| CELEX | 52025AE4434 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 18 mars 2026 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/3228 | 2.7.2026 |
Avis du Comité économique et social européen
Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (UE) 2019/2088 sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR) et le règlement (UE) no 1286/2014 sur les documents d’informations clés relatifs aux produits d’investissement packagés de détail et fondés sur l’assurance (PRIIP), et abrogeant le règlement délégué (UE) 2022/1288 de la Commission
[COM(2025) 841 final — 2025/0361(COD)]
(C/2026/3228)
Rapporteur:
Javier DOZ ORRIT| Conseillère | Brooke MOORE (pour le rapporteur) |
| Procédure législative | |
| Consultations | Parlement européen, 10.12.2025 Conseil de l’Union européenne: 19.2.2026 |
| Base juridique | Articles 114 et 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
| Documents de la Commission | COM(2025) 841 final — 2025/0361(COD) Résumé du document COM(2025) 841 final — 2025/0361(COD) |
| Objectifs de développement durable (ODD) pertinents | ODD 7 — Énergie propre et d’un coût abordable ODD 8 — Travail décent et croissance économique ODD 9 — Industrie, innovation et infrastructure ODD 11 — Villes et communautés durables ODD 13 — Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques |
| Compétence | Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale» |
| Adoption en section | 25.2.2026 |
| Adoption en session plénière | 18.3.2026 |
| Session plénière no | 604 |
| Résultat du vote (pour/contre/abstentions) | 193/0/0 |
1. INTRODUCTION
| 1.1. | À la suite d’un processus de réexamen, la Commission européenne a proposé, en novembre 2025, une révision du règlement sur la publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR). En vigueur depuis 2021, le SFDR a introduit, pour les acteurs des marchés financiers, des exigences en matière de publication d’informations au niveau des entités et des produits, dans le but d’accroître la transparence sur les risques en matière de durabilité et sur les incidences négatives, de clarifier la mesure dans laquelle les entreprises ou les produits financiers satisfont aux indices de référence en matière de durabilité, de réduire l’écoblanchiment et d’assurer la comparabilité des produits d’investissement. Le SFDR a donc été le premier cadre à réglementer la manière dont les informations ESG (1) sont structurées et communiquées aux investisseurs, ce qui représente une étape importante dans l’évolution des pratiques de marché et l’intégration de considérations relatives à la durabilité dans les décisions d’investissement. |
| 1.2. | La révision proposée répond à plusieurs difficultés de mise en œuvre. Bien qu’il ait été conçu comme un régime de publication d’informations, le SFDR a été, dans la pratique, largement utilisé comme un cadre d’étiquetage de facto des produits, en particulier en ce qui concerne la commercialisation des produits visés aux articles 8 et 9, sans respecter systématiquement les normes implicites, ce qui suscite des inquiétudes concernant l’écoblanchiment. Parmi les autres problèmes figurent le décalage entre les définitions de base, notamment celle des «investissements durables», et d’autres actes législatifs de l’Union en matière de finance durable, les contraintes persistantes en matière d’accès à des données fiables relatives aux critères ESG et la publication d’informations, à la fois trop complexe pour les investisseurs de détail et insuffisamment ciblée pour les utilisateurs professionnels. Ces lacunes ont alimenté l’insécurité juridique, les divergences en matière de surveillance et la disproportion des coûts de mise en conformité, notamment pour les petits acteurs des marchés financiers. Plus particulièrement, la révision propose de passer d’un régime fondé sur la publication d’informations à un cadre de catégorisation des produits, en introduisant trois catégories de produits définies par des critères minimaux et des exclusions. Parmi les modifications supplémentaires, il est proposé de simplifier les exigences de publication au niveau de l’entité, notamment en supprimant la déclaration des principales incidences négatives, de réduire et de simplifier la publication d’informations au niveau du produit, de rendre plus strictes les règles de dénomination et de commercialisation, de restreindre le champ d’application pour en exclure les conseillers financiers et les gestionnaires de portefeuille, et de supprimer le concept distinct d’«investissement durable», qui doit plutôt être intégré dans les exigences spécifiques à chaque catégorie. |
