| CELEX | 52025AE1402 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 4 décembre 2025 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/870 | 27.2.2026 |
Avis du Comité économique et social européen
Révision du cadre juridique européen en matière de marchés publics
(avis exploratoire)
(C/2026/870)
Rapporteur:
Philip VON BROCKDORFF| Consultation | Commission européenne, 20.3.2025 |
| Base juridique | Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Compétence | Section «Marché unique, production et consommation» |
| Adoption en section | 14.11.2025 |
| Adoption en session plénière | 4.12.2025 |
| Session plénière no | 601 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 155/93/15 |
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) convient qu’une révision de la législation existante de l’Union est nécessaire pour renforcer la simplification, réduire les coûts administratifs et favoriser la poursuite de l’harmonisation au sein du marché unique, ainsi que pour soutenir l’innovation et la concurrence, améliorer l’efficacité et l’intégrité des dépenses publiques et assurer une meilleure utilisation des deniers publics. En outre, il estime que la réforme devrait soutenir la croissance de l’UE, la négociation collective, des emplois de qualité, la protection du climat et, le cas échéant, le «Made in Europe», comme l’a souligné la présidente de la Commission dans son discours sur l’état de l’Union. |
| 1.2. | Le CESE estime qu’une politique européenne durable en matière de marchés publics peut dépasser le paradigme étroit de la défaillance du marché en permettant la passation de marchés stratégiques et axés sur le bien-être public, considérer les critères sociaux, environnementaux et relatifs à l’innovation comme des objectifs d’égale importance et garantir un accès équitable aux marchés publics pour les opérateurs privés. |
| 1.3. | Étant donné que c’est l’argent des contribuables qui est dépensé dans le cadre de marchés publics, ceux-ci doivent être attribués sur la base du principe de l’«offre économiquement la plus avantageuse», tout en soulignant l’importance de critères autres que le prix, par exemple la qualité, l’innovation et les considérations environnementales, sociales et de durabilité, en particulier les droits des travailleurs et les conventions collectives. Le CESE est également d’avis que le prix le plus bas ne devrait pas être le seul critère décisif pour l’attribution d’un marché. |
| 1.4. | Le CESE préconise d’adopter une démarche globale en ce qui concerne les politiques relatives aux services d’intérêt général (SIG). En outre, l’autonomie des pouvoirs publics devrait également être pleinement respectée. La prestation publique de services, les partenariats public-public et la prestation en interne doivent toujours rester possibles. |
| 1.5. | Le CESE est d’avis que les marchés publics ne devraient pas être attribués à des entreprises qui, systématiquement, portent atteinte aux droits fondamentaux des travailleurs ou ne respectent pas les conventions collectives par lesquelles elles sont liées. |
| 1.6. | Sous réserve de la mise en place de critères juridiques appropriés et en veillant à limiter au minimum les distorsions de la concurrence, la possibilité de recourir à la passation de marchés interne pour les entités juridiques contrôlées majoritairement, régie par l’article 12 de la directive 2014/24/UE du Parlement européen et du Conseil (1), et à l’attribution directe devrait être maintenue dans le cadre de la révision des directives de l’UE sur les marchés publics. |
| 1.7. | Maintenir l’article 77 de la directive 2014/24/UE revêt une importance cruciale: il permet en effet d’attribuer des marchés dans les secteurs de la santé, des affaires sociales, de l’éducation et de la culture spécifiquement à des organisations à but non lucratif. |
| 1.8. | Le CESE préconise d’introduire une obligation légale d’évaluer les effets des seuils existants pour les contrats de service public. |
| 1.9. | Les marchés publics peuvent soutenir une Europe socialement juste, écologiquement durable et résiliente sur le plan économique, dans l’intérêt du bien commun. |
| 1.10. | Enfin, le CESE plaide en faveur de clauses obligatoires de révision du prix afin de tenir compte des changements liés aux salaires dans les conventions collectives et/ou la législation du travail, ou de l’inflation, ainsi que d’autres facteurs pertinents ayant une incidence sur l’exécution du marché, tels que les coûts de l’énergie. |
