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AccueilDroit européen52025AE2605
Avis institutionnel52025AE2605

Avis du Comité économique et social européen — Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant Europe dans le monde [COM(2025) 551 final — 2025/0227(COD)]

CELEX52025AE2605
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 3 décembre 2025

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) émet un avis sur la proposition de règlement « Europe dans le monde », qui vise à refondre et simplifier les instruments de financement extérieur de l'UE. L'avis soutient l'objectif de renforcer la cohérence et l'efficacité de l'action extérieure, tout en formulant des recommandations sur la gouvernance, la participation de la société civile et l'alignement sur les objectifs de développement durable. Pour le professionnel du droit français, ce texte préfigure les futures règles applicables aux partenariats internationaux et à la coopération au développement de l'Union.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/878

27.2.2026

Avis du Comité économique et social européen

Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant «Europe dans le monde»

[COM(2025) 551 final — 2025/0227(COD)]

(C/2026/878)

Rapporteur:

Mateusz SZYMAŃSKI

Corapporteur:

Luca JAHIER

Conseillère

Anna COLOMBO (pour le corapporteur, groupe III)

Consultation

Commission européenne, 29.8.2025

Conseil de l’Union européenne, 12.11.2025

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Compétence

Section «Relations extérieures»

Adoption en section

7.11.2025

Adoption en session plénière

3.12.2025

Session plénière no

601

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

186/9/7

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) accueille favorablement la proposition de la Commission d’augmenter les dépenses consacrées aux politiques extérieures de l’Union au titre du prochain cadre financier pluriannuel (CFP). L’enveloppe financière proposée pour «Europe dans le monde» s’élève à 200,3 milliards d’EUR, sans tenir compte du soutien à l’Ukraine, qui fait l’objet d’une réserve de maximum 100 milliards d’EUR au-delà des plafonds du CFP.

1.2.

Le CESE se réjouit de voir le budget d’«Europe dans le monde» augmenter de manière continue, estimant que cela permettra de renforcer l’action extérieure de l’Union. Cette hausse est en effet essentielle pour surmonter les difficultés à venir et permettre à l’UE de s’affirmer en tant qu’acteur d’envergure mondiale, de promouvoir le développement durable, le multilatéralisme, le dialogue et la paix, d’éradiquer la pauvreté, de défendre les droits de l’homme et l’égalité, de diversifier ses marchés d’exportation, d’aider la société civile, les régions et les entreprises en ce sens, de stimuler ses sources de croissance interne durable et de renforcer son autonomie stratégique en matière de politique étrangère, de diplomatie, de sécurité et de défense.

1.3.

Le CESE est convaincu que la stratégie «Global Gateway» doit constituer le principal instrument d’«Europe dans le monde» en vue de bâtir une «Europe multilatérale» à même de redynamiser les Nations unies et leurs organes et agences. L’Europe devrait par ailleurs tirer parti des coupes et restructurations au sein de l’agence des États-Unis pour le développement international (USAID) pour prendre la tête des efforts déployés au niveau mondial en matière de développement et d’action humanitaire, en tant que partenaire le plus fiable sur ce plan. Le Comité craint cependant qu’une trop grande attention portée à la régionalisation ne nuise à ces orientations stratégiques mondiales. La stratégie «Global Gateway» devrait au contraire servir de catalyseur pour passer des partenariats actuels à une alliance stratégique réunissant l’ensemble des parties prenantes, y compris la société civile et les partenaires sociaux de tous les pays concernés, afin de décider conjointement des priorités, des objectifs, des indicateurs et des projets.

1.4.

La plateforme de dialogue entre la société civile et les autorités locales «Global Gateway» existante s’est révélée largement inefficace et déconnectée du processus décisionnel, tandis que la consultation des représentants des entreprises passe par un autre groupe consultatif, ce qui fragmente le dialogue et fait obstacle à une approche véritablement inclusive et coordonnée. Le CESE invite la Commission à revoir et à renforcer ces mécanismes pour garantir une participation significative aux processus d’élaboration et de suivi des politiques. Le CESE et le CdR devraient par ailleurs y jouer un rôle actif au lieu d’être cantonnés à celui de simples observateurs.

