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AccueilDroit européen52026SC0210
Acte préparatoire52026SC0210

DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION Rapport 2026 pour la France accompagnant le document: Recommandation de RECOMMANDATION DU CONSEIL relative aux politiques économique, sociale, de l’emploi, structurelle et budgétaire de la France

CELEX52026SC0210
TypeActe préparatoire
Datemercredi 3 juin 2026

Résumé IA

Ce document de travail des services de la Commission européenne constitue le rapport 2026 pour la France, analysant sa situation économique, sociale et budgétaire dans le cadre du Semestre européen. Il accompagne un projet de recommandation du Conseil adressé à la France, et en dresse le diagnostic détaillé pour justifier les orientations politiques proposées. Pour un professionnel du droit, ce texte expose les constats et les attendus factuels qui sous-tendent les futures obligations de réforme et de discipline budgétaire de l'État français.

Texte intégral

european flagCOMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles, le 3.6.2026

SWD(2026) 210 final

DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION

Rapport 2026 pour la France

accompagnant le document:

Recommandation de RECOMMANDATION DU CONSEIL

relative aux politiques économique, sociale, de l’emploi, structurelle et budgétaire de la France













{COM(2026) 210 final}


L’incertitude économique et politique a continué de peser sur la croissance en 2025. Le PIB réel a augmenté de 0,8 % en 2025, contre 1,2 % en 2024. L’incidence négative d’un nécessaire assainissement budgétaire a été partiellement compensée par une politique monétaire moins restrictive. La demande intérieure s’est renforcée grâce à la reprise des investissements et à l’accélération de la consommation publique. La consommation privée s’est ralentie, portant le taux d’épargne des ménages à 18,2 % de leur revenu disponible brut. La contribution positive des stocks à la croissance, quant à elle, a été largement compensée par la contribution négative des exportations nettes.

En 2026, l'activité économique devrait rester modérée, principalement en raison de la hausse des prix de l’énergie. La croissance du PIB devrait se maintenir à 0,8 % en 2026, plombée par les répercussions du conflit au Moyen-Orient, ainsi que par l’assainissement budgétaire. La demande intérieure et les exportations nettes devraient apporter une contribution positive. La consommation privée devrait rester atone, avec seulement une diminution modérée du taux d’épargne élevé des ménages. Toutefois, la consommation et les investissements publics devraient donner une nouvelle impulsion. L’emploi salarié privé devrait diminuer, ce qui entraînerait une nouvelle hausse du taux de chômage, qui devrait atteindre 8,3 % en 2026.

Le déficit public reste élevé, tandis que la dette publique continue d’augmenter. Le déficit public de la France a diminué, passant de 5,8 % du PIB en 2024 à 5,1 % en 2025, grâce à des mesures d’augmentation des recettes et des réductions des dépenses d’environ 0,5 % et 0,3 % du PIB, respectivement. Les paiements d’intérêts sur la dette publique ont encore augmenté de 0,2 point de pourcentage, pour atteindre 2,2 % du PIB, en raison d’un déficit primaire élevé et de coûts d’emprunt plus élevés. Pour 2026, le déficit public devrait se maintenir à 5,1 % du PIB, l’ajustement budgétaire reposant à nouveau principalement sur des mesures d’accroissement des recettes. Les paiements d’intérêts devraient continuer à augmenter pour se chiffrer à 2,6 % du PIB. Après avoir atteint 112,6 % du PIB en 2024, le ratio de la dette publique devrait atteindre 118,1 % en 2026.

Les problèmes structurels nécessitent toujours des mesures décisives

La compétitivité en matière de prix continue de s’améliorer, mais la croissance de la productivité de la main-d’œuvre reste faible. La France a continué d’enregistrer des résultats favorables par rapport à d’autres États membres de l’UE en 2024 et 2025, notamment en ce qui concerne les dépréciations réelles fondées sur le coût unitaire de la main-d’œuvre et le déflateur du PIB. Toutefois, les parts de marché à l’exportation de la France au niveau mondial ont de nouveau diminué en 2024, principalement en raison de la demande relativement faible sur ses principaux marchés (par exemple, l’Europe) et de la sous-performance de ses principaux secteurs d’exportation (par exemple, l’automobile et l’aéronautique). En outre, les entreprises françaises, en particulier les PME, ne semblent pas tirer pleinement profit des possibilités d’exportation offertes par le marché unique de l’UE (voir annexe 5). La productivité de la main-d’œuvre s’est encore accélérée en 2025, les facteurs temporaires qui pesaient sur elle depuis 2020 continuant de s’estomper. Toutefois, la croissance de la productivité de la main-d’œuvre reste entravée par le faible renforcement de l’intensité du capital et la stagnation presque totale de la productivité totale des facteurs. Cette dernière bénéficierait fortement d’une augmentation des investissements dans la recherche et le développement privés, de la numérisation des entreprises et de la poursuite de l’accumulation de capital et de compétences (voir section 2).

Il subsiste une marge importante d’amélioration de la compétitivité hors prix. La compétitivité de la France reste entravée par des lacunes persistantes en matière d’adoption de technologies avancées, par la spécialisation géographique sur des marchés proches à plus faible croissance et par la perception des produits industriels comme étant peu rentables ( 1 ). En outre, des obstacles à l’investissement persistent, notamment l’incertitude politique, les pénuries de main-d’œuvre qualifiée et les charges réglementaires (voir annexes 5 et 11 et section 2).

L’endettement des sociétés non financières a de nouveau augmenté et reste élevé, au-dessus de la moyenne de la zone euro. En 2025, il a augmenté de 1,5 point de pourcentage pour atteindre 92,30 % du PIB, ce qui augmente le risque d’un freinage des investissements et compromet la résilience des entreprises aux chocs négatifs. Les faillites d’entreprises ont continué d’augmenter, de 3,5 % en 2025, pour atteindre des niveaux records ( 2 ), en partie en raison de la suppression progressive des mesures d’urgence visant à soutenir la liquidité des entreprises. Bien que cette tendance puisse permettre d’éliminer les entreprises non viables et ait un effet positif sur la productivité du travail et la croissance à long terme, elle risque d’augmenter le chômage à court terme. Les prêts non performants (PNP) sont restés globalement stables, à un faible niveau (2,1 % en 2025), mais de nouvelles augmentations des faillites d’entreprises pourraient les conduire à augmenter et mettre à mal la rentabilité des banques françaises.

