| CELEX | 62016TJ0624 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 7 mars 2018 |
ARRÊT DU TRIBUNAL (sixième chambre)
7 mars 2018 (*)
« Réglementation concernant les frais et indemnités des députés au Parlement européen – Indemnité d’assistance parlementaire – Recouvrement des sommes indûment versées – Compétence du secrétaire général – Electa una via – Droits de la défense – Charge de la preuve – Obligation de motivation – Confiance légitime – Droits politiques – Égalité de traitement – Détournement de pouvoir – Indépendance des députés – Erreur de fait – Proportionnalité »
Dans l’affaire T‑624/16,
Bruno Gollnisch, demeurant à Villiers-le-Mahieu (France), représenté initialement par Me N. Fakiroff, puis par Me F. Wagner, avocats,
partie requérante,
contre
Parlement européen, représenté par M. G. Corstens et Mme S. Seyr, en qualité d’agents,
partie défenderesse,
ayant pour objet une demande fondée sur l’article 263 TFUE et tendant à l’annulation de la décision du secrétaire général du Parlement du 1er juillet 2016 relative au recouvrement auprès du requérant d’une somme de 275 984,23 euros indûment versée au titre de l’assistance parlementaire et de la note de débit y afférente du 5 juillet 2016,
LE TRIBUNAL (sixième chambre),
composé de MM. G. Berardis, président, S. Papasavvas (rapporteur) et Mme O. Spineanu-Matei, juges,
greffier : M. E. Coulon,
rend le présent
Arrêt
Antécédents du litige
1 Le requérant, M. Bruno Gollnisch, est député au Parlement européen depuis 1989.
2 Le 1er juillet 2011, le requérant a conclu avec M. Guillaume L’Huillier (ci-après l’« assistant local ») un contrat de travail ayant pour objet un emploi à temps plein d’assistant local (ci-après le « contrat de travail »).
3 Le 30 mars 2015, le président du Parlement a indiqué au requérant que, à la suite de la publication, dans les médias français, en février 2015, de l’organigramme du Front national, parti politique français, ses services avaient constaté que l’assistant local occupait une fonction officielle et permanente au sein de ce parti, ce constat étant corroboré par le site Internet dudit parti et par des articles de presse faisant état de cette fonction spécifique. Il a également souligné que le contrat de travail indiquait l’adresse du siège du Front national comme lieu d’exécution des prestations de l’assistant local. Il a estimé que ces éléments constituaient des indices que le requérant ne respectait pas les articles 33, 43 et 62 de la décision du bureau du Parlement des 19 mai et 9 juillet 2008 portant mesures d’application du statut des députés au Parlement européen (JO 2009, C 159, p. 1, ci-après les « mesures d’application »). Par conséquent, il a informé le requérant que, d’une part, il avait transmis à l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) les éléments de fait laissant présumer l’existence de ces irrégularités et, d’autre part, il avait demandé au service ordonnateur compétent du Parlement de mettre en œuvre les dispositions des articles 67 et 68 des mesures d’application.
4 Le 7 avril 2015, le directeur général de la direction générale (DG) des finances du Parlement a indiqué au requérant qu’il envisageait, en application de l’article 67 des mesures d’application, de suspendre le paiement des frais d’assistance parlementaire relatifs à l’assistant local et, en application de l’article 68 desdites mesures, de demander le remboursement des sommes indûment versées. Il a également invité le requérant à présenter ses observations et à lui communiquer les mesures prises pour se conformer aux mesures d’application.
5 Le 20 mai 2015, le requérant a communiqué au Parlement, d’une part, une lettre, datée du 7 mai 2015 et adressée au directeur général de la DG des finances du Parlement, par laquelle, notamment, il interrogeait cette institution sur la manière de régulariser la situation, ainsi que, d’autre part, une note et des documents concernant la situation et le travail de l’assistant local.
6 Le 10 juillet 2015, le directeur général de la DG des finances du Parlement a indiqué au requérant qu’il avait décidé de suspendre, sur le fondement de l’article 67 des mesures d’application, le versement de l’indemnité de frais d’assistance parlementaire (ci-après la « décision de suspension »).
7 Le 2 octobre 2015, le requérant a conclu un nouveau contrat de travail avec l’assistant local, indiquant, notamment, que ce dernier effectuait ses tâches auprès d’un groupement de députés, au sens de l’article 34, paragraphe 2, des mesures d’application.
8 Le 24 février 2016, le secrétaire général du Parlement a informé le requérant de l’ouverture d’une procédure de recouvrement sur la base de l’article 68 des mesures d’application et l’a invité à présenter ses observations dans un délai de six semaines.
9 Le 16 mars 2016, le requérant a présenté des observations au secrétaire général du Parlement, par lesquelles il demandait, notamment, un entretien avec ce dernier.
10 Le 8 avril 2016, le directeur de cabinet du secrétaire général du Parlement a indiqué au requérant que son droit d’être entendu prévu par l’article 68 des mesures d’application avait été exercé par la communication d’observations le 16 mars 2016 et que des arguments et des observations supplémentaires pouvaient être présentés par écrit dans un délai de quinze jours.
11 Le 14 avril 2016, le requérant a réitéré sa demande d’entretien avec le secrétaire général du Parlement.
12 Le 20 avril 2016, le requérant a adressé une lettre au secrétaire général du Parlement, par laquelle il lui demandait de clôturer la procédure de recouvrement et de rapporter la décision de suspension. Un dossier visant à établir la matérialité des travaux de l’assistant local était annexé à cette lettre.
13 Par décision du 1er juillet 2016 (ci-après la « décision attaquée »), le secrétaire général du Parlement a estimé que, pour la période allant de juillet 2011 à juin 2015, un montant de 275 984,23 euros avait été indûment versé en faveur du requérant au titre de l’assistance parlementaire et devait être recouvré auprès de celui-ci, et a chargé l’ordonnateur du Parlement de procéder au recouvrement en cause.
14 Le 5 juillet 2016, le directeur général de la DG des finances du Parlement, en qualité d’ordonnateur du Parlement, a émis la note de débit 2016-914 (ci-après la « note de débit ») ordonnant le recouvrement de la somme de 275 984,23 euros avant le 31 août 2016.
15 Le 6 juillet 2016, le directeur général de la DG des finances du Parlement a communiqué au requérant la décision attaquée et la note de débit.
16 Le 1er septembre 2016, le requérant a, en application de l’article 72, paragraphe 2, des mesures d’application, adressé une réclamation aux questeurs contre la décision de suspension et la décision attaquée.
17 Le 14 mars 2017, les questeurs ont rejeté la réclamation du requérant et ont maintenu la décision attaquée.
Procédure
18 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 5 septembre 2016, le requérant a introduit le présent recours.
19 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le même jour, le requérant a introduit une demande en référé, visant à obtenir le sursis à exécution de la décision attaquée et de la note de débit.
20 Par acte déposé au greffe du Tribunal le 28 novembre 2016, l’assistant local a demandé à intervenir dans la présente procédure au soutien des conclusions du requérant.
21 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 1er décembre 2016, le Parlement a soulevé une exception d’irrecevabilité au titre de l’article 130 du règlement de procédure du Tribunal. Le requérant a déposé ses observations sur cette exception dans le délai imparti.