2. Éléments de contexte
| 2.1. | Les marchés publics représentent une activité économique considérable, avec environ 14 % du PIB, soit plus de 2 400 milliards d’euros par an consacrés par des administrations et des entités publiques aux services publics, aux travaux publics et aux fournitures dans des secteurs tels que l’énergie, la santé, les transports et l’éducation. Le cadre pour les marchés publics est utilisé pour régir la manière dont les pouvoirs adjudicateurs et entités adjudicatrices achètent des biens, des travaux et des services. L’objectif de l’harmonisation des règles en matière de marchés publics au niveau européen est de réaliser un marché unique et d’ouvrir les marchés publics. Le CESE est d’avis que les marchés publics devraient continuer à améliorer l’efficacité et l’intégrité des dépenses publiques, en assurant une meilleure utilisation des deniers publics, mais aussi être un outil pour renforcer la croissance de l’UE, la protection du climat, le développement régional, la justice sociale et des emplois et des services de qualité. Toutefois, ce potentiel n’a pas été suffisamment exploité à ce jour, en raison d’un manque de ressources professionnelles pour mener à bien ces procédures. Cette situation nuit à l’autonomie régionale et à l’efficacité du marché unique. Il faut également noter que les règles actuelles en matière de marchés publics et l’absence de conditions sociales efficaces ont créé une pression à la baisse sur les coûts de main-d’œuvre et la négociation collective, ce qui a eu une incidence sur les conditions de travail et les salaires. |
| 2.2. | La législation de l’UE fixe actuellement des règles minimales en matière de marchés publics. Il pourrait donc être pertinent de se concentrer sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne ainsi que sur les conclusions de la Cour des comptes européenne (2). Toutes ces conclusions montrent que le droit des marchés publics est souvent trop complexe et insuffisamment stratégique pour atteindre des objectifs importants. Le rapport de la Cour des comptes indique par ailleurs qu’au cours de la dernière décennie, la concurrence pour les marchés publics a connu un recul et que la réforme des directives de l’UE de 2014 n’a pas réussi à inverser cette tendance. |
| 2.3. | C’est ce qui ressort également très clairement des rapports Letta (3) et Draghi (4), qui reconnaissent la pertinence des marchés publics en tant qu’activité économique en mesure de contribuer pleinement à la réalisation des objectifs politiques, économiques et sociaux de l’UE. À cet égard, l’objectif des marchés publics devrait être de garantir des conditions de concurrence équitables pour les soumissionnaires économiques: la concurrence déloyale a une incidence négative tant sur les travailleurs que sur les entreprises de bonne foi. Il conviendrait dès lors de considérer une convention collective comme un critère objectivement vérifiable dans la passation de marchés publics. En outre, les marchés publics, qui sont souvent sensibles aux prix, doivent encore réaliser pleinement leur potentiel en ce qui concerne l’achat de produits et de services intelligents, écologiques et socialement responsables. Si les directives autorisent l’utilisation de critères de qualité objectifs, leur application pratique reste inégale (5). |
| 2.4. | En réponse à ces rapports, la présidente de la Commission européenne a prévu, dans les orientations politiques 2024-2029, une révision des directives sur les marchés publics. La révision et la simplification des règles et des procédures pour les marchés publics sont essentielles pour soutenir la boussole de l’UE en matière de compétitivité. Dans ce contexte, la Commission a lancé une évaluation des trois actes législatifs qui réglementent les marchés publics dans l’UE («comment acheter»): les directives 2014/23/UE du Parlement européen et du Conseil (6) (directive sur les concessions), 2014/24/UE (directive sur les marchés publics) et 2014/25/UE du Parlement européen et du Conseil (7) (directive relative aux secteurs spéciaux). |
