COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 24.7.2024
SWD(2024) 816 final
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION
Rapport 2024 sur l'état de droit
Chapitre consacré à la situation de l'état de droit au Luxembourg
accompagnant le document:
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2024 sur l'état de droit
La situation de l'état de droit dans l'Union européenne
{COM(2024) 800 final} - {SWD(2024) 801 final} - {SWD(2024) 802 final} - {SWD(2024) 803 final} - {SWD(2024) 804 final} - {SWD(2024) 805 final} - {SWD(2024) 806 final} - {SWD(2024) 807 final} - {SWD(2024) 808 final} - {SWD(2024) 809 final} - {SWD(2024) 810 final} - {SWD(2024) 811 final} - {SWD(2024) 812 final} - {SWD(2024) 813 final} - {SWD(2024) 814 final} - {SWD(2024) 815 final} - {SWD(2024) 817 final} - {SWD(2024) 818 final} - {SWD(2024) 819 final} - {SWD(2024) 820 final} - {SWD(2024) 821 final} - {SWD(2024) 822 final} - {SWD(2024) 823 final} - {SWD(2024) 824 final} - {SWD(2024) 825 final} - {SWD(2024) 826 final} - {SWD(2024) 827 final} - {SWD(2024) 828 final} - {SWD(2024) 829 final} - {SWD(2024) 830 final} - {SWD(2024) 831 final}
Résumé
Le niveau de perception de l’indépendance de la justice au Luxembourg continue d’être très élevé auprès du grand public et les juridictions fonctionnent de manière efficiente. Les élections du Conseil national de la justice ont eu lieu et le Conseil devient pleinement opérationnel. Ses travaux ont fait l’objet d’une évaluation positive. La réforme qui vise à rendre l’assistance judiciaire plus accessible a été adoptée. Les progrès en matière de numérisation de la justice restent lents, malgré les évolutions notées dans le domaine de la justice administrative. Une réforme de la justice pénale pour les enfants et les jeunes est en cours afin de garantir un meilleur accès à un avocat.
Le comité de prévention de la corruption s’est concentré sur les préparatifs en vue de l’évaluation des obligations du Luxembourg au titre de la convention sur la lutte contre la corruption. Il est prévu d’augmenter les ressources et d’intensifier le recrutement pour les services de la police et les parquets afin de leur donner les moyens d’enquêter sur la criminalité économique et financière. Le code de conduite des députés a été révisé afin d’accroître la transparence des interactions entre les députés et les lobbyistes, mais les informations en ligne accessibles au public figurant dans le registre de transparence restent limitées. Les projets de loi visant à instaurer des codes de conduite pour les élus et les fonctionnaires au niveau municipal sont toujours en attente d’adoption. La manière dont les informations sont transmises au registre des réunions entre les membres du gouvernement, leurs conseillers et des tiers est en cours de simplification afin d’en améliorer la transparence et l’efficience. Le comité d’éthique n’a constaté aucune violation des codes de conduite des membres du gouvernement ou de leurs conseillers et la Cour des comptes n’a constaté aucune irrégularité en ce qui concerne le financement des partis politiques ou l’utilisation abusive de fonds publics ou de procédures de passation de marchés. Un bureau central pour les lanceurs d’alerte a été créé.
Le cadre juridique établissant le régulateur des services de médias audiovisuels et régissant son fonctionnement reste stable, tandis que ses tâches ont été étendues. Le gouvernement a apporté un soutien financier au média de service public 100,7 pour la période de 7 ans allant de 2024 à 2030. Des modifications de la loi relative à une administration transparente et ouverte ont été annoncées afin de répondre, notamment, aux besoins spécifiques des journalistes en matière d’accès rapide à l’information. Le cadre de protection des journalistes a été renforcé au moyen de modifications de la législation pénale.
Des mesures ont été prises pour renforcer l’inclusivité du processus décisionnel législatif, grâce à des consultations entre le gouvernement et de multiples acteurs à différents stades, même si des lacunes subsistent au niveau du parlement. Des discussions sont en cours concernant une réforme des institutions indépendantes de défense des droits fondamentaux dans le but d’unifier leur législation et d’améliorer leur indépendance. Une nouvelle loi sur les associations à but non lucratif et les fondations a été adoptée, mettant l’accent sur leur gouvernance.
Recommandations
Dans l’ensemble, en ce qui concerne les recommandations figurant dans le rapport 2023 sur l’état de droit, le Luxembourg:
·a pleinement mis en œuvre la recommandation consistant à poursuivre le processus d’adoption de la réforme visant à rendre l’assistance judiciaire plus accessible;
·a accompli des progrès significatifs en ce qui concerne l’évaluation de la mise en œuvre de la nouvelle législation sur le lobbying auprès du Parlement et le fonctionnement du registre de transparence, mais n’a accompli aucun progrès pour ce qui est de veiller à ce qu’il satisfasse aux exigences de transparence requises énoncées dans le règlement intérieur du Parlement;
·a accompli certains progrès supplémentaires pour ce qui est de veiller à la mise en œuvre des mesures adoptées en ce qui concerne le délai de traitement des demandes de divulgation de documents officiels, en tenant compte des normes européennes sur l’accès aux documents officiels;
·a accompli certains progrès pour ce qui est d’améliorer le processus décisionnel législatif en offrant aux parties intéressées davantage de possibilités de participer aux consultations publiques.
Sur cette base, et eu égard aux autres évolutions intervenues au cours de la période de référence, il est recommandé au Luxembourg de prendre les mesures suivantes:
·redoubler d’efforts afin de parvenir à une numérisation complète des procédures civiles, pénales et administratives;
·intensifier les efforts visant à augmenter la quantité d’informations contenues dans le registre de transparence, y compris en couvrant toutes les informations prévues dans le règlement du Parlement;
·faire avancer la réforme du cadre juridique en matière de divulgation de documents officiels, en tenant compte des normes européennes sur l’accès aux documents officiels;
·améliorer le processus décisionnel législatif, notamment au niveau du Parlement, en renforçant la transparence et la participation des parties prenantes aux consultations publiques.
I.Système de justice
Le système de justice comporte deux branches juridictionnelles distinctes: les juridictions ordinaires compétentes en matière civile et pénale et les juridictions administratives chargées du contentieux administratif. La branche ordinaire comprend trois justices de paix, deux tribunaux d’arrondissement dotés d’une compétence générale, une cour d’appel et une Cour de cassation. La branche administrative se compose d’un tribunal administratif et d’une Cour administrative. La Cour constitutionnelle fait partie du pouvoir judiciaire et statue sur la conformité des lois avec la Constitution. Depuis le 1er juillet 2023, le Conseil national de la justice est responsable de la nomination et de l’évaluation des juges et des magistrats, ainsi que des procédures disciplinaires les concernant. Le ministère public est indépendant dans l’exercice des enquêtes et poursuites individuelles, sans préjudice du droit du gouvernement d’arrêter des directives de politique pénale. Les deux Barreaux sont indépendants et représentent les avocats établis au Luxembourg. Chaque Barreau dispose d’une Assemblée , d’un Conseil de l’ordre , d’un Bâtonnier et, pour l’ensemble de la profession, d’un Conseil disciplinaire et administratif . Le Luxembourg participe au Parquet européen.
