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AccueilDroit européen62016TJ0312
Jurisprudence CJUE62016TJ0312

Arrêt du Tribunal (septième chambre) du 25 avril 2018.#Walfood SA contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Enregistrement international désignant l’Union européenne – Marque verbale CHATKA – Marque internationale figurative antérieure CHATKA – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001] – Usage sérieux de la marque antérieure – Article 42, paragraphes 2 et 3, du règlement no 207/2009 (devenu article 47, paragraphes 2 et 3, du règlement 2017/1001).#Affaire T-312/16.

CELEX62016TJ0312
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 25 avril 2018

Résumé IA

Le Tribunal de l'UE a rejeté le recours de Walfood SA contre la décision de l'EUIPO rejetant son opposition à l'enregistrement de la marque verbale CHATKA. Il a confirmé que la marque antérieure CHATKA n'avait pas fait l'objet d'un usage sérieux pour les produits concernés, condition nécessaire pour établir un risque de confusion au sens de l'article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement n° 207/2009. Cette décision rappelle l'importance de prouver l'usage sérieux de la marque antérieure dans une procédure d'opposition.

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (septième chambre)

25 avril 2018 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Enregistrement international désignant l’Union européenne – Marque verbale CHATKA – Marque internationale figurative antérieure CHATKA – Motif relatif de refus – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001] –Usage sérieux de la marque antérieure – Article 42, paragraphes 2 et 3, du règlement n° 207/2009 (devenu article 47, paragraphes 2 et 3, du règlement 2017/1001) »

Dans l’affaire T‑312/16,

Walfood SA, établie à Luxembourg (Luxembourg), représentée par Me E. Cornu, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. J. Crespo Carrillo, en qualité d’agent,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant

Romanov Holding, SL, établie à La Moraleja (Espagne), représentée par Mes S. García Cabezas et R. Fernández Iglesias, avocats,

ayant pour objet un recours formé contre la décision de la cinquième chambre de recours de l’EUIPO du 21 mars 2016 (affaire R 2780/8014-5), relative à une procédure d’opposition entre Romanov Holding et Walfood,

LE TRIBUNAL (septième chambre),

composé de Mme V. Tomljenović (rapporteur), président, M. E. Bieliūnas et Mme A. Marcoulli, juges,

greffier : Mme X. Lopez Bancalari, administrateur,

vu la requête déposée au greffe du Tribunal le 20 juin 2016,

vu le mémoire en réponse de l’EUIPO déposé au greffe du Tribunal le 30 août 2016,

vu le mémoire en réponse de l’intervenante déposé au greffe du Tribunal le 20 septembre 2016,

vu les questions écrites du Tribunal aux parties et leurs réponses à ces questions déposées au greffe du Tribunal les 25 juillet, 10 et 11 août 2017,

à la suite de l’audience du 8 septembre 2017,

rend le présent

Arrêt

Antécédents du litige

1 Le 12 janvier 2006, la requérante, Walfood SA, a obtenu, auprès du bureau international de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), l’enregistrement international portant le numéro 00876349 et désignant l’Union européenne de la marque verbale CHATKA. Par ailleurs, à cette date, la requérante était déjà titulaire d’une série de marques, contenant le signe verbal CHATKA, enregistrées en tant que marque du Benelux ou en tant que marques nationales dans plusieurs États membres de l’Union.

2 Les produits pour lesquels l’enregistrement international a été demandé relèvent des classes 29, 33 et 43 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 29 : « Poisson et crustacés frais, congelés et conservés, y compris crabe frais, congelé et conservé, plats préparés à base de poisson et/ou de crustacés » ;

– classe 33 : « Boissons alcooliques (à l’exception des bières), y compris vodka » ;

– classe 43 : « Services de restauration (alimentation), bars, cafés, salons de thé, services de traiteurs ».

3 L’enregistrement international a été notifié, le 16 mars 2006, à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), en vertu du règlement (CE) no 40/94 du Conseil, du 20 décembre 1993, sur la marque communautaire (JO 1994, L 11, p.1), tel que modifié [remplacé par le règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), lui-même remplacé par le règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)].

4 L’enregistrement international a été publié au Bulletin des marques communautaires no 22/2006, du 29 mai 2006.

5 Le 27 février 2007, Arimpex Promoqualita SL, aux droits de laquelle a succédé l’intervenante, Romanov Holding SL, a formé opposition à la marque demandée, en vertu de l’article 42, paragraphe 1, du règlement no 40/94 (devenu article 47, paragraphe 1, du règlement 2017/1001).

6 L’opposition était fondée sur l’enregistrement international no 554373A, désignant l’Espagne, pour les produits relevant de la classe 29 et correspondant aux « Conserves de crabe », de la marque figurative CHATKA reproduite ci-après :

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7 À cet égard, il importe de préciser que, l’enregistrement international du signe reproduit au point 6 ci-dessus, portant le numéro 554373, avait été déposé par Caviar Petrossian, le 18 mai 1990, pour un ensemble de territoires, dont l’Espagne. Sadco France était ensuite devenue titulaire dudit enregistrement international, selon la décision attaquée, en 1992. Par ailleurs, Sadco France avait également obtenu, en 1992, une licence de Sovrybflot l’autorisant à exploiter des marques contenant le signe verbal CHATKA et enregistrées en tant que marque du Benelux ou en tant que marque nationale dans différents États membres de l’Union. En 2004, Sadco France avait cédé à Arimpex Promoqualita l’enregistrement international susmentionné, seulement en ce qu’il désignait l’Espagne. Cet enregistrement, portant le numéro 554373A, est celui sur lequel est fondée la procédure d’opposition. Ledit enregistrement, en tant qu'il désignait l'Espagne, avait ensuite été cédé, en 2009, à l’intervenante. En outre, le 8 novembre 2005, Sadco France avait cédé l’enregistrement international no 554373, en tant qu’il désignait d’autres territoires que l’Espagne, à Chatka International. Cette dernière avait par la suite cédé ledit enregistrement international à la requérante.

8 La procédure d’opposition a été suspendue, entre le 15 janvier 2008 et le 21 février 2012, au motif qu’une action en nullité pour mauvaise foi à l’encontre de la marque antérieure était pendante devant les juridictions espagnoles. Ce recours avait été introduit, en septembre 2005, devant le Tribunal de marca comunitaria, dibujos y modelos de Alicante (tribunal de la marque communautaire, des dessins et modèles d’Alicante, Espagne) par Chatka International, le prédécesseur de la requérante. La demande en nullité de la marque antérieure avait été rejetée, le 15 janvier 2010, ce qui avait été confirmé en appel par l’Audiencia Provincial de Alicante (cour provinciale d’Alicante) le 27 janvier 2011. Ce jugement était devenu définitif après le rejet du pourvoi formé devant le Tribunal Supremo (Cour suprême, Espagne), le 17 janvier 2012.

9 Le 19 avril 2012, la requérante a demandé la preuve de l’usage de la marque antérieure, conformément à l’article 42, paragraphes 2 et 3 du règlement no 207/2009.

10 L’intervenante a produit un ensemble de preuves concernant l’utilisation de la marque antérieure par Chatka Hispania, SL et par Arimpex Promoqualita, ainsi qu’un accord entre cette dernière et Sadco France, daté du 6 juillet 2004 (ci-après le « protocole d’accord du 6 juillet 2004 »), qualifiant Arimpex Promoqualita de distributrice des produits couverts par la marque antérieure depuis 1996.

11 Par décision du 18 septembre 2014, la division de l’opposition de l’EUIPO a fait droit à la demande d’opposition de l’intervenante en ce qu’elle était fondée sur l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 (devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001) et qu’elle visait les produits de la classe 29. La division d’opposition a rejeté la demande d’opposition pour le surplus. Elle a considéré, premièrement, que la période de cinq années, prévue à l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, pertinente aux fins de l’examen des preuves d’usage (ci-après la « période pertinente »), était comprise entre le 30 novembre 2001 et le 29 novembre 2006. Deuxièmement, elle a considéré que l’intervenante avait démontré le consentement du titulaire de la marque antérieure à l’usage de ladite marque par Arimpex Promoqualita et que les preuves d’usage, appréciées dans leur globalité, indiquaient de façon suffisante la durée, l’ampleur et la nature de l’usage de la marque antérieure pendant la période pertinente. Troisièmement, la division d’opposition a considéré qu’il existait un risque de confusion entre les signes en conflit, au sens de l’article 8, paragraphe 1, du règlement no 207/2009. Quatrièmement, la division d’opposition a considéré qu’il y avait lieu de rejeter l’opposition en ce qu’elle était fondée sur l’article 8, paragraphe 5 du règlement no 207/2009 (devenu article 8, paragraphe 5 du règlement 2017/1001), dans la mesure où l’acte d’opposition n’était accompagné d’aucun élément de preuve de la renommée alléguée de la marque antérieure.

