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AccueilDroit européen52025IR1968
Initiative législative52025IR1968

Avis du Comité européen des régions — Perspectives locales et régionales dans la mise en œuvre de la stratégie européenne de sécurité intérieure ProtectEU

CELEX52025IR1968
TypeInitiative législative
Datemercredi 10 décembre 2025

Résumé IA

Le Comité européen des régions souligne le rôle crucial des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre de la stratégie ProtectEU, insistant sur la nécessité d'une approche territorialisée pour renforcer la résilience et la sécurité intérieure de l'UE. L'avis appelle à une meilleure coordination entre les niveaux de gouvernance, à un financement adéquat pour les acteurs locaux, et à l'intégration des spécificités régionales dans les mesures de protection des infrastructures critiques et de gestion des crises. Pour un professionnel du droit français, ce texte met en lumière les implications concrètes de la stratégie européenne sur les compétences des collectivités territoriales en matière de sécurité et de prévention des risques.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/759

24.2.2026

Avis du Comité européen des régions — Perspectives locales et régionales dans la mise en œuvre de la stratégie européenne de sécurité intérieure ProtectEU

(C/2026/759)

Rapporteure

:

Anne RUDISUHLI (FR/Renew Europe), conseillère départementale des Bouches-du-Rhône

Texte de référence

:

Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — ProtectEU: une stratégie européenne de sécurité intérieure

[COM(2025) 148 final]

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS

I. INTRODUCTION GÉNÉRALE ET APPROCHE

1.

accueille favorablement la stratégie «ProtectEU» présentée par la Commission européenne le 1er avril 2025, qui ambitionne de renforcer la résilience de l’Union face aux menaces pour la sécurité émergentes par une approche intégrée et systémique de la sécurité intérieure, en soutenant les autorités nationales et les collectivités locales dans les domaines où la valeur ajoutée européenne est manifeste;

2.

rappelle que cette stratégie s’inscrit dans la continuité du programme de Stockholm (2010), de la stratégie de l’UE pour l’union de la sécurité 2020-2025 et des plans d’action européens sur la cybersécurité, la prévention de la radicalisation, la migration et l’intégration;

3.

se félicite de l’adoption d’une approche fondée sur la notion de sécurité sociétale globale (Whole-of-Society Approach), qui reconnaît l’imbrication des enjeux sécuritaires avec les politiques sociales, éducatives, numériques, économiques, environnementales et culturelles, dans le respect de la répartition des compétences et du principe de subsidiarité;

4.

souligne que les collectivités locales et régionales disposent de compétences juridiques, opérationnelles et budgétaires essentielles dans de nombreux États membres, qu’il s’agisse de la police locale, de la gestion des espaces publics, de la coopération éducative, de la cybersécurité territoriale, de la protection civile, de la gestion des risques ou de la prévention de la radicalisation; réaffirme que la question d’une sécurité efficace et correctement financée se pose dès l’échelon local — y compris dans les zones rurales, les régions frontalières et les territoires peuplés par des minorités —, niveau auquel un déploiement efficace des forces de l’ordre et le dialogue avec la population peuvent contribuer à enrayer la hausse de la criminalité, toujours dans une logique de hiérarchisation de l’action et d’une coordination de tous ses domaines;

5.

regrette que la gouvernance de la stratégie ProtectEU ne prévoie pas à ce stade de mécanisme formel d’implication des collectivités locales et régionales, ni de modalités adaptées d’accès aux outils d’analyse, de financement, de coordination ou de formation, alors même que celles-ci sont en première ligne dans la prévention, la détection et la résilience face aux crises en matière de sécurité;

6.

insiste sur l’impérieuse nécessité d’intégrer pleinement les collectivités locales et régionales dans la gouvernance opérationnelle de la stratégie, conformément aux principes de subsidiarité active, de gouvernance à plusieurs niveaux, de coconstruction et de solidarité territoriale;

7.