| 1.3. | Le CESE accueille favorablement plusieurs éléments de la proposition, en particulier l’introduction de catégories de produits et d’une catégorie «transition» spécifique, comme il l’avait déjà recommandé dans son avis intitulé «Un nouvel élan pour le cadre de l’UE en matière de finance durable» (2). Il soutient l’objectif de la Commission consistant à s’écarter de l’utilisation non intentionnelle du SFDR en tant que régime d’étiquetage de facto, laquelle a engendré une insécurité juridique, des coûts de mise en conformité et des divergences en matière de surveillance, en particulier pour les petits acteurs des marchés financiers. Toutefois, la révision intervient à un moment où le pacte vert pour l’Europe est de plus en plus remis en cause et où la Commission s’emploie à des mesures omnibus plus larges sur la durabilité en vue de rationaliser le cadre de l’Union en matière de finance durable. Comme souligné dans l’avis susmentionné, la frontière est ténue entre une véritable simplification visant à faciliter la bonne mise en œuvre et une simplification qui risque d’amoindrir les ambitions. En tant que premier cadre du genre, le SFDR a créé un important précédent au niveau mondial. Dans ce contexte, la révision doit envoyer aux marchés un signal clair à long terme indiquant que la transition écologique de l’Union reste fermement engagée et que toute simplification soutiendra, plutôt qu’elle n’affaiblira, l’orientation des capitaux vers des activités durables et conformes à la transition. À l’heure où les préoccupations en matière de sécurité et de défense occupent le premier plan dans le débat public européen, il est essentiel de souligner que le respect d’objectifs sociaux et environnementaux et les réglementations rigoureuses constituent un capital politique indispensable qui renforce lui aussi la sécurité de l’Union. |
| 1.4. | Le CESE salue l’intention de réviser le SFDR afin de parvenir à une simplification significative, et souligne que, pour qu’elle soit efficace, une telle simplification doit se concentrer sur l’élimination des informations faisant double emploi, de faible valeur et mal ciblées, tout en préservant les éléments essentiels à l’intégrité du marché, à la protection des investisseurs et à l’orientation des capitaux vers des activités durables et conformes à la transition. |
2. RECOMMANDATIONS
Compte tenu de l’ampleur des besoins en Europe et dans le monde en matière de finance durable, ainsi que des avis du CESE sur le fonctionnement et la cohérence du cadre de l’Union en cette même matière pour répondre auxdits besoins, le Comité formule les recommandations suivantes sur la révision proposée:
| 2.1. | veiller à ce que toute simplification de la législation en matière de finance durable, y compris les exigences relatives à la publication d’informations, n’affaiblisse pas la contribution du système financier et de ses produits de crédit et d’investissement à la réalisation des objectifs du pacte vert pour l’Europe dans les délais juridiquement contraignants, et ne sape pas les mesures de lutte contre l’écoblanchiment; |
| 2.2. | préserver la crédibilité et l’intégrité du SFDR en maintenant les exclusions prévues dans la proposition et en s’appuyant sur des normes écologiques et sociales reconnues; |
| 2.3. | conserver un ensemble de publications d’informations au niveau de l’entité qui soit hautement rationalisé et normalisé, limité aux informations qui ne peuvent être utilement déduites des publications au niveau du produit; |
| 2.4. | exiger la publication d’informations à l’échelle des catégories par rapport à un ensemble limité et normalisé d’indicateurs liés aux principales incidences négatives (3), dans le but de réduire la prolifération de mesures spécifiques propres aux produits; |
| 2.5. | maintenir, pour les fonds ne relevant pas des différentes catégories, un ensemble minimal proportionné et strict de publications d’informations relatives aux principales incidences négatives et limiter ledit ensemble à ce qui est nécessaire pour préserver la compatibilité et éviter les distorsions du marché; |
| 2.6. | renforcer le rôle et l’intégration de la gestion dans le SFDR. Il s’agit notamment d’assurer une application plus horizontale dans toutes les catégories de produits. En ce qui concerne les produits relevant de la catégorie «transition», il convient d’établir l’engagement des investisseurs et les plans de remontée de l’information en tant que critères obligatoires d’éligibilité, plutôt qu’en tant que caractéristiques facultatives. En outre, les pratiques en matière de gestion devraient être décrites dans les informations obligatoires au niveau de l’entité; |
| 2.7. | conserver les portefeuilles gérés dans le cadre de la définition des produits financiers au titre du SFDR; |
| 2.8. | préserver l’approche fondée sur la publication d’informations pour reconnaître les investissements d’impact dans les catégories «transition» et «durable», tout en renforçant la crédibilité grâce à des garanties plus claires; |
