| CELEX | 62015TJ0071 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 16 février 2017 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre)
16 février 2017 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale Land Glider – Marques de l’Union européenne et nationales verbales et figuratives antérieures LAND ROVER – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 5, du règlement (CE) n° 207/2009 »
Dans l’affaire T‑71/15,
Jaguar Land Rover Ltd, établie à Coventry (Royaume-Uni), représentée par Me R. Ingerl, avocat,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. J. Garrido Otaola, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
Nissan Jidosha KK, établie à Yokohama (Japon), représentée par Me A. Franke, avocat,
ayant pour objet un recours formé contre la décision de la quatrième chambre de recours de l’EUIPO du 9 décembre 2014 (affaire R 1415/2013‑4), relative à une procédure d’opposition entre Jaguar Land Rover et Nissan Jidosha,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre),
composé de MM. A. Dittrich (rapporteur), président, J. Schwarcz et Mme V. Tomljenović, juges,
greffier : M. I. Dragan, administrateur,
vu la requête déposée au greffe du Tribunal le 12 février 2015,
vu le mémoire en réponse de l’EUIPO déposé au greffe du Tribunal le 20 mai 2015,
vu le mémoire en réponse de l’intervenante déposé au greffe du Tribunal le 2 juin 2015,
à la suite de l’audience du 7 avril 2016,
rend le présent
Arrêt
Antécédents du litige
1 Le 27 mai 2009, l’intervenante, Nissan Jidosha KK, a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), en vertu du règlement (CE) n° 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1).
2 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe verbal Land Glider.
3 Les produits pour lesquels l’enregistrement a été demandé relèvent de la classe 12 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent à la description suivante : « Véhicules électriques (prototype), excepté véhicules à deux roues ».
4 La demande de marque de l’Union européenne a été publiée au Bulletin des marques communautaires n° 30/2009, du 10 août 2009.
5 Le 10 novembre 2009, la requérante, Jaguar Land Rover Ltd, a formé opposition, au titre de l’article 41 du règlement n° 207/2009, à l’enregistrement de la marque demandée pour tous les produits visés par la demande d’enregistrement.
6 L’opposition était fondée sur les marques antérieures suivantes :
– la marque verbale de l’Union européenne LAND ROVER, enregistrée le 19 juillet 2000 sous le numéro 143644, et dûment renouvelée, notamment pour les produits relevant de la classe 12 correspondant à la description suivante : « Véhicules terrestres et leurs moteurs ; composants et accessoires de véhicules terrestres » ;
– la marque verbale de l’Union européenne LAND ROVER, enregistrée le 7 octobre 2002 sous le numéro 2271500, et dûment renouvelée, pour les produits relevant de la classe 12 correspondant notamment à la description suivante : « Véhicules ; pièces, parties constitutives et accessoires de tous les produits précités » ;
– la marque verbale allemande LAND ROVER, enregistrée le 17 janvier 1997 sous le numéro 39507030, et dûment renouvelée, notamment pour les produits relevant de la classe 12 correspondant à la description suivante : « Véhicules terrestres, moteurs de véhicules terrestres ; pièces et composants des produits précités » ;
– la marque verbale du Royaume-Uni LAND ROVER, enregistrée le 11 octobre 1947 sous le numéro 663199, et dûment renouvelée, pour les produits relevant de la classe 12 correspondant à la description suivante : « Véhicules terrestres à moteur et leurs pièces correspondantes compris dans la classe 12 » ;
– la marque verbale du Royaume-Uni LAND ROVER, enregistrée le 9 février 1996 sous le numéro 1579651, pour les produits relevant de la classe 12 correspondant notamment à la description suivante : « Véhicules terrestres ; pièces et parties constitutives de véhicules terrestres » ;
– la marque figurative de l’Union européenne, enregistrée le 18 décembre 2007 sous le numéro 4847604, notamment pour les produits relevant de la classe 12 correspondant à la description suivante : « Véhicules terrestres et leurs moteurs ; pièces, parties constitutives et accessoires de véhicules terrestres », et reproduite ci-après :
– la marque figurative allemande, enregistrée le 17 janvier 1997 sous le numéro 39507031, et dûment renouvelée, notamment pour les produits relevant de la classe 12 correspondant à la description suivante : « Véhicules terrestres, moteurs de véhicules terrestres ; pièces et composants des produits précités », et reproduite ci-après :
– la marque figurative du Royaume-Uni, enregistrée le 17 mai 1996 sous le numéro 2024015, pour les produits relevant de la classe 12 correspondant notamment à la description suivante : « Véhicules terrestres ; pièces et parties constitutives de véhicules terrestres », et reproduite ci-après :
– la marque figurative du Royaume-Uni, enregistrée le 29 mars 1955 sous le numéro 740778, et dûment renouvelée, pour les produits relevant de la classe 12 correspondant à la description suivante : « Véhicules terrestres à moteur et leurs pièces correspondantes compris dans la classe 12 », et reproduite ci-après :
7 Les motifs invoqués à l’appui de l’opposition étaient ceux visés à l’article 8, paragraphe 1, sous b), et à l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009.
8 Par lettre du 10 août 2012, l’intervenante a demandé la preuve de l’usage des marques antérieures sur lesquelles l’opposition était fondée. La division d’opposition a donc invité la requérante, conformément à l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009, à apporter cette preuve. La requérante a fourni des documents afin de démontrer l’usage sérieux des marques antérieures.
9 Le 30 mai 2013, la division d’opposition a fait droit à l’opposition sur le fondement de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, et rejeté la demande de marque de l’Union européenne. Elle a fondé sa décision sur la marque figurative de l’Union européenne n° 4847604 qui n’était pas soumise à une obligation d’usage à la date de la publication de la demande de marque de l’Union européenne Land Glider. La division d’opposition a considéré que les signes en cause étaient similaires dans la mesure où ils avaient en commun l’élément « land ». Selon elle, le mot « land » sera compris dans certaines langues comme l’anglais, l’allemand et le néerlandais. Elle a cependant considéré que le public dans certains États membres ne comprendrait pas le mot « land » et le percevrait comme un élément fantaisiste, et que, pour cette partie du public pertinent, l’élément commun « land » des signes en conflit ne serait pas perçu comme un élément faible de ces signes. La division d’opposition a en outre relevé que les preuves produites par la requérante étaient suffisantes pour considérer que la marque de l’Union européenne n° 4847604 jouissait d’une renommée dans l’Union pour les véhicules terrestres. Par ailleurs, la division d’opposition a considéré que le public pertinent était susceptible d’associer le signe demandé à la marque de l’Union européenne n° 4847604 et d’établir un lien mental entre ces signes et que, enfin, la marque demandée était susceptible de tirer indûment profit de la renommée de la marque de l’Union européenne n° 4847604.