12 Le 15 janvier 2015, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO, au titre des articles 58 à 64 du règlement no 207/2009 (devenus articles 66 à 71 du règlement 2017/1001), contre la décision de la division de l’opposition, en ce qu’elle avait accueilli l’opposition pour les produits de la classe 29.

13 Par décision du 21 mars 2016, (ci-après la « décision attaquée »), la cinquième chambre de recours de l’EUIPO a rejeté le recours de la requérante et a estimé que l’opposition était fondée pour les produits relevant de la classe 29.

14 En substance, la chambre de recours a relevé, premièrement, que l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita avait été fait avec le consentement de l’ « opposante ». À cet égard, la chambre de recours, d’une part, a déduit de la « capacité de l’opposante » à produire en tant que preuve d’usage des documents commerciaux émanant d’Arimpex Promoqualita que l’usage fait par cette dernière l’avait été avec le consentement de l’ « opposante ». D’autre part, la chambre de recours s’est fondée sur le protocole d’accord du 6 juillet 2004 signé par Sadco France et Arimpex Promoqualita, indiquant qu’Arimpex Promoqualita était le distributeur de Sadco France depuis 1996.

15 Deuxièmement, la chambre de recours a examiné si les preuves d’usage produites par l’intervenante démontraient suffisamment la durée, l’importance et la nature de l’usage de la marque antérieure au cours de la période pertinente et dans le territoire pertinent. À cet égard, elle a considéré, en substance, que, les conserves de crabe ne pouvant être considérées comme des produits de consommation courante, les quantités de produits vendues pendant la période pertinente étaient suffisamment importantes. Elle a également considéré que le signe protégé par la marque antérieure, en tant que marque figurative, avait été utilisé pendant la période pertinente. Troisièmement, la chambre de recours a considéré qu’il existait un risque de confusion entre les signes en conflit, au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009. Quatrièmement, la chambre de recours a considéré qu’il y avait lieu de rejeter l’opposition fondée sur l’article 8, paragraphe 5 du règlement no 207/2009, dans la mesure où l’acte d’opposition n’était accompagné d’aucun élément de preuve de la renommée alléguée de la marque antérieure.

Conclusions des parties

16 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– condamner l’EUIPO aux dépens.

17 L’EUIPO et l’intervenante concluent à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

En droit

18 La requérante invoque un moyen unique, articulé en trois branches, tiré de la violation de l’article 42, paragraphes 2 et 3, du règlement no 207/2009.

Sur la première branche du moyen unique

19 Par la première branche du moyen unique, la requérante, en substance, invoque une violation de l’article 42, paragraphe 2 et 3, du règlement no 207/2009, applicable en vertu de l’article 156 dudit règlement (devenu article 196 du règlement 2017/1001) aux procédures d’opposition formées à l’encontre d’enregistrements internationaux. Elle fait valoir que la chambre de recours a erronément déterminé la période pertinente pour examiner l’usage sérieux de la marque antérieure et que celle-ci aurait dû être comprise entre le 29 mai 2001 et le 28 mai 2006 et non entre le 29 novembre 2001 et le 28 novembre 2006.

20 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

21 En substance, la requérante et l’EUIPO s’opposent sur le point de départ de la période pertinente. La requérante considère que celle-ci doit être déterminée en prenant en compte la date de première publication de l’enregistrement international, alors que l’EUIPO considère que la période pertinente doit être déterminée en prenant en compte la date de début de la période d’opposition.

22 À titre liminaire, il y a lieu de rappeler que l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, tel qu’applicable en l’espèce, prévoit que, dans le cadre d’une procédure d’opposition, le titulaire de la marque demandée peut demander à ce que le titulaire de la marque antérieure démontre que ladite marque a fait l’objet d’un usage sérieux au cours des cinq années qui précèdent la publication de la demande de marque de l’Union européenne. En vertu de l’article 156, paragraphe 1, du règlement no 207/2009, cette disposition est applicable dans le cadre d’une procédure d’opposition concernant un enregistrement international désignant l’Union.

23 Par ailleurs, il importe de relever que, aux termes de l’article 41, paragraphe 1, du règlement no 207/2009 (devenu article 46, paragraphe 1 du règlement 2017/1001), le délai octroyé aux titulaires de marques antérieures pour former opposition à une demande de marque de l’Union européenne court à compter de la date de publication de la demande de marque. Dans le cadre d’un enregistrement international désignant l’Union, l’article 156, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 fixe le début de la période d’opposition à six mois après la date de la première publication de l’enregistrement international, prévue à l’article 152, paragraphe 1, dudit règlement (devenu article 190, paragraphe 1, du règlement 2017/1001).

24 En l’espèce, la chambre de recours a considéré, au point 23 de la décision attaquée, que la période pertinente était comprise entre le 29 novembre 2001 et le 28 novembre 2006. L’enregistrement international désignant l’Union ayant été publié au Bulletin des marques communautaires le 29 mai 2006, il y a lieu de constater que la chambre de recours a déterminé ladite période à partir de la date de début de la période d’opposition, à savoir le 28 novembre 2006.

25 Or, il y a lieu de constater qu’il ne ressort aucunement du libellé de l’article 42, paragraphe 2, du règlement 207/2009 que la période pertinente doive être calculée à partir de la date de début de la période d’opposition.

26 Au contraire, il ressort clairement du libellé de l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 que la période pertinente est déterminée à partir de la date de publication de la demande de marque.

27 Or, s’agissant des enregistrements internationaux désignant l’Union, il y a lieu de rappeler que l’EUIPO, après avoir reçu notification d’un enregistrement international désignant l’Union, procède à la première publication dudit enregistrement, conformément à l’article 152 du règlement no 207/2009.

28 En conséquence, ainsi que le fait justement valoir la requérante, il y a lieu de considérer que, aux fins de l’application de l’article 156, paragraphe 1, du règlement no 207/2009, la date de première publication d’un enregistrement international désignant l’Union, prévue à l’article 152 du règlement no 207/2009, est équivalente à la date de publication de la demande de marque de l’Union européenne, à laquelle se réfère l’article 42, paragraphe 2, dudit règlement.

29 En outre, cette conclusion est confortée par le fait qu’il ressort de l’article 38 et de l’article 155, paragraphe 4, du règlement no 207/2009 (devenus article 43 et article 195, paragraphe 4, du règlement 2017/1001) que la publication de la demande de marque de l’Union européenne, et la première publication de l’enregistrement international désignant l’Union, sont destinées à informer les titulaires de marques antérieures du dépôt de la demande de marque de l’Union européenne ou d’enregistrement international désignant l’Union. Elles remplissent ainsi la même fonction, à savoir permettre au titulaire de la marque antérieure, le cas échant, de former opposition ou de formuler des commentaires sur ces demandes.

30 Il découle donc de ce qui précède que, dans le cadre d’une procédure d’opposition à un enregistrement international désignant l’Union, la période pertinente pour examiner l’usage sérieux de la marque antérieure doit être déterminée à compter de la date de première publication de l’enregistrement international désignant l’Union et non de la date de début de la période d’opposition.

31 Aucun des arguments de l’EUIPO ne saurait remettre en cause cette conclusion.

32 Premièrement, ainsi que constaté au point 25 ci-dessus, l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 ne se réfère en aucune manière à la date de début de la période d’opposition. Or, l’EUIPO n’apporte aucune explication de nature à établir que le législateur aurait entendu prévoir que la période pertinente fût déterminée à partir de la date de début de la période d’opposition.

33 Deuxièmement, contrairement à ce que soutient, en substance, l’EUIPO, la circonstance que la date de publication de la demande de marque coïncide avec le début de la période d’opposition en ce qui concerne les demandes de marque, en application de l’article 41, paragraphe 1, du règlement no 207/2009, ne suffit pas à considérer que l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, qui fait expressément référence à la date de publication de la demande de marque, doive être interprété comme identifiant la date de début de la période d’opposition comme étant le point de départ de la période pertinente.

34 À cet égard, il importe de relever qu’un des objectifs poursuivis par l’article 42, paragraphe 2, du règlement n° 207/2009 est d’éviter des utilisations artificielles de la marque antérieure [voir, en ce sens, arrêt du 12 décembre 2002, Kabushiki Kaisha Fernandes/OHMI – Harrison (HIWATT), T‑39/01, EU:T:2002:316, point 37], notamment celles provoquées par une procédure d’opposition. La date de début de la période d’opposition à un enregistrement international désignant l’Union, qui intervient six mois après la première publication de l’enregistrement international, ne saurait donc être le point de départ de la période pertinente.

35 Troisièmement, contrairement à ce que fait valoir l’EUIPO, la circonstance selon laquelle la date de début de la période d’opposition est ultérieure à l’examen, par l’EUIPO, des éventuels motifs absolus de refus n’est pas de nature à justifier que la période pertinente doive être calculée à partir de cette date. En effet, aucune disposition du règlement no 207/2009 n’exige que la période pertinente soit déterminée à partir d’une date postérieure à l’examen des motifs absolus de refus.