| 2.9. | renforcer les exigences relatives aux plans de transition au titre des critères d’éligibilité de la catégorie «transition». Il convient d’élargir, dans le cadre du SFDR, le concept de transition au-delà de celui de la transition écologique. Des objectifs sociaux devraient également être pris en compte, de façon à ce qu’ils soient toujours associés à des objectifs environnementaux pour vérifier l’éligibilité des produits. Conformément à l’accord de Paris, les critères de financement durable devraient exiger des entreprises qu’elles adoptent un plan crédible d’abandon progressif des combustibles fossiles, et en particulier du charbon. |
| 2.10. | assurer la mise en conformité avec le cadre plus large en matière de finance durable, en veillant à ce que les catégories de produits ne soient pas contraires aux objectifs de la politique climatique et énergétique de l’Union. |
3. NOTES EXPLICATIVES
Arguments à l’appui de la recommandation 2.1
| 3.1. | L’Union européenne est juridiquement tenue de parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050 en vertu de la loi européenne sur le climat. Cet objectif nécessite non seulement des niveaux d’investissement sans précédent, mais aussi une réorientation structurelle de la prise de décision économique en faveur de la durabilité à long terme. Les estimations actuelles illustrent l’ampleur du défi: selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le déficit de financement des objectifs de développement durable (ODD) à l’échelle mondiale s’élève à environ 4 000 milliards d’USD et, d’après l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), des investissements supplémentaires équivalant approximativement à 4,1 % du produit intérieur brut (PIB) seront nécessaires jusqu’en 2030 pour réaliser les objectifs environnementaux fixés dans le pacte vert pour l’Europe. Les récents engagements stratégiques de l’UE, tels que l’objectif établi dans le pacte pour une industrie propre et visant à mobiliser 100 milliards d’EUR, provenant notamment de capitaux privés, soulignent le rôle central du système financier dans la réalisation de cette transition. Dans le même temps, selon les estimations publiées dans l’examen de la mise en œuvre de la politique environnementale réalisé par la Commission en 2025, l’Union subit déjà des pertes annuelles d’environ 180 milliards d’EUR en raison du déficit de mise en œuvre de la législation environnementale, soit un montant supérieur aux 122 milliards d’EUR par an qui seraient nécessaires pour combler ce déficit. Cette situation démontre que l’inaction n’est pas une option neutre sur le plan des coûts. |
| 3.2. | La révision du SFDR fait suite aux récents trains de mesures omnibus, notamment Omnibus I, qui ont déjà remodelé certains éléments du cadre de l’Union en matière de finance durable. Dans ce contexte, il importe de veiller à éviter que la simplification n’amoindrisse les ambitions, ce qui réduirait non seulement la capacité de l’UE à mobiliser les capitaux nécessaires à la transition, mais augmenterait également les risques économiques liés aux retards pris dans la transition. Une dépendance à l’égard du carbone, un délaissement d’actifs et une plus grande exposition aux pertes liées au climat figurent parmi ces risques, qui, en fin de compte, compromettent les objectifs juridiquement contraignants de l’Union en matière de climat et d’environnement. |
| 3.3. | Par conséquent, la transition vers un système de catégorisation des produits devrait réduire au minimum les perturbations du marché et permettre aux acteurs des marchés financiers de tirer parti des efforts existants en ce qui concerne la mise en œuvre du SFDR afin d’éviter des coûts supplémentaires inutiles. Pour en garantir l’efficacité, il convient de veiller à ce que le SFDR soit révisé selon un séquençage réaliste et des périodes de transition suffisantes, afin de permettre aux entreprises d’adapter progressivement leurs systèmes et de soutenir ainsi les objectifs visés par la Commission en matière de réduction de la charge, en particulier pour les petits acteurs des marchés financiers. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.2
| 3.4. | Par la suppression de l’article 2, paragraphe 17, du SFDR, il est suggéré, dans la proposition, de supprimer la définition distincte de l’«investissement durable», en cherchant plutôt à défendre ses principes sous-jacents, tels que le principe consistant à «ne pas causer de préjudice important», au moyen de critères de catégorie de produits et d’exclusions. En conséquence, la crédibilité et l’application effective de ces principes dépendront directement de la rigueur, de la cohérence et de l’applicabilité des critères par catégorie et des règles d’exclusion. |
