissements dans l’inclusion sociale, l’orientation professionnelle et l’accès aux compétences. Pour la période de programmation actuelle 2021-2027, le soutien du FEDER cible l’innovation, la numérisation et la transition écologique. Le FSE+ continue de soutenir l’inclusion sociale et l’investissement dans le capital humain.
Une trajectoire budgétaire pluriannuelle pour réduire la dette publique
Les réformes budgétaires réalisées dans le cadre du PRR offrent des pistes attrayantes pour réduire de manière crédible la dette publique, mais une mise en œuvre stricte sera de la plus haute importance. Bien que retardée, l’adoption, en novembre 2023, de la loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027 établit une norme de dépenses pluriannuelles, comme l’exige la loi organique relative à la modernisation de la gestion des finances publiques. Ces mesures devraient permettre de maîtriser les dépenses publiques. Toutefois, le respect de cette trajectoire de dépenses pluriannuelle nécessiterait une mise en œuvre ambitieuse et efficace du nouveau programme de revue des dépenses, en vigueur depuis janvier 2023. Au terme de la première série de revues des dépenses, un rapport a été adressé au Parlement en juillet 2023, contenant des propositions spécifiques visant à réduire les dépenses et à accroître l’efficacité dans plusieurs domaines. Toutefois, ces propositions ne semblent guère avoir été intégrées dans la loi de finances 2024. À l’avenir, il importera de veiller à ce que les résultats de la revue des dépenses aient une incidence plus marquée sur les futurs plans budgétaires. Toutes ces initiatives devraient contribuer à maîtriser les dépenses publiques, ce qui est essentiel pour faire face aux risques pesant sur la viabilité budgétaire et pour inscrire la dette publique dans une tendance baissière durable.
Stimuler les transitions écologique et numérique
La France accélère la rénovation énergétique des bâtiments depuis 2021. À ce jour, quelque 740 000 ménages ont bénéficié du déploiement rapide du dispositif MaPrimeRénov’ et des subventions allouées à la rénovation des logements sociaux au titre du PRR. Le FEDER consacre plus de 830 millions d’EUR au soutien des plans nationaux de rénovation visant à améliorer l’efficacité énergétique.
Ces efforts sont soutenus par des réformes telles que la loi climat et résilience, qui cible les deux catégories de logements les plus énergivores en France (les «passoires thermiques»). La révision de la réglementation relative aux normes énergétiques et environnementales des bâtiments neufs (RE2020) devrait contribuer à réduire l’intensité énergétique des nouveaux bâtiments.
La France réalise des investissements importants dans la mobilité quotidienne durable et développe les transports publics au moyen d’actions complémentaires soutenues par le PRR et d’autres fonds de l’UE. Le PRR prévoit des investissements visant à créer de nouvelles lignes de métro urbain. En outre, le FEDER cofinance des infrastructures destinées aux vélos et aux piétons ainsi que des actions de sensibilisation et de promotion des modes de transport durables.
La France prend des mesures pour accompagner les PME et les entreprises à capitalisation moyenne dans leurs transitions écologique et numérique. Plus de 3 320 entreprises ont bénéficié d’une aide à la modernisation et à la numérisation de leurs activités. La FRR a également soutenu la mise en place d’un dispositif visant à décarboner l’industrie en réduisant la consommation d’énergie. Ces mesures se doublent de réformes, telles que la loi sur l’accélération et la simplification de l’action publique (loi ASAP), qui simplifie les procédures administratives pour les entreprises et les particuliers.
De meilleures conditions d’emploi
La FRR et les fonds de la politique de cohésion soutiennent des mesures visant à améliorer l’emploi et les compétences, en particulier parmi les groupes défavorisés. Parmi les mesures visées dans le PRR figure un renforcement temporaire des capacités de l’agence publique pour l’emploi (France Travail, anciennement Pôle Emploi). L’agence s’emploie à faciliter le retour rapide des personnes au travail à la suite de la pandémie de COVID-19. D’autres mesures soutiennent le perfectionnement et la reconversion professionnels, en mettant l’accent sur les compétences numériques. Le FSE+ vise à contribuer au développement des compétences en investissant dans l’accès à la formation, en encourageant les transitions professionnelles et en promouvant l’apprentissage tout au long de la vie.