36 Quatrièmement, contrairement à ce qu’affirme l’EUIPO, la circonstance que l’interprétation proposée par l’EUIPO soit conforme à sa pratique ainsi qu’aux directives d’examen de l’EUIPO est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, lesdites directives ne pouvant prévaloir sur les dispositions du règlement no 207/2009, ni sur l’interprétation qui en est faite par le juge de l’Union [voir, en ce sens, arrêt du 7 octobre 2015, Sonova Holding/OHMI (FLEX), T‑187/14, non publié, EU:T:2015:759, point 33].

37 Cinquièmement, contrairement à ce que soutient l’EUIPO, la détermination de la période pertinente en prenant en compte la date de la première publication de l’enregistrement international désignant l’Union n’est pas de nature à entraîner une violation de l’égalité de traitement entre les titulaires de marques antérieures, selon qu’ils s’opposent à un enregistrement international désignant l’Union ou à une marque de l’Union européenne. Au contraire, les titulaires de marques antérieures sont placés dans la même situation, dans la mesure où ils sont tenus de prouver l’usage sérieux à partir du jour où ils sont informés de la demande de marque de l’Union européenne ou de l’enregistrement international désignant l’Union.

38 Sixièmement, l’EUIPO se prévaut de l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, tel que modifié par le règlement (UE) 2015/2424 du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2015, modifiant le règlement no 207/2009 et le règlement (CE) no 2868/95 de la Commission portant modalités d’application du règlement no 40/94, et abrogeant le règlement (CE) no 2869/95 de la Commission relatif aux taxes à payer à l’Office de l’harmonisation dans le marché intérieur (marques, dessins et modèles) (JO 2015, L 341, p. 21), afin de soutenir que l’information des titulaires des marques antérieures est sans incidence pour la détermination de la période pertinente. En effet, la version modifiée dudit article prévoit que la période pertinente est désormais calculée à partir de la date de dépôt de la demande, et non plus de la date de publication de la demande. Toutefois, cette version modifiée de l’article 42 du règlement no 207/2009, qui est entrée en vigueur le 23 mars 2016, soit postérieurement à la procédure d’opposition visée par la présente affaire, ne saurait être prise en compte aux fins d’interpréter le texte antérieur, applicable en l’espèce. De plus, à supposer même que le règlement 2015/2424 puisse être pris en compte, il y a lieu de relever que les modifications apportées confortent l’interprétation selon laquelle la date de début de la période d’opposition est dénuée de pertinence pour déterminer la période pertinente.

39 À la lumière des considérations exposées ci-dessus, il y a lieu de constater que la chambre de recours a violé l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 en considérant que la période pertinente devait être déterminée à compter de la date de début de la période d’opposition. La chambre de recours aurait dû calculer la période pertinente en prenant en compte la date de la première publication de l’enregistrement international désignant l’Union, à savoir le 28 mai 2006. La période pertinente aurait dès lors dû être comprise entre le 29 mai 2001 et le 28 mai 2006.

40 S’agissant des conséquences de l’illégalité découlant de l’erreur de la chambre de recours dans la détermination de la période pertinente, constatée au point 39 ci–dessus, conformément à la jurisprudence du Tribunal, cette erreur n’est de nature à entraîner l’annulation de la décision attaquée que dans l’hypothèse où elle aurait une influence sur le résultat de la présente affaire [voir, en ce sens, arrêts du 3 juin 2015, Giovanni Cosmetics/OHMI – Vasconcelos & Gonçalves (GIOVANNI GALLI), T‑559/13, EU:T:2015:353, point 135 (non publié), et du 28 janvier 2016, Novomatic/OHMI – Simba Toys (African SIMBA), T‑687/14, non publié, EU:T:2016:37, point 143].

41 À cet égard, il importe de relever que l’erreur sur la période pertinente conduit à exclure les documents qui ne peuvent pas être rattachés à la période telle qu’elle aurait dû être déterminée par la chambre de recours, c’est-à-dire la période comprise entre le 29 mai 2001 et le 28 mai 2006. En l’espèce, seuls le certificat délivré par Alimentaria Exhibitions et 10 des 76 factures adressées par Arimpex Promoqualita et Chatka Hispania ne relèvent pas de ladite période.

42 Dans la mesure où la troisième branche du moyen unique porte sur l’appréciation, en tant que telle, du caractère sérieux de l’usage de la marque antérieure retenue par la chambre de recours, l’influence de l’erreur relative à la période pertinente sur le résultat de la présente affaire sera examinée dans le cadre de ladite branche.

Sur la deuxième branche du moyen unique

43 Par la deuxième branche du moyen unique, en substance, la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir erronément considéré que l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita, avant que celle-ci en devînt titulaire, avait été autorisé par le titulaire de l’époque, Sadco France, et partant, d’avoir considéré que les preuves d’usage émanant d’Arimpex Promoqualita, antérieures au 6 juillet 2004, étaient pertinentes pour l’examen de l’usage sérieux de la marque antérieure.

44 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

45 En vertu de l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009, applicable aux procédures relatives à des enregistrements internationaux désignant l’Union, conformément à l’article 156, paragraphe 1, du même règlement, le titulaire de la marque demandée peut exiger que le titulaire de la marque antérieure apporte la preuve que la marque antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux.

46 En premier lieu, conformément à l’article 15, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 (devenu article 18, paragraphe 2 du règlement 2017/1001), l’usage de la marque avec le consentement du titulaire est considéré comme fait par le titulaire.

47 Or, aux termes de l’article 17, paragraphe 6, du règlement no 207/2009 (devenu article 20 paragraphe 11, du règlement 2017/1001), le nouveau titulaire d’une marque ayant fait l’objet d’un transfert ne peut se prévaloir des droits découlant de l’enregistrement de la marque de l’Union européenne tant que ledit transfert n'a pas été inscrit au registre des marques de l’Union européenne. Il en résulte que, dans le cas spécifique où la marque a fait l’objet d’un ou de plusieurs transferts, l’article 15, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 doit être interprété en ce sens que le consentement doit émaner de l’entité qui était titulaire de la marque au moment de l’usage de celle-ci par un tiers. Cela n’est d’ailleurs pas remis en cause par les parties.

48 En second lieu, c’est au titulaire de la marque antérieure qu’il incombe d’apporter la preuve que l’usage allégué de cette marque par un tiers a été fait avec son consentement (voir, en ce sens, arrêt du 11 mai 2006, Sunrider/OHMI, C‑416/04 P, EU:C:2006:310, point 44).

49 À cet égard, compte tenu de l’importance de son effet d’extinction du droit exclusif du titulaire d’une marque de l’Union d’utiliser cette marque, le consentement doit être exprimé d’une manière qui traduise de façon certaine une volonté de renoncer à ce droit. Une telle volonté résulte normalement d’une formulation expresse du consentement. Toutefois, il ne saurait être exclu que, dans certains cas, le consentement puisse résulter d’une manière implicite de circonstances et d’éléments antérieurs, concomitants ou postérieurs à l’usage de la marque en cause par un tiers, qui traduisent également, de façon certaine, une renonciation du titulaire à son droit [voir arrêt du 13 janvier 2011, Park/OHMI – Bae (PINE TREE), T‑28/09, non publié, EU:T:2011:7, point 61 et jurisprudence citée ; arrêt du 16 avril 2015, Matratzen Concord/OHMI – KBT (ARKTIS), T‑258/13, non publié, EU:T:2015:207, point 39].

50 En outre, pour apprécier la valeur probante d’un document, il convient de vérifier la vraisemblance et la véracité de l’information qui y est contenue. Il faut tenir compte, notamment, de l’origine du document, des circonstances de son élaboration et de son destinataire, et se demander si, d’après son contenu, il semble sensé et fiable [arrêt du 7 octobre 2015, Atlantic Multipower Germany/OHMI – Nutrichem Diät + Pharma (NOxtreme), T‑186/14, non publié, EU:T:2015:754, point 25].

51 En l’espèce, il importe de constater que la chambre de recours a fondé son examen de l’usage sérieux de la marque antérieure principalement sur des documents commerciaux émanant de Chatka Hispania et d’Arimpex Promoqualita, alors que ces deux sociétés n’étaient pas titulaires de la marque antérieure. Arimpex Promoqualita est devenue titulaire de la marque antérieure au cours de la période pertinente, le transfert de ladite marque ayant été enregistré le 14 décembre 2004.

52 Il importe de relever que la chambre de recours a examiné, aux points 27 à 32 de la décision attaquée, si Arimpex Promoqualita était autorisée à utiliser la marque antérieure durant la partie de la période pertinente où elle n’était pas titulaire de ladite marque (ci-après la « première partie de la période pertinente »). La chambre de recours a considéré, pour deux motifs distincts, que cet usage avait été autorisé et, partant, que les documents émanant d’Arimpex Promoqualita étaient pertinents aux fins de l’examen de l’usage sérieux de la marque antérieure.

