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AccueilDroit européen52025IR2518
Initiative législative52025IR2518

Avis du Comité européen des régions — La localisation de la stratégie Global Gateway de l’UE

CELEX52025IR2518
TypeInitiative législative
Datemercredi 10 décembre 2025

Résumé IA

Cet avis du Comité européen des régions souligne la nécessité d'ancrer la stratégie Global Gateway de l'UE au niveau local et régional, en impliquant les collectivités territoriales dans la mise en œuvre des projets d'investissement. Il préconise une approche décentralisée pour garantir l'efficacité, la durabilité et l'appropriation locale des infrastructures financées dans les pays partenaires. Pour un professionnel du droit français, ce texte met en lumière les enjeux de gouvernance multi-niveaux et de partenariat public-privé dans le cadre de la politique extérieure de l'Union.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/757

24.2.2026

Avis du Comité européen des régions — La localisation de la stratégie «Global Gateway» de l’UE

(C/2026/757)

Rapporteur

:

Jaume DUCH GUILLOT (ES/PSE), ministre régional chargé de l’Union européenne et de l’action extérieure, gouvernement de la Généralité de Catalogne

LE COMITÉ EUROPÉEN DES RÉGIONS (CDR)

I. LA STRATÉGIE «GLOBAL GATEWAY»: LA PIERRE ANGULAIRE D’UNE EUROPE PLUS GÉOPOLITIQUE

1.

salue l’ambition de la Commission européenne de donner à l’Union un rôle plus stratégique et plus géopolitique, surtout dans le contexte actuel, marqué par l’instabilité, les crises multiples et l’érosion du multilatéralisme. Dans ces circonstances, alors que le leadership mondial traditionnel ancré sur des valeurs partagées recule, l’Union doit monter au créneau pour défendre un modèle fondé sur la paix, la coopération, la solidarité et le développement inclusif, et s’aligner sur le programme 2030 et les objectifs de développement durable;

2.

souligne que le rôle géopolitique de l’Union doit incarner les valeurs européennes de démocratie, d’égalité et de dignité humaine, et se conformer à l’article 208 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) — qui place la coopération au développement et l’engagement envers l’éradication de la pauvreté au cœur de l’action extérieure de l’Union — ainsi qu’aux objectifs de développement durable;

3.

se félicite de «Global Gateway», la stratégie phare de l’Union en matière d’investissement international, et de son ambition de mettre en œuvre une démarche à 360 degrés, pour s’assurer qu’elle évolue vers une approche de développement intégrée qui inclut une réforme de la gouvernance, un renforcement des institutions et un développement territorial inclusif, mais aussi le développement et la spécialisation locaux et régionaux, ainsi qu’une gouvernance multi-niveaux et une participation multipartite. Il s’agit là d’un élément essentiel pour répondre aux défis complexes sur la scène mondiale, et renforcer le rôle de l’Union en tant qu’acteur mondial stratégique, qui se fonde sur des valeurs;

4.

estime que la stratégie «Global Gateway» devrait refléter cette ambition en mobilisant des ressources pour des infrastructures durables tout en établissant des partenariats à long terme qui se basent sur la confiance et les résultats mesurables. Une véritable présence stratégique doit reposer sur le développement des institutions et le renforcement des systèmes démocratiques;

II. DONNER UNE DIMENSION LOCALE À LA STRATÉGIE «GLOBAL GATEWAY»

5.

est d’avis que l’un des atouts les plus caractéristiques de l’Union est son modèle de subsidiarité et de gouvernance multi-niveaux qui s’appuie sur des collectivités locales et régionales dotées de moyens d’agir. Ces dernières ne sont pas simplement des acteurs politiques, mais aussi des prestataires de services ayant des compétences et étant spécialisés dans de nombreux secteurs prioritaires de la stratégie «Global Gateway»: transports, santé; éducation, climat et énergie, numérique, et infrastructures. En particulier, il convient de souligner l’importance de soutenir la formation professionnelle à la source, en étroite coopération avec les collectivités locales et régionales des pays partenaires, en tant qu’instrument essentiel pour le renforcement des capacités, la création d’emplois décents et la réduction des causes profondes de la migration irrégulière. De même, la proximité des collectivités locales et régionales avec les citoyens et leur intégration au sein des territoires en font des partenaires indispensables pour aligner les investissements externes sur les besoins en matière de développement, tandis que leur mandat démocratique leur confère la légitimité nécessaire pour devenir des partenaires dans la mise en œuvre de projets dans ce domaine;

