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AccueilDroit européen62015TJ0451
Jurisprudence CJUE62015TJ0451

Arrêt du Tribunal (sixième chambre) du 7 septembre 2017.#AlzChem AG contre Commission européenne.#Accès aux documents – Règlement (CE) no 1049/2001 – Documents afférents à une procédure de contrôle des aides d’État – Refus d’accès – Exception relative à la protection des objectifs des activités d’inspection, d’enquête et d’audit – Obligation de procéder à un examen concret et individuel – Intérêt public supérieur.#Affaire T-451/15.

CELEX62015TJ0451
TypeJurisprudence CJUE
Datejeudi 7 septembre 2017

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne a annulé la décision de la Commission refusant à AlzChem AG l'accès à des documents relatifs à une procédure de contrôle des aides d'État, au motif que la Commission n'avait pas procédé à un examen concret et individuel des documents avant d'invoquer l'exception de protection des objectifs d'enquête. Cet arrêt rappelle l'obligation stricte pour la Commission de démontrer, document par document, en quoi la divulgation porterait concrètement atteinte à l'enquête en cours, et précise les conditions dans lesquelles un intérêt public supérieur peut justifier la divulgation.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre)

7 septembre 2017 (*)

« Accès aux documents – Règlement (CE) n° 1049/2001 – Documents afférents à une procédure de contrôle des aides d’État – Refus d’accès – Exception relative à la protection des objectifs des activités d’inspection, d’enquête et d’audit – Obligation de procéder à un examen concret et individuel – Intérêt public supérieur »

Dans l’affaire T‑451/15,

AlzChem AG, établie à Trostberg (Allemagne), représentée initialement par Mes A. Borsos et J. Guerrero Pérez, puis par Mes Borsos, Guerrero Pérez et I. Georgiopoulos, avocats,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par MM. A. Buchet, M. Konstantinidis et Mme L. Armati, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

ayant pour objet une demande fondée sur l’article 263 TFUE et tendant à l’annulation de la décision de la Commission du 26 mai 2015 refusant d’accorder à la requérante l’accès à des documents afférents à une procédure de contrôle des aides d’État,

LE TRIBUNAL (sixième chambre),

composé de MM. G. Berardis, président, S. Papasavvas et Mme O. Spineanu‑Matei (rapporteur), juges,

greffier : M. P. Cullen, administrateur,

vu la phase écrite de la procédure et à la suite de l’audience du 3 mai 2017,

rend le présent

Arrêt

Antécédents du litige

1 Par sa décision (UE) 2015/1826, du 15 octobre 2014, concernant l’aide d’État SA.33797 (2013/C) (ex 2013/NN) (ex 2011/CP) mise à exécution par la Slovaquie en faveur de l’entreprise NCHZ (JO 2015, L 269, p. 71), la Commission européenne a estimé que Novácké chemické závody, a.s. (ci-après « NCHZ »), entreprise chimique slovaque, avait bénéficié d’une aide d’État illégale et incompatible avec le marché intérieur dans le cadre de sa procédure de faillite. Par conséquent, la Commission a décidé que cette aide devait être remboursée non seulement par NCHZ, mais également par Fortischem, a.s., en tant que successeur économique.

2 La requérante, AlzChem AG, est une entreprise allemande active dans le domaine de la chimie, qui est intervenue en tant que partie intéressée à la procédure ayant mené à la décision 2015/1826. Elle a, à cet égard, présenté ses observations à la Commission s’agissant des mesures mises à exécution par la République slovaque en faveur de NCHZ.

3 Par lettre du 16 mars 2015, la requérante a présenté à la Commission une demande d’accès à des documents, en vertu du règlement (CE) n° 1049/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 30 mai 2001, relatif à l’accès du public aux documents du Parlement européen, du Conseil et de la Commission (JO 2001, L 145, p. 43). Cette demande avait trait à trois documents (ci-après les « documents en cause »), à savoir, en premier lieu, l’analyse économique de l’administrateur de NCHZ du 23 décembre 2010, en deuxième lieu, la « présentation de gestion de NCHZ » (NCHZ Nováky – Feasibility Study Reengineering) et, en troisième lieu, les observations du gouvernement slovaque concernant l’interprétation et l’application de la loi slovaque sur la faillite.

4 La Commission a rejeté cette demande par lettre du 27 mars 2015, au motif qu’elle relevait du champ d’application des exceptions prévues à l’article 4, paragraphes 2 et 3, du règlement n° 1049/2001. Plus précisément, elle a estimé que ces exceptions étaient applicables au motif, notamment, que les documents en cause étaient liés à une affaire en matière d’aide d’État pendante devant le Tribunal. Elle a également relevé qu’aucun argument susceptible d’établir l’existence d’un intérêt public supérieur justifiant la divulgation n’avait été avancé et qu’un accès partiel n’était pas envisageable au regard des exceptions précitées.

5 Par lettre du 16 avril 2015, la requérante a adressé à la Commission une demande confirmative, conformément à l’article 7, paragraphe 2, du règlement n° 1049/2001. Elle a contesté le refus de la Commission en soutenant, notamment, que les documents en cause ne tombaient pas dans le champ des exceptions invoquées par la Commission et n’étaient pas couverts par une présomption générale. Elle a également fait valoir qu’il existait un intérêt public supérieur justifiant la divulgation des documents en cause.