22 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le 26 janvier 2017, le Parlement a demandé que des documents annexés aux observations du requérant sur l’exception d’irrecevabilité soient retirés du dossier. Le requérant n’a pas déposé d’observations sur cette demande dans le délai imparti.
23 Par ordonnance du 16 février 2017, Gollnisch/Parlement (T‑624/16 R, non publiée, EU:T:2017:94), le président du Tribunal a rejeté la demande en référé et a réservé les dépens.
24 Par ordonnance du 23 mars 2017, Gollnisch/Parlement (T‑624/16, non publiée, EU:T:2017:243), le Tribunal (sixième chambre) a, tout d’abord, rejeté, comme irrecevable, le recours en tant qu’il a trait, premièrement, à la demande tendant à l’annulation de la notification et des mesures d’exécution de la décision attaquée, contenues dans la lettre du directeur général de la DG des finances du Parlement du 6 juillet 2016, deuxièmement, à la demande tendant à l’attribution de la somme de 40 000 euros en réparation du préjudice moral subi, troisièmement, à la demande tendant à l’attribution de la somme de 24 500 euros au titre des frais exposés et, quatrièmement, à la demande visant à ce qu’il soit sursis à l’exécution de la décision attaquée. Il a, ensuite, rejeté l’exception d’irrecevabilité pour le surplus. Il a, enfin, retiré du dossier de l’affaire les documents annexés aux observations du requérant sur l’exception d’irrecevabilité.
25 Par ordonnance du 18 mai 2017, Gollnisch//Parlement (T‑624/16, non publiée, EU:T:2017:368), le président de la sixième chambre du Tribunal a rejeté la demande d’intervention de l’assistant local.
26 Le 8 mai 2017, le Parlement a déposé le mémoire en défense.
27 Le requérant n’a pas déposé de réplique dans le délai imparti.
28 Le 10 octobre 2017, le Tribunal (sixième chambre) a décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure, de statuer sans phase orale de la procédure et, dans le cadre des mesures d’organisation de la procédure prévues à l’article 89 du règlement de procédure, a posé des questions aux parties et a invité le Parlement à déposer certains documents. Il a été déféré à ces demandes dans le délai imparti.
Conclusions des parties
29 Le requérant conclut, à la suite de l’ordonnance du 23 mars 2017, Gollnisch/Parlement (T‑624/16, non publiée, EU:T:2017:243), à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– annuler la note de débit ;
– condamner le Parlement aux dépens ;
– à titre subsidiaire, surseoir à statuer dans l’attente d’une décision définitive du juge judiciaire français.
30 Le Parlement conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter la demande de sursis à statuer dans l’attente d’une décision définitive du juge judiciaire français ;
– pour le surplus, rejeter le recours comme non fondé, pour autant que le recours n’a pas été rejeté par l’ordonnance du 23 mars 2017, Gollnisch/Parlement (T‑624/16, non publiée, EU:T:2017:243) ;
– condamner le requérant aux dépens, y compris ceux afférents à la procédure en référé.
En droit
31 À l’appui de son recours, le requérant soulève onze moyens, tirés, en substance :
– de l’incompétence du secrétaire général du Parlement ;
– de la violation du principe electa una via, du principe ne bis in idem et du principe selon lequel le pénal tient le civil en l’état ;
– d’une violation des droits de la défense ;
– de l’inversion de la charge de la preuve ;
– d’une insuffisance de motivation ;
– d’une violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime ainsi que d’une application de normes inexistantes ou rétroactives ;
– d’une atteinte aux droits politiques des assistants parlementaires ;
– d’un traitement discriminatoire, d’un fumus persecutionis et d’un détournement de pouvoir ;
– d’une atteinte à l’indépendance des députés et d’une méconnaissance du rôle des assistants parlementaires locaux ;
– d’erreurs de fait ;
– à titre subsidiaire, d’une violation du principe de proportionnalité.
Sur le premier moyen, tiré de l’incompétence du secrétaire général du Parlement
32 Le requérant soutient que le secrétaire général du Parlement était incompétent pour adopter la décision attaquée. En effet, d’une part, conformément à l’article 25 du règlement intérieur du Parlement, ce serait le bureau du Parlement qui serait compétent en matière de questions financières concernant les députés et les partis politiques, et non le secrétaire général du Parlement. D’autre part, le bureau du Parlement ne pourrait déléguer ses compétences en matière financière au secrétaire général du Parlement. Ce dernier ne justifierait d’ailleurs, en l’espèce, d’aucune délégation régulière du président du bureau du Parlement pour adopter la décision attaquée. En tout état de cause, un haut fonctionnaire ne saurait avoir compétence pour apprécier unilatéralement la situation financière d’un député et procéder auprès de celui-ci à une répétition de l’indu. À titre subsidiaire, dans l’hypothèse où le Tribunal estimerait que les mesures d’application ou tout autre texte donneraient compétence au secrétaire général du Parlement pour adopter la décision attaquée, le requérant soulève une exception d’illégalité desdites mesures. En effet, celles-ci porteraient atteinte à l’indépendance des députés et au droit à un jugement impartial.
33 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
34 À cet égard, il convient de rappeler que l’article 25, paragraphe 3, du règlement intérieur du Parlement prévoit que le bureau du Parlement règle les questions financières, d’organisation et administratives concernant les députés sur proposition du secrétaire général de cette institution ou d’un groupe politique.
35 Cette disposition attribue donc une compétence générale au bureau du Parlement, notamment en matière de questions financières concernant les députés. Elle constitue ainsi la base sur laquelle celui-ci peut se fonder pour adopter, sur proposition du secrétaire général du Parlement ou d’un groupe politique, la réglementation concernant lesdites questions.
36 Or, les mesures d’application, qui ont été adoptées par le bureau du Parlement, ont en particulier pour objet, ainsi qu’il ressort de leur considérant 3, de remplacer la réglementation concernant les frais et les indemnités des députés au Parlement.
37 Il y a donc lieu de considérer que les mesures d’application règlent les questions financières concernant les députés au sens de l’article 25, paragraphe 3, du règlement intérieur du Parlement.
38 Or, l’article 68, paragraphe 1, des mesures d’application prévoit que toute somme indûment versée en application de celles-ci donne lieu à répétition et charge le secrétaire général du Parlement de donner des instructions en vue du recouvrement de ces sommes auprès du député concerné. En outre, le paragraphe 2 du même article prévoit que toute décision en matière de recouvrement est prise en veillant à l’exercice effectif du mandat du député et au bon fonctionnement du Parlement, le député concerné ayant été entendu préalablement par le secrétaire général de cette institution.
39 Il s’ensuit que, en adoptant les mesures d’application, le bureau du Parlement a confié au secrétaire général du Parlement la compétence pour prendre des décisions relatives à la récupération des sommes indûment versées, en application desdites mesures, à un député.