6.

précise que, pour que l’influence géopolitique de l’Union repose sur le développement des institutions et le renforcement des systèmes démocratiques, la stratégie «Global Gateway» devrait renforcer la gouvernance et les capacités en dépassant le périmètre des gouvernements nationaux et du secteur privé pour s’engager davantage au niveau infranational;

7.

souligne qu’existent déjà plusieurs exemples positifs de l’association des collectivités locales et régionales à des projets menés dans le cadre de la stratégie «Global Gateway», et salue les travaux actuellement menés par la Commission européenne pour les reconnaître, ainsi que les efforts de cette dernière pour accroître les contacts entre les délégations de l’Union et les collectivités locales et régionales et concevoir une approche innovante pour les soutenir tout particulièrement grâce à des mécanismes de financement novateurs; demande que ces initiatives soient étendues et ancrées structurellement au cœur de la stratégie «Global Gateway»;

8.

reconnaît qu’en dépit de ces exemples positifs, le rôle des collectivités locales et régionales dans la mise en œuvre de la stratégie «Global Gateway» devrait être renforcé afin de garantir la pertinence territoriale, la légitimité démocratique et la durabilité des investissements de l’Union. La stratégie doit refléter les principes internes de l’Union: subsidiarité, décentralisation et gouvernance multi-niveaux. Dans le cadre des efforts qu’elle déploie pour la cohérence des politiques au service du développement, la stratégie «Global Gateway» devrait tout particulièrement tirer des leçons des éléments de la politique de cohésion de l’Union qui ont été couronnés de succès, et se baser sur ceux-ci, afin de s’assurer de préserver la gouvernance locale et de respecter le principe consistant à ne laisser aucune région de côté en tenant compte des besoins spécifiques des différents territoires, surtout dans les régions frontalières, reculées ou ultrapériphériques situées sur des continents qui revêtent une dimension prioritaire pour la stratégie géopolitique de l’Union, en particulier l’Afrique et l’Amérique latine;

9.

rappelle que l’Union a déjà reconnu par le passé le rôle des collectivités locales et régionales, notamment dans le consensus européen de 2017 pour le développement, ainsi que dans l’approche «Équipe Europe» et dans des communications de la Commission, en 2013 et 2008. Ces communications ont établi une base normative importante en affirmant que les collectivités locales et régionales ne sont pas seulement des responsables de la mise en œuvre de l’aide, mais aussi des partenaires stratégiques du dialogue politique et de la localisation des programmes de développement;

10.

relève toutefois que le suivi opérationnel a été limité et qu’un cadre politique renouvelé est nécessaire, afin de lier explicitement la participation des collectivités locales et régionales aux ambitions de la stratégie «Global Gateway». La suppression progressive d’instruments financiers au titre de l’actuel cadre financier pluriannuel (CFP) et de la première version de l’instrument «Europe dans le monde» a creusé un fossé entre les orientations stratégiques et leur mise en œuvre, même s’il ne s’agit pas du seul facteur qui limite la participation des collectivités locales et régionales dans la pratique;

11.

souligne qu’en l’absence d’une dimension territoriale plus forte, la stratégie «Global Gateway» ne sera pas en mesure de passer d’une focalisation sur les infrastructures à un partenariat multipartite global, et risque d’être perçue principalement comme un exercice de communication. Les investissements doivent être inclus dans des cadres de gouvernance et des écosystèmes territoriaux au sein desquels les collectivités locales et régionales disposent de compétences clés pour produire des résultats inclusifs et durables et tirer parti du développement économique local. Il est essentiel d’intégrer ces approches territoriales, afin de combler l’écart qui existe actuellement entre les stratégies nationales et les besoins locaux;

12.

