| CELEX | 62015TJ0690 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 2 février 2017 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (neuvième chambre)
2 février 2017 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative Cremcaffé – Marque de l’Union européenne figurative antérieure café crem – Motif relatif de refus – Absence d’usage sérieux de la marque antérieure – Article 42, paragraphe 2, du règlement (CE) n° 207/2009 »
Dans l’affaire T‑690/15,
Marcas Costa Brava, SL, établie à Sils (Espagne), représentée par Mes E. Manresa Medina et J. Manresa Medina, avocats,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. M. Fischer, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
Excellent Brands JMI Ltd, établie à Baar (Suisse), représentée par Me D. Majer, avocat,
ayant pour objet un recours formé contre la décision de la cinquième chambre de recours de l’EUIPO du 29 septembre 2015 (affaire R 2586/2014-5), relative à une procédure d’opposition entre Marcas Costa Brava et Excellent Brands JMI,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre),
composé de MM. S. Gervasoni, président, R. da Silva Passos et Mme K. Kowalik-Bańczyk (rapporteur), juges,
greffier : M. E. Coulon,
vu la requête déposée au greffe du Tribunal le 29 novembre 2015,
vu le mémoire en réponse de l’EUIPO déposé au greffe du Tribunal le 21 mars 2016,
vu le mémoire en réponse de l’intervenante déposé au greffe du Tribunal le 15 mars 2016,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties principales dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
Antécédents du litige
1 Le 7 décembre 2012, l’intervenante, Excellent Brands JMI Ltd, a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), en vertu du règlement (CE) n° 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1).
2 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe figuratif suivant :
3 Les produits et les services pour lesquels l’enregistrement a été demandé relèvent des classes 21, 30 et 35 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent, pour chacune de ces classes,à la description suivante :
– classe 21 : « Gobelets ; récipients pour boissons (pour le ménage et la cuisine) ; boîtes en émail pour le ménage ; boîtes en porcelaine de Chine ; boîtes en céramique ; boîtes en faïence ; récipients pour le ménage ou la cuisine ; vaisselle ; boîtes en verre ; verres [récipients à boire] ; verrerie (peinte) ; ustensiles de ménage ; services à café en céramique ; brocs ; carafes ; gobelets en papier ou en matières plastiques ; porcelaines ; produits en porcelaine pour la décoration ; faïence ; vaisselle ; vaisselle ; tasses non en métaux précieux ; récipients à boire ; verres à boire ; sucriers » ;
– classe 30 : « Café ; café aromatisé ; boissons glacées à base de café ; café décaféiné ; extraits de café pour aromatiser des boissons ; nappages à base de café ; café lyophilisé ; grains de café moulus ; café moulu ; grains de café torréfiés ; boissons à base de café ; boissons (au café) ; essences de café ; café, grillé, en poudre, en grains ou comme boisson ; café sous forme de grains entiers ; café sous forme de filtres ; café moulu ; aromates de café ; grains de café ; mélanges de café ; boissons gazeuses à base de café ; café artificiel ; café instantané ; boissons à base de café contenant du lait ; café au chocolat ; boissons principalement à base de café ; café préparé et boissons à base de café ; sucre » ;
– classe 35 : « Publicité ; gestion des affaires commerciales ; administration commerciale ».
4 La demande de marque de l’Union européenne a été publiée au Bulletin des marques communautaires n° 38/2013, du 22 février 2013.
5 Le 22 mai 2013, la requérante, Marcas Costa Brava, SL, a formé opposition, au titre de l’article 41 du règlement n° 207/2009, à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits relevant de la classe 30 visés au point 3 ci-dessus.
6 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne figurative suivante, enregistrée le 4 juin 2003 sous le numéro 2423705 et désignant les produits relevant de la classe 30 « Café, sucre et infusions » :
7 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009.
8 Sur requête de l’intervenante, la requérante a, en annexe à ses observations déposées à l’EUIPO le 4 février 2014, présenté des documents aux fins de démontrer un usage sérieux, au sens de l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009, pour les produits pour lesquels la marque antérieure était enregistrée.