10 Le 25 juillet 2013, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO, au titre des articles 58 à 64 du règlement n° 207/2009, contre la décision de la division d’opposition.
11 Par décision du 9 décembre 2014 (ci-après la « décision attaquée), la quatrième chambre de recours de l’EUIPO a accueilli le recours et rejeté l’opposition.
12 Quant au premier motif d’opposition, à savoir celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009, la chambre de recours a considéré qu’il n’existait pas de risque de confusion entre les signes en conflit pour les produits en cause. Elle a considéré que le public pertinent était composé des consommateurs de l’ensemble des États membres de l’Union ayant un niveau d’attention accru. Elle a relevé que les produits en cause étaient identiques. La chambre de recours a considéré que l’élément commun « land » des signes en conflit désignait la catégorie des produits, à savoir des véhicules terrestres, par opposition à d’autres véhicules qui s’utilisent dans l’air, sur l’eau ou sur des voies ferrées. La chambre de recours a relevé qu’aucun élément se trouvant dans le dossier ne permettait de conclure que l’élément « land », qui ferait à tout le moins partie des vocabulaires anglais et allemand de base, en particulier en relation avec les produits pertinents, ne serait pas compris par les consommateurs d’automobiles dans l’ensemble de l’Union.
13 En outre, la chambre de recours a considéré que la marque demandée et les marques verbales antérieures étaient seulement faiblement similaires sur les plans visuel et phonétique, car le public pertinent prêterait plus d’attention au second élément des signes en conflit, en raison du caractère descriptif de l’élément « land ». Elle a relevé que, sur le plan conceptuel, le signes en conflit présentaient tout au plus un faible degré de similitude. La chambre de recours a considéré que les mêmes conclusions s’imposaient en ce qui concerne la comparaison entre la marque demandée et les marques figuratives antérieures, à la seule différence que les similitudes sur le plan visuel seraient encore plus limitées.
14 La chambre de recours a également considéré que le caractère distinctif intrinsèque des marques antérieures était moyen et que la valeur probante des éléments de preuve fournis par la requérante ne permettait de tirer aucune conclusion concernant la question de savoir si les marques antérieures jouissaient d’un caractère distinctif accru par l’usage. Compte tenu notamment du niveau d’attention accru du public pertinent et de la circonstance que les marques en conflit ne coïncideraient que par la présence de l’élément « land », ayant selon la chambre de recours un caractère distinctif faible, voire aucun caractère distinctif, cette dernière a conclu à l’absence de risque de confusion, et cela même dans l’hypothèse où le caractère distinctif des marques antérieures devrait être considéré comme étant accru en raison de leur usage.
15 Quant au second motif d’opposition, à savoir celui visé à l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, la chambre de recours a considéré que l’élément commun « land » n’était pas suffisant pour amener le consommateur à établir un lien pertinent entre les marques en conflit qui permettrait de conclure que l’utilisation de la marque demandée tirerait indûment profit du caractère distinctif et de la renommée des marques antérieures ou leur porterait préjudice.
Conclusions des parties
16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
17 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
18 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours et confirmer la décision attaquée ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
19 À l’appui de son recours, la requérante soulève trois moyens, tirés, le premier, d’une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009, le deuxième, d’une violation de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 et, le troisième, d’une violation de l’article 75, première phrase, du règlement n° 207/2009.
20 Il convient d’examiner d’abord le deuxième moyen, tiré d’une violation de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009. Dans le cadre de l’examen de ce moyen, il sera tenu compte de certains arguments soulevés par les parties dans le cadre du premier moyen, tiré d’une violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009.
Sur le deuxième moyen, tiré d’une violation de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009
21 La chambre de recours a considéré que les signes en conflit coïncidaient uniquement par l’élément faible, voire dépourvu de caractère distinctif, « land », et différaient par leurs autres éléments. Elle a en outre considéré qu’une éventuelle renommée des marques antérieures concernerait les marques telles qu’enregistrées et non pas l’un de leurs éléments individuels et que l’élément commun « land » ne serait donc pas suffisant pour que le consommateur établisse un lien pertinent qui permettrait de conclure que l’utilisation de la marque de l’Union européenne demandée tirerait indûment profit du caractère distinctif et de la renommée des marques antérieures ou leur porterait préjudice. Selon la chambre de recours, l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 n’était donc pas applicable.
22 La requérante considère que, ce faisant, la chambre de recours n’a pas procédé à une analyse complète du motif d’opposition tiré de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009. Elle fait en outre valoir, notamment, que l’élément « land » n’est pas descriptif pour les produits en cause, que la chambre de recours n’a pas correctement apprécié le degré de similitude entre les signes en conflit et qu’elle n’a ni évalué ni pris en compte l’intensité de la renommée des marques antérieures.
23 L’EUIPO et l’intervenante font valoir que la chambre de recours a à juste titre conclu à l’absence d’applicabilité de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, en se ralliant, en substance, aux considérations de la chambre de recours.
Observations liminaires
24 Aux termes de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, dans sa version en vigueur jusqu’au 22 mars 2016, « [s]ur opposition du titulaire d’une marque antérieure au sens du paragraphe 2, la marque demandée est également refusée à l’enregistrement si elle est identique ou similaire à la marque antérieure et si elle est destinée à être enregistrée pour des produits ou des services qui ne sont pas similaires à ceux pour lesquels la marque antérieure est enregistrée, lorsque, dans le cas d’une marque communautaire antérieure, elle jouit d’une renommée dans la Communauté et, dans le cas d’une marque nationale antérieure, elle jouit d’une renommée dans l’État membre concerné et que l’usage sans juste motif de la marque demandée tirerait indûment profit du caractère distinctif ou de la renommée de la marque antérieure ou qu’il leur porterait préjudice ».
