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AccueilDroit européen62014TJ0622
Jurisprudence CJUE62014TJ0622

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 7 mars 2017.#Lauritzen Holding AS contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale IWEAR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure INWEAR – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009.#Affaire T-622/14.

CELEX62014TJ0622
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 7 mars 2017

Résumé IA

L'arrêt du Tribunal de l'UE du 7 mars 2017 (affaire T-622/14) rejette le recours de Lauritzen Holding AS contre une décision de l'EUIPO. Il confirme l'existence d'un risque de confusion entre la marque verbale demandée "IWEAR" et la marque antérieure "INWEAR" pour des produits vestimentaires, en application de l'article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009. Pour le praticien français, cette décision illustre l'importance de l'impression d'ensemble et des similitudes visuelles et phonétiques dans l'appréciation du risque de confusion, même en l'absence de similarité conceptuelle.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

7 mars 2017 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale IWEAR – Marque de l’Union européenne verbale antérieure INWEAR – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) n° 207/2009 »

Dans l’affaire T‑622/14,

Lauritzen Holding AS, établie à Drøbak (Norvège), représentée par M. P. Walsh et Mme S. Dunstan, solicitors,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté initialement par M. P. Bullock, puis par M. D. Hanf, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

l’intervenante devant le Tribunal, admise à se substituer à l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, étant

DK Company A/S,établie à Ikast (Danemark), représentée initialement par Mes M. Nielsen et E. Skovbo, puis par Me Skovbo, avocats,

ayant pour objet un recours formé contre la décision de la deuxième chambre de recours de l’EUIPO du 2 juin 2014 (affaire R 1935/2013-2), relative à une procédure d’opposition entre IC Companys A/S et Lauritzen Holding,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de MM. M. Prek, président, E. Buttigieg et B. Berke (rapporteur), juges,

greffier : M. E. Coulon,

vu la requête déposée au greffe du Tribunal le 15 août 2014,

vu le mémoire en réponse de l’EUIPO déposé au greffe du Tribunal le 13 octobre 2014,

vu le mémoire en réponse de l’intervenante déposé au greffe du Tribunal le 17 novembre 2014,

vu l’ordonnance du 3 juin 2015 autorisant une substitution de DK Company à IC Companys,

vu la demande de fixation d’une audience présentée par la requérante dans le délai d’un mois à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure,

vu la lettre par laquelle la requérante a renoncé à sa demande de fixation d’une audience et les lettres par lesquelles les autres parties principales ont renoncé à la tenue d’une audience et ayant décidé, en application de l’article 108, paragraphe 2, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,

rend le présent

Arrêt

Antécédents du litige

1 Le 9 février 2012, la requérante, Lauritzen Holding AS, a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), en vertu du règlement (CE) n° 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1).

2 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe verbal IWEAR.

3 Les produits pour lesquels l’enregistrement a été demandé relèvent notamment des classes 18, 25 et 28 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Cuir et imitations du cuir, produits en ces matières non compris dans d’autres classes ; Peaux d’animaux ; Malles et valises ; Parapluies, parasols et cannes ; Fouets et sellerie » ;

– classe 25 : « Vêtements, chaussures, chapellerie » ;

– classe 28 : « Jeux, jouets ; Articles de gymnastique et de sport non compris dans d’autres classes ».

4 La demande de marque de l’Union européenne a été publiée au Bulletin des marques communautaires n° 48/48, du 8 mars 2012.

5 Le 7 juin 2012, IC Companys A/S a formé opposition, au titre de l’article 41 du règlement n° 207/2009, à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits compris dans les classes 18 et 25, visés au point 3 ci-dessus.

6 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure INWEAR, enregistrée le 12 février 2004 sous le numéro 2168284, désignant notamment des produits relevant des classes 18 et 25 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 18 : « Cuir et imitations du cuir, produits en ces matières non compris dans d’autres classes ; Peaux d’animaux ; Malles et valises ; Parapluies, parasols et cannes ; Fouets et sellerie » ;

– classe 25 : « Vêtements, chaussures, chapellerie ».