40 Cette appréciation n’est pas remise en cause par l’article 8 de la décision du bureau du Parlement du 29 mars 2004 fixant les modalités d’application du règlement (CE) no 2004/2003 du Parlement et du Conseil, relatif au statut et au financement des partis politiques au niveau européen (JO 2004, C 155, p. 1), auquel se réfère le requérant. En effet, ledit article confère, certes, au bureau du Parlement la compétence pour suspendre les paiements et réduire la subvention accordée aux partis politiques européens et, le cas échéant, pour révoquer la décision d’octroi de subvention, en demandant éventuellement le remboursement. Toutefois, ladite décision concerne le financement des partis politiques européens et non l’indemnité d’assistance parlementaire des députés. Il ne saurait donc être inféré de la compétence conférée au bureau du Parlement explicitement par l’article 8 de ladite décision une compétence similaire de cet organe dans le contexte différent de l’indemnité d’assistance parlementaire. Il s’ensuit que la décision du bureau du Parlement du 29 mars 2004 est dénuée de toute pertinence en l’espèce.
41 S’agissant de la référence, par le requérant, à l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 25 février 2016, Musso/Parlement (T‑589/14 et T‑772/14, non publié, EU:T:2016:101), force est de constater qu’elle est, au regard de la compétence du secrétaire général du Parlement, sans influence en l’espèce. En effet, ladite affaire concerne un acte relatif à la pension d’ancienneté des députés et non les frais d’assistance parlementaire comme en l’espèce. De surcroît et contrairement à ce que prétend le requérant, la décision de réduire la pension du député concerné en cause dans cette affaire n’avait pas été prise par les questeurs, mais par les services du Parlement. Ce n’est que postérieurement que cette décision a été confirmée, dans le cadre de la procédure de réclamation prévue à l’article 72 des mesures d’application, tout d’abord, par le secrétaire général du Parlement, puis par les questeurs et, enfin, par le bureau du Parlement.
42 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que le secrétaire général du Parlement était compétent pour adopter la décision attaquée.
43 À titre subsidiaire, le requérant soulève une exception d’illégalité des mesures d’application. Il invoque, dans ce contexte, une atteinte à l’indépendance des députés et au droit à un jugement impartial.
44 En premier lieu, s’agissant du grief tiré de l’atteinte à l’indépendance des députés, il doit être rappelé qu’il ressort de l’article 2 TUE que l’Union européenne est fondée, notamment, sur la valeur de démocratie. Il découle, en outre, de l’article 10, paragraphes 1 et 2, TUE que le fonctionnement de l’Union est fondé sur la démocratie représentative, les citoyens étant directement représentés, au niveau de l’Union, au Parlement.
45 À cet égard, il importe de souligner que la garantie de l’indépendance, y compris de l’indépendance financière, des députés, qui, en tant que représentants du peuple, sont censés servir l’intérêt général de ce dernier, constitue un principe général inhérent à tout système de représentation parlementaire démocratique (voir, en ce sens, arrêt du 18 octobre 2011, Purvis/Parlement, T‑439/09, EU:T:2011:600, point 59).
46 Afin d’assurer la mise en œuvre de ce principe, la décision 2005/684/CE, Euratom du Parlement, du 28 septembre 2005, portant adoption du statut des députés au Parlement (JO 2005, L 262, p. 1, ci-après le « statut des députés ») prévoit, en son article 2, que les députés sont libres et indépendants et, en son article 9, que ceux-ci ont droit à une indemnité appropriée qui assure leur indépendance. De même, l’article 2 du règlement intérieur du Parlement dispose, notamment, que les députés exercent leur mandat de façon indépendante.
47 En l’espèce, il convient de relever, d’emblée, que la décision attaquée ne concerne pas l’indemnité parlementaire du requérant, laquelle assure, en vertu de l’article 9 du statut des députés, son indépendance, mais l’indemnité d’assistance parlementaire versée au titre de l’article 21 dudit statut.
48 Ensuite, dans la mesure où l’indemnité d’assistance parlementaire pourrait être considérée comme visant, également, à assurer l’indépendance des députés, il y a lieu de rappeler que la prise en charge de celle-ci par le Parlement est soumise, ainsi qu’il ressort de l’article 21, paragraphe 2, du statut des députés, à la condition que les frais relatifs à l’emploi de collaborateurs aient effectivement été engagés. À cet égard, l’article 33, paragraphe 2, des mesures d’application précise, en particulier, que seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés. L’article 62 des mesures d’application prévoit également que les montants versés, notamment, au titre de l’indemnité d’assistance parlementaire sont exclusivement réservés au financement d’activités liées à l’exercice du mandat des députés et ne peuvent pas couvrir des frais personnels ou financer des subventions ou des dons à caractère politique.
49 Ainsi qu’il a déjà été relevé, il ressort de l’article 68 des mesures d’application que le bureau du Parlement a confié au secrétaire général du Parlement la compétence pour prendre des décisions relatives à la récupération des sommes indûment versées en application desdites mesures à un député.
50 Or, le fait, pour le Parlement, par le biais de son bureau, de confier à son secrétaire général le contrôle administratif des frais liés à l’indemnité d’assistance parlementaire et d’adopter des décisions concernant des sommes indûment versées dans ce cadre n’a ni pour objet ni pour effet de remettre en cause l’indépendance du député concerné. Il s’agit, en effet, uniquement de s’assurer que seuls des frais d’assistance parlementaire conformes aux mesures d’application font l’objet d’un paiement.
51 Il convient d’ailleurs de relever, dans ce contexte, que l’article 68, paragraphe 2, des mesures d’application prévoit que toute décision en matière de recouvrement doit être prise en veillant à l’exercice effectif du mandat du député et au bon fonctionnement du Parlement.
52 Il s’ensuit que, en permettant au secrétaire général du Parlement de décider de la récupération de sommes indûment versées au titre de l’indemnité d’assistance parlementaire, les mesures d’application ne portent pas atteinte à l’indépendance du député.
53 D’ailleurs, le requérant n’avance aucune argumentation précise visant à démontrer que, ce faisant, il serait porté atteinte à son indépendance. Il se borne, en effet, à affirmer, de manière lapidaire, qu’« il est évidemment contraire à l’indépendance des députés qu’un fonctionnaire […], agissant seul, ait de son propre chef la faculté d’opérer un prélèvement considérable sur leur patrimoine (voire de les ruiner) sans même les auditionner, et de prendre des mesures immédiatement exécutoires qui obèrent gravement leurs moyens d’action, et spécialement ceux qui leur permettent d’exercer leur mandat électif ».
54 À cet égard, tout d’abord, il y a lieu de préciser que, contrairement à ce que laisse entendre le requérant, l’article 68, paragraphe 2, des mesures d’application prévoit que le député concerné est entendu par le secrétaire général du Parlement avant l’adoption d’une décision à son égard, la décision étant adoptée à l’issue d’une procédure contradictoire, dans le cadre de laquelle le député concerné est en mesure de présenter ses observations. Ensuite, la circonstance que le secrétaire général du Parlement dispose de la qualité de fonctionnaire ne saurait, en tant que telle et à elle seule, impliquer qu’il n’aurait pas compétence pour adopter des décisions concernant la situation des députés. D’ailleurs, aucune disposition n’interdit que l’appréciation de la régularité des sommes versées en vertu des mesures d’application relève de l’administration du Parlement. Au demeurant, ainsi qu’il ressort de ce qui précède, les députés, par le biais du bureau du Parlement, qui a adopté les mesures d’application, lui ont conféré cette compétence, s’agissant de la répétition de sommes indûment versées en vertu desdites mesures. Enfin, et en tout état de cause, en application de l’article 72, paragraphes 2 et 3, des mesures d’application, en cas de désaccord avec la décision du secrétaire général du Parlement, il est loisible au député concerné de s’adresser aux questeurs, puis, en cas de désaccord avec la décision de ces derniers, au bureau du Parlement, ces deux organes étant composés de députés.