6 Par décision du 26 mai 2015 (ci-après la « décision attaquée »), la Commission a confirmé le refus d’accès à l’ensemble des documents en cause.

7 En premier lieu, la Commission a indiqué que les documents en cause faisaient partie du dossier relatif à une affaire pendante devant le Tribunal, portant sur une enquête en matière d’aide d’État, pour laquelle la procédure ne pouvait pas être considérée comme étant déjà finalisée, dès lors que, selon la solution retenue dans l’arrêt qui serait rendu par le Tribunal, elle pourrait être obligée de reconsidérer sa position et de rouvrir l’affaire. Elle a estimé par conséquent que les documents en cause relevaient, d’une part, de l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 2, troisième tiret, du règlement n° 1049/2001, relative à la protection des activités d’enquête, et, d’autre part, de celle prévue à l’article 4, paragraphe 3, du règlement n° 1049/2001, relative à la protection du processus décisionnel.

8 En second lieu, la Commission a estimé que les documents en cause n’étaient pas tombés dans le domaine public et n’étaient connus que par un nombre limité de personnes. Plus particulièrement, ils concernaient des informations commerciales et comprenaient des données sensibles sur les activités de NCHZ. La Commission a également relevé que ces documents dataient de moins de cinq ans et contenaient une analyse détaillée des activités et des actifs de NCHZ. Par ailleurs, même si NCHZ était elle-même en faillite et ne poursuivait pas elle-même d’activités commerciales, ces dernières seraient actuellement mises en œuvre par Fortischem, en tant que successeur économique. Aussi, la Commission était d’avis que les documents en cause étaient couverts par l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 2, premier tiret, du règlement n° 1049/2001, relatif à la protection des intérêts commerciaux. La Commission a estimé par ailleurs que, si la présomption reconnue dans l’arrêt du 7 juillet 2010, Agrofert Holding/Commission (T‑111/07, non publié, EU:T:2010:285), n’excluait pas la possibilité de démontrer que certains documents, dont la divulgation était demandée, n’étaient pas couverts par ladite présomption, la requérante avait toutefois succombé dans cette tentative.

Procédure et conclusions des parties

9 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 5 août 2015, la requérante a introduit le présent recours.

10 Sur proposition du juge rapporteur, le Tribunal (sixième chambre) a décidé d’ouvrir la phase orale de la procédure.

11 Les parties ont été entendues en leurs plaidoiries et en leurs réponses aux questions posées par le Tribunal lors de l’audience du 3 mai 2017.

12 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– déclarer le recours recevable et fondé ;

– annuler la décision attaquée ;

– condamner la Commission aux dépens.

13 La Commission conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

14 Au soutien de son recours, la requérante invoque trois moyens, tirés, le premier, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application d’une présomption générale relative à l’exception visant à protéger les enquêtes réalisées par les institutions de l’Union européenne, le deuxième, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’exception visant à protéger les intérêts commerciaux et, le troisième, d’une violation de l’obligation de motiver le refus de donner accès aux documents dans une version non confidentielle ou dans les locaux de la Commission.

Sur le premier moyen, tiré d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application d’une présomption générale relative à l’exception visant à protéger les enquêtes réalisées par les institutions de l’Union

15 Le premier moyen de la requérante se divise en quatre branches. La première est tirée d’une erreur de droit liée à l’application d’une présomption générale. La deuxième concerne une erreur de droit relative à la protection des objectifs d’enquête. La troisième est tirée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation de l’intérêt public supérieur consistant à protéger le droit à un recours effectif. La quatrième est tirée d’une erreur de droit dans l’application du droit fondamental d’accès aux documents.

Sur la première branche, tirée d’une erreur de droit liée à l’application d’une présomption générale

16 La requérante fait valoir que la Commission a commis une erreur de droit en recourant au « principe des exceptions générales » pour refuser l’accès aux documents en cause, sur le fondement de l’article 4, paragraphe 2, du règlement n° 1049/2001. Elle estime que la présomption générale invoquée par la Commission ne saurait s’appliquer lorsque la demande d’accès porte sur des documents précis.

17 La Commission conteste les arguments de la requérante.

18 À cet égard, il convient de souligner que le règlement n° 1049/2001 vise à conférer au public un droit d’accès aux documents des institutions qui soit le plus large possible (arrêt du 1er février 2007, Sison/Conseil, C‑266/05 P, EU:C:2007:75, point 61). Il ressort également de ce règlement, notamment de son article 4, qui prévoit un régime d’exceptions à cet égard, que ce droit d’accès n’en est pas moins soumis à certaines limites fondées sur des raisons d’intérêt public ou privé (arrêts du 1er février 2007, Sison/Conseil, C‑266/05 P, EU:C:2007:75, point 62 ; du 29 juin 2010, Commission/Technische Glaswerke Ilmenau, C‑139/07 P, EU:C:2010:376, point 51, et du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 61).

19 Selon une jurisprudence bien établie, pour justifier le refus d’accès à un document dont la divulgation a été demandée, il ne suffit pas, en principe, que ce document relève d’une activité mentionnée à l’article 4, paragraphes 2 et 3, du règlement n° 1049/2001. L’institution concernée doit également fournir des explications quant à la question de savoir comment l’accès audit document pourrait porter concrètement et effectivement atteinte à l’intérêt protégé par une exception prévue à cet article (voir arrêt du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 64 et jurisprudence citée).

