| CELEX | 52025IR1378 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 10 décembre 2025 |
| Journal officiel | FR Série C |
| C/2026/761 | 24.2.2026 |
Avis du Comité européen des régions — Vers un tourisme durable et résilient dans l’Union européenne: stratégie pour une gestion équilibrée et adaptative
(C/2026/761)
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RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CdR)
| 1. | se félicite de la possibilité de contribuer à la stratégie de l’Union en matière de tourisme durable, conçue comme un cadre commun qui, dans le respect des principes de subsidiarité et de proportionnalité, permette de i) gérer un afflux touristique croissant et diversifié sans nuire à la qualité du territoire, à la coexistence ni à l’expérience touristique, et ii) relier le tourisme à la trajectoire de croissance et de bien-être des régions européennes, en veillant à ce qu’il serve de véritable moteur de prospérité partagée; |
| 2. | souligne que l’Union européenne conserve un leadership mondial en matière de tourisme, avec 551,1 millions de visiteurs en 2024, ce qui représente 71,1 % des flux vers les économies avancées et 38,1 % du total mondial. La France, l’Espagne et l’Italie figurent parmi les pays les plus visités et, selon les projections pour 2040, cinq États membres figureront parmi les dix principales destinations mondiales. Le Comité met toutefois en garde contre le fait que la demande concentrée dans le temps ou dans l’espace, dépendante d’un petit nombre de marchés ou marquée par de courts séjours, peut créer des pressions qui dégradent l’expérience, nuisent à la cohabitation et accélèrent la détérioration des territoires. Cela réduit la résilience des destinations face aux crises ou aux changements du marché, de sorte que la stratégie européenne doit intégrer une mesure et une gestion durable de la demande afin de préserver la qualité territoriale, la cohésion sociale et la compétitivité à long terme. Le CdR rappelle, à cet égard, la pertinence de la déclaration de Palma, adoptée sous la présidence espagnole du Conseil de l’Union européenne, qui place le bien-être des populations locales au cœur du développement touristique et souligne la nécessité d’adopter des modèles durables sur les plans social, économique et environnemental, une approche que le Comité juge essentielle pour renforcer la cohésion territoriale et promouvoir une prospérité véritablement partagée; |
| 3. | reconnaît que si le tourisme représente 9,7 % du PIB et 11,1 % de l’emploi dans l’EU-27, sa contribution économique peut être compromise s’il n’est pas géré de manière équilibrée et durable. Les avantages qu’il induit sont habituellement contrebalancés par des effets délétères sur la cohésion sociale, le logement, l’environnement ou le patrimoine culturel; fait observer que le bien-être des résidents doit être placé au cœur de la politique européenne du tourisme, dont l’efficacité ne peut être mesurée uniquement à l’aune des arrivées ou de la contribution au PIB, mais doit aussi être évaluée au moyen d’indicateurs tels que la qualité de vie, l’accès à un logement abordable, la stabilité de l’emploi et la disponibilité de services publics essentiels; fait valoir que les apports économiques du tourisme ne doivent pas se faire au détriment du bien-être des populations, et que l’amélioration de la qualité de vie, l’accès à un logement abordable et les services publics pour les résidents constituent des facteurs clés pour réussir. C’est pourquoi il est nécessaire que la stratégie européenne redéfinisse le rôle du tourisme afin qu’il favorise, au-delà de son impact économique immédiat, une prospérité partagée qui renforce la durabilité, la résilience et l’équilibre territorial à long terme; |
| 4. | estime que le tourisme dans de nombreuses régions de l’Union a façonné une réalité structurelle qui modèle les territoires. La manière dont chaque région accueille, ordonne et tire parti de ce phénomène conduit à des configurations qui lui sont propres et qui influencent de façon déterminante la trajectoire de croissance et de bien-être. Partant, il y a lieu de développer un nouveau concept du développement touristique qui articule la réponse que les régions européennes apportent au tourisme et la manière dont elles en bénéficient. Dans les îles — en particulier en Méditerranée —, dans les zones côtières et dans les régions ultrapériphériques, la vulnérabilité environnementale et la dépendance à l’égard des ressources extérieures nécessitent des approches différenciées qui intègrent la durabilité, la cohésion sociale et la résilience économique; ajoute que ces territoires, ainsi que certaines destinations urbaines et régions montagneuses soumises à une forte pression touristique, ont besoin d’une approche politique adaptée à leurs spécificités. Dans ce contexte, il est essentiel de prêter attention à l’incidence du tourisme sur l’accès au logement dans les territoires à forte intensité touristique, au moyen d’approches flexibles, proportionnées et adaptées à chaque réalité territoriale, afin de garantir cet accès à la population résidente; |