Le marché du travail s’est affaibli en 2025, avec un ralentissement de la croissance de l’emploi et une stagnation de l’emploi salarié. Bien que les programmes de soutien à l’emploi aient été revus à la baisse, le taux d’emploi a atteint des niveaux historiquement élevés (75,6 % au quatrième trimestre de 2025), tandis que le taux d’activité a également atteint un niveau record (81,6 % au quatrième trimestre de 2025). Toutefois, le chômage a augmenté à 7,9 % au quatrième trimestre de 2025 et devrait atteindre 8,3 % en 2026, dépassant ainsi les moyennes de l’UE et de la zone euro. La croissance de l’emploi restera modeste, parallèlement à de faibles gains de productivité, et concentrée dans les principales zones métropolitaines.

Encadré 1:

Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies

La France progresse pour tous les ODD liés à la productivité (ODD 4, 8 et 9), mais s’éloigne de plusieurs d’entre eux, notamment l’objectif «Pas de pauvreté» (ODD 1), l’objectif «Bonne santé et bien-être» (ODD 3), l’objectif «Paix, justice et institutions efficaces» (ODD 16), l’objectif «Partenariats pour la réalisation des objectifs» (ODD 17) et plusieurs ODD liés à la durabilité environnementale (ODD 6, 11 et 14).

Sur les 17 indicateurs, 11 ODD restent inférieurs à la moyenne de l’UE. Il s’agit de ceux liés à l’équité sociale (ODD 1, 3, 7, 8 et 10), à la durabilité environnementale (ODD 2, 7, 9, 11 et 14) et à la stabilité macroéconomique (ODD 8, 16 et 17) (voir annexe 17).

Les besoins d’assainissement budgétaire nécessitent des améliorations décisives de la qualité des finances publiques

Ramener durablement la dette publique sur une trajectoire à la baisse reste un défi majeur. Dans le cadre de son plan budgétaire et structurel à moyen terme pour 2025-2029, la France s’est engagée à placer la dette sur une trajectoire à la baisse en limitant la croissance des dépenses, afin de ramener ainsi le déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici à 2029, conformément à sa procédure concernant les déficits excessifs (voir annexe 2). Cela impliquerait une amélioration du solde primaire structurel de 2,6 points de pourcentage du PIB entre 2025 et 2029 (voir graphique 1.1). Toutefois, l’impasse politique rencontrée lors de l’adoption du budget pour 2026 a affaibli les plans de réduction du déficit pour cette année et l’incertitude politique devrait persister jusqu’aux élections présidentielles de la mi-2027, ce qui compliquera encore le respect des engagements à moyen terme à l’avenir. Le respect de ces engagements est essentiel, étant donné que, selon l’analyse de la soutenabilité de la dette réalisée par la Commission, la viabilité budgétaire de la France reste confrontée à des risques élevés à moyen terme et à des risques moyens à long terme. Une stratégie budgétaire globale et cohérente, tant du côté des recettes que des dépenses, est nécessaire pour atteindre les objectifs budgétaires à moyen terme et stimuler la croissance potentielle.

Des mesures décisives sont nécessaires pour réduire durablement les dépenses publiques et améliorer leur efficacité. Les dépenses publiques en France connaissent une tendance à la hausse depuis des décennies. En 2025, elles étaient les deuxièmes plus élevées de la zone euro (57,2 % du PIB). Près de 60 % de ce montant est consacré à la protection sociale et aux soins de santé, les pensions représentant environ 25 % du total. Le niveau élevé des dépenses publiques en France pose des problèmes d’efficience, tout en nécessitant une charge fiscale globale élevée, ce qui pèse sur l’efficacité économique et soulève des problèmes d’acceptabilité.

Graphique 1.1: Effort budgétaire français

(1) L’effort budgétaire est mesuré comme étant la variation du solde primaire structurel.

Source: Ameco.

Les réexamens des dépenses peuvent s’avérer essentiels pour réduire de manière permanente les dépenses publiques tout en améliorant leur qualité. Une stratégie de réexamen des dépenses plus ambitieuse et plus efficace, assortie d’engagements renforcés en matière d’économies par rapport à ceux inclus dans le plan budgétaire et structurel à moyen terme français, est nécessaire. En plus de contribuer à l’assainissement budgétaire, cela renforcerait le potentiel de croissance de la France en contribuant à orienter les ressources publiques vers des politiques plus propices à la croissance. Il s’agirait notamment d’investir dans la recherche et développement (R&D), l’innovation, l’industrie et la connaissance, ce qui donnerait également une impulsion supplémentaire aux transitions écologique et numérique, tout en renforçant la résilience sociale et économique.

La France a temporairement suspendu la réforme des retraites de 2023. À environ 14,6 % ( 3 ) du PIB en 2023, le niveau des dépenses consacrées aux retraites publiques en France est relativement élevé par rapport à d’autres États membres. Entre autres éléments, la réforme des retraites de 2023 relevait progressivement l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans et relevait à 43 ans la période de cotisation requise pour percevoir une pension complète. Sa suspension jusqu’en janvier 2028 entraîne clairement une détérioration du solde des administrations publiques jusqu’au milieu des années 2030 ainsi qu’une augmentation de la dette publique. Dans son plan budgétaire et structurel à moyen terme, la France s’est engagée à préserver les effets de la réforme des retraites de 2023 sur la viabilité financière du système au cours de la période 2026-2040. De nouvelles améliorations de la viabilité budgétaire du système de retraite sont toujours d’actualité pour la France, tout en garantissant l’équité et en renforçant la contribution de ce système à l’emploi et à la croissance potentielle.

Le bouquet fiscal pourrait être rendu plus propice à la croissance en déplaçant la charge fiscale pesant sur les facteurs de production, tout en évitant une augmentation du déficit. La charge fiscale en France reste nettement supérieure à la moyenne de l’UE. En 2025, les recettes fiscales en France représentaient 44,3 % du PIB, contre 39,9 % pour l’EU-27 en moyenne. Le taux d’imposition implicite sur le travail est l’un des plus élevés de l’UE (38,8 % en 2024, contre 37,1 dans l’UE) ( 4 ) de même que les impôts sur le travail payés par les employeurs. Quant aux impôts sur la production, qui sont particulièrement préjudiciables à la croissance, ils se sont élevés à 129,0 milliards d’EUR (4,4 % du PIB) en 2024, contre une moyenne de 2,4 % dans l’EU-27 et de 1,0 % en Allemagne. En 2024, les impôts sur la production fondés sur la main-d’œuvre, à savoir le total des impôts sur la masse salariale, ainsi que les impôts sur la production fondés sur le capital, en particulier les impôts fonciers, impôts immobiliers ou impôts sur d’autres structures, représentaient respectivement 1,3 et 0,8 point de pourcentage du PIB, soit des niveaux supérieurs à la moyenne de l’UE. Toutefois, les impôts sur la consommation sont relativement faibles dans le bouquet fiscal français, bien qu’ils faussent moins la concurrence et qu’ils puissent générer des recettes considérables en raison de leur assiette fiscale importante. Réduire la charge fiscale sur le travail (y compris les cotisations de sécurité sociale) et le capital productif, tout en augmentant les taxes à la consommation, y compris les taxes environnementales, pourrait contribuer à soutenir la compétitivité.

