CONTEXTE DE L’ÉVALUATION
La Commission travaille sur la lutte antitabac depuis les années 1980, en conciliant la nécessité de bon fonctionnement du marché intérieur du tabac et des produits connexes avec la nécessité d’un niveau élevé de protection de la santé, en particulier pour les jeunes. Ces travaux comprennent la réglementation de plusieurs aspects de la fabrication, de la présentation, de la vente, de la publicité et du parrainage en faveur du tabac et des produits connexes. Ils visent également à ne pas exposer les citoyens de l’UE à la fumée et aux aérosols secondaires provenant du tabac et des produits connexes.
Parmi les principales étapes législatives figurent la directive 2001/37 (DPT1)3, qui a été adoptée en juin 2001 et est restée en vigueur jusqu’en mai 2016, date à laquelle elle a été abrogée et remplacée par la directive 2014/40/UE (DPT) relative à la fabrication, à la présentation et à la vente des produits du tabac et des produits connexes. En outre, la directive 2003/33/CE (directive sur la publicité en faveur du tabac ou DPFT) relative à la publicité et au parrainage en faveur des produits du tabac a été adoptée le 26 mai 2003.
En 2021, le plan européen pour vaincre le cancer (ci-après le «plan de lutte contre le cancer») a souligné l’importance de la lutte antitabac en tant que composante essentielle des efforts de prévention des maladies, sachant que 27 % de l’ensemble des cancers en Europe sont attribués à la consommation de tabac. Mettre à la consommation de tabac permettrait d’éviter neuf cas de cancer du poumon sur dix. Le plan de lutte contre le cancer appelait au renforcement des instruments réglementaires au niveau de l’UE pour soutenir ces efforts, y compris une révision de la directive sur les produits du tabac. La présente évaluation a pour but d’apprécier les règles du cadre de l’UE en matière de lutte antitabac, à savoir la DPT, y compris les actes de mise en œuvre et les actes délégués adoptés sur sa base, et la DPFT, au regard des critères suivants: l’efficacité, l’efficience, la cohérence, la pertinence et la valeur ajoutée européenne. Chaque critère a été évalué en combinant des preuves quantitatives, qualitatives, juridiques et scientifiques. Cette structure a permis d’intégrer diverses contributions, notamment les consultations des parties prenantes, des cartographies juridiques et des enquêtes de prévalence. L’évaluation examine les deux directives en tant qu’intervention politique unique.
Cette évaluation s’appuie sur une base factuelle large et diversifiée, y compris une étude d’appui réalisée par un contractant externe. Elle repose également sur les résultats d’activités de consultation de grande ampleur réalisées par les parties prenantes, telles qu’un appel à contributions (ouvert du 20 mai 2022 au 17 juin 2022 et ayant donné lieu à plus de 24 000 contributions), une consultation publique (ouverte du 21 février au 16 mai 2023 et ayant donné lieu à plus de 17 000 contributions), ainsi que des enquêtes ciblées et des entretiens avec des parties prenantes clés autres que les citoyens de l’UE (menés de juin 2023 à février 2025). En outre, l'évaluation intègre les conclusions d'études d'experts, de rapports scientifiques, d'enquêtes et d'autres documents traitant de questions liées à la lutte antitabac, tels que: l’utilisation et l’impact de la promotion numérique des produits du tabac et de la nicotine; les causes, les facteurs et l'ampleur des ventes transfrontalières à distance dans l'UE; le système de traçabilité du tabac de l'UE et le commerce illicite des produits du tabac dans l'UE; la mise en œuvre de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), en particulier par les États membres et l'UE; les approches réglementaires des États membres de l'UE concernant les nouveaux produits du tabac et de la nicotine, notamment dans les domaines et pour les produits non couverts par le cadre européen de lutte antitabac; les coûts sanitaires liés à la consommation de tabac dans l'UE; les efforts administratifs déployés par les États membres pour mettre en œuvre la DPT et la DPFT, en particulier les ressources humaines et financières allouées à la mise en œuvre de ces deux directives; les tendances et les modes de consommation des produits du tabac et de la nicotine dans l'UE, en les comparant à la consommation des produits du tabac traditionnels 1 ; les liens entre la législation européenne en matière de lutte antitabac et les autres domaines pertinents du droit de l'UE.
La situation du tabac et des produits connexes dans l’UE a radicalement changé depuis 2012. Entre 2012 et 2023, la valeur et le volume des ventes de produits du tabac traditionnels, en particulier de cigarettes, ainsi que la prévalence du tabagisme, en particulier chez les jeunes, et la proportion de fumeurs quotidiens ont diminué dans l’UE. Dans le même temps, depuis 2012, les jeunes sont clairement passés des produits du tabac traditionnels aux nouveaux produits du tabac et de la nicotine. Les ventes et l’utilisation déclarée de cigarettes électroniques et de produits du tabac chauffés (PTC) ont fortement augmenté. Le marché est devenu de plus en plus diversifié, avec l’émergence de nouveaux produits à base de nicotine, tels que les sachets de nicotine (dont la valeur des ventes a également augmenté rapidement entre 2018 et 2023) et les inhalateurs électroniques ne contenant pas de nicotine (ENNDS).