avertit qu’il faudrait renforcer l’inclusion des collectivités locales et régionales dans les structures de gouvernance pertinentes de la stratégie «Global Gateway». Une plateforme de dialogue entre la société civile et les autorités locales a bien été instituée, mais, en pratique, elle est toujours en chantier, se réunit rarement et ne confère pas un rôle distinct aux collectivités locales et régionales, puisqu’elles restent groupées avec un large éventail d’organisations de la société civile et qu’elles ne sont pas reconnues comme des gouvernements. Souvent invitées à jouer un rôle pour faciliter la mise en œuvre des investissements, mais privées de capacité à prendre des décisions, de pouvoir ou de ressources, elles sont confrontées à une marginalisation institutionnelle qui sape la crédibilité de l’Union et l’efficacité de l’action sur le terrain;

13.

considère que les collectivités locales et régionales jouent un rôle essentiel dans la réalisation de la stratégie «Global Gateway», notamment parce qu’elles garantissent la participation démocratique, l’appropriation de la stratégie au niveau local et des résultats durables; souligne qu’il est important que les délégations de l’Union associent systématiquement les municipalités et les régions à la conception et à la mise en œuvre des projets phares;

14.

fait remarquer que le sous-financement chronique des collectivités locales et régionales, mis en évidence lors de la quatrième conférence internationale sur le financement du développement, reste un obstacle structurel. La marge de manœuvre budgétaire limitée et l’accès insuffisant au financement à long terme restreignent leur capacité à contribuer aux programmes mondiaux, ce pourquoi de nouveaux modèles de financement doivent essaimer sur la base de pratiques remarquables existantes;

15.

note que, dans les pays partenaires, les collectivités locales et régionales sont confrontées à des obstacles structurels qui les empêchent d’accéder au financement international et de le gérer, en raison de restrictions juridiques et de la faiblesse de leurs capacités, exacerbées par une coordination limitée avec les délégations de l’Union. Un soutien ciblé, c’est-à-dire une coordination avec des partenaires locaux et européens, des formations, une aide technique et du mentorat par les pairs, est essentiel pour donner aux collectivités locales et régionales les moyens d’agir en tant qu’acteurs stratégiques au sein de la stratégie «Global Gateway»;

16.

attire l’attention sur la visibilité limitée des collectivités locales et régionales dans la communication et la gouvernance de la stratégie «Global Gateway». Le fait de les traiter comme des bénéficiaires passifs est en contradiction avec le modèle interne de subsidiarité et de gouvernance multi-niveaux de l’Union. La promotion de la subsidiarité à l’extérieur augmenterait l’incidence et renforcerait la crédibilité de l’Union en tant que partenaire mondial, tout en contribuant à adapter l’approche de la stratégie aux situations délicates où les collectivités locales et régionales restent des acteurs clés de la fourniture des services de base et, parfois, le seul interlocuteur institutionnel viable de l’Union;

17.

souligne qu’il existe des plateformes telles que le forum «Les villes et les régions pour les partenariats internationaux» et les dialogues stratégiques entre l’Union et les Nations unies sur la localisation des objectifs de développement durable, qui peuvent faire progresser la localisation de la stratégie «Global Gateway»; encourage l’Union à en tirer systématiquement parti pour préserver la dynamique, renforcer le dialogue multi-niveaux et maintenir les perspectives locales au centre de la coopération internationale;

18.

conclut que le modèle même de la stratégie «Global Gateway» vise à créer des partenariats équitables. Elle doit donc devenir une plateforme de partenariat et d’appropriation commune afin de réaliser son plein potentiel. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel d’intégrer dès le départ les collectivités locales et régionales dans sa conception, sa mise en œuvre et son suivi; salue l’inclusion de ces éléments dans le projet de rapport du Parlement européen sur la stratégie «Global Gateway» — incidences passées et orientation future [2025/2073 (INI)];

19.

rappelle que dans les situations de fragilité et de conflits, les collectivités locales et régionales représentent souvent le dernier niveau auquel les citoyens peuvent s’adresser. L’Union européenne devrait donc élaborer des programmes spécifiques pour renforcer les capacités de celles-ci en matière d’aide humanitaire, de résilience et de reprise, y compris en ce qui concerne la consolidation de la paix;

III. TIRER PARTI DE LA COOPÉRATION DÉCENTRALISÉE DE L’INSTRUMENT «EUROPE DANS LE MONDE»

20.