25 Le libellé de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, dans sa version en vigueur jusqu’au 22 mars 2016, fait référence à des « produits ou des services qui ne sont pas similaires ». Il y a cependant lieu de considérer qu’une marque renommée doit bénéficier, en cas d’usage d’un signe pour des produits ou des services identiques ou similaires, d’une protection au moins aussi étendue qu’en cas d’usage d’un signe pour des produits ou des services non similaires. Il convient, dès lors, d’interpréter, par analogie, l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, dans sa version en vigueur jusqu’au 22 mars 2016, en ce sens qu’il peut être invoqué à l’appui d’une opposition formée aussi bien à l’encontre d’une demande de marque de l’Union européenne visant des produits et des services non identiques à ceux désignés par la marque antérieure et non similaires qu’à l’encontre d’une demande de marque de l’Union européenne visant des produits identiques à ceux de la marque antérieure ou similaires [voir, en ce sens, arrêt du 22 mars 2007, Sigla/OHMI – Elleni Holding (VIPS), T‑215/03, EU:T:2007:93, points 32 et 33].
26 Il convient en outre de relever que l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 a été modifié par le règlement (UE) 2015/2424 du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2015, modifiant le règlement n° 207/2009 et le règlement (CE) n° 2868/95 de la Commission portant modalités d’application du règlement (CE) n° 40/94 du Conseil sur la marque communautaire, et abrogeant le règlement (CE) n° 2869/95 de la Commission relatif aux taxes à payer à l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (JO 2015, L 341, p. 21). La nouvelle version de cette disposition, entrée en vigueur le 23 mars 2016, prévoit explicitement que cette disposition s’applique « indépendamment du fait que les produits ou services pour lesquels [la marque demandée] est demandée sont identiques, similaires ou non similaires à ceux pour lesquels la marque antérieure est enregistrée », ce qui correspond à une simple clarification.
27 La protection élargie accordée à la marque antérieure par l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 présuppose la réunion de plusieurs conditions. Premièrement, la marque antérieure prétendument renommée doit être enregistrée. Deuxièmement, cette dernière et celle dont l’enregistrement est demandé doivent être identiques ou similaires. Troisièmement, cette marque antérieure doit jouir d’une renommée dans l’Union, dans le cas d’une marque de l’Union européenne antérieure, ou dans l’État membre concerné, dans le cas d’une marque nationale antérieure. Quatrièmement, l’usage sans juste motif de la marque demandée doit conduire au risque qu’un profit puisse être indûment tiré du caractère distinctif ou de la renommée de la marque antérieure ou qu’un préjudice puisse être porté au caractère distinctif ou à la renommée de la marque antérieure. Ces conditions étant cumulatives, l’absence de l’une d’entre elles suffit à rendre inapplicable ladite disposition [arrêts du 22 mars 2007, VIPS, T‑215/03, EU:T:2007:93, points 34 et 35, et du 11 juillet 2007, Mülhens/OHMI – Minoronzoni (TOSCA BLU), T‑150/04, EU:T:2007:214, points 54 et 55].
28 Il ressort de la jurisprudence que, lorsque le degré de la similitude en cause ne s’avère pas suffisant pour entraîner l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009, cela n’implique pas que l’application du paragraphe 5 de cet article soit nécessairement exclue. En effet, les degrés de similitude entre les signes en conflit requis par l’un et par l’autre des paragraphes de cette disposition sont différents. Tandis que la mise en œuvre de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009 est subordonnée à la constatation d’un degré de similitude entre ces signes qui soit susceptible de générer, dans l’esprit du public concerné, un risque de confusion entre ceux-ci, l’existence d’un tel risque n’est, en revanche, pas requise comme condition d’application du paragraphe 5 de ce même article (arrêt du 10 décembre 2015, El Corte Inglés/OHMI, C‑603/14 P, EU:C:2015:807, points 40 et 41).
29 Dès lors que l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 se borne à exiger que la similitude existante soit susceptible de conduire le public concerné non pas à confondre les signes en conflit, mais à effectuer un rapprochement entre ceux-ci, c’est-à-dire à établir un lien entre eux, il doit en être conclu que la protection que cette disposition prévoit en faveur des marques renommées est susceptible de s’appliquer alors même que les signes en conflit présentent un degré de similitude moindre (arrêt du 10 décembre 2015, El Corte Inglés/OHMI, C‑603/14 P, EU:C:2015:807, point 42).
30 Il s’ensuit que, dans l’hypothèse où il existe une certaine similitude entre les signes en conflit, il incombe à la chambre de recours, afin de déterminer si les conditions d’application du paragraphe 5 de ce même article sont réunies, d’examiner si, en raison de la présence d’autres facteurs pertinents, le public concerné est susceptible d’établir un lien entre ces signes (voir, en ce sens, arrêt du 10 décembre 2015, El Corte Inglés/OHMI, C‑603/14 P, EU:C:2015:807, point 43).
31 Parmi ces facteurs, peuvent être cités notamment le degré de similitude entre les signes en conflit, la nature des produits ou des services en cause, y compris le degré de proximité ou de dissemblance des produits ou des services en cause ainsi que le public concerné, l’intensité de la renommée de la marque antérieure et le degré de caractère distinctif, intrinsèque ou acquis par l’usage, de la marque antérieure [voir, en ce sens, arrêts du 27 novembre 2008, Intel Corporation, C‑252/07, EU:C:2008:655, point 42, et du 29 mars 2012, You-Q/OHMI – Apple Corps (BEATLE), T‑369/10, non publié, EU:T:2012:177, point 47].
32 Il convient de relever que, en l’espèce, les marques antérieures sont enregistrées, de sorte que la première des conditions mentionnées au point 27 ci-dessus est remplie. La chambre de recours a également conclu à l’existence d’une similitude, bien que faible, entre les marques en conflit, au moins sur les plans visuel et phonétique (deuxième des conditions mentionnées au point 27 ci-dessus). S’agissant de la renommée des marques antérieures (troisième des conditions mentionnées au point 27 ci-dessus), la chambre de recours a affirmé, d’une part, que la valeur probante des éléments de preuve fournis par la requérante ne permettait de tirer aucune conclusion concernant la question de savoir si les marques antérieures jouissaient d’un caractère distinctif accru par l’usage et, d’autre part, que même à supposer que celles-ci jouissent d’une renommée, le public pertinent n’établirait pas de lien entre les signes en conflit sur la base de l’élément commun « land ».