20 Toutefois, il est loisible à l’institution concernée de se fonder, à cet égard, sur des présomptions générales s’appliquant à certaines catégories de documents, des considérations d’ordre général similaires étant susceptibles de s’appliquer à des demandes de divulgation portant sur des documents de même nature (voir arrêt du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 65 et jurisprudence citée).

21 La ratio legis qui sous-tend l’application des présomptions générales, visées au point 20 ci-dessus, est liée à l’impérative nécessité d’assurer le bon fonctionnement des procédures en question et de garantir que leurs objectifs ne soient pas compromis. Ainsi, la reconnaissance d’une présomption générale peut être fondée sur l’incompatibilité de l’accès aux documents de certaines procédures avec le bon déroulement de celles-ci et sur le risque qu’il leur soit porté atteinte, étant entendu que les présomptions générales permettent de préserver l’intégrité du déroulement de la procédure en limitant l’ingérence des tierces parties (voir, en ce sens, arrêt du 26 mai 2016, International Management Group/Commission, T‑110/15, EU:T:2016:322, point 32).

22 L’existence de présomptions générales a été admise, notamment, en ce qui concerne les documents du dossier administratif afférent à une procédure de contrôle des aides d’État (voir, en ce sens, arrêts du 29 juin 2010, Commission/Technische Glaswerke Ilmenau, C‑139/07 P, EU:C:2010:376, point 61, et du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 59), tels que ceux en cause en l’espèce. En particulier, il a été jugé que, aux fins de l’interprétation de l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 2, troisième tiret, du règlement n° 1049/2001, il y avait lieu de reconnaître l’existence de la présomption générale selon laquelle la divulgation des documents du dossier administratif porterait, en principe, atteinte à la protection des activités d’enquête (arrêt du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 63).

23 C’est donc le fait que les documents en cause se rapportent à la procédure de contrôle d’une aide d’État qui détermine l’application de la présomption générale de refus d’accès.

24 En l’espèce, la requérante estime qu’une telle présomption générale ne peut être utilisée que si la demande d’accès porte sur des catégories ou des ensembles de documents, décrits de manière globale. Par ailleurs, l’arrêt du 25 octobre 2013, Beninca/Commission (T‑561/12, non publié, EU:T:2013:558), invoqué par la Commission, ne « reflète », selon la requérante, que l’application de la présomption générale à un seul document dans le cadre d’une procédure de contrôle d’une concentration et ne serait pas applicable en l’espèce. Elle en déduit que la seule manière d’interpréter la jurisprudence de la Cour de manière cohérente serait que la présomption générale ne s’applique pas lorsque la demande d’accès porte sur des documents précis.

25 En premier lieu, ainsi que cela a été exposé au point 23 ci-dessus, il convient de relever que le simple fait que les documents en cause relevaient du dossier administratif afférent à une procédure de contrôle des aides d’État suffisait pour justifier l’application de la présomption générale de confidentialité des documents concernant une telle procédure, et ce indépendamment du fait que les documents concernés par la demande ont été spécifiquement identifiés ou sont peu nombreux. En effet, il y a lieu de relever que l’exigence d’une condition quant à la quantité minimale de documents qui devraient être visés par une demande d’accès pour permettre l’application d’une présomption générale de refus, outre qu’elle se heurte à des difficultés de mise en œuvre lors de la détermination concrète de ladite quantité minimale, se révèle irréconciliable avec le motif sous-jacent à la reconnaissance d’une telle présomption générale, notamment en matière de procédure de contrôle des aides d’État, à savoir le bon déroulement de ces procédures et le risque de compromettre leur résultat (voir points 21 et 22 ci-dessus). C’est dès lors un critère qualitatif, à savoir le fait que les documents se rapportent à une telle procédure, qui détermine l’application de la présomption générale de refus, et non, comme le soutient la requérante, un critère quantitatif, à savoir le nombre plus ou moins élevé de documents visés par la demande d’accès en question (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 25 septembre 2014, Spirlea/Commission, T‑306/12, EU:T:2014:816, points 74 et 75).

26 Partant, c’est à tort que la requérante prétend que la présomption générale ne peut être utilisée que si la demande d’accès porte sur des catégories ou des ensembles de documents, décrits de manière globale.

27 En deuxième lieu, il convient de relever que, ainsi que la Commission le souligne dans la décision attaquée, le Tribunal a déjà estimé, dans l’arrêt du 25 octobre 2013, Beninca/Commission (T‑561/12, non publié, EU:T:2013:558, point 32), que la présomption générale trouvait application même si un seul document avait fait l’objet d’une demande d’accès.

28 Bien que l’arrêt du 25 octobre 2013, Beninca/Commission (T‑561/12, non publié, EU:T:2013:558), concerne une procédure de contrôle des opérations de concentration, sa portée doit être étendue, par analogie, aux procédures de contrôle des aides d’État. Cette solution découle de la jurisprudence de la Cour, qui a déjà eu l’occasion de constater que, du point de vue de l’accès au dossier administratif, les procédures de contrôle des aides d’État et celles de contrôle des opérations de concentration étaient comparables (voir, en ce sens, arrêt du 28 juin 2012, Commission/Éditions Odile Jacob, C‑404/10 P, EU:C:2012:393, points 116 à 123).