7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009.

8 Par décision du 2 août 2013, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition et a refusé l’enregistrement pour certains produits. Elle a rejeté l’opposition pour le surplus.

9 Le 1er octobre 2013, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO, au titre des articles 58 à 64 du règlement n° 207/2009, contre la décision de la division d’opposition, en ce qu’elle a partiellement fait droit à l’opposition.

10 Par décision du 2 juin 2014 (ci-après la « décision attaquée »), la deuxième chambre de recours de l’EUIPO a rejeté le recours. En particulier, elle a considéré que : premièrement, le public pertinent comprenait le consommateur moyen de l’Union européenne normalement informé et raisonnablement attentif et avisé ; deuxièmement, les produits visés par les marques en conflit étaient identiques et similaires, à l’exception des « fers à cheval » et des « sacs kangourou » ; troisièmement, les signes avaient un degré élevé de similitude, vu leur quasi-identité sur le plan visuel, leur degré de similitude élevé sur le plan phonétique et l’impossibilité pour le consommateur non anglophone moyen de l’Union d’opérer les processus mentaux nécessaires afin d’établir une dissimilitude entre les signes en conflit sur le plan conceptuel, susceptible de neutraliser les similitudes visuelle et phonétique. La chambre de recours en a conclu qu’il existait un risque de confusion entre les signes en cause pour le public pertinent à l’égard des produits jugés identiques ou similaires.

Conclusions des parties

11 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens ;

– condamner l’intervenante, DK Company A/S, aux dépens exposés devant l’EUIPO.

12 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

13 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante à supporter ses dépens, y compris ceux exposés devant l’EUIPO.

En droit

14 À l’appui de son recours, la requérante invoque un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009.

15 Dans le cadre de ce moyen, par ses différents motifs d’annulation, la requérante fait valoir, en substance, que la chambre de recours a :

– omis d’analyser les erreurs commises par la division d’opposition dans l’appréciation du caractère distinctif de la marque antérieure et omis d’établir le degré de caractère distinctif des différents éléments des deux signes en conflit. Ces derniers auraient uniquement en commun l’élément faiblement distinctif « wear » ; les différences entre les marques auraient plus d’importance aux yeux du public pertinent et, donc, le risque de confusion entre elles serait réduit ;

– méconnu que les éléments « i », « in » et « wear » sont des mots de base d’anglais, compris également par le public non anglophone. Ce dernier serait en mesure de comprendre la signification combinée desdits éléments et de percevoir une dissimilitude conceptuelle qui exclurait le risque de confusion entre les deux signes ; commis une erreur d’appréciation en ne prenant pas en compte le fait que le mot « wear » ne devrait pas pouvoir être enregistré pour des produits relevant des classes 18 et 25 en raison de son caractère descriptif, tel que reconnu, au demeurant, par les décisions antérieures de l’EUIPO ;

– commis une erreur d’appréciation de la similitude des marques en méconnaissant le rôle, dominant et plus distinctif par rapport au terme « wear », des préfixes « i » et « in » qui distinguent les marques en conflit. Sur le plan visuel, ces dernières seraient composées de plusieurs éléments qui ont une signification claire et évidente. Le mot commun « wear » étant dépourvu de caractère distinctif, le consommateur prêterait une plus grande attention aux préfixes « i » et « in ». De plus, lesdites marques étant courtes, le consommateur serait capable de percevoir chacun de leurs éléments et chacune de leurs variations. Sur le plan phonétique, l’accent le plus important serait placé sur les préfixes « i » et « in » dont la prononciation est différente en anglais ainsi que probablement dans d’autres langues de l’Union. Sur le plan conceptuel, les marques en conflit seraient dissemblables, compte tenu de la signification différente, immédiatement claire, des deux signes, tels que composés par les éléments « iwear » et « inwear », et du caractère descriptif du mot « wear » ;

– commis une erreur d’appréciation du risque de confusion en raison de l’appréciation incorrecte du caractère descriptif de l’élément commun « wear » et du défaut d’examen du caractère distinctif de la marque antérieure.