1.5.

L’instrument «Europe dans le monde» défend la consolidation des objectifs, la régionalisation et une gestion beaucoup plus souple des fonds. Si le CESE pense qu’une telle approche facilitera la réalisation des tâches, il craint qu’elle n’aboutisse à une politique européenne basée davantage sur la réactivité. Le Comité défend la transparence des processus décisionnels et la participation constructive des organisations de la société civile et des partenaires sociaux à l’ensemble du processus annuel de planification du budget de l’UE, ainsi qu’aux révisions et évaluations périodiques de l’intégralité du fonds. Cela vaut aussi bien pour l’Union que pour les pays partenaires.

1.6.

Le CESE rappelle l’importance de garantir la cohérence entre la politique étrangère, le développement, les actions et accords en matière de commerce et le Fonds européen pour la compétitivité afin de s’assurer que tous les instruments œuvrent de concert à défendre les valeurs et principes de l’UE et à réaliser ses objectifs géopolitiques et économiques plus larges. Ces synergies contribueraient à définir une approche cohérente et stratégique qui raffermirait la position de l’Union sur la scène internationale et favoriserait par là même un développement durable et la résilience économique. Cette approche pourrait en outre stimuler la compétitivité de l’Union et améliorer l’accès aux financements. Le Comité appelle également à appuyer le renforcement des capacités de tous les acteurs impliqués dans les travaux des organes chargés d’examiner les accords commerciaux pertinents entre l’Union et les pays et régions partenaires.

1.7.

Le CESE considère le marqueur inégalité de la Commission comme un instrument précieux pour mesurer et intégrer la lutte contre les inégalités, et garantir l’efficacité de l’aide au développement. C’est pourquoi il invite la Commission à l’étendre aux projets de la stratégie «Global Gateway». Il convient pour ce faire de fixer un pourcentage significatif de projets dont les effets tant redistributifs que sociaux peuvent être évalués, y compris au moyen d’une consultation et de la participation des régions et des populations concernées.

1.8.

Le CESE espère que les organes existants, comme les plateformes de la société civile et les autres acteurs chargés de la coopération avec les partenaires extérieurs, seront davantage consultés et impliqués pour établir et entretenir des relations avec les organisations des pays partenaires. C’est pourquoi il appelle à soutenir le renforcement des capacités des organisations parties à cette coopération.

1.9.

L’aide et les fonds octroyés aux organisations de la société civile confrontées à une baisse du soutien d’autres acteurs seront particulièrement importants pour renforcer la démocratie, l’espace civique et l’égalité de genre, et établir des relations entre les organisations de l’Union et des pays partenaires. Il est en effet fondamental pour elles, et surtout les partenaires extérieurs, de bénéficier d’un soutien prévisible et stable.

1.10.

Le CESE soutient tous les efforts visant à accroître la prospérité et la sécurité dans notre voisinage et, partant, au sein de l’Union. Alors que la dernière adhésion à l’UE remonte à plus de onze ans, l’Europe doit donner un nouvel élan au processus d’élargissement, qui constitue son projet de paix le plus abouti.

1.11.

Le CESE espère que les objectifs en matière de stimulation de la coopération économique et de l’entrepreneuriat s’accompagneront de garanties ambitieuses sur le plan social et environnemental, mais aussi en matière de droits de l’homme, afin d’éviter que les projets relevant de cet instrument ne conduisent à l’exploitation de l’environnement et des communautés locales.

2. Contexte de l’avis, y compris le document COM à l’examen

2.1.

Le CFP proposé par la Commission s’élève à près de 2 000 milliards d’EUR (soit 1,26 % du revenu national brut de l’UE en moyenne entre 2028 et 2034), ce qui représente une augmentation nominale notable. Si l’on en exclut les ajustements liés à l’inflation et le remboursement de l’instrument NextGenerationEU, cela ne représente toutefois plus que 1,15 % du RNB de l’Union, soit presque rien comparativement aux 1,13 % du précédent CFP.

2.2.

D’après la Commission, le nouveau CFP poursuit plusieurs objectifs spécifiques: offrir plus de souplesse, simplifier, rationaliser et harmoniser les programmes financiers de l’UE, améliorer l’intégration au niveau local, stimuler la compétitivité et fournir de nouvelles ressources propres.