9 Par décision du 27 août 2014, la division d’opposition de l’EUIPO a fait droit à l’opposition pour l’ensemble des produits contestés.
10 Le 6 octobre 2014, l’intervenante a formé un recours auprès de l’EUIPO, au titre des articles 58 à 64 du règlement n° 207/2009, contre la décision de la division d’opposition.
11 Par décision du 29 septembre 2015 (ci-après la « décision attaquée »), la cinquième chambre de recours de l’EUIPO a fait droit au recours, en annulant la décision de la division d’opposition et en rejetant l’opposition dans son intégralité, au motif que les éléments produits par la requérante n’étaient pas suffisants pour prouver l’usage sérieux de la marque antérieure.
Conclusions des parties
12 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner l’EUIPO et l’intervenante aux dépens.
13 L’EUIPO et l’intervenante concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens.
En droit
14 La requérante invoque deux moyens, tirés, respectivement, de la violation de l’article 15, paragraphe 1, second alinéa, sous a), et de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009.
Sur le premier moyen, tiré de la violation de l’article 15, paragraphe 1, second alinéa, sous a), du règlement n° 207/2009
15 Par son premier moyen, divisé en trois branches, la requérante soutient, en substance, que la chambre de recours a conclu, à tort, qu’elle n’apportait pas la preuve de l’usage sérieux de la marque antérieure. À l’appui de ce moyen, elle fait valoir, premièrement, que la chambre de recours a mal apprécié l’étendue géographique de l’usage de la marque antérieure, deuxièmement, que la forme de cet usage ne diffère que de façon minime de la forme sous laquelle la marque a été enregistrée et, troisièmement, que les éléments de preuve qu’elle a produits sont de nature à établir la réalité dudit usage.
16 Il ressort de la requête que, si, par la deuxième branche du moyen, la requérante invoque la violation de l’article 15, paragraphe 1, second alinéa, sous a), du règlement n° 207/2009, elle reproche également à la chambre de recours, par les première et troisième branches du moyen, d’avoir violé l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009.
17 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.
Observations liminaires
18 Il y a lieu de rappeler que, en vertu de l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009, l’auteur d’une demande d’enregistrement d’une marque de l’Union européenne, visée par une opposition, peut requérir la preuve que la marque antérieure, invoquée à l’appui de cette opposition, a fait l’objet d’un usage sérieux dans l’Union européenne, pour les produits ou services pour lesquels elle est enregistrée et sur lesquels l’opposition est fondée, au cours des cinq années qui précèdent la publication de la demande.
19 En outre, aux termes de la règle 22, paragraphe 3, du règlement (CE) n° 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement (CE) n° 40/94 du Conseil sur la marque communautaire (JO 1995, L 303, p. 1), la preuve de l’usage doit porter sur le lieu, la durée, l’importance et la nature de l’usage qui a été fait de la marque antérieure.
20 Selon une jurisprudence constante, il ressort des dispositions susvisées, en tenant également compte du considérant 10 du règlement n° 207/2009, que la ratio legis de l’exigence selon laquelle la marque antérieure doit avoir fait l’objet d’un usage sérieux pour être opposable à une demande de marque de l’Union européenne consiste à limiter les conflits entre deux marques, pour autant qu’il n’existe pas de juste motif économique découlant d’une fonction effective de la marque sur le marché. En revanche, lesdites dispositions ne visent ni à évaluer la réussite commerciale, ni à contrôler la stratégie économique d’une entreprise ou encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes [voir arrêt du 17 janvier 2013, Reber/OHMI – Wedi & Hofmann (Walzer Traum), T‑355/09, non publié, EU:T:2013:22, point 25 et jurisprudence citée].
21 Une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque (voir, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43).
22 L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque [arrêt du 8 juillet 2004, Sunrider/OHMI – Espadafor Caba (VITAFRUIT), T‑203/02, EU:T:2004:225, point 40 ; voir également, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 38].