Une réduction et une rationalisation ambitieuses des dépenses fiscales et sociales favoriseraient un transfert fiscal propice à la croissance. Les nombreuses dépenses fiscales et sociales ( 5 ) accroissent la complexité du système fiscal, entraînent une lourde charge budgétaire et contribuent au risque de trappes à bas salaires (voir section 4). Les dépenses fiscales et sociales sont estimées aux alentours de 170 milliards d’EUR (près de 6 % du PIB) en 2025 ( 6 ). Dans son plan budgétaire et structurel à moyen terme 2025-2029, la France s’est engagée à rationaliser, à mieux cibler et à réduire les dépenses fiscales et sociales de 8 milliards d’EUR (moins de 0,2 % du PIB) entre 2025 et 2027. Ce montant comprend également les réductions de dépenses résultant des réexamens des dépenses. Compte tenu des importants besoins d’assainissement à venir, les efforts dans ce domaine doivent être considérablement intensifiés. La réduction et la rationalisation des dépenses fiscales et sociales, sur la base d’une évaluation régulière et globale de leur efficience et de leur utilité, contribueraient à éviter l’augmentation des taux légaux et à élargir les assiettes fiscales, ce qui serait essentiel pour permettre une stratégie budgétaire globale axée sur le renforcement de la croissance potentielle et de l’efficacité globale du système fiscal, tout en soutenant l’assainissement budgétaire.

La poursuite de la rationalisation des structures administratives améliorerait l’efficacité des politiques publiques tout en contribuant à l’assainissement budgétaire. La coexistence de nombreux niveaux administratifs en France est associée à un enchevêtrement accru des responsabilités. Cela génère des coûts opérationnels et de coordination redondants ( 7 ), sans nécessairement améliorer la qualité des services fournis aux citoyens et aux entreprises. Le niveau élevé de complexité administrative et le chevauchement des compétences donnent lieu à des relations financières complexes entre les acteurs publics, qui réduisent la transparence de l’intervention publique, compliquent l’évaluation de son efficacité et, en fin de compte, empêchent d’orienter efficacement les dépenses et des recettes conformément aux engagements budgétaires ( 8 ).

Les dépenses consacrées à la défense en France sont en augmentation, avec un soutien supplémentaire fourni par l’UE. Les dépenses publiques totales consacrées à la défense se sont élevées à 1,8 % du PIB en 2024 et à 1,9 % du PIB en 2025, et la Commission européenne prévoit qu’elles représenteront 2,1 % du PIB en 2026 (voir annexe 2). L’UE soutient les investissements dans le domaine de la défense. La France a demandé 15,1 milliards d’EUR de prêts de l’UE au titre de l’instrument «Agir pour la sécurité de l’Europe» (SAFE) pour des marchés publics dans le domaine de la défense, dans le cadre du plan «ReArm Europe» de la Commission européenne. En outre, à la suite de l’examen à mi-parcours de la politique de cohésion, la France a alloué 101 millions d’EUR aux priorités liées à la défense.

L’augmentation de l’offre de logements contribuerait à atténuer les pressions sur le marché du logement

La France est confrontée à de graves contraintes en matière d’offre de logements, en particulier dans les zones urbaines où la demande est forte et dans les zones touristiques sensibles. Les volumes de transactions ont augmenté de 12,5 % pour atteindre 951 000 au cours de la période de 12 mois s’achevant en décembre 2025. Depuis 2021, le nombre de permis de construire a diminué: les permis de construire par millier d’habitants ont baissé de 15,3 % en 2024 pour s’établir à 370,5 m², à peine au-dessus de la moyenne de l’UE (364,3). La réglementation relative à l’utilisation des sols, partiellement contrôlée par les autorités locales, contribue à une faible élasticité de l’offre ( 9 ), avec une forte hétérogénéité dans les taux de refus de permis de construire.

Le marché locatif subit une forte pression, avec une offre limitée et une demande substantielle, tant dans le secteur du logement social et intermédiaire que dans le secteur privé. Des données empiriques laissent entrevoir une baisse du taux de rotation et du nombre d'annonces de location. Dans le même temps, la demande de logements locatifs a continué d’augmenter. Cette pression sur le marché locatif entrave les décisions en matière d’enseignement supérieur et de mobilité professionnelle et a une incidence accrue sur les personnes les plus vulnérables (voir section 4 et annexes 16 et 18). L’expansion des locations de courte durée, allant même jusqu’à plus de 270 % dans les grandes villes, s’est produite au détriment des logements locatifs de longue durée, réduisant encore la disponibilité des locations de longue durée et augmentant les prix des logements et les loyers. La loi Le Meur de 2024 a renforcé les pouvoirs des autorités locales pour régir les locations de courte durée et préserver le parc de logements résidentiels.

Le niveau élevé et la complexité de la fiscalité et des dépenses fiscales en matière de logement nuisent à l’efficacité du marché. La fiscalité du logement est plus élevée en France (99,2 milliards d’EUR en 2024, soit 3,4 % du PIB) que dans la plupart des autres pays développés. De nombreuses et coûteuses dépenses fiscales (15,9 milliards d’EUR en 2024) modifient les incitations des agents, en augmentant les prix des logements plutôt que les quantités ( 10 ). Le niveau élevé des taxes sur les transactions réduit l’efficacité de l’attribution des logements et du marché de l’emploi. Pour les vendeurs, le régime de l’impôt sur les plus-values, en particulier les déductions pour la durée de propriété, encourage la rétention et réduit le chiffre d’affaires du logement. La taxe sur les logements vacants pourrait être augmentée au-delà des zones soumises à un stress immobilier afin d’encourager l’occupation des logements. L’impôt sur la fortune vise principalement les biens immobiliers, en exonérant le patrimoine financier ( 11 ). En outre, l’impôt foncier est déconnecté de la valeur économique et régressif pour les propriétaires ( 12 ). En conséquence, une réforme de l’assiette de l’impôt foncier pourrait accroître les recettes des collectivités locales tout en améliorant l’équité redistributive.