rappelle que la sécurité intérieure relève de la compétence des États membres conformément à l’article 4, paragraphe 2, du traité sur l’Union européenne; cela n’exclut pas la reconnaissance du rôle préventif, logistique, éducatif et coordinateur des collectivités locales et régionales, au titre de la mise en œuvre du droit européen;

8.

affirme que les libertés fondamentales, la charte des droits fondamentaux, l’état de droit et les valeurs de l’Union doivent constituer les garde-fous intangibles de toute stratégie de sécurité à l’échelle européenne;

9.

appelle à une meilleure articulation entre les agences européennes compétentes (Europol, Frontex, ENISA, CEPOL, Eurojust), les autorités nationales et les acteurs territoriaux, au moyen de canaux d’échange d’informations, de formations conjointes et de dispositifs communs de prévention, en accordant une attention particulière à la coopération dans la lutte contre le terrorisme et aux systèmes interopérables, et invite à soutenir les autorités situées en première ligne aux frontières extérieures, notamment au moyen d’une gestion efficace des frontières; dans le même ordre d’idées, fait valoir qu’il est nécessaire d’intégrer pleinement les forces de police régionales dans l’écosystème européen de la sécurité grâce à des points de liaison institutionnels, au détachement temporaire ou permanent de personnel, à la participation à des réseaux et à des groupes de travail, et à la réalisation d’exercices et de simulations pour améliorer l’interopérabilité et la réaction face aux menaces transnationales; souligne également qu’il est important d’accélérer l’échange d’informations et de faciliter l’accès aux bases de données européennes spécialisées afin d’améliorer la détection précoce des risques;

II. NOUVEAUX DÉFIS SÉCURITAIRES ET VULNÉRABILITÉS TERRITORIALES

10.

constate une intensification et une hybridation des menaces pesant sur la sécurité intérieure de l’Union, incluant la criminalité organisée, la radicalisation violente, la cybercriminalité, les ingérences étrangères, les violences idéologiques, la manipulation de l’information et la désinformation, les tensions communautaires, les incivilités, les dérives violentes, les déstabilisations locales et la naissance d’une contestation violente diffuse, qui se manifestent souvent différemment dans les grandes villes, les petites villes, les zones rurales et les régions transfrontalières, ce qui rend nécessaires des réponses locales adaptées à chaque contexte;

11.

constate que la Commission européenne affiche, à travers la stratégie ProtectEU, une ambition forte pour renforcer la sécurité intérieure de l’Union; souligne que les autorités locales et régionales disposent déjà d’une expérience et d’un savoir-faire éprouvés en matière de prévention, de protection et de gestion de crise, qui constituent un levier concret de mise en œuvre des priorités européennes; estime dès lors que la réussite de ProtectEU repose sur la reconnaissance et la mobilisation de cette expertise territoriale;

12.

relève que ces menaces affectent l’ensemble des territoires européens — urbains, ruraux, frontaliers, portuaires, montagneux ou insulaires — et appellent une réponse différenciée, contextualisée et partagée entre les niveaux de gouvernance, grâce à des mécanismes de sécurité et de coopération renforcés et adaptés à leur contexte géographique particulier;

13.

attire l’attention sur l’augmentation des atteintes aux infrastructures critiques locales (eau, transports, ports, santé, réseaux numériques), souvent gérées ou supervisées par les collectivités, et appelle à renforcer leur résilience, notamment par la mise en œuvre effective de la directive (UE) 2022/2557 (1), ainsi que par le soutien aux acteurs locaux chargés des infrastructures critiques;

14.

souligne que les territoires insulaires et ultrapériphériques de l’Union présentent des vulnérabilités spécifiques en raison de leur éloignement géographique, de leur exposition aux flux de migration irrégulière, de leur dépendance au transport maritime et aérien et de leur rôle stratégique à la frontière méridionale de l’Europe; demande que ces particularités soient explicitement intégrées dans la cartographie stratégique de ProtectEU et dans les programmes de résilience territoriale;

15.