| 2.5. | L’évaluation couvre la période 2016-2024 et inclut tous les États membres ainsi que les pays de l’EEE. Elle se concentrera sur les règles en matière de marchés publics et leur incidence sur la compétitivité. |
3. Observations générales
| 3.1. | Comme indiqué dans la partie 2 du présent avis, chaque année, dans toute l’Europe, les pouvoirs publics dépensent plus de 2 000 milliards d’euros en biens, services et travaux dans le cadre de procédures de passation de marchés publics. Pour de nombreuses entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), le fait de remporter un appel d’offres public peut vraiment changer la donne. Toutefois, les procédures fragmentées et les exigences complexes peuvent s’avérer particulièrement lourdes pour les PME. |
| 3.2. | L’un des problèmes auxquels les entreprises sont confrontées lorsqu’elles tentent de soumissionner pour des appels d’offres publics dans l’UE est la fragmentation. Bien que l’Union européenne ait adopté des règles visant à harmoniser les procédures de marchés publics, chaque État membre conserve son propre système. Les règles strictes dans ce domaine ont également contribué à une concentration du marché, les coûts de transaction étant souvent trop élevés pour les PME. |
| 3.3. | En raison de cette fragmentation, les entreprises doivent vérifier plusieurs sites web, souvent uniquement accessibles dans la langue nationale, ce qui rend encore plus difficile la compréhension des exigences par les entreprises non locales. En outre, en raison de la concentration du marché, il est de plus en plus difficile pour les entités publiques de recevoir un nombre minimal d’offres de la part de fournisseurs potentiels. |
| 3.4. | Un autre défi qui se pose aux entreprises lorsqu’elles soumettent leur candidature à des appels d’offres publics est le manque de transparence. En théorie, les entreprises devraient avoir un accès égal aux informations relatives aux offres et à des motifs clairs concernant l’attribution des marchés. Toutefois, dans la pratique, la transparence est souvent mise à mal à cause de listes d’offres incomplètes. |
| 3.5. | La complexité administrative pose elle aussi un défi aux entreprises. Les entreprises et les organismes publics doivent naviguer une mer de documents, de formulaires et de contrôles de conformité, et cette charge administrative peut s’avérer écrasante, en particulier pour les petites entreprises. |
| 3.6. | Lorsque les PME, les start-up ou les nouvelles entreprises manquent des marchés publics ou en sont exclues, cela représente autant d’occasions manquées en matière de concurrence et d’innovation. Une étude réalisée par la Commission européenne en 2017 a établi qu’entre 5 et 20 % des dépenses dans le cadre des marchés publics pourraient être économisées grâce à une concurrence accrue. Le manque de concurrence pourrait avoir pour conséquence des services publics inefficaces et de mauvaise qualité. La plupart des marchés de grande ampleur, par exemple, pourraient être divisés en lots de manière à donner aux PME une chance équitable de participer. |
| 3.7. | Le CESE souligne l’importance du principe des marchés publics socialement responsables (MPSR), qui vise à garantir que les pouvoirs publics atteignent des résultats sociaux positifs, sur le plan notamment de l’emploi, de l’inclusion et du respect des droits du travail, tout en soutenant les entreprises de l’économie sociale. Les MPSR apportent également une valeur économique en tenant compte des incidences plus larges, en réduisant les dépenses sociales et en améliorant le bien-être socio-économique. |
| 3.8. | Il est évident que, si les marchés publics offrent d’immenses possibilités, leur potentiel, en particulier à l’échelle de l’UE, n’est pas pleinement exploité. Cette situation contribue à réduire le potentiel de croissance économique au sein de l’Union ainsi qu’en dehors, en limitant la capacité des entreprises européennes à affronter la concurrence sur les marchés internationaux. |
| 3.9. | Des efforts accrus en matière de formation spéciale des pouvoirs adjudicateurs et des entités adjudicatrices sur la manière de planifier, de préparer et de suivre leurs marchés publics sont nécessaires. Une bonne connaissance du marché est également essentielle pour les pouvoirs adjudicateurs. Étant donné que c’est l’argent des contribuables qui est dépensé dans le cadre de marchés publics, ceux-ci doivent être attribués sur la base du principe de l’«offre économiquement la plus avantageuse». |