29 Au demeurant, la possibilité pour la présomption générale de ne couvrir qu’un seul document donné a été spécifiquement admise ultérieurement dans le cadre d’une procédure de contrôle d’une aide d’État (arrêt du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 64). Par ailleurs, dans l’arrêt du 28 juin 2012, Commission/Éditions Odile Jacob (C‑404/10 P, EU:C:2012:393, points 127 et 130), la Cour a également reconnu que la présomption générale était susceptible de s’appliquer à une catégorie de documents même lorsque la demande d’accès ne concernait concrètement que deux documents.

30 Aussi, eu égard aux développements qui précèdent, la Commission a estimé à bon droit que la présomption générale pouvait trouver application en l’espèce, alors que la demande d’accès ne concernait que trois documents précis.

31 En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, l’existence de la présomption générale selon laquelle la divulgation des documents du dossier administratif porterait, en principe, atteinte à la protection des objectifs des activités d’enquête n’exclut pas le droit pour la requérante de pouvoir démontrer qu’un ou plusieurs documents donnés dont elle demande la divulgation ne sont pas couverts par ladite présomption ou qu’il existe un intérêt public supérieur justifiant leur divulgation en vertu de l’article 4, paragraphe 2, du règlement n° 1049/2001 (voir, en ce sens, arrêts du 29 juin 2010, Commission/Technische Glaswerke Ilmenau, C‑139/07 P, EU:C:2010:376, point 62, et du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 100).

32 À cet égard, la présomption générale selon laquelle la divulgation des documents du dossier administratif porterait, en principe, atteinte à la protection des objectifs des activités d’enquête n’est pas irréfragable et n’exclut pas que certains des documents précis contenus dans le dossier de la Commission relatif à une procédure de contrôle des aides d’État puissent être divulgués (voir, en ce sens, arrêt du 14 juillet 2016, Sea Handling/Commission, C‑271/15 P, non publié, EU:C:2016:557, point 42), de sorte que l’argument de la requérante ne saurait prospérer.

33 Par conséquent, il convient de rejeter la première branche du premier moyen comme non fondée.

Sur la deuxième branche, tirée d’une erreur de droit concernant la protection des activités d’enquête

34 La requérante estime que la divulgation des documents en cause ne saurait porter atteinte aux activités d’enquête de la Commission, étant donné que la procédure est achevée. En outre, elle relève que l’enquête n’était pas fondée exclusivement sur les documents en cause. Elle estime par ailleurs que la Commission pourrait ouvrir une nouvelle enquête à tout moment à l’avenir, ce qui pourrait compromettre l’accès aux documents. La requérante estime également que la divulgation des documents en cause ne saurait nuire à la collaboration entre la Commission et les États membres, dans le cadre des enquêtes en matière d’aides d’État. Enfin, la requérante estime que, dès lors que deux des documents en cause n’ont pas été préparés spécifiquement pour l’enquête de la Commission, il n’y a aucune raison de ne pas les divulguer.

35 La Commission conteste les arguments de la requérante.

36 En l’espèce, il est constant que les documents en cause relèvent d’une activité d’enquête, au sens de l’article 4, paragraphe 2, troisième tiret, du règlement n° 1049/2001. En effet, la requérante sollicite l’accès à divers documents relevant du dossier administratif de la Commission concernant une procédure de contrôle d’une aide d’État, ayant mené à la décision 2015/1826, ce qui relève indéniablement d’une activité d’enquête.

37 Il convient de rappeler que, en vertu de l’exception figurant à l’article 4, paragraphe 2, troisième tiret, du règlement n° 1049/2001, les institutions, à moins qu’un intérêt public supérieur ne justifie la divulgation d’un document, refusent l’accès à celui-ci dans le cas où sa divulgation porterait atteinte à la protection des objectifs des activités d’inspection, d’enquête et d’audit.

38 Aux fins de l’interprétation de l’exception prévue à l’article 4, paragraphe 2, troisième tiret, du règlement n° 1049/2001, il y a lieu de tenir compte de la circonstance selon laquelle les parties intéressées, à l’exception de l’État membre responsable de l’octroi de l’aide, ne disposent pas, dans le cadre de la procédure de contrôle des aides d’État, du droit de consulter les documents du dossier administratif de la Commission (voir, en ce sens, arrêt du 29 juin 2010, Commission/Technische Glaswerke Ilmenau, C‑139/07 P, EU:C:2010:376, point 61).

39 En premier lieu, la requérante fait valoir que la présomption générale ne pourrait pas s’appliquer à des documents relevant d’une procédure d’enquête clôturée.

40 La Commission conteste cet argument.

41 Il importe de rappeler que la divulgation des documents en cause est susceptible de porter atteinte à la protection des activités d’enquête relative à une procédure d’application de l’article 108 TFUE, même clôturée, lorsqu’un recours juridictionnel dirigé contre la décision au fond est pendant (voir, en ce sens, arrêt du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 70 ; voir également, en ce sens et par analogie, arrêt du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 98).

42 Une telle solution s’explique par la prise en considération de la possibilité pour la Commission, en fonction de l’issue de la procédure juridictionnelle, de reprendre ses activités aux fins de l’adoption éventuelle d’une nouvelle décision (arrêt du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 71 ; voir également, par analogie, arrêt du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 99).

43 Or, en l’espèce, si la procédure d’enquête en cause a certes été clôturée par l’adoption de la décision 2015/1826, il n’en demeure pas moins qu’un recours est actuellement pendant devant le Tribunal contre ladite décision.