55 Il résulte de ce qui précède que le grief tiré de l’atteinte à l’indépendance des députés doit être écarté.
56 En second lieu, s’agissant du grief tiré de l’atteinte au droit à un jugement impartial, il y a lieu de relever que, par son argumentation, le requérant reproche, en substance, au secrétaire général du Parlement d’être l’autorité qui « procède à la saisine, à l’instruction, au jugement et ordonne son exécution » et d’être « juge et partie ».
57 À cet égard, d’une part, dans la mesure où, par son argumentation, le requérant entendrait se référer à une violation de son droit à une protection juridictionnelle effective, il suffit de relever que, ainsi que le présent recours en atteste, il a valablement pu saisir le juge de l’Union afin de contester la légalité de la décision attaquée. Il convient également de relever que la circonstance, évoquée par le requérant, que la décision du secrétaire général du Parlement a un effet exécutoire immédiat est sans influence sur son droit au juge. Au demeurant, le requérant a pu introduire, en l’espèce, une demande en référé, visant à obtenir le sursis à exécution de la décision attaquée et de la note de débit (voir point 19 ci-dessus).
58 D’autre part, dans la mesure où, par son argumentation, le requérant fait grief au secrétaire général du Parlement d’être l’autorité qui « procède à la saisine, à l’instruction, au jugement et ordonne son exécution », rien ne permet d’établir l’illégalité des mesures d’application. Certes, en application de l’article 68 desdites mesures, le secrétaire général du Parlement est compétent pour examiner si l’indemnité d’assistance parlementaire versée à un député remplit les conditions y afférentes, et, le cas échéant, pour adopter une décision constatant que des sommes ont été indûment versées à ce titre et pour donner des instructions à l’ordonnateur compétent en vue du recouvrement desdites sommes auprès du député concerné. Toutefois, dans le cadre de cette procédure, le secrétaire général du Parlement n’exerce qu’un contrôle administratif des dépenses engagées au titre de l’indemnité parlementaire, notamment en vérifiant si les frais en cause correspondent à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire. Ce faisant, le secrétaire général du Parlement ne saurait être considéré comme « juge et partie », comme l’allègue le requérant. Il convient d’ailleurs de préciser que, ainsi qu’il ressort de l’examen du huitième moyen (voir point 165 ci-après), rien ne permet de considérer que, en l’espèce, le secrétaire général du Parlement n’aurait pas exercé sa fonction en pleine impartialité, conformément à l’engagement solennel visé à l’article 222, paragraphe 1, second alinéa, du règlement intérieur du Parlement. Au demeurant, les décisions du secrétaire général du Parlement sont susceptibles d’être soumises, ainsi qu’il a été rappelé au point 54 ci-dessus, à un recours interne et à un recours juridictionnel.
59 Il s’ensuit que le grief tiré de l’atteinte au droit à un jugement impartial doit être écarté.
60 Il résulte de ce qui précède que l’exception d’illégalité des mesures d’application doit être rejetée.
61 Il convient encore de relever que, dans la mesure où ladite exception vise « tout autre texte » (voir point 32 ci-dessus) que les mesures d’application, celle-ci doit être rejetée comme irrecevable, en ce qu’elle manque de précision quant à son objet (voir, par analogie, ordonnance du 19 juillet 2016, Panzeri/Parlement et Commission, T‑677/15, non publiée, EU:T:2016:436, point 40).
62 Partant, le premier moyen doit être rejeté.
Sur le deuxième moyen, tiré de la violation du principe electa una via, du principe ne bis in idem et du principe selon lequel le pénal tient le civil en l’état
63 Le requérant soutient que, dès lors que le Parlement, par le biais de son président, a saisi l’OLAF et les autorités judiciaires françaises, choisissant ainsi une procédure de type pénal, il aurait dû, conformément au principe electa una via et au principe selon lequel le pénal tient le civil en l’état, attendre l’issue de l’enquête de l’OLAF et de l’enquête préliminaire desdites autorités, avant d’adopter la décision attaquée. À titre subsidiaire, le requérant demande au Tribunal de surseoir à statuer dans l’attente d’une décision définitive du juge judiciaire français.
64 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
65 À cet égard, en premier lieu, s’agissant du grief pris de la violation du principe electa una via, il y a lieu de relever que ledit principe, qui découle des ordres juridiques nationaux, impose, en substance, que la partie qui a exercé son action devant la juridiction civile compétente ne peut plus la porter devant la juridiction pénale, et inversement.
66 En l’espèce, il convient de constater, d’emblée, que rien ne permet de considérer que le principe electa una via s’applique dans l’ordre juridique de l’Union aux actions entreprises par les institutions de l’Union. Cela ne ressort d’aucune disposition du droit de l’Union ni d’aucune jurisprudence du Tribunal ou de la Cour. D’ailleurs, le requérant ne se réfère à aucune source de droit consacrant ce principe dans cet ordre juridique.
67 En tout état de cause, ledit principe ne saurait, dans les conditions de l’espèce, trouver à s’appliquer. En effet, le Parlement n’a engagé aucune action, de nature civile ou pénale, devant une quelconque juridiction. Ainsi, d’une part, la seule action entreprise par le Parlement est celle qui a été mise en œuvre par le secrétaire général de cette institution sur le fondement de l’article 68 des mesures d’application et qui a abouti à l’adoption de la décision attaquée. Or, il s’agit d’une procédure interne de nature purement administrative, et non d’une procédure de nature civile devant une juridiction. D’autre part, le Parlement n’a pas mis en œuvre de procédure de type pénal, ni a fortiori d’action devant des juridictions pénales. En effet, ainsi qu’il ressort des documents produits par le Parlement en réponse à une question du Tribunal, le président du Parlement s’est borné à informer le ministre de la Justice français ainsi que l’OLAF des faits dont il a eu à connaître. Une telle information ne saurait être considérée, comme le prétend, en substance, le requérant, comme relevant d’un choix de procédure de type pénal. En particulier, en ce qui concerne l’information de l’OLAF, il convient de relever que le président du Parlement a l’obligation, en vertu de l’article 2, second alinéa, de la décision du Parlement du 18 novembre 1999 relative aux conditions et modalités des enquêtes internes en matière de lutte contre la fraude, la corruption et toute activité illégale préjudiciable aux intérêts de l’Union, de transmettre sans délai à l’OLAF tout élément de fait dont il a connaissance laissant présumer l’existence d’irrégularités. En ce qui concerne l’information du ministre de la Justice français, il suffit de relever qu’il ressort de la lettre adressée par le président du Parlement que celui-ci a informé ledit ministre des éléments dont il avait connaissance et s’est engagé à transmettre tout document aux autorités compétentes. Il n’en ressort pas, en revanche, qu’il aurait mis en œuvre, par ce biais, une procédure de type pénal.