4. Observations particulières
| 4.1. | Le CESE convient qu’une révision de la législation existante de l’Union est nécessaire pour renforcer la simplification, favoriser la poursuite de l’harmonisation au sein du marché unique, promouvoir les marchés publics transfrontières et soutenir l’innovation, la concurrence et des services publics de qualité dans l’ensemble de l’UE. En outre, il estime que la réforme devrait soutenir la croissance de l’UE, la négociation collective, des emplois de qualité, la protection du climat et, le cas échéant, le «Made in Europe», comme l’a souligné la présidente de la Commission européenne dans son discours sur l’état de l’Union. |
| 4.2. | Les appels d’offres restreints nécessitent une justification adéquate, et les autorités doivent garantir l’accès des entreprises privées aux marchés publics. Le CESE est d’avis que la politique de l’UE en matière de marchés publics peut tenir compte des objectifs sociaux, environnementaux et d’innovation. L’accès aux marchés publics devrait toujours être lié au respect du droit à la négociation collective ainsi qu’au respect de la réglementation sociale et du travail pertinente et des conventions collectives en vigueur signées par les partenaires sociaux les plus représentatifs conformément à la législation et aux pratiques nationales en matière de travail. |
| 4.3. | Le Comité estime que la coordination à l’échelon européen devrait contribuer à éviter la fragmentation, sans pour autant compromettre la marge de manœuvre aux niveaux national ou régional, en particulier lorsque des objectifs sociaux, environnementaux ou relatifs au bien-être public sont poursuivis. L’appel à la coordination est légitime s’il vise la transparence, la comparabilité et la simplification administrative, par exemple au moyen de formulaires électroniques normalisés, de seuils communs, de bases de données interopérables ou d’indicateurs sur les marchés publics à l’échelle de l’UE. Toutefois, cette coordination ne devrait pas porter atteinte aux objectifs sociaux et stratégiques nationaux, et notamment à la création de valeur au niveau régional. Par conséquent, toute normalisation doit être mesurée à l’aune des critères de proportionnalité, d’efficacité et de cohérence des objectifs, et pas simplement de la réduction des divergences. En outre, il convient également d’introduire un chapitre distinct sur les services à caractère intellectuel, qui reconnaisse leurs caractéristiques uniques et prévoie des règles adaptées en matière d’éligibilité, de seuils applicables aux marchés publics et de modalités de coopération (8). Il devrait en aller de même pour les entreprises et les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. |
| 4.4. | Le CESE considère que les appels d’offres publics doivent être attribués sur la base de l’offre économiquement la plus avantageuse pour assurer une utilisation optimale de l’argent des contribuables. Pour cette raison, l’offre économiquement la plus avantageuse (MEAT) pourrait être la norme de référence. Par conséquent, les coûts ne devraient pas être le seul critère déterminant et les critères en matière d’appel d’offres public devraient être fondés sur des considérations pertinentes non liées au prix: qualité, innovation et autres considérations sociales, environnementales ou liées à la durabilité, en particulier le respect des droits des travailleurs et des conventions collectives. Le CESE approuve également toute révision de la législation qui se traduirait par le renforcement et l’institutionnalisation des mécanismes de passation conjointe de marchés. Ces mécanismes permettraient à plusieurs entreprises de l’UE de s’engager dans des achats collectifs dans le but de compenser l’augmentation des coûts liés aux investissements stratégiques, grâce à des économies d’échelle et à un meilleur pouvoir de négociation (9). |
| 4.5. | S’agissant des politiques relatives aux services d’intérêt général (SIG), le CESE préconise d’adopter une démarche globale, contrastant avec l’approche sectorielle que l’Union applique actuellement à ses interventions, eu égard à la fonction essentielle que les SIG modernes remplissent pour favoriser une prospérité et une compétitivité durables. Dans cet esprit, il invite la Commission à agir en donnant un suivi concret au rapport Letta, sous la forme d’un plan d’action pour les SIG (10). |