| 5. | demande que la stratégie européenne reconnaisse le rôle stratégique du tourisme dans la compétitivité durable de l’Union à l’échelle mondiale. Dans les régions hautement spécialisées, une gestion équilibrée et adaptative du tourisme sera essentielle pour i) inverser les déséquilibres qui entravent leur compétitivité et ii) répondre à partir du niveau local aux défis mondiaux tels que le changement climatique, la pollution, la surexploitation des ressources ou la croissance démographique; |
| 6. | relève que cette reconnaissance doit s’accompagner d’un cadre de mesure plus large, évaluant non seulement l’attractivité et la capacité d’accueil, mais aussi la capacité des régions à mettre en place un système touristique durable et résilient. Cette capacité se décline en cinq dimensions: i) environnement régional — conditions d’exploitation et d’investissement, sécurité, santé, capital humain et technologie; ii) politiques et contraintes en matière de tourisme — degré de priorité du secteur et pression exercée par les écarts de prix; iii) infrastructures et services touristiques — transports aériens, maritimes, terrestres et hébergement; iv) bases de ressources — naturelles, culturelles et non récréatives; et v) durabilité du tourisme — environnementale, socio-économique et de la demande; |
| 7. | met l’accent sur la nécessité d’un changement d’approche: il faut passer d’approximations sectorielles à une vision systémique du tourisme qui tienne compte de la diversité territoriale, encourage l’innovation et promeuve une gouvernance participative. Cela nécessite de déployer à la fois des activités de réglementation, de planification stratégique, de coopération interrégionale et d’évaluation au moyen d’indicateurs comparables et actualisés. Des territoires particuliers tels que les îles, les régions de montagne ou les régions ultrapériphériques permettent de tester des stratégies innovantes face aux grandes transitions qui surviennent à l’échelle mondiale sur les plans climatique, énergétique, démographique et géopolitique. Dans ce contexte, il convient d’envisager une clause d’insularité renforcée, garantissant un financement spécifique, un soutien technique et une souplesse réglementaire pour les îles soumises à une forte pression touristique, afin de reconnaître leurs limites écologiques, leur dépendance à l’égard de ressources extérieures et leurs vulnérabilités structurelles; |
| 8. | se félicite de l’adoption du programme européen pour le tourisme 2030 et des progrès réalisés dans le cadre du parcours de transition pour le tourisme, qui constituent une base utile pour une stratégie ambitieuse visant à renforcer la durabilité et la résilience du tourisme; encourage les institutions à faire de cette déclaration une référence opérationnelle, en l’intégrant dans les futures orientations stratégiques et les futurs cadres d’investissement; |
| 9. | réaffirme l’importance d’établir un lien entre la stratégie de l’Union en matière de tourisme durable et l’agenda territorial 2030, afin de territorialiser les objectifs de développement durable (ODD) et de renforcer la cohérence des politiques publiques régionales et locales; |
| 10. | note que le tourisme devrait être aligné sur la transition vers une économie circulaire en favorisant une production et une consommation responsables, la réduction des déchets, l’efficacité énergétique, la réutilisation des ressources et la protection des écosystèmes. Les régions touristiques devraient évoluer vers un fonctionnement circulaire de services tels que l’eau, l’énergie, l’alimentation, la mobilité ou les matériaux afin de garantir leur durabilité et leur résilience à long terme; |
| 11. | est d’avis qu’il est nécessaire que la stratégie européenne renforce la coopération interrégionale afin de partager les bonnes pratiques, de promouvoir des projets pilotes et de favoriser l’apprentissage mutuel. Dans le cas des îles, cette coopération doit prendre la forme d’une «clause d’insularité» transversale dans les politiques en faveur de la cohésion, des transports, de la recherche et de la compétitivité, afin que les instruments européens soient adaptés aux limites et au potentiel des zones insulaires; rappelle que les territoires caractérisés par des conditions géographiques exceptionnelles nécessitent un traitement différencié, avec des actions et des financements spécifiques visant un développement touristique durable, résilient et favorable au progrès social; |