44 En deuxième lieu, la requérante estime que, la décision 2015/1826 n’étant pas uniquement fondée sur les documents en cause, les objectifs de toute enquête que réaliserait la Commission ne sauraient être menacés.

45 La Commission conteste cet argument.

46 À cet égard, d’une part, il n’appartient pas au Tribunal de s’interroger, dans la présente affaire, sur le rôle exact des documents en cause dans l’adoption de la décision 2015/1826 par la Commission. D’autre part, il suffit de relever que lesdits documents ont été réunis par la Commission dans le cadre de son enquête et, par ce simple fait, ont contribué à l’adoption de ladite décision, de sorte que, ainsi que cela a été rappelé au point 23 ci-dessus, ils étaient couverts par la présomption générale de refus d’accès.

47 Par ailleurs, ainsi que cela a été rappelé au point 32 ci-dessus, l’application de la présomption générale n’exclut pas que certains des documents précis contenus dans le dossier de la Commission relatif à une procédure de contrôle des aides d’État puissent être divulgués. La requérante reste toutefois en défaut d’établir que tel serait le cas en l’espèce, ainsi que cela ressort notamment des points 62 à 74 ci-après.

48 En troisième lieu, la requérante estime qu’il existe diverses situations dans lesquelles la Commission peut révoquer ou réexaminer certaines décisions en matière d’aide d’État et qu’elle pourrait par conséquent ouvrir une nouvelle enquête, à tout moment, sans limite dans le temps. Aussi, selon la requérante, l’accès aux documents d’enquêtes clôturées en matière d’aides d’État pourrait être indéfiniment refusé.

49 La Commission conteste cet argument.

50 Contrairement à ce que fait valoir la requérante, la protection accordée par la jurisprudence exposée au point 41 ci-dessus n’a nullement pour conséquence d’empêcher indéfiniment l’accès aux documents dans le cadre d’une procédure de contrôle d’aide d’État. En effet, cette protection, accordée afin de permettre à la Commission, le cas échéant, d’adopter une nouvelle décision, est exclusivement liée à l’issue d’une procédure juridictionnelle, et non à l’ensemble des possibilités, pour la Commission, de révoquer ou de réexaminer ses propres décisions.

51 En quatrième lieu, la requérante estime que la position adoptée par la Cour dans son arrêt du 28 juin 2012, Commission/Agrofert Holding (C‑477/10 P, EU:C:2012:394, point 66), dans le cadre d’une demande d’accès aux documents concernant une opération de concentration ne permet pas de conclure que la divulgation des documents en cause pourrait nuire à la disponibilité des États membres à collaborer aux enquêtes en matière d’aide d’État.

52 La Commission conteste l’argument de la requérante.

53 À cet égard, il doit être rappelé que, dans une procédure de contrôle d’une opération de concentration, la perspective d’une publication, après la clôture de ladite procédure, d’informations sensibles concernant les activités économiques des entreprises impliquées risquerait de nuire à la disponibilité des entreprises à collaborer lorsqu’une telle procédure est pendante (voir, en ce sens, arrêt du 28 juin 2012, Commission/Agrofert Holding, C‑477/10 P, EU:C:2012:394, point 66). Il en résulte que la collaboration avec les parties intéressées durant une procédure d’enquête doit être préservée.

54 S’agissant des procédures de contrôle des aides d’État, il convient de relever que les documents afférents auxdites procédures s’inscrivent dans le cadre des fonctions administratives spécifiquement attribuées aux institutions de l’Union par l’article 108 TFUE.

55 Le rôle de l’État membre responsable de l’octroi de l’aide se révèle en outre spécifique, dès lors qu’il dispose, à l’occasion de la procédure de contrôle des aides d’État, du droit de consulter les documents du dossier administratif de la Commission, à la différence des autres parties intéressées (voir, en ce sens, arrêt du 29 juin 2010, Commission/Technische Glaswerke Ilmenau, C‑139/07 P, EU:C:2010:376, point 61).

56 Par ailleurs, entre la Commission et l’État membre responsable de l’octroi de l’aide, dans le cadre d’enquêtes concernant la compatibilité d’une aide d’État avec le marché intérieur, une coopération loyale et une confiance mutuelle sont indispensables afin de permettre aux différentes parties de s’exprimer librement.

57 Il résulte des développements qui précèdent que, pour les mêmes raisons que celles invoquées à l’occasion d’une procédure de contrôle d’une concentration, rappelées au point 55 ci-dessus, et compte tenu de la position particulière de l’État membre concerné dans le cadre d’une procédure de contrôle d’une aide d’État, il convient d’admettre que, en principe, la divulgation de documents afférents à ces enquêtes compromettrait le dialogue et, partant, la collaboration entre la Commission et ledit État membre.

58 En dernier lieu, la requérante invoque le fait que deux des documents en cause n’aient pas été préparés pour l’enquête de la Commission en vue de l’adoption de la décision 2015/1826. Par conséquent, leur divulgation ne contreviendrait ni aux droits de la défense ni à tout autre droit lié à l’intervention d’une partie à la procédure administrative de contrôle d’une aide d’État.