Des problèmes subsistent en matière de sécurité économique et de souveraineté industrielle

La France est confrontée à des difficultés persistantes pour assurer la sécurité économique et la reprise industrielle. Bien que des efforts politiques soient en cours, l’activité industrielle a continué de ralentir en 2025 dans un contexte d’incertitude politique, de charges réglementaires, de forte concurrence internationale et de tensions géopolitiques. Malgré un bouquet électrique largement décarboné, le bouquet énergétique global de la France dépend toujours des combustibles fossiles importés pour environ 60 % de la consommation, le nucléaire dépend également des importations d’uranium et la France reste fortement dépendante des importations de matières premières critiques (voir annexe 5). En outre, le secteur manufacturier est confronté à des pénuries et à des inadéquations persistantes de compétences, en particulier dans les professions techniques et liées aux STIM, qui continuent de peser sur les performances du marché du travail (voir section 4).

Accélérer les initiatives stratégiques en vue de renforcer la base industrielle pourrait contribuer à soutenir les objectifs de décarbonation, de résilience et d’autonomie stratégique. Des initiatives telles que la loi de 2023 sur l’industrie verte et le programme d’investissement «France 2030» (54 milliards d’EUR) soutiennent des secteurs clés, notamment la mobilité électrique et un large éventail de technologies vertes et à faible intensité de carbone. La France redouble d’efforts pour garantir l’approvisionnement en matières premières critiques grâce à des investissements nationaux et internationaux dans l’extraction, la transformation et le recyclage (voir annexe 5). La politique commerciale de l’UE fournit le cadre extérieur nécessaire pour soutenir ces ambitions. En tirant parti du règlement de l’UE sur les matières premières critiques et d’un réseau croissant de partenariats commerciaux stratégiques, l’UE contribue à garantir un accès stable et durable aux intrants nécessaires aux technologies vertes. En outre, des initiatives telles que la «vallée de la batterie» de Dunkerque, qui rassemble des projets de «gigafactories» et garantit plus de 9 milliards d’EUR d’investissements, mettent en évidence les avantages d’une gouvernance territoriale efficace et d’une planification coordonnée ( 13 ) (voir annexe 18), ainsi que d’un accès facilité aux terrains industriels. La reproduction de ces conditions est essentielle pour développer des projets industriels à l’échelle nationale. Pour l’avenir, l’accélération de l’électrification industrielle (voir section 3), le soutien aux investissements post-«France 2030» et la rationalisation des procédures d’octroi d’autorisations au moyen de la loi industrie verte sont essentiels pour décarboner l’industrie et renforcer la sécurité économique.

Les disparités régionales se creusent

Les disparités territoriales augmentent, en raison des trajectoires divergentes de la dynamique démographique et des performances économiques. Au cours des 20 dernières années, le nombre de départements de France métropolitaine dont le PIB par habitant (en standards de pouvoir d’achat) est inférieur à 75 % de la moyenne de l’UE est passé de 2 à 36. Dans les régions du Nord et du Nord-Est, dépendant traditionnellement de l’industrie lourde, la transition industrielle a entraîné des vulnérabilités économiques, contribuant à une émigration importante des jeunes et compromettant le droit de séjour des résidents. Le déclin démographique, provoqué par des possibilités d’emploi limitées et une accessibilité réduite aux services, touche également les zones rurales fragiles, en particulier celles situées le long de l’axe nord-est/central et dans les départements du Massif central. Dans le même temps, les périphéries sociales des zones métropolitaines présentent de graves désavantages socio-économiques, notamment des taux élevés de chômage et de personnes sans emploi qui ne suivent ni études ni formation (NEET).

Les régions ultrapériphériques françaises sont confrontées à des vulnérabilités structurelles persistantes. Le PIB par habitant varie entre 69 % de la moyenne de l’UE en Martinique à seulement 30 % à Mayotte, la région la plus pauvre de l’UE. L’aménagement du territoire et le renforcement des capacités administratives en matière d’investissements publics et de conception des politiques, en particulier à Mayotte et en Guyane française, représentent des défis majeurs pour la France en vue de réduire les disparités régionales dans les régions ultrapériphériques (voir annexe 18).

Les instruments de financement de l’UE mettent des ressources considérables à la disposition de la France. Ils soutiennent les investissements et les réformes structurelles visant à accroître la compétitivité, la durabilité environnementale, les compétences, l’équité sociale et la sécurité tout en contribuant à remédier aux difficultés recensées dans les recommandations adressées au pays. Parmi les principaux instruments figurent la facilité pour la reprise et la résilience (voir encadré 2) et les fonds de la politique de cohésion (voir encadré 3). En outre, 66,3 milliards d’EUR sont alloués à la France au titre de la politique agricole commune (PAC) pour la période 2021-2027 et 567 millions d’EUR, au titre de la politique commune de la pêche (PCP). Un montant supplémentaire de 1,1 milliard d’EUR est disponible au titre du «Fonds asile, migration et intégration» (AMIF), ainsi que de l’instrument relatif à la gestion des frontières et aux visas (IGFV) et des fonds pour la sécurité intérieure (FSI). D’autres programmes de l’UE soutiennent également la compétitivité en France, par exemple au moyen d’appels d’offres ouverts dans le cadre d’Horizon Europe et du mécanisme pour l'interconnexion en Europe.

Encadré 2:

Principales réalisations de la FRR

Le plan pour la reprise et la résilience (PRR) de la France représente une enveloppe totale de 40,27 milliards d’EUR, soit 1,43 % du PIB, destinée à soutenir les réformes et les investissements contribuant aux transitions écologique et numérique, à renforcer la résilience économique et à relever les défis structurels de longue date recensés dans le cadre du Semestre européen.

Au 4 mai 2026, 34,13 milliards d’EUR (environ 85 % de l’enveloppe totale) avaient été versés à la France à la suite de la réalisation satisfaisante de 149 jalons et cibles. La mise en œuvre a progressé régulièrement, avec un nombre croissant de réformes et d’investissements déjà réalisés qui produisent des résultats concrets sur le terrain.

Outre l’incidence directe du PRR français, la France a bénéficié de retombées positives estimées à 18,4 milliards d’EUR, grâce à l’augmentation des exportations en provenance de France générée par la hausse de la demande résultant de la mise en œuvre des PRR nationaux. Pour la France, les retombées positives concernent principalement les secteurs de l’industrie et des services, tels que le commerce de gros, les activités juridiques ou la comptabilité et le conseil.

Faits marquants et incidences du plan

 Révision de la réglementation thermique de la construction neuve (RE2020). La révision modifie la réglementation thermique existante afin de réduire les émissions de GES des bâtiments neufs, d’améliorer leur performance énergétique et de les adapter au changement climatique.

 Promulgation de la loi climat et résilience. La loi contribue à la réalisation des objectifs de réduction des émissions de GES à l’horizon 2030, en prévoyant des mesures climatiques et environnementales dans tous les secteurs, des transports à l’agriculture en passant par la consommation durable.

 Mise en œuvre de la loi de programmation de la recherche. La loi vise à renforcer le financement et l’organisation de la recherche, à accroître l’attractivité des emplois scientifiques et à améliorer les interactions entre le monde de la recherche, l’économie et la société.