| 12. | demande l’élaboration d’instruments spécifiques pour mesurer le développement du tourisme durable au-delà des parts de marché ou des flux, au moyen d’un système européen d’indicateurs comparables et harmonisés — inspiré de cadres internationaux et étayé par les statistiques officielles — évaluant la durabilité, la résilience et l’alignement sur les objectifs régionaux et locaux en matière de progrès économique et social. Ces indicateurs devraient entre autres porter sur la capacité de charge, le ratio visiteurs/résidents, le stress hydrique saisonnier, l’accès au logement, la diversification des produits et la perception du bien-être par la communauté, ainsi que la qualité de l’emploi et la satisfaction au travail, de même que d’autres éléments pertinents. Le système devrait prendre comme références le compte satellite du tourisme (CST), le système SEEA, les indicateurs d’ONU Tourisme, ainsi que les méthodologies développées par le Centre européen de compétences (D3Hub) et des indicateurs comparatifs internationaux tels que ceux de l’OCDE ou du Forum économique mondial; |
| 13. | propose que la stratégie renforce les liens entre le tourisme, l’innovation et l’entrepreneuriat durable, favorise l’internationalisation des talents locaux et établisse des synergies avec d’autres secteurs, en soutenant les pôles régionaux axés sur l’application et le transfert de l’innovation existante ainsi que les programmes d’accélération, les laboratoires d’innovation ouverte et les fonds pour des solutions circulaires, en lien avec les stratégies de spécialisation intelligente (RIS3), le programme européen d’innovation et le nouveau Bauhaus européen; suggère en outre l’incorporation de deux domaines stratégiques: i) le développement et transfert de connaissances, en intégrant formation, innovation et professionnalisation; et ii) un tourisme accessible et inclusif, en tant que pilier de l’équité, de la cohésion territoriale et de la compétitivité durable; |
| 14. | recommande que les politiques et les instruments financiers de l’Union, en particulier les Fonds structurels et d’investissement, le Fonds pour une transition juste et les programmes de cohésion, intègrent des critères spécifiques pour soutenir les territoires touristiques en transition, en particulier ceux touchés par le caractère saisonnier, la pression démographique, la perte d’attractivité, le changement climatique ou l’épuisement des actifs, ainsi que les territoires dépeuplés ou menacés de dépeuplement et les destinations émergentes et de petite ou moyenne ampleur possédant un fort potentiel d’accueil; |
Vers une stratégie de l’Union pour un tourisme durable fondée sur une approche systémique
| 15. | insiste que pour parvenir à un développement équilibré, durable et compétitif du tourisme, il est nécessaire d’adopter une vision systémique qui aille au-delà des approches axées sur les produits, le marché ou le secteur, ainsi que des contraintes institutionnelles existantes; propose une gestion adaptative fondée sur l’observation continue, l’ajustement progressif et l’intelligence territoriale. La stratégie devrait être structurée comme un cadre opérationnel pour la transition, assorti d’une réglementation souple, d’une gouvernance à plusieurs niveaux, d’incitations intelligentes, d’une participation communautaire et d’un alignement sur les objectifs en matière de cohésion, de climat, d’innovation et de durabilité. Conçue comme un guide ouvert à l’apprentissage, elle devrait permettre à chaque territoire d’adapter ses politiques à des données actualisées et de réagir rapidement aux fluctuations de la demande, aux incidences climatiques ou aux changements réglementaires; |
| 16. | fait valoir que la transition vers un système touristique durable nécessite de s’attaquer aux facteurs structurels qui conditionnent sa résilience sociale et environnementale; constate que la pénurie de main-d’œuvre s’est imposée comme l’un des défis les plus persistants dans de nombreuses destinations et qu’elle ne peut être résolue sans une amélioration substantielle de la qualité de l’emploi et des conditions de travail; estime qu’il est primordial d’améliorer la qualité de l’emploi et les conditions de travail, ainsi que de faciliter l’accès à un logement adéquat pour les personnes employées dans les territoires soumis à une forte pression résidentielle; souligne que la qualité de l’emploi est un élément clé de la durabilité et de la capacité de ces systèmes à générer une valeur partagée dans les territoires; invite la Commission à inclure, dans la future stratégie de l’Union relative au tourisme durable, un chapitre spécifique sur les conditions d’emploi et la qualité du travail; |