| 3.5. | Les preuves de plus en plus nombreuses de risque systémique soulignent l’importance de maintenir des exclusions solides. Malgré les projections selon lesquelles un réchauffement de plus de 3 °C pourrait menacer environ 40 % de l’économie mondiale (4), d’importants volumes de capitaux continuent de financer des activités liées aux combustibles fossiles. En 2023, 869 milliards d’USD ont été acheminés vers des entreprises du secteur des combustibles fossiles (5), tandis que les 60 plus grandes banques au monde détiennent, selon les estimations, 1 600 milliards d’USD de crédits liés aux combustibles fossiles (6). Ces chiffres mettent en évidence la nécessité de signaux fermes et crédibles qui encouragent activement la décarbonation dans toute la mesure du possible, afin de réduire l’exposition aux actifs délaissés, aux pertes sur prêts et aux risques plus larges pour la stabilité financière. Une analyse de la Banque centrale européenne indique que le SFDR a déjà contribué à améliorer les performances ESG des participations publiques des banques, ce qui démontre son efficacité en tant qu’instrument stratégique (7). L’affaiblissement des exclusions proposées risquerait donc de mettre en péril l’un des rares leviers éprouvés dont dispose l’Union pour orienter les capitaux vers des activités durables et conformes à la transition. |
| 3.6. | Le CESE se félicite que des exclusions s’appliquent à tous les investissements d’un produit financier, et pas seulement aux 70 % qui peuvent être considérés comme éligibles. Il soutient également fermement l’alignement des exclusions sur le règlement délégué relatif aux indices de référence «transition climatique» de l’Union, et est favorable aux exclusions supplémentaires liées aux combustibles fossiles, en particulier celles prévues aux articles 7 et 9, qui excluent les investissements dans de nouveaux projets liés aux combustibles fossiles ou dans des entreprises ne disposant pas de plans crédibles d’élimination progressive. Le Comité demande instamment que lesdites exclusions, ainsi que celles, plus ambitieuses, énoncées à l’article 9 pour la catégorie des produits durables, soient maintenues en tant que garanties juridiques essentielles nécessaires pour garantir la sécurité juridique, la comparabilité et la confiance des investisseurs, et pour éviter de futures fragmentations réglementaires. Il en résultera l’exclusion de toutes les nouvelles activités de prospection, d’extraction, de raffinage ou de production d’énergie à partir de combustibles fossiles dans chaque catégorie de produits concernée. Toutefois, le CESE souligne que le financement des infrastructures de transport qui ont une incidence négative sur l’environnement ne devrait pas être exclu dans la proposition de révision de la réglementation. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.3
| 3.7. | La proposition prévoit la suppression des articles 4 et 5 et réoriente les publications d’informations principalement vers le niveau des produits, notamment en supprimant la communication d’informations sur les principales incidences négatives au niveau de l’entité. Les retours d’information tirés de la consultation menée en 2023 en lien avec le SFDR indiquent que certains répondants estimaient que les publications d’informations au niveau de l’entité n’étaient pas suffisamment utilisées ou se chevauchaient avec les exigences de la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), ce qui laisse entendre qu’une simplification est possible. Toutefois, en ce qui concerne la pertinence de ces publications s’agissant des principales incidences négatives, les avis étaient partagés de manière égale (31 % pour, 31 % contre), ce qui confirme l’importance qu’une part importante des répondants continue de leur accorder. L’analyse d’impact réalisée par la Commission en 2025 révèle elle aussi l’absence de consensus clair entre les parties prenantes sur la suppression des publications d’informations au niveau de l’entité. En outre, l’expérience acquise au titre du cadre actuel montre que, même lorsque les exigences sont complexes ou nécessitent une préparation, les acteurs des marchés financiers adaptent leur comportement lorsque la communication réglementaire est claire. |