La France soutient l’éducation et l’emploi des jeunes. Le PRR prévoit 12 mesures qui font partie du train de mesures «1 jeune 1 solution», avec notamment un renforcement de la garantie pour la jeunesse, des aides à l’embauche pour les apprentis et pour les jeunes de moins de 26 ans, des parcours pour les jeunes en décrochage scolaire et des mesures dans l’enseignement supérieur. Parallèlement, l’initiative pour l’emploi des jeunes a aidé les jeunes ne travaillant pas, ne suivant pas d’études ou de formation à trouver un poste ou une autre solution après avoir quitté le système scolaire ou perdu leur emploi.
| Encadré 3 | Des actions combinées pour des fonds de l’UE plus efficaces Afin de stimuler la croissance économique et de donner le plus d’effet possible au financement de l’UE, le PRR de la France comprend des mesures qui soutiennent les investissements au titre d’autres instruments de l’UE, créant d’importantes synergies et complémentarités entre les différents fonds. Par exemple, pour permettre à davantage de jeunes de trouver un emploi ou une formation, un cadre contractuel intégré a été mis en place, visant à fournir à chaque jeune un soutien individuel. Ce cadre comprend une phase combinant des orientations personnalisées et une subvention mensuelle destinée à encourager la participation au programme de garantie pour la jeunesse. La France utilise les investissements qu’elle reçoit au titre du PRR pour financer les subventions versées aux jeunes et les fonds du FSE pour fournir des orientations. |
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La France est confrontée à des défis liés à l’inadéquation des compétences, au niveau élevé de la dette publique, à la stagnation de l’intensité des dépenses de R&D, au faible recours aux technologies numériques par les entreprises et à la lenteur du déploiement des énergies renouvelables. En s’attaquant à ces problèmes, la France favorisera sa compétitivité à long terme et sa croissance potentielle. Elle pourra également viser la réalisation des ODD des Nations unies.
Selon l’évaluation des politiques dans le cadre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, la France a apporté une réponse globalement appropriée aux déséquilibres macroéconomiques et doit poursuivre ses efforts. L’adoption de la loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027 constitue une avancée positive. Cette loi établit une norme de dépenses pluriannuelles qui, associée à une mise en œuvre effective du nouveau mécanisme de revue des dépenses, pourrait s’avérer cruciale pour faire face aux risques pesant sur la viabilité budgétaire et inscrire la dette publique durablement à la baisse. De même, la réforme du système public de retraite devrait avoir une incidence positive sur la soutenabilité de la dette publique. D’autres réformes ont contribué à alléger la pression fiscale sur le travail, entraînant une hausse de l’emploi, en particulier chez les personnes peu qualifiées, et une baisse continue du chômage. Les investissements prévus dans le plan pour la reprise et la résilience (PRR) et dans les programmes de la politique de cohésion qui visent à stimuler la productivité en soutenant la transition numérique et la recherche devraient être déterminants pour relever les défis de compétitivité auxquels l’économie française est confrontée, tout en stimulant encore la croissance de la productivité dans les années à venir.
Il importe que les défis recensés soient abordés tant au niveau national qu’au niveau régional afin de réduire les disparités régionales et d’améliorer les capacités administratives et d’investissement de manière équilibrée dans l’ensemble du pays.
Mise en œuvre d’une stratégie globale de réduction de la dette publique
La France reste confrontée à des défis majeurs en matière de soutenabilité de sa dette à moyen terme. Bien qu’elle ait diminué entre 2021 et 2023, la dette publique porte toujours les stigmates des mesures que le gouvernement a été amené à prendre pour contrer les effets des crises récentes et reste nettement supérieure à son niveau d’avant la pandémie. À l’avenir, la dette publique devrait augmenter en 2024 et 2025. Par la suite, en l’absence de tout nouvel ajustement budgétaire, une augmentation considérable est attendue, ce qui maintient à un niveau élevé les défis en matière de viabilité budgétaire à moyen terme, bien que la baisse prévue des dépenses liées au vieillissement de la population contribue à atténuer ces problèmes à long terme (voir annexe 21).