23 Afin de savoir si un usage est suffisamment important pour maintenir ou créer des parts de marché pour lesdits produits ou services, il convient de procéder à une appréciation globale en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce [arrêts du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 42, et du 8 juillet 2004, MFE Marienfelde/OHMI – Vétoquinol (HIPOVITON), T‑334/01, EU:T:2004:223, point 36].
24 À cet égard, les caractéristiques des produits ou des services protégés par la marque, la fréquence ou la régularité de l’usage de cette marque, le fait que ladite marque est utilisée pour commercialiser l’ensemble des produits ou des services identiques de l’entreprise titulaire ou simplement certains d’entre eux ainsi que l’importance territoriale de l’usage sont au nombre des facteurs qui peuvent être pris en considération (voir, par analogie, ordonnance du 27 janvier 2004, La Mer Technology, C‑259/02, EU:C:2004:50, point 22, et arrêts du 11 mai 2006, Sunrider/OHMI, C‑416/04 P, EU:C:2006:310, point 76, et du 19 décembre 2012, Leno Merken, C‑149/11, EU:C:2012:816, point 30).
25 Dès lors, le chiffre d’affaires réalisé ainsi que la quantité de ventes de produits sous la marque antérieure ne sauraient être appréciés dans l’absolu, mais doivent l’être en rapport avec d’autres facteurs pertinents, tels que le volume de l’activité commerciale, les capacités de production ou de commercialisation ou le degré de diversification de l’entreprise exploitant la marque ainsi que les caractéristiques des produits ou des services sur le marché concerné. De ce fait, il n’est pas nécessaire que l’usage de la marque antérieure soit toujours quantitativement important pour être qualifié de sérieux (arrêts du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 42, et HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 36). Un usage même minime peut donc être suffisant pour être qualifié de sérieux, à condition qu’il soit considéré comme justifié, dans le secteur économique concerné, pour maintenir ou créer des parts de marché pour les produits ou les services protégés par la marque (arrêt du 11 mai 2006, Sunrider/OHMI, C‑416/04 P, EU:C:2006:310, point 72).
26 De même, il n’est pas nécessaire que l’usage soit géographiquement étendu pour être qualifié de sérieux. Il n’est en effet pas exclu que, dans certaines circonstances, le marché des produits ou des services pour lesquels une marque de l’Union européenne a été enregistrée soit, de fait, cantonné au territoire d’un seul État membre. Dans un tel cas, un usage de la marque de l’Union européenne sur ce territoire pourrait répondre à la condition de l’usage sérieux d’une marque de l’Union européenne (voir, en ce sens, arrêt du 19 décembre 2012, Leno Merken, C‑149/11, EU:C:2012:816, points 50 et 54).
27 Par conséquent, il n’est pas possible de fixer a priori, de façon abstraite, quel seuil quantitatif ou quelle étendue territoriale devrait être retenu pour déterminer si l’usage avait ou non un caractère sérieux, de sorte qu’une règle de minimis, qui ne permettrait pas à l’EUIPO ou, sur recours, au Tribunal d’apprécier l’ensemble des circonstances du litige qui leur est soumis, ne saurait être fixée (voir, par analogie, arrêts du 11 mai 2006, Sunrider/OHMI, C‑416/04 P, EU:C:2006:310, point 72, et du 19 décembre 2012, Leno Merken, C‑149/11, EU:C:2012:816, point 55).
28 Par ailleurs, s’agissant de la durée de l’usage qui a été fait de la marque antérieure, il ressort de l’article 15, paragraphe 1, premier alinéa, du règlement n° 207/2009, que tombent sous le coup des sanctions prévues par celui-ci les seules marques dont l’usage sérieux a été suspendu pendant un délai ininterrompu de cinq ans. Partant, il suffit qu’une marque ait fait l’objet d’un usage sérieux pendant une partie de la période pertinente pour échapper auxdites sanctions (arrêts du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 45, et HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 40).
29 Cela étant, l’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné [arrêts du 12 décembre 2002, Kabushiki Kaisha Fernandes/OHMI – Harrison (HIWATT), T‑39/01, EU:T:2002:316, point 47, et du 6 octobre 2004, Vitakraft-Werke Wührmann/OHMI – Krafft (VITAKRAFT), T‑356/02, EU:T:2004:292, point 28].