68 Il s’ensuit que le grief pris de la violation du principe electa una via doit être écarté.
69 En deuxième lieu, s’agissant du grief pris de la violation du principe selon lequel le pénal tient le civil en l’état, force est de constater, d’emblée, que le requérant n’avance aucune argumentation spécifique et autonome et se limite à indiquer que ce principe est le corollaire du principe electa una via. En outre, ainsi qu’il a déjà été relevé, le Parlement n’a engagé aucune action, de nature civile, devant une quelconque juridiction. Partant, le principe selon lequel le pénal tient le civil en l’état ne saurait trouver à s’appliquer et le grief pris de la violation dudit principe doit être rejeté.
70 À titre surabondant, dans la mesure où l’argumentation développée au soutien du présent moyen pourrait être comprise comme se référant, en fait, à un principe selon lequel le pénal tient l’administratif en l’état, il y a lieu de constater que, contrairement à d’autres domaines du droit de l’Union, tels que celui de la fonction publique, aucune disposition ne s’oppose explicitement à ce que la procédure de récupération de sommes indûment versées prévue à l’article 68 des mesures d’application soit mise en œuvre alors qu’une enquête judiciaire nationale serait en cours. Il en va de même à l’égard d’une procédure qui serait menée par l’OLAF. En tout état de cause, pour qu’un tel principe puisse, en l’espèce, être applicable, il incombait au requérant de fournir au Parlement les éléments permettant d’apprécier si les faits en cause dans le cadre de la procédure de récupération de l’indu faisaient parallèlement l’objet de poursuites pénales ouvertes à son égard (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 19 mars 1998, Tzoanos/Commission, T‑74/96, EU:T:1998:58, point 35). En effet, ce ne serait qu’en présence de tels éléments que le Parlement pourrait déterminer la nécessité de suspendre la procédure fondée sur l’article 68 des mesures d’application. Or, rien ne permet de considérer que le requérant aurait fourni au Parlement de tels éléments. Dans ces conditions, un tel principe ne saurait être opposé au Parlement.
71 En troisième lieu, s’agissant du grief pris de la violation du principe ne bis in idem, force est de constater, d’emblée, que le requérant ne développe, à cet égard, aucune argumentation autonome, distincte de celle développée dans le cadre du grief pris de la violation du principe electa una via, et se borne à affirmer qu’il concourt aux mêmes fins que les deux autres principes évoqués dans le cadre du présent moyen. En tout état de cause, ce principe ne saurait trouver à s’appliquer en l’espèce. En effet, son application est soumise à une triple condition d’identité des faits, d’unité de contrevenant et d’unité de l’intérêt juridique protégé. Ce principe interdit donc de sanctionner une même personne plus d’une fois pour un même comportement illicite afin de protéger le même bien juridique (voir arrêt du 14 juillet 2011, Arkema France/Commission, T‑189/06, EU:T:2011:377, point 127 et jurisprudence citée). Or, en l’espèce, dans la décision attaquée, le secrétaire général du Parlement n’impose ni de sanction ni, a fortiori, de sanction de nature pénale, mais se borne à demander le recouvrement de sommes indûment perçues au titre de l’assistance parlementaire. À titre surabondant, à supposer même que le principe ne bis in idem trouve à s’appliquer et que la décision de recouvrement constitue une sanction, force est de constater que ladite décision serait la première à prononcer ladite sanction et ne saurait donc contrevenir audit principe.
72 Il s’ensuit que le grief pris de la violation du principe ne bis in idem doit être écarté.
73 En quatrième lieu, il est à noter que le litige porté devant le Tribunal est circonscrit à la question précise de savoir si c’est à bon droit que le Parlement a estimé que le requérant n’avait pas démontré que l’assistant local assumait des tâches en conformité avec les mesures d’application. Le sort réservé à la procédure engagée en France, qui, en tout état de cause, ne peut pas avoir le même objet et porter sur la même question, est donc sans influence sur la réponse à apporter à celle-ci. C’est donc à tort que le requérant prétend qu’il est contraire à la bonne administration du droit d’exiger le remboursement des sommes concernées en l’espèce, en préjugeant des procédures en cause. Réciproquement, contrairement à ce que laisse entendre le requérant, un éventuel rejet du présent recours n’impliquerait pas une présomption de culpabilité du requérant et de l’assistant local, pouvant influencer les procédures en cours, dès lors qu’il n’est pas établi que celles-ci portent sur la même question. Par suite, il y a lieu de considérer qu’il n’est pas nécessaire de surseoir à statuer dans l’attente de l’issue de la procédure devant les autorités judiciaires françaises.
74 Partant, le deuxième moyen ainsi que le quatrième chef de conclusions doivent être écartés.
Sur le troisième moyen, tiré d’une violation des droits de la défense
75 Le requérant prétend, tout d’abord, que les agissements du président du Parlement constituent une violation du principe de la présomption d’innocence et une pression morale sur l’administration de cette institution, de sorte qu’ils ont vicié la procédure. Ensuite, il soutient que l’administration du Parlement est à la fois juge et partie, ce qui constitue une violation du droit au juge. En outre, il reproche au Parlement le caractère changeant et imprécis des griefs retenus à son égard, l’absence de réponse de cette institution à ses demandes de précisions ainsi que le fait de ne pas s’être vu communiquer les documents sur lesquels le Parlement s’est fondé. Enfin, il estime que le droit à une audition contradictoire a été violé, étant donné qu’il n’a pas été entendu par le secrétaire général du Parlement. L’assistant local ne l’aurait pas été non plus. Dans ce contexte, le requérant conteste que les droits de la défense et le principe du contradictoire aient été respectés par la possibilité qui lui a été laissée de présenter des observations écrites. En tout état de cause, seul un échange écrit approfondi, avec la possibilité de répliquer aux observations de l’administration, aurait permis de respecter ces droits.
76 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
77 À cet égard, en premier lieu, s’agissant du grief pris de ce que les agissements du président du Parlement constitueraient une violation du principe de la présomption d’innocence et une pression morale sur l’administration de cette institution, de sorte qu’ils ont vicié la procédure, il doit être relevé ce qui suit.