53 D’une part, aux points 28 à 30 de la décision attaquée, la chambre de recours a rappelé la jurisprudence selon laquelle, lorsque le titulaire d’une marque fait valoir des actes d’usage de cette marque par un tiers en tant qu’usage sérieux, il prétend implicitement que cet usage a été effectué avec son consentement [arrêt du 8 juillet 2004, Sunrider/OHMI – Espadafor Caba (VITAFRUIT), T‑203/02, EU:T:2004:225, points 24 et 25]. Au point 32 de la décision attaquée, la chambre de recours a ensuite considéré, en application de cette jurisprudence, que « l’opposante » avait consenti à l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita.

54 D’autre part, au point 31 de la décision attaquée, la chambre de recours a constaté que, selon les termes du protocole d’accord du 6 juillet 2004, Arimpex Promoqualita était distributrice, en Espagne, des produits à base de crabe de la marque CHATKA, et ce depuis 1996. Elle a considéré que, l’accord étant signé et daté, il ne pouvait être remis en cause.

55 La requérante fait valoir que la chambre de recours aurait erronément considéré que l’usage de la marque antérieure fait par Arimpex Promoqualita, avant le 6 juillet 2004, avait été autorisé par Sadco France, le titulaire de l’époque.

56 En premier lieu, la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir considéré qu’elle pouvait déduire de la capacité de l’intervenante à démontrer l’usage de la marque antérieure fait par Arimpex Promoqualita que cet usage avait été fait avec le consentement de l’intervenante, bien que cette dernière n’était pas titulaire de la marque à l’époque.

57 À cet égard, il y a lieu de constater qu’il ressort des points 28 et 32 de la décision attaquée que la chambre de recours a indiqué que la circonstance que l’« opposante » devant l’EUIPO, c’est-à-dire l’intervenante, ait été en mesure de produire les documents commerciaux d’Arimpex Promoqualita permettait d’établir que celle-ci avait consenti à ce qu’Arimpex Promoqualita fît usage de la marque antérieure.

58 Or, il est constant que ni Arimpex Promoqualita, qui a initialement formé l’opposition, ni l’intervenante, qui lui a succédé dans le cadre de la procédure d’opposition, n’était titulaire de la marque durant les trois premières années de la période pertinente, le transfert de ladite marque à Arimpex Promoqualita ayant été enregistré le 14 décembre 2014. Il est également constant que seule Sadco France, la titulaire de la marque pendant la première partie de la période pertinente, pouvait autoriser l’utilisation de la marque antérieure pendant cette période.

59 Par ailleurs, il y a lieu de constater qu’Arimpex Promoqualita était le tiers ayant fait l’usage de la marque durant la période pertinente et, à la suite du transfert de la marque antérieure, le titulaire de la marque au moment de la notification de l’opposition. Il en découle que l’opposante initiale, à savoir Arimpex Promoqualita, était nécessairement en possession de ses propres factures, émises alors qu’elle était tierce à la marque antérieure. Dès lors, la circonstance que l’intervenante, à qui Arimpex Promoqualita a transféré la marque antérieure en cours de procédure, ait été en mesure de fournir les factures émanant d’Arimpex Promoqualita n’est pas de nature à établir son consentement à l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita, et encore moins le consentement du titulaire de l’époque, à savoir Sadco France, à cet usage.

60 Partant, au regard des circonstances particulières de l’espèce, liées aux transferts successifs de la marque antérieure, il y a lieu de constater que la chambre de recours a erronément fait application de la jurisprudence exposée au point 53 ci–dessus, afin de considérer que l’utilisation de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita avait été autorisée. Il convient d’ailleurs de rappeler que même l’EUIPO a déclaré, lors de l’audience, que cette jurisprudence n’était pas applicable en l’espèce.

61 Toutefois, comme constaté au point 54 ci-dessus, la chambre de recours a également fondé son appréciation du caractère autorisé de l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita sur le protocole d’accord du 6 juillet 2004. Dès lors, l’erreur de la chambre de recours, constatée au point 60 ci–dessus, n’est de nature à remettre en cause l’appréciation de la chambre de recours que dans l’hypothèse où cette dernière aurait également erronément considéré que ledit protocole d’accord suffisait à établir le consentement de Sadco France à l’utilisation de la marque antérieure, ce qu’il convient d’examiner par la suite.

62 Ainsi, en second lieu, la requérante fait valoir que la chambre de recours aurait considéré à tort, au point 31 de la décision attaquée, que le protocole d’accord du 6 juillet 2004, établi au cours de la période pertinente et in tempore suspecto, constituait une preuve suffisante du consentement préalable du titulaire de la marque.

63 À cet égard, il importe de relever, d’une part, que le protocole d’accord du 6 juillet 2004 précise que Sadco France « entretient des relations commerciales avec l’entreprise espagnole Arimpex Promoqualita […], qui est distributrice de crabe royal russe en Espagne sous la marque [Chatka] depuis 1996 ».

64 D’autre part, le protocole d’accord prévoit que, « au vu des constantes pratiques déloyales et actes de dénigrement dont souffre Arimpex Promoqualita [S.A.] sur le territoire espagnol de la part de sociétés qui ne possèdent pas de titre légitime sur la marque CHATKA, les deux sociétés manifestent leur intention de légaliser prochainement la cession partielle, en ce qui concerne le territoire espagnol, de ladite marque internationale en faveur d’Arimpex Promoqualita » et que « [c]ette cession aura lieu dans le cadre d’une collaboration mutuelle plus vaste ».

65 Ainsi que l’a constaté la chambre de recours au point 31 de la décision attaquée, le protocole d’accord du 6 juillet 2004 est signé et daté.

66 S’agissant, premièrement, du constat selon lequel le protocole d’accord du 6 juillet 2004 est signé, il importe, tout d’abord, de relever que Sadco France, la titulaire de la marque antérieure, a signé ledit protocole alors que celui-ci énonce clairement que, depuis 1996, Arimpex Promoqualita est le distributeur de Sadco France en Espagne pour des produits sur lesquels la marque antérieure est apposée. Il importe donc de constater que le protocole d’accord du 6 juillet 2004 traduit d’une façon certaine la renonciation de Sadco France à son droit exclusif et partant son consentement à l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita depuis 1996.

67 Ensuite, il importe également de relever que le protocole d’accord du 6 juillet 2004 a été signé à la fois par Arimpex Promoqualita et par Sadco France, de sorte que les deux parties signataires ont confirmé la description factuelle retenue dans ledit protocole. La signature dudit protocole par les deux entités rend ainsi davantage crédible son contenu.

68 Enfin, il importe de relever que le protocole a été signé dans un contexte précontentieux, ainsi que cela ressort du texte même dudit protocole, tel que reproduit au point 64 ci-dessus. Partant, ce contexte précontentieux explique qu’Arimpex Promoqualita et Sadco France aient eu le besoin de consigner par écrit la nature de leurs relations et qu’elles aient été attentives à ce qu’il reflète leur compréhension de la situation.

69 S’agissant, deuxièmement, de la date du protocole d’accord du 6 juillet 2004, il importe de relever que celui-ci a été signé plus de deux ans avant l’introduction de la procédure d’opposition, le 27 février 2007, et environ huit ans avant que la requérante ne demande la production des preuves d’usage, le 19 avril 2012, de sorte que la signature du protocole d’accord du 6 juillet 2004 n’a pas pu être motivée par la nécessité de produire des preuves d’usage devant l’EUIPO.

70 Il découle donc de ces éléments que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en constatant que le protocole d’accord du 6 juillet 2004, permettait d’établir que l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita avant le 6 juillet 2004 avait été autorisé et que les preuves d’usage émanant de cette dernière étaient pertinentes pour l’examen de l’usage sérieux de la marque antérieure.

71 En outre, aucun des arguments de la requérante n’est de nature à remettre en cause ce constat.

72 Premièrement, la circonstance que le protocole d’accord du 6 juillet 2004 ait été signé postérieurement aux actes d’usages de la marque antérieure est sans incidence sur la valeur probatoire dudit protocole pour établir le consentement de Sadco France. En effet, il découle de la jurisprudence, exposée au point 53 ci–dessus, que le consentement peut être établi par des éléments de preuve postérieurs à l’usage de la marque par le tiers.

73 Deuxièmement, les arguments de la requérante selon lesquels le protocole d’accord du 6 juillet 2004 aurait été signé in tempore suspecto ne sont pas de nature à remettre en cause la fiabilité et la crédibilité du protocole.

74 À cet égard, il y a lieu de relever que la requérante ne conteste pas l’authenticité du protocole d’accord du 6 juillet 2004, mais uniquement la fiabilité et la crédibilité de son contenu.

75 En effet, selon la requérante, le protocole d’accord du 6 juillet 2004 aurait été signé in tempore suspecto, dans la mesure où Arimpex Promoqualita aurait été menacée d’une action en contrefaçon de la part de Chatka International, le prédécesseur de la requérante au moment des faits. Si l’intervenante conteste cette allégation, il y a lieu de constater que, en tout état de cause, il ressort des termes du protocole du 6 juillet 2004, tels qu’exposés au point 64 ci-dessus, qu’Arimpex Promoqualita était soumise à un contexte précontentieux au moment de la signature dudit protocole.