répète que l’ambition géopolitique de l’Union doit aller au-delà d’investissements dans les infrastructures. Elle doit reposer sur un développement inclusif qui renforce les institutions démocratiques et publiques, génère la confiance, promeut l’expertise et la spécialisation et donne les moyens d’agir aux acteurs locaux. Pour faire valoir les atouts de gouvernance de l’Europe à l’échelle mondiale et s’assurer d’obtenir des résultats durables et transformateurs, il est essentiel d’intégrer les collectivités locales et régionales au processus via une participation structurée et une coopération décentralisée. Cela est particulièrement vrai pour les régions européennes situées dans d’autres zones géographiques d’importance stratégique pour l’Union et dont la stabilité est étroitement liée à celle de ces zones;

21.

fait remarquer que, grâce à la coopération décentralisée, l’Union peut encourager les partenariats entre pairs qui renforcent la responsabilité démocratique, la résilience institutionnelle et le développement depuis l’échelon local dans les pays partenaires. Les données provenant des plateformes de coopération décentralisée et des consultations avec la direction générale des partenariats internationaux (DG INTPA) et la direction générale du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et du Golfe (DG MENA) confirment que les approches territoriales renforcent la légitimité et la durabilité; estime également nécessaire de soutenir de manière ciblée le renforcement des capacités des collectivités locales et régionales dans les pays partenaires, en particulier en ce qui concerne la préparation des projets, la gestion financière et l’expertise technique; note que la coopération décentralisée est pleinement alignée sur la transition de la stratégie «Global Gateway» vers des partenariats d’égal à égal fondés sur des intérêts mutuels; précise en outre que les collectivités locales et régionales mobilisent déjà les secteurs privés de leurs territoires respectifs dans le cadre de leur coopération internationale et pourraient donc apporter un avantage concurrentiel manifeste à l’offre de la stratégie en s’appuyant sur les chaînes de valeur locales;

22.

affirme que, pour libérer ce potentiel, il convient d’intégrer les collectivités locales et régionales européennes à l’initiative «Équipe Europe», en créant des mécanismes leur permettant de coopérer directement avec leurs homologues dans les pays partenaires. Une telle coopération offre un environnement propice aux investissements et fait d’une pierre deux coups en promouvant la gouvernance démocratique tout en dégageant des résultats efficaces en matière de développement territorial, cette combinaison étant essentielle pour la crédibilité et l’impact de l’action extérieure de l’Union. Il convient également de créer des mécanismes permettant d’associer les collectivités locales et régionales des États membres de l’Union qui, pour des raisons juridiques, n’ont pas la possibilité de mobiliser leurs sources de revenus propres pour la coopération internationale au développement; souligne en outre la nécessité de coopérer étroitement dans le cadre de l’initiative «Équipe Europe», au sein de laquelle les villes et les régions peuvent apporter leur expertise, en particulier sur les questions liées au développement urbain durable, à la résilience face au changement climatique et à la fourniture de services inclusifs;

23.

salue les travaux préparatoires en vue du pacte pour la Méditerranée et le processus de consultation des collectivités locales et régionales, et demande à la direction générale du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et du Golfe (DG MENA) de maintenir ce dialogue structuré durant la mise en œuvre et les futures mises à jour du pacte; accueille favorablement l’intention de créer un volet spécifique à la Méditerranée au sein de la stratégie «Global Gateway» et invite la DG INTPA et la DG MENA à faire en sorte que cette initiative soit conçue et réalisée en étroite coopération avec les collectivités locales et régionales, de sorte à maximiser l’impact territorial et à favoriser une véritable appropriation dans cette région d’importance stratégique pour l’Union;

24.

reconnaît que les possibilités qui existent en ce qui concerne la coopération décentralisée, comme la plateforme de conseil entre les organisations de la société civile et les autorités locales et les projets pilotes de plateformes multipartites dans certaines délégations de l’Union, restent fragmentées et insuffisantes;

25.

accueille favorablement le programme international de coopération urbaine et régionale, mis en œuvre conjointement par le service des instruments de politique étrangère et la direction générale de la politique régionale et urbaine (DG REGIO), qui est une plateforme concrète pour les partenariats entre pairs, le transfert de connaissances et la coopération décentralisée, ainsi que le programme «EU Cities Gateway», qui donne des possibilités aux régions, mais observe que les programmes de coopération décentralisée restent fragmentés; fait remarquer que la coopération décentralisée contribue à promouvoir les écosystèmes de l’économie sociale, comme indiqué dans le plan d’action de l’Union pour l’économie sociale; note que ces écosystèmes promeuvent des modèles économiques équitables et durables, améliorent les chaînes de valeur locales et contribuent à renforcer les approches ascendantes, tout en créant des synergies entre les acteurs territoriaux et les partenaires du secteur privé;

