Initiative législative52025IR1105

Avis du Comité européen des régions — Stratégie sur l’union des compétences

CELEX52025IR1105
TypeInitiative législative
Datemardi 14 octobre 2025

Résumé IA

Le Comité européen des régions (CdR) émet un avis sur la stratégie de l'Union européenne visant à renforcer les compétences au sein du marché unique. Ce texte souligne le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre des politiques de formation et d'emploi, et appelle à une meilleure coordination entre les niveaux européen, national et local pour répondre aux pénuries de main-d'œuvre et aux transitions numérique et écologique. Pour un professionnel du droit français, cet avis préfigure des évolutions potentielles des politiques de formation professionnelle et de mobilité des travailleurs, avec un impact sur les compétences des collectivités territoriales en matière de développement économique local.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2025/6323

3.12.2025

Avis du Comité européen des régions — Stratégie sur l’union des compétences

(C/2025/6323)

Rapporteur

:

Emil BOC (RO/PPE), maire de la ville de Cluj-Napoca

Textes de référence

:

Communication sur l’union des compétences

[COM(2025) 90 final]

Un plan stratégique pour l’éducation dans les STIM

[COM(2025) 89 final]

Le plan d’action pour les compétences de base

[COM(2025) 88 final]

RECOMMANDATIONS POLITIQUES

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CDR)

Asseoir la cohésion territoriale

1.

met en relief qu’il est capital d’investir dans les compétences pour asseoir la compétitivité, la résilience et la cohésion à long terme de l’Europe, d’autant plus que certaines régions sont confrontées à des évolutions démographiques défavorables, à une concurrence mondiale accrue pour les talents et à l’impératif de mener à bien les transitions écologique et numérique; estime qu’une telle démarche devrait tenir compte des disparités régionales et s’attacher ce faisant tout particulièrement aux régions qui risquent d’être laissées pour compte;

2.

réaffirme toute l’importance de la cohésion territoriale afin de garantir dans toutes les régions un accès équitable aux bénéfices que procure le développement des compétences, moyennant des interventions spécifiques destinées à surmonter les obstacles structurels auxquels se heurtent les zones rurales, reculées et moins développées, notamment l’émigration des jeunes, des possibilités d’emploi limitées et des lacunes dans les infrastructures éducatives;

3.

recommande d’adopter des stratégies territorialisées afin de faire concorder les initiatives de développement des compétences avec les conditions économiques et les contextes démographiques propres à chaque région. Ces stratégies devraient œuvrer activement à revitaliser les secteurs économiques traditionnels durables, à inverser les tendances à l’œuvre en matière de migration des jeunes et à promouvoir des processus d’intégration accélérés pour les migrants et les demandeurs d’asile;

4.

bien conscient du rôle essentiel que jouent les collectivités locales et régionales, fait valoir leur proximité avec les citoyens et leur capacité unique à adapter les initiatives éducatives aux contextes locaux; estime que lesdites collectivités devraient intégrer activement les technologies numériques avancées dans les infrastructures éducatives locales afin de répondre efficacement aux réalités socio-économiques régionales;

5.

tient pour essentiel de remédier aux disparités territoriales grâce à des investissements ciblés et spécifiques à chaque région, en particulier dans les zones rurales, reculées et en dépeuplement, ainsi que dans les banlieues défavorisées, qui souffrent souvent d’infrastructures inadéquates, d’un accès limité à une éducation de qualité et de l’émigration de leur jeunesse; estime qu’il est indispensable de s’attacher en premier lieu à améliorer les infrastructures éducatives et connectives afin d’offrir des possibilités équitables pour tous;

6.

recommande de renforcer la compétitivité régionale et dans ce but, de faire coïncider les programmes locaux de formation de la main-d’œuvre avec les atouts industriels et le potentiel d’innovation de la région concernée, et de veiller ce faisant à ce que les compétences de la main-d’œuvre soient pertinentes et celles qui sont les plus demandées;

7.

souligne qu’il s’impose de mettre en œuvre l’union des compétences en respectant pleinement la gouvernance à multiniveaux et le principe de partenariat, et d’assurer ce faisant une participation utile des collectivités locales et régionales à la conception et à la concrétisation des politiques en matière de compétences;

Moderniser les systèmes d’éducation et de formation

8.