76 Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause la fiabilité et la crédibilité du protocole d’accord.

77 Tout d’abord, comme il ressort des points 65 à 70 ci-dessus, la fiabilité et la crédibilité du contenu du protocole d’accord du 6 juillet 2004 est confortée par le fait que ledit protocole est signé à la fois par Arimpex Promoqualita et Sadco France et qu’il est daté.

78 Il y a lieu de constater que, alors que le protocole d’accord est un élément de preuve concret qui établit clairement le consentement de Sadco France à l’utilisation de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita, la requérante ne fournit aucun élément concret de nature à remettre en cause sa fiabilité, ni sa crédibilité, et fonde uniquement son raisonnement sur des suppositions.

79 En toute hypothèse, il y a lieu de relever que, en signant le protocole d’accord du 6 juillet 2004, Sadco France a alors renoncé à la possibilité d’agir à l’encontre d’une éventuelle utilisation non autorisée de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita et de demander des dommages et intérêts. La déclaration aurait ainsi été faite à l’encontre des intérêts de Sadco France, si, comme le soutient la requérante, Arimpex Promoqualita n’avait pas été autorisée à utiliser la marque antérieure avant la signature du protocole d’accord du 6 juillet 2004. Dès lors, le fait que Sadco France ait signé ledit protocole est de nature à établir que son contenu est particulièrement crédible.

80 Ensuite, comme le fait justement valoir l’EUIPO, la circonstance qu’il ressort des termes du protocole d’accord du 6 juillet 2004 que le transfert de la marque antérieure était motivé par la nécessité de fournir à Arimpex Promoqualita un titre opposable à ses concurrents, ne signifie pas que l’usage fait avant le transfert de la marque antérieure ait eu lieu sans le consentement de Sadco France.

81 Enfin, comme le relève à juste titre l’EUIPO, il importe de constater, d’une part, qu’il ne ressort pas du dossier devant le Tribunal que Sadco France se soit opposée à l’usage fait par Arimpex Promoqualita de la marque antérieure entre 1996 et 2004, et ce quand bien même cet usage était notoire, comme indiqué par l’attestation de la chambre officielle de commerce et d’industrie de Madrid, figurant parmi les preuves d’usage produites par l’intervenante. En effet, ce document, daté du 8 juillet 2004, atteste que « la marque Chatka est reconnue pour distinguer le crabe royal russe, sur le marché de Madrid, depuis 1997 » et qu’elle est « associée aux sociétés Chatka Hispania […] et Arimpex Promoqualita […] pour ce qui concerne la distribution ou la livraison des produits ». D’autre part, le transfert de la marque antérieure à Arimpex Promoqualita par Sadco France témoigne de l’absence de relations contentieuses entre les deux entités. Si ces circonstances ne sont pas, à elles seules, de nature établir le consentement de Sadco France, elles corroborent le contenu de la déclaration figurant dans le protocole d’accord du 6 juillet 2004 et renforcent ainsi sa crédibilité et sa fiabilité.

82 Par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la requérante, la circonstance que Sovrybflot ait octroyé une licence, en 1992, à Sadco France pour l’utilisation des marques nationales contenant l’élément « chatka » sur différents territoires, à l’exception du territoire espagnol, n’est pas de nature à remettre en cause la constatation de la chambre de recours selon laquelle Sadco France a consenti à l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita. En effet, il est constant que Sadco France était titulaire de la marque antérieure pour la première partie de la période pertinente et partant qu’elle était en mesure d’autoriser l’usage de cette marque par un tiers.

83 Troisièmement, contrairement à ce que fait valoir la requérante, il n’était pas nécessaire, en l’espèce, que soient fournis des éléments de preuve concrets et objectifs attestant les relations commerciales entre Sadco France et Arimpex Promoqualita, tels que, par exemple, un contrat de licence, des bons de commandes ou des échanges de correspondance. En effet, ainsi qu’exposé aux points 65 à 82 ci–dessus, le protocole d’accord du 6 juillet 2004, qui est un élément concret dont le contenu est crédible, suffit à établir la renonciation de Sadco France à son droit exclusif sur la marque antérieure.

84 En outre, l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours aurait considéré à tort que le protocole d’accord du 6 juillet 2004 ne pouvait être remis en cause dès lors qu’il était signé et daté doit être rejeté dans la mesure où la requérante n’a pas établi l’absence de fiabilité de ce document.

85 Dès lors, il découle de l’ensemble des constatations exposées aux points 62 à 81 ci-dessus que les arguments de la requérante ne sont pas de nature à mettre en cause la fiabilité et la crédibilité du protocole d’accord du 6 juillet 2004, ni le fait que la marque antérieure a été utilisée avec le consentement de Sadco France, au sens de l’article 15, paragraphe 2, et de l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009. En outre, l’erreur constatée au point 60 ci-dessus n’est pas de nature à remettre en cause la prise en compte des preuves d’usage émanant d’Arimpex Promoqualita, ni à entraîner l’annulation de la décision attaquée.

86 Il s’ensuit que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que le consentement de Sadco France à l’usage de la marque antérieure par Arimpex Promoqualita pendant la période pertinente était établi et en prenant en compte les éléments de preuve d’usage émanant de cette dernière.

87 Partant, la deuxième branche du moyen unique doit être rejetée comme non fondée.

Sur la troisième branche du moyen unique

88 Par la troisième branche du moyen unique, la requérante estime que la chambre de recours a considéré à tort que les éléments de preuve fournis par l’intervenante étaient de nature à établir l’usage sérieux de la marque antérieure.

89 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.

90 Il y a lieu de rappeler que l’article 156, paragraphe 1, du règlement no 207/2009 dispose que tout enregistrement international désignant l’Union est soumis à la même procédure d’opposition que les demandes de marque de l’Union européenne publiées.

91 Or, ainsi qu’il résulte du considérant 10 du règlement no 207/2009, le législateur a considéré que la protection de la marque antérieure n’était justifiée que dans la mesure où celle-ci était effectivement utilisée. En conformité avec ce considérant, l’article 42, paragraphes 2 et 3, du règlement no 207/2009 prévoit que le demandeur d’une marque de l’Union européenne peut requérir la preuve que la marque antérieure a fait l’objet d’un usage sérieux sur le territoire sur lequel elle est protégée au cours de la période pertinente.

92 En vertu de la règle 22, paragraphe 3, du règlement no 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement no 40/94 (JO 1995, L 303, p. 1) [devenue article 10, paragraphe 3, du règlement délégué (UE) 2017/1430 de la Commission, du 18 mai 2017, complétant le règlement no 207/2009 et abrogeant les règlements nos 2868/95 et (CE) no 216/96 (JO 2017, L 205, p. 1)], la preuve de l’usage doit porter sur le lieu, la durée, l’importance et la nature de l’usage qui a été fait de la marque antérieure.

93 Selon une jurisprudence constante, il ressort de l’article 42, paragraphes 2 et 3, du règlement no 207/2009, lu à la lumière du considérant 10 dudit règlement et de la règle 22, paragraphe 3, du règlement no 2868/95, que la ratio legis de l’exigence selon laquelle la marque antérieure doit avoir fait l’objet d’un usage sérieux consiste à limiter les conflits entre deux marques, à moins qu’il n’existe un juste motif économique à l’absence d’usage sérieux de la marque antérieure découlant d’une fonction effective de celle-ci sur le marché. En revanche, lesdites dispositions ne visent ni à évaluer la réussite commerciale d’une entreprise, ni à contrôler sa stratégie économique, ni encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes [voir arrêts du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 38 et jurisprudence citée, et du 17 décembre 2015, Bice International/OHMI – Bice (bice), T‑624/14, non publié, EU:T:2015:998, point 35 et jurisprudence citée].

94 Une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité de l’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et ces services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque (arrêt du 17 décembre 2015, bice, T‑624/14, non publié, EU:T:2015:998, point 36 ; voir également, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43). De plus, la condition relative à l’usage sérieux de la marque exige que celle-ci, telle qu’elle est protégée sur le territoire pertinent, soit utilisée publiquement et vers l’extérieur (arrêt du 17 décembre 2015, bice, T‑624/14, non publié, EU:T:2015:998, point 36 ; voir également, par analogie, arrêts du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 37).

95 L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque [voir arrêts du 8 juillet 2004, MFE Marienfelde/OHMI – Vétoquinol (HIPOVITON), T‑334/01, EU:T:2004:223, point 34 et jurisprudence citée, et du 17 décembre 2015, bice, T‑624/14, non publié, EU:T:2015:998, point 37 et jurisprudence citée].

96 Quant à l’importance de l’usage qui a été fait de la marque antérieure, il convient de tenir compte, notamment, du volume commercial de l’ensemble des actes d’usage, d’une part, et de la durée de la période pendant laquelle des actes d’usage ont été accomplis ainsi que de la fréquence de ces actes, d’autre part (arrêts du 8 juillet 2004, HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 35, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 41).