| 17. | précise, en outre, que la sauvegarde de la biodiversité et les approches régénératives constituent des possibilités uniques pour les territoires et contribuent à renforcer la compétitivité et le bien-être des communautés locales; invite la Commission, les États membres et les collectivités locales et régionales à intégrer plus explicitement la protection de la biodiversité et le tourisme régénératif dans les stratégies de développement territorial, les cadres de planification et les programmes de financement, en particulier pour les zones côtières, insulaires, montagneuses, rurales et à haute valeur écologique; |
| 18. | souligne la nécessité de s’attaquer aux asymétries de pouvoir associées à l’influence croissante des plateformes numériques dans l’intermédiation touristique, en garantissant la transparence, la responsabilité, des conditions de concurrence équitables et un échange efficace d’informations avec les autorités compétentes; note que le siège d’une part importante de ces plateformes se situe en dehors de l’Union européenne, ce qui génère une sortie nette de valeur économique et limite la capacité des territoires à capter la valeur ajoutée générée localement; estime qu’il est nécessaire d’évoluer vers un cadre réglementaire européen cohérent et actualisé qui réduise les dépendances structurelles et renforce l’autonomie stratégique dans l’économie numérique; insiste sur le fait que la transition numérique doit être équitable et socialement responsable, assurant des conditions de travail décentes, une formation de qualité et la participation des partenaires sociaux; souligne qu’une intermédiation numérique plus équitable permettrait d’accroître la rétention de valeur dans les communautés d’accueil, en particulier pour les PME et les petits prestataires de services touristiques locaux, ce qui se traduirait par de meilleures marges et recettes pour ces acteurs et par un renforcement de la résilience économique, de la qualité de l’emploi et de la durabilité territoriale; |
Gouvernance participative du tourisme
| 19. | souligne le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans la planification, l’articulation et la gestion du système touristique; appelle à renforcer leurs capacités institutionnelles, techniques et financières, notamment en matière de planification stratégique, d’intelligence territoriale et de gestion adaptative; estime également qu’il est important d’élaborer des programmes de formation spécifiques pour les gestionnaires du tourisme afin d’améliorer leurs compétences en matière de durabilité, d’innovation et de gouvernance participative; |
| 20. | propose d’innover en matière de gouvernance du tourisme au moyen de conseils multiacteurs associant les citoyens, les entreprises et les administrations, en vue de stimuler la cogestion et la participation des communautés aux décisions territoriales. Ces conseils devraient garantir une participation citoyenne axée sur l’intérêt général et un cadre pour un dialogue stable, afin que la population puisse apporter une contribution substantielle à l’orientation du développement touristique, en conformité avec la répartition des compétences territoriales. La participation doit aller au-delà d’une consultation purement symbolique et peut renforcer la gouvernance territoriale partagée. Le Comité plaide pour le renforcement et l’efficacité des réseaux et programmes régionaux et interrégionaux en matière de gestion fondée sur les données. Ceux-ci devraient exploiter les technologies numériques et l’analyse des mégadonnées pour anticiper les problèmes, diversifier l’offre et déconcentrer la demande. Des destinations telles que les îles méditerranéennes, les régions de montagne, les zones nordiques protégées et les régions ultrapériphériques appliquent déjà des modèles innovants — tarification variable, réservations préalables, cogestion publique/communautaire — qui démontrent le potentiel d’approches fondées sur les données, la participation et l’innovation institutionnelle. Les laboratoires vivants en matière de tourisme sont un bon exemple d’espaces d’apprentissage interrégionaux; met l’accent sur la nécessité de consolider le Centre européen de compétences en matière de données sur le tourisme (D3Hub) en tant qu’infrastructure stratégique permettant aux destinations et aux PME d’accéder au futur espace européen des données sur le tourisme, en garantissant son financement stable et sa connexion aux projets et réseaux européens pertinents; |