26.

considère que l’absence dans le CFP actuel d’instruments financiers spécifiques en faveur de la coopération décentralisée constitue une lacune importante. L’abandon d’anciens programmes pour les collectivités locales et régionales a laissé un vide dans l’écosystème de la coopération décentralisée. Si l’instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI) — Europe dans le monde, pose les jalons du financement des collectivités locales au titre de programmes géographiques, l’accès reste largement surveillé et centralisé, limitant la capacité des collectivités locales et régionales à s’engager directement;

27.

conclut que la coopération décentralisée, et surtout les partenariats entre villes et entre régions, offre un mécanisme d’apprentissage mutuel, de renforcement institutionnel et de transfert de savoir-faire. Ces partenariats favorisent également une approche centrée sur les personnes, alignée sur les valeurs et les priorités de l’Union, permettant à cette dernière d’agir non seulement en tant que donatrice, mais aussi en tant que partenaire du développement durable et démocratique. Ces partenariats complètent les stratégies nationales en créant des plateformes de gouvernance multipartites où les collectivités locales et régionales invitent la société civile, le monde académique et les entreprises afin de trouver des solutions ensemble;

IV. RECOMMANDATIONS POLITIQUES

28.

invite la Commission et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à reconnaître officiellement les collectivités locales et régionales comme des acteurs stratégiques dans la conception, la mise en œuvre, la gouvernance et le suivi de la stratégie «Global Gateway», tant au sein de l’Union que des pays partenaires. Cette reconnaissance contribuerait à aligner les investissements sur les priorités locales réelles, en remédiant à la fracture qui existe actuellement entre la planification au niveau «macro» et les besoins des communautés;

29.

estime que la stratégie «Global Gateway», avec sa nouvelle approche à 360 degrés, doit pleinement reconnaître le potentiel des régions frontalières européennes situées à proximité immédiate de zones prioritaires sur le plan géopolitique pour l’Union, ainsi que le rôle clé que ces régions peuvent jouer en tant que plateformes de coopération, de stabilité et de développement avec les pays partenaires qui les entourent;

30.

propose que la Commission publie une nouvelle communication sur le rôle des collectivités locales et régionales dans la coopération au développement qui s’aligne sur le programme 2030 et les objectifs de développement durable, en se basant sur les documents de 2008 et 2013, dans laquelle elle relie explicitement leur participation aux objectifs de la stratégie «Global Gateway», réaffirme leur rôle d’acteurs politiques et fournisse des orientations actualisées sur les mécanismes pour leur participation structurée à l’action extérieure de l’Union;

31.

demande instamment à l’Union d’intégrer la coopération décentralisée en tant que modalité reconnue, en établissant des cadres de consultation structurés qui associent systématiquement les collectivités locales et régionales aux phases de programmation des investissements dans la stratégie «Global Gateway». Ces cadres devraient être intégrés à l’initiative «Équipe Europe» et à la planification de l’IVCDCI — Europe dans le monde, pour faire en sorte que les feuilles de route et les dialogues au niveau des pays incluent des collectivités locales et régionales. De tels mécanismes de co-conception renforceraient l’appropriation, la légitimité et la redevabilité de l’action extérieure de l’Union. L’égalité de genre, la participation des jeunes et la protection de l’espace civique devraient constituer des priorités transversales des cadres de consultation structurés;

32.