97 Pour examiner, dans un cas d’espèce, le caractère sérieux de l’usage d’une marque antérieure, il convient de procéder à une appréciation globale en tenant compte de tous les facteurs pertinents dudit cas. Cette appréciation implique une certaine interdépendance entre les facteurs pris en compte. Ainsi, un faible volume de produits commercialisés sous ladite marque peut être compensé par une forte intensité ou une grande constance dans le temps de l’usage de cette marque et inversement. En outre, le chiffre d’affaires réalisé ainsi que la quantité de ventes de produits sous la marque antérieure ne sauraient être appréciés dans l’absolu, mais doivent l’être en rapport avec d’autres facteurs pertinents, tels que le volume de l’activité commerciale, les capacités de production ou de commercialisation ou le degré de diversification de l’entreprise exploitant la marque ainsi que les caractéristiques des produits ou des services sur le marché concerné. De ce fait, le juge de l’Union a précisé qu’il n’était pas nécessaire que l’usage de la marque antérieure fût toujours quantitativement important pour être qualifié de sérieux (voir arrêt du 17 décembre 2015, bice, T‑624/14, non publié, EU:T:2015:998, point 39 et jurisprudence citée ; voir également, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 39).

98 En revanche, l’usage sérieux d’une marque ne peut pas être démontré par des probabilités ou des présomptions, mais doit reposer sur des éléments concrets et objectifs qui prouvent une utilisation effective et suffisante de la marque sur le marché concerné [arrêt du 12 décembre 2002, Kabushiki Kaisha Fernandes/OHMI – Harrison (HIWATT), T‑39/01, EU:T:2002:316, point 47].

99 Enfin, il ne peut être exclu qu’un faisceau d’éléments de preuve permette d’établir les faits à démontrer, alors même que chacun de ces éléments, pris isolément, serait impuissant à rapporter la preuve de l’exactitude de ces faits [voir arrêt du 30 septembre 2014, Scooters India/OHMI – Brandconcern (LAMBRETTA), T‑132/12, non publié, EU:T:2014:843, point 25 et jurisprudence citée].

100 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si la chambre de recours a considéré, à juste titre, que la marque antérieure avait fait l’objet d’un usage sérieux.

101 Aux fins de l’examen du caractère sérieux de l’usage de la marque antérieure, l’intervenante a produit les éléments de preuve d’usage suivants, dont la liste est dressée dans la décision attaquée :

– un certificat délivré par la chambre officielle de commerce et d’industrie de Madrid (Espagne) ;

– des listes de prix de produits couverts par la marque CHATKA pendant la période 2002-2005 ;

– environ 45 bons de commande, datés entre 2004 et 2005, et émanant de clients en Espagne ;

– environ 75 factures adressées à des clients en Espagne et datées entre le 30 novembre 2001 et le 23 octobre 2006 ;

– un extrait du site web « http ://www.chatka.com » ;

– un certificat délivré par Alimentaria Exhibitions, daté de 2006 ;

– des étiquettes du produit ;

– un catalogue.

102 D’emblée, il importe de constater qu’il ressort des points 33 à 46 de la décision attaquée que la chambre de recours a procédé à une appréciation globale des preuves d’usage de la marque antérieure, fournies par l’intervenante, en examinant successivement chacun des quatre critères identifiés dans la règle 22, paragraphe 3, du règlement no 2868/95, à savoir le lieu, la durée, l’importance et la nature de l’usage de la marque antérieure. Elle a ainsi constaté, en substance, que les preuves d’usage permettaient d’établir que le signe protégé par la marque antérieure avait été suffisamment utilisé en Espagne au cours de la période pertinente.

103 S’agissant du lieu, la chambre de recours a constaté, au point 36 de la décision attaquée, que les éléments de preuve démontraient bien un usage de la marque antérieure en Espagne.

104 S’agissant de la durée de l’usage, la chambre de recours a relevé, aux points 33 à 35, d’une part, que l’intervenante devait apporter la preuve de l’usage sérieux de sa marque au cours de la période pertinente et, d’autre part, que la majorité des éléments de preuve produits par l’intervenante étaient datés et relevaient de la période pertinente.

105 S’agissant de la nature de l’usage, la chambre de recours a constaté, aux points 42 à 45 de la décision attaquée, que les éléments de preuve, à savoir les catalogues et étiquettes de produits, démontraient bien que la marque antérieure avait été utilisée, telle qu’enregistrée ou sous une forme différant légèrement, pour identifier les produits « conserve de crabe ».

106 S’agissant de l’importance de l’usage, la chambre de recours a constaté, au point 37 de la décision attaquée, que les preuves d’usage produites par l’intervenante comportaient quelques 75 factures établies au cours de la période pertinente, représentant un total de plus de 12 000 unités, et des bons de commande de plusieurs entreprises représentant environ 5 890 unités.

107 La chambre de recours a admis, au point 39 de la décision attaquée, que, en prenant en compte les documents établis au nom d’Arimpex Promoqualita, les factures et bons de commande faisaient apparaître une quantité de ventes réellement importante. Elle a, par ailleurs, relevé, au point 40 de la décision attaquée, que les conserves de crabe étaient des produits de luxe, gastronomiques, et non des produits de consommation courante.

108 La chambre de recours a conclu, au point 41 de la décision attaquée, après avoir relevé que la vente de plus de 12 000 unités représentait une quantité importante et que les ventes étaient constantes, que l’intervenante avait fourni des indications suffisantes sur l’importance de l’usage de la marque antérieure.

109 À titre liminaire, d’une part, il y a lieu de rappeler que, comme il a été constaté au point 39 ci-dessus, la chambre de recours a erronément considéré que la période pertinente était comprise entre le 29 novembre 2001 et le 28 novembre 2006 alors que celle-ci aurait dû être comprise entre le 29 mai 2001 et le 28 mai 2006. L’erreur quant à la détermination de la période pertinente conduit à exclure les documents suivants parmi les éléments de preuve d’usage produits par l’intervenante :

– le certificat délivré par Alimentaria Exhibitions, faisant référence à une exposition ayant eu lieu en 2006, sans indiquer le jour ni le mois exact durant lequel s’est tenue cette exposition ;

– 10 des 76 factures produites par l’intervenante, faisant état, prises ensemble, de la vente de 732 boîtes de conserve.

110 À cet égard, il y a lieu de constater, s’agissant du certificat mentionné au point 109 ci-dessus, qu’il ne ressort pas de la décision attaquée que la chambre de recours ait fondé son appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque antérieure spécifiquement sur ce document, de sorte que son exclusion est nécessairement sans incidence sur la solution de la présente affaire.

111 S’agissant des dix factures postérieures au 28 mai 2006, il ressort des points 37 à 41 de la décision attaquée que la chambre de recours les a prises en compte, globalement avec les autres factures, pour l’appréciation du critère de l’« importance de l’usage » de la marque antérieure. L’influence de l’erreur de la chambre de recours quant à la détermination de la période pertinente sera donc examinée conjointement avec les arguments de la requérante tendant à remettre en cause l’appréciation par la chambre de recours du critère de l’importance de l’usage.

112 D’autre part, il importe de relever que les preuves d’usage, produites par l’intervenante, consistent principalement en des documents commerciaux émanant des entreprises Chatka Hispania et Arimpex Promoqualita.

113 En premier lieu, s’agissant du lieu et de la durée de l’usage, il importe de constater que la requérante ne remet pas en cause le fait que la marque ait été utilisée en Espagne, ni le fait que les preuves d’usage, prises dans leur ensemble, permettent d’établir que la marque antérieure a été utilisée, à tout le moins, pour une partie de la période pertinente. Il importe toutefois de préciser que, contrairement à ce que fait valoir la requérante et ainsi que constaté au point 85 ci–dessus, les éléments de preuve émanant d’Arimpex Promoqualita, antérieurs au 6 juillet 2004, sont pertinents pour examiner l’usage sérieux de la marque antérieure.

114 En deuxième lieu, s’agissant de l’importance de l’usage et plus particulièrement des arguments de la requérante selon lesquels les volumes de vente établis par les bons de commande et factures seraient trop faibles, il y a lieu de rappeler la jurisprudence exposée au point 97 ci-dessus, selon laquelle, d’une part, un faible volume de produits commercialisés sous ladite marque peut être compensé par une forte intensité ou une grande constance dans le temps de l’usage de cette marque et inversement. D’autre part, la quantité de vente de produits sous la marque antérieure ne saurait être appréciée dans l’absolu, mais doit l’être en rapport avec d’autres facteurs pertinents, tels que les caractéristiques des produits en cause.