2.3.

La structure générale du CFP a été simplifiée et s’articule désormais autour de quatre rubriques: 1) Cohésion économique, sociale et territoriale, agriculture et développement rural, affaires maritimes, prospérité et sécurité; 2) Compétitivité, prospérité et sécurité; 3) Europe dans le monde; et 4) Administration.

2.4.

L’enveloppe financière proposée pour «Europe dans le monde», sujet du présent avis, s’élève à 200,3 milliards d’EUR, sans tenir compte du soutien à l’Ukraine, qui fait l’objet d’une réserve de maximum 100 milliards d’EUR au-delà des plafonds du CFP. Cela correspond à une augmentation nominale significative de quelque 74 % par rapport à l’actuel CFP. Si l’on tient compte de l’inflation, cependant, la hausse réelle des dépenses de politique extérieure se veut plus modeste. Le CESE se félicite néanmoins de l’augmentation des dépenses, compte tenu des tensions géopolitiques (1) et du fait que plusieurs pays, dont les États-Unis, réduisent leurs dépenses consacrées à la coopération internationale et offrent ainsi à l’Union l’occasion d’endosser un rôle plus important sur la scène internationale.

3. Observations générales

3.1.

Le CESE considère «Europe dans le monde» comme une avancée positive en vue de renforcer l’action extérieure de l’Union. Cet instrument est en effet essentiel pour surmonter les difficultés à venir et permettre à l’UE de s’affirmer en tant qu’acteur d’envergure mondiale, de promouvoir le développement durable, le multilatéralisme, le dialogue et la paix, d’éradiquer la pauvreté, de défendre les droits de l’homme et l’égalité, de diversifier ses marchés d’exportation, d’aider les régions et les entreprises en ce sens, de stimuler ses sources de croissance interne durable et de renforcer son autonomie stratégique en matière de politique étrangère, de diplomatie, de sécurité et de défense.

3.2.

Le CESE rappelle l’importance de garantir la cohérence entre la politique étrangère, les actions et accords en matière de commerce et le Fonds européen pour la compétitivité afin de s’assurer que tous les instruments œuvrent de concert à réaliser les objectifs géopolitiques et économiques plus larges de l’Union et à défendre ses valeurs et principes, notamment les droits de l’homme et l’égalité. Ces synergies contribueraient à définir une approche cohérente et stratégique qui raffermirait la position de l’Union sur la scène internationale et favoriserait par là même une croissance durable et la résilience économique. Cette approche pourrait en outre stimuler la compétitivité de l’Union et améliorer l’accès aux financements.

3.3.

La quatrième conférence sur le financement du développement s’est tenue à Séville le 30 juin et a réuni des représentants de 190 États membres des Nations unies (à l’exception des États-Unis) dans le but commun de mobiliser des ressources en faveur des objectifs de développement durable (ODD) et de réaffirmer la confiance dans le multilatéralisme. Adopté à cette occasion, le «compromis de Séville» est axé sur les engagements en matière de pauvreté, d’inégalités et de durabilité. Il confirme l’objectif de consacrer 0,7 % du RNB à l’aide publique au développement malgré les menaces de coupes claires. La création de l’Alliance mondiale contre les inégalités, que les pays émergents ont appelée de leurs vœux à Séville, constitue une avancée encourageante. Le développement humain et l’inclusion sociale, qui comprennent aussi la santé, la protection sociale et la défense des biens publics, valent également en matière d’action extérieure. Ce compromis doit être intégré dans le cadre du futur instrument «Europe dans le monde».

3.4.

Le nouveau dispositif «Europe dans le monde» présentera une nouvelle architecture financière. Par rapport au modèle actuel de l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI), qui comportait trois piliers (le volet géographique, le volet thématique et le volet «réaction rapide»), «Europe dans le monde» devrait être davantage centralisé et fondé sur la consolidation. Il combinera les instruments actuels (développement, voisinage, aide humanitaire et aide de préadhésion) au sein d’un outil unique axé principalement sur la couverture géographique.

3.5.