Le paysage de la promotion numérique des produits du tabac et de la nicotine, en particulier les nouveaux produits, a considérablement évolué ces dernières années, contribuant à leur popularité et à leur utilisation croissantes, en particulier chez les jeunes. L’évaluation indique également qu’il existe de plus en plus de preuves de risques pour la santé liés à l’utilisation de nouveaux produits.
PRINCIPALES CONCLUSIONS
Globalement, l’évaluation conclut que la mise en œuvre des mesures du cadre européen de lutte antitabac, notamment celles relatives à la publicité et au parrainage, à la réglementation des ingrédients, ainsi qu’à l’étiquetage et à l’emballage, a permis: de limiter la publicité et la promotion des produits du tabac et des cigarettes électroniques dans les médias traditionnels; de sensibiliser le public aux effets nocifs du tabagisme; de réduire l’attrait et la consommation des produits du tabac traditionnels; d’influencer l’attitude des jeunes face au tabagisme; de soutenir les efforts de sevrage tabagique.
Avec d’autres actes législatifs de l’UE, tels que la directive sur la taxation du tabac (DTT), la directive «Services de médias audiovisuels» (DSMAV), le règlement relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des produits du tabac (règlement CLP), ainsi que les mesures budgétaires nationales et les politiques et législations de lutte antitabac (dans des domaines non harmonisés par le cadre de l’UE), le cadre de lutte antitabac a contribué à réduire la prévalence du tabagisme dans l’UE, en particulier chez les jeunes, ainsi qu’à diminuer la valeur et le volume des ventes de produits du tabac traditionnels, en particulier les cigarettes, entre 2012 et 2023.
Ces mesures ont donc contribué à réduire les décès liés au tabac et les coûts sanitaires liés au tabagisme dans l’ensemble de l’UE. Ce cadre a également permis à l’UE de respecter les obligations qui lui incombent en vertu de la CCLAT et de son protocole pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac.
Malgré des progrès significatifs, l’évaluation indique que la prévalence du tabagisme dans l’UE reste élevée, en particulier chez les jeunes, et que la consommation de tabac continue d’imposer une charge considérable aux systèmes de soins de santé publics. L’émergence et l’augmentation rapide de l’utilisation de nouveaux produits du tabac et de la nicotine, tels que les produits du tabac chauffés, les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine, représentent de nouveaux défis en matière de santé publique. Au-delà de leurs risques directs pour la santé, ces produits peuvent servir de porte d’entrée vers la dépendance à la nicotine et la consommation traditionnelle de tabac/le tabagisme, dont les effets nocifs sont bien établis depuis les années 1950. Alors que les ventes de produits du tabac traditionnels ont diminué entre 2012 et 2023, la valeur globale des ventes de l’ensemble des produits du tabac et des produits connexes a augmenté au cours de la même période.
De nouvelles pratiques commerciales aggravent ce problème. Les nouveaux produits du tabac et de la nicotine font de plus en plus l’objet d’une promotion par les canaux numériques, en particulier les médias sociaux, souvent par l’intermédiaire d’influenceurs. Il a été démontré que cette promotion ciblée en ligne augmentait le taux d’utilisation, en particulier chez les jeunes, ce qui complique les efforts de protection de la santé publique.
Compte tenu de la croissance rapide de la consommation et des ventes de nouveaux produits, de leur marketing numérique agressif et des nouvelles preuves des risques sanitaires associés à l’utilisation de ces produits, l’évaluation souligne que le cadre actuel, initialement conçu pour réduire la prévalence du tabagisme, ne protège plus de manière adéquate la santé publique, en particulier celle des jeunes.
Si les mesures introduites dans le cadre de la lutte antitabac ont facilité le bon fonctionnement du marché intérieur des produits du tabac et des produits connexes au sein de l’UE en harmonisant plusieurs aspects de leur fabrication, de leur présentation, de leur vente et de leur publicité, les incohérences des réglementations nationales continuent de poser problème. Des règles divergentes concernant la réglementation des arômes dans les cigarettes électroniques, les exigences en matière de conditionnement neutre, les cigarettes électroniques jetables, les dispositifs de chauffage du tabac ainsi que les produits à base de nicotine autres que les cigarettes électroniques, et les inhalateurs électroniques ne contenant pas de nicotine (ENNDS) créent des obstacles et perturbent le marché intérieur.
Parmi les autres lacunes recensées dans l’évaluation figurent:
·le champ d’application limité du cadre, qui ne couvre que les cigarettes électroniques parmi les produits contenant de la nicotine. Les ENNDS et les nouveaux types de produits à base de plantes ne sont pas non plus couverts;