| CELEX | 52025AE2823 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 4 décembre 2025 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/881 | 27.2.2026 |
Avis du Comité économique et social européen
Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant le programme «AgoraEU» pour la période 2028-2034 et abrogeant les règlements (UE) 2021/692 et (UE) 2021/818
[COM(2025) 550 final — 2025/0550 (COD)]
Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant le programme «Justice» pour la période 2028-2034 et abrogeant le règlement (UE) 2021/693
[COM(2025) 463 final — 2025/0255 (COD)]
(C/2026/881)
Rapporteur:
Ionuț SIBIAN| Conseillère | Simona CONSTANTINESCU (pour le rapporteur, groupe III) |
| Procédure législative | |
| Consultation | Lettre du Conseil, 1.10.2025 Lettre du Conseil, 5.11.2025 Commission européenne, 25.11.2025 Parlement européen, 12.11.2025 |
| Base juridique | Article 19, paragraphe 2; article 21, paragraphe 2; article 24; article 167, paragraphe 5; article 168, paragraphe 5, article 173, paragraphe 3 et article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Documents de la Commission | |
| Objectifs de développement durable (ODD) pertinents | ODD 16 |
| Compétence | Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté» |
| Adoption en section | 6.11.2025 |
| Adoption en session plénière | 4.12.2025 |
| Session plénière no | 601 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 198/2/0 |
1. RECOMMANDATIONS
| 1.1. | Le Comité économique et social européen (CESE) accueille favorablement les propositions de la Commission relatives aux programmes «AgoraEU» et «Justice», qui sont étroitement alignées sur la priorité d’une Europe libre et démocratique énoncée dans le programme stratégique pour la période 2024-2029 de l’Union. Le Comité soutient ces propositions et invite le Parlement et le Conseil à les approuver lors des prochaines négociations, tout en soulignant que ce soutien ne doit avoir aucune incidence sur l’enveloppe financière proposée par la Commission. |
| 1.2. | Le CESE encourage la Commission à reconnaître explicitement, dans le règlement établissant le programme «AgoraEU», le rôle prépondérant des activités de plaidoyer en tant que composante essentielle du travail des organisations de la société civile ainsi que la participation de la société civile dans l’élaboration des politiques comme des éléments à part entière du renforcement de la participation démocratique et de la résilience de la société, conformément à l’objectif général du programme. |
| 1.3. | Le CESE invite la Commission à inclure explicitement des subventions de fonctionnement pour les différents volets d’AgoraEU afin de renforcer la résilience institutionnelle de la société civile, ce qui est indispensable pour préserver les valeurs de l’Union et promouvoir la participation démocratique dans les États membres. |
| 1.4. | Le CESE appelle la Commission à permettre de recourir à des subventions de fonctionnement pour soutenir les programmes d’organismes, de réseaux et d’institutions à but non lucratif qui poursuivent un objectif d’intérêt général européen dans les domaines couverts par le programme «Justice» proposé. |
| 1.5. | Le CESE salue la décision de la Commission de maintenir le mécanisme de soutien financier à des tiers au moyen d’organisations intermédiaires et estime qu’il s’agit d’un moyen efficace d’atteindre les organisations de plus petite taille et de terrain. Le Comité souligne que l’indépendance des intermédiaires et la conformité de leurs méthodes de gouvernance et activités avec la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne doivent constituer des critères de sélection déterminants. |
| 1.6. | Le CESE demande de clarifier le règlement sur les taux de cofinancement pour les intermédiaires et les bénéficiaires finaux. Il recommande vivement d’autoriser un taux de financement de l’Union allant jusqu’à 100 % pour les organisations intermédiaires de la société civile qui mettent concrètement en œuvre une activité déléguée et pour les bénéficiaires de subventions. |
| 1.7. | Le CESE note que les bureaux «Europe créative» actuels ont pour mission principale d’aider les secteurs culturel et créatif. La proposition relative à AgoraEU prévoit cependant de promouvoir des activités de coopération et d’innovation intersectorielles dans les secteurs culturel, médiatique et civique. Le Comité insiste sur la nécessité de clarifier et, le cas échéant, d’adapter le mandat, l’expertise et les ressources humaines des bureaux du programme afin de s’assurer qu’ils puissent soutenir efficacement les acteurs de tous les domaines relevant du programme. |