16 L’EUIPO et l’intervenante contestent ces arguments.

17 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.

18 Selon une jurisprudence constante, constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Selon cette même jurisprudence, le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

19 Par ailleurs, l’appréciation globale doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. En effet, il ressort du libellé de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009, aux termes duquel « il existe un risque de confusion dans l’esprit du public », que la perception des marques que le consommateur moyen du type de produit ou de service concerné a joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale du risque de confusion. Or, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails [voir, en ce sens, arrêt du 15 juillet 2014, Łaszkiewicz/OHMI – Capital Safety Group EMEA (PROTEKT), T‑576/12, non publié, EU:T:2014:667, point 32 et jurisprudence citée].

20 Lorsque la protection de la marque antérieure s’étend à l’ensemble de l’Union, il y a lieu de prendre en compte la perception des marques en conflit qu’a le consommateur des produits ou des services en cause sur ce territoire. Toutefois, il convient de rappeler que, pour refuser l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, il suffit qu’un motif relatif de refus au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009 existe dans une partie de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 76 et jurisprudence citée].

Sur le public pertinent

21 Aux points 19 et 20 de la décision attaquée, la chambre de recours a estimé que le public pertinent était composé de consommateurs moyens de l’Union, normalement informés et raisonnablement attentifs et avisés. Le Tribunal estime qu’il y a lieu d’entériner une telle définition, qui, au demeurant, n’est pas contestée par la requérante.

Sur la comparaison des produits en cause

22 Le Tribunal considère que la chambre de recours a confirmé à bon droit, au point 21 de la décision attaquée, l’appréciation non contestée opérée par la division d’opposition selon laquelle les produits visés par les marques en conflit étaient identiques ou similaires, à l’exception des fers à cheval et des sacs kangourou.

Sur la comparaison des signes en cause

23 Sur le plan visuel, il y a lieu de rappeler que la présence dans chacune des marques en conflit de plusieurs lettres dans le même ordre peut revêtir une certaine importance dans l’appréciation des similitudes visuelles entre ces marques [voir arrêt du 12 mai 2016, Red Lemon/EUIPO – Lidl Stiftung (ABTRONICX2), T‑776/14, non publié, EU:T:2016:291, point 40 et jurisprudence citée].

24 Or, il est constant que les signes à comparer comportent cinq lettres identiques placées dans le même ordre, à savoir « i » et la séquence de lettres « w », « e », « a », « r », et ne diffèrent que par la lettre « n » située après la lettre « i ». Dès lors, il convient de considérer que les signes présentent un degré de similitude visuelle élevé [voir, en ce sens, arrêt du 26 novembre 2008, Rajani/OHMI – Artoz-Papier (ATOZ), T‑100/06, non publié, EU:T:2008:527, point 60]. Cette conclusion ne saurait être remise en cause par les différents arguments soulevés par la requérante.

25 En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort de la jurisprudence évoquée au point 19 ci-dessus que la chambre de recours s’est fondée à bon droit sur l’impression d’ensemble des marques en conflit, sans se livrer à un examen de leurs différents détails. La considération de la requérante selon laquelle le public pertinent décomposera aisément les signes dans des éléments qui ont une signification claire ne pourrait s’appliquer qu’à une partie dudit public, à savoir le public anglophone, ce qui ne saurait exclure le risque de confusion pour le reste dudit public.