59 La Commission conteste cet argument.

60 Il convient de relever, ce qui n’est d’ailleurs pas contesté, que les documents en cause relèvent du dossier administratif de la Commission relatif à une procédure de contrôle d’une aide d’État. Cette appartenance au dossier administratif est nécessaire et suffit pour leur conférer le bénéfice de la présomption générale exposée au point 22 ci-dessus, de sorte que l’argument de la requérante est inopérant.

61 Dès lors, il résulte de l’ensemble des développements ci-dessus que la deuxième branche du premier moyen doit être rejetée comme non fondée.

Sur la troisième branche, tirée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation de l’intérêt public supérieur consistant à protéger le droit à un recours effectif

62 La requérante estime que, dès le moment où les documents en cause seraient couverts par la présomption générale, celle-ci serait supplantée par un intérêt public supérieur consistant à protéger le droit à un recours effectif.

63 La Commission conteste l’argument de la requérante.

64 À cet égard, il convient de rappeler que, conformément à l’article 4, paragraphe 2, du règlement n° 1049/2001, « [l]es institutions refusent l’accès à un document dans le cas où sa divulgation porterait atteinte à la protection », notamment, « des intérêts commerciaux d’une personne physique ou morale déterminée, y compris en ce qui concerne la propriété intellectuelle » et « des objectifs des activités d’inspection, d’enquête et d’audit, à moins qu’un intérêt public supérieur ne justifie la divulgation du document visé ».

65 Dans ce contexte, il incombe à l’institution concernée de mettre en balance l’intérêt spécifique devant être protégé par la non‑divulgation du document concerné et, notamment, l’intérêt général à ce que ce document soit rendu accessible, eu égard aux avantages découlant, ainsi que le relève le considérant 2 du règlement n° 1049/2001, d’une transparence accrue, à savoir une meilleure participation des citoyens au processus décisionnel ainsi qu’une plus grande légitimité, efficacité et responsabilité de l’administration à l’égard des citoyens dans un système démocratique (arrêts du 1er juillet 2008, Suède et Turco/Conseil, C‑39/05 P et C‑52/05 P, EU:C:2008:374, point 45, et du 3 juillet 2014, Conseil/in ’t Veld, C‑350/12 P, EU:C:2014:2039, point 53).

66 Ainsi, le régime des exceptions prévu à l’article 4 du règlement n° 1049/2001, et notamment au paragraphe 2 de cet article, est fondé sur une mise en balance des intérêts qui s’opposent dans une situation donnée, à savoir, d’une part, les intérêts qui seraient favorisés par la divulgation des documents concernés et, d’autre part, ceux qui seraient menacés par cette divulgation. La décision prise à propos d’une demande d’accès à des documents dépend de la question de savoir quel est l’intérêt qui doit prévaloir dans le cas d’espèce (arrêt du 14 novembre 2013, LPN et Finlande/Commission, C‑514/11 P et C‑605/11 P, EU:C:2013:738, point 42).

67 C’est au regard de ces principes qu’il convient d’analyser si le droit à un recours effectif, invoqué par la requérante, peut en tant que tel constituer un intérêt public supérieur.

68 En l’espèce, en premier lieu, il convient de rappeler que l’exigence d’un contrôle juridictionnel constitue un principe général du droit de l’Union, qui découle des traditions constitutionnelles communes aux États membres et qui a trouvé sa consécration dans les articles 6 et 13 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950. Le droit à un recours effectif a, en outre, été réaffirmé par l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (voir arrêt du 9 septembre 2009, Brink’s Security Luxembourg/Commission, T‑437/05, EU:T:2009:318, point 75 et jurisprudence citée).

69 En second lieu, selon une jurisprudence constante, l’effectivité du contrôle juridictionnel garanti par l’article 47 de la charte des droits fondamentaux exige que l’intéressé puisse connaître les motifs sur lesquels est fondée la décision prise à son égard, soit par la lecture de la décision elle-même, soit par une communication de ces motifs faite sur sa demande, afin de lui permettre de défendre ses droits dans les meilleures conditions possibles et de décider en pleine connaissance de cause s’il est utile de saisir le juge compétent (voir, en ce sens, arrêt du 4 juin 2013, ZZ, C‑300/11, EU:C:2013:363, point 53 et jurisprudence citée).

70 En l’espèce, la requérante a eu accès à la décision 2015/1826 et elle a pu la contester devant le Tribunal par un recours, actuellement pendant, introduit sur le fondement de l’article 263 TFUE, ce qui démontre l’existence de son droit à un recours effectif. À cet égard, il convient de noter que l’article 47 de la charte des droits fondamentaux n’a pas pour objet de modifier le système de contrôle juridictionnel prévu par les traités (arrêt du 3 octobre 2013, Inuit Tapiriit Kanatami e.a./Parlement et Conseil, C‑583/11 P, EU:C:2013:625, point 97).

71 Par ailleurs, bien que la requérante invoque un intérêt public supérieur visant à protéger le droit à un recours effectif, elle fait en réalité valoir son propre intérêt personnel, dès lors que la demande de divulgation des documents en cause aurait, ainsi qu’elle l’admet elle-même, un intérêt pour le recours qu’elle a intenté contre la décision 2015/1826, actuellement pendant devant le Tribunal.

72 Or, un intérêt public supérieur doit avoir un caractère objectif et général et ne saurait être confondu avec des intérêts privés ou particuliers, par exemple, relatifs à la poursuite d’un recours contre les institutions de l’Union (arrêt du 20 mars 2014, Reagens/Commission, T‑181/10, non publié, EU:T:2014:139, point 142).