| 4.6. | Le CESE est d’avis que les marchés publics doivent être attribués à des entreprises qui respectent pleinement les droits des travailleurs, le droit à la négociation collective et les conditions fixées dans les conventions collectives. Les entreprises ayant recours à des chaînes d’approvisionnement qui violent les droits de l’homme ne devraient pas non plus être autorisées à participer aux appels d’offres publics. Il prend également acte de l’obligation, pour les marchés publics, d’appliquer les normes du travail de l’OIT, le droit du travail de l’UE et des États membres et les conditions générales fixées dans les conventions collectives, tant au niveau national que régional, y compris les conventions collectives universelles ou d’application générale et les conventions collectives sectorielles. Cette obligation devrait figurer dans l’avis de marché et devenir contraignante dans le cadre des conditions de performance et des critères de sélection pour tous les opérateurs économiques. Garantir le droit de négociation collective et des conditions de travail équitables et respecter les conventions collectives devraient toujours être considérés comme des critères d’attribution obligatoires, de manière à avantager les soumissionnaires dont les travailleurs — ainsi que ceux de leurs sous-traitants — sont couverts par des conventions collectives. La passation excessive de contrats en chaîne par l’intermédiaire de sous-traitants devrait également être limitée. Compte tenu des abus observés dans les chaînes de sous-traitance et des difficultés d’application, les règles de l’UE en matière de marchés publics devraient favoriser les emplois directs et prévoir une réglementation plus stricte en matière de sous-traitance, notamment en garantissant l’égalité de traitement, en introduisant une responsabilité conjointe et solidaire, en recourant à des sanctions dissuasives et en limitant la longueur des chaînes de sous-traitance à un ou deux sous-niveaux au maximum. |
| 4.7. | De même, les entreprises qui se cachent derrière les paradis fiscaux ne devraient pas se voir attribuer de marchés publics, et le Comité recommande des critères d’exclusion spécifiques en cas d’évasion et de fraude fiscales et préconise d’exiger la transparence des structures de propriété et d’établir une liste noire européenne fonctionnelle des paradis fiscaux. Les dispositions relatives à un renforcement de la transparence, du contrôle et de la lutte contre la corruption doivent être obligatoires. Toutefois, les mesures de transparence ne devraient pas devenir un nouvel exercice bureaucratique pour les entreprises, notamment les PME, qui les empêcherait de participer aux appels d’offres. |
| 4.8. | Sous réserve de la mise en place de critères juridiques appropriés et en veillant à limiter au minimum les distorsions de la concurrence, la possibilité de recourir à la passation de marchés interne pour les entités juridiques contrôlées majoritairement, régie par l’article 12 de la directive 2014/24/UE, et aux attributions directes devrait être maintenue dans le cadre de la révision des directives de l’UE sur les marchés publics. Le CESE estime également que l’attribution directe au titre de l’article 4 de la directive 2014/24/UE peut être un instrument éprouvé qui permet aux pouvoirs adjudicateurs publics de répondre rapidement, facilement et dans le respect de la loi à des besoins spécifiques, en particulier dans les secteurs social, culturel et du bien-être public, mais elle devrait être utilisée judicieusement tout en s’assurant que le processus soit équitable. |
| 4.9. | Maintenir l’article 77 de la directive 2014/24/UE revêt une importance cruciale: il permet en effet d’attribuer des marchés dans les secteurs de la santé, des affaires sociales, de l’éducation et de la culture spécifiquement à des organisations à but non lucratif. Cela protège ces secteurs sensibles des détournements commerciaux, favorise une concurrence loyale pour les organisations à but non lucratif et renforce la cohésion sociale, la diversité culturelle et les services axés sur le bien-être public. |