«Europe dans le monde» est constitué de six piliers: cinq piliers géographiques — 1. Europe (43,17 milliards d’EUR), 2. Moyen-Orient, Afrique du Nord et Golfe (42,93 milliards d’EUR), 3. Afrique subsaharienne (60,53 milliards d’EUR), 4. Asie et Pacifique (17,05 milliards d’EUR) et 5. Amériques et Caraïbes (9,14 milliards d’EUR) — et un pilier Monde (12,67 milliards d’EUR), qui se concentre sur les initiatives à l’échelle mondiale. Il comprend les anciens programmes autonomes relatifs aux droits de l’homme, à la société civile et aux biens publics mondiaux.

3.6.

Ces six piliers sont constitués d’éléments programmables et non programmables. Les fonds non programmables incluent l’aide humanitaire, l’assistance macrofinancière, la résilience, la compétitivité, ainsi que les besoins en matière de crise, de paix et de politique étrangère. Il est proposé de revoir à la hausse, par rapport à l’actuel CFP, la réserve budgétaire destinée aux défis et priorités émergents, ce dont il convient aussi de se réjouir sachant que les fonds disponibles ont été utilisés assez rapidement dans le cadre financier actuel.

3.7.

La proposition de règlement établissant «Europe dans le monde» insiste fortement sur la flexibilité des financements, ce dont le CESE se félicite sur le principe étant donné que la flexibilité et la capacité à réagir rapidement aux situations d’urgence peuvent contribuer à asseoir la crédibilité de l’Union et à contrer sa perception en tant que structure excessivement bureaucratique et lourde. Néanmoins, le Comité recommande fortement de maintenir des objectifs clairs et ambitieux sur les plans économique, social et environnemental, de façon à garantir une efficacité et une harmonisation maximales à travers l’ensemble du CFP.

3.8.

L’absence d’objectifs spécifiques en matière d’égalité de genre risque de compromettre et de réduire l’engagement financier à promouvoir celle-ci ainsi que les droits des femmes dans le monde, et ce alors que l’espace civique se restreint rapidement et que l’on assiste à une montée en puissance des mouvements anti-genre et à une réduction de l’aide publique au développement (APD), qui affecte en premier lieu les femmes et les filles.

3.9.

L’objectif quantitatif restant concerne l’aide publique au développement et est fixé à «au moins 90 % des dépenses»; on peut y ajouter les 30 % censés contribuer à la réalisation des objectifs en matière de climat et d’environnement (2). La Commission peut cependant modifier ce pourcentage lui aussi, au moyen d’un acte délégué et sans qu’il soit nécessaire de rouvrir le règlement dans son intégralité (article 6, paragraphe 6). Le CESE invite instamment la Commission à rester malgré tout déterminée à promouvoir un développement équitable, notamment dans des domaines tels que la politique sociale, la santé et le capital humain dans les pays moins développés, et à apporter un soutien stable et prévisible.

3.10.

Le CESE note par ailleurs que l’article 12, paragraphe 3, de la proposition de règlement introduit la possibilité de suspendre les paiements en cas de graves manquements dans un pays partenaire en ce qui concerne l’obligation de ce dernier de réadmettre ses propres ressortissants. Il s’agit du seul domaine pour lequel une telle possibilité est envisagée en cas de manquements graves dans des pays tiers, rien de similaire n’étant prévu pour d’autres questions cruciales, comme les violations des droits de l’homme et les normes fondamentales du travail. Le CESE s’oppose à cette approche, estimant que des incitations positives seraient mieux à même de contribuer à atteindre certains objectifs cruciaux. Étant donné que le principal objectif déclaré à l’article 12 sur la migration et les déplacements forcés, qui inclut aussi la migration irrégulière et ses causes profondes, engage l’Union à adopter une démarche globale fondée sur des partenariats avec les pays tiers, une telle approche pourrait se révéler largement contre-productive.

3.11.

Si la flexibilité proposée en matière d’action extérieure est la bienvenue, la société civile attend une transparence et une responsabilité totales concernant l’utilisation des fonds. Le CESE demande donc que soient mis en place des audits périodiques des fonds alloués dans le cadre d’«Europe dans le monde». La planification budgétaire annuelle revêtira une importance significative, et le Comité soumettra également ses propres observations et recommandations relatives aux activités prévues.