Indépendance
Le niveau de perception de l’indépendance de la justice au Luxembourg continue d’être très élevé auprès du grand public et élevé auprès des entreprises. Au total, 77 % du grand public et 74 % des entreprises ont une perception «plutôt satisfaisante» ou «très satisfaisante» du degré d’indépendance des juridictions et des juges en 2024 . L’indépendance perçue de la justice par le grand public a légèrement augmenté par rapport à 2023 (76 %), de même que par rapport à 2020 (74 %). L’indépendance perçue de la justice par les entreprises reste au même niveau qu’en 2023 (74 %) et en 2020 (74 %) .
Les élections du Conseil national de la justice ont eu lieu et le Conseil devient pleinement opérationnel. Comme indiqué dans le rapport 2023 sur l’état de droit , le 1er juillet 2023, le Conseil national de la justice est devenu opérationnel et a commencé à jouer son rôle de principale institution responsable de la nomination, de l’évaluation, de la promotion et des procédures disciplinaires des magistrats . L’élection des membres du CNJ s’est terminée avant le début de ses travaux. Le CNJ se compose de neuf membres: six magistrats élus par leurs pairs, à tous les niveaux de l’appareil judiciaire et de rangs différents ; un avocat élu par ses pairs ; et deux personnes élues par le Parlement, en raison de leur formation ou de leur expérience . Par conséquent, la composition actuelle du CNJ est conforme aux normes européennes applicables .
Dans l’ensemble, les premiers résultats du Conseil national de la justice font l’objet d’une évaluation positive. Malgré le peu de temps écoulé depuis qu’il est devenu opérationnel, le gouvernement et les parties prenantes estiment que les travaux du CNJ sont globalement positifs . On considère également que l’administration de ce nouvel organe dispose de ressources humaines et financières suffisantes pour s’acquitter de ses tâches . En ce qui concerne la charge de travail des membres du CNJ, leurs fonctions au sein de ce nouvel organe viennent s’ajouter à leurs professions à temps plein, raison pour laquelle des suppléants ont été nommés pour rééquilibrer la situation et les remplacer en cas de besoin. À cet égard, la situation est conforme aux normes européennes pertinentes, étant donné que, selon le Conseil de l’Europe , il n’existe pas de modèle unique concernant la quotité de temps de travail des membres des conseils de la justice . Les mandats peuvent être à temps partiel, comme en l’espèce, ou à temps plein, mais avec une limitation du nombre de mandats ou de temps passé à un tel poste. Dans les deux cas, le recours au temps partiel ou à la limitation du nombre de mandats a pour objectif de préserver le contact avec la pratique judiciaire . Bien que les parties prenantes aient indiqué que le CNJ ne motive pas la nomination de magistrats , ce dernier est disposé à mettre de telles motivations à la disposition des candidats sur demande .
Qualité
La réforme visant à rendre l’assistance judiciaire plus accessible a été adoptée, mettant ainsi pleinement en œuvre la recommandation de 2023. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait au Luxembourg de «[p]oursuivre le processus d’adoption de la réforme visant à rendre l’assistance judiciaire plus accessible» . Le 7 août 2023, le Parlement a adopté la loi portant organisation de l’assistance judiciaire. Comme indiqué dans le rapport 2023 sur l’état de droit , le Conseil d’État avait rendu son avis le 1er juin 2023 . Suite à cela, le Parlement a procédé aux amendements nécessaires, de nature plus technique que substantielle . La loi est entrée en vigueur en février 2024 et étend désormais la portée de l’assistance judiciaire aux personnes qui ne possèdent pas la nationalité luxembourgeoise mais résident au Luxembourg . La loi élargit le groupe des bénéficiaires pour inclure des candidats qui, auparavant, n’auraient pas pu bénéficier d’une assistance judiciaire complète malgré des moyens financiers limités . À la lumière de ces faits, la recommandation formulée dans le rapport 2023 sur l’état de droit est pleinement mise en œuvre.
La numérisation de la justice reste lente, malgré les évolutions notées dans le domaine de la justice administrative. Le rapport 2023 sur l’état de droit a noté le lancement du premier projet pilote dans le cadre du projet «paperless justice» (justice dématérialisée) , qui ne couvrait que les procédures d’urgence introduites devant les tribunaux administratifs . Bien que le projet n’ait pas connu d’évaluation, les parties prenantes ont indiqué que le recours à la version numérisée de ce type de procédure n’était pas largement répandu . En outre, les parties prenantes ont expliqué que seule une partie de la procédure est numérisée, tandis qu’une partie doit encore être déposée au format papier . Par conséquent, elles préfèrent soumettre l’ensemble des documents au format papier en une fois plutôt que de dupliquer leur travail. En ce qui concerne la justice civile, le développement d’un logiciel de dépôt numérique a débuté en février 2024 et devrait s’achever d’ici la fin de l’année . La numérisation de la justice pénale est moins développée et l’analyse des besoins et de la manière dont ils pourraient être comblés vient à peine de commencer . Les parties prenantes qui utilisent le système de justice numérisé critiquent l’approche globale consistant à réaffecter une plateforme existante, à savoir la principale plateforme permettant aux citoyens d’interagir avec l’administration, afin de répondre aux besoins du système judiciaire, plutôt qu’à construire une nouvelle plateforme ou à acheter une plateforme existante . Le projet «paperless justice», qui couvre tous les projets mis en œuvre, en cours et à venir concernant la numérisation de la justice, devrait être achevé d’ici à 2026 , mais aucune information n’est disponible concernant le lancement de projets autres que celui décrit ci-dessus . Malgré les progrès accomplis, la numérisation de la justice accuse toujours un retard. En outre, malgré l’introduction de la possibilité de déposer une réclamation dans le cadre d’une procédure administrative spécifique, des lacunes subsistent en ce qui concerne la disponibilité d’outils numériques pour engager et suivre des procédures . Pour ce qui est des procédures pénales, civiles et commerciales, il est uniquement possible, pour les juridictions, de signifier des documents de manière électronique aux citoyens et aux entreprises et d’envoyer des accusés de réception électroniques prouvant la transmission de documents. Cependant, il n’est toujours pas possible de recevoir des informations complètes concernant les frais de justice, de payer les frais de justice en ligne ou d’accéder aux dossiers électroniques des affaires clôturées ou en cours .