30 Enfin, il convient de préciser que, en vertu des dispositions combinées de l’article 15, paragraphe 1, second alinéa, sous a), et de l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009, la preuve de l’usage sérieux d’une marque antérieure de l’Union européenne, qui fonde une opposition à l’encontre d’une demande de marque de l’Union européenne, comprend également la preuve de l’utilisation de la marque antérieure sous une forme qui diffère par des éléments n’altérant pas le caractère distinctif de cette marque dans la forme sous laquelle elle a été enregistrée [voir arrêt du 8 décembre 2005, Castellblanch/OHMI – Champagne Roederer (CRISTAL CASTELLBLANCH), T‑29/04, EU:T:2005:438, point 30 et jurisprudence citée].
31 C’est à la lumière des considérations qui précèdent qu’il convient d’examiner le premier moyen de la requête, en commençant par la deuxième branche par laquelle la requérante conteste un prétendu motif de la décision attaquée et en poursuivant par les première et troisième branches, par lesquelles la requérante conteste l’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque antérieure.
32 En l’espèce, la requérante devait établir que la marque antérieure avait fait l’objet d’un usage sérieux au cours des cinq années précédant la publication de la demande d’enregistrement de la marque postérieure, soit au cours de la période comprise entre le 22 février 2008 et le 21 février 2013. De plus, cet usage devait porter sur les produits pour lesquels la marque antérieure était enregistrée et sur lesquels l’opposition était fondée, à savoir les produits relevant de la classe 30, visés au point 6 ci-dessus.
33 Pour justifier sa conclusion, selon laquelle l’usage sérieux de la marque antérieure n’avait pas été prouvé, la chambre de recours a estimé, d’une part, que l’usage cantonné au territoire de l’Espagne ne permettait pas de remplir la condition d’usage sérieux d’une marque de l’Union européenne et, d’autre part, que les éléments de preuve ayant trait à l’importance de l’usage de la marque antérieure étaient incohérents et insuffisants pour établir un usage sérieux de cette marque.
Sur la deuxième branche du premier moyen, tirée de ce que la marque antérieure a été utilisée sous une forme différente de celle sous laquelle elle a été enregistrée, mais n’altérant pas son caractère distinctif au titre de l’article 15, paragraphe 1, second alinéa, sous a), du règlement n° 207/2009
34 Par cette branche du moyen, la requérante fait valoir que, si elle a utilisé la marque antérieure sous une forme qui différait de celle sous laquelle cette marque avait été enregistrée, les différences étaient minimes et n’altéraient pas le caractère distinctif de la marque, de telle sorte que cet usage devait être considéré comme un usage sérieux au sens de l’article 15, paragraphe 1, second alinéa, sous a), du règlement n° 207/2009.
35 À cet égard, il convient de relever que, si la chambre de recours a constaté, au point 28 de la décision attaquée, que le signe utilisé différait de celui enregistré, elle a toutefois expressément laissé ouverte la question de savoir si cette variante pouvait être prise en compte pour prouver un usage sérieux. Il s’ensuit que le rejet de l’opposition n’est pas fondé sur la forme de la marque utilisée.
36 Dans ces conditions, l’argumentation développée par la requérante dans le cadre de la deuxième branche du premier moyen est inopérante.
Sur la première branche du premier moyen, tirée de ce que la chambre de recours a apprécié de façon erronée l’étendue territoriale de l’usage de la marque antérieure au titre de l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009
37 Par la première branche du moyen, la requérante conteste l’appréciation faite par la chambre de recours de l’étendue territoriale de l’usage de la marque antérieure. Selon la chambre de recours, cet usage ne serait établi que dans deux des quatre provinces de Catalogne (Espagne), à savoir dans les provinces de Tarragone et de Barcelone. La requérante fait valoir que l’usage de la marque antérieure est également établi dans les provinces de Gérone et de Lérida et, partant, dans l’ensemble de la Catalogne.
38 Plus particulièrement, la requérante soutient, d’une part, qu’elle est établie dans la province de Gérone et, d’autre part, que l’un des distributeurs des produits porteurs de la marque antérieure est une société de la province de Lérida.