3.12.

Cette planification et cet audit seront particulièrement importants compte tenu de la définition assez générale des priorités dans le règlement et de l’absence de référence à des documents stratégiques, qui, en fin de compte, inciteront l’Union à agir de manière réactive, au risque de renoncer à une perspective plus stratégique et à long terme, et au détriment des partenaires extérieurs, en particulier les bénéficiaires du soutien de l’UE. Le cadre actuel fixe un niveau minimal garanti pour certaines mesures, ce qui se révèle d’autant plus important que l’article 17, paragraphe 2, du règlement permet de procéder à un examen des programmes indicatifs pluriannuels en cas de modifications substantielles du cadre d’action ou après une situation de crise ou d’après-crise.

3.13.

Il convient en outre de préciser que l’«Europe dans le monde» va devoir rompre avec la participation ex ante de parties autres que la Commission pour privilégier une évaluation ex post, un changement de paradigme important qui suscite des interrogations légitimes quant aux compétences dans le domaine de la politique extérieure et à la responsabilité ultime en la matière. Cette question devrait être examinée plus avant au regard des rationalisations prévues dans la proposition de règlement horizontal sur la performance.

3.14.

Comme indiqué ci-dessus, la régionalisation des dépenses ne saurait être une fin en soi. L’orientation adéquate et détaillée des dépenses sera essentielle pour garantir une efficacité maximale, d’un point de vue purement économique, mais pas seulement. Le CESE plaide dès lors pour que des représentants de la société civile et des partenaires sociaux de l’Union et des pays partenaires soient associés à la programmation et à l’évaluation des dépenses. Il convient à cet égard de souligner le rôle des organes bilatéraux composés notamment de représentants des organisations de la société civile, qui constituent des espaces de dialogue prêts à l’emploi réunissant des acteurs disposant de l’expérience et des connaissances nécessaires pour conseiller les institutions européennes chargées de la politique extérieure de l’Union et échanger des idées avec des partenaires externes.

3.15.

Le CESE préconise donc de renforcer les capacités des organes coopérant avec les organisations de la société civile et de partenaires sociaux issues des pays partenaires, y compris les organisations de jeunesse, en leur fournissant notamment des ressources suffisantes pour permettre la tenue régulière de réunions. Le manque de moyens, notamment pour couvrir les frais de déplacement et d’hébergement, constitue en effet un obstacle majeur à l’intensification et au développement de cette coopération.

3.16.

Comme mentionné précédemment, le nombre de priorités thématiques des programmes mondiaux sera réduit. Ces programmes sont généralement axés sur le soutien à la société civile, parfois même sans l’accord des gouvernements des pays hôtes. Le fait de se concentrer sur la planification financière, comme décrit dans le CFP, induit donc un risque majeur de voir s’amoindrir la part destinée à soutenir les initiatives mondiales en faveur de la démocratie, de la société civile et de l’égalité de genre. L’Union passerait alors à côté de l’occasion de combler le vide laissé par les réductions des dépenses internationales d’autres pays.

3.17.

Le CESE se félicite de voir le dispositif «Europe dans le monde» mettre davantage l’accent sur les avantages concrets que l’Union peut en tirer au niveau international, comme indiqué à l’article 5 de la proposition de règlement. Dans le contexte géopolitique actuel, une coopération renforcée avec les partenaires de l’UE, une plus grande affirmation et la défense des intérêts européens au niveau mondial sont en effet primordiales, tout comme la mise en œuvre des objectifs stratégiques de l’Union. Cet aspect est d’autant plus important compte tenu de son caractère central pour l’économie européenne, les fonds dépensés à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de l’Union ayant souvent des retombées positives sur son économie.

3.18.

Dans un tel contexte, la stratégie «Global Gateway», que la Commission considère à juste titre comme un instrument essentiel de la politique étrangère économique, gagne en importance, ce qui permettra d’accroître les investissements externes visant à atteindre les objectifs de développement durable en coopération avec les pays partenaires. La mise en place d’une coopération active et équitable pour tous les États membres dans le cadre de ces investissements sera fondamentale. La stratégie «Global Gateway» prévoit aussi d’importants investissements dans les infrastructures destinées au transport de minéraux essentiels, en mettant particulièrement l’accent sur les entreprises privées. L’Union se doit d’y prendre part afin de garantir une croissance durable et d’éviter d’exploiter les communautés locales et l’environnement.