33 En ce qui concerne la quatrième des conditions mentionnées au point 27 ci-dessus, à savoir le fait que l’usage sans juste motif de la marque demandée doit conduire au risque qu’un profit puisse être indûment tiré du caractère distinctif ou de la renommée de la marque antérieure ou qu’un préjudice puisse être porté au caractère distinctif ou à la renommée de la marque antérieure, il convient de rappeler que les atteintes visées à l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 sont la conséquence d’un certain degré de similitude entre les marques en conflit, en raison duquel le public concerné effectue un rapprochement entre ces marques, c’est-à-dire établit un lien entre celles-ci (voir, par analogie, arrêt du 23 octobre 2003, Adidas-Salomon et Adidas Benelux, C‑408/01, EU:C:2003:582, point 29). En l’espèce, la chambre de recours a considéré que le public pertinent n’établirait pas de lien entre les marques en conflit.
34 Il convient donc d’examiner la question de savoir si le raisonnement de la chambre de recours, sur le fondement duquel elle a considéré que, même à supposer que les marques antérieures jouissent d’une renommée, le public pertinent n’établirait pas de lien entre les signes en conflit sur la base de l’élément commun « land », est entaché d’erreurs.
Sur les produits en cause et le public pertinent
35 Il convient de rappeler que la marque demandée vise les « véhicules électriques (prototype), excepté véhicules à deux roues ». Chacune des marques antérieures vise, notamment, soit les « véhicules terrestres », soit les « véhicules », soit les « véhicules terrestres à moteur ». La chambre de recours a, à juste titre, et sans être contredite sur ce point par les parties, conclu à l’identité des produits, car ces termes se chevauchent.
36 Le public pertinent est constitué du grand public dans l’Union, en ce qui concerne les marques de l’Union européenne antérieures, et du grand public au Royaume-Uni ou en Allemagne, en ce qui concerne les marques nationales antérieures. La chambre de recours a constaté à juste titre, et sans être contredite sur ce point par les parties, que le niveau d’attention du public pertinent était accru.
Sur la question de savoir si le public pertinent établira un lien entre les marques en conflit
37 La chambre de recours a fondé son appréciation selon laquelle le public pertinent n’établira pas de lien entre les marques en conflit notamment sur la circonstance que l’élément commun « land » des marques en conflit serait descriptif et qu’il aurait un faible caractère distinctif, voire aucun caractère distinctif. Il convient donc d’examiner la question de savoir si la chambre de recours a correctement évalué le caractère distinctif de cet élément.
– Sur le prétendu caractère descriptif et le caractère distinctif de l’élément commun « land »
38 La chambre de recours a relevé que l’élément commun « land » des marques en conflit renvoyait clairement à l’une des caractéristiques des produits et qu’il désignait la catégorie des produits, à savoir des véhicules terrestres, par opposition à d’autres véhicules qui s’utilisent dans l’air, sur l’eau ou sur des voies ferrées. Elle a en outre considéré que ce terme faisait partie des vocabulaires anglais et allemand de base, et qu’aucun élément dans le dossier ne permettait de conclure que l’élément « land » ne serait pas compris par les consommateurs d’automobiles dans l’ensemble de l’Union. Elle a conclu que cet élément était descriptif des produits en cause.
39 La requérante fait valoir que l’élément « land » n’a pas un sens descriptif pour les consommateurs de l’Union dont les connaissances en langues n’incluent pas le terme anglais « land » ou le terme allemand « Land ». Selon elle, une partie importante du public pertinent ne comprend pas ce mot. En outre, elle considère que le mot « land » n’est pas compris comme étant une description des « véhicules terrestres », même dans la perception de la partie des consommateurs qui comprend la signification du terme « land ».
40 L’EUIPO relève qu’il ressort clairement de la décision attaquée que la chambre de recours a considéré comme notoire le fait que le terme « land » n’était pas seulement un mot anglais, mais un mot très basique faisant partie du vocabulaire élémentaire qui sera compris par une grande majorité du public pertinent dans l’ensemble de l’Union.
41 L’intervenante fait valoir que le terme « land » est un terme élémentaire de la langue anglaise qui fait référence à la partie solide de la surface de la terre et que les consommateurs dans l’Union n’ont aucune difficulté à comprendre ce terme. Selon elle, ce terme a été intégré dans toutes les langues de l’Union. Elle ajoute que ce terme, lorsqu’il est employé en relation avec des véhicules, sera automatiquement compris comme étant descriptif, à savoir comme désignant le type de véhicule propre à la conduite sur des chemins de terre, à la campagne, sur des routes boueuses et pour la détente et les loisirs.
42 En premier lieu, il convient de constater que l’argument de l’intervenante selon lequel le terme « land » aurait été intégré dans toutes les langues de l’Union ne saurait être retenu. La chambre de recours a à juste titre relevé qu’il s’agissait d’un mot des langues anglaise et allemande. La division d’opposition avait également relevé à juste titre, dans sa décision, qu’il s’agissait d’un mot de la langue néerlandaise. Cependant, il y a lieu de constater que ce terme ne fait pas partie du vocabulaire de la plupart des langues de l’Union. L’intervenante n’a d’ailleurs pas exposé de manière concrète, en s’appuyant par exemple sur des extraits de dictionnaires, que ce terme faisait partie du vocabulaire de la totalité des langues de l’Union.
43 En deuxième lieu, il convient de relever qu’il ressort de la jurisprudence que des termes faisant partie du vocabulaire élémentaire de la langue anglaise, tels que, par exemple, les termes anglais « star », « snack » et « food », sont largement connus par les consommateurs dans l’ensemble de l’Union [voir, en ce sens, arrêts du 21 janvier 2010, G-Star Raw Denim/OHMI – ESGW (G Stor), T‑309/08, non publié, EU:T:2010:22, point 32, et du 11 mai 2010, Wessang/OHMI – Greinwald (star foods), T‑492/08, non publié, EU:T:2010:186, point 52].
44 Se pose donc la question de savoir si le mot anglais « land » fait partie du vocabulaire anglais élémentaire susceptible d’être largement connu par les consommateurs dans toute l’Union.
45 À cet égard, il convient de relever, tout d’abord, que le mot anglais « land » a plusieurs significations. Dans la décision attaquée, la chambre de recours a seulement fait référence à l’une de ces significations, à savoir en substance à la désignation de la partie solide de la surface de la terre, par opposition à l’eau ou à l’air. Il n’y a pas lieu de considérer que le mot « land », dans cette signification, soit un mot tellement élémentaire de langue anglaise qu’il sera largement compris par les consommateurs dans toute l’Union.