115 En l’espèce, à titre liminaire, il importe de rappeler, d’une part, ainsi qu’exposé au point 106 ci–dessus, que la chambre de recours a fondé son appréciation de l’importance de l’usage de la marque antérieure sur 76 factures, dont 36 ont été établies par Arimpex Promoqualita et 40 par Chatka Hispania, représentant ensemble un total de plus de 12 000 boîtes de conserve. Elle a également pris en compte les bons de commande adressés à Arimpex Promoqualita et Chatka Hispania, représentant ensemble un total d’environ 5 890 boîtes de conserve.

116 D’autre part, comme annoncé aux points 109 et 111 ci-dessus, parmi les 76 factures produites par l’intervenante, 10 ont été émises postérieurement au 28 mai 2006, soit en dehors de la période pertinente telle qu’elle aurait dû être déterminée par la chambre de recours. Ces 10 factures, qui font état de la vente de 732 boîtes de conserve, ne pouvaient, dès lors, être prises en compte par la chambre de recours. Parmi les 10 factures postérieures au 28 mai 2006, 6 factures, faisant état de la vente de 396 boîtes de conserve, émanent d’Arimpex Promoqualita et 4 factures, faisant état de la vente de 336 boîtes de conserve, émanent de Chatka Hispania.

117 Dans ce cadre, premièrement, s’agissant des factures et bons de commande émanant d’Arimpex Promoqualita, il importe de rappeler qu’il ressort du protocole d’accord du 6 juillet 2004 que celle-ci était distributrice de la marque antérieure depuis 1996. En outre, Arimpex Promoqualita est devenue titulaire de la marque au cours de la période pertinente, le transfert de la marque ayant été enregistré auprès de l’OMPI le 14 décembre 2014. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir la requérante et comme constaté au point 85 ci-dessus, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur en prenant en compte les factures émises par Arimpex Promoqualita.

118 Il y a donc lieu de considérer, au regard des constatations opérées aux points 116 et 117 ci-dessus, que 30 des factures émanant d’Arimpex Promoqualita produites par l’intervenante, attestant de la vente d’environ 3 700 boîtes de conserve, étaient pertinentes pour examiner l’usage sérieux de la marque antérieure. En outre, il ressort du dossier de l’EUIPO que l’intervenante a produit 28 bons de commande datés de 2004 et 2005 et adressés à Arimpex Promoqualita, représentant un volume de commande d’environ 6 000 boîtes de conserve de crabe.

119 Or, tout d’abord, les 30 factures émises par Arimpex Promoqualita entre le 30 novembre 2001 et le 28 mai 2006 permettent de constater que les produits ont été commercialisés de façon relativement constante sur quatre années et six mois, soit sur l’essentiel de la période pertinente telle qu’elle aurait dû être déterminée par la chambre de recours, c’est-à-dire la période comprise entre le 29 mai 2001 et le 28 mai 2006.

120 Ensuite, les 28 bons de commande adressés à Arimpex Promoqualita entre 2004 et 2005, portant sur environ 6 000 boîtes de conserve, démontrent également que la marque a été utilisée de manière constante durant les deux dernières années de la période pertinente et avec une intensité suffisamment importante pour constater l’usage sérieux de la marque antérieure.

121 Enfin, comme le relève à juste titre l’EUIPO, les factures produites par l’intervenante ont été adressées à des entreprises différentes, ce qui démontre par ailleurs que l’usage de la marque antérieure s’est fait publiquement et vers l’extérieur et non uniquement à l’intérieur de l’entreprise titulaire de la marque antérieure ou dans un réseau de distribution possédé ou contrôlé par celle-ci [voir, en ce sens, arrêt du 27 septembre 2007, La Mer Technology/OHMI – Laboratoires Goëmar (LA MER), T‑418/03, non publié, EU:T:2007:299, point 87].

122 En outre, comme le relève à juste titre la chambre de recours au point 40 de la décision attaquée, les conserves de crabe royal russe ne peuvent être considérées comme des produits de consommation courante, mais, au contraire, comme des produits gastronomiques. En effet, il ressort du dossier de l’EUIPO (voir notamment les factures produites par l’intervenante) que le prix de gros des conserves de crabe royal – qui varie entre 12 et 15 euros pour une quantité de 185 grammes – est élevé pour de faibles quantités. Au détail, le prix pour le consommateur pourrait même atteindre entre 25 et 30 euros, selon l’intervenante.

123 De surcroît, le crabe royal russe étant un produit spécifique en provenance d’une zone géographique circonscrite, il doit être considéré comme relevant d’un marché de niche.

124 Partant, conformément à la jurisprudence exposée aux points 95 à 97 ci–dessus, les constatations exposées aux points 113 à 121 ci–dessus sont de nature à justifier qu’un volume de vente d’environ 3 700 unités sur une période de cinq années, auquel s’ajoute un volume de commande d’environ 6 000 unités sur deux années, bien que relativement faible, ne soit pas considéré comme symbolique.

125 En effet, les ventes effectuées par Arimpex Promoqualita constituent des actes d’usage objectivement propres à créer ou à conserver un débouché pour les produits en question, dont le volume commercial, par rapport à la durée et à la constance des ventes, à la diversité des destinataires des factures, au caractère gastronomique ainsi qu’à la spécificité du produit n’est pas si faible qu’il amène à conclure qu’il s’agit d’un usage purement symbolique, minime ou fictif, dans le seul but de maintenir la protection du droit à la marque.

126 Deuxièmement, s’agissant des factures et des bons de commande émanant de Chatka Hispania, il importe de relever, d’une part, que la chambre de recours n’a pas examiné dans la décision attaquée si Chatka Hispania était autorisée à utiliser la marque antérieure pendant la période pertinente, quand bien même la requérante avait contesté ce fait devant la chambre de recours. L’EUIPO a d’ailleurs confirmé ce constat lors de l’audience.

127 D’autre part, la requérante soutient que l’usage fait par Chatka Hispania, jusqu’en 2004, de la marque antérieure ne constituait pas un usage fait par le titulaire de la marque ou avec son consentement. En effet, si la requérante admet que Chatka Hispania était autorisée à utiliser la marque antérieure à partir du 12 janvier 2005, date à laquelle la licence que lui a octroyée Arimpex Promoqualita est devenue effective, elle fait valoir, en substance, que, avant cette date, Chatka Hispania n’avait aucun droit légitime, ni aucune relation commerciale avec la titulaire de la marque antérieure.

128 À cet égard, il importe de constater que, à supposer même que la chambre de recours ne pouvait fonder sa décision sur aucun des éléments de preuve émanant de Chatka Hispania, il ressort des constatations effectuées aux points 117 à 126 ci-dessus que les seules preuves d’usage émanant d’Arimpex Promoqualita, notamment les factures et bons de commande, étaient suffisantes pour considérer que le critère de l’importance de l’usage était satisfait.

129 En tout état de cause, il y a lieu de relever que, au point 15 de la décision attaquée, la chambre de recours a identifié Chatka Hispania comme étant la « société partenaire [d’Arimpex Promoqualita] opérant sous licence ».

130 Dès lors, à supposer, ainsi que l’admet d’ailleurs la requérante, que la chambre de recours pouvait à bon droit prendre en compte les documents émanant de Chatka Hispania postérieurs au 12 janvier 2005, date à laquelle la licence sur la marque antérieure octroyée à Chatka Hispania est devenue effective d’après l’extrait de la base de donnée « Romarin », 39 des factures produites par l’intervenante, représentant un volume de vente d’environ 4 500 boîtes de conserve, seraient alors pertinentes aux fins de l’examen de l’usage sérieux de la marque antérieure. Or, il découle des considérations exposées aux points 117 à 125 ci-dessus que, a fortiori, un tel volume serait suffisant à établir l’usage sérieux de la marque antérieure.

131 Il découle donc des points 114 à 130 ci–dessus que les preuves d’usage pertinentes fournies suffisaient à établir l’importance de l’usage de la marque antérieure. En outre, même si la chambre de recours n’a pas correctement déterminé la période pertinente et a fondé son appréciation sur des éléments de preuves non pertinents pour établir l’usage de la marque antérieure par le titulaire de la marque ou par un tiers autorisé, ces erreurs ne sont pas de nature à entraîner l’annulation de la décision attaquée.

132 En troisième lieu, s’agissant de l’appréciation de la nature de l’usage de la marque antérieure, il y a lieu de rappeler que la chambre de recours a considéré, en substance, que les catalogues et les étiquettes de produits suffisaient à établir que le signe protégé par la marque antérieure a été utilisé, telle qu’enregistré ou sous une forme différant légèrement, pour identifier les produits « conserve de crabe ». En outre, la chambre de recours a pris en compte les factures, les bons de commandes ainsi que les listes de prix fournis par l’intervenante aux fins de constater l’usage de la marque antérieure en tant que marque verbale.

133 Premièrement, la requérante reproche à la chambre de recours d’avoir fondé son appréciation de l’usage sérieux sur les étiquettes, alors que celle-ci, émanant de Chatka Hispania et datées de 2004, ne constituaient pas une preuve d’usage sérieux émanant du titulaire de la marque ou d’un tiers autorisé. À cet égard, il suffit de constater que l’intervenante a également produit, parmi les preuves d’usage, une étiquette indiquant que la conserve était distribuée par Arimpex Promoqualita (ci-après l’« étiquette émanant d’Arimpex Promoqualita »). Cette étiquette comporte la mention « consommer de préférence avant fin 2005 ».