| 4.10. | Le CESE réaffirme son soutien à l’utilisation des marchés publics pour promouvoir les objectifs d’une politique sociale inclusive, notamment en garantissant le respect d’exigences obligatoires en matière d’accessibilité pour répondre aux besoins des personnes âgées et des personnes handicapées. Il souligne la valeur avérée des marchés réservés s’agissant de promouvoir l’emploi des personnes handicapées et soutient leur utilisation continue pour les entreprises de l’économie sociale actives sur le marché du travail ouvert dans des secteurs spécifiques. |
| 4.11. | Le CESE recommande une obligation légale d’évaluer les effets des seuils existants, par exemple 5 186 000 euros pour les marchés publics de travaux ou 750 000 euros pour les marchés publics de services sociaux et autres services spécifiques énumérés dans les annexes sur le commerce intérieur, conformément au considérant 134. Dans le même temps, il est nécessaire d’évaluer la pertinence et les taux de réussite pour les procédures de passation de marchés transfrontaliers, y compris dans le secteur des services sociaux (dont le niveau de succès dans le cadre de passations de marchés transfrontaliers est très faible). Le Comité recommande également de promouvoir les intérêts des PME et des entreprises de l’économie sociale au moyen, entre autres, d’une révision des seuils qui faciliterait l’attribution de marchés aux PME par les municipalités (11). |
| 4.12. | Enfin, la viabilité financière des contrats, en particulier dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre et dans la construction, a une incidence sur les conditions de travail des travailleurs exerçant une profession critique et sur la qualité des services d’intérêt général fournis aux citoyens européens. Le CESE plaide dès lors en faveur de clauses obligatoires de révision du prix pour tenir compte des changements liés aux salaires dans les conventions collectives ou la législation du travail, ainsi que des taux d’inflation annuels supérieurs à l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne, de l’évolution des prix de l’énergie et de tout autre changement majeur ayant une incidence sur l’exécution d’un contrat. |
Bruxelles, le 4 décembre 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Séamus BOLAND
(1) Directive 2014/24/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 février 2014 sur la passation des marchés publics et abrogeant la directive 2004/18/CE Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE (JO L 94 du 28.3.2014, p. 65, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2014/24/oj).
(2) En 2023, un rapport de la Cour des comptes européenne sur les marchés publics, suivi de conclusions du Conseil (C/2024/3521), a mis en évidence la nécessité de prendre des mesures pour revoir les règles et procédures qui ont une incidence négative sur la concurrence dans le cadre des marchés publics. Il a également été reconnu que la législation existante ne permet pas de réaliser pleinement le potentiel des marchés publics de l’UE.
(5) Voir les données relatives aux critères d’adjudication sur la seule base du prix dans l’UE: Tableau d’affichage du marché unique: l’accès aux marchés publics (en anglais).
(6) Directive 2014/23/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 février 2014 sur l’attribution de contrats de concession Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE (JO L 94 du 28.3.2014, p. 1, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2014/23/oj).
(7) Directive 2014/25/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 février 2014 relative à la passation de marchés par des entités opérant dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, des transports et des services postaux et abrogeant la directive 2004/17/CE Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE (JO L 94 du 28.3.2014, p. 243, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2014/25/oj).
(8) De plus, toujours concernant les services à caractère intellectuel, il convient d’ajouter des dispositions spécifiques qui accordent la priorité aux considérations relatives à la qualité, à l’innovation et au cycle de vie plutôt qu’au prix, et encouragent la concurrence.
(9) Cela est particulièrement vrai lorsque la fourniture de services ou l’approvisionnement en matériaux sont limités. De plus, la passation conjointe de marchés pourrait également contribuer à compenser toute augmentation des coûts liée aux critères autres que le prix.