26 En deuxième lieu, la critique de la requérante concernant la non-prise en considération par la chambre de recours du principe selon lequel le consommateur prête une plus grande attention au début du signe ne saurait prospérer non plus. Selon la jurisprudence, une telle considération ne saurait valoir dans tous les cas [voir arrêt du 16 mai 2007, Trek Bicycle/OHMI – Audi (ALLTREK), T‑158/05, non publié, EU:T:2007:143, point 70 et jurisprudence citée]. Tel est le cas en l’espèce. En effet, il y a lieu de considérer que, la différence portant sur la seule lettre « n » contenue dans la marque antérieure et cette dernière n’étant pas non plus la première lettre du signe, cette différence n’est pas suffisante pour neutraliser la similitude visuelle produite par le groupe de lettres « wear » et par la première lettre « i ».

27 En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, la chambre de recours a, à bon droit, considéré, au point 25 de la décision attaquée, que les signes en conflit n’étaient pas particulièrement courts et que la présence de la lettre « n » pourrait passer inaperçue aux yeux du consommateur moyen des produits en cause. En tout état de cause, même à supposer que lesdits signes dussent être considérés comme courts, la présence de la lettre « n » n’empêchera pas les consommateurs de percevoir la séquence des cinq lettres « i » et « w », « e », « a », « r », ce qui importe le plus dans l’appréciation de la similitude visuelle des deux marques verbales [voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 28 avril 2016, Gervais Danone/EUIPO – Mahou (B'lue), T‑803/14, non publié, EU:T:2016:251, point 47]. En effet, les marques en conflit débutent par la même lettre et contiennent la même séquence de cinq lettres, la seule différence étant l’ajout d’une lettre en deuxième position et avant l’élément « wear » dans la marque antérieure. Cette différence, qui est visuellement peu perceptible, n’est pas susceptible de neutraliser l’impression d’ensemble de forte similitude visuelle entre lesdites marques [voir, en ce sens, arrêt du 22 septembre 2005, Alcon/OHMI – Biofarma (TRAVATAN), T‑130/03, EU:T:2005:337, point 65]. En outre, il a également été jugé que, même dans les marques courtes, certaines différences sont insuffisantes dès lors qu’elles ne se traduisent pas par une différence phonétique ou visuelle propre à distinguer les signes [voir, en ce sens, arrêt du 18 février 2016, Penny-Markt/OHMI – Boquoi Handels (B!O), T‑364/14, non publié, EU:T:2016:84, point 49 et jurisprudence citée], ce qui est le cas en l’espèce.

28 Sur le plan phonétique, il y a lieu d’entériner l’analyse de la chambre de recours selon laquelle, en fonction de la langue de l’Union considérée, les signes seront prononcés soit en deux syllabes « eye ware/in ware » ou « ee ware/een ware », soit en trois syllabes « ee way ar/enn way ar » et, à moins d’appliquer les règles de la prononciation anglaise, les signes seront quasi identiques dans les première et deuxième syllabes et éventuellement identiques dans la troisième syllabe. Même à supposer que l’accent soit placé sur la première syllabe, comme l’allègue la requérante, une différence phonétique significative n’existe qu’en anglais. La similitude phonétique doit donc être considérée comme élevée pour tout le public pertinent non anglophone.

29 Sur le plan conceptuel, il y a lieu de confirmer les conclusions de la chambre de recours selon lesquelles, d’une part, aucun des signes n’a de sens pour le public pertinent non anglophone et, d’autre part, même si une partie de ce public pourra reconnaître des mots de base de l’anglais, il n’existe aucun élément de preuve suggérant que ces consommateurs seront en mesure, premièrement, de décomposer mentalement les signes dans les éléments « iwear » et « inwear », deuxièmement, de donner un sens à ces éléments et, troisièmement, de considérer le premier signe comme faisant allusion à l’internet et à l’informatique et le second signe comme signifiant « vêtements à la mode ». De tels processus mentaux nécessitent des capacités linguistiques dépassant celles des consommateurs non anglophones moyens.