insiste sur le fait que le processus de planification de la stratégie «Global Gateway» doit être transparent, et qu’elle doit disposer de mécanismes clairs de suivi et d’évaluation d’impact; réaffirme que le contrôle exercé par le Parlement européen, les collectivités locales et régionales et les organisations de la société civile devrait être salué comme une occasion d’améliorer la durabilité et la responsabilité; plaide, à cet égard, en faveur du renforcement de cadres et d’indicateurs rigoureux fondés sur des données probantes afin d’évaluer l’incidence des projets menés dans le cadre de la stratégie «Global Gateway» sur les communautés locales; préconise une utilisation aussi large que possible du marqueur relatif aux inégalités, notamment en ce qui concerne la stratégie «Global Gateway», qui devrait à tout moment respecter une approche fondée sur les droits et être liée aux indicateurs de développement humain; recommande d’intégrer un «marqueur de localisation» visant à évaluer dans quelle mesure les propositions liées au projet «Global Gateway» associent et soutiennent les collectivités locales et régionales; souligne qu’il est nécessaire de mettre en place de solides systèmes d’évaluation comparative, pour s’assurer que les projets restent mutuellement bénéfiques et soient alignés sur les objectifs de réduction de la pauvreté, y compris les indicateurs concernant la création d’emplois décents et la participation des PME; salue la création d’une page web de la Commission contenant des informations sur les initiatives existantes qui découlent de la stratégie «Global Gateway» et invite la Commission à publier davantage de détails, y compris les résultats des consultations avec les collectivités locales et la société civile des deux régions, ainsi que des informations sur le respect des objectifs de développement durable et des priorités tant de l’Union que des pays partenaires, et à accompagner ces données de critères de référence et d’indicateurs; insiste en outre sur le fait que les investissements dans le cadre de la stratégie «Global Gateway» doivent être cohérents avec l’accord de Paris, et appliquer les mesures de protection de la biodiversité et du climat lors de la programmation;

33.

invite l’Union à aligner la stratégie «Global Gateway» sur les engagements internationaux pris lors de la conférence internationale sur le financement du développement, en veillant tout particulièrement à aborder le sous-financement chronique des collectivités locales et régionales; recommande d’orienter les financements directs vers les gouvernements infranationaux afin de renforcer la décentralisation budgétaire et d’apporter un soutien stable aux investissements publics locaux alignés sur les objectifs de développement durable. En remédiant à ce goulet d’étranglement, la stratégie «Global Gateway» renforcerait la capacité institutionnelle des collectivités locales et régionales et créerait des environnements propices à la réussite des investissements, surtout dans les contextes fragiles, instables ou conflictuels;

34.

souhaite que soient créées des plateformes pluripartites permanentes, tant au sein de l’Union que des pays partenaires, pour garantir la coopération entre les gouvernements nationaux, les collectivités locales et régionales, la société civile et le secteur privé. Ces plateformes constituent un canal essentiel pour ancrer les investissements de la stratégie «Global Gateway» dans des écosystèmes de développement locaux, et elles devraient s’appuyer sur des structures existantes telles que le Forum politique pour le développement, la plateforme de conseil de la stratégie «Global Gateway» pour la société civile et les collectivités locales et le forum de dialogue bisannuel entre les régions et les villes, tout en évitant les doubles emplois. Elles permettraient aussi de partager les responsabilités, et contribueraient à renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens; estime que les collectivités locales et régionales devraient être considérées comme des acteurs incontournables de la mise en œuvre de la stratégie «Global Gateway». Elles peuvent en effet garantir que les projets phares seront définis, planifiés, mis en œuvre et suivis d’une manière inclusive, durable et ancrée dans les besoins locaux. Sans leur participation active, les investissements de l’Union risquent de manquer, à long terme, d’impact et de légitimité;

35.

propose avec insistance d’associer les collectivités locales et régionales à la gouvernance formelle de la stratégie «Global Gateway» à l’échelon européen, en plus de leur participation actuellement limitée à la plateforme de conseil, ainsi que d’inclure leurs représentants dans les organes de direction ou de consultation, et de définir des points focaux pour leur engagement au sein de la DG INTPA, de la DG MENA et des délégations de l’Union, afin de s’assurer qu’elles participent aux projets. De telles réformes permettraient aux collectivités locales et régionales de jouer un rôle non seulement opérationnel, mais aussi stratégique dans la planification, la coordination et le suivi;

36.

recommande de consacrer, dans le CFP pour l’après-2027, une ligne budgétaire spécifique aux collectivités locales et régionales et à la coopération décentralisée, en rétablissant un soutien à long terme aux partenariats entre villes et entre régions axés sur le renforcement des capacités, le développement institutionnel et l’innovation dans les services publics. Cette ligne serait essentielle pour compléter l’accent mis sur les infrastructures par la stratégie «Global Gateway» grâce à des investissements dans le développement humain. Ainsi, l’Union pourrait non seulement avoir un impact plus équilibré et durable, mais aussi créer un mécanisme solide pour mobiliser les collectivités locales et régionales en tant que partenaires stratégiques, même dans des contextes fragiles où les gouvernements pourraient chercher à limiter leur accès;