73 Il en résulte que la demande d’accès aux documents en cause formulée par la requérante concerne un intérêt privé (voir, en ce sens, arrêts du 28 juin 2012, Commission/Éditions Odile Jacob, C‑404/10 P, EU:C:2012:393, point 146, et du 20 mars 2014, Reagens/Commission, T‑181/10, non publié, EU:T:2014:139, points 145 et 146), et non un intérêt public supérieur justifiant la divulgation desdits documents.

74 Par conséquent, la troisième branche du premier moyen doit être déclarée non fondée.

Sur la quatrième branche, tirée d’une erreur de droit dans l’application du droit fondamental d’accès aux documents

75 La requérante estime que, si le Tribunal venait à rejeter les trois premières branches du présent moyen, le règlement n° 1049/2001 serait privé de finalité et d’effet utile, en violation de l’article 42 de la charte des droits fondamentaux.

76 La Commission conteste l’argument de la requérante.

77 En vertu de l’article 15, paragraphe 3, TFUE, lu en combinaison avec l’article 42 de la charte des droits fondamentaux, tout citoyen de l’Union et toute personne physique ou morale résidant ou ayant son siège statutaire dans un État membre ont un droit d’accès aux documents des institutions, des organes et des organismes de l’Union, sous réserve des principes et des conditions qui sont fixés conformément audit paragraphe. En vertu du deuxième alinéa de ce paragraphe, lesdits principes et conditions sont fixés par voie de règlements par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, statuant conformément à la procédure législative ordinaire.

78 Plus particulièrement, et en application des dispositions mentionnées au point 77 ci-dessus, c’est par le règlement n° 1049/2001 que le public se voit conférer un droit d’accès aux documents des institutions qui est le plus large possible (voir, en ce sens, arrêt du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 52).

79 Aussi, c’est à l’aune des principes édictés par le règlement n° 1049/2001 qu’il convient d’apprécier l’argument développé par la requérante dans la présente branche du premier moyen.

80 Il convient de rappeler que l’activité administrative de la Commission n’exige pas la même étendue d’accès aux documents que celle requise par l’activité législative d’une institution de l’Union (arrêt du 27 février 2014, Commission/EnBW, C‑365/12 P, EU:C:2014:112, point 91), ce qui explique la possibilité pour la Commission de refuser l’accès à certains documents, en application des exceptions prévues à l’article 4 du règlement n° 1049/2001.

81 À cet égard, ainsi que la requérante l’indique elle-même, il convient d’interpréter strictement les exceptions prévues à l’article 4 du règlement n° 1049/2001. Ce principe d’interprétation stricte impose d’ailleurs à l’institution qui invoque l’une desdites exceptions d’expliquer comment l’accès à ces informations pourrait porter concrètement et effectivement atteinte à l’intérêt protégé par celles-ci (voir, en ce sens, arrêt du 25 octobre 2013, Beninca/Commission, T‑561/12, non publié, EU:T:2013:558, point 23).

82 Toutefois, contrairement à ce que fait valoir la requérante, la jurisprudence ne fait pas obstacle de facto à tout accès aux documents au cours de la phase de la procédure de contrôle d’une aide d’État, durant laquelle un contrôle juridictionnel effectif de ces documents peut être effectué.

83 En effet, le recours, par la Commission, à la présomption générale n’exclut pas la possibilité pour la requérante, ainsi que cela a été rappelé au point 32 ci-dessus, de démontrer que les documents en cause dont la divulgation est demandée ne sont pas couverts par ladite présomption ou qu’il existe, en vertu de l’article 4, paragraphe 2, dernier membre de phrase, du règlement n° 1049/2001, un intérêt public supérieur justifiant la divulgation des documents en cause (voir, en ce sens, arrêt du 29 juin 2010, Commission/Technische Glaswerke Ilmenau, C‑139/07 P, EU:C:2010:376, point 62).

84 Enfin, dans le cadre de la réplique, la requérante précise son argument en estimant que l’application et l’interprétation du règlement n° 1049/2001 seraient contraires à l’article 42 de la charte des droits fondamentaux et à l’article 15, paragraphe 3, TFUE. Toutefois, la requérante indique qu’elle ne conteste pas la légalité du règlement n° 1049/2001, ce qu’elle a, du reste, confirmé lors de l’audience.

85 À cet égard, il convient de relever que, bien que la requérante ne conteste pas le règlement n° 1049/2001 en tant que tel, dès lors que, notamment, aucune exception d’illégalité n’a été soulevée, elle reconnaît, à tout le moins implicitement, que ledit règlement n’est pas contraire à l’article 42 de la charte des droits fondamentaux.

86 Aussi, l’argument de la requérante vise en réalité uniquement à remettre en cause la jurisprudence des juridictions de l’Union, en estimant qu’elle serait contraire à l’article 42 de la charte des droits fondamentaux.

87 Cet argument ne saurait prospérer, dès lors que le Tribunal a déjà eu l’occasion de se prononcer sur la portée de la jurisprudence des juridictions de l’Union pour les trois autres branches du présent moyen. En tout état de cause, dès lors que le règlement n° 1049/2001 ne viole pas la charte des droits fondamentaux et que les juridictions de l’Union interprètent le règlement conformément à cet acte de rang supérieur, la jurisprudence tient nécessairement compte de l’article 42 de la charte des droits fondamentaux.