| 1.8. | Le CESE invite la Commission à se pencher sur la possibilité de mettre en place des garanties adéquates concernant l’utilisation des montants forfaitaires et des subventions pluriannuelles, comme une indexation, des mécanismes correcteurs ou une plus grande souplesse en matière d’information financière, de façon à s’assurer de pouvoir atteindre pleinement les objectifs des projets sans imposer de contraintes financières excessives aux bénéficiaires. |
| 1.9. | Le CESE demande à la Commission de mieux décrire les synergies envisagées entre le Fonds européen pour la compétitivité et le volet «MÉDIA+» d’AgoraEU. |
| 1.10. | Le Comité juge important de renforcer de manière explicite l’accent mis sur les droits des victimes et l’accès à la justice dans le programme «Justice». Il convient de prévoir des financements spécifiquement dédiés aux réseaux d’aide aux victimes, des formations à l’intention des praticiens de la justice ainsi que des projets visant à améliorer l’accès transfrontière à la justice et à l’aide juridictionnelle. |
| 1.11. | Le CESE invite la Commission à documenter les déséquilibres de financement au sein de l’Union dont il est fait mention pour ce qui concerne les professionnels des secteurs culturel et créatif (1), et à y remédier, en particulier la fracture est-ouest pour le programme «Justice» et les trois volets d’AgoraEU. |
| 1.12. | Le CESE recommande à la Commission de mettre en relation les bénéficiaires de subventions travaillant sur des sujets similaires dans le but de créer des synergies, d’améliorer l’efficacité et de favoriser l’apprentissage mutuel. Le Comité suggère que la Commission élabore un plan d’action concret visant à mettre en œuvre les dispositions relatives au financement combiné et cumulé figurant dans les deux règlements proposés, de manière à développer des synergies concrètes et bénéfiques entre les programmes «AgoraEU» et «Justice». Ce plan comprendrait un recensement des thèmes liés en vue d’appels conjoints ou consécutifs, la formalisation de la coopération entre les directions générales compétentes de la Commission à cette fin et l’établissement régulier de rapports sur les indicateurs de performance communs. |
| 1.13. | Le CESE déplore que la disposition juridique instituant un groupe formel de dialogue civil contenue dans l’actuel règlement «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV) n’ait pas été reprise dans la proposition «AgoraEU» et invite instamment la Commission à y remédier en révisant le règlement. |
| 1.14. | Le Comité fait valoir que pour être efficaces, les programmes «AgoraEU» et «Justice» ont besoin d’infrastructures et de cadres de financement adéquats au niveau national. Il demande donc de faire dépendre l’accès aux fonds de l’Union en gestion partagée (comme le Fonds européen de cohésion et le Fonds social européen plus) de la capacité des États membres à démontrer leur engagement à compléter et soutenir les objectifs de ces programmes en gestion directe. |
2. NOTES EXPLICATIVES
| 2.1. | En accord avec la priorité d’une Europe libre et démocratique établie dans le programme stratégique pour la période 2024-2029 de l’Union, la Commission européenne a publié sa proposition de programme AgoraEU, qui vise à renforcer les piliers d’une démocratie forte incluant la culture, les médias et la société civile. La proposition de règlement établissant le programme «AgoraEU» relève du champ d’application du train de mesures relatives au cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034 et doit remplacer les règlements actuels (UE) 2021/692 du Parlement européen et du Conseil (2) (CERV) et (UE) 2021/818 du Parlement européen et du Conseil (3) (Europe créative) le 1er janvier 2028. |
| 2.2. | Le CESE prend acte du changement stratégique opéré par la Commission dans la politique de financement de l’Union: en réunissant les programmes «Europe créative» et «CERV», la Commission souhaite rationaliser les mécanismes de financement, renforcer les synergies intersectorielles et répondre de manière plus dynamique aux défis sociétaux pressants. D’après la Commission, AgoraEU s’appuie sur l’héritage des programmes «Europe créative» et «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV) pour créer un programme intégré unique qui, en plus de rationaliser l’accès pour les demandeurs, améliore la coordination intersectorielle. |