30 La requérante ne parvient pas par ses arguments à remettre en cause un tel constat. En effet, lesdits arguments supposent tous la connaissance de la langue anglaise et la reconnaissance des éléments « i » et « in » et de l’élément « wear » comme descriptifs des produits en cause. Toutefois, le Tribunal estime, à l’instar de l’EUIPO, que, d’une part, au moins une partie significative des consommateurs non anglophones est peu susceptible de percevoir les signes comme étant composés d’éléments différents dotés d’une signification et que, d’autre part, il est peu probable que le mot « wear » soit reconnu comme un mot d’anglais de base susceptible d’être compris aisément dans toute l’Union. Il y a lieu d’ajouter que, ainsi que l’a relevé également, en substance, la chambre de recours, même la connaissance basique de la langue anglaise du consommateur moyen de l’Union ne peut pas être considérée comme étant nécessairement suffisamment étendue et sophistiquée pour qu’il puisse effectuer les associations conceptuelles dont se prévaut la requérante [voir, en ce sens, arrêt du 25 juin 2008, Zipcar/OHMI – Canary Islands Car (ZIPCAR), T‑36/07, non publié, EU:T:2008:223, point 45].

31 En outre, même à supposer que le consommateur moyen de l’Union puisse reconnaître, dans les marques en conflit, le mot anglais « wear » (porter des vêtements), ce terme commun entraînerait sans doute un certain rapprochement conceptuel de ces marques, malgré son caractère distinctif limité par rapport aux produits en cause (voir, en ce sens, arrêt du 25 juin 2008, ZIPCAR, T‑36/07, non publié, EU:T:2008:223, point 46).

32 De surcroît, il résulte de la jurisprudence rappelée au point 20 ci-dessus que, même si le risque de confusion n’existait que pour le public non anglophone, cela serait suffisant pour refuser l’enregistrement de la marque demandée.

33 Eu égard à ce qui précède, il convient de constater, d’une part, que les signes en conflit présentent un degré élevé de similitude visuelle et phonétique et, d’autre part, que, s’agissant de la similitude conceptuelle, soit ils ne peuvent pas être distingués car ils n’ont pas de signification particulière pour le public non anglophone, soit ils ont une certaine similitude conceptuelle pour le public anglophone.

34 Il s’ensuit que les signes en conflit présentent, ainsi que le souligne la chambre de recours au point 24 de la décision attaquée, un degré élevé de similitude.

Sur le risque de confusion

35 Compte tenu de l’identité ou de la similitude des produits visés par les marques en conflit ainsi que du degré de similitude élevé entre les signes, il convient de considérer que, même en présence d’un caractère distinctif faible de la marque antérieure, à le supposer établi, comme la requérante l’allègue, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, les premiers facteurs l’emportent nettement sur le dernier.

36 En effet, il ressort de la jurisprudence que, si le caractère distinctif de la marque antérieure doit être pris en compte pour apprécier le risque de confusion, il n’est qu’un élément parmi d’autres intervenant lors de cette appréciation. Ainsi, même en présence d’une marque antérieure à caractère distinctif faible, d’une part, et d’une marque demandée qui n’en constitue pas une reproduction complète, d’autre part, il peut exister un risque de confusion, notamment en raison d’une similitude des signes et des produits ou services visés [arrêt du 16 mars 2005, L'Oréal/OHMI – Revlon (FLEXI AIR), T‑112/03, EU:T:2005:102, point 61], ce qui est le cas en l’espèce.

37 En outre, il convient de rappeler que, pour les produits visés par les marques en conflit, la similitude visuelle pourrait avoir un poids plus important. En effet, il a été jugé que, compte tenu de conditions de commercialisation particulières dans les magasins de vêtements, le choix du vêtement se fait, généralement, de manière visuelle. Partant, la perception visuelle des marques en cause interviendra, normalement, avant l’acte d’achat. L’aspect visuel revêt, de ce fait, plus d’importance dans l’appréciation globale du risque de confusion [arrêt du 6 octobre 2004, New Look/OHMI – Naulover (NLSPORT, NLJEANS, NLACTIVE et NLCollection), T‑117/03 à T‑119/03 et T‑171/03, EU:T:2004:293, point 50].