39 Cependant, s’agissant de son établissement dans la province de Gérone, la requérante ne produit qu’une copie de l’extrait du registre de commerce central d’Espagne la concernant. Et, s’agissant de la localisation de son distributeur dans la province de Lérida, la requérante ne produit qu’une copie d’une page Internet du site « www.guiasamarillas.es » dont l’accès nécessite un mot de passe. De plus, cette page ne fait référence qu’à une adresse postale et à un numéro de téléphone, sans même faire mention de la marque antérieure.
40 En outre, il convient de constater, ainsi que le souligne, à juste titre, l’EUIPO, que la seule évocation du lieu d’établissement d’une société, et a fortiori, d’un lieu correspondant à une adresse postale, n’est pas suffisante pour prouver l’usage d’une marque sur un territoire donné.
41 Par conséquent, en l’absence d’autres éléments permettant d’établir que la marque antérieure a été effectivement utilisée dans les provinces de Gérone et de Lérida, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en estimant que la marque antérieure n’avait été utilisée que dans les seules provinces de Tarragone et de Barcelone.
Sur la troisième branche du premier moyen, tirée de ce que la chambre de recours a conclu, à tort, que les éléments produits ne prouvaient pas l’usage sérieux de la marque antérieure au titre de l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009
42 Par la troisième branche du moyen, subdivisée en quatre griefs, la requérante fait valoir que la chambre de recours a conclu, à tort, que les éléments de preuve qu’elle avait apportés, à savoir dix-huit factures, sept déclarations faites sous serment ainsi que du matériel promotionnel et publicitaire, ne prouvaient pas l’usage sérieux pour les produits pour lesquels la marque antérieure était enregistrée.
– Sur les factures
43 En premier lieu, la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir pris en compte le fait que la marque antérieure apparaissait sous la mention « café crem » sur toutes les factures produites, mais aussi, parfois, sous l’acronyme CC.
44 À cet égard, il y a lieu de relever que les factures correspondant aux documents désignés sous les numéros 18, 19, 24 et 25 dans les observations déposées par la requérante devant l’EUIPO le 4 février 2014 ne font pas référence à la marque café crem, et qu’il est, en conséquence, inexact d’affirmer, comme le fait la requérante, que cette marque apparaît sur chacune des factures produites.
45 De plus, il importe de noter que, dans la requête, la requérante donne une définition contradictoire de l’acronyme CC. Ainsi, au point 26 de la requête, la requérante reprend la description de la division d’opposition selon laquelle l’acronyme CC signifierait « cafés cafeteria », « cafés classic natural » ou « cafés descafeinado », alors que, au point 27 de la requête, elle explique qu’il s’agit de l’acronyme de « café crem ». En outre, ces définitions ne correspondent pas à celle avancée par la requérante lors de la procédure d’opposition selon laquelle il s’agissait de la forme au pluriel du mot « café ».
46 Dans ces circonstances, et en l’absence d’explications et d’éléments de preuve complémentaires, il n’est pas établi que l’acronyme CC figurant sur les factures fasse référence à la marque antérieure.
47 Dès lors, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en ne prenant pas en compte les produits désignés sur les factures par l’acronyme CC.
48 Par ailleurs, il convient de noter qu’il n’est pas établi que tous les produits vendus sous la marque café crem correspondent à ceux pour lesquels la marque antérieure est enregistrée, et qu’en tout état de cause, ainsi que l’a relevé la chambre de recours au point 31 de la décision attaquée, les factures font apparaître des volumes de vente de produits portant la marque café crem relativement faibles.
– Sur les déclarations sous serment
49 En deuxième lieu, la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir suffisamment expliqué les raisons pour lesquelles les déclarations sous serment produites devant elle n’étaient pas valables afin de prouver l’usage sérieux de la marque antérieure et de s’être fondée sur de simples suppositions, issues du fait que les déclarations faites sous serment suivaient toutes un schéma identique, pour écarter ces déclarations.