Une réforme de la justice pénale pour les enfants et les jeunes est en cours et vise à garantir un meilleur accès à un avocat. Le gouvernement et les parties prenantes ont signalé trois projets de loi visant à réformer le système de justice pénale pour les enfants et les jeunes, qui sont en cours d’examen par le Parlement . La réforme proposée opérerait une distinction entre les enfants en conflit avec la loi et les enfants nécessitant une protection et une assistance. Selon les parties prenantes, la réforme proposée permettrait au système de se conformer aux normes internationales ainsi que d’aborder le problème de la longueur du processus de désignation d’un avocat pour les enfants qui a été signalé dans le rapport 2023 sur l’état de droit . En outre, le Barreau du Luxembourg a pris des mesures pour faciliter la désignation d’avocats spécialisés en droit de la famille . La réforme n’a toutefois pas encore été adoptée et les problèmes signalés en 2023 persistent, le nombre de cas dans lesquels des enfants sont laissés sans avocat ayant légèrement augmenté .
Efficience
Les juridictions demeurent efficientes et le taux de variation reste stable. Les juridictions demeurent efficientes, malgré le fait que le temps estimé nécessaire pour résoudre une affaire en première instance dans le cadre d’une procédure civile, commerciale ou administrative en 2022 a légèrement augmenté par rapport à 2021 . Une même augmentation modérée est observée quant au temps estimé nécessaire pour résoudre une affaire en première instance en matière civile et commerciale . Le taux de variation observé les années précédentes reste stable . En ce qui concerne l’efficience dans les différentes instances judiciaires, la durée des procédures pour les affaires civiles et commerciales contentieuses en première et dernière instance reste l’une des plus efficientes de l’Union . Toutefois, des procédures plus longues sont observées en deuxième instance. Dans le même temps, en 2022, la durée des procédures administratives en première instance est restée supérieure à celle des procédures en deuxième instance
II.Cadre de lutte contre la corruption
Le ministère de la justice est la principale autorité chargée des questions générales de lutte contre la corruption, y compris de la coordination des politiques. Au sein du ministère de la justice, un comité intergouvernemental, le comité de prévention de la corruption (Copreco), joue le rôle de forum consultatif et soutient la politique nationale globale de lutte contre la corruption. La section économique et financière du ministère public dispose de compétences spécifiques pour enquêter sur les affaires pénales à caractère économique et financier, y compris les affaires de corruption. La Cour des comptes participe indirectement à la lutte contre la corruption grâce à ses contrôles de l’utilisation des fonds publics.
Les experts et les dirigeants d’entreprises estiment que le niveau de corruption est relativement faible dans le secteur public. Dans l’indice de perception de la corruption publié en 2023 par Transparency International, le Luxembourg obtient la note de 78/100 et se classe au 5e rang dans l’Union européenne et au 9e rang mondial . Cette perception est restée relativement stable . L’enquête «Eurobaromètre spécial» de 2024 sur la corruption montre que 43 % des personnes interrogées estiment que la corruption est répandue dans leur pays (moyenne de l’UE: 68 %) et que 8 % des personnes interrogées se sentent personnellement touchées par la corruption dans leur vie quotidienne (moyenne de l’UE: 27 %) . En ce qui concerne les entreprises, 46 % d’entre elles estiment que la corruption est répandue (moyenne de l’UE: 65 %) et 40 % estiment que la corruption est un problème dans le monde des affaires (moyenne de l’UE: 36 %) . En outre, 35 % des personnes interrogées estiment qu’il existe un nombre suffisant de poursuites ayant abouti à des condamnations pour dissuader les personnes de se livrer à des pratiques de corruption (moyenne de l’UE: 32 %) , tandis que 56 % des entreprises estiment que les personnes et les entreprises poursuivies pour corruption d’un haut fonctionnaire sont sanctionnées de manière appropriée (moyenne de l’UE: 31 %) .
Le comité de prévention de la corruption s’est concentré sur les préparatifs en vue de l’évaluation de ses obligations au titre de la convention sur la lutte contre la corruption. Dans sa récente évaluation, l’OCDE a fait part de ses préoccupations quant à la mauvaise application, par le Luxembourg, de la convention sur la lutte contre la corruption . Elle a invité le Luxembourg à mieux définir les risques de corruption étrangère auxquels les entreprises sont exposées, à adopter une approche plus proactive en ce qui concerne les enquêtes et les poursuites portant sur la corruption d’agents publics étrangers à l’égard des personnes physiques et morales, ainsi qu’à garantir l’allocation de ressources suffisantes aux services répressifs et aux autorités judiciaires . En 2023 et 2024, le Copreco a continué de se concentrer sur l’évaluation de la mise en œuvre par le Luxembourg de la convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption . Puisque la session plénière du groupe de travail de l’OCDE sur la corruption a été reportée de décembre 2023 à mars 2024 et en raison de changements survenus au sein du ministère de la justice, la deuxième réunion du Copreco , prévue pour l’automne 2023, a été reportée à janvier 2024. Le Copreco prévoit d’organiser une deuxième réunion au cours du second semestre 2024 afin d’informer ses membres des résultats de l’évaluation de l’OCDE , d’analyser les conclusions du rapport ainsi que de décider d’actions spécifiques visant à mettre en œuvre les recommandations . Les autorités ont indiqué qu’il n’existait actuellement aucun projet concret visant à transformer le Copreco en une agence spécialisée ou à élaborer une stratégie officielle de lutte contre la corruption, car cela dépendra largement du résultat final des négociations sur la proposition de directive européenne relative à la lutte contre la corruption . Depuis plusieurs années, la société civile a lancé des appels en ce sens .
Le nombre d’affaires de corruption signalées au cours de l’année écoulée montre une légère augmentation, à l’instar du nombre d’enquêtes en cours. Le nombre d’affaires de corruption enregistrées par le parquet général a légèrement augmenté en 2023, avec 31 affaires contre 28 en 2022 . Les données disponibles pour 2023 montrent également une augmentation du nombre d’enquêtes en cours: 23, contre 14 en 2022 . Trois condamnations ont été prononcées, contre six en 2022, et les décisions de justice définitives ont représenté quatre affaires en 2023 comme en 2022 . En 2023, cinq nouveaux dossiers portant sur la possible participation d’une personne morale ont également été ouverts. Depuis 2019, on a compté 14 affaires impliquant au moins une personne morale, dont 9 étaient toujours en cours au 31 décembre 2023. Quatre enquêtes sont actuellement en cours concernant des affaires de corruption internationale et ont été ouvertes entre 2020 et 2022 . La police a signalé que quatre cas de corruption étaient en suspens, trois datant de 2023 et un ouvert en 2024. La police est en train de consolider ses différentes bases de données au sein d’un seul système centralisé et global de gestion des dossiers, qui devrait être en place d’ici l’été 2025. Le nouveau système devrait améliorer l’extraction et la communication d’informations statistiques, permettre à la police d’accomplir plus efficacement sa mission principale de lutte contre la criminalité et faciliter les échanges avec les bases de données tant externes qu’internationales . La coopération globale entre le Parquet européen, la police judiciaire et les parquets nationaux continue de bien fonctionner . Aucun cas de corruption au sein de la police n’a été signalé, ni aucune violation de la charte de l’inspection générale de la police reprenant les valeurs de transparence et d’intégrité .