| 21. | attire l’attention sur la vulnérabilité particulière des régions côtières et insulaires actives en tant que destinations touristiques, qui nécessitent une attention prioritaire pour relever cinq défis interdépendants: i) l’aliénation de la population résidente; ii) la dégradation de l’expérience en raison de la saturation; iii) la surcharge des infrastructures et des services de base; iv) l’augmentation de l’incidence sur l’environnement; et v) les menaces qui pèsent sur la culture et le patrimoine locaux; met en garde contre le fait que les destinations émergentes, rurales et montagneuses sont confrontées à des défis différents, mais conséquents, et que la stratégie devrait donc prévoir des mécanismes de soutien différenciés en fonction des profils et des vulnérabilités; |
| 22. | propose une stratégie qui renforce le rôle et la responsabilité des États et des régions dans la construction de territoires durables, appelant à une révision de la manière dont le tourisme est accueilli et géré afin d’harmoniser l’économie, la société et l’environnement et d’assurer sa viabilité. Ce changement d’approche devrait être intégré dans les stratégies de résilience écologique et socio-économique, conformément au rôle des régions en tant que laboratoires d’innovation territoriale. Le Comité met en exergue dans ce cadre l’importance d’approches globales qui combinent neutralité climatique, décarbonation, réhabilitation des espaces au moyen de critères circulaires et d’un engagement des citoyens, afin de démontrer qu’il est possible de concilier les intérêts en présence, d’améliorer la qualité de vie et de préserver le capital naturel et culturel; |
Gestion de la demande touristique et réglementation de l’offre d’hébergement
| 23. | estime qu’il est urgent de s’orienter vers une gestion efficace, adaptative et intelligente des flux touristiques, étant donné que la demande conditionne la durabilité du développement, y compris le soutien technique aux destinations moins connectées afin de diversifier la pression sur les destinations confirmées; propose la mise en place de systèmes intelligents pour la répartition temporelle et spatiale des visiteurs («smoothing & spreading») et pour réglementer l’accès aux espaces vulnérables au moyen de réservations préalables, d’une limitation de l’espace ou de tarifs variables; souligne que l’acceptation sociale du tourisme par la population résidente est un indicateur essentiel de la durabilité des destinations et insiste sur l’utilité de systèmes de suivi réguliers capables de recenser les tensions, d’anticiper les problèmes et de concevoir des solutions fondées sur les données; |
| 24. | recommande de mettre au point des modèles prédictifs fondés sur les données afin d’anticiper les modèles de demande et d’adapter en temps réel la gestion des services, des équipements et de la mobilité; propose de stimuler la désaisonnalisation au moyen de promotions différenciées, d’incitations économiques et d’une programmation stratégique des événements et activités hors saison; |
| 25. | s’inquiète de la croissance non réglementée des locations touristiques de courte durée et de son incidence sur l’accès au logement, la cohésion sociale et le fonctionnement des services publics dans de nombreux territoires, notamment les îles, les régions ultrapériphériques, certaines zones côtières, les régions montagneuses et les zones urbaines, où la pression résidentielle est particulièrement élevée; souligne la nécessité de renforcer la disponibilité et la qualité des données, y compris en ce qui concerne l’incidence de ces locations sur les prix de l’immobilier et sur la structure résidentielle, et rappelle que la pleine mise en œuvre du règlement (UE) 2024/1028 (1) est essentielle pour garantir la transparence et une surveillance efficace; demande aux États membres et aux collectivités locales et régionales de renforcer la réglementation et le contrôle des locations touristiques de courte durée, en intensifiant les inspections, les sanctions et le retrait des offres illégales; appelle à ce qu’une distinction claire soit faite entre l’offre à but lucratif et les modalités non commerciales, telles que l’échange de logements, afin de garantir une approche proportionnée et d’éviter des charges réglementaires indues; souligne qu’il importe d’évaluer, en fonction des caractéristiques de chaque territoire, les effets de ces locations sur l’accès au logement, la cohésion sociale et les services publics, et de recenser, sur la base de critères objectifs, les territoires où la pression résidentielle atteint des niveaux critiques et peut conduire à des situations d’urgence en matière de logement; prie les États membres et les collectivités locales et régionales d’envisager, dans le cadre de leurs compétences, pour ces territoires, des mesures spécifiques qui pourraient inclure des limites quantitatives à l’augmentation de l’offre ou de la capacité de location touristique de courte durée afin de protéger l’accès de la population résidente à un logement abordable et décent et de préserver le bien-être et la cohésion des communautés locales; |