50 À cet égard, il y a lieu, au préalable, de rappeler, s’agissant des déclarations sous serment, que la règle 22 du règlement n° 2868/95 citée au point 19 ci-dessus et relative aux pièces justificatives pouvant être produites afin de prouver l’usage de la marque mentionne notamment les déclarations écrites faites sous serment ou solennellement, visées à l’article 78, paragraphe 1, sous f), du règlement n° 207/2009. En outre, selon la jurisprudence, des déclarations sous serment ayant un caractère probant en vertu de la législation nationale constituent, en principe, des moyens de preuve recevables dans le cadre de la procédure d’opposition [voir arrêt du 16 juillet 2014, Nanu-Nana Joachim Hoepp/OHMI – Stal-Florez Botero (la nana), T‑196/13, non publié, EU:T:2014:674, point 30 et jurisprudence citée].
51 Néanmoins, pour apprécier la valeur probante des déclarations sous serment, comme c’est le cas pour tout document, il faut d’abord vérifier la vraisemblance et la véracité de l’information qui y est contenue. À cet égard, il faut tenir compte, notamment, de l’origine du document, des circonstances de son élaboration, de son destinataire et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable (voir arrêt du 16 juillet 2014, la nana, T‑196/13, non publié, EU:T:2014:674, point 31 et jurisprudence citée).
52 En l’espèce, il convient de noter que, à supposer même que les sommes indiquées dans les déclarations soient correctes et ne correspondent qu’aux produits vendus sous la marque antérieure, il ne peut être exclu qu’elles fassent référence, du moins en partie, à la vente de produits autres que ceux pour lesquels la marque antérieure était enregistrée.
53 De plus, la chambre de recours ne s’est pas bornée, aux points 27 et 32, à relever que les déclarations étaient rédigées selon le même formulaire, mais elle a également considéré qu’elles ne contenaient que des sommes globales qui n’étaient pas ventilées par produits ou catégories de produits et que ces sommes n’étaient pas corroborées par d’autres documents, tels que des tableaux statistiques, des rapports annuels ou les documents analogues, tels que les éléments de comptabilité et de bilan.
54 Ainsi, la chambre de recours a indiqué, à juste titre, que, eu égard à la diversité des marques mentionnées dans les factures et le matériel promotionnel et publicitaire produits, il ne pouvait être exclu que les sommes indiquées concernaient d’autres produits que ceux vendus sous la marque antérieure.
55 Dans ces conditions, la chambre de recours, d’une part, a suffisamment expliqué les raisons pour lesquelles elle avait jugé peu probantes les déclarations sous serment, et, d’autre part, a conclu, à juste titre, que ces déclarations ne permettaient pas de déterminer l’importance de l’usage de la marque antérieure pour les produits pour lesquels cette marque était enregistrée.
– Sur le matériel promotionnel et publicitaire
56 En troisième lieu, la requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir expliqué les raisons pour lesquelles elle n’avait pas pris en considération le matériel promotionnel et publicitaire produit pour établir l’éventuel usage sérieux de la marque antérieure.
57 Il importe, d’abord, de noter que, contrairement à ce que soutient la requérante, la chambre de recours a pris en compte ledit matériel dans son appréciation.
58 En effet, la chambre des recours a relevé, aux points 17 et 30 de la décision attaquée, le fait que les documents produits n’étaient pas datés, hormis un dépliant publicitaire faisant état d’une offre valable jusqu’au 30 avril 2013. Elle a également souligné qu’une des deux photographies produites qui mentionnait des prix en pesetas espagnoles (ESP) était antérieure de plusieurs années à la période pertinente. Enfin, elle a constaté, au point 34 de la décision attaquée, l’absence d’éléments démontrant que le public espagnol connaît ou connaissait les produits de la requérante vendus sous la marque antérieure.
59 Ensuite, il convient de rappeler que, si des documents non datés peuvent, dans certains cas, être retenus pour établir l’usage de la marque antérieure [voir, en ce sens, arrêt du 13 février 2015, Husky CZ/OHMI – Husky of Tostock (HUSKY), T‑287/13, EU:T:2015:99, point 68], de telles preuves ne sauraient néanmoins être pertinentes aux fins d’établir cet usage pendant la période de référence que pour autant qu’elles permettent de confirmer des faits qui se déduiraient d’autres éléments de preuve.