38 La chambre de recours a donc à juste titre conclu aux points 29 et 30 de la décision attaquée, d’une part, que, étant donné qu’il existe un degré de similitude visuelle élevé entre les marques en conflit, le fait que les produits soient uniquement achetés sur la base d’une appréciation visuelle ne fait que renforcer le risque de confusion entre les signes et, d’autre part, que, en tenant compte du souvenir imparfait que garde le consommateur moyen [arrêt du 7 octobre 2014, Tifosi Optics/OHMI – Tom Tailor (T), T‑531/12, non publié, EU:T:2014:855, point 91], le risque de confusion existe à l’égard des produits jugés identiques ou similaires.

39 Compte tenu de ce qui précède, en premier lieu, il convient également de rejeter l’argument de la requérante concernant l’erreur d’appréciation du caractère distinctif de la marque antérieure commise par la division d’opposition et le défaut d’examen de celui-ci par la chambre de recours.

40 À cet égard, il convient de considérer que, d’une part, la chambre de recours a entendu maintenir la décision de la division d’opposition et a donc entériné également l’appréciation de la division d’opposition sur ce point. En effet, compte tenu de la continuité fonctionnelle entre divisions d’opposition et chambres de recours, dont atteste l’article 64, paragraphe 1, du règlement n° 207/2009, cette décision ainsi que sa motivation font partie du contexte dans lequel la décision attaquée a été adoptée, contexte qui est connu de la requérante et qui permet au juge d’exercer pleinement son contrôle de légalité quant au bien-fondé de l’appréciation du risque de confusion [voir, en ce sens, arrêt du 28 septembre 2016, Kozmetika Afrodita/EUIPO – Núñez Martín et Machado Montesinos (KOZMeTIKA AFRODITA), T‑574/15, non publié, EU:T:2016:574, point 66 et jurisprudence citée].

41 D’autre part, l’appréciation de la division d’opposition, entérinée par la chambre de recours, concernant le caractère distinctif de la marque antérieure n’est pas, contrairement à ce que soutient la requérante, contradictoire dès lors qu’elle conclut à un degré de caractère distinctif de la marque antérieure faible pour le seul public anglophone et moyen pour le reste du public. Or, comme cela est considéré au point 30 ci-dessus, le Tribunal estime qu’il est peu probable que le mot « wear » soit reconnu comme un mot d’anglais de base, susceptible d’être compris aisément dans toute l’Union. Cette constatation ne saurait être renversée par les arguments de la requérante concernant le niveau de connaissance de la langue anglaise dans la plupart des États membres de l’Union ou dans certains de ses États membres. Partant, l’éventuelle incidence mineure des éléments faiblement distinctifs sur l’appréciation du risque de confusion entre les marques en conflit ne vaut que pour une partie du public pertinent et ne permet pas, par conséquent, de rejeter l’opposition, comme cela est rappelé au point 32 ci-dessus.

42 En deuxième lieu, en l’espèce, la requérante ne saurait utilement invoquer, aux fins d’infirmer la conclusion à laquelle a abouti la chambre de recours dans la décision attaquée, des décisions antérieures de l’EUIPO et, a fortiori, des décisions d’autres juridictions.

43 En effet, en ce qui concerne les décisions antérieures de l’EUIPO, selon la jurisprudence, les décisions que les chambres de recours sont amenées à prendre en vertu du règlement n° 207/2009 concernant l’enregistrement d’un signe en tant que marque de l’Union européenne relèvent de l’exercice d’une compétence liée et non pas d’un pouvoir discrétionnaire. Dès lors, la légalité des décisions des chambres de recours doit être appréciée uniquement sur la base de ce règlement, tel qu’interprété par le juge, et non sur la base d’une pratique décisionnelle antérieure à celles‑ci (arrêt du 15 septembre 2005, BioID/OHMI, C‑37/03 P, EU:C:2005:547, point 47).