3.19.

La stratégie «Global Gateway» doit devenir le cadre stratégique de référence pour œuvrer à la «multilatéralisation» d’«Europe dans le monde». À cet égard, une régionalisation excessive pourrait faire perdre de vue les orientations stratégiques globales. L’Union a l’occasion de se muer en une plaque tournante mondiale d’un multilatéralisme pragmatique à même de favoriser la renaissance des Nations unies. C’est dans cette perspective que la stratégie «Global Gateway» doit passer des partenariats à une véritable alliance stratégique.

3.20.

Le CESE déplore qu’en dépit du rôle central qu’elle joue pour l’action extérieure de l’Union, la stratégie «Global Gateway» ne soit jusqu’à présent pas parvenue à impliquer véritablement la société civile. Il invite la Commission à s’assurer que la participation de la société civile soit intégrée dans la gouvernance de la stratégie et que les conditions nécessaires à la participation soient remplies, notamment la transparence, l’accès à l’information, la clarté des structures de gouvernance et des processus de consultation en temps utile. La plateforme de dialogue entre la société civile et les autorités locales «Global Gateway» existante s’est révélée largement inefficace et déconnectée du processus décisionnel, tandis que la consultation des représentants des entreprises passe par un autre groupe consultatif, ce qui fragmente le dialogue et fait obstacle à une approche véritablement inclusive et coordonnée. Le CESE invite la Commission à revoir et à renforcer ces mécanismes pour garantir une participation significative aux processus d’élaboration et de suivi des politiques. Le CESE et le CdR devraient par ailleurs y jouer un rôle actif au lieu d’être cantonnés à celui de simples observateurs.

3.21.

Le CESE plaide pour que soient rapidement mis sur pied le mécanisme de dialogue avec les parties prenantes prévu dans l’accord de Samoa et un mécanisme permanent de participation de la société civile dans le cadre du partenariat UE-Afrique, et demande d’y être associé comme il se doit en sa qualité de porte-parole de la société civile organisée dans le cadre institutionnel de l’Union.

3.22.

De manière générale, le CESE souligne les avantages qu’«Europe dans le monde» peut offrir, comme une hausse de la compétitivité, un accès plus simple aux financements et un effet de levier sur le secteur privé, tout en ajoutant que la proposition soulève également des préoccupations qu’il convient d’aborder. L’accès aux fonds européens devrait être simplifié et plus aucune nouvelle charge ne devrait être imposée à la société et aux entreprises si ce n’est pas nécessaire. Le Comité souligne que la politique extérieure de l’Union doit être favorable aux investissements et étroitement liée à une politique commerciale ambitieuse, ce que des partenariats solides à travers le monde devraient faciliter.

3.23.

Si elle entend mettre en place une politique multilatérale viable, l’Union devrait se concentrer non seulement sur la mise en œuvre de projets, mais aussi sur la planification d’actions stratégiques afin de forger des alliances durables. Cela nécessiterait, en définitive, de mieux reconnaître l’importance de la cocréation de programmes et des dépenses connexes, avec la participation de l’ensemble des parties prenantes — non seulement les gouvernements, mais aussi les représentants des organisations de la société civile et des partenaires sociaux. C’est pourquoi il importe de mieux coordonner les efforts de l’Union et des États membres. Ce type de coopération avec des partenaires locaux est en effet essentiel pour permettre à l’Union d’atteindre les objectifs qu’elle juge importants et qui dépendent aussi des progrès réalisés dans d’autres régions du monde.

3.24.

Cette question revêt une importance d’autant plus grande que l’Union voit actuellement sa compétitivité érodée en raison de ses objectifs ambitieux en matière de transformation énergétique, notamment dans le secteur industriel (3). Ces problèmes ne feront que s’aggraver si l’Europe ne parvient pas à rendre ses objectifs applicables partout dans le monde.