78 D’une part, en ce qui concerne la violation du principe de la présomption d’innocence, il convient de rappeler que ce principe, énoncé à l’article 6, paragraphe 2, de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950, et à l’article 48, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, constitue un droit fondamental qui confère aux particuliers des droits dont le juge de l’Union garantit le respect. Le respect de la présomption d’innocence exige que toute personne accusée d’une infraction soit présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie (voir arrêt du 7 décembre 2010, Fahas/Conseil, T‑49/07, EU:T:2010:499, points 63 et 64 et jurisprudence citée). À cet égard, il importe de souligner qu’il a, certes, déjà été jugé que ce principe pouvait s’appliquer à des procédures administratives, telles que celles relatives à des violations des règles de concurrence applicables aux entreprises susceptibles d’aboutir au prononcé d’amendes ou d’astreintes, eu égard, notamment, à la nature des infractions en cause ainsi qu’à la nature et au degré de sévérité des sanctions qui s’y rattachent (voir, en ce sens, arrêt du 8 juillet 1999, Montecatini/Commission, C‑235/92 P, EU:C:1999:362, point 176). Toutefois, en l’espèce, au regard de la nature de la procédure ayant conduit à l’adoption de la décision attaquée et des mesures qu’elle impose, le principe de la présomption d’innocence ne saurait trouver à s’appliquer. En effet, dans le cadre de ladite procédure, de nature purement administrative, le requérant n’a pas été « accusé » et la décision attaquée n’a ni reconnu sa « culpabilité », ni ne lui a infligé de « sanction ». Dans ladite décision, le secrétaire général du Parlement s’est limité à constater que des sommes avaient été indûment versées et à ordonner leur recouvrement. Au demeurant, il convient de relever que les circonstances évoquées par le requérant sont le fait du président du Parlement, et non du secrétaire général de cette institution, lequel est l’auteur de la décision attaquée. En tout état de cause, loin d’être constitutive d’une violation du principe de la présomption d’innocence, la communication à l’OLAF, par le président du Parlement, des informations dont il avait connaissance constituait, ainsi qu’il a été relevé au point 67 ci-dessus, une obligation pesant sur lui en vertu de la décision du Parlement du 19 novembre 1999 relative aux conditions et modalités des enquêtes internes en matière de lutte contre la fraude, la corruption et toute activité illégale préjudiciable aux intérêts de l’Union. De même, le fait d’avoir informé le ministre de la Justice français d’une « possible » utilisation frauduleuse des fonds européens ne saurait être considéré comme une violation du principe de la présomption d’innocence, dès lors que le président du Parlement s’est borné à faire part des informations en sa possession, sans prendre position, de manière définitive, sur les faits en cause et leur qualification.
79 D’autre part, en ce qui concerne la prétendue pression morale sur l’administration de cette institution, le requérant n’établit pas que l’administration du Parlement aurait été influencée par les agissements de son président. Aucun élément du dossier ne permet au demeurant de considérer que la décision attaquée aurait été adoptée en raison de l’influence, directe ou indirecte, morale ou matérielle, du président du Parlement.
80 En deuxième lieu, s’agissant du grief pris de ce que l’administration du Parlement serait à la fois juge et partie, ce qui constituerait une violation du droit au juge, il suffit, pour l’écarter, de renvoyer aux considérations développées dans le cadre de l’examen du premier moyen (voir point 58 ci-dessus).
81 En troisième lieu, s’agissant du grief pris du caractère changeant et imprécis des griefs retenus par le Parlement à son égard, de l’absence de réponse à ses demandes de précisions ainsi que du fait de ne pas s’être vu communiquer les documents sur lesquels le Parlement s’est fondé, il convient de relever ce qui suit.
82 Premièrement, contrairement à ce que prétend le requérant, les constats sur lesquels le Parlement s’est fondé n’ont pas varié. En effet, tout d’abord, dès le 30 mars 2015, le président du Parlement a informé le requérant, en substance, que ses services avaient constaté, sur la base de la publication de l’organigramme du Front national, du site Internet de ce dernier et d’articles de presse, que l’assistant local occupait une fonction permanente et officielle au sein dudit parti, ce qui constituait des indices d’une violation des articles 33, 43 et 62 des mesures d’application. Le 7 avril 2015, le directeur général de la DG des finances du Parlement a, en substance, réitéré ces indications. Ensuite, dans la décision de suspension, le directeur général de la DG des finances du Parlement a indiqué au requérant qu’il n’avait pas apporté de preuves suffisantes et concluantes concernant le respect des articles 33, 43 et 62 des mesures d’application et en a indiqué les motifs. En outre, dans sa décision d’ouvrir la procédure de recouvrement prévue par l’article 68 des mesures d’application, le secrétaire général du Parlement a exposé les motifs pour lesquels il estimait que les activités de l’assistant local n’étaient pas conformes aux mesures d’application et, notamment, à leurs articles 33, 43 et 62. Enfin, il découle de la décision attaquée que le Parlement a estimé qu’aucun élément ne permettait de considérer que l’assistant local assurait ses tâches en conformité avec les articles 33 et 62 des mesures d’application.
83 Il découle de ce qui précède que, tout au long de la procédure, le grief exposé par le Parlement avait trait à la question de la conformité de l’activité de l’assistant local avec les mesures d’application, et notamment leurs articles 33 et 62, et à l’absence de preuve apportée par le requérant permettant de démontrer le respect de ces articles.
84 Dans ce contexte, il convient d’ajouter que, si, comme l’indique le requérant dans le cadre du cinquième moyen, les lettres des 30 mars et 7 mai 2015 évoquent la publication d’un organigramme et le lieu d’exécution du contrat de travail, ce n’est qu’à titre d’indice du non-respect des mesures d’application. Il s’agit des éléments qui ont déclenché la procédure au titre des articles 67 et 68 de celles-ci, et non de griefs en tant que tels. De même, il convient de relever, à l’instar du requérant dans le cadre dudit moyen, que la décision de suspension évoque, contrairement à la lettre du 24 février 2016 ou à la décision attaquée, les responsabilités locales et la candidature à une élection de l’assistant local. Toutefois, elles sont évoquées uniquement comme étant un des éléments, en l’occurrence accessoire, pris en compte au soutien du raisonnement adopté dans la décision de suspension, l’absence de preuve du respect des mesures d’application étant, en tout état de cause, l’élément central à cet égard. En outre, s’agissant du fait que la lettre du secrétaire général du Parlement du 24 février 2016 évoque le préjudice porté à l’honneur et à la dignité du Parlement ainsi que le conflit d’intérêts, il suffit de relever que ces notions sont évoquées uniquement dans le cadre d’un rappel de la réglementation applicable aux frais d’assistance parlementaire, et plus particulièrement du contenu de l’article 8, paragraphe 5, sous b), du contrat de travail, lequel est relatif aux obligations pesant sur l’assistant local. Il s’agissait donc d’un simple rappel du cadre juridique, et non d’un grief visant à faire valoir que le requérant ou l’assistant local aurait porté atteinte à l’honneur ou à la dignité du Parlement et que l’activité de l’assistant local aurait constitué un conflit d’intérêts. D’ailleurs, la décision attaquée ne se fonde pas sur cette disposition.
85 Deuxièmement, en ce qui concerne l’argument du requérant selon lequel les informations à la disposition des services du Parlement, évoquées dans la lettre du secrétaire général du Parlement du 24 février 2016, ne lui ont pas été communiquées, celui-ci doit être écarté. En effet, il ressort clairement d’une lecture d’ensemble de ladite lettre que celle-ci se réfère aux informations dont le Parlement a eu connaissance et plus particulièrement, ainsi qu’il ressort du point 4 de ladite lettre, aux éléments que le requérant a lui-même fournis.
86 Troisièmement, en ce qui concerne la prétendue imprécision des griefs du Parlement, il convient de relever que, ainsi qu’il ressort de ce qui précède, au cours de la procédure, le Parlement a indiqué explicitement et avec précision les motifs sur lesquels reposait la procédure de suspension, puis de recouvrement. Quant à l’argument du requérant relatif à une prétendue incertitude juridique affectant la référence aux notions de dignité du Parlement et de conflit d’intérêts, il doit également être écarté comme inopérant au regard des considérations figurant au point 84 ci-dessus.