souligne que tous les ports d’Europe (y compris les plus petits et les ports de plaisance) ainsi que les aéroports (y compris les plus petits et les aérodromes privés) et toutes les régions frontalières sont exposés à des vulnérabilités spécifiques liées à la gestion des flux migratoires, aux trafics illicites et à la coordination interagences, et recommande leur intégration explicite dans la cartographie stratégique de ProtectEU, ainsi que la création de pôles régionaux de coopération portuaire et maritime dans les territoires ultrapériphériques, où la sécurité maritime, la lutte contre les trafics illicites et la gestion des migrations appellent une coordination spéciale et intensive entre agences européennes et autorités locales;

16.

reconnaît que le changement climatique, les risques accrus de pollution des mers par les hydrocarbures et les produits chimiques, les phénomènes météorologiques extrêmes et la dégradation de l’environnement sont susceptibles d’amplifier les risques pour la sécurité, notamment dans les zones urbaines, portuaires, côtières et insulaires; appelle à intégrer des mesures de résilience au changement climatique, des infrastructures vertes et la préparation aux catastrophes dans la planification de la sécurité aux niveaux local et régional, y compris des mesures visant à protéger la sécurité et les moyens de subsistance des communautés locales exposées à des risques naturels et à des incidents liés à la faune sauvage;

17.

rappelle que les collectivités territoriales sont de plus en plus ciblées par des cyberattaques, avec un taux de vulnérabilité accru dans les petites communes, et que la coopération entre les services nationaux de cybersécurité et les collectivités locales constitue un pilier indispensable de la sécurité intérieure européenne;

18.

appelle à un appui européen structurel au développement de services locaux et transfrontaliers de cybersécurité territoriale chargés de publier des guides et des exercices pour les communes, et de bureaux de sécurité offrant des services de conseil et de réponse aux incidents pour les collectivités;

19.

met en lumière le lien étroit entre sécurité et aménagement urbain; souligne qu’un aménagement urbain durable sur le plan environnemental — fait d’espaces verts, de rues adaptées aux piétons, d’un éclairage public, d’un mobilier urbain adapté et de transports publics sûrs — favorise la cohésion des communautés, contribue à prévenir la criminalité et à renforcer la résilience à l’échelle locale, et améliore le sentiment de sécurité;

20.

note que la vidéoprotection peut contribuer à la dissuasion, à l’élucidation et à la judiciarisation, à condition qu’elle respecte les règles relatives à la protection des données ainsi que la vie privée, et fasse l’objet d’un contrôle transparent. La vidéoprotection a des effets manifestes dans les territoires (couplage avec une présence humaine, qualité du maintien de l’ordre, cartographie précise des phénomènes et des besoins territoriaux);

21.

souligne que la lutte contre la radicalisation passe par des politiques d’éducation inclusive, de cohésion sociale, de dialogue interculturel, de soutien aux familles et de régulation des espaces numériques;

22.

est d’avis que les programmes de prévention de la radicalisation et les initiatives en faveur de la cohésion sociale doivent intégrer les perspectives de genre, notamment en s’attaquant aux risques de harcèlement en ligne, d’exploitation sexuelle et de radicalisation ciblant les femmes et les filles; invite les collectivités locales à mettre sur pied des unités de soutien et des programmes de formation qui tiennent compte de la dynamique de genre et donnent aux femmes les moyens d’agir en tant qu’actrices de la prévention;

23.

attire l’attention sur la recrudescence des phénomènes de pédocriminalité en ligne et hors ligne, qui exploitent les failles numériques et la vulnérabilité des mineurs, et demande que ce fléau soit intégré explicitement dans la stratégie ProtectEU en tant que menace prioritaire;

24.

rappelle que dans l’Union européenne, plus de la moitié des femmes ont déjà été victimes de harcèlement sexuel et qu’une femme sur trois a subi des violences physiques et/ou sexuelles; appelle la Commission européenne à inclure explicitement les menaces ciblant les femmes dans la stratégie ProtectEU; précise que les collectivités locales et régionales ont un rôle clé à jouer dans la lutte contre les violences faites aux femmes en mettant en œuvre des actions concrètes sur le terrain;