| 2.3. | La proposition relative à AgoraEU prévoit une enveloppe financière totale de 8,58 milliards d’EUR, qui dépasse les dotations combinées des programmes «CERV» et «Europe créative» actuels et permettra donc d’augmenter les investissements dans la culture, les médias, la démocratie, les droits et l’égalité. La proposition relative au programme «Justice» prévoit quant à elle une enveloppe financière totale de près de 800 millions d’EUR en vue de soutenir la poursuite de l’édification de l’espace européen de justice. Les deux propositions s’inscrivent dans la tendance générale des propositions relatives au CFP visant à renforcer les dimensions des politiques de l’Union relatives à l’état de droit, à la justice, à la sécurité et à la compétitivité. |
| 2.4. | Le Comité se félicite que le programme AgoraEU prévoie de doubler les financements en faveur du volet «Démocratie, citoyens, égalité entre les hommes et les femmes, droits et valeurs» [anciennement CERV+ («Citoyens, égalité, droits et valeurs»)] dans le nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, tout en faisant remarquer qu’en comparaison des grands programmes économiques et de sécurité de l’Union, les ressources consacrées aux valeurs fondamentales, à la participation démocratique et à l’engagement de la société civile demeurent relativement modestes. |
| 2.5. | Le CESE note que dans son avis sur le bouclier européen de la démocratie (4), il invitait les autorités budgétaires de l’UE à augmenter considérablement le budget consacré au soutien aux organisations de la société civile au sein de l’Union et dans les pays candidats dans le cadre du prochain CFP. Les priorités en matière de dépenses devraient être le soutien structurel aux organisations de la société civile, le renforcement de leurs capacités, les fonds d’urgence pour la protection et l’accompagnement juridique de ces organisations et des militants contre l’ingérence étrangère, les actions en justice stratégiquement intentées pour altérer le débat public («poursuites-bâillons») et d’autres formes de harcèlement, et les projets dans les domaines des droits de l’homme, de l’état de droit, de la démocratie, de la lutte contre la corruption, de la participation politique, de l’égalité de genre, des droits LGBTQ+, de la mémoire, de la lutte contre l’extrémisme politique, de la résilience sociétale, des valeurs européennes, ainsi que de l’habileté numérique et de l’éducation aux médias et à l’IA. |
| 2.6. | Le Comité ajoute que ce même avis demandait aux autorités budgétaires de l’UE de mettre en place un programme de financement pour soutenir un journalisme de qualité dans l’Union et les pays candidats. Les priorités en matière de dépenses devraient être le soutien aux académies de journalisme, les projets d’enseignement dans le domaine des études européennes et les initiatives de promotion de l’habileté numérique et de la maîtrise de l’IA pour les journalistes, l’aide à la protection des journalistes et l’assistance juridique à ceux-ci contre l’ingérence étrangère, les poursuites-bâillons et d’autres formes de harcèlement, en accordant une attention particulière aux indépendants, et l’aide budgétaire en faveur de médias de qualité. |
| 2.7. | La proposition de règlement établissant le programme «AgoraEU» insiste sur le fait que l’importance de l’intervention financière de l’Union dans les domaines couverts par le programme réside dans leur capacité à promouvoir une gouvernance inclusive et participative. La gouvernance participative désigne les mécanismes et pratiques institutionnalisés permettant aux citoyens et à la société civile de jouer un rôle actif dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques, aux côtés des pouvoirs publics. Si le règlement reconnaît la fonction de surveillance et le rôle essentiel des organisations de la société civile dans la mise en œuvre des politiques, il ne reflète pas suffisamment leur mission de plaidoyer et d’apport d’expertise, par laquelle des individus et des organisations peuvent exprimer leurs intérêts, défendre des droits et influer sur les politiques publiques et les processus décisionnels afin de promouvoir un véritable dialogue et la cocréation. |
| 2.8. | Le règlement (UE) 2021/692 établissant le programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV) (2021 à 2027), le règlement (UE) 2021/818 établissant le programme «Europe créative» (2021 à 2027) et le règlement (UE) 2021/693 du Parlement européen et du Conseil (5) établissant le programme «Justice» (2021 à 2027) prévoient explicitement la possibilité d’octroyer des subventions pour cofinancer le fonctionnement d’organisations et de réseaux faîtiers de l’Union. Ces dispositions générales ne figurent toutefois plus dans les propositions de la Commission relatives aux programmes «AgoraEU» et «Justice» pour la période 2028-2034. |