134 Or, d’une part, ainsi que la requérante l’a confirmé dans sa réponse aux questions écrite posées par la voie d’une mesure d’organisation de la procédure, les conserves sont produites au plus tard deux ans avant la date de péremption. Il y a lieu de considérer que l’étiquette émanant d’Arimpex Promoqualita, indiquant une date de péremption « fin 2005 », aurait été émise au plus tard fin 2003, soit durant la période pertinente.

135 D’autre part, comme constaté au point 85 ci-dessus, Arimpex Promoqualita était autorisée par Sadco France à faire usage de la marque en 2003.

136 Il en découle donc que l’étiquette émanant d’Arimpex Promoqualita peut être rattachée à la période pertinente et, partant, qu’elle suffit à établir l’utilisation du signe pendant la période pertinente.

137 Deuxièmement, la requérante reproche à la chambre de recours de s’être fondée sur le catalogue, présenté en tant que preuve d’usage no 10, alors que ce document n’était pas daté.

138 À cet égard, il suffit de rappeler que, si un document non daté est en lui-même sans valeur probante, il est toutefois susceptible d’étayer les autres éléments (voir, en ce sens, arrêt du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 53). Ainsi, quand bien même le catalogue présenté en tant que preuve d’usage no 10 est non daté et donc dépourvu de valeur probante, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en prenant en compte ledit document aux fins de l’examen de la nature de l’usage, celui-ci étant susceptible d’étayer l’étiquette émanant d’Arimpex Promoqualita afin d’établir l’utilisation du signe antérieur.

139 De surcroît, comme l’a justement relevé la division d’opposition, la liste de prix de 2004 permet d’établir que le signe a été utilisé pendant la période pertinente. En effet, ce document, sur lequel apparaissent le nom et l’adresse d’Arimpex Promoqualita ainsi que la date de 2004, reproduit les étiquettes du produit et, par conséquent, le signe lui-même.

140 À cet égard, il importe de relever que, la chambre de recours n’ayant pas contredit ce constat et compte tenu de la continuité fonctionnelle entre division d’opposition et chambre de recours, elle a donc fait sienne la position de la division d’opposition [voir, en ce sens, arrêts du 10 juillet 2006, La Baronia de Turis/OHMI – Baron Philippe de Rothschild (LA BARONNIE), T‑323/03, EU:T:2006:197, points 57 et 58, et du 21 novembre 2007, Wesergold Getränkeindustrie/OHMI – Lidl Stiftung (VITAL FIT), T‑111/06, non publié, EU:T:2007:352, point 64].

141 Il découle donc des points 133 à 140 ci–dessus que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que la preuve de l’usage fournie était satisfaisante à l’égard du critère de la nature de l’usage.

142 Partant, il y a lieu de constater, à la lumière des considérations exposées aux points 113, 131 et 141 ci–dessus, que c’est à bon droit que la chambre de recours, après avoir procédé à un examen global des preuves d’usage fournies par l’intervenante, a considéré que la marque antérieure avait fait l’objet d’un usage sérieux pour la période pertinente.

143 En outre, aucun des autres arguments soulevés par la requérante n’est de nature à remettre en cause les conclusions de la chambre de recours.

144 Premièrement, s’agissant des arguments de la requérante tendant à contester la valeur probante de chacun des différents éléments de preuve, il importe de rappeler que, conformément à la jurisprudence exposée au point 97 ci-dessus, les éléments de preuve d’usage de la marque antérieure doivent être appréciés globalement en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce. Or, aucun des arguments de la requérante n’est de nature à remettre en cause l’appréciation globale des preuves d’usage retenue par la chambre de recours.

145 Plus précisément, s’agissant de l’affirmation de la requérante selon laquelle « la licence octroyée à Chatka Hispania […] permet seulement de constater qu’une licence existait à partir du 12 janvier 2005 », pour autant qu’elle conteste la prise en compte des éléments émanant de Chatka Hispania, antérieurs au 12 janvier 2005, il importe de relever qu’il a été constaté que les éléments de preuve émanant d’Arimpex Promoqualita suffisent à établir l’usage sérieux de la marque antérieure.

146 Ensuite, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours ne pouvait prendre en considération les listes de prix datées de 2002, de 2003 et de 2004 ainsi que les factures émises par Arimpex Promoqualita avant le 6 juillet 2004, il suffit de rappeler que, ainsi que constaté au point 85 ci-dessus, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que ces documents étaient pertinents.

147 Par ailleurs, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel la marque antérieure n’aurait pas fait l’objet d’une publicité significative, il suffit de constater que, contrairement à ce que semble faire valoir la requérante, l’exigence que la marque soit utilisée publiquement et vers l’extérieur ne signifie pas qu’elle doive nécessairement faire l’objet d’une publicité. En outre, comme observé au point 121 ci-dessus, la circonstance que les factures produites par l’intervenante ont été adressées à des personnes différentes suffit à démontrer que l’usage de la marque antérieure s’est fait publiquement et vers l’extérieur.

148 Enfin, s’agissant de l’attestation de la chambre officielle de commerce et d’industrie de Madrid, il y a lieu de constater que la requérante ne démontre pas en quoi le contenu de ce document ne serait pas fiable et ne pouvait être pris en compte par la chambre de recours. De plus, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel, les impressions d’écran du site Internet « http ://www.chatka.com » ne seraient pas datées, il y a lieu de constater, outre que les éléments de preuve ont été examinés globalement, d’une part, qu’il ne ressort pas de la décision attaquée que la chambre de recours ait fondé son raisonnement spécifiquement sur ce document et, d’autre part, que ce document pouvait être pris en compte aux fins d’étayer les autres preuves d’usage produits par l’intervenante.

149 Deuxièmement, contrairement à ce que fait valoir, en substance, la requérante, le fait que les produits aient été commercialisés dans de grandes enseignes, telles que El Corte Inglés ou Carrefour, ne remet pas en cause le caractère sérieux de l’usage de la marque antérieure. D’une part, cette circonstance ne remet pas en cause la nature de produit gastronomique des conserves de crabe, d’autant plus que, ainsi que relevé par l’intervenante, ces enseignes prévoient en général des rayons spécifiques pour les produits gourmets. D’autre part, le seul fait que plusieurs grandes enseignes commercialisent les conserves de crabes couvertes par la marque antérieure, de même que la circonstance que le marché espagnol représenterait plus de 46 millions de consommateurs ne justifie pas de considérer que la vente de plus de 3 700 boîtes de conserve et la commande d’environ 6 000 de ces boîtes de conserve est symbolique. En effet, ainsi qu’exposé au point 93 ci-dessus, l’exigence de l’usage sérieux de la marque antérieure ne vise ni à évaluer la réussite commerciale d’une entreprise, ni à contrôler sa stratégie économique, ni encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes, mais uniquement à s’assurer que la marque antérieure ait été effectivement exploitée.

150 Troisièmement, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel Sadco France était une entreprise importante opérant dans de nombreux pays européens et dotée de moyens importants, il importe de relever, d’une part, qu’il est constant que l’usage de la marque antérieure n’était pas effectué directement par Sadco France. D’autre part, la requérante n’apporte aucun élément de nature à démontrer que Sadco France était une entreprise importante en Espagne, seul territoire à considérer aux fins de l’usage sérieux.

151 Quatrièmement, s’agissant de l’argument selon lequel la chambre de recours aurait été à tort sensible à la difficulté pour l’opposante de réunir les preuves d’usage plusieurs années après la période pertinente, il y a lieu de constater, d’une part, que cette allégation ne ressort pas du point 29 de la décision attaquée, à laquelle fait référence la requérante. D’autre part, la requérante n’apporte aucun argument, ni élément, tendant à démontrer que la chambre de recours aurait pris en compte ce facteur dans l’analyse des preuves d’usage.

152 À la lumière des considérations exposées aux points 102 à 151 ci–dessus, c’est à bon droit que la chambre de recours a constaté le caractère sérieux de l’usage de la marque antérieure durant la période pertinente. Il en découle que la troisième branche du moyen unique est non fondée. En outre, il ressort de considérations exposées aux points 85 et 131 ci-dessus que l’erreur de la chambre de recours dans la détermination de la période pertinente, constatée dans le cadre de la première branche, est sans incidence sur la solution du litige et n’est pas de nature à conduire à l’annulation de la décision attaquée. Partant il convient de rejeter le moyen unique et le recours dans son ensemble.

Sur les dépens

153 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens. La requérante ayant succombé, il y a lieu de la condamner aux dépens.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (septième chambre)

déclare et arrête :

1) Le recours est rejeté.

2) Walfood SA est condamnée aux dépens.

Tomljenović

Bieliūnas

Marcoulli

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 25 avril 2018.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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