25.

recommande l’adoption d’un cadre européen en matière de services numériques adaptés à l’âge qui soit cohérent par rapport aux réglementations des États membres et assorti de garanties minimales claires pour protéger les enfants et les jeunes face aux environnements préjudiciables en ligne, tout en préservant entièrement leur droit à la participation numérique; souligne que ce cadre doit contenir des obligations de mettre en place des dispositifs efficaces et adéquats de vérification de l’âge pour les plateformes numériques, de sorte que la responsabilité relative à la protection des mineurs incombe en premier lieu aux fournisseurs de services et non aux enfants ou à leurs familles; recommande d’encourager et d’aider les collectivités locales et régionales à développer et proposer des programmes d’éducation aux médias, de bien-être numérique et de prévention des risques qui promeuvent une utilisation sûre, autonome et responsable du numérique, notamment en ce qui concerne l’hyperconnexion, le cyberharcèlement, les éléments de conception favorisant la dépendance, la désinformation et toutes les formes de violence numérique. Ces programmes devraient être rendus accessibles à tous les groupes composant la société et accompagnés d’une obligation plus stricte de rendre des comptes pour les plateformes, conformément au droit de l’Union;

26.

rappelle que la scolarisation des mineurs, l’accueil des publics vulnérables et la prévention dans les collèges et les structures sportives ou associatives doivent être pleinement intégrés dans les politiques de sécurité; reconnaît l’importance, sur le plan de la prévention, d’espaces de socialisation sûrs (comme les associations sportives, les espaces culturels et les patronages), et appelle à leur attribuer une place de choix dans les écosystèmes locaux de prévention (2);

III. CADRE JURIDIQUE ET POLITIQUE EUROPÉEN

27.

rappelle que la stratégie ProtectEU s’inscrit dans une continuité normative dense, traduisant la volonté croissante de l’Union européenne de structurer une politique intégrée de sécurité intérieure dans le respect des compétences nationales;

28.

souligne que cette stratégie vient compléter plusieurs textes antérieurs majeurs, en particulier:

—

la stratégie de l’UE pour l’union de la sécurité [COM(2020) 605 final];

—

le programme de lutte antiterroriste pour l’UE [COM(2020) 795 final];

—

la directive (UE) 2022/2557 sur la résilience des entités critiques;

—

la directive (UE) 2022/2555 (NIS2) sur la cybersécurité;

—

le pacte sur la migration et l’asile [COM(2020) 609 final];

—

la charte des droits fondamentaux, notamment ses articles 6 (droit à la sûreté), 7 (respect de la vie privée), 8 (protection des données) et 11 (liberté d’expression);

29.

attire l’attention sur la résolution du Parlement européen du 6 juillet 2022 [2021/2257(INI)] appelant à l’implication des collectivités locales dans les politiques de sécurité, de cybersécurité et de prévention de la radicalisation;

30.

insiste sur la nécessité de rendre ces cadres accessibles aux collectivités territoriales via des plateformes traduites, des résumés opérationnels, des espaces de partage des bonnes pratiques, l’observatoire des menaces hybrides et le portail de cybersécurité de l’ENISA;

31.

recommande l’élaboration d’un code européen de coopération territoriale en matière de sécurité intérieure, formalisant la participation des collectivités locales et régionales à la mise en œuvre du droit européen dans ce domaine;

32.

rappelle que si le maintien de l’ordre public relève de la compétence des États membres (article 4, paragraphe 2, du TUE), il revient à l’Union et à ses institutions de veiller à ce que les fonds européens, les stratégies transversales et les outils de coordination soient accessibles et adaptés aux réalités locales;

IV. LE RÔLE DES COLLECTIVITÉS LOCALES ET RÉGIONALES

33.