(10) Avis du Comité économique et social européen — Le rôle des services d’intérêt général (SIG) pour la compétitivité, la cohésion sociale et la démocratie dans l’Union européenne (avis d’initiative) (JO C, C/2025/5143, 28.10.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/5143/oj), (paragraphes 1.6 et 3.15).
(11) Dans le cas de marchés importants avec appel d’offres à l’échelle de l’UE, il est plus difficile pour les petites entreprises de soumissionner car elles ne peuvent pas concurrencer les grandes entreprises. En outre, les procédures de passation de marchés complexes (à l’échelle de l’Union) sont plus faciles à gérer pour les grandes entreprises que pour les petites comptant peu de salariés. Au cours de la période 2020-2022, 80 % des marchés du secteur public ont été attribués à seulement dix contractants, selon différentes études.
ANNEXE
Les amendements suivants, qui ont recueilli au moins le quart des suffrages exprimés, ont été rejetés au cours des débats (article 74, paragraphe 3, du règlement intérieur):
Les amendements 3 (4.3) et 5 (1.5) ont été soumis au vote ensemble:
Nouveau paragraphe 4.3
Insérer un nouveau paragraphe après le paragraphe 4.2:
| Avis de section | Amendement |
|
| Les conditionnalités sociales continuent de faire l’objet de débats au sein du CESE. Si une partie de ses membres sont favorables à l’introduction d’exigences obligatoires en matière de conditionnalité sociale dans les marchés publics, d’autres soulignent la nécessité d’une approche proportionnée qui ne crée pas d’obstacles à la concurrence, à la participation transfrontière ou à la participation des PME auxdits marchés. À cet égard, le cadre de l’Union régissant les marchés publics permet déjà de recourir à des considérations sociales, dont l’application doit rester solidement ancrée dans les cadres juridiques existants. Les entreprises qui soumissionnent pour des marchés publics doivent en effet se conformer à la législation sociale nationale et aux normes internationales. Aussi les règles en matière de passation de marchés ne devraient-elles pas introduire de nouvelles conditionnalités sociales obligatoires ni d’exigences automatiques d’adhérer à des conventions collectives. De telles obligations risquent d’interférer avec la diversité des systèmes nationaux de négociation collective protégés au titre de la compétence des États membres, de fausser la concurrence, d’entraver les marchés publics transfrontières, de décourager la participation, en particulier des PME, et de produire des effets involontaires sur les accords de production et de sous-traitance. |
Exposé des motifs
L’amendement reflète de manière équilibrée les divergences de vues qui existent au sein du CESE. Il vise à souligner que, du point de vue du groupe des employeurs, il est essentiel de veiller à ce que les conditionnalités sociales soient appliquées de manière proportionnée et dans le respect des cadres juridiques existants. Si les considérations sociales s’inscrivent dans un objectif politique légitime, leur application ne doit pas interférer avec les normes nationales en matière de travail ou l’organisation des systèmes de négociation collective, qui relèvent de la prérogative des États membres. Les règles en matière de marchés publics ne devraient donc pas imposer de nouvelles exigences obligatoires ou une adhésion automatique à des conventions collectives, étant donné que ces obligations pourraient fausser la concurrence, entraver la participation transfrontière, décourager la participation des PME et avoir des effets non désirés sur les accords de production et de sous-traitance. Dans l’ensemble, l’amendement vise à trouver un juste équilibre entre la promotion des objectifs sociaux et la préservation de l’efficacité du marché, de la sécurité juridique et de la compétitivité du marché unique.
Nouveau paragraphe 1.5
Insérer un nouveau paragraphe après le paragraphe 1.4:
| Avis de section | Amendement |
|
| Les conditionnalités sociales dans les marchés publics restent un élément de divergence au sein du CESE. Si une partie du CESE plaide en faveur d’exigences sociales obligatoires, une autre souligne l’importance d’une approche proportionnée et juridiquement fondée qui ne crée pas de nouveaux obstacles à la concurrence, à la participation transfrontière ou à l’accès des PME, et n’interfère pas avec les systèmes nationaux de négociation collective. Ce dernier point de vue repose sur le fait que le cadre existant de l’Union en matière de marchés publics permet déjà l’intégration de considérations sociales et que les entreprises qui soumissionnent pour des marchés publics sont censées se conformer à la législation nationale et aux normes internationales. |
Exposé des motifs
L’amendement vise à refléter, dans la première partie de l’avis, les éléments figurant dans le nouveau paragraphe 4.3 proposé dans le présent document (comme indiqué ci-dessus).