| 26. | prie instamment la Commission et les États membres de soutenir la revitalisation des zones rurales et dépeuplées et des zones exposées au risque de dépeuplement, en finançant des initiatives qui mettent en valeur les villages historiques et les produits locaux traditionnels et en créant des sentiers verts, des itinéraires culturels et d’autres itinéraires axés sur une mobilité lente, notamment grâce au développement d’infrastructures cyclables telles que le réseau EuroVelo; propose l’introduction d’un label reconnaissant les environnements remarquables dans le tourisme rural et de nature, à l’instar du «Pavillon bleu», et souligne que ces corridors culturels et paysagers peuvent jeter des ponts entre les territoires, renforcer les chaînes de valeur locales et favoriser une répartition plus équilibrée des flux; rappelle également le potentiel de la gastronomie et du tourisme vitivinicole en tant que vecteurs de diversification territoriale qui soutiennent les petites entreprises et créent de nouvelles possibilités pour l’agriculture. Ces modalités contribuent à diversifier le système touristique, à redistribuer les flux vers les territoires non saturés et à renforcer les modèles de développement fondés sur les capacités locales et sur une faible incidence; |
| 27. | estime qu’il est nécessaire de limiter les nouveaux permis d’hébergement dans les zones de surcharge touristique ou de tension résidentielle dans le cadre d’une gestion adaptative fondée sur les données qui tienne compte des limites écologiques, de la disponibilité réelle des logements et du bien-être des communautés; propose que les décisions relatives aux nouvelles autorisations soient fondées sur des critères clairs en matière d’équilibre territorial, de conséquences sociales et de durabilité des ressources, et qu’elles soient accompagnées de mécanismes réguliers d’évaluation et de participation significative des citoyens aux processus de planification. Il conviendrait d’inclure ces mécanismes dans des cadres de gestion intégrés qui tiennent simultanément compte de la capacité écologique, de la disponibilité résidentielle et de la viabilité économique du territoire. Le Comité encourage en outre les mesures d’incitation en faveur de dispositifs de logement durables, intégrés dans le tissu local, générant une valeur partagée et respectant la qualité de vie, le territoire et l’environnement; |
Fiscalité et financements pour la durabilité du tourisme
| 28. | considère qu’il convient de progresser vers un cadre fiscal qui i) internalise les coûts liés à l’intensité et à la configuration des utilisations et des flux touristiques et ii) renforce la qualité territoriale grâce à des mécanismes de financement stables, transparents et compatibles avec les objectifs de durabilité; souligne que des outils tels que les taxes non ciblées et les redevances ciblées peuvent servir d’instruments de justice territoriale à condition que leur conception garantisse une mise en œuvre vérifiable visant à renforcer les infrastructures et les services essentiels — tels que la mobilité durable, le cycle de l’eau et la gestion des déchets — et à protéger les écosystèmes; propose d’évaluer les modèles de tarification dynamiques dans les services à forte demande et d’ouvrir un dialogue structuré avec les régions, les autorités et les acteurs concernés afin de mesurer l’efficacité, de renforcer la transparence et de garantir l’acceptation sociale de ces modèles; |
| 29. | propose de mettre en place des mesures fiscales spécifiques pour promouvoir l’esprit d’entreprise et la création d’emplois dans les zones rurales et les communes de moins de 10 000 habitants, ainsi que des mécanismes efficaces pour garantir l’accès au logement dans ces zones face à la pression touristique croissante; |
| 30. | suggère de promouvoir le financement public-privé afin de préserver le patrimoine culturel et les ressources naturelles et de développer des infrastructures touristiques durables; souligne que tous les investissements devraient intégrer des critères de durabilité, en particulier lorsqu’il s’agit de destinations vulnérables sur le plan environnemental et soumises à une forte pression touristique, telles que les régions côtières, insulaires ou ultrapériphériques ainsi que les territoires protégés; |
| 31. | demande que la stratégie inclue des fonds spécifiques pour soutenir la transition vers un tourisme durable tant dans les régions touchées par la saisonnalité que dans celles soumises à une forte pression touristique permanente et celles concernées par la spécialisation intensive ou la dégradation des actifs. Ces fonds devraient faciliter les projets pilotes, le renforcement des capacités et la transformation structurelle et donner la priorité aux infrastructures durables, à la connectivité propre, à la diversification territoriale, à la formation et aux programmes de professionnalisation, en mettant l’accent sur les talents locaux et leur adaptation aux nouvelles demandes; |