 Investissements dans la rénovation énergétique des logements. Cela comprend la rénovation énergétique de 40 000 logements sociaux et l’octroi de subventions à 1,15 million de ménages privés au titre de «MaPrimeRénov».

 Élargissement de l’accès aux capacités de formation numérique pour l’enseignement supérieur. Plus de 1 400 000 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur en France bénéficient d’un accès aux capacités de formation numérique.

 Investissements dans la numérisation des soins de santé. Il s’agit que 40 millions de patients disposent d’un dossier médical électronique national et d’une adresse électronique sécurisée pour la santé.



Encadré 3:

Contribution des fonds de la politique de cohésion

Le financement de la politique de cohésion de l’UE soutient les efforts déployés par la France pour accroître la compétitivité, la durabilité environnementale ainsi que les compétences et l’équité sociale. Pendant la période 2021-2027, les fonds de la politique de cohésion de l’UE ( 14 ) fourniront 16,7 milliards d’EUR (soit un montant total de 28 milliards d’EUR avec le cofinancement national) à la France. Le montant des projets sélectionnés correspondait à 70,3 % de l’enveloppe totale en mars 2026 et des appels supplémentaires étaient en préparation.

 Innovation, environnement des entreprises et productivité. près de 3,6 milliards d’EUR sont alloués à la recherche et à l’innovation, à la compétitivité des PME et à la numérisation. Les projets du Fonds européen de développement régional (FEDER) sélectionnés dans le cadre des programmes 2021-2027 soutiennent déjà plus de 100 000 entreprises pour stimuler la recherche et le transfert de technologies, promouvoir l’innovation et accroître la compétitivité des entreprises.

 Décarbonation, accessibilité financière et durabilité de l’énergie. Environ 3,7 milliards d’EUR sont consacrés à des projets de décarbonation et de transition propre. Rien que pour la gestion des déchets, les projets cofinancés par le FEDER devraient générer une capacité supplémentaire de recyclage des déchets de plus de 3 millions de tonnes d’ici à 2029. Les investissements dans les infrastructures hydriques sont particulièrement importants dans les régions ultrapériphériques, où Mayotte reçoit à elle seule 47,5 millions d’EUR d’investissements du FEDER pour améliorer l’accès à l’eau potable et la préservation de cette dernière et 30 millions d’EUR pour développer la collecte et le traitement des eaux usées.

 Compétences, emplois de qualité et équité sociale. 2,3 milliards d’EUR sont alloués à l’amélioration de l’adéquation aux besoins du marché du travail et de la qualité des systèmes d’éducation et de formation. Le Fonds pour une transition juste (FTJ) financera également des investissements dans le capital humain, notamment par le perfectionnement et la reconversion professionnels des travailleurs et des demandeurs d’emploi dans les secteurs verts (308 millions d’EUR). Le FSE+ promeut également l’inclusion active et sociale, y compris des enfants (2,2 milliards d’EUR), en France métropolitaine et dans les régions ultrapériphériques. 646 millions d’EUR sont alloués à la lutte contre la privation matérielle, au moyen d’une aide alimentaire et matérielle.

L’examen à mi-parcours ( 15 ) a renforcé la contribution de la politique de cohésion aux priorités stratégiques émergentes, en réaffectant près de 535 millions d’EUR, dont 43 % (230 millions d’EUR) consacrés à la compétitivité, au moyen d’un soutien aux technologies critiques, plus d’un tiers (178 millions d’EUR) à des logements abordables et 19 % à la défense tandis que les 5 % restants serviront à améliorer davantage la gestion de l’eau. Les programmes en faveur des régions ultrapériphériques contribuent pleinement à cette réaffectation lors de l’examen à mi-parcours, à hauteur de 123 millions d’EUR, dont 69 millions d’EUR sont réaffectés au logement. Dans l’ensemble, l’augmentation du financement octroyé aux logements sociaux et abordables dans le cadre de l’examen à mi-parcours au titre des programmes du FEDER profitera en définitive à plus de 76 000 ménages. Dans le cadre du Fonds social européen plus (FSE+), la France a réaffecté 89 millions d’EUR à de nouvelles priorités. Les fonds reprogrammés soutiendront la formation aux compétences nécessaires au développement et à la fabrication de technologies critiques de la plateforme «Technologies stratégiques pour l'Europe» (STEP), ainsi qu’au renforcement de la préparation civile.

En 2025, la France s’est vu adresser des recommandations visant à simplifier davantage la réglementation, à réduire la charge administrative et les restrictions réglementaires pesant sur les entreprises, en particulier dans le secteur des services, à renforcer l’intensité de R&D des entreprises, à promouvoir la diffusion de l’innovation et à améliorer la numérisation des PME. Dans l’ensemble, la France a très peu progressé dans la mise en œuvre de toutes ces recommandations et des problèmes structurels persistent. La charge réglementaire et administrative élevée est une préoccupation croissante pour les entreprises, tandis que la stagnation de l’intensité de R&D des entreprises, qui affiche un niveau nettement inférieur à celui des chefs de file de l’innovation dans l’UE et dans le monde, ainsi que la faible adoption des technologies numériques continuent d’entraver la productivité du travail.

Pour résoudre ces problèmes, il faudra un programme de réformes ambitieux visant à créer un environnement des entreprises plus favorable à l’innovation et à la compétitivité. Entre 2017 et 2020, la France avait adopté plusieurs réformes visant à améliorer l’environnement des entreprises, y compris à accroître l’interaction entre les syndicats et les employeurs, à faciliter les relations avec les autorités fiscales et à réduire la charge administrative. Toutefois, les problèmes mis en évidence dans les recommandations qui lui ont été adressées en 2025 subsistent et pèsent sur la compétitivité mondiale de l’économie française.

La croissance de la productivité de la main-d’œuvre reste médiocre

La croissance de la productivité du travail en France est freinée par la faible croissance de la productivité totale des facteurs. Bien qu’elle se soit située à 112,7 % du niveau de l’UE (mesuré en PIB par heure travaillée en SPA) en 2025, la productivité de la main-d’œuvre française a chuté, puisqu’elle représentait plus de 130 % du niveau de l’UE au début des années 2000. Alors que les facteurs temporaires ayant pesé sur la croissance de la productivité du travail ces dernières années ont commencé à s’estomper, la croissance de la productivité du travail s’est redressée en 2024 et 2025 et devrait augmenter de près de 1 % en 2026. Toutefois, la faible croissance de la productivité totale des facteurs (PTF) devrait continuer à freiner la productivité globale de la main-d’œuvre à court terme. À moyen terme, la productivité totale des facteurs devrait profiter de la matérialisation de tous les effets des réformes et investissements récents et prévus (notamment dans le cadre du plan «France 2030» et de la loi de programmation de la recherche) pour soutenir le perfectionnement et la reconversion professionnels de la main-d’œuvre, les transitions numérique et écologique et la R&D de pointe. Les efforts doivent néanmoins être maintenus et intensifiés afin de donner une impulsion décisive à la productivité totale des facteurs.