réaffirme toute l’importance de bâtir des écosystèmes régionaux de compétences grâce à des partenariats public-privé dynamiques destinés à favoriser la coopération des autorités locales, des établissements d’enseignement, des entreprises et des centres d’innovation; de tels écosystèmes devraient correspondre aux caractéristiques économiques des régions et faciliter ce faisant le développement des compétences pertinentes et les plus demandées;

9.

estime dans le même temps qu’il est essentiel que l’Union des compétences soit inclusive; il convient de garantir un accès équitable aux possibilités de perfectionnement et de reconversion professionnels pour les groupes vulnérables, notamment les femmes, les jeunes, les migrants, les personnes handicapées et celles et ceux qui vivent dans des régions rurales et périphériques, afin que nul ne soit laissé pour compte au cours des transitions écologique et numérique;

10.

attire l’attention sur la nécessité pour les systèmes d’éducation et de formation dans toute l’Europe d’adopter les innovations numériques; à cette occasion, il importe notamment de faire valoir une utilisation responsable, de sensibiliser à la cybersécurité, de mettre à jour des programmes d’études et de mettre en œuvre des méthodes pédagogiques modernes; de telles initiatives sont indispensables pour doter les apprenants de compétences numériques solides et de compétences complètes dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), car celles-ci sont essentielles pour réussir par la suite sur le marché du travail;

11.

est conscient du rôle stratégique qui incombe aux universités pour préparer tout un chacun aux nouvelles exigences professionnelles, notamment dans les disciplines STIM étroitement liées à l’économie verte et numérique; tout en visant à combler les déficits de compétences urgents à l’heure actuelle, il peut s’avérer judicieux pour les universités, en coopération avec le secteur privé, de moderniser et de tourner vers l’avenir leurs programmes d’études et leurs méthodes de formation afin de préparer les apprenants à remplir à l’avenir des fonctions, même si celles-ci n’existent pas forcément aujourd’hui;

12.

souligne qu’il peut s’avérer utile, sous l’angle notamment des exigences présentes et futures du marché du travail, d’associer de manière stratégique les universités et les entreprises, en particulier les PME, aux réformes de l’enseignement et aux mesures visant à aligner les compétences, en particulier dans les disciplines STIM;

13.

souligne qu’il importe de renforcer l’enseignement et la formation professionnels (EFP) et recommande de remédier aux contraintes systémiques qui pèsent sur les ressources, d’accroître l’attrait qu’exerce l’EFP et de compléter les aptitudes professionnelles avec des compétences plus larges; tient de telles réformes pour nécessaires afin d’aligner plus étroitement l’EFP sur l’évolution des besoins du marché du travail;

14.

attire l’attention sur la nécessité de moderniser les systèmes d’éducation et de formation et pour ce faire, d’investir dans une innovation numérique qui se prête à une utilisation responsable et sensibilise à la cybersécurité, de mettre à jour les programmes d’études, de renforcer la participation des entreprises — en particulier des PME — et de recourir à des méthodes pédagogiques les plus récentes;

15.

fait valoir la nécessité et l’urgence de remédier aux pénuries d’enseignants, notamment dans les disciplines STIM, grâce à une meilleure formation, à l’amélioration des conditions de travail, à l’adéquation entre l’attribution des matières enseignées et les compétences des différents corps enseignants, en tenant compte du contenu et du degré de spécialisation des programmes, et à une aide ciblée à l’intention des éducateurs, de sorte à combler directement les manques de personnel enseignant;

Inclure sur le marché du travail

16.

souligne qu’il importe de concevoir des stratégies adaptées afin d’intégrer sur le marché du travail les groupes vulnérables que sont par exemple les migrants, les chômeurs de longue durée et les travailleurs plus âgés; ces stratégies devraient prévoir des infrastructures et des systèmes de soutien spécialisés à l’échelle des communautés, et favoriser ce faisant des marchés du travail inclusifs et résilients;

17.

souligne qu’il est indispensable de renforcer les compétences fondamentales que sont notamment la lecture et l’écriture, le calcul, l’habileté numérique, les connaissances scientifiques et l’engagement civique, car ces compétences constituent le socle indispensable pour participer de manière constructive à la société et pour entrer sur le marché du travail, en particulier lorsque les contextes technologiques et sociaux ne cessent de gagner en complexité;

18.