Il est prévu d’augmenter les ressources et d’accélérer le recrutement dans les services de la police et les parquets traitant la criminalité économique et financière. Le rapport 2023 sur l’état de droit a constaté des progrès significatifs pour ce qui est de l’augmentation des ressources allouées aux services de police et au ministère public . L’accord de coalition 2023-2028 du gouvernement contient un engagement en faveur du renforcement de la police judiciaire, plus particulièrement en ce qui concerne la lutte contre la criminalité économique et financière. Il convient de renforcer considérablement les efforts de recrutement afin de remédier à la pénurie de personnel et de permettre à la police de remplir ses missions légales . Bien qu’il soit trop tôt pour connaître la répartition des ressources futures, il est attendu qu’un tiers soit affecté à la police judiciaire, dont cinq à huit membres seraient affectés chaque année au service responsable de la criminalité économique et financière . Le personnel de la section responsable de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme de la police a augmenté de 10 personnes (passant de 19 en 2022 à 29 en 2023) . La police a indiqué qu’il était nécessaire de recruter des spécialistes pour renforcer le personnel civil («police civile»), qui l’aideraient dans le cadre des enquêtes sur la criminalité financière et économique . Le nombre de magistrats affectés à la section de la criminalité économique et financière du ministère public est toutefois resté stable (16) par rapport à 2023, malgré l’augmentation attendue de 15 % du nombre de magistrats signalée l’année dernière . Un procureur adjoint rejoindra le service en avril 2024 et la procédure de recrutement (entamée fin 2023) d’un deuxième procureur adjoint est toujours en cours. Le personnel administratif a gagné deux employés (l’un au secrétariat général et l’autre à la section de la criminalité économique et financière), ce qui représente une légère amélioration, mais pas un changement significatif . Dans le but de remédier au manque de magistrats, un projet de loi a été présenté en août 2023 en vue d’augmenter considérablement leur nombre . Le Conseil d’État a rendu son avis sur le projet de loi le 12 mars 2024. À la fin du mois de mars 2024, le gouvernement a apporté quelques modifications préliminaires au projet de loi, qui font actuellement l’objet d’un examen par le Parlement et qui pourraient être achevées d’ici septembre 2024 .
Des progrès significatifs ont été accomplis en ce qui concerne l’amélioration de la transparence des interactions entre les députés et les lobbyistes dans le cadre de la révision du code de conduite des parlementaires. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait au Luxembourg d’«évaluer la mise en œuvre de la nouvelle législation sur le lobbying auprès du Parlement et le fonctionnement du registre de transparence et veiller à ce qu’il satisfasse aux exigences de transparence requises énoncées dans le règlement intérieur du Parlement» . Le code de conduite des parlementaires, qui fait partie intégrante du règlement de la Chambre des députés, a été révisé le 21 juillet 2023. Les modifications clarifient et renforcent les règles déontologiques applicables aux parlementaires et accroissent la transparence, notamment en ce qui concerne les déclarations de patrimoine et les missions représentatives publiques . Les dispositions disciplinaires (en cas de violation du code) prévues par le règlement de la Chambre (chapitre 9) et le code de conduite (article 8) ont également été modifiées. Une obligation spécifique pour les parlementaires de dénoncer toute tentative de corruption a été ajoutée au code de conduite. Le 11 octobre 2023, le Bureau de la Chambre a adopté un nouveau guide pratique en matière de déontologie et de transparence, qui fournit des orientations et des exemples pratiques sur l’application du code de conduite en ce qui concerne les déclarations de patrimoine, les relations avec les lobbyistes, les cadeaux et les invitations . Le Parlement organisera une formation déontologique pour les députés et leur personnel au printemps 2024 . Les députés sont désormais tenus de déclarer les contacts qu’ils ont entretenus avec des lobbyistes lors des auditions en commission et en plénière, tandis que le rapporteur pour un acte législatif donné doit consigner toute rencontre dans le rapport et les procès-verbaux des réunions de la commission . Les députés et les tiers ne sont pas tenus d’inscrire leurs rencontres dans le registre (contrairement aux membres du gouvernement et à leurs conseillers) . Les informations saisies dans le registre de transparence, créé en 2021 , doivent inclure toutes les informations requises par le règlement, même si seul un extrait de ces informations est directement accessible sur le site internet du Parlement: le nom, la forme juridique et le nom du tiers représenté. Le public peut néanmoins consulter les informations plus détaillées contenues dans le registre en adressant une demande à l’administration parlementaire. Ne sont toutefois pas couvertes d’autres informations importantes, telles que la politique ou l’acte législatif visé, et il n’existe pas non plus de fonction de surveillance du gouvernement central chargée de surveiller la transparence des activités de lobbying. La transparence des déclarations de patrimoine a été améliorée , bien qu’il n’existe toujours aucun système de vérification formelle permettant de contrôler leur exactitude, ce qui pourrait être opportun . De manière générale, à la lumière de l’évolution de la situation réglementaire, il apparaît donc que des progrès significatifs ont été accomplis concernant la mise en œuvre de la recommandation formulée dans le rapport 2023 sur l’état de droit.
Les projets de loi visant à instaurer des codes de conduite pour les élus et les fonctionnaires au niveau municipal sont toujours en attente d’adoption. L’avis du Conseil d’État sur le projet de loi et le projet de règlement grand-ducal visant à introduire des principes éthiques applicables aux conseillers municipaux dans l’exercice de leurs fonctions et à renforcer la transparence dans l’exercice de la politique et de l’administration locales est toujours en suspens. Aucun calendrier précis n’est connu, mais le gouvernement espère qu’il sera possible d’adopter le projet de loi et de règlement en 2024 . Il s’agit là d’une mesure positive, même si certaines préoccupations ont été exprimées quant au champ d’application personnel, qui se limite uniquement aux élus et non pas aux fonctionnaires . Les fonctionnaires publics à l’échelon local sont néanmoins soumis au code municipal, qui définit leurs droits et devoirs en général, ainsi que les mesures disciplinaires . La mise en œuvre du code municipal relève de la responsabilité du ministère de l’intérieur, qui fournit des conseils sur d’éventuels conflits d’intérêts et sur l’application du code dans des cas concrets .