Durabilité et connectivité
| 32. | met l’accent sur le fait que la stratégie devrait considérer les transports comme un élément clé de l’expérience touristique et de la durabilité, en garantissant une connectivité efficace, accessible et à faibles émissions entre les régions, les villes et les zones rurales, afin d’améliorer la compétitivité, de désengorger les destinations saturées et d’équilibrer les flux touristiques; |
| 33. | souligne que de nombreux espaces culturels et récréatifs utilisés par les touristes (musées, piscines, installations sportives, etc.) sont financés par des fonds publics, ce qui crée des tensions lorsque la forte intensité touristique augmente les prix ou limite l’accès de la population résidente; estime légitime de mettre en œuvre des tarifs locaux différenciés pour ces services afin d’éviter l’aliénation des résidents et de renforcer le lien entre le tourisme, l’équité sociale et la cohésion territoriale; |
| 34. | invite à coordonner les politiques en matière de tourisme, de mobilité et de transition écologique, en stimulant les investissements dans les infrastructures multimodales, les transports publics axés sur la demande, la mobilité partagée et l’accès durable aux zones naturelles ou patrimoniales, en mettant particulièrement l’accent sur les destinations confrontées à des conditions territoriales qui posent des difficultés de connectivité, conformément aux principes de cohésion et d’équilibre territorial du TFUE; plaide pour l’inclusion de critères touristiques dans la planification des transports transfrontaliers et dans les corridors européens, afin d’éviter que la transition climatique dans les transports ne touche de manière disproportionnée les régions insulaires, de montagne et ultrapériphériques, au moyen de compensations et d’un soutien aux carburants durables et aux solutions innovantes; se félicite du rôle du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) dans la promotion des transports durables et des infrastructures transfrontalières, qui contribuent à améliorer la connectivité entre les régions ainsi qu’à faciliter et optimiser les déplacements dans l’espace européen; |
| 35. | estime que, parallèlement à une mobilité terrestre et maritime durable, il est nécessaire d’inclure une réflexion sur l’incidence du transport aérien sur le climat, qui est essentielle aux fins de la durabilité réelle du tourisme; souligne que la gouvernance dans ce domaine est mondiale (OACI, SEQE, CORSIA), mais que les régions et les autorités locales doivent trouver leur rôle dans la gestion de la demande et la sensibilisation, afin de contribuer à la réduction des émissions; |
| 36. | souligne la nécessité de garantir la sécurité de l’approvisionnement en eau dans les territoires en situation de stress hydrique et appelle de ses vœux des progrès vers des limites écologiques contraignantes, des plans intégrés de gestion de l’eau, des normes strictes d’utilisation rationnelle de l’eau et des incitations à la réutilisation des eaux usées; estime également qu’il est nécessaire de renforcer la gestion des déchets au moyen de stratégies de prévention, de réduction et de valorisation, conformément aux principes de l’économie circulaire. Ces mesures devraient être intégrées dans des cadres de gestion adaptative qui relient l’utilisation de l’eau et la production de déchets à la saisonnalité du tourisme, à l’intensité touristique et au métabolisme territorial, en garantissant des réponses souples, fondées sur les données, qui renforcent la durabilité et la résilience des destinations; |
| 37. | réaffirme que le tourisme est l’un des phénomènes structurels qui ont le plus d’impact sur l’économie, la société et le territoire de l’UE, mais met en garde contre le fait que sa pertinence ne se reflète pas toujours clairement dans les politiques communautaires ou dans leur intégration dans des cadres stratégiques plus larges; |
| 38. | rappelle le potentiel du tourisme en tant que catalyseur des transformations écologiques, économiques, numériques et sociales, et insiste sur la nécessité de repenser son rôle dans l’architecture stratégique de l’Union; estime que la transition vers un tourisme durable devrait garantir que les politiques touristiques contribuent de manière cohérente à la neutralité climatique, à l’équité sociale et à la cohésion territoriale, dans le plein respect du socle européen des droits sociaux et des objectifs climatiques et environnementaux de l’Union; |