60 Or, en l’espèce, ainsi qu’il a été noté ci-dessus, tant les factures que les déclarations sous serment ont une valeur probatoire limitée, qui ne permet pas d’étayer suffisamment l’importance de l’usage. Partant, la production de matériel publicitaire non daté n’est pas suffisante pour justifier du caractère sérieux de l’usage, conformément à la jurisprudence citée au point 29 ci-dessus.
61 Enfin, l’utilisation de la marque antérieure sur du matériel promotionnel et publicitaire ne peut pas être prouvée par la simple production des copies dudit matériel. Encore faut-il démontrer que ce matériel, quelle que soit sa nature, a connu une diffusion auprès du public pertinent suffisante pour établir le caractère sérieux de l’usage de la marque en cause [arrêt du 8 mars 2012, Arrieta D. Gross/OHMI – International Biocentric Foundation e.a. (BIODANZA), T‑298/10, non publié, EU:T:2012:113, point 68].
62 Or, en l’espèce, comme le souligne l’EUIPO, la requérante n’apporte aucun élément concernant la diffusion du matériel promotionnel et publicitaire qu’elle évoque. De plus, il convient de relever que, s’agissant en particulier du dépliant publicitaire mentionnant une offre valable jusqu’au 30 avril 2013, rien n’indique que sa diffusion soit antérieure à la fin de la période durant laquelle l’usage sérieux doit être prouvé, à savoir le 21 février 2013.
63 Il s’ensuit que la chambre de recours a suffisamment justifié des raisons pour lesquelles elle a conclu, sur la base du matériel promotionnel et publicitaire et des autres éléments de preuve produits par la requérante, à l’absence d’un usage sérieux de la marque antérieure.
– Sur les éléments de preuve relatifs au thé et au sucre
64 En quatrième et dernier lieu, la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir considéré, à tort, qu’aucun élément de preuve n’avait été déposé concernant le thé et le sucre.
65 Il convient toutefois de noter que la décision attaquée mentionne à plusieurs reprises l’usage pour le thé et le sucre, et précise, notamment au point 33, que « l’usage de la marque antérieure est […] encore plus modeste et incertain pour le sucre [que celui pour le café] et pratiquement inexistant en ce qui concerne le thé et les infusions ».
66 Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, la chambre de recours a examiné les preuves soumises par la requérante concernant le thé et le sucre.
67 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent et des éléments produits par la requérante devant l’EUIPO, pris globalement, il y a lieu de conclure que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur en considérant que la requérante n’avait pas établi que la marque antérieure avait fait l’objet, au cours de la période pertinente et quels que soient les produits pour lesquels elle était enregistrée, d’une utilisation effective et suffisante, en termes quantitatifs et géographiques, pour prouver un usage sérieux au sens de l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009.
68 Il s’ensuit que le premier moyen n’est pas fondé.
Sur le second moyen, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009
69 Par son second moyen, la requérante soutient que, compte tenu des similitudes entre les marques en conflit ainsi que des similitudes entre les produits, il existe un risque de confusion quant à l’origine des produits.
70 Il convient d’écarter ce moyen comme inopérant. En effet, ainsi qu’il a été relevé au point 11 ci-dessus, la chambre de recours a rejeté l’opposition de la requérante au motif que celle-ci n’avait pas démontré avoir fait un usage sérieux de la marque antérieure et non au motif que le risque de confusion n’existait pas.
71 En outre, la question de l’existence d’un risque de confusion n’ayant pas été examinée par la chambre de recours, il n’appartient pas au Tribunal de l’examiner, pour la première fois, dans le cadre de son contrôle de légalité de la décision attaquée [voir, en ce sens, arrêt du 14 décembre 2011, Völkl/OHMI – Marker Völkl (VÖLKL), T‑504/09, EU:T:2011:739, point 63 et jurisprudence citée].