La transmission d’informations au registre de transparence pour les réunions entre les membres du gouvernement, leurs conseillers et des tiers est en cours de simplification. Le registre des réunions entre les membres du gouvernement, leurs conseillers et des représentants de groupes d’intérêts ou des tiers a été créé dans le cadre des codes de conduite de 2022 pour les membres du gouvernement et leurs conseillers . Comme l’année dernière, les mises à jour techniques du registre de transparence ont continué de poser certains problèmes, principalement en raison de la manière dont les informations ont été saisies dans le registre . Le comité d’éthique n’a pas été en mesure de suivre les réunions qui ont eu lieu sous le nouveau gouvernement (en fonction depuis le 17 novembre 2023), la dernière mise à jour du registre ayant été effectuée le 2 octobre 2023 . Il a été signalé qu’il était difficile de savoir quels types de réunions les nouveaux membres et conseillers gouvernementaux devraient inclure dans le registre pour se conformer aux exigences du code de conduite, ce qui a entraîné un retard dans la mise à jour du registre . La plateforme fait actuellement l’objet de modifications techniques internes visant à simplifier et à faciliter la transmission au registre des informations relatives aux réunions, de manière à ce que des informations plus actualisées soient plus rapidement mises à la disposition du public . Ces modifications devraient être opérationnelles d’ici la fin du mois de septembre 2024 .
Le comité d’éthique n’a constaté aucune violation des codes de conduite des membres du gouvernement ou de leurs conseillers. En janvier 2024, le comité d’éthique a publié son rapport annuel 2023 sur la mise en œuvre des codes de conduite des membres gouvernementaux et de leurs conseillers . En 2023, en ce qui concerne les membres du gouvernement, il a vérifié 18 déclarations de patrimoine et d’intérêts, émis 18 avis (comme en 2022) et n’a formulé aucune demande de clarification (contre 4 en 2022). Il n’a relevé aucun conflit d’intérêts et a pris une mesure pour prévenir les conflits d’intérêts ou rappeler les obligations au titre du code (par rapport à aucune en 2022). En ce qui concerne les conseillers du gouvernement, il a examiné et vérifié 26 listes de déclarations personnelles (10 en 2022), rédigé 26 avis (10 en 2022) et formulé huit demandes de clarification (2 en 2022). En 2023, comme en 2022, il n’a relevé aucun conflit d’intérêts ni pris de mesures de prévention des conflits d’intérêts ou de rappel des obligations. Le registre des cadeaux a été mis à jour pour la dernière fois le 27 juin 2023 et le comité d’éthique n’a pas été en mesure de surveiller les cadeaux reçus après cette date, étant donné que, depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement le 17 novembre 2023, aucune mise à jour n’avait été apportée au registre des cadeaux . En 2023, 73 cadeaux ont été reçus par des membres du gouvernement (contre 200 en 2022) et aucun cadeau n’a été accepté par les conseillers gouvernementaux en 2023 et en 2022 . Depuis le 1er octobre 2023, le nombre de membres du comité d’éthique est passé de trois à quatre . En mai 2024, le comité d’éthique a tenu une réunion avec le nouveau gouvernement afin d’assurer le suivi de ses recommandations d’avril 2023 et 2024 visant à préciser ses pouvoirs d’enquête, à modifier son règlement intérieur ainsi qu’à modifier le code de déontologie des membres du gouvernement et de leurs conseillers, principalement en ce qui concerne leur niveau d’endettement .
La Cour des comptes n’a constaté aucune irrégularité en ce qui concerne le respect des règles de financement public par les partis politiques. Dans son rapport annuel 2022 sur le financement des partis politiques , à l’exception de quelques erreurs techniques comptables mineures, la Cour n’a constaté aucune irrégularité en ce qui concerne le respect des règles de financement public par les partis . La loi sur le financement des partis politiques impose également aux partis politiques de tenir une comptabilité des dons reçus, que ce soit en espèces ou d’une valeur équivalente «en nature». Les candidats eux-mêmes ne doivent pas recevoir et conserver des dons à titre personnel et aucun don anonyme n’est autorisé. Seules les personnes physiques sont autorisées à faire un don à un parti politique et tous les donateurs doivent être enregistrés par le parti concerné . Tout don d’une valeur supérieure à 250 EUR en espèces ou en nature doit être officiellement signalé au Premier ministre, au président du Parlement et à la Cour des comptes .
Un office des signalements a été créé. Un office des signalements (OSIG), placé sous l’autorité du ministère de la justice, est opérationnel depuis le 1er septembre 2023. L’une des principales missions de l’OSIG est d’informer et d’aider les informateurs ainsi que de sensibiliser et de contribuer à l’interprétation de la loi. L’OSIG prévoit de publier son premier rapport d’activité à la mi-2024. Il prépare également une campagne de sensibilisation qui sera lancée en 2024 et fera l’objet d’un suivi en 2025. Un site internet spécifique qui fournira des informations et des orientations sur la législation sur les lanceurs d’alerte sera mis en place dans les mois à venir . La police n’a reçu aucun signalement de lanceurs d’alerte au cours de cette période de référence .
Aucun cas de corruption n’a été signalé dans le domaine des marchés publics, bien que le secteur, tout comme celui des services financiers et de l’immobilier, reste exposé à un risque élevé de corruption. Le rapport Eurobaromètre Flash sur l’attitude des entreprises vis-à-vis de la corruption dans l’UE indique que 34 % des entreprises au Luxembourg (27 % en moyenne dans l’UE) considèrent que la corruption les a empêchées en pratique de remporter un appel d’offres ou un marché public au cours des trois dernières années . Comme l’année dernière, la Cour des comptes n’a détecté ni reçu aucun rapport concernant des irrégularités ou des soupçons de corruption en ce qui concerne les procédures de passation de marchés publics ou l’utilisation de fonds publics . La police n’a pas détecté de tendances perceptibles d’infiltration des forces de police par la criminalité organisée, ce qu’elle attribue aux mesures préventives en place . Néanmoins, les secteurs considérés comme vulnérables à la corruption et à la fraude sont les marchés publics, les services financiers et l’immobilier , ainsi que certaines professions non financières .
III.Pluralisme et liberté des médias
Le cadre juridique relatif à la liberté et au pluralisme des médias comprend un ensemble de garanties constitutionnelles et législatives. La liberté d’expression est explicitement reconnue par la Constitution. La loi sur la liberté d’expression dans les médias garantit la protection des journalistes . La loi sur les médias électroniques garantit l’indépendance financière et administrative de l’autorité de régulation des médias audiovisuels. La loi relative à une administration transparente et ouverte régit l’accès aux informations détenues par les autorités et les organismes publics.
Le gouvernement prévoit des réformes de la législation relative au secteur des médias. Le gouvernement envisage de réviser la loi sur les médias électroniques et a commencé à préparer, en collaboration avec le ministère de la justice, le Conseil de presse et les journalistes, un plan d’action visant à garantir la sécurité des journalistes . L’accord de coalition pour le gouvernement (2023-2028) mentionne explicitement l’engagement de renforcer la protection des journalistes contre les actes de violence physique et les tentatives d’intimidation, dans le but de créer un environnement sûr et favorable à la liberté d’expression et à la démocratie . Une évaluation de l’application de la loi sur le régime d’aide à la presse, qui pourrait entraîner une adaptation de ce régime pour se concentrer sur les journalistes professionnels, est attendue d’ici juillet 2024.