souligne que dans de nombreux territoires européens, le maire constitue le seul interlocuteur identifié et accessible par les citoyens en matière de sécurité du quotidien, et qu’à ce titre, il doit être pleinement associé à la définition et à la mise en œuvre des politiques de sécurité, dans le respect des compétences de chaque niveau de gouvernance. Dans les régions frontalières, il importe de prendre en considération les différences entre les systèmes en vigueur des deux côtés de la frontière afin de faciliter la coopération;

34.

souligne que la police locale, les polices régionales, les unités de police détachées auprès des territoires et les autres corps de police décentralisés, présents dans de nombreux États membres, constituent des acteurs de proximité incontournables de la sécurité au quotidien, et recommande qu’ils soient expressément mentionnés dans les futurs travaux de la Commission européenne relatifs à la stratégie de sécurité intérieure;

35.

rappelle le rôle déterminant joué par les collectivités locales et régionales dans la gestion de proximité des crises, comme l’a démontré leur mobilisation rapide, d’un point de vue logistique et social, lors de la pandémie de COVID-19, et recommande que ce rôle soit reconnu sur le plan institutionnel dans les futures stratégies de gestion de crise à l’échelle européenne;

36.

déplore que dans certains États membres, les maires ne disposent pas de compétences effectives en matière de police administrative générale, alors même qu’ils constituent l’acteur public le plus proche des citoyens, et recommande que les cadres juridiques nationaux soient ajustés pour permettre à ceux-ci d’exercer pleinement leurs responsabilités de sécurité publique locale;

37.

recommande que les financements publics locaux, régionaux ou européens accordés aux associations soient conditionnés au respect effectif des valeurs de l’Union européenne, et que les collectivités bénéficient d’un appui national pour être informées d’éventuelles dérives ou risques;

38.

recommande, dans le strict respect des libertés individuelles et notamment du droit au respect de la vie privée, la mise en place, au niveau local, de réseaux de vigilance citoyenne encadrés par les forces de l’ordre et fondés sur des conventions tripartites associant les autorités locales, les services de sécurité et les citoyens;

39.

appelle à une vigilance accrue des collectivités territoriales face aux phénomènes de trafic de stupéfiants et de radicalisation affectant particulièrement les jeunes, et souligne la nécessité de soutenir les acteurs de terrain — associations, éducateurs, structures sportives, travailleurs sociaux —, en favorisant une approche partenariale intégrant la société civile et les services de l’État;

40.

encourage les collectivités locales et régionales à échanger sur la sécurité publique, en coopération avec l’Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs (CEPOL). Ces échanges associeraient élus, citoyens, forces de l’ordre, monde associatif et services de l’État, afin de renforcer la confiance mutuelle et la coconstruction d’une culture partagée de la sécurité;

41.

regrette l’insuffisante transmission d’informations entre services nationaux de sécurité et collectivités territoriales; appelle les États membres à instaurer des mécanismes réguliers et sécurisés de partage de données pertinentes avec les maires et présidents d’exécutifs locaux, afin de renforcer la coresponsabilité et la capacité de prévention;

42.

note que plusieurs villes d’Europe ont mis en place des dispositifs de prévention de la radicalisation, des systèmes de cartographie locale de la délinquance, des observatoires municipaux et des centres de formation interprofessionnels pour agents de terrain; à cet égard, accueille favorablement les deux consultations publiques lancées par la Commission européenne en 2025 dans le cadre de la stratégie ProtectEU;

43.

invite la Commission européenne et le Conseil à envisager une réforme de l’Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs (CEPOL), afin de permettre l’ouverture de modules spécifiques de formation aux agents des polices municipales et aux personnels territoriaux chargés de la sécurité, dans le respect du principe de subsidiarité et de l’approche pansociétale de la sécurité promue par la stratégie ProtectEU;

44.

recommande le développement de plateformes et d’équipements de formation mutualisés entre collectivités, permettant notamment aux petites et moyennes communes d’accéder à des outils pédagogiques, des simulateurs et des exercices communs de prévention et de gestion de crise; considère qu’une telle mutualisation contribuerait à renforcer l’efficacité, la cohérence et la solidarité territoriale au sein de l’Union;