72 Le recours doit, en conséquence, être rejeté.
Sur les dépens
73 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens de l’EUIPO et de l’intervenante, conformément aux conclusions de ceux-ci.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (neuvième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Marcas Costa Brava, SL, est condamnée aux dépens.
| Gervasoni | da Silva Passos | Kowalik- Bańczyk |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 2 février 2017.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
Affaire C-521/15: Arrêt de la Cour (grande chambre) du 20 décembre 2017 — Royaume d'Espagne / Conseil de l'Union européenne (Recours en annulation — Décision d’exécution (UE) 2015/1289 — Infliction d’une amende à un État membre dans le cadre de la surveillance économique et budgétaire de la zone euro — Manipulation de données statistiques relatives au déficit de l’État membre concerné — Compétence juridictionnelle — Règlement (UE) n° 1173/2011 — Article 8, paragraphes 1 et 3 — Décision déléguée 2012/678/UE — Article 2, paragraphes 1 et 3, ainsi que article 14, paragraphe 2 — Règlement (CE) n° 479/2009 — Article 3, paragraphe 1, article 8, paragraphe 1, ainsi que articles 11 et 11 bis — Droits de la défense — Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne — Article 41, paragraphe 1 — Droit à une bonne administration — Articles 121, 126 et 136 TFUE — Protocole n° 12 sur la procédure concernant les déficits excessifs — Matérialité de l’infraction — Déclarations erronées — Détermination de l’amende — Principe de non-rétroactivité des dispositions pénales)
20/12/2017
Arrêt de la Cour (grande chambre) du 20 décembre 2017.#Asociación Profesional Elite Taxi contre Uber Systems Spain SL.#Demande de décision préjudicielle, introduite par le Juzgado Mercantil n° 3 de Barcelona.#Renvoi préjudiciel – Article 56 TFUE – Article 58, paragraphe 1, TFUE – Services dans le domaine des transports – Directive 2006/123/CE – Services dans le marché intérieur – Directive 2000/31/CE – Directive 98/34/CE – Services de la société de l’information – Service d’intermédiation permettant, au moyen d’une application pour téléphone intelligent, de mettre en relation contre rémunération des chauffeurs non professionnels utilisant leur propre véhicule avec des personnes souhaitant effectuer des déplacements urbains – Exigence d’une autorisation.#Affaire C-434/15.
20/12/2017
Affaire C-81/16 P: Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 20 décembre 2017 — Royaume d'Espagne / Commission européenne (Pourvoi — Aides d’État — Télévision numérique — Aide au déploiement de la télévision numérique terrestre dans les zones éloignées et moins urbanisées — Subvention en faveur des opérateurs de plateformes de télévision numérique terrestre — Décision déclarant partiellement les mesures d’aides incompatibles avec le marché intérieur — Notion d’«aide d’État» — Avantage — Service d’intérêt économique général — Définition — Marge d’appréciation des États membres)
20/12/2017
Affaire C-226/16: Arrêt de la Cour (cinquième chambre) du 20 décembre 2017 (demande de décision préjudicielle du Conseil d'État — France) — Eni SpA, Eni Gas & Power France SA, Union professionnelle des industries privées du gaz (Uprigaz) / Premier ministre, Ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer (Renvoi préjudiciel — Énergie — Secteur du gaz — Sécurité de l’approvisionnement en gaz — Règlement (UE) n° 994/2010 — Obligation des entreprises de gaz naturel de prendre les mesures visant à garantir l’approvisionnement en gaz des clients protégés — Article 2, second alinéa, point 1 — Notion de «clients protégés» — Article 8, paragraphe 2 — Obligation supplémentaire — Article 8, paragraphe 5 — Possibilité pour les entreprises de gaz naturel de satisfaire à leur obligation au niveau régional ou au niveau de l’Union — Réglementation nationale imposant aux fournisseurs de gaz une obligation supplémentaire de stockage de gaz dont le champ d’application inclut des clients ne figurant pas parmi les clients protégés au sens du règlement n° 994/2010 — Obligation de stockage devant être satisfaite à hauteur de 80 % sur le territoire de l’État membre concerné)
20/12/2017