87 Quatrièmement, en ce qui concerne l’argument relatif à la prétendue absence de réponse à ses demandes de précisions quant à certains griefs, le requérant n’identifie même pas, dans le cadre du présent moyen, à quelles demandes il se réfère à cet égard. Ladite allégation ne peut donc qu’être écartée. En tout état de cause, outre le fait que, ainsi qu’il a été relevé, le Parlement a exposé de manière précise les griefs en cause, le requérant n’a pas démontré en quoi l’absence de réponse à ses prétendues demandes de précisions permettrait de remettre en cause la légalité de la décision attaquée.
88 Cinquièmement, en ce qui concerne l’allégation selon laquelle, malgré des « demandes répétées » du requérant, le Parlement n’affirme pas qu’il serait interdit à un assistant local d’avoir une activité bénévole au sein d’une organisation politique, ni ne produit de texte qui accréditerait cette prétendue prohibition, il suffit de relever que le Parlement n’a, à aucun moment, prétendu qu’une telle activité serait prohibée, mais s’est limité à constater que la réalité du travail de l’assistant local n’avait pas été démontrée.
89 En quatrième lieu, s’agissant du grief pris de la violation du droit d’être entendu, il y a lieu de rappeler que le respect des droits de la défense, dans toute procédure ouverte à l’encontre d’une personne et susceptible d’aboutir à un acte faisant grief à celle-ci, constitue un principe fondamental du droit de l’Union et doit être assuré même en l’absence de toute réglementation concernant la procédure en cause (voir ordonnance du 12 mai 2010, CPEM/Commission, C‑350/09 P, non publiée, EU:C:2010:267, point 75 et jurisprudence citée).
90 Dans le contexte des décisions en matière de recouvrement de sommes indûment versées en vertu des mesures d’application, ce droit est garanti par l’article 68, paragraphe 2, desdites mesures, qui prévoit que le député concerné est entendu préalablement à l’adoption d’une telle décision.
91 Contrairement à ce que semble suggérer le requérant, cette disposition ne saurait être interprétée comme exigeant que le député soit nécessairement auditionné par le secrétaire général du Parlement.
92 En effet, le respect des droits de la défense exige que la personne concernée soit mise en mesure de faire connaître utilement son point de vue au sujet des éléments qui pourraient être retenus à sa charge dans l’acte à intervenir (voir arrêt du 9 novembre 2006, Commission/De Bry, C‑344/05 P, EU:C:2006:710, point 38 et jurisprudence citée).
93 Toutefois, le droit d’être entendu ne signifie pas que la personne intéressée soit mise en mesure de s’exprimer oralement (voir arrêt du 25 février 2016, Musso/Parlement, T‑589/14 et T‑772/14, non publié, EU:T:2016:101, point 59 et jurisprudence citée).
94 Ainsi, la mise en œuvre du droit d’être entendu n’implique pas nécessairement une audition de la personne concernée, la possibilité de présenter des observations par écrit permettant également de satisfaire audit droit.
95 Partant, le droit d’être entendu dont bénéficie le député concerné, en particulier en vertu de l’article 68, paragraphe 2, des mesures d’application, exige qu’il doit pouvoir faire connaître utilement son point de vue au secrétaire général du Parlement avant l’adoption d’une éventuelle décision de recouvrement, cette obligation étant respectée en mettant ce député en mesure de présenter ses observations à cet égard, par écrit ou par oral.
96 En l’espèce, il est constant que le requérant a valablement été mis en mesure de faire valoir son point de vue. En effet, dans sa lettre du 24 février 2016, l’informant de l’ouverture de la procédure de recouvrement au titre de l’article 68 des mesures d’application, le secrétaire général du Parlement a, après avoir dûment exposé les éléments justifiant cette ouverture, invité le requérant à présenter ses observations dans un délai de six semaines. En réponse, le 20 mai 2015, ainsi que les 16 mars et 20 avril 2016, le requérant a présenté des observations au Parlement.
97 Les appréciations qui précèdent ne sont pas remises en cause par le fait que, dans le cadre d’autres procédures ayant conduit au recouvrement auprès de députés de sommes indûment versées, le secrétaire général du Parlement a procédé à une audition desdits députés. En effet, ainsi qu’il ressort de ce qui précède, le droit d’être entendu peut être respecté tant par une audition de la personne concernée que par la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations écrites. De même, l’argument du requérant fondé sur la résolution du Parlement du 9 juin 2016 pour une administration de l’Union ouverte, efficace et indépendante [2016/2610(RSP)] ne peut qu’être écarté, dès lors que cette résolution ne contient aucune disposition contraignante. Elle se limite ainsi à inviter la Commission européenne à examiner une proposition de règlement annexée à ladite résolution et à lui demander de présenter une proposition législative à cet égard. Au demeurant, l’article 14 de ladite proposition de règlement, consacré au droit d’être entendu, prévoit expressément que les parties ont la possibilité d’exprimer leur point de vue par écrit ou oralement, si nécessaire, et si elles le souhaitent, avec l’aide d’une personne de leur choix, confirmant ainsi que le droit d’être entendu peut être respecté en permettant à la personne concernée de présenter son point de vue soit par écrit, soit par oral.
98 Quant à la référence à la prétendue demande insistante d’être auditionné, elle est inopérante. Certes, à la suite de la décision de suspension et avant la décision d’ouverture de la procédure visée à l’article 68 des mesures d’application, le requérant a présenté au directeur général de la DG des finances du Parlement des observations le 16 mars 2016, par lesquelles, notamment, il sollicitait un entretien avec ce dernier. En réponse, il a été indiqué au requérant qu’il pourrait s’entretenir avec le directeur de cabinet du secrétaire général du Parlement. Le 8 avril 2016, le requérant a indiqué audit directeur de cabinet qu’il ne voyait aucune objection à cet entretien sous réserve qu’il s’agisse d’un entretien préparatoire à celui qu’il devrait avoir avec le secrétaire général du Parlement. Le même jour, le directeur de cabinet de ce dernier a indiqué que, le requérant ayant adressé au secrétaire général du Parlement des observations le 16 mars 2016, il avait exercé son droit d’être entendu au sens de l’article 68, paragraphe 2, des mesures d’application. Le requérant n’a donc finalement pas été entendu oralement par le secrétaire général du Parlement. Toutefois, il découle de ce qui précède que, dès lors que le requérant a été mis en mesure de présenter ses observations par écrit, son droit d’être entendu a été respecté.
99 S’agissant de l’argument pris de ce que, à supposer qu’une procédure écrite suffise au respect des droits de la défense, celle-ci impliquerait la possibilité d’un échange approfondi de correspondances, il doit être relevé que le respect du droit d’être entendu ne saurait dépendre, in abstracto, de l’intensité et du volume des échanges entre l’administration et la personne concernée, mais de la question de savoir si cette dernière a été utilement mise en mesure de faire connaître son point de vue. Or, en l’espèce, ainsi qu’il ressort de ce qui précède, le requérant a été mis en mesure de faire connaître utilement son point de vue à la suite de l’ouverture de la procédure visée à l’article 68 des mesures d’application. En tout état de cause, eu égard à l’ensemble des échanges entre le requérant et le Parlement à compter de la lettre du président de cette institution du 30 mars 2015, il y a lieu de considérer qu’un échange approfondi a eu lieu.