| 2.9. | Le CESE se félicite que la Commission reconnaisse que l’amoindrissement du soutien financier et politique et les attaques et menaces à l’encontre de la société civile en raison de son travail remettent en question le rôle traditionnel joué par les organisations de la société civile dans la défense des valeurs consacrées par l’article 2 du traité sur l’Union européenne. En maintenant les subventions de fonctionnement de CERV+ et en les intégrant dans le volet médias aux côtés des subventions de projets, le programme AgoraEU peut créer l’équilibre nécessaire entre le financement d’activités innovantes et la garantie de la capacité à long terme des organisations de la société civile. |
| 2.10. | Le même raisonnement vaut également pour les réseaux culturels bénéficiant d’un soutien au titre du volet «Culture» du programme «Europe créative» et pour les organisations et réseaux faîtiers promouvant l’état de droit et les droits fondamentaux dans le cadre du programme «Justice» proposé. L’évaluation intermédiaire (6) du programme «Justice» pour la période 2021-2027 indique que «certains bénéficiaires se sont également déclarés préoccupés par leur dépendance à l’égard des financements de l’Union pour la poursuite de leurs initiatives», ce qui laisse penser que des financements plus stables ou plus diversifiés (comme des subventions de fonctionnement) pourraient être nécessaires. |
| 2.11. | Selon le règlement proposé, le recours au mécanisme de soutien financier à des tiers, qui a démontré son efficacité pour rendre les financements de l’Union plus accessibles aux petites organisations, se poursuivra et pourrait être étendu le cas échéant. L’efficacité du soutien financier à des tiers implique l’indépendance des organisations intermédiaires, qui doit dès lors être garantie en tant que critère de sélection prioritaire. Si ces intermédiaires ne sont pas indépendants (s’ils sont liés aux intérêts de pouvoirs publics ou biaisés, par exemple), la répartition des fonds risque d’être faussée, ce qui compromettrait l’équité, l’inclusivité et la confiance. |
| 2.12. | L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’état de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. La jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) (7) confirme que toute entité qui met en œuvre des actions de l’Union doit agir dans le respect des droits fondamentaux. L’inclusion du respect des valeurs consacrées dans le TFUE et la charte des droits fondamentaux parmi les conditions d’éligibilité permet de garantir que les financements de l’UE respectent l’obligation prévue par le traité de protéger les droits fondamentaux et de prévenir l’utilisation abusive des fonds. La mise en place d’un mécanisme de vérification allant au-delà d’une déclaration sur l’honneur donnerait corps à ces principes. |
| 2.13. | Alors que le soutien financier aux types de parties prenantes visées par le programme s’érode, les exigences en matière de cofinancement pourraient entraîner des difficultés d’accès pour les bénéficiaires tels que les organisations de la société civile, les médias locaux et les organisations culturelles et créatives de petite taille, notamment dans les États membres où les financements nationaux ou privés sont limités ou restreints pour des raisons politiques. Cela vaut aussi pour les organisations à but non lucratif agissant en qualité d’intermédiaires dans le cadre du mécanisme de soutien financier à des tiers, qui ne devraient pas être tenues de fournir un cofinancement. |
| 2.14. | Le CESE note que les bureaux «Europe créative» actuels ont pour mission principale d’aider les secteurs culturel et créatif, et les points de contact nationaux du programme CERV d’aider les demandeurs et les bénéficiaires dans le cadre du programme. La proposition relative à AgoraEU prévoit cependant de promouvoir des activités de coopération et d’innovation intersectorielles dans les secteurs culturel, médiatique et civique. |