Résultat du vote
| Voix pour: | 108 |
| Voix contre: | 133 |
| Abstentions: | 13 |
Les amendements 4 (4.4) et 6 (1.6) ont été soumis au vote ensemble:
Nouveau paragraphe 4.4
Insérer un nouveau paragraphe après le nouveau paragraphe 4.3:
| Avis de section | Amendement |
|
| La réglementation des chaînes de sous-traitance dans les marchés publics reste un élément de divergence au sein du CESE. Si une partie de ses membres plaident en faveur de limites strictes en ce qui concerne les chaînes de sous-traitance et encouragent l’emploi direct et le renforcement des mécanismes d’application tels que les obligations en matière de responsabilité conjointe et d’égalité de traitement, d’autres sont favorables à une transparence accrue et à une plus grande obligation de rendre des comptes, mais mettent en garde contre des restrictions rigides au niveau de l’Union. Les partisans de ce dernier point de vue font valoir que de telles limites pourraient entraver la participation et notent que les instruments existants, notamment ceux prévus par la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD), permettent déjà aux pouvoirs adjudicateurs de faire face aux risques dans les chaînes de sous-traitance. Une approche proportionnée, au cas par cas, fondée sur le cadre juridique actuel, est donc considérée comme plus appropriée que l’introduction de nouvelles exigences normatives. |
Exposé des motifs
L’amendement reflète de manière équilibrée les divergences de vues qui existent au sein du CESE en ce qui concerne les chaînes de sous-traitance. Bien que le groupe des employeurs soit favorable à la transparence et à l’obligation de rendre des comptes, il préconise d’éviter les restrictions rigides au niveau de l’Union, étant donné que les instruments existants, dont ceux prévus par la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD), permettent déjà aux pouvoirs adjudicateurs de gérer les risques. Dans l’ensemble, l’amendement vise à trouver un juste équilibre entre la promotion des objectifs sociaux et la préservation de l’efficacité du marché, de la sécurité juridique et de la compétitivité du marché unique.
Nouveau paragraphe 1.6
Insérer un nouveau paragraphe après le nouveau paragraphe 1.5:
| Avis de section | Amendement |
|
| La réglementation des chaînes de sous-traitance dans les marchés publics reste un élément de divergence au sein du CESE. Si une partie de ses membres préconisent des limites plus strictes pour promouvoir l’emploi direct et une application plus rigoureuse de la législation, d’autres insistent sur la transparence et la proportionnalité, en mettant en garde contre la possibilité que des restrictions rigides au niveau de l’Union entravent la participation. Ce dernier point de vue est fondé sur le fait que les instruments juridiques existants, en particulier ceux découlant de la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité, permettent déjà aux pouvoirs adjudicateurs de gérer les risques dans les chaînes de sous-traitance. Dans ce contexte, une application différenciée et au cas par cas des règles existantes semble plus appropriée que l’introduction de nouvelles exigences normatives. |
Exposé des motifs
L’amendement vise à refléter, dans la première partie de l’avis, les éléments figurant dans le nouveau paragraphe 4.4 proposé dans le présent document (comme indiqué ci-dessus).
Résultat du vote
| Voix pour: | 108 |
| Voix contre: | 135 |
| Abstentions: | 15 |
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/870/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.113683
30/12/2025
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.120528
29/12/2025
Avis institutionnel — 52025AE2123R(01)
23/12/2025
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.113257
23/12/2025