100 Quant à l’allégation selon laquelle l’assistant local n’a pas été entendu, il suffit de relever que l’article 68, paragraphe 2, des mesures d’application impose au secrétaire général du Parlement d’entendre uniquement le député concerné et non les tiers à la procédure de recouvrement. En tout état de cause, dès lors que la décision attaquée ne fait grief qu’au requérant, l’assistant local ne bénéficiait pas du droit d’être entendu dans le cadre de la procédure ayant conduit à son adoption.
101 En ce qui concerne, enfin, l’allégation selon laquelle il ne serait pas certain que le secrétaire général du Parlement ait pris connaissance directement et personnellement des documents écrits produits par le requérant, force est de constater qu’elle ne repose sur aucun élément de preuve, le requérant procédant sur ce point par pure affirmation.
102 Il résulte de ce qui précède que le grief pris de la violation du droit d’être entendu doit être écarté.
103 Partant, le troisième moyen doit être rejeté.
Sur le quatrième moyen, tiré de l’inversion de la charge de la preuve
104 Le requérant souligne qu’aucune disposition n’impose à un député ou à un assistant de conserver les traces de leur relation de travail. Selon lui, en demandant à un député d’apporter la preuve d’une telle relation, le Parlement procède au renversement de la charge de la preuve. Ce serait, en effet, au Parlement d’apporter la preuve de ses accusations. Cette inversion de la charge de la preuve porterait, par ailleurs, atteinte à l’indépendance des parlementaires, que le principe de confidentialité protège, ainsi qu’à la confiance légitime entre le député et le Parlement. En tout état de cause, à supposer que la fonction de l’assistant local au sein du Front national suffise à renverser la charge de la preuve, le requérant estime que le Parlement aurait dû apprécier favorablement les éléments qu’il a produits, dès lors que ceux-ci étaient vraisemblables.
105 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
106 À cet égard, il convient de rappeler que, selon l’article 33, paragraphe 1, seconde phrase, des mesures d’application, le Parlement prend en charge les frais effectivement engagés et résultant entièrement et exclusivement de l’engagement d’un ou de plusieurs assistants.
107 Conformément à l’article 33, paragraphe 2, première phrase, desdites mesures, seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés.
108 Selon la jurisprudence, la définition de la notion d’assistance parlementaire ne relevant pas de la discrétion des députés, ces derniers ne sont pas libres de demander le remboursement des dépenses sans rapport avec l’engagement ou l’utilisation des services fournis par de tels assistants (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement, T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866, point 45 et jurisprudence citée).
109 Il s’ensuit que, dans l’hypothèse d’un contrôle ayant trait à l’utilisation des frais d’assistance parlementaire, le député concerné doit être en mesure de prouver que les montants perçus ont été utilisés afin de couvrir les dépenses effectivement engagées et résultant entièrement et exclusivement de l’engagement d’un ou de plusieurs assistants, comme le prévoit l’article 33, paragraphe 1, seconde phrase, des mesures d’application (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement, T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866, point 54 et jurisprudence citée). Il doit notamment pouvoir produire des pièces justifiant d’une utilisation conforme aux contrats qu’il a conclus avec ses assistants (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 22 décembre 2005, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, T‑146/04, EU:T:2005:584, point 157).
110 Partant, c’est à tort que le requérant reproche au Parlement d’inverser la charge de la preuve en lui demandant de justifier du travail réalisé par l’assistant local.
111 Il convient, dans ce contexte, de rejeter l’allégation selon laquelle l’attitude du Parlement reviendrait à exiger une preuve impossible. En effet, ainsi que le Parlement le relève, il ne s’agit pas de démontrer un fait inexistant, mais un fait positif, à savoir la réalité du travail de l’assistant local, laquelle peut être attestée par de nombreux éléments de preuve concrets. Tel peut être le cas, notamment, par la production d’agendas, attestant de rendez-vous ou de l’activité de l’assistant local, de courriels rédigés par ce dernier et échangés, notamment, avec le député concerné, ainsi que de documents, y compris sous forme électronique, émanant de l’assistant local. Dans ce contexte, il convient de relever que, certes, comme le souligne le requérant, aucune disposition n’impose de conserver les traces de la relation de travail entre le député et son assistant. Toutefois, ainsi qu’il a été relevé au point 109 ci-dessus, un député doit pouvoir produire des pièces justifiant d’une utilisation conforme aux contrats qu’il a conclus avec ses assistants, de sorte qu’il lui incombe d’être en mesure de produire de telles pièces et, partant, de les conserver. À cet égard, il y a lieu de rejeter l’allégation selon laquelle les services techniques du Parlement procèdent tous les « 90 jours de la date de leur réception » à l’effacement automatique du contenu des ordinateurs mis à disposition des députés et de leurs assistants, de sorte que le Parlement ne saurait exiger des députés qu’ils en gardent la trace. En effet, aucun élément ne permet d’étayer l’hypothèse d’un effacement automatique de la totalité du contenu des ordinateurs mis à disposition des députés et des assistants. En outre, il ressort ainsi de la note du Parlement relative à la politique de courriels du 20 octobre 2014 produite par le requérant que, certes, les courriels contenus dans certains dossiers, en l’occurrence les dossiers « Inbox », « Sent items », « Deleted items », « Junk E-mail » et « Drafts », font l’objet d’une suppression au-delà d’un délai variant entre 7 et 90 jours. Toutefois, les courriels se trouvant dans les autres dossiers, et notamment les dossiers personnels créés par le député, sont archivés, et ce pour une durée indéterminée. Cela a été confirmé, en substance, par le Parlement en réponse à une question écrite du Tribunal. Il est, par ailleurs, tout à fait loisible au député concerné d’archiver lui-même ses courriels. Il demeure, en outre, possible au député d’en conserver une version imprimée. Enfin, ces conditions de traitement ne concernaient pas, à l’époque des faits en cause en l’espèce, les ordinateurs des assistants locaux, lesquels ne possédaient pas, jusqu’à une époque récente, ainsi qu’il ressort d’un document produit par le requérant lui-même, de compte informatique nominatif.
112 Il y a également lieu de rejeter l’allégation selon laquelle le fait de demander au requérant d’apporter des éléments de preuve, issus du passé et dont la production n’a jamais été demandée, mettrait en cause la confiance légitime entre lui et l’administration du Parlement. En effet, la nécessité de démontrer la réalité du travail fourni par l’assistant local découle directement, notamment, des mesures d’application, dont il ressort que le Parlement ne prend en charge que les frais effectivement engagés et résultant entièrement et exclusivement de l’engagement d’un ou de plusieurs assistants, ce qui implique que la réalité de ceux-ci soit démontrée par le député concerné. Il ne s’agit donc pas de l’application « rétroactive de règles contraignantes » comme le soutient le requérant, lesdites mesures d’application étant déjà en vigueur à la date des versements en cause en l’espèce.
113 Le grief pris de ce que la prétendue inversion