4. Observations spécifiques

4.1.

Le CESE se félicite aussi de voir inclus dans «Europe dans le monde» un pilier relatif à l’action mondiale, comme les initiatives menées au sein des Nations unies ou dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme, la santé mondiale, la cybersécurité, la lutte contre la désinformation et la gouvernance en matière de climat et d’océans.

4.2.

Le CESE soutient tous les efforts visant à accroître la prospérité et la sécurité dans notre voisinage et, partant, au sein de l’Union. Alors que la dernière adhésion à l’UE remonte à plus de onze ans, l’Europe doit donner un nouvel élan au processus d’élargissement, qui constitue son projet de paix le plus abouti.

4.3.

Le CESE précise dans le même temps que l’ensemble du processus doit rester fondé sur le mérite et s’inscrire dans l’objectif global de garantir le respect de la démocratie, de l’état de droit et des valeurs fondamentales, mais aussi des droits sociaux et civils, dans les nouveaux États membres de l’Union. Il importe de soutenir et de renforcer les partenaires sociaux et les organisations de la société civile en ce qu’ils font partie intégrante du modèle européen.

4.4.

Le CESE salue sur le principe l’accent mis par la Commission sur l’importance de la conditionnalité dans la mise en œuvre de la politique d’élargissement de l’Union. La Commission met en avant des critères liés à l’état de droit et attend de la politique d’élargissement qu’elle tienne compte des contextes locaux. Une telle approche permettra d’éviter que les actions de l’Union ne soient perçues comme des ingérences ou des tentatives de forcer le changement lorsque ce n’est pas nécessaire.

4.5.

Le règlement n’est en revanche pas aussi formel en ce qui concerne les conditions relatives au développement socio-économique. L’amélioration du bien-être tant économique que social en Europe et dans le monde est essentielle pour réaliser le programme relatif aux objectifs de développement durable. Ces deux aspects sont d’ailleurs étroitement liés. Pour garantir un avenir durable, il est fondamental de veiller à ce que la croissance économique que poursuit «Europe dans le monde» conduise à une réelle amélioration générale sur le plan social.

4.6.

C’est pourquoi le CESE espère que les dépenses seront également axées sur la réalisation d’objectifs sociaux, comme la mise en œuvre effective des normes fondamentales du travail édictées par l’Organisation internationale du travail, et soutiendront la lutte contre les inégalités quelles qu’elles soient. Cela devrait non seulement s’appliquer à la politique d’élargissement, mais aussi constituer un critère transversal englobant l’ensemble des régions et des activités. Il conviendra ensuite de définir des indicateurs appropriés de progrès social.

4.7.

Le soutien à l’intégration des jeunes sur le marché du travail (surtout ceux qui n’ont pas d’emploi, ne font pas d’études ou ne suivent pas de formation) dans les régions où le chômage est élevé, tel qu’il apparaît dans le règlement IAP III pour la période 2021-2027, devrait à nouveau être mentionné afin de s’assurer que les pays candidats puissent poursuivre la mise en œuvre des dispositifs relevant de la garantie pour la jeunesse.

4.8.

Plus spécifiquement, le règlement ne prévoit pas suffisamment de mesures visant à intégrer la lutte contre les inégalités. Les politiques publiques des pays bénéficiaires d’une aide doivent être assorties de conditions. Il est en effet primordial de s’assurer de l’efficacité de la coopération au développement. Pour ce faire, les outils mis en place par la Commission pour mesurer, par exemple, les effets redistributifs (le pourcentage de bénéficiaires de projets qui font partie des 40 % les plus pauvres ou sont des femmes, des enfants, des personnes handicapées, etc.) au moyen du marqueur inégalité devraient être étendus à l’ensemble des projets de la stratégie «Global Gateway». Il convient dès lors de fixer un pourcentage significatif de projets dont les effets tant redistributifs que sociaux peuvent être évalués, en ce qui concerne par exemple l’incidence sur la création d’emplois durables, les PME et l’amélioration générale des conditions de vie des populations (santé, éducation, etc.), y compris par la consultation et la participation des territoires, des organisations de la société civile, des partenaires sociaux et des populations concernés, dans le but d’améliorer l’appropriation locale.