| 2.15. | La proposition ne contient aucun volet transsectoriel distinct. Au lieu de cela, elle prévoit des «priorités et activités transversales et horizontales». Les bureaux «Europe créative» actuels et les points de contact nationaux du programme CERV existants (appelés à devenir des bureaux du programme dans le cadre d’AgoraEU), chargés de promouvoir le programme, d’orienter les candidats, de favoriser la coopération et de diffuser les résultats, relèvent désormais des activités horizontales, sans dotation budgétaire clairement définie. Il est ainsi difficile de savoir si un volet, et lequel, soutiendra leur financement et si celui-ci sera suffisamment stable. |
| 2.16. | Le CESE salue le recours aux montants forfaitaires et aux subventions pluriannuelles en tant que mesures permettant de simplifier la mise en œuvre et de réduire la charge administrative pour les bénéficiaires. Ces mesures peuvent toutefois poser certains problèmes aux bénéficiaires, notamment dans un contexte d’inflation élevée et de projets pluriannuels, les montants fixes convenus au départ risquant de perdre de leur valeur au fil du temps. Ce problème est encore plus prégnant pour les bénéficiaires de pays situés en dehors de la zone euro, qui risquent d’être confrontés à des fluctuations des taux de change susceptibles de réduire considérablement le pouvoir d’achat des contributions de l’Union dans leur monnaie locale. |
| 2.17. | La proposition relative à AgoraEU établit des liens avec le Fonds européen pour la compétitivité uniquement pour le volet «MÉDIA+». Elle ne précise cependant pas quels mécanismes de financement au titre du Fonds européen pour la compétitivité contribueront aux priorités associées à «MÉDIA+» ni si un budget spécifique sera prévu. Compte tenu de l’importance, pour le secteur des médias et de l’audiovisuel, de bénéficier d’un soutien prévisible et cohérent, le CESE juge essentiel que la Commission explique clairement comment ces synergies se concrétiseront dans la pratique et quel niveau de ressources peut être espéré. |
| 2.18. | La directive 2012/29/UE du Parlement européen et du Conseil (8) sur les droits des victimes dispose que tous les États membres doivent veiller à ce que les victimes soient reconnues et traitées avec respect, et puissent accéder à une aide et à la justice. Si le programme «Justice» 2021-2027 comprend certaines actions en ce sens, celles-ci sont fragmentées et dotées de ressources insuffisantes, tandis que la nouvelle proposition ne mentionne les victimes que de manière indirecte. S’assurer que les victimes puissent exercer concrètement leurs droits partout dans l’Union permettrait de matérialiser les principes de la charte des droits fondamentaux et de renforcer dans le même temps la confiance mutuelle dans l’espace européen de justice. |
| 2.19. | L’exposé des motifs de la proposition de règlement établissant le programme «AgoraEU» mentionne explicitement les difficultés liées aux déséquilibres géographiques pour les secteurs culturel et créatif. Les professionnels actifs dans ces domaines font souvent face à des obstacles structurels qui limitent leurs possibilités de travailler par-delà les frontières, d’établir des partenariats durables, de profiter de nouvelles opportunités et d’accéder à de nouveaux marchés. Ces difficultés sont encore plus prononcées dans les régions qui disposent de moins de ressources ou dont les structures de soutien sont plus réduites, et où l’accès limité aux financements, aux réseaux et aux possibilités de mobilité crée des obstacles à la participation aux programmes de l’Union. Les déséquilibres géographiques risquent donc de creuser les inégalités existantes au sein de l’écosystème culturel et créatif de l’Union. |
| 2.20. | L’évaluation intermédiaire du programme «Justice» pour la période 2021-2027 indique que «les organisations établies dans certains États membres [ont] sollicité et reçu des fonds plus fréquemment que celles établies dans d’autres États membres». En d’autres termes, les financements sont concentrés en Europe occidentale et septentrionale, au détriment des États membres d’Europe centrale, orientale voire méridionale. |
| 2.21. | Les programmes «AgoraEU» et «Justice» relèvent tous deux de la rubrique 2 — Une Europe libre et démocratique — et partagent le même objectif stratégique de renforcer la démocratie, l’état de droit et les droits fondamentaux. Une approche structurée du financement conjoint sous-tend la réalisation de cette mission commune. Le programme «AgoraEU» donne à la société civile, aux médias et aux citoyens les moyens d’agir, tandis que le programme «Justice» renforce les institutions, les tribunaux et les mécanismes de protection de l’état de droit. Des actions conjointes permettent de relier les deux, par exemple en ce qui concerne l’accès à la justice, les droits fondamentaux et la coopération judiciaire en matière d’égalité. La possibilité de financements combinés montre que l’Union considère la démocratie, l’état de droit et les droits comme interconnectés et non comme autant de domaines cloisonnés. |