Le cadre juridique relatif au régulateur des services de médias audiovisuels reste stable, tandis que ses missions ont été étendues. La base juridique de l’autorité luxembourgeoise indépendante de l’audiovisuel (ALIA) est stable, bien que la transposition de la directive révisée «Services de médias audiovisuels» ait déclenché la mise en place de nouvelles procédures de signalement externe et de protection de la confidentialité. Ces éléments viennent s’ajouter à l’augmentation de la charge de travail de l’ALIA, comme cela a déjà été indiqué dans le rapport 2023 sur l’état de droit . L’ALIA a indiqué au nouveau gouvernement ses besoins estimés à environ sept postes supplémentaires, pour disposer d’un total de 20 postes. En outre, l’instrument de surveillance du pluralisme des médias (Media pluralism monitor) 2024 pour le Luxembourg indique que le budget alloué par l’État n’est pas suffisant pour que l’ALIA remplisse ses fonctions de manière adéquate . Les informations sur la propriété des médias sont publiées dans l’Observatoire sur la propriété des médias européens . L’instrument de surveillance du pluralisme des médias 2024 pour le Luxembourg note que le paysage médiatique est fortement concentré hors ligne et en ligne en raison, notamment, de l’absence de limitations spécifiques visant à empêcher la concentration des médias .
Le gouvernement a apporté un soutien financier au média de service public 100,7 jusqu’en 2030. La loi nº 8209 adoptée le 15 août 2023 confirme une dotation financière annuelle d’environ 80 millions d’euros en faveur du média de service public 100,7 pour les années 2024-2030 . Au cours de la première année, le média de service public 100,7 a créé un «Statut rédactionnel» , qui préserve son indépendance éditoriale en tant que service public et met en place sa structure de gouvernance . Le conseil des auditeurs a été créé et 12 membres ont été nommés au conseil d’administration en décembre 2023 à la suite d’un appel public à candidatures.
Des progrès supplémentaires ont été signalés pour ce qui est de faciliter l’accès aux documents officiels. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait au Luxembourg de «veiller à la mise en œuvre des mesures adoptées en ce qui concerne le délai de traitement des demandes de divulgation de documents officiels, en tenant compte des normes européennes sur l’accès aux documents officiels» . Des mesures administratives ont été prises par le passé (notes explicatives internes), enjoignant à l’administration de divulguer des informations en temps utile , mais des journalistes ont demandé que des modifications soient apportées à la loi relative à une administration transparente et ouverte. Depuis la publication des résultats de l’enquête de 2022 sur l’application de la loi , des consultations ont eu lieu entre la Commission d’accès aux documents et le Conseil de presse afin de refléter dans la loi, entre autres, les besoins spécifiques des journalistes en matière d’accès rapide à l’information. Le gouvernement s’est engagé à présenter, en 2024, un projet de loi qui consacrerait dans la loi le droit d’accès aux informations publiques pour les journalistes professionnels. Dès lors, sur la base également des progrès évalués dans le rapport 2023 sur l’état de droit, des progrès supplémentaires ont été accomplis.
L’environnement professionnel des journalistes reste sûr et leur protection a été renforcée. Le cadre relatif à la protection des journalistes demeure solide . La loi 8015 du 7 août 2023 a modifié le code pénal et le code de procédure pénale afin de qualifier les attaques contre des journalistes de circonstance aggravante. En particulier, les menaces ou les attaques impliquant des substances dangereuses ou la divulgation d’informations susceptibles de conduire à l’identification d’une personne, la mettant elle ou sa famille en danger, sont punies plus sévèrement si elles sont commises à l’encontre de journalistes professionnels. Depuis le rapport 2023 sur l’état de droit, la plateforme du Conseil de l’Europe visant à promouvoir la protection du journalisme et la sécurité des journalistes et le Media Freedom Rapid Response n’ont toujours enregistré aucun signalement pour le Luxembourg. Les poursuites pénales pour diffamation à l’encontre des médias restent rares. Le gouvernement apporte un soutien financier au conseil de presse et à l’association luxembourgeoise des journalistes professionnels, qui couvre en partie les dépenses liées à la protection juridique de leurs membres.
IV.Autres questions institutionnelles en rapport avec l’équilibre des pouvoirs
Le Luxembourg est une démocratie parlementaire monocamérale , dans laquelle les propositions législatives peuvent émaner du gouvernement et des députés. Le Conseil d’État émet un avis consultatif sur les projets d’actes législatifs, qu’ils soient proposés par le gouvernement ou par les députés. La Cour constitutionnelle contrôle la constitutionnalité de la législation. Les autorités indépendantes, telles que la Commission consultative des droits de l’homme (CCDH), l’Ombudsman (Médiateur), l’Ombudsman pour les enfants et les jeunes et le Centre pour l’égalité de traitement , jouent un rôle important dans le système d’équilibre des pouvoirs.
Des progrès ont été accomplis afin de rendre le processus législatif plus inclusif, en particulier en ce qui concerne le gouvernement, tandis que des lacunes subsistent au niveau du Parlement. Le rapport 2023 sur l’état de droit recommandait au Luxembourg d’«améliorer le processus décisionnel législatif en offrant aux parties intéressées davantage de possibilités de participer aux consultations publiques» . Comme mentionné dans les précédents rapports sur l’état de droit , des inquiétudes ont été exprimées quant à la régularité et à l’étendue des consultations des parties intéressées dans le processus décisionnel. En règle générale, tout au long de la procédure législative ordinaire, un avis consultatif du Conseil d’État est obligatoire pour chaque proposition de loi. En outre, il existe cinq chambres professionnelles , qui sont consultées dans leur domaine de compétences respectif. Le ministère d’État a indiqué qu’au niveau du gouvernement, les parties prenantes sont consultées soit avant l’élaboration du projet de loi, soit avant le dépôt du projet de loi au Parlement, soit au moment du dépôt du projet de loi au Parlement . En outre, il existe une vaste liste de parties prenantes qui sont consultées en fonction du thème du projet en cours d’élaboration . La consultation de certaines de ces parties prenantes est obligatoire, notamment dans des domaines spécifiques de la législation, tandis que, dans d’autres cas, la consultation est laissée à l’appréciation de l’autorité gouvernementale qui prépare le projet de loi . Ainsi, la consultation des parties prenantes au niveau du gouvernement est bien réglementée et inclusive, et elle prévoit diverses possibilités pour les parties prenantes de participer au processus. Toutefois, au niveau du Parlement, lorsque le projet est élaboré par les députés, comme indiqué dans les rapports précédents , la consultation inclut seulement les avis du Conseil d’État, de la chambre professionnelle compétente et des parties prenantes qui ont été spécifiquement invitées par le Parlement à contribuer au processus. La contribution des parties prenantes qui ont décidé de l’envoyer de manière proactive est considérée comme faisant partie du dossier, mais elle n’est pas publiée sur le site internet du Parlement et on ne peut pas déterminer si elle est prise en compte . Quelques progrès ont donc été accomplis dans la mise en œuvre de la recommandation faite dans le rapport 2023 sur l’état de droit.