45.

salue la création, dans plusieurs villes européennes, de cellules locales pluridisciplinaires (psychologues, juristes, éducateurs, forces de sécurité, enseignants) permettant d’identifier les signaux faibles de radicalisation ou de violence émergente;

46.

recommande la généralisation des cellules d’aide aux familles confrontées à la radicalisation et la mise en réseau européenne de ces dispositifs, accompagnée de formations croisées pour les personnels de première ligne;

47.

plaide pour que la possibilité soit donnée aux agents concernés des collectivités locales de participer à des formations sur la coopération interforces, les menaces hybrides et les pratiques de prévention urbaine (et nationale) données par l’Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs (CEPOL);

48.

soutient le développement de programmes européens de cadets de la sécurité, inspirés du modèle Erasmus, permettant à de jeunes volontaires de participer à des missions de sensibilisation et de médiation au sein de collectivités locales et régionales partenaires;

49.

attire l’attention sur le rôle des collectivités locales dans la régulation administrative des établissements sensibles (bars, salles, locaux associatifs) en lien avec la prévention de la délinquance et de la radicalisation et avec la lutte contre le blanchiment, et recommande un soutien juridique et logistique européen sur ce levier d’action;

50.

rappelle que les collectivités locales et régionales, en tant que principaux financeurs du tissu associatif local, doivent pouvoir s’assurer que les structures soutenues respectent les valeurs fondamentales de l’Union européenne; invite, en ce sens, les autorités étatiques à coopérer activement avec les collectivités, en leur transmettant toute information pertinente en cas de risque ou de signal faible identifié;

51.

appelle à une meilleure transmission des informations entre les services de l’État et les collectivités, notamment en ce qui concerne les signaux faibles, les menaces hybrides, les données sur la délinquance ou la cartographie des risques;

52.

plaide pour que les collectivités locales et régionales frontalières ou portuaires et les forces de sécurité compétentes soient pleinement associées à la gouvernance des dispositifs européens de sécurité (Frontex, AESM, DG HOME), en tant qu’observateurs experts des flux géopolitiques, à condition qu’elles puissent assurer le respect de la vie privée et la sécurité de l’information, et sous la direction de l’entité de tutelle;

53.

souligne que l’efficacité des dispositifs européens en matière de sécurité ne dépend pas uniquement des financements disponibles mais également de la capacité des collectivités à les mettre en œuvre concrètement; invite dès lors la Commission européenne à renforcer son appui en matière d’ingénierie territoriale, en fournissant des outils pratiques, des formations et un accompagnement personnalisé aux collectivités, au-delà du simple plan stratégique, afin d’assurer la traduction opérationnelle sur le terrain des politiques de prévention de la radicalisation, de lutte contre la délinquance et de cybersécurité;

54.

souligne que les collectivités locales et régionales doivent pouvoir être parties prenantes de la gouvernance des politiques de sécurité numérique, y compris en matière de lutte contre les contenus violents, le harcèlement, la désinformation et la pédopornographie en ligne;

55.

rappelle enfin que toute stratégie de sécurité efficace repose sur l’implication des citoyens, des associations, des entreprises locales et des services publics de proximité, et appelle à renforcer les dispositifs participatifs en matière de sécurité (conférences locales, budgets participatifs, observatoires mixtes);

V. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

Recommandations générales

56.

salue l’ambition de la stratégie «ProtectEU» et appelle à en faire une véritable matrice opérationnelle multiniveaux, fondée sur la coopération active entre l’Union, les États membres et les collectivités locales et régionales; souligne que cette coopération doit tenir compte des particularités géographiques de l’Union européenne, notamment celles des régions insulaires et ultrapériphériques, pour garantir un niveau de sécurité équivalent sur l’ensemble du territoire européen;

57.