46 S’agissant de l’argument de l’intervenante selon lequel le mot « land » est connu dans le monde entier parce qu’il fait partie de noms de pays tels que England (Angleterre), Poland (Pologne), Thailand (Thailande) ou Ireland (Irlande), il convient de relever que, dans ces mots, l’élément « land » fait référence à un pays, et non à la partie solide de la surface de la terre par opposition à l’eau ou à l’air. À supposer même que le terme « land », dans la signification de « pays », soit largement connu par les consommateurs dans toute l’Union, cela n’impliquerait nullement que ceux-ci considéreraient ce terme comme une indication descriptive des caractéristiques des véhicules terrestres. Il convient de rappeler, à cet égard, que les signes ou indications descriptifs sont ceux qui peuvent servir, dans un usage normal du point de vue du public ciblé, pour désigner soit directement, soit par la mention d’une de ses caractéristiques essentielles un produit ou un service tel que celui visé par une marque (voir, en ce sens, arrêt du 20 septembre 2001, Procter & Gamble/OHMI, C‑383/99 P, EU:C:2001:461, point 39). Il en résulte que, pour qu’un signe soit descriptif, il faut qu’il présente avec les produits ou services en cause un rapport suffisamment direct et concret de nature à permettre au public concerné de percevoir immédiatement, et sans autre réflexion, une description de la catégorie de produits et de services en cause ou d’une de leurs caractéristiques [voir arrêt du 12 janvier 2005, Deutsche Post EURO EXPRESS/OHMI (EUROPREMIUM), T‑334/03, EU:T:2005:4, point 25 et jurisprudence citée]. Il n’apparaît pas clairement pourquoi le public devrait considérer qu’un terme signifiant « pays » désigne des véhicules terrestres ou l’une des caractéristiques de ceux-ci.
47 En ce qui concerne l’argument de l’intervenante selon lequel le terme « land » serait connu dans le monde entier parce qu’il est utilisé dans des expressions telles que les termes « landmine » (mine terrestre), « landscape » (paysage), « landslide » (glissement de terrain), « landline » (ligne de téléphone fixe), « fatherland » (patrie), « homeland » (patrie) ou « playland » (nom d’un parc d’attractions situé à Rye, New York, États-Unis), il suffit de constater qu’aucun de ces mots ne peut être considéré comme appartenant au vocabulaire élémentaire de l’anglais susceptible d’être largement connu par les consommateurs dans toute l’Union. S’agissant de la référence faite par l’intervenante aux mots allemands « Landmode » (tenues traditionnelles), « Landstraße » (route de campagne) et « auf dem Land » (à la campagne), il y a également lieu de relever qu’il ne s’agit pas de mots largement connus par les consommateurs dans toute l’Union.
48 En ce qui concerne l’argument de l’intervenante selon lequel le terme « land », lorsqu’il est employé en relation avec des véhicules, sera automatiquement compris comme étant descriptif, à savoir comme désignant le type de véhicule propre à la conduite sur des chemins de terre, à la campagne, sur des routes boueuses et pour la détente et les loisirs, il convient de relever que, par cet argument, l’intervenante fait en substance référence à une signification possible du mot anglais « land » différente de celle retenue par la chambre de recours, à savoir à la signification de « campagne ». Il convient cependant de relever que le mot anglais « land », dans la signification de « campagne », ne fait pas non plus partie du vocabulaire élémentaire de la langue anglaise largement connu par les consommateurs dans toute l’Union.
49 Dans son mémoire en réponse, l’intervenante fait en outre référence, de manière globale, aux arguments contenus dans les mémoires qu’elle a présentés au cours de la procédure administrative devant l’EUIPO, afin de compléter l’argumentation qu’elle développe dans le cadre du présent recours.
50 Il convient de rappeler que, en vertu de l’article 21 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et de l’article 177, paragraphe 1, sous d), du règlement de procédure du Tribunal, la requête doit contenir un exposé sommaire des moyens invoqués. Selon une jurisprudence bien établie, si le corps de la requête peut être étayé et complété, sur des points spécifiques, par des renvois à des extraits de pièces qui y sont annexées, un renvoi global à d’autres écrits ne saurait pallier l’absence des éléments essentiels de l’argumentation en droit, qui, en vertu des dispositions rappelées ci-dessus, doivent figurer dans la requête elle-même [voir arrêt du 11 décembre 2014, Oracle America/OHMI – Aava Mobile (AAVA CORE), T‑618/13, non publié, EU:T:2014:1053, point 14 et jurisprudence citée].
51 Cette jurisprudence est transposable au mémoire en réponse de l’autre partie à une procédure d’opposition devant la chambre de recours, intervenant devant le Tribunal. Il n’incombe pas au Tribunal de se substituer aux parties en essayant de rechercher les éléments pertinents dans les documents auxquels elles se réfèrent [voir arrêt du 17 avril 2008, Dainichiseika Colour & Chemicals Mfg./OHMI – Pelikan (Représentation d’un pélican), T‑389/03, non publié, EU:T:2008:114, point 19 et jurisprudence citée].
52 Il s’ensuit que le renvoi global, effectué dans le mémoire en réponse de l’intervenante, aux mémoires qu’elle a déposés devant l’EUIPO est irrecevable.
53 Même si le renvoi, effectué au point 17 du mémoire en intervention, au mémoire de l’intervenante présenté devant la chambre de recours le 26 septembre 2013 (ci-après le « mémoire du 26 septembre 2013 ») et à ses annexes était considéré comme suffisamment précis et dès lors recevable, il convient de relever que les éléments qui s’y trouvent ne sont en tout état de cause pas susceptibles de remettre en cause la circonstance que le mot anglais « land » n’est pas largement connu des consommateurs dans toute l’Union dans ses significations de « partie solide de la surface de la terre » ou « campagne ».
54 L’intervenante a produit, en annexe au mémoire du 26 septembre 2013, des résultats de recherches effectuées sur le moteur de recherche Google avec le mot clé « land » et concernant des sites Internet en plusieurs langues. Elle a affirmé, dans son mémoire du 26 septembre 2013, que les consommateurs de langue française, espagnole ou italienne utilisaient le terme « land » de manière descriptive comme faisant référence à « une sorte de territoire ». À cet égard, elle a fait référence à l’utilisation du mot anglais « land » dans des noms de parcs de recréation tels que Little Big Land et Didiland.