44 Certes, eu égard aux principes d’égalité de traitement et de bonne administration, il a été jugé que l’EUIPO devait, dans le cadre de l’instruction d’une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne, prendre en considération les décisions déjà prises sur des demandes similaires et s’interroger avec une attention particulière sur la question de savoir s’il y avait lieu ou non de décider dans le même sens (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, point 74).

45 Néanmoins, ces principes doivent se concilier avec le respect de la légalité. Par conséquent, la personne qui demande l’enregistrement d’un signe en tant que marque ne saurait invoquer à son profit une illégalité éventuelle commise en faveur d’autrui afin d’obtenir une décision identique (arrêt du 10 mars 2011, Agencja Wydawnicza Technopol/OHMI, C‑51/10 P, EU:C:2011:139, points 75 et 76).

46 En l’espèce, force est de constater que les décisions antérieures invoquées par la requérante afin de démontrer le caractère descriptif du mot « wear » dans l’ensemble de l’Union ne concernent que le public pertinent de certains États membres de l’Union, ce qui est, au regard de la jurisprudence rappelée au point 20 ci‑dessus, inopérant.

47 En troisième lieu, s’agissant des allégations de la requérante concernant l’impossibilité de monopoliser des termes dépourvus de caractère distinctif, il convient de relever, premièrement, que l’argumentation de la requérante n’est pas cohérente en ce qu’elle affirme, d’une part, que la marque antérieure est dépourvue de caractère distinctif et, d’autre part, qu’elle dispose d’un faible caractère distinctif et, deuxièmement, qu’il ressort de la jurisprudence que le fait qu’une marque de l’Union européenne avancée à l’appui d’une procédure d’opposition a été enregistrée implique que ladite marque jouit d’un minimum de caractère distinctif intrinsèque, puisque l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009 exclut l’enregistrement d’une marque qui est dépourvue de caractère distinctif. Il découle également de la jurisprudence qu’il n’est pas possible pour le demandeur de marque de contester l’existence de ce minimum de caractère distinctif de la marque de l’Union européenne antérieure dans le cadre de la procédure d’opposition diligentée à l’encontre de sa demande. C’est dans le cadre d’une demande en nullité formulée en vertu de l’article 52 du règlement n° 207/2009 que le caractère distinctif de la marque de l’Union européenne antérieure peut seul être mis en cause [voir, en ce sens, arrêt du 29 avril 2015, Hostel Tourist World/OHMI – WRI Nominees (HostelTouristWorld.com), T‑566/13, non publié, EU:T:2015:239, point 35 et jurisprudence citée].

48 Il découle de tout ce qui précède que la chambre de recours a, à bon droit, conclu à l’existence d’un risque de confusion entre les marques en conflit et a refusé l’enregistrement de la marque demandée.

49 Il y a donc lieu de rejeter le moyen unique de la requérante ainsi que le recours dans son ensemble.

Sur les dépens

50 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de l’EUIPO.

51 En outre, l’intervenante a conclu à ce que la requérante soit condamnée aux dépens qu’elle a exposés dans la procédure administrative devant l’EUIPO. À cet égard, il convient de rappeler que, en vertu de l’article 190, paragraphe 2, du règlement de procédure, les frais indispensables exposés par les parties aux fins de la procédure devant la chambre de recours sont considérés comme dépens récupérables. Il n’en va toutefois pas de même des frais exposés aux fins de la procédure devant la division d’opposition. Partant, la demande de l’intervenante tendant à ce que la requérante, ayant succombé en ses conclusions, soit condamnée aux dépens de la procédure administrative devant l’EUIPO ne peut être accueillie que s’agissant des seuls dépens indispensables exposés par l’intervenante aux fins de la procédure devant la chambre de recours


Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Lauritzen Holding AS est condamnée aux dépens, y compris aux frais indispensables exposés par IC Companys A/S aux fins de la procédure devant la chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).

Prek

Buttigieg

Berke

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 7 mars 2017.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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