La démographie des entreprises a été dynamique, mais ne s’est pas traduite par des réaffectations vers des secteurs et des entreprises à forte croissance. Les immatriculations d’entreprises ont considérablement augmenté en France ces dernières années (+ 15,3 % entre 2021 et le quatrième trimestre de 2025 contre 12,5 % dans l’UE) ( 16 ). Elles ont été particulièrement dynamiques dans les domaines des transports et de la logistique, des services administratifs, ainsi que de l’hôtellerie et de la restauration, sous l’effet de l’essor des plateformes numériques et de la demande croissante de services de livraison et de mobilité ( 17 ) (voir annexe 5). Toutefois, cette hausse était principalement due à l’augmentation du nombre de microentrepreneurs autogérés, dont le taux de survie après trois ans est également plus faible. Selon une étude de l’INSEE, moins de trois microentrepreneurs sur dix enregistrés en 2018 étaient toujours actifs sous ce régime cinq ans plus tard ( 18 ). Leurs revenus sont également inférieurs à ceux des salariés ou autres travailleurs indépendants (voir section 4).

L’intensité de R&D stagne malgré un soutien public important

Bien qu’elle ait reçu une recommandation par pays en 2025, la France n’a pas progressé en ce qui concerne le renforcement de l’intensité de R&D des entreprises. L’intensité totale de R&D est restée stable à 2,18 % du PIB en 2024, ce qui est inférieur à la moyenne de l’UE et à l’objectif de 3 % initialement fixé par la stratégie de Lisbonne et la stratégie Europe 2020. L’intensité de R&D est faible tant pour les entreprises que pour les pouvoirs publics. Depuis 2011, l’intensité de la R&D publique a connu une baisse légère, mais constante (de 0,76 % du PIB à 0,70 % du PIB en 2024, soit un chiffre légèrement inférieur à la moyenne de l’UE de 0,72 %), tandis que la R&D privée a stagné autour de 1,44 % du PIB en 2024, un chiffre légèrement inférieur à la moyenne de l’UE (1,49 %) et en net contraste avec les niveaux d’investissement et les tendances observés dans les pays comparables. Le manque de travailleurs suffisamment qualifiés, quant à lui, reste un obstacle majeur au recrutement, tandis que les déficits de compétences entravent la capacité de la France à tirer pleinement parti des nouvelles possibilités apportées par la double transition (voir annexe 11). Les pénuries de compétences entravent la diffusion de l’innovation et de la numérisation dans tous les secteurs et toutes les entreprises, ce qui a une incidence sur la croissance de la productivité du travail et la compétitivité.

Dans la recommandation de 2025, la France était encouragée à améliorer le ciblage du soutien à la R&D. Peu de progrès ont été accomplis dans ce domaine. Le principal mécanisme, le crédit d’impôt recherche (CIR), s’élevait à 7,8 milliards d’EUR en 2024 et devrait atteindre 8,0 milliards d’EUR en 2026 (0,3 % du PIB) ( 19 ). Toutefois, ce soutien n’a pas permis d’améliorer sensiblement l’intensité de l’innovation ou de la R&D. Les données empiriques montrent que le CIR stimule l’activité de R&D et les performances économiques des PME, mais qu’il a peu d’incidence sur les investissements et les résultats en matière d’innovation des grandes entreprises (voir annexe 4). Selon une étude réalisée par Bunel et Sicsic ( 20 ), le CIR génère des effets d’aubaine, en particulier pour les grandes entreprises, sans accroître la R&D de celles-ci. Les auteurs suggèrent que d’autres mesures, telles que des dépenses directes dans la recherche, pourraient être plus efficaces pour encourager et promouvoir la diffusion de l’innovation, en particulier pour la recherche fondamentale et les innovations de rupture, tout en entraînant potentiellement des coûts identiques ou inférieurs pour les finances publiques. Malgré la réforme du CIR dans le budget 2025, les modifications n’ont pas donné la priorité aux petites entreprises, de sorte qu’il est peu probable que celles-ci intensifient leurs efforts de R&D. Un soutien public mieux ciblé pourrait renforcer l’intensité de R&D en mettant l’accent sur les PME, les entreprises à capitalisation moyenne et les jeunes pousses, qui sont confrontées à des contraintes financières plus importantes.

Graphique 2.1: Investissements en R&D des entreprises (en % du PIB), 2014-2024

Source: Eurostat

Si le plan d’investissement «France 2030» a efficacement favorisé l’innovation de rupture et la reprise industrielle dans des secteurs stratégiques, son avenir au-delà de 2027 est incertain. La France accélère en ce moment la suppression progressive du programme France 2030 ( 21 ). Le budget 2026 a réduit le financement de France 2030 de 1,1 milliard d’EUR. Son expiration risque d’exacerber la dépendance à l’égard du CIR. Une évaluation à mi-parcours laisse entrevoir des effets notables sur le PIB et l’emploi, bien qu’une rationalisation du soutien apporté soit envisageable. Les engagements et les paiements au titre du plan pour la reprise et la résilience (PRR) de la France seront eux aussi progressivement supprimés. Le manque de financement orienté vers l’innovation de rupture risque de bloquer le renouveau industriel et la croissance à long terme.

Un écosystème rationalisé pour renforcer la diffusion de l’innovation

En 2025, la France s'est vu adresser une recommandation visant à promouvoir la diffusion de l’innovation et à rendre plus efficace l’écosystème qui sous-tend la collaboration entre le monde universitaire et les entreprises. Peu de progrès ont été accomplis dans ce domaine. Le système de valorisation de la recherche, c’est-à-dire la collaboration entre les universités, les laboratoires de recherche publics et les entreprises, pourrait être plus efficace et rationalisé. Un large éventail d’organismes et d’instruments ont été mis en place pour soutenir cette coopération, ce qui a donné lieu à des chevauchements et à des empilements de responsabilités. Cette complexité de l’écosystème a été relevée par la Cour des comptes française en 2018 ( 22 ) et par l’Inspection générale des finances en 2024 ( 23 ). Les contrats et la collaboration entre les entreprises et les laboratoires de recherche publics restent limités.