Une réforme des institutions indépendantes de défense des droits fondamentaux est en cours de discussion en vue de leur conférer une plus grande indépendance. La Commission consultative des droits de l’homme (CCDH) est l’institution nationale des droits de l’homme et dispose d’une accréditation de statut A . Des discussions se tiennent depuis juin 2023 concernant une réforme visant à unifier tous les actes législatifs relatifs aux institutions indépendantes de défense des droits fondamentaux. Parmi ces institutions figuraient l’Ombudsman, l’OKaJu (Ombudsman pour les enfants et les jeunes) et le Centre pour l’égalité de traitement. D’un point de vue administratif, ils relèvent de la responsabilité du Parlement et jouissent d’une indépendance financière et opérationnelle importante . La CCDH, qui relève du point de vue administratif de la responsabilité du ministère de l’État et dont l’indépendance financière et opérationnelle est liée au gouvernement, a demandé à être incluse dans cette discussion. L’objectif est d’accroître son indépendance financière et opérationnelle en la faisant passer sous la responsabilité du Parlement .
Le 1er janvier 2024, deux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme concernant le Luxembourg étaient en attente d’exécution, soit une augmentation d’un par rapport à l’année précédente . Au 1er janvier 2024, la proportion d’arrêts importants des dix dernières années qui restaient en attente d’exécution au Luxembourg était de 50 % (contre 25 % en 2023), et les arrêts étaient en attente d’exécution depuis 1 an et 5 mois en moyenne (contre 12 mois en 2023) . L’augmentation du taux d’arrêts importants restant en suspens devrait être évaluée en tenant compte des très rares arrêts constatant une violation rendus à l’égard du Luxembourg en chiffres absolus et s’explique principalement par le nouvel arrêt rendu en 2023. En ce qui concerne le respect des délais de paiement, au 31 décembre 2023, aucun cas n’était en attente de confirmation des paiements (contre 2 en 2022) . Au 1er juillet 2024, le nombre d’arrêts de référence en attente d’exécution était passé à trois .
Une nouvelle loi sur les associations à but non lucratif et les fondations a été adoptée, mettant l’accent sur leur gouvernance. L’espace civique reste ouvert . Le 7 août 2023, la loi sur les associations sans but lucratif et les fondations a été adoptée. Il s’agit de la première loi sur les organisations non gouvernementales depuis 1928. Elle se concentre principalement sur la structure de gouvernance en supprimant l’obligation pour chaque organisation sans but lucratif de présenter chaque année une liste de ses membres; en renforçant les obligations de déclaration financière; et en définissant des critères spécifiques pour différents types d’organisations, en les classant comme petites, moyennes ou grandes .
Annexe I: liste des sources par ordre alphabétique*
* La liste des contributions reçues dans le cadre de la consultation préalable à l’élaboration du rapport 2024 sur l’état de droit peut être consultée à l’adresse suivante: https://commission.europa.eu/publications/2024-rule-law-report-targeted-stakeholder-consultation_en .
Accord de coalition 2023-2028 (2023), https://gouvernement.lu/fr/publications/accord-coalition/accord-de-coalition-2023-2028/accord-de-coalition-2023-2028.html .
CEPEJ, Study on the functioning of the judicial systems in the EU Member States, 2023.
Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg (2023), Règlement, CHAMBRE DES DÉPUTÉS (chd.lu)
Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg (2024), communiqué de presse, Le financement des partis politiques en 2022 passé au crible | Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg (chd.lu) .
Civicus, Outil de surveillance de l’espace civique – Luxembourg https://monitor.civicus.org/country/luxembourg/ .
Comité d’éthique (2023), Rapport d’activités 2022 du comité d’éthique (gouvernement.lu) .
Comité d’éthique (2024), Rapport d’activités 2023 du comité d’éthique (gouvernement.lu) .
Comité d’éthique (2023), Recommandations du 3 avril 2023 (gouvernement.lu) .
Comité d’éthique (2024), Recommandations du 10 avril 2024, https://gouvernement.lu/dam-assets/systeme-politique/gouvernement/comite-ethique/recommandations/20240409-recommandations-comit-dthique.pdf .
Commission européenne (2020), Rapport 2020 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit au Luxembourg.
Commission européenne (2021), Rapport 2021 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit au Luxembourg.
Commission européenne (2022), Tableau de bord 2022 de la justice dans l’UE.
Commission européenne (2022), Rapport 2022 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit au Luxembourg.
Commission européenne (2023), Rapport 2023 sur l’état de droit, chapitre consacré à la situation de l’état de droit au Luxembourg.
Commission européenne (2024), Tableau de bord 2024 de la justice dans l’UE.
Conseil consultatif de juges européens (CCJE) (2007), avis nº 10 (2007) sur l’évolution des Conseils de la Justice et leur rôle dans des systèmes judiciaires indépendants et impartiaux.
Conseil consultatif de juges européens (CCJE) (2021), avis nº 24 (2021) sur l’évolution des Conseils de la Justice et leur rôle dans des systèmes judiciaires indépendants et impartiaux.
Conseil d’État (2023), avis du Conseil d’État nº 60.901 du 1er juin 2023.
Conseil de l’Europe: Comité des ministres (2010), Recommandation CM/Rec(2010)12 du Comité des ministres aux États membres sur les juges: indépendance, efficacité et responsabilités.
Conseil de l’Europe (2022), Aperçu comparatif des Conseils de la magistrature en Europe du 14 mars 2022 [DG I — DCJ (2022)1].
Conseil de l’Europe, Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes, https://fom.coe.int/fr/pays/detail/11709546 .
Conseil de l’Union européenne (2003), directive 2002/8/CE du Conseil du 27 janvier 2003 visant à améliorer l’accès à la justice dans les affaires transfrontalières par l’établissement de règles minimales communes relatives à l’aide judiciaire accordée dans le cadre de telles affaires.
Cour des comptes du Grand-Duché de Luxembourg (2024), Rapport sur l’observation des dispositions de la loi modifiée du 21 décembre 2007 portant réglementation du financement des partis politiques pour l’exercice 2022, Rapport d’activité 2022 (public.lu) .
Direction générale de la communication (2024), Eurobaromètre Flash XXX: attitude des entreprises à l’égard de la corruption dans l’UE.
Direction générale de la communication (2024), Eurobaromètre spécial XXX: attitude des citoyens à l’égard de la corruption dans l’UE.
Enquête sur l’application de la loi modifiée du 14 septembre 2018 relative à une administration transparente et ouverte – Analyse des résultats (2023), https://data.public.lu/fr/datasets/r/acd28b1d-3454-4c2f-9506-a7ab4835f637 .
Franet (2024), Université du Luxembourg (2023), Country research — Legal environment and space of civil society organisations in supporting fundamental rights – Luxembourg, Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne https://fra.europa.eu/fr/publication/2024/fundamental-rights-report-2024 .