| 39. | propose deux axes d’action: i) renforcer le rôle du tourisme en tant que vecteur stratégique de la transition écologique, numérique et sociale, en assurant la cohérence entre la politique du tourisme et d’autres domaines d’action de l’Union grâce au principe de l’intégration de celle-ci dans ceux-là et en tenant compte des cadres législatifs tels que la stratégie européenne pour les données, la réglementation sur les locations touristiques, la directive sur les voyages à forfait, le cadre de mobilité urbaine et les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) pour l’après-2027; et ii) développer une gouvernance à plusieurs niveaux adaptée aux spécificités territoriales, dans le respect des compétences nationales et régionales, mais en promouvant des lignes communes, des normes, des indicateurs harmonisés, un financement ciblé et une coopération territoriale stable; |
| 40. | avance que le tourisme devrait être considéré comme une opportunité stratégique, en veillant à ce que les visiteurs et les résidents vivent ensemble en tant que condition essentielle de la durabilité territoriale. La future stratégie doit garantir que le droit de vivre dans des conditions décentes — logement abordable, services publics de qualité, mobilité durable et active, identité locale et cohésion sociale — ne soit pas compromis, en plaçant les communautés au centre des décisions. Le Comité souligne que la viabilité des territoires dépend également de la robustesse et de la continuité des services publics, lesquels sont mis sans cesse plus à mal dans de nombreuses destinations en raison des difficultés qu’éprouvent leurs travailleurs à accéder à un logement abordable à proximité de leur lieu de travail, ce qui nuit à la cohésion sociale et compromet la viabilité d’un modèle de tourisme véritablement durable; |
| 41. | affirme en conclusion que le présent avis fournit des orientations stratégiques fondées sur des principes systémiques, adaptatifs et coopératifs, et invite instamment la Commission et le Conseil à traduire la future stratégie de l’Union en faveur d’un tourisme durable en un plan d’action doté de ressources, d’un calendrier et de mécanismes d’évaluation qui accompagne les territoires dans leur transition vers un système touristique durable et résilient, propice au progrès sociétal; |
| 42. | propose la création d’une table ronde européenne permanente sur le tourisme territorial durable, sous les auspices de la Commission et du Comité européen des régions, qui rassemblerait les autorités régionales et locales, les réseaux thématiques et les experts et servirait d’espace d’échange de bonnes pratiques et d’alignement des politiques afin que la stratégie soit appliquée de manière efficace et territorialisée; |
| 43. | salue l’engagement politique fort des régions et des villes de l’Union en faveur du tourisme durable et propose que cette dynamique soit célébrée par une conférence annuelle conjointe de la Commission européenne et du Comité européen des régions, organisée dans le cadre de la Journée européenne du tourisme. Cette conférence devrait servir d’espace de suivi stratégique, de présentation des progrès accomplis et d’alignement des priorités entre les différents niveaux de gouvernance, en complément des travaux techniques de la table ronde européenne permanente sur le tourisme territorial durable. |
Bruxelles, le 10 décembre 2025.
La présidente
du Comité européen des régions
Kata TÜTTŐ
(1) Règlement (UE) 2024/1028 du Parlement européen et du Conseil du 11 avril 2024 concernant la collecte et le partage des données relatives aux services de location de logements de courte durée, et modifiant le règlement (UE) 2018/1724 (JO L, 2024/1028, 29.4.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/reg/2024/1028/oj).
ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/761/oj
ISSN 1977-0936 (electronic edition)
P10_TA(2025)0340 — Enlèvement massif d’enfants au Nigéria, y compris à l’école catholique Saint Mary, à Papiri — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur les enlèvements massifs d’enfants au Nigéria, y compris à l’école catholique Saint Mary, à Papiri (2025/3029(RSP))
18/12/2025
P10_TA(2025)0345 — Attaques hybrides continues de la Biélorussie contre la Lituanie — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur les attaques hybrides continues de la Biélorussie contre la Lituanie (2025/3025(RSP))
18/12/2025
P10_TA(2025)0339 — Arrestations et jugements arbitraires en Azerbaïdjan des universitaires Bahruz Samadov et Igbal Abilov — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur les arrestations et jugements arbitraires en Azerbaïdjan des universitaires Bahruz Samadov et Igbal Abilov (2025/3028(RSP))
18/12/2025
P10_TA(2025)0343 — Mise en œuvre du régime de conditionnalité liée à l'état de droit — Résolution du Parlement européen du 18 décembre 2025 sur la mise en œuvre du régime de conditionnalité liée à l’état de droit (2025/2061(INI))
18/12/2025