La faible intensité de R&D nuit aux performances scientifiques à un moment où la concurrence internationale s’intensifie. Étant donné que l’innovation est tributaire des avancées scientifiques, la tendance à la baisse de l’intensité de R&D suscite des inquiétudes quant à la capacité de la France à retenir ses talents et à continuer de tirer parti de sa base scientifique pour se positionner comme un acteur de premier plan de la compétition technologique internationale. Chaque année, quelque 15 000 diplômés, soit environ 10 % des jeunes diplômés des écoles d’ingénierie et 15 % des diplômés des écoles de gestion, partent à l’étranger ( 24 ). Ces préoccupations sont d’autant plus importantes qu’en 2025, la France s’est écartée de la trajectoire des dépenses publiques de R&D fixée dans la loi de programmation pluriannuelle sur la recherche.

Accélérer la réforme afin de résoudre les problèmes liés à l’environnement des entreprises en France

La France n’a pas encore accompli de nouveaux progrès dans la simplification de la réglementation et la réduction de la charge administrative. La réglementation pose de plus en plus problème aux entreprises. Une part importante, de 27 % et 26 % des entreprises en France, voyaient dans la réglementation du marché du travail et la réglementation des entreprises un obstacle majeur à l’investissement en 2025. Ces chiffres ont augmenté par rapport à 2024. Les procédures relatives à la cessation de paiement, à la cessation d’activité et aux procédures judiciaires sont les plus complexes à mettre en œuvre ( 25 ) (voir annexe 5).

La loi sur la simplification de la vie économique a été adoptée. Cette loi, parmi d’autres mesures, facilite l’accès des entreprises aux marchés publics, la mise en place de projets industriels et d’infrastructures et les projets de transition énergétique. Elle introduit également un «test entreprises» et un organe spécifique, le conseil de la simplification pour les entreprises, associant des représentants des entreprises, afin de tester les normes créées et modifiées.

La disponibilité des services publics numériques pour la population et les entreprises stagne (voir annexe 7). Elle obtient des résultats inférieurs à ceux de l’UE, tant pour la population que pour les entreprises, ce qui met en évidence des possibilités d’amélioration ( 26 ). L’accès aux services publics numériques est particulièrement difficile pour les citoyens et les entreprises d’autres pays de l’UE. En outre, plus de 50 % des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête Eurobaromètre suggèrent d’améliorer les services numériques de l’administration publique ( 27 ). Cette amélioration pourrait passer par la progression de la transformation numérique et la simplification des processus administratifs en fonction des besoins des utilisateurs, ainsi qu’en promouvant des orientations faciles à utiliser combinées à une assistance rapide. Il est également essentiel de progresser sur la voie de la gouvernance des données numériques grâce au principe «une fois pour toutes», à l’interconnexion des registres ou aux formulaires préremplis afin de garantir la continuité des services publics numériques, y compris au niveau transfrontière.

Les obstacles au marché unique de l’UE persistent

Malgré la recommandation adressée au pays en 2025 sur la réduction des restrictions réglementaires imposées aux entreprises, les obstacles réglementaires et administratifs aux échanges de biens intra-UE persistent. Les entreprises signalent que les règles relatives à l’emballage et à l’étiquetage – étiquetage environnemental, emballages et exigences administratives complexes liées au régime de responsabilité élargie des producteurs (REP) – génèrent des charges de mise en conformité ( 28 ). L’application inefficace de la reconnaissance mutuelle et la fragmentation des règles de conformité des produits ont également une incidence sur les échanges de biens.

La France dispose d’une réglementation parmi les plus restrictives en matière de commerce des services dans l’UE et elle n’a pris aucune mesure importante en 2025 en vue de simplifier son cadre réglementaire dans ce domaine. La réglementation restrictive du commerce des services réduit les possibilités pour les entreprises françaises d’accéder à un large éventail de services et peut nuire à leur compétitivité. Le chiffre de la France dans l’indice de restrictivité des échanges de services de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ( 29 ) figure parmi les plus élevés de l’UE (0,065 pour la France en 2025 contre 0,068 pour la valeur la plus élevée de l’UE et 0,050 pour la moyenne de l’UE). Les restrictions imposées par la France aux échanges intra-EEE sont particulièrement importantes dans les domaines du transport aérien, de l’architecture, des services de distribution, des services juridiques, de la comptabilité, du fret ferroviaire et du fret routier. L’indicateur de réglementation des marchés de produits (RMP) de la France, calculé par l’OCDE, se situe aux alentours de la médiane parmi les pays de l’UE. Toutefois, les barrières réglementaires à l’entrée et à la concurrence qui s’appliquent également aux entreprises nationales restent plus élevées en France que dans des pays comparables pour plusieurs professions ( 30 ). La France est, par ailleurs, l’État membre de l’UE le plus restrictif en ce qui concerne les cadres réglementaires applicables au commerce de détail ( 31 ). L’assouplissement des exigences administratives en ce qui concerne la mise en œuvre des règles relatives au détachement de travailleurs pourrait réduire la fragmentation réglementaire au sein du marché unique de l’UE, faciliter la mobilité transfrontière des travailleurs et stimuler la compétitivité, sans compromettre la protection des travailleurs.

Les PME ne tirent pas pleinement parti des possibilités de croissance offertes par le marché unique de l’UE. La France affiche le plus bas taux de l’UE en ce qui concerne l’intégration dans les échanges commerciaux intra-UE. Les volumes des importations et des exportations intra-UE ne représentaient que 17,1 % du PIB en 2025 (contre 40,7 % en moyenne dans l’UE) (voir annexe 5). Le taux d’intégration de la France est nettement inférieur à la moyenne de l’UE, tant pour les biens que pour les services. Cette situation peut s’expliquer par plusieurs facteurs: la taille importante du marché intérieur, la part plus faible de l’industrie manufacturière dans le PIB, la faible compétitivité hors prix (la compétitivité des prix s’est améliorée grâce à une inflation plus basse et à une croissance plus faible des coûts de main-d’œuvre) et le manque de compétences.

Les retards de paiement subis par les entreprises, en particulier par les PME, pèsent sur leurs flux de trésorerie ( 32 ). En France, 28 % des PME déclarent avoir été confrontées à des retards de paiement de la part d’organismes publics (contre 15,9 % dans l’UE) (voir annexe 5). Les entités publiques des territoires d’outre-mer dépassent largement le plafond réglementaire de 30 jours. Les hôpitaux publics paient avec des retards longs et croissants. Dans le secteur des travaux publics, 85 % des entreprises font état de retards de paiement de la part des pouvoirs publics ( 33 )( 34 ). Elles se plaignent également de pratiques de paiement déloyales. 55 % des PME déclarent ne pas participer aux procédures de passation de marchés publics par crainte de ne pas être payées à temps.