4.9.

La Commission fait en outre dépendre les financements de la réalisation d’objectifs spécifiques. Il sera essentiel d’éviter les risques qui en découlent, comme l’absence d’assistance technique adéquate pour les réformes attendues et l’insuffisance des financements octroyés aux entités indépendantes, y compris les autorités de surveillance, la société civile, les partenaires sociaux et les médias libres. Il faudra également éviter d’accorder des financements à des gouvernements aux tendances autoritaires.

4.10.

Il importe d’empêcher que les résultats insatisfaisants d’un État donné n’entraînent des coupes dans le soutien apporté à des acteurs démocratiques indépendants, en particulier la société civile organisée et les partenaires sociaux.

4.11.

Dans ce contexte, le CESE souligne la nécessité de renforcer la cohérence et les synergies entre les actions en matière de politique extérieure et de politique commerciale. Le Comité met en avant le rôle de la société civile et des partenaires sociaux dans le suivi des accords commerciaux entre l’Union et les pays tiers, et estime à cet égard qu’il conviendrait également d’améliorer le fonctionnement des organes dédiés en octroyant un soutien financier qui permette à ces parties prenantes de participer physiquement aux réunions.

4.12.

Le CESE juge que l’action extérieure doit aussi viser la création d’alliances en vue de lutter contre l’évasion et la fraude fiscales et de promouvoir une fiscalité équitable. Les solutions telles que la taxe sur les services numériques «GAFAM» (4) doivent être privilégiées, et les reculs annoncés ne sont pas acceptables. Des efforts supplémentaires sont en outre nécessaires pour lutter contre les paradis fiscaux, qui faussent la concurrence et nuisent aux finances publiques.

4.13.

Le CESE propose de recourir plus largement à l’aide budgétaire directe, qui s’est révélée particulièrement efficace dans le cadre de l’actuel CFP et peut avoir des retombées positives sur les politiques publiques des pays bénéficiaires.

4.14.

Il convient par ailleurs de s’attaquer au problème de la dette extérieure de nombreux pays du Sud global, qui a encore une fois explosé à la suite de la pandémie de COVID-19 et de la flambée des prix de l’énergie et de l’approvisionnement alimentaire consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le swap de dettes, qui consiste à convertir des créances en fonds en devise locale adossés à des projets de développement mis en œuvre par les pouvoirs locaux, devra être relancé. Les fonds de coopération contribueront ainsi à alléger la dette des pays tout en promouvant leur développement. Cette pratique a été imaginée par le club de Paris à la fin du siècle dernier.

4.15.

Le CESE reconnaît que dans certains cas, les entités de pays tiers qui ne peuvent être considérées comme dignes de confiance pour des raisons de sécurité ne doivent pas avoir accès aux appels d’offres. Il convient toutefois d’éviter de mettre en place un protectionnisme et de nous éloigner d’alliés et de partenaires fiables de pays tiers. Quoi qu’il en soit, les appels d’offres attribués à des entreprises européennes et financés au titre des fonds destinés à la politique extérieure de l’Union devraient inclure des critères relatifs au respect des normes fondamentales du travail fixées par l’OIT.

Bruxelles, le 3 décembre 2025.

Le président

du Comité économique et social européen

Séamus BOLAND


(1) Décrites dans la Résolution du Comité économique et social européen — Défendre les valeurs de l’UE et conforter son avenir au sein du nouvel ordre géopolitique (JO C, C/2026/2, 16.1.2026, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/2/oj).

(2) Mentionnés pour l’instrument «Europe dans le monde» à l’annexe III de la proposition de règlement établissant un cadre de suivi des dépenses et de performance pour le budget et d’autres règles horizontales applicables aux programmes et activités de l’Union [COM(2025) 545 final].

(3) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «La diplomatie climatique de l’Union européenne» (avis d’initiative) (JO C, C/2024/1575, 5.3.2024, ELI: https://data.europa.eu/eli/c/2024/1575/oj).

(4) Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Fiscalité de l’économie numérique» (avis exploratoire à la demande de la présidence tchèque) ( JO C 443 du 22.11.2022, p. 58).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/878/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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