37.

réclame une coordination plus prononcée des programmes de coopération entre villes et entre régions, afin d’éviter les doubles emplois et de garantir l’alignement avec les objectifs stratégiques de la stratégie «Global Gateway» et d’accroître l’incidence et la visibilité du soutien de l’Union aux collectivités locales et régionales, tout en renforçant leur rôle en tant que partenaires clés dans la coopération au développement; propose que la coopération urbaine et régionale internationale soit étendue aux régions méditerranéenne et africaine, où les partenariats des collectivités locales et régionales peuvent apporter une forte valeur ajoutée. Ici encore, de telles synergies renforceraient la crédibilité de l’Union, ainsi que sa visibilité en tant que partenaire mondial;

38.

encourage la mise en œuvre de projets pilotes en ce qui concerne les modalités d’accès direct pour les collectivités locales et régionales des pays partenaires — moyennant le soutien de leurs pairs européens — ainsi que la recherche de synergies avec d’autres parties prenantes travaillant sur la localisation, telles que les associations de collectivités locales et régionales et les agences des Nations unies, mais aussi avec les plateformes multipartites des délégations de l’Union, en vue de tester des modèles évolutifs pour la mise en œuvre conjointe d’investissements assortie d’une assistance technique et de mentorat. Ces projets pilotes serviraient d’instruments pour bâtir des institutions résilientes, accroître le savoir-faire et favoriser l’innovation démocratique;

39.

souligne que les investissements de la stratégie «Global Gateway» devraient promouvoir le commerce équitable, les chaînes d’approvisionnement durables et les normes relatives au devoir de vigilance des entreprises, de sorte à ne pas nuire aux économies locales, et contribuer à consolider la paix et à garantir la sécurité climatique dans les pays partenaires;

40.

demande que les délégations de l’Union soient dotées des outils et des ressources nécessaires pour dialoguer avec les collectivités locales et régionales, notamment en nommant des responsables de la gouvernance territoriale et en établissant des protocoles de dialogue structurés. Une coordination accrue avec les associations de collectivités locales et régionales et avec le système des Nations unies, de la coalition Local2030 aux équipes de pays, les doterait de meilleures pratiques et d’outils pertinents à cet égard. Grâce à un engagement renforcé, les dynamiques territoriales se refléteraient systématiquement dans la programmation et contribueraient à produire des résultats durables;

41.

reconnaît l’importance de la souveraineté et de l’autonomie réglementaire des pays partenaires et demande que la stratégie «Global Gateway» respecte pleinement ces principes, tout en intégrant à tous les projets des normes minimales contraignantes en matière sociale et environnementale ainsi qu’en ce qui concerne la transparence et les droits de l’homme, avec une consultation et un contrôle inclusifs;

42.

souhaite que la Commission européenne reconnaisse explicitement le logement adéquat et abordable comme un secteur prioritaire de la stratégie «Global Gateway», en plus de ceux qui existent déjà, à savoir les transports, la santé, l’éducation, le climat et l’énergie, le numérique et les infrastructures; précise que le logement est une pierre angulaire du développement territorial inclusif et un moteur avéré de prospérité, de résilience et de cohésion sociale;

43.

invite à améliorer les stratégies de communication, afin de mieux mettre en lumière la contribution des collectivités locales et régionales et la coopération décentralisée, promouvant ainsi les partenariats fructueux en tant qu’exemples phares de l’action mondiale de l’Union; invite également à tirer parti de l’expérience des États membres de l’Union européenne en matière d’aménagement inclusif du territoire et de développement urbain durable, afin de garantir que la stratégie «Global Gateway» contribue de façon concrète à un développement local inclusif et durable à long terme. L’augmentation de la visibilité aidera aussi à montrer que la reconnaissance de prérogatives aux collectivités locales et régionales est à la fois une mesure de bonne gouvernance et un investissement stratégique dans la crédibilité géopolitique de l’Union.

Bruxelles, le 10 décembre 2025.

La présidente

du Comité européen des régions

Kata TÜTTŐ


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/757/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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