demande, d’une part, la mise en place de mécanismes effectifs permettant aux collectivités locales et régionales de participer à la stratégie en tant que partenaires statutaires, au vu de leur rôle essentiel dans la prévention des menaces et la protection des infrastructures, la cybersécurité, la cohésion sociale et la gestion des crises et, d’autre part, la participation effective desdites collectivités aux projets européens;

58.

invite la Commission européenne à formaliser cette implication par l’adoption d’un code européen de coopération territoriale en matière de sécurité intérieure, précisant les modalités de coordination, d’information et de cofinancement avec les collectivités locales et régionales;

59.

appelle la Commission et les États membres à une simplification des procédures d’accès aux financements européens en matière de sécurité, en particulier pour les petites collectivités, et à une meilleure publicité des appels à projets éligibles, ainsi qu’à un soutien technique pour garantir l’égalité d’accès aux fonds de l’Union européenne;

60.

rappelle que la lutte contre la sous-utilisation des fonds relève d’abord de la responsabilité des États membres, mais recommande que les institutions européennes veillent à informer activement les collectivités locales et les services déconcentrés des possibilités existantes;

61.

recommande de renforcer les échanges de bonnes pratiques entre collectivités européennes et forces de sécurité compétentes;

62.

demande le soutien de l’Union à la création ou au renforcement des cellules locales d’aide aux familles confrontées à la radicalisation, avec des formations croisées pour les agents de première ligne;

63.

insiste sur la nécessité d’associer les collectivités locales et régionales à la gouvernance des infrastructures critiques, notamment dans les zones portuaires et frontalières, en lien avec les agences européennes concernées (Frontex, AESM, Europol);

64.

demande un meilleur partage des informations descendantes et ascendantes entre les services de l’État et les collectivités, notamment sur les menaces hybrides, les données territorialisées de sécurité et les retours d’expérience en matière de gestion de crise;

65.

invite les institutions européennes à associer formellement les collectivités territoriales à l’élaboration du cadre financier pluriannuel 2028-2035 afin d’intégrer leurs besoins spécifiques en matière de sécurité, de cybersécurité, de résilience territoriale, d’éducation à la citoyenneté et de cohésion démocratique;

66.

appelle la Commission à établir un cadre juridique européen harmonisé permettant l’échange structurel d’informations en matière d’intégrité et de gouvernance, de sorte que les collectivités locales et régionales aient accès à des données équivalentes en provenance d’autres États membres et puissent ainsi renforcer l’approche administrative de la criminalité organisée dans les régions frontalières; à cet égard, propose également d’examiner, dans des cadres juridiques clairement définis, comment procéder de manière structurelle à l’échange d’informations pertinentes — dans les deux sens — entre l’administration et les services de police;

67.

recommande aux États membres de mettre en place, en lien avec les collectivités territoriales, un dispositif national de coordination cyberterritoriale permettant de désigner dans chaque région un référent cybersécurité chargé d’assurer l’interface entre les préfectures (ou autorités équivalentes), les collectivités locales et les services opérationnels en cas de cyberattaque majeure, dans un esprit de résilience partagée et de préparation proactive. Ce mécanisme devrait inclure, au niveau de la coordination stratégique, la possibilité de communiquer avec les services répressifs, qui disposent d’une infrastructure technique pour la gestion des incidents de cybersécurité. Dans les régions frontalières, il convient de faciliter la coordination par-delà les frontières;

68.

invite la Commission européenne à encourager les États membres à proposer, avec l’appui de l’ENISA et des agences nationales, des audits de cybersécurité territoriaux gratuits ou cofinancés à destination des collectivités locales, en particulier les plus petites, afin d’évaluer leur niveau de vulnérabilité et d’orienter leurs investissements, en prêtant une attention particulière aux territoires insulaires et ultrapériphériques, où la connectivité numérique revêt une importance critique et où les infrastructures de télécommunications présentent des vulnérabilités spécifiques;

69.