| 2.22. | Le CESE estime qu’élaborer un plan d’action concret pour la mise en œuvre d’un financement combiné et cumulé pour les programmes «AgoraEU» et «Justice» renforcerait considérablement la cohérence et l’impact des dépenses de l’Union au titre de la rubrique 2 — Une Europe libre et démocratique. Ce plan améliorerait la coordination entre les directions générales compétentes de la Commission, optimiserait l’utilisation des ressources au moyen d’appels conjoints ou consécutifs et réduirait la charge administrative pour les bénéficiaires. Il renforcerait en outre la visibilité et la valeur ajoutée de l’action de l’UE, en faisant dépendre le soutien à la société civile et aux médias de la promotion de la justice, de l’état de droit et des droits fondamentaux. |
| 2.23. | Le Comité considère le dialogue direct entre la Commission et les bénéficiaires des programmes, y compris sur le programme de travail et sa mise en œuvre, comme une innovation majeure du programme CERV qui a eu des effets bénéfiques sur la transparence et la réactivité. Il convient de préserver et de renforcer ces mécanismes de dialogue à tous les niveaux d’AgoraEU afin de s’assurer que la société civile continue de contribuer de manière significative aux processus décisionnels et au contrôle. Le CESE a d’ailleurs également souligné, dans son avis intitulé «Société civile et crises et phénomènes de crise dans l’Europe contemporaine» (9), la nécessité d’une stratégie globale pour le dialogue civil qui donne lieu à un plan d’action. |
| 2.24. | Alors que les programmes de l’Union («AgoraEU» et «Justice», en gestion directe) dépendent d’investissements et de services nationaux financés au moyen d’instruments en gestion partagée, comme le Fonds européen de cohésion et le Fonds social européen plus, il arrive souvent que les États membres n’apportent pas le soutien demandé. Leur portée à long terme dépend pourtant des systèmes et infrastructures mis en place au niveau national (tribunaux, aide juridictionnelle, services d’aide aux victimes, centres culturels ou civiques, etc.), tandis que le Parlement européen, le CESE et la Cour des comptes européenne ont à plusieurs reprises appelé à développer la complémentarité entre les fonds en gestion partagée et en gestion directe (comme CERV—FSE+ et Erasmus—Fonds européen de cohésion) (10). |
| 2.25. | Il convient de s’assurer que le co-investissement national ne soit pas utilisé à des fins de sanction, mais procède du principe de partenariat. Il s’agit de garantir que les programmes de l’Union («AgoraEU» et «Justice») reposent sur des bases durables au niveau local, comme des centres d’aide aux victimes, des organismes chargés de l’égalité de traitement ou des espaces culturels, qui, pour les citoyens, concrétisent sur le terrain la valeur ajoutée des financements européens. Le fait d’associer les fonds en gestion partagée (comme le Fonds européen de cohésion) à la réalisation de ces objectifs permet d’intégrer les dépenses de l’Union dans un écosystème cohérent de soutien à la démocratie, à l’état de droit et à la justice dans tous les États membres. |
| 2.26. | Le Comité souligne l’importance des échanges interpersonnels entre citoyens, notamment dans le cadre des projets de jumelage, des réseaux de villes et des activités commémorant des moments clés de l’histoire européenne moderne, estimant que de telles initiatives favorisent la compréhension mutuelle, la résilience de la société et un sentiment commun d’appartenance à l’Union, et renforcent ainsi l’engagement des citoyens au sein de la société et leur participation à la vie démocratique de l’Union. Le Comité invite la Commission à s’assurer que de telles activités au titre du programme AgoraEU demeurent accessibles et inclusives, et respectent l’équilibre géographique, en accordant une attention particulière aux collectivités locales, aux petites organisations de la société civile et aux communautés dont les taux de participation sont plus faibles. |
3. AMENDEMENTS PROPOSÉS À LA PROPOSITION LÉGISLATIVE DE LA COMMISSION
Amendement 1
lié à la recommandation 1.13
| Texte proposé par la Commission | Amendement du CESE | ||||
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| Exposé des motifs |