Gouvernement du Luxembourg (2023), accord de coalition 2023-2028
Gouvernement du Luxembourg (2024), communiqué de presse — Le gouvernement poursuit ses efforts pour rendre l’administration plus transparente et plus ouverte: l’accès aux informations publiques sera renforcé. https://gouvernement.lu/fr/actualites/toutes_actualites/communiques/2023/07-juillet/25-bettel-acces-informations-publiques.html .
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GRECO (2023), Quatrième cycle d’évaluation, Prévention de la corruption des parlementaires, des juges et des procureurs, addendum au deuxième rapport de conformité sur le Luxembourg.
Journal officiel L 26 du 31.1.2003, p. 41.
Observatoire sur la propriété des médias européens (Euromedia Ownership Monitor) (2024), https://media-ownership.eu/findings/countries/luxembourg/ .
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OCDE (2024), Le Luxembourg devrait s’appuyer sur ses avancées récentes dans la lutte contre la corruption transnationale notamment par un renforcement substantiel de l’action répressive et des ressources, communiqué de presse du 15 mars 2024, https://www.oecd.org/fr/about/news/press-releases/2024/03/luxembourg-should-build-upon-recent-achievements-in-the-fight-against-foreign-bribery-by-substantially-strengthening-enforcement-efforts-and-resources.html .
OCDE (2024), Perspectives de l’OCDE sur la lutte contre la corruption et l’intégrité 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/2755ec0c-fr .
OCDE (2024), Perspectives de l’OCDE sur la lutte contre la corruption et l’intégrité 2024, notes par pays, Éditions OCDE, Paris, Luxembourg | Notes par pays | Perspectives sur la lutte contre la corruption et l’intégrité 2024 (oecd.org) .
Paperjam (2024), Corruption: deux tiers des mesures n’ont pas été mises en œuvre, https://paperjam.lu/article/mesures-luxembourg-contre-corr (consulté le 6 mai 2024).
Parlement européen, Flash Eurobaromètre: News & Media Survey 2023. Parquet européen (2024), Rapport annuel 2023.
Projet de règlement grand-ducal fixant la composition, l’organisation, le fonctionnement et les jetons de présence du comité de déontologie du conseiller communal et le contenu de la déclaration d’intérêts et de la déclaration du patrimoine immobilier des conseillers communaux, https://legilux.public.lu/eli/etat/projet/pr/20220102 .
Projet nº 7991, projet de loi portant introduction d’une procédure pénale pour mineurs, https://legilux.public.lu/eli/etat/projet/pl/20220027 .
Projet nº 7992, projet de loi relatif aux droits des mineurs victimes et témoins dans le cadre de la procédure pénale, https://legilux.public.lu/eli/etat/projet/pl/20220028 .
Projet nº 7994, projet de loi portant aide, soutien et protection aux mineurs, aux jeunes adultes et aux familles, https://legilux.public.lu/eli/etat/projet/pl/20220026 .
Projet nº 8052, projet de loi portant modification: 1° de la loi communale modifiée du 13 décembre 1988; 2° du Code pénal; 3° de la loi modifiée du 19 juillet 2004 sur l’aménagement communal et le développement urbain, 266198.pdf (chd.lu) .
Projet nº 8299, projet de loi portant modification de la loi modifiée du 7 mars 1980 sur l’organisation judiciaire en vue d’arrêter un programme pluriannuel de recrutement dans la magistrature de l’ordre judiciaire, https://wdocs-pub.chd.lu/docs/exped/0144/007/288077.pdf .
Projet nº PRGD 61.113, projet de règlement grand-ducal fixant la composition, l’organisation, le fonctionnement et les jetons de présence du comité de déontologie du conseiller communal et le contenu de la déclaration d’intérêts et de la déclaration du patrimoine immobilier des conseillers communaux, Projet de règlement grand-ducal fixant la compo - Legilux (public.lu) .
Reporters sans frontières (2023), Classement mondial de la liberté de la presse 2023. Transparency International (2024), Indice de perception de la corruption 2023.
Réseau européen de mise en œuvre (2024), Contribution du réseau européen de mise en œuvre au rapport 2024 sur l’état de droit.
Statut rédactionnel de la radio nationale publique 100,7 (2022), https://img.100komma7.lu/uploads/media/default/0002/50/20221122-statut-redactionnel-100-7_4de2c3.pdf .
Tribunal administratif du Grand-Duché de Luxembourg, 2e chambre, arrêt du 3 février 2022, https://ja.public.lu/40001-45000/44438.pdf .
Unicef Luxembourg (2024), Contribution d’Unicef Luxembourg au rapport 2024 sur l’état de droit.
Virgule (2024), Le Luxembourg «très timide» dans la lutte contre la corruption transnationale, https://www.virgule.lu/luxembourg/le-luxembourg-tres-timide-dans-la-lutte-contre-la-corruption-transnationale/9569906.html .
Annexe II: visite au Luxembourg
Les services de la Commission ont tenu des réunions virtuelles en janvier 2024 avec les entités suivantes:
·Association luxembourgeoise des journalistes professionnels (ALJP)
·Autorité luxembourgeoise indépendante de l’audiovisuel (ALIA)
·Les Barreaux de Luxembourg et de Diekirch
·Chambre des députés (Parlement)
·Commission consultative des droits de l’homme (CCDH)
·Commission d’accès aux documents
·Commission pour la prévention de la corruption (Copreco)
·Conseil d’État
·Conseil de presse Luxembourg
·Conseil national de la justice
·Cour constitutionnelle
·Cour supérieure de justice
·Groupement des magistrats luxembourgeois
·Média de service public 100,7
·Ministère d’État
·Ministère de l’intérieur
·Ministère de la justice
·Ministère des affaires étrangères et européennes
·Ministère des affaires intérieures
·Ministère public
·Ombudsman (Médiateur)
·Ombudsman pour enfants (OKaJu)
·Police grand-ducale
·Service de sécurité interne
·StopCorrupt
* La Commission a également rencontré les organisations suivantes dans le cadre d’un certain nombre de réunions horizontales:
·Amnesty International UE
·Centre européen du Volontariat
·Centre pour la démocratie et la technologie Europe
·Conseil irlandais des libertés civiles
·Culture Action Europe
·Défenseurs des droits civils
·Democracy Reporting International
·European Center for Non Profit Law
·Fédération européenne des journalistes
·Fédération internationale pour la planification familiale
·Fédération internationale pour les droits humains
·Forum civique européen
·Forum européen de la jeunesse
·Free Press Unlimited
·Institut international de la presse
·JEF Europe
·Open Society Foundations
·Partenariat européen pour la démocratie
·Philanthropy Europe Association
·PICUM
·Reporters sans frontières
·Société civile Europe
·SOLIDAR
·Transparency International EU
·Union des libertés civiles pour l’Europe