55 Il convient de relever que, lorsque le terme « land » est utilisé dans le nom d’un parc de recréation, il est utilisé soit, comme l’indique la requérante, afin de faire référence à un territoire, soit pour faire référence à un « royaume » au sens figuratif du terme. Aucune de ces significations du mot « land » ne saurait être considérée comme désignant des véhicules terrestres ou l’une des caractéristiques de ceux-ci. Aucune de ces significations n’est susceptible de faire soit référence au fait qu’il s’agit d’un véhicule terrestre par opposition aux véhicules utilisés sur l’eau ou dans l’air, soit au fait qu’un véhicule peut être utilisé en dehors des routes asphaltées. Par ailleurs, la seule circonstance que le mot « land » apparaît sur des sites Internet en langue française, espagnole ou italienne n’implique pas forcément que ce terme soit largement compris par les consommateurs français, espagnols et italiens.
56 L’intervenante a en outre fait valoir, dans son mémoire du 26 septembre 2013, que les mêmes considérations que celles concernant les résultats de recherches effectuées sur le moteur de recherche Google avec le mot clé « land » concernant des sites Internet en langue française, espagnole ou italienne s’appliquaient aux résultats de recherches effectuées sur le moteur de recherche Google concernant des sites Internet en langue grecque, polonaise, portugaise, bulgare, slovène et hongroise. À cet égard, les considérations figurant au point 55 ci-dessus s’appliquent par analogie. Par ailleurs, il y a lieu de relever que les exemples fournis par l’intervenante ne concernent pas toutes des langues de l’Union.
57 S’agissant du constat de la chambre de recours selon lequel « [a]ucun élément versé au dossier ne permet de conclure que l’élément “land”, qui fait à tout le moins partie des vocabulaires anglais et allemand de base, en particulier en relation avec les produits pertinents, ne sera pas compris par les consommateurs d’automobiles dans l’ensemble de l’Union », il convient de relever ce qui suit.
58 Il ne peut pas être présumé que des termes de la langue anglaise sont largement connus dans l’Union, à l’exception de certains termes appartenant au vocabulaire élémentaire de cette langue. En l’espèce, le mot anglais « land », notamment dans sa signification de « partie solide de la surface de la terre » ou « campagne », ne saurait être considéré comme faisant partie d’un tel vocabulaire élémentaire dont il peut être présumé qu’il est largement connu par les consommateurs dans toute l’Union. Dès lors, il n’appartenait pas à la requérante d’apporter des éléments de nature à établir que ce mot ne sera pas compris par les consommateurs d’automobiles dans l’ensemble de l’Union.
59 Lors de l’audience, l’EUIPO a fait valoir que la requérante aurait concédé, lors de la procédure administrative, que le mot anglais et allemand « land » était très courant et qu’il serait compris par le public pertinent.
60 À cet égard, il convient de relever que, dans son mémoire présenté devant la division d’opposition le 20 mars 2012 (ci-après le « mémoire du 20 mars 2012 »), la requérante a d’abord affirmé que les marques en conflit étaient conceptuellement similaires pour la partie du public pertinent qui comprenait la signification des mots « land », « rover » et « glider ». Elle a ajouté qu’un certain pourcentage du public dans les pays non anglophones de l’Union ne connaîtrait pas la signification des mots « rover » et « glider » et qu’un grand nombre parmi les consommateurs appartenant à ce groupe connaîtrait la signification du mot anglais et allemand très courant « land », de sorte qu’il existerait une similitude conceptuelle partielle même pour cette partie du public pertinent.
61 Il convient de relever que le seul fait qu’un grand nombre parmi le groupe des consommateurs qui ne comprennent pas les mots « rover » et « glider » comprend néanmoins le terme « land » n’exclut pas qu’il existe une partie non négligeable du public pertinent qui ne comprend pas non plus le mot « land ». En outre, cette affirmation figure dans la partie du mémoire du 20 mars 2012 consacrée à l’appréciation de la similitude conceptuelle entre les signes en conflit et non dans le cadre d’une appréciation d’un éventuel caractère descriptif de l’élément « land ». Il est suffisant que le public connaisse l’une des significations possibles du mot anglais « land » afin de constater une certaine similitude conceptuelle entre les signes en conflit en raison de la présence de ce terme dans ceux-ci. Cependant, pour un consommateur qui comprend le mot anglais « land » comme une référence à un pays ou à un territoire, ce terme n’est pas descriptif des produits en cause. Il ne saurait donc être considéré que, dans son mémoire du 20 mars 2012, la requérante a concédé que le terme « land » était largement compris par les consommateurs dans toute l’Union comme une référence à la partie solide de la surface de la terre ou à la campagne.
62 En tout état de cause, il convient de relever que la question de savoir si un terme appartient au vocabulaire élémentaire de l’anglais constitue une question qui relève des faits notoires. La limitation de la base factuelle de l’examen opéré par l’EUIPO n’exclut pas que celui-ci prenne en considération, outre les faits avancés explicitement par les parties, des faits notoires, c’est-à-dire des faits qui sont susceptibles d’être connus par toute personne ou qui peuvent être connus par des sources généralement accessibles [voir arrêts du 9 décembre 2010, Tresplain Investments/OHMI – Hoo Hing (Golden Elephant Brand), T‑303/08, EU:T:2010:505, point 67 et jurisprudence citée, et du 19 juin 2014, Kampol/OHMI – Colmol (Nobel), T‑382/12, non publié, EU:T:2014:563, point 57 et jurisprudence citée]. L’EUIPO n’est pas lié à cet égard par les arguments des parties. Il y a lieu de souligner que l’article 76, paragraphe 1, in fine, du règlement n° 207/2009 ne saurait avoir pour but de contraindre la division d’opposition ou la chambre de recours à adopter sciemment une décision sur la base d’hypothèses factuelles manifestement incomplètes ou contraires à la réalité [arrêt du 22 juin 2004, Ruiz-Picasso e.a./OHMI – DaimlerChrysler (PICARO), T‑185/02, EU:T:2004:189, point 32].
63 Par ailleurs, la division d’opposition a constaté que le public dans certains États membres ne comprendrait pas le mot « land », et la requérante s’est explicitement ralliée à ce constat, dans son mémoire présenté le 5 décembre 2013 devant la chambre de recours.
64 Dans ces circonstances, l’EUIPO ne saurait utilement invoquer le fait que la requérante aurait concédé, dans son mémoire du 20 mars 2012, que le mot anglais et allemand « land » était très courant et qu’il serait compris par le public pertinent.
65 Il résulte de ce qui précède que c’est à tort que la chambre de recours a considéré que l’élément « land » était compris par l’ensemble du public dans toute l’Union comme une référence à la partie solide de la surface de la terre.