| Le Comité considère le dialogue direct entre la Commission et les bénéficiaires des programmes, y compris sur le programme de travail et sa mise en œuvre, comme une innovation majeure du programme CERV qui a eu des effets bénéfiques sur la transparence et la réactivité. Il convient de préserver et de renforcer ces mécanismes de dialogue à tous les niveaux d’AgoraEU afin de s’assurer que la société civile continue de contribuer de manière significative aux processus décisionnels et au contrôle. Le CESE a d’ailleurs également souligné, dans son avis intitulé «Société civile et crises et phénomènes de crise dans l’Europe contemporaine» (SOC/812), la nécessité d’une stratégie globale pour le dialogue civil qui donne lieu à un plan d’action. |
Amendement 2
lié à la recommandation 1.13
| Texte proposé par la Commission | Amendement du CESE |
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| Article 16 |
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| Dialogue civil structuré |
|
| La Commission s’appliquera à mettre en place un dialogue civil structuré avec des organisations représentatives de la société civile, en s’appuyant sur les mécanismes mis sur pied dans le cadre du programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV) et en les maintenant. Ce dialogue civil structuré fera office de forum permanent permettant des échanges réguliers entre la Commission et les organisations de la société civile aux niveaux européen et national, y compris celles défendant les citoyens, l’égalité, les droits fondamentaux et les valeurs. |
| Exposé des motifs |
| Identique à l’amendement 1. |
Bruxelles, le 4 décembre 2025.
Le président
du Comité économique et social européen
Séamus BOLAND
(1) Dans l’exposé des motifs de la proposition de règlement.
(2) Règlement (UE) 2021/692 du Parlement européen et du Conseil du 28 avril 2021 établissant le programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» et abrogeant le règlement (UE) no 1381/2013 du Parlement européen et du Conseil et le règlement (UE) no 390/2014 du Conseil (JO L 156 du 5.5.2021, p. 1, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2021/692/oj).
(3) Règlement (UE) 2021/818 du Parlement europeen et du Conseil du 20 mai 2021 établissant le programme «Europe créative» (2021 à 2027) et abrogeant le règlement (UE) no 1295/2013 (Texte présentant de l’intérêt pour l’EEE) (JO L 189 du 28.5.2021, p. 34, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2021/818/oj).
(4) Avis du Comité économique et social européen — Le bouclier européen de la démocratie (avis exploratoire à la demande de la présidence danoise du Conseil de l’UE) — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions relative au bouclier européen de la démocratie [comme annoncé dans la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Programme de travail 2025 de la Commission (COM(2025) 45 final)] (JO C, C/2026/25, 16.1.2026, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/25/oj).
(5) Règlement (UE) 2021/693 du Parlement européen et du Conseil du 28 avril 2021 établissant le programme «Justice» et abrogeant le règlement (UE) no 1382/2013 (JO L 156 du 5.5.2021, p. 21, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2021/693/oj).
(7) Voir les affaires C-619/18 (ECLI:EU:C:2019:531) et C-78/18 (ECLI:EU:C:2020:476).
(8) Directive 2012/29/UE du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2012 établissant des normes minimales concernant les droits, le soutien et la protection des victimes de la criminalité et remplaçant la décision-cadre 2001/220/JAI du Conseil (JO L 315 du 14.11.2012, p. 57, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2012/29/oj).
(9) Avis du Comité économique et social européen — Société civile et crises et phénomènes de crise dans l’Europe contemporaine (avis exploratoire à la demande de la présidence polonaise du Conseil de l’UE) (JO C, C/2025/2957, 16.6.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/2957/oj).
(10) Voir C(2021) 2583 final; P10_TA(2025)0027; programme de travail annuel destiné à la mise en œuvre du programme Erasmus+ pour 2025; COM(2025) 267 final; et Cour des comptes européenne, «Politique de cohésion de l’UE: préparer l’avenir en tirant les leçons du passé», document d’analyse 04/2025.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/881/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.113683
30/12/2025
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.120528
29/12/2025
Avis institutionnel — 52025AE2123R(01)
23/12/2025
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.113257
23/12/2025