souligne l’importance croissante des dispositifs de reconnaissance faciale dans la prévention et la réponse aux menaces, tout en appelant à l’adoption d’un cadre européen d’encadrement juridique strict garantissant le respect des droits fondamentaux et la proportionnalité, ainsi qu’à la mise en place d’un espace en ligne intercollectivités de partage des bonnes pratiques sur les usages éthiques et efficaces de la reconnaissance assistée par IA; souligne que l’intelligence artificielle (IA) peut servir de catalyseur pour prévenir et détecter les menaces pour la sécurité et y répondre, en analysant les schémas criminels, en signalant rapidement les attaques hybrides et en améliorant la coordination opérationnelle entre les services; insiste toutefois sur le fait que l’adoption des systèmes d’IA doit être soumise à des garanties strictes de transparence, d’obligation de rendre des comptes et de respect des droits fondamentaux, conformément au règlement sur l’IA; encourage la création d’un cadre européen pour une «IA sûre dans la gouvernance locale», qui soutienne les villes et les régions dans le développement et l’utilisation responsables de l’IA à des fins de sécurité, de gestion des crises et de cyberrésilience, en coopération avec les centres d’excellence nationaux et européens;

70.

encourage les collectivités locales et régionales à développer des observatoires territoriaux de la sécurité permettant de croiser les données locales et régionales, les remontées citoyennes et les indicateurs européens, et d’étayer ainsi les politiques publiques de prévention;

71.

recommande que les États membres soient tenus d’organiser au moins une réunion annuelle entre les préfets (ou représentants de l’État) et les maires des communes concernées par des enjeux sécuritaires sensibles, dans une logique de coresponsabilité claire entre les acteurs nationaux et territoriaux, en respectant les compétences de chacun;

72.

invite les collectivités locales et régionales à expérimenter des protocoles locaux de réponse graduée face aux signaux faibles de menaces hybrides (désinformation, tensions communautaires, harcèlement, radicalisation), en lien avec les services éducatifs, les services sociaux et les forces de sécurité;

73.

recommande aux autorités portuaires locales, régionales et nationales d’élaborer des stratégies locales anticriminalité portuaire associant douanes, opérateurs logistiques, agences européennes et forces de sécurité — et notamment, pour ces dernières, celles qui sont compétentes pour opérer dans les ports;

74.

recommande à la Commission de structurer un agenda européen de la sécurité locale, en lien avec le Comité européen des régions, visant à cartographier les besoins, capacités et bonnes pratiques des collectivités locales et régionales en matière de sécurité;

75.

appelle à la création d’un fonds pilote européen de résilience locale spécifiquement dédié aux actions transversales de sécurité intégrée dans les collectivités locales et régionales (cyber, prévention, infrastructures critiques, coproduction citoyenne), priorité devant être tout particulièrement donnée aux régions insulaires et ultrapériphériques, où le morcellement du territoire et les coûts logistiques augmentent les besoins d’investissement dans la résilience;

76.

invite la Commission à intégrer une évaluation territorialisée des risques dans les rapports d’avancement annuels sur la mise en œuvre de la stratégie ProtectEU, avec un volet dédié aux inégalités de capacités entre territoires;

77.

recommande à la Commission d’étudier l’opportunité de créer un statut européen des réseaux de sécurité municipale, offrant à certains groupements locaux reconnus, y compris des réseaux de petites communes et des groupements à l’échelon infranational dans les régions rurales et frontalières, un accès simplifié aux formations, outils et financements.

Bruxelles, le 10 décembre 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


(1) Directive (UE) 2022/2557 du Parlement européen et du Conseil du 14 décembre 2022 sur la résilience des entités critiques, et abrogeant la directive 2008/114/CE du Conseil (JO L 333 du 27.12.2022, p. 164, ELI: http://data.europa.eu/eli/dir/2022/2557/oj).

(2) Avis du Comité européen des régions — Feuille de route de l’UE en matière de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée (avis d’initiative) (JO C, C/2024/5370, 17.9.2024, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2024/5370/oj).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/759/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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