66 Il y a lieu de considérer que, pour la partie du public visé par les marques de l’Union européenne qui ne comprend pas le terme « land » comme une référence à la partie solide de la surface de la terre ou à la campagne, l’élément « land » n’est pas descriptif. Étant donné qu’il s’agit d’une partie non négligeable du public visé par les marques de l’Union européenne antérieures, il n’est pas nécessaire d’examiner les arguments de la requérante visant à établir que l’élément « land » n’est pas descriptif pour les véhicules terrestres même pour les consommateurs qui en connaissent la signification.
67 S’agissant du caractère distinctif de l’élément commun « land » des marques en conflit, il convient de relever que le caractère distinctif désigne la capacité d’identifier un produit ou un service comme provenant d’une entreprise déterminée et donc de distinguer ce produit ou ce service de ceux d’autres entreprises (voir, en ce sens, arrêt du 4 octobre 2007, Henkel/OHMI, C‑144/06 P, EU:C:2007:577, point 34). Une marque, et, par analogie, un élément d’une marque ayant, s’agissant des produits ou des services en cause, un caractère descriptif, sont, de ce fait, nécessairement dépourvus de caractère distinctif au regard de ces mêmes produits ou services (voir, en ce sens, arrêt du 15 mars 2012, Strigl et Securvita, C‑90/11 et C‑91/11, EU:C:2012:147, point 21).
68 En l’espèce, la chambre de recours n’a avancé aucun argument, mis à part le prétendu caractère descriptif de l’élément « land », pour étayer sa conclusion selon laquelle cet élément n’avait pas de caractère distinctif. Elle n’a pas non plus avancé un argument supplémentaire afin d’étayer son constat selon lequel le caractère distinctif était tout au plus faible.
69 Pour la partie non négligeable du public pertinent qui ne comprend pas le mot « land », ou du moins ne le comprend pas comme une référence à la partie solide de la surface de la terre ou à la campagne, il n’y a pas lieu de considérer que ce mot n’a pas de caractère distinctif intrinsèque ou qu’il a un caractère distinctif intrinsèque faible pour les produits en cause.
70 Il s’ensuit que la chambre de recours a fondé son raisonnement sur une prémisse erronée en considérant que, pour l’ensemble du public pertinent, cet élément était descriptif et avait un caractère distinctif faible, voire aucun caractère distinctif.
– Sur le constat de la chambre de recours selon lequel une éventuelle renommée des marques antérieures concernerait les marques telles qu’enregistrées et non pas l’un de leurs éléments individuels
71 Au point 55 de la décision attaquée, la chambre de recours a relevé que l’élément commun « land » des marques en conflit n’était pas suffisant pour que les consommateurs établissent un lien entre celles-ci, car une éventuelle renommée des marques antérieures « concernerait les marques telles qu’enregistrées et non pas l’un de leurs éléments individuels ». Ce constat doit être lu à la lumière du constat figurant au point 54 de la décision attaquée, selon lequel l’élément commun « land » a un caractère distinctif faible ou aucun caractère distinctif. La chambre de recours a en substance considéré que le seul fait qu’une marque contenant un élément non distinctif ou à faible caractère distinctif ait acquis une renommée n’impliquait pas que cet élément soit suffisant afin que le public établisse un lien entre cette marque et une autre marque contenant ce même élément.
72 Cet argument de la chambre de recours est donc également fondé sur la prémisse erronée selon laquelle, pour l’ensemble du public pertinent, l’élément « land » est descriptif et a un caractère distinctif faible, voire aucun caractère distinctif.
– Sur l’appréciation par la chambre de recours du degré de similitude des marques en conflit
73 La notion de la similitude entre les marques en conflit revêt, dans le cadre de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, le même sens que dans le cadre de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009 (voir, en ce sens, arrêt du 10 décembre 2015, El Corte Inglés/OHMI, C‑603/14 P, EU:C:2015:807, point 39).
74 La chambre de recours a considéré que la marque demandée et les marques verbales antérieures étaient seulement faiblement similaires sur les plans visuel et phonétique, car le public pertinent prêterait plus d’attention au second élément des signes en conflit, en raison du caractère descriptif de l’élément « land ».
75 L’appréciation faite par la chambre de recours de la similitude entre la marque demandée et les marques de l’Union européenne antérieures est donc fondée sur la prémisse erronée selon laquelle l’élément « land » est descriptif dans la perception de l’ensemble du public pertinent.
76 La chambre de recours a donc commis une erreur dans le cadre de l’appréciation du degré de similitude entre ces marques.
– Conclusion sur l’appréciation par la chambre de recours de la question de savoir si le public pertinent établira un lien entre les marques en conflit
77 Il résulte de ce qui précède que l’argumentation développée par la chambre de recours afin de constater que le public pertinent n’établira pas de lien entre les marques en conflit est entachée d’erreurs. D’une part, elle est fondée sur la prémisse erronée selon laquelle l’élément « land » des signes en conflit sera compris par l’ensemble du public visé par les marques de l’Union européenne antérieures. D’autre part, l’appréciation de la similitude des signes en conflit, à savoir de l’un des facteurs à prendre en considération dans le cadre de l’examen de l’existence d’un lien (voir point 31 ci-dessus), est également entachée d’erreurs en ce que celle-ci est fondée sur la même prémisse erronée.
78 Il s’ensuit que le raisonnement de la chambre de recours, sur le fondement duquel elle a considéré que, même à supposer que les marques antérieures jouissent d’une renommée, le public pertinent n’établirait pas de lien entre les signes en conflit sur la base de l’élément commun « land », est entaché d’erreurs.
Sur l’appréciation par la chambre de recours de la renommée des marques antérieures
79 Il y a lieu de rappeler que les conditions pour l’applicabilité de l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009, mentionnées au point 27 ci-dessus, sont cumulatives. Il s’ensuit que l’absence de renommée des marques antérieures (troisième des conditions mentionnées au point 27 ci-dessus) aurait pour conséquence que l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 ne serait pas applicable.
80 Il convient en outre de relever que la chambre de recours a considéré, au point 35 de la décision attaquée, que la valeur probante des éléments de preuve fournis par la requérante ne permettait de tirer aucune conclusion concernant la question de savoir si les marques antérieures jouissaient d’un caractère distinctif accru par l’usage. Si cette affirmation de la chambre de recours avait été établie à suffisance de droit, il n’y aurait pas lieu d’accueillir le deuxième moyen, car, dans cette hypothèse, les erreurs identifiées au point 77 ci-dessus n’auraient eu aucune influence sur le résultat.