met en évidence combien importent l’apprentissage sur le lieu de travail et l’acquisition d’une expérience pratique; insiste sur l’importance d’investir dans les systèmes d’éducation en alternance, en combinant apprentissages et enseignement scolaire professionnel, afin de permettre aux jeunes et aux personnes vulnérables en particulier d’accéder au marché du travail tout en mettant en relation les entreprises avec des salariés potentiels;

19.

réaffirme la nécessité de prendre d’urgence des mesures afin de remédier aux pénuries d’enseignants, en particulier dans les disciplines des STIM; accroître la qualité de la formation des enseignants, améliorer les conditions d’exercice de ces métiers et prodiguer un soutien ciblé aux éducateurs constituent autant d’étapes essentielles en vue de garantir des résultats éducatifs durables;

20.

plaide pour assurer l’inclusion sur le marché du travail des groupes vulnérables, notamment les migrants, les chômeurs de longue durée et les travailleurs âgés, grâce à des programmes ciblés de formation et à des infrastructures de soutien idoines au niveau des communautés;

Stimuler la compétitivité et l’innovation régionales

21.

met en avant la nécessité de simplifier et de mieux aligner les instruments de financement de l’Union en faveur des initiatives régionales en matière de compétences, ainsi que d’apporter un soutien technique efficace aux collectivités locales et régionales, de sorte à s’assurer que les stratégies régionales en matière de compétences soient mises en œuvre dans les faits et qu’elles produisent des effets tangibles;

22.

souligne qu’il importe de renforcer la transférabilité et la reconnaissance des qualifications dans toute l’Union européenne, car elles sont essentielles pour favoriser la mobilité de la main-d’œuvre, lutter contre la fuite des cerveaux et tirer pleinement parti du marché unique et des talents au sein des économies régionales;

23.

insiste sur la nécessité d’instruments de financement de l’Union qui offrent des subventions aux entreprises pour expérimenter des processus de travail répondant aux besoins de groupes divers, tels qu’une plus grande flexibilité, le travail à temps partiel, l’organisation du travail de manière autonome ou en consultation et l’élaboration de programmes de changement culturel afin qu’un plus grand nombre de salariés puissent plus facilement trouver leurs marques;

24.

souligne que le recours à une approche globale et fondée sur les données de la veille stratégique régionale en matière de compétences peut considérablement améliorer la précision des interventions politiques, en garantissant leur capacité de réagir en temps réel aux demandes du marché régional du travail;

25.

encourage la coopération interrégionale et transfrontalière des collectivités locales et régionales, car elle est indispensable pour disséminer les bonnes pratiques, résoudre collectivement les problèmes, favoriser la mobilité des étudiants et des professionnels et bâtir des systèmes de compétences résilients qui répondent à des défis communs;

26.

préconise des politiques régionales ciblées conçues pour lutter contre la fuite des cerveaux, telles que le soutien à des initiatives privées et la promotion de partenariats «à multiples hélices» entre les institutions de l’enseignement supérieur, les pouvoirs publics et les industries, car ceux-ci sont à même de renforcer considérablement l’innovation régionale et de retenir un capital humain précieux;

27.

demande que la planification stratégique de l’Europe en faveur de sa compétitivité, de sa résilience et de sa cohésion sociale place explicitement le développement des compétences au premier rang de ses priorités, de sorte à relever les défis que posent la rivalité mondiale pour les talents, les évolutions démographiques et les transitions écologique et numérique;

28.

appelle de ses vœux une approche volontariste pour doter la main-d’œuvre européenne des moyens de répondre aux futures demandes du marché du travail en s’attaquant aux défis majeurs recensés, tels que les disparités régionales, l’inadéquation des compétences fondamentales des jeunes et des adultes, l’insuffisance des investissements dans l’EFP et les obstacles à l’inclusion sur le marché du travail que rencontrent les groupes vulnérables;

29.

plaide en faveur de l’apprentissage tout au long de la vie et de politiques éducatives inclusives car il s’agit d’outils déterminants pour renforcer la sécurité économique de l’Europe et prévenir l’exclusion de toute région ou de tout groupe social lors des transitions économiques transformatrices;

Donner aux collectivités locales et régionales les moyens d’agir

30.

plaide pour resserrer la coopération avec les collectivités locales et régionales au moyen de dialogues structurés, de sorte à garantir que les divers points de vue régionaux et les besoins locaux éclairent pleinement l’élaboration des politiques de l’Union européenne;

31.