Les progrès en matière de renforcement de la numérisation des entreprises doivent se poursuivre

En 2025, la France s’est vu adresser une recommandation visant à améliorer la numérisation des PME, notamment en améliorant l’efficacité des mesures de soutien public existantes. La numérisation des PME et l’adoption de technologies numériques avancées en France gagnent du terrain, tout en restant inférieures à la moyenne de l’UE (voir annexe 4). En 2025, 69,44 % des PME françaises affichaient un niveau élémentaire d’intensité des technologies numériques, contre 51,97 % en 2023, un niveau qui reste toutefois bien en dessous de la moyenne de l’UE (71,39 % en 2025). La France a enregistré des progrès dans le déploiement et l’utilisation des technologies numériques, avec une nette progression vers une couverture complète en 5G et en fibre optique, bien que des disparités régionales persistent dans la couverture en haut débit du pays, les zones rurales ou à faible densité représentant 79 % des zones non connectées totales (voir annexe 18). Malgré cette bonne couverture globale, les entreprises ont tendance à adopter moins de technologies numériques clés [intelligence artificielle (IA), analyse de données et informatique en nuage] en France que dans l’UE. Parmi les principaux goulets d’étranglement de la numérisation des PME figurent le manque d’expertise et de compétences, les préoccupations en matière de cybersécurité et les contraintes financières, en particulier en raison du manque de clarté des retours sur investissement (voir annexe 4). L’écart d’adoption des technologies numériques (niveau plus faible dans les PME et plus élevé dans les grandes entreprises) est l’un des facteurs qui ralentissent la croissance de la productivité et la compétitivité en France. Il est essentiel d’accélérer la numérisation des PME pour atteindre les objectifs numériques de la stratégie Europe 2030.

La France se concentre sur l’IA afin d’améliorer la numérisation de l’ensemble du secteur des entreprises. «France Num» reste le principal outil public de soutien à la numérisation de base des PME, agissant principalement en tant que réseau de parties prenantes actives dans la transformation numérique. Le nouveau plan, «Osez l’IA», vise à déployer les technologies de l’IA dans les grandes entreprises et les PME, contribuant ainsi à la numérisation ( 35 ). Toutefois, il ne cible pas les PME et n’est pas axé sur la numérisation de base.

De nombreux actifs financiers privés pourraient être mieux canalisés afin de répondre aux besoins de financement en fonds propres

Le secteur français du capital-risque est en expansion, mais il est confronté à des difficultés pour répondre aux besoins de financement des entreprises en expansion ( 36 ). Au cours de la dernière décennie, le nombre de licornes françaises a été multiplié par six ( 37 ), faisant de la France le premier producteur de licornes de l’UE après l’Allemagne ( 38 ). L’activité de capital-investissement est relativement forte (0,88 % du PIB en 2024, contre 0,46 % dans l’UE), et les investissements en capital-risque ont atteint 0,07 % du PIB en 2024, mais cela reste insuffisant pour répondre aux besoins croissants de financement des entreprises à forte croissance et des entreprises en expansion. La valeur des investissements en capital-risque dans les entreprises françaises est à la traîne par rapport à leurs homologues mondiales et européennes et reste insuffisante pour les entreprises en expansion, puisque la valeur de ces investissements stagnait à environ 0,7 % du PIB en 2024.

L’économie française dispose d’un potentiel inexploité pour développer les investissements en capital-risque par l’intermédiaire d’investisseurs institutionnels. Avec un ratio actifs/PIB de 100 % dans son secteur de l’assurance, contre 53 % dans l’UE au T2-2025, la France dispose d’une marge de manœuvre pour encourager les assureurs à investir dans le capital-risque et le capital-investissement. En tirant parti de l’«initiative Tibi», qui a encouragé les investisseurs institutionnels à investir dans les entreprises technologiques les plus innovantes à un coût minimal pour les finances publiques ( 39 ), la France pourrait stimuler ces secteurs et combler l’écart de participation entre les investisseurs institutionnels.

Les ménages français investissent relativement peu dans les actifs financiers et les fonds propres. En 2024, leurs actifs financiers représentaient 221 % du PIB, soit un peu plus que ceux de l’UE (212 %), mais bien moins que ceux des États-Unis (446 %). En outre, les investissements en fonds propres ne représentaient que 108 % du PIB, un chiffre supérieur à la moyenne de l’UE (91 %), mais près de trois fois inférieur à celui des États-Unis (291 %). Les ménages français préfèrent les actifs liquides à faible risque, en particulier les assurances-vie, qui bénéficient d’incitations fiscales. Réorienter ne serait-ce qu’une petite partie de ces économies vers des investissements sous forme de fonds propres pourrait contribuer à combler le déficit de financement de l’innovation en France.

En 2025, la France s’est vu adresser des recommandations visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les secteurs des transports et du bâtiment, à accélérer le déploiement de projets dans le domaine des énergies renouvelables, à promouvoir la flexibilité du côté de la demande et le stockage et à garantir des investissements suffisants dans la capacité du réseau électrique, y compris les interconnexions transfrontières. Des mesures ont été prises afin de promouvoir la flexibilité du côté de la demande et le stockage, mais des défis importants subsistent dans les autres domaines d’action. La flexibilité limitée du système électrique français, conjuguée à son offre excédentaire actuelle d’électricité et à la stagnation de la demande, entraîne des prix négatifs de plus en plus fréquents, une utilisation inefficace de la production d’énergie renouvelable disponible en raison du déclin des énergies renouvelables et de la modulation nucléaire, ce qui entraîne des coûts de réseau élevés. Accroître l’électrification des utilisations finales constituerait une solution rentable pour décarboner l’économie française, absorber les excédents d’électricité et réduire les coûts du réseau. La rareté de l’eau est également une préoccupation croissante, compte tenu de ses effets potentiels sur l’économie.

Le ralentissement de la décarbonation observé en 2024 s’est poursuivi en 2025, avec une baisse des émissions de GES de seulement 1,5 % en 2025 ( 40 ) (contre 1,8 % en 2024), bien en deçà de la réduction annuelle de 4,2 % requise pour atteindre les objectifs de 2030 fixés dans le projet de troisième stratégie bas-carbone (SNBC 3) ( 41 ). Tous les secteurs accusent du retard, avec les écarts les plus importants observés dans les bâtiments (4,7 points de pourcentage) ( 42 ) et les transports (3 points de pourcentage) ( 43 ). Les progrès sont également entravés par le retard pris dans le déploiement des énergies renouvelables, la lenteur des procédures d’octroi d’autorisations, la flexibilité et le stockage limités des énergies non fossiles et l’insuffisance des interconnexions électriques transfrontières.

Graphique 3.1: Émissions par rapport à la trajectoire cible de 2030 dans le cadre de la troisième stratégie bas-carbone

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