| 3.8. | Si le CESE est favorable à une réduction significative de la publication d’informations au niveau des entités, il fait observer que le niveau d’information proposé irait à l’encontre des conclusions tirées de la consultation et de l’analyse d’impact. Ce constat est particulièrement pertinent à la lumière des récentes réductions du champ d’application au titre de la CSRD, qui risquent d’exempter de nombreux investisseurs des obligations de communication d’informations relevant tant de la CSRD que du SFDR. En outre, la décision de ne pas procéder à la publication d’informations sectorielles au titre des normes européennes d’information en matière de durabilité (ESRS) accroît le recours au SFDR pour fournir ces informations. Le Comité prend également en considération des questions telles que la gestion qui, reconnue positivement au titre de l’article 7 de la proposition SFDR 2.0, reposerait sur des informations qui sont généralement définies au niveau de l’entité. Au-delà de la garantie d’une certaine cohérence avec le contexte plus large du cadre pour la finance durable, l’absence de telles informations compromettrait la capacité des acteurs des marchés financiers à communiquer leurs stratégies de durabilité et leurs approches en matière d’intégration des risques et de double importance relative. Par conséquent, dans un souci de transparence, le CESE estime qu’il importe de conserver un ensemble limité de publications au niveau des entités dans le cadre révisé. Les publications en question devraient être soumises à des critères de proportionnalité comprenant des modèles simplifiés. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.4
| 3.9. | Garantir une disponibilité et une comparabilité adéquates des données entre les produits constituera un défi majeur en ce qui concerne l’efficacité du SFDR 2.0. Si l’approche proposée en matière de publication d’informations au niveau des fonds introduit une plus grande souplesse, elle risque également de réduire la comparabilité des catégories, à moins qu’un certain degré d’informations communes ne soit maintenu. La mise en place d’un ensemble d’indicateurs de base favoriserait la cohérence et la comparabilité. |
| 3.10. | Il est particulièrement important d’exiger la publication de certaines informations relatives aux principales incidences négatives pour la catégorie «ESG de base», car cette mesure contribue à éviter que ladite catégorie ne devienne un refuge pour les produits peu ambitieux. Plus précisément, il existe un risque qu’au cours des processus de distribution, les produits relevant de la catégorie «ESG de base» soient présentés d’une manière qui augmente indûment leurs caractéristiques de durabilité. Dans ce contexte, il est possible de réduire la charge administrative au fil du temps en recourant à une base de référence harmonisée, constituée d’indicateurs relatifs aux principales incidences négatives dont l’utilisation est obligatoire, et en remplaçant ainsi les publications d’informations fragmentées et spécifiques par une référence de publication commune, ce qui serait bénéfique en particulier aux petits acteurs du marché. Ces publications d’informations sur les principales incidences négatives fonctionneraient en parallèle avec les critères d’exclusion par catégorie afin de réduire les risques de vente abusive, tout en diminuant la charge pesant sur les gestionnaires d’actifs lors de la conception de fonds de fonds axés sur la transition ou la durabilité. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.5
| 3.11. | La proposition suggère que les fonds ne relevant pas des catégories définies ne soient pas soumis aux exigences de publication d’informations en matière de durabilité. Cette approche va à l’encontre des conclusions de la consultation de 2023 sur le SFDR, dans laquelle une majorité de répondants se disaient favorables à des exigences de publication pour tous les produits financiers, indépendamment des allégations en matière de durabilité, afin de garantir des conditions de concurrence équitables (8). Si l’exemption appliquée aux fonds non catégorisés est susceptible de réduire les charges de communication d’informations, elle risque de créer un déséquilibre en vertu duquel des obligations plus importantes incomberaient, de manière disproportionnée, aux produits qui relèvent des catégories de durabilité, ce qui pourrait décourager les choix d’investissements durables. Un tel résultat pourrait compromettre à la fois la protection des investisseurs et l’objectif de la Commission de veiller à ce que la simplification entraîne des réductions durables et systémiques de la charge administrative plutôt que de déplacer les obligations de manière inégale d’un produit à l’autre. |
| 3.12. | Les produits non catégorisés sont également susceptibles d’avoir des incidences négatives plus importantes en matière de durabilité. Il est donc essentiel de les recenser clairement au regard des décisions des investisseurs. Cette transparence se révèle de plus en plus importante dans le contexte de l’union de l’épargne et des investissements, en vertu de laquelle la capacité et la confiance à orienter les capitaux vers des activités durables et conformes à la transition seront essentielles pour atteindre les objectifs de l’UE en matière de transition. Par conséquent, sans aller jusqu’à étendre la communication d’informations détaillées au niveau des catégories aux produits non catégorisés, le CESE estime qu’il est nécessaire de prévoir, pour lesdits produits, un niveau minimal de communication d’informations relatives aux principales incidences négatives, et ce afin de préserver la comparabilité et d’éviter de compromettre les incitations en faveur de la durabilité. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.6