81 Il convient cependant de relever que la chambre de recours s’est limitée à une simple affirmation à cet égard, sans expliquer les raisons pour lesquelles les 2 500 pages de documents fournies par la requérante n’étaient, selon elle, pas suffisantes afin d’établir le caractère distinctif accru ou la renommée des marques antérieures. Il est impossible de considérer que la chambre de recours a fait siennes les considérations de la division d’opposition à cet égard, car la division d’opposition était parvenue au résultat contraire. L’EUIPO a d’ailleurs concédé, dans son mémoire en réponse, que la décision attaquée ne contenait aucune analyse détaillée des preuves relatives au caractère distinctif accru telles que présentées par la requérante.
82 Au vu de l’absence d’une analyse détaillée effectuée par la chambre de recours, il convient de constater que celle-ci n’a pas établi que la valeur probante des éléments de preuve fournis par la requérante n’était pas suffisante afin de démontrer le caractère distinctif accru ou la renommée des marques antérieures. Il est donc impossible de rejeter le deuxième moyen au motif que la requérante n’aurait en tout état de cause pas démontré la renommée des marques antérieures.
83 Il s’ensuit que le raisonnement suivi par la chambre de recours ne permet pas d’écarter le motif de refus prévu à l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009. C’est donc à tort que la chambre de recours s’est abstenue d’examiner en détail la renommée des marques antérieures, les facteurs pertinents pour la question de savoir si le public concerné est susceptible d’établir un lien entre les marques en conflit (voir points 30 et 31 ci-dessus), ainsi que l’existence d’un risque qu’un profit puisse être indûment tiré du caractère distinctif ou de la renommée des marques antérieures ou qu’un préjudice puisse être porté au caractère distinctif ou à la renommée de celles-ci.
Conclusion
84 Il résulte de tout ce qui précède que la chambre de recours a commis une erreur en rejetant le motif d’opposition visé à l’article 8, paragraphe 5, du règlement n° 207/2009 sans procéder à une analyse complète des conditions de cette disposition. Il convient donc de faire droit au deuxième moyen soulevé par la requérante et, par conséquent, d’annuler la décision attaquée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les premier et troisième moyens soulevés par la requérante.
Sur les dépens
85 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
86 L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la requérante.
87 L’intervenante ayant succombé en ses conclusions, celle-ci supportera ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre)
déclare et arrête :
1) La décision de la quatrième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 9 décembre 2014 (affaire R 1415/2013‑4) est annulée.
2) L’EUIPO supportera, outre ses propres dépens, les dépens exposés par Jaguar Land Rover Ltd.
3) Nissan Jidosha KK supportera ses propres dépens.
| Dittrich | Schwarcz | Tomljenović |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 16 février 2017.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Affaire C-521/15: Arrêt de la Cour (grande chambre) du 20 décembre 2017 — Royaume d'Espagne / Conseil de l'Union européenne (Recours en annulation — Décision d’exécution (UE) 2015/1289 — Infliction d’une amende à un État membre dans le cadre de la surveillance économique et budgétaire de la zone euro — Manipulation de données statistiques relatives au déficit de l’État membre concerné — Compétence juridictionnelle — Règlement (UE) n° 1173/2011 — Article 8, paragraphes 1 et 3 — Décision déléguée 2012/678/UE — Article 2, paragraphes 1 et 3, ainsi que article 14, paragraphe 2 — Règlement (CE) n° 479/2009 — Article 3, paragraphe 1, article 8, paragraphe 1, ainsi que articles 11 et 11 bis — Droits de la défense — Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne — Article 41, paragraphe 1 — Droit à une bonne administration — Articles 121, 126 et 136 TFUE — Protocole n° 12 sur la procédure concernant les déficits excessifs — Matérialité de l’infraction — Déclarations erronées — Détermination de l’amende — Principe de non-rétroactivité des dispositions pénales)
20/12/2017
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 20 décembre 2017.#Asociación Profesional Elite Taxi contre Uber Systems Spain SL.#Demande de décision préjudicielle, introduite par le Juzgado Mercantil n° 3 de Barcelona.#Renvoi préjudiciel – Article 56 TFUE – Article 58, paragraphe 1, TFUE – Services dans le domaine des transports – Directive 2006/123/CE – Services dans le marché intérieur – Directive 2000/31/CE – Directive 98/34/CE – Services de la société de l’information – Service d’intermédiation permettant, au moyen d’une application pour téléphone intelligent, de mettre en relation contre rémunération des chauffeurs non professionnels utilisant leur propre véhicule avec des personnes souhaitant effectuer des déplacements urbains – Exigence d’une autorisation.#Affaire C-434/15.
20/12/2017
Affaire C-81/16 P: Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 20 décembre 2017 — Royaume d'Espagne / Commission européenne (Pourvoi — Aides d’État — Télévision numérique — Aide au déploiement de la télévision numérique terrestre dans les zones éloignées et moins urbanisées — Subvention en faveur des opérateurs de plateformes de télévision numérique terrestre — Décision déclarant partiellement les mesures d’aides incompatibles avec le marché intérieur — Notion d’«aide d’État» — Avantage — Service d’intérêt économique général — Définition — Marge d’appréciation des États membres)
20/12/2017
Affaire C-226/16: Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 20 décembre 2017 (demande de décision préjudicielle du Conseil d'État — France) — Eni SpA, Eni Gas & Power France SA, Union professionnelle des industries privées du gaz (Uprigaz) / Premier ministre, Ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer (Renvoi préjudiciel — Énergie — Secteur du gaz — Sécurité de l’approvisionnement en gaz — Règlement (UE) n° 994/2010 — Obligation des entreprises de gaz naturel de prendre les mesures visant à garantir l’approvisionnement en gaz des clients protégés — Article 2, second alinéa, point 1 — Notion de «clients protégés» — Article 8, paragraphe 2 — Obligation supplémentaire — Article 8, paragraphe 5 — Possibilité pour les entreprises de gaz naturel de satisfaire à leur obligation au niveau régional ou au niveau de l’Union — Réglementation nationale imposant aux fournisseurs de gaz une obligation supplémentaire de stockage de gaz dont le champ d’application inclut des clients ne figurant pas parmi les clients protégés au sens du règlement n° 994/2010 — Obligation de stockage devant être satisfaite à hauteur de 80 % sur le territoire de l’État membre concerné)
20/12/2017