88 Enfin, la pratique des États membres en matière d’accès aux documents, invoquée par la requérante, ne saurait influer sur l’interprétation du règlement n° 1049/2001, lequel édicte un ensemble de règles exclusivement applicable aux documents relevant des institutions de l’Union et autonome par rapport à des régimes analogues développés au sein desdits États membres.

89 Partant, la quatrième branche doit être rejetée comme non fondée, ainsi que le premier moyen dans son intégralité.

90 À cet égard, il convient de relever que le rejet du premier moyen a pour conséquence qu’il n’est pas nécessaire d’examiner le deuxième moyen. En effet, lors de l’audience, la Commission a indiqué, à bon droit, sans que cela soit contesté par la requérante, que l’exception visant à protéger les enquêtes réalisées par les institutions de l’Union, faisant l’objet du premier moyen, était un fondement autonome et suffisant pour justifier l’adoption de la décision attaquée. Dès lors, une éventuelle erreur entachant le second motif de la décision, relatif à l’exception visant à protéger les intérêts commerciaux, serait en tout état de cause sans effet sur la légalité de cette décision.

Sur le troisième moyen, tiré d’une violation de l’obligation de motiver le refus de donner accès aux documents dans une version non confidentielle ou dans les locaux de la Commission

91 La requérante fait valoir que la Commission n’aurait pas dûment pris en compte la possibilité d’accès partiel aux documents visés par sa demande, conformément à l’article 4, paragraphe 6, du règlement n° 1049/2001, et n’aurait aucunement motivé sa décision à cet égard. La requérante fait également valoir que la Commission n’aurait pas motivé son refus d’accès aux documents en ses locaux.

92 La Commission conteste l’argument de la requérante.

93 À cet égard, il résulte des termes mêmes de l’article 4, paragraphe 6, du règlement n° 1049/2001 qu’une institution est tenue d’examiner s’il convient d’accorder un accès partiel aux documents visés par une demande d’accès, en limitant un refus éventuel aux seules données couvertes par les exceptions visées. L’institution doit accorder un tel accès partiel si le but poursuivi par cette institution, lorsqu’elle refuse l’accès au document, peut être atteint dans l’hypothèse où cette institution se limiterait à occulter les passages qui peuvent porter atteinte à l’intérêt public protégé (arrêts du 25 avril 2007, WWF European Policy Programme/Conseil, T‑264/04, EU:T:2007:114, point 50, et du 12 septembre 2013, Besselink/Conseil, T‑331/11, non publié, EU:T:2013:419, point 84 ; voir également, en ce sens, arrêt du 6 décembre 2001, Conseil/Hautala, C‑353/99 P, EU:C:2001:661, point 29).

94 Toutefois, s’agissant de l’accès aux documents pour lesquels la présomption générale s’applique, tels que, en l’espèce, les documents relatifs aux procédures de contrôle des aides d’État, la jurisprudence a retenu que ladite présomption signifiait que les documents couverts par celle-ci échappaient à l’obligation d’une divulgation, intégrale ou partielle, de leur contenu (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 28 juin 2012, Commission/Éditions Odile Jacob, C‑404/10 P, EU:C:2012:393, point 133).

95 En outre, selon une jurisprudence constante, toute décision d’une institution au titre des exceptions énumérées à l’article 4 du règlement n° 1049/2001 doit être motivée (arrêts du 1er juillet 2008, Suède et Turco/Conseil, C‑39/05 P et C‑52/05 P, EU:C:2008:374, point 48 ; du 11 mars 2009, Borax Europe/Commission, T‑166/05, non publié, EU:T:2009:65, point 44, et du 12 septembre 2013, Besselink/Conseil, T‑331/11, non publié, EU:T:2013:419, point 96).

96 En l’espèce, le refus de divulgation doit être considéré comme suffisamment motivé, contrairement à ce que prétend la requérante, dès lors que, au point 3 de la décision attaquée, la Commission a examiné la possibilité d’accorder à la requérante l’accès partiel aux documents en cause.

97 Plus précisément, la Commission a relevé que les documents en cause étaient manifestement et entièrement couverts par les exceptions prévues à l’article 4, paragraphe 2, premier et troisième tirets, du règlement n° 1049/2001 et que, partant, ils n’étaient pas soumis à l’obligation de divulgation, intégrale ou partielle, de leur contenu (voir, en ce sens, arrêt du 25 mars 2015, Sea Handling/Commission, T‑456/13, non publié, EU:T:2015:185, point 92).

98 Aussi, compte tenu des points 96 et 97 ci-dessus, la Commission n’était pas tenue d’apporter la moindre motivation spécifique pour les deux propositions, formulées par la requérante, visant, d’une part, à obtenir une version non confidentielle expurgée des informations commercialement sensibles et, d’autre part, à pouvoir consulter les documents en cause dans les locaux de la Commission.

99 Dès lors, il y a lieu de rejeter le troisième moyen comme étant non fondé.

100 Il résulte de l’ensemble des développements qui précèdent que le recours doit être rejeté comme étant non fondé.

Sur les dépens

101 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la Commission.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (sixième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) AlzChem AG est condamnée aux dépens.

Berardis

Papasavvas

Spineanu-Matei

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 7 septembre 2017.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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