| 3.13. | L’article 7, paragraphe 2, proposé pour le SFDR révisé introduit des stratégies d’engagement en matière de durabilité et des plans de remontée de l’information en tant qu’élément volontaire des produits relevant de la catégorie «transition». Il s’agit d’une étape positive vers la reconnaissance du rôle de la gestion dans la conduite de changements réels. En particulier pour la catégorie «transition», ces éléments sont primordiaux s’agissant de déterminer la crédibilité et la capacité à produire des résultats mesurables en matière de transition. Toutefois, dans le cadre de la révision du SFDR, de nombreuses parties prenantes ont souligné que la gestion devrait être encore renforcée (9). Par comparaison, la gestion ne figure pas dans les catégories «durable» et «ESG de base», tandis que les reculs proposés pour ce qui est des publications d’informations au niveau de l’entité laissent un angle mort en ce qui concerne les pratiques en matière de gestion, bien que ces stratégies se situent souvent au niveau de l’entité. |
| 3.14. | Compte tenu de ces considérations, il convient de rendre obligatoires, pour les produits relevant de la catégorie «transition», les pratiques de gestion démontrables, telles que les stratégies d’engagement en matière de durabilité et les plans de remontée de l’information, et de les assortir d’exigences garantissant que ces activités couvrent une part significative du portefeuille, ce qui assurerait ainsi des effets à la fois substantiels et systémiques. L’introduction de critères obligatoires en matière de gestion améliorerait la comparabilité des différents produits relevant de la catégorie «transition», renforcerait l’applicabilité des mesures de surveillance et renforcerait la confiance du marché dans les produits portant le label «transition». En permettant une gestion entièrement volontaire, on risquerait de reproduire l’ambiguïté et la fragmentation mêmes auxquelles la révision du SFDR vise à remédier. Les critères liés à la gestion devraient également être reconnus comme un ajout volontaire dans les catégories «durable» et «ESG de base». En outre, conformément à la recommandation 2.3 formulée dans le présent avis, les pratiques de gestion devraient être prises en compte au moyen de la publication obligatoire d’informations au niveau de l’entité. Le CESE juge important de noter que l’exigence d’une capacité de gestion de base n’implique pas une activité d’engagement continu ou nécessitant d’importantes ressources. Cette exigence établit plutôt une norme de gouvernance minimale, comparable à la gestion des risques ou à la mise en conformité. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.7
| 3.15. | La proposition suggère de supprimer l’article 2, paragraphe 12, point a), du SFDR et d’ainsi écarter les portefeuilles gérés de la définition des produits financiers. Bien que cette approche soit motivée par la volonté de remédier aux doubles emplois et aux chevauchements avec les exigences en matière de déclaration d’adéquation énoncées dans la directive révisée concernant les marchés d’instruments financiers (MiFID II) (10), une telle modification de la définition des produits financiers exclurait également les portefeuilles gérés du système de catégorisation du SFDR. Étant donné que de nombreux grands investisseurs institutionnels, notamment des fonds de pension, recourent principalement à la gestion discrétionnaire de portefeuille, leur exclusion du champ d’application signifierait qu’une part substantielle des capitaux ne bénéficierait plus du SFDR. Alors que l’article 9 bis introduit des voies facultatives permettant à la gestion de portefeuille de faire référence aux catégories du SFDR ou de s’aligner sur celles-ci, une inclusion formelle dans la définition du SFDR établit des attentes de base que les régimes volontaires ne sont pas en mesure de reproduire entièrement. Lorsque la participation est volontaire, il est probable que l’adoption soit inégale, que la comparabilité des portefeuilles soit réduite et que l’applicabilité des mesures de surveillance soit affaiblie. En conséquence, les conseillers financiers sont confrontés à une plus grande complexité opérationnelle, la prise en compte des préférences devient moins cohérente dans la pratique et les préférences en matière de durabilité ou de transition risquent d’être minorées au point de distribution. Il existe également un risque que les préférences en matière de durabilité deviennent si difficiles à appliquer qu’elles soient affaiblies voire totalement abandonnées. Le maintien des portefeuilles gérés dans la définition des produits financiers, tout en les exemptant de publications précontractuelles et périodiques, réduirait les charges opérationnelles sans exclure les principaux canaux d’investissement. Plus généralement, garantir la cohérence entre la catégorisation des produits conformément au SFDR et les instruments utilisés pour répondre aux préférences en matière de durabilité au titre de la directive MiFID II limiterait l’insécurité juridique et favoriserait des conditions de concurrence équitables entre les produits d’investissement, notamment ceux distribués aux investisseurs de détail. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.8
| 3.16. | La proposition introduit un niveau d’information supplémentaire qui permet aux produits relevant des catégories «transition» et «durabilité» de démontrer la pratique de l’investissement d’impact. Cette approche est bienvenue et devrait être préservée. |
| 3.17. | Le CESE salue la diversité et la complexité des pratiques d’investissement d’impact et, partant, le défi que représente l’élaboration d’une définition ou de critères fixes. Dans le même temps, une souplesse excessive dans ce domaine risque de permettre un blanchiment d’impact, une préoccupation également mise en évidence par l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), qui a donc demandé des définitions et des orientations plus claires en ce qui concerne la notion d’«impact» (11). En conséquence, le Comité recommande de prendre davantage en considération, dans les étapes à venir, la manière dont la crédibilité peut être mieux garantie, par exemple au moyen d’une définition négative de l’investissement d’impact ou de garde-fous plus stricts autour de la publication d’informations. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.9
| 3.18. | L’article 7, paragraphe 2, proposé pour le SFDR révisé définit les conditions dans lesquelles les produits financiers peuvent être considérés comme des produits relevant de la catégorie «transition». Toutefois, la proposition actuelle, en particulier le point c), manque de rigueur. En permettant aux produits d’être éligibles sur la base d’un «plan de transition crédible en ce qui concerne au moins un facteur de durabilité», la proposition risque de permettre l’inclusion de plans de transition partiels, définis de manière vague ou qui ne sont pas véritablement conformes à la transition. Cette situation est susceptible de créer un champ d’éligibilité flou, selon lequel les produits pourraient être labellisés comme étant axés sur la transition alors qu’ils sont investis dans des entreprises ou des activités qui restent éloignées des trajectoires conformes à l’accord de Paris ou porteuses de transformation sociale, ce qui nuirait à la crédibilité de la catégorie «transition». Le renforcement de ces critères améliorerait l’intégrité et la confiance des investisseurs, tout en permettant une certaine souplesse grâce à d’autres voies d’éligibilité au titre de l’article 7, y compris les investissements dans des activités économiques alignées sur la taxinomie conformément au point b). |
| 3.19. | En outre, nous estimons qu’il est nécessaire, comme l’a déjà approuvé le CESE en ce qui concerne le cadre législatif mondial en matière de finance durable et sa taxinomie (12), d’inclure des objectifs sociaux parallèlement aux objectifs climatiques et environnementaux dans le cadre du SFDR. Dans ce cas, les critères d’éligibilité pour la catégorie «transition» devraient préciser que des objectifs à la fois environnementaux et sociaux sont sélectionnés. |
Arguments à l’appui de la recommandation 2.10
| 3.20. | La révision du SFDR, conjuguée à des modifications plus larges du cadre de l’Union en matière de finance durable, nécessite une plus grande cohérence de l’action publique, la disponibilité des données et leur comparabilité apparaissant comme des défis majeurs à relever. Par exemple, les modifications apportées à la CSRD et à la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) limitent les informations relatives aux plans de transition nécessaires au SFDR, tandis que la suppression des publications sectorielles au titre des ESRS accroît le recours au SFDR pour fournir ces informations utiles à la prise de décision. L’alignement complet et la réutilisation des données dans l’ensemble des instruments législatifs sont également essentiels pour atteindre les objectifs de la Commission en matière de réduction de la charge administrative, en particulier pour les petits acteurs du marché qui dépendent plus fortement de fournisseurs de données tiers. Dans le même ordre d’idées, le CESE souligne l’importance des éléments suivants:
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Bruxelles, le 18 mars 2026.
Le président
du Comité économique et social européen
Séamus BOLAND
(1) Informations en matière environnementale, sociale et de gouvernance.
(2) JO C, C/2026/21, 16.1.2026, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/21/oj.
(3) En anglais «Principal adverse impact» ou «PAI».
(4) Neal, T., et al., «Reconsidering the macroeconomic damage of severe warming», Environmental Research Letters, vol. 20, no 4, 2025, https://doi.org/10.1088/1748-9326/adbd58.
(5) Milman, O., «World’s largest banks pledged $869bn to fossil fuel firms in 2024, new report finds», The Guardian, 17 juin 2025, https://www.theguardian.com/business/2025/jun/17/world-banks-fossil-fuel-finance-2024.
(6) Finance Watch, Ford, G., et Symon, J., «A trillion dollars of climate risk: Banks’ fossil fuel exposures and the case for a climate systemic risk buffer», 24 septembre 2025, https://www.finance-watch.org/policy-portal/sustainable-finance/report-a-trillion-dollars-of-climate-risk/.
(7) Banque centrale européenne, Beyer, A., et Schreiner, L., «Impacts of ESG banking regulation on financing new sustainable technologies», no 3089, 2025, https://doi.org/10.2866/5512487.
(8) Commission européenne, «Summary Report of the Open and Targeted Consultations on the SFDR assessment», 2023, https://finance.ec.europa.eu/document/download/0f2cfde1-12b0-4860-b548-0393ac5b592b_fr?filename=2023-sfdr-implementation-summary-of-responses_fr.pdf.
(9) Finance Watch, Vandeloise, V., «Consumers need an ambitious Sustainable Finance Disclosure Regulation to gain trust in the Savings and Investment Union», 9 octobre 2025, https://www.finance-watch.org/policy-portal/sustainable-finance/consumers-need-an-ambitious-sustainable-finance-disclosure-regulation-to-gain-trust-in-the-savings-and-investment-union-open-letter/; Groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique (IIGCC), «Strengthening net zero stewardship in the EU», 28 juillet 2025, https://www.iigcc.org/resources/strengthening-net-zero-stewardship-eu; Association Europe-Finances-Régulations (AEFR), «SFDR: Will the revision deliver a clearer and trustworthy regulatory framework for sustainable finance disclosure?», 18 décembre 2025, https://www.aefr.eu/en/debate-paper/7035/sfdr-will-the-revision-deliver-a-clearer-and-trustworthy-regulatory-framework-for-sustainable-finance-disclosure.
(10) Directive sur les marchés d’instruments financiers.
(11) AEMF, «Final Report on Greenwashing», 4 juin 2024, https://www.esma.europa.eu/sites/default/files/2024-06/ESMA36-287652198-2699_Final_Report_on_Greenwashing.pdf.
(12) JO C, C/2026/21, 16.1.2026, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/21/oj.
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/3228/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
Avis institutionnel — 52026AB0024
12/08/2026
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.122996
28/07/2026
Autorisation des aides d’État dans le cadre des dispositions des articles 107 et 108 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne — Cas à l’égard desquels la Commission ne soulève pas d’objections — SA.122874
28/07/2026
Avis institutionnel — 52026AB0023
28/07/2026