Une stratégie efficace de réduction de la dette devrait se concentrer sur la réduction des déficits structurels élevés. Le déficit public devrait rester élevé, supérieur à 5 % du PIB en 2024 et 2025. Les dépenses publiques de la France, qui représentaient 57,3 % du PIB en 2023, restent les plus élevées de l’Union, avec quelque 7,9 points de pourcentage de plus que la moyenne de l’Union. Dans ses prévisions du printemps 2024, la Commission annonce un écart similaire en 2024 et 2025. La réduction des déficits primaires est nécessaire pour inverser les tendances de la dette publique. Il serait utile, à cette fin, d’intégrer les résultats des revues des dépenses qui sont entrées en vigueur l’année dernière dans les futures décisions budgétaires. Si les limites rencontrées lors des tentatives précédentes sont résolues, un tel cadre devrait permettre à la France de savoir où d’importantes baisses des dépenses et d’importants gains d’efficacité sont possibles et d’agir en conséquence. Cela lui permettrait de canaliser davantage de ressources vers des domaines d’action prioritaires, tels que les investissements porteurs de croissance, les transitions écologique et numérique et la résilience sociale et économique. Cette stratégie globale devrait être complétée par une évaluation systématique et approfondie de la complexité du régime fiscal, axée sur l’efficacité et le coût budgétaire des dépenses fiscales. Les dépenses fiscales remettent en cause l’efficacité et la transparence du régime fiscal français et augmentent sa complexité. Plus généralement, elles peuvent entraîner des décisions d’investissement non optimales et des pertes d’efficacité. Les dépenses fiscales restent nombreuses, entraînent une lourde charge budgétaire [supérieure à 3 % du PIB en 2022, hors crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE)] et pourraient être rendues plus efficaces.
Une croissance potentielle plus élevée contribuerait à une réduction plus rapide de la dette publique. La croissance potentielle de la France s’est améliorée à la suite des crises et est estimée à 1,1 % en 2023 (contre 0,8 % entre 2015 et 2019). Malgré la contribution positive assez importante de la main-d’œuvre ces dernières années, la productivité de la main-d’œuvre n’a pas retrouvé ses niveaux d’avant la crise, et la productivité totale des facteurs reste faible. À l’avenir, il est essentiel de continuer à renforcer l’emploi pour soutenir la croissance potentielle, la compétitivité et, en définitive, la résilience économique. Ces efforts devraient compléter ceux qui visent à accroître la productivité de la main-d’œuvre, en remédiant aux faiblesses qui fragilisent la productivité totale des facteurs. Les priorités consistent à réduire l’inadéquation et les pénuries de compétences, à améliorer les résultats scolaires, à maintenir un financement efficient et efficace de la recherche et de l’innovation et à diffuser plus largement encore les connaissances informatiques, en particulier au sein des PME. Des progrès en matière d’emploi et de productivité de la main-d’œuvre favoriseraient la croissance économique et contribueraient à réduire la dette publique et à atténuer les risques pour la viabilité à moyen terme.
La réforme des retraites adoptée en 2023 devrait avoir une incidence positive sur l’emploi et la soutenabilité de la dette publique à moyen terme. Avec un relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, le taux d’activité des travailleurs âgés devrait augmenter, en particulier au cours des 10 premières années, augmentant ainsi la croissance potentielle. Cela étant, les effets sociaux de la réforme des retraites devraient continuer de faire l’objet d’un suivi.
Remédier aux pénuries de main-d’œuvre et à la baisse des résultats scolaires
Bien que l’emploi ait atteint des niveaux records, les groupes défavorisés se heurtent à des obstacles pour accéder au marché du travail. Bien que le taux d’emploi des 20-64 ans ait atteint un niveau record de 74,4 % en 2023, le taux de chômage reste l’un des plus élevés de l’UE, y compris chez les jeunes. Les écarts en matière d’emploi pour les personnes peu qualifiées et les personnes nées en dehors de l’UE sont importants (voir graphique 3.1). En outre, les inégalités au sein du système d’éducation et de formation exacerbent les difficultés que rencontrent les groupes défavorisés pour trouver un emploi ou une formation. Aider les personnes issues de groupes défavorisés à trouver du travail conduirait à une croissance plus forte et plus inclusive.
Les pénuries de main-d’œuvre et de compétences continuent de peser sur l’investissement et la croissance de la productivité. Si, dans l’ensemble, les pénuries de main-d’œuvre restent élevées, la situation s’est améliorée récemment. Ces pénuries sont particulièrement marquées dans le secteur de la construction, et moins dans les secteurs de l’industrie et des services. Le manque de travailleurs qualifiés est l’un des principaux obstacles au recrutement. En 2022, les secteurs de l’industrie, des TIC et de la santé étaient particulièrement concernés. En outre, des pénuries de main-d’œuvre ont été signalées en 2023 pour un certain nombre de professions nécessitant des compétences spécifiques pour la transition écologique (voir annexes 8, 12 et 16). Parmi les entreprises françaises, 83 % (contre 81 % dans l’UE) citent les pénuries de main-d’œuvre et de compétences comme l’un des principaux obstacles à l’investissement (voir annexe 12). Remédier aux pénuries et aux inadéquations de compétences permettrait une meilleure répartition des travailleurs entre les principaux secteurs, ce qui pourrait accélérer la croissance de la productivité.
| Graphique 3.1: Caractéristiques des travailleurs et des chômeurs en 2022 (20-64 ans) |
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