souligne que les politiques d’éducation doivent être souples et adaptables et réagir rapidement aux fluctuations de l’économie et aux évolutions du marché du travail; leur flexibilité est essentielle pour maintenir la résilience du développement économique et de l’emploi;

32.

plaide en faveur de systèmes éducatifs multilingues et en alternance afin de renforcer les compétences interculturelles et l’employabilité, en particulier dans les régions transfrontalières, de préparer tout un chacun à la diversité des marchés du travail dans toute l’Europe et de promouvoir l’inclusion éducative;

33.

met en relief le rôle essentiel que jouent les collectivités locales et régionales pour mettre en œuvre la stratégie sur l’union des compétences, en tirant parti de leurs contacts directs avec les citoyens et de leur compétence de supervision des infrastructures locales d’éducation et de formation;

34.

demande de déployer avec volontarisme des efforts visant à faciliter des partenariats régionaux efficaces en matière de compétences et à promouvoir la collaboration public-privé au moyen de mécanismes bien définis et d’un financement et d’un soutien administratif adéquats, de sorte à permettre aux collectivités locales et régionales de piloter et de mettre en œuvre efficacement les stratégies régionales de développement des compétences;

35.

souligne qu’il importe de permettre aux collectivités locales et régionales de soutenir l’adaptation locale à la transition verte et numérique et pour ce faire, d’établir des partenariats stratégiques entre les établissements d’enseignement, les entreprises privées et les pôles d’innovation, en renforçant les capacités locales pour gérer avec succès la dimension économique de ces transitions;

Apprendre tout au long de la vie et s’adapter en permanence

36.

souligne qu’il importe de donner la priorité à l’éducation et à l’accueil de la petite enfance, en particulier dans les communautés défavorisées, afin d’améliorer le développement des compétences fondamentales et les résultats éducatifs à long terme;

37.

préconise d’étendre la mise en place des comptes de formation individuels afin d’étoffer l’apprentissage tout au long de la vie et de faciliter le perfectionnement et la reconversion professionnels nécessaires à l’adaptabilité des carrières;

38.

recommande d’accroître les investissements dans les microcertifications et les solutions d’apprentissage flexibles qui permettent d’améliorer de manière ciblée les compétences qui importent au regard des besoins immédiats de l’industrie;

39.

demande de conforter les initiatives en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes dans les disciplines des STIM grâce à des actions ciblées de sensibilisation, à des méthodes d’enseignement qui tiennent compte de la dimension de genre et à un appui à la progression de carrière afin d’accroître sensiblement la participation des femmes et leur maintien dans l’emploi;

40.

souligne l’importance de promouvoir la sécurité numérique, l’éducation aux médias et l’éducation à la cybersécurité à tous les niveaux d’enseignement afin de préparer tout un chacun à prendre part en toute sécurité à la société numérique;

41.

demande que soit comblé le déficit de compétences financières et entrepreneuriales; souligne la nécessité d’investir dans des initiatives visant à améliorer la culture financière des jeunes en particulier, ainsi que le rôle fondamental de l’éducation à l’entrepreneuriat au sein des établissements d’enseignement en vue de cultiver l’esprit d’entreprise et les compétences nécessaires pour innover et créer des entreprises;

42.

plaide en faveur d’un soutien accru à l’apprentissage continu et à l’intégration des travailleurs âgés sur les marchés du travail, en tirant parti de leur expérience et en favorisant le transfert de connaissances entre les générations;

43.

recommande d’élaborer des stratégies globales afin de mieux intégrer les expériences d’apprentissage non formel et informel dans les cadres de certification formels, en reconnaissant les différents parcours d’apprentissage;

44.

attire l’attention sur l’importance de renforcer dans le cadre des systèmes éducatifs la préparation aux risques et les capacités de réaction aux crises afin de garantir la continuité et la résilience de l’offre éducative lors de situations d’urgence, par exemple au moyen d’une intégration d’une éducation formelle et informelle au climat;

45.

plaide pour constituer des liens plus efficaces entre l’enseignement, les établissements de recherche et l’industrie, sans compromettre l’indépendance et l’intégrité intellectuelle des établissements d’enseignement, tant dans les secteurs technologiques en évolution rapide que dans des domaines importants pour la cohésion sociale, afin d’améliorer l’application pratique des compétences et les résultats en matière d’innovation.

Bruxelles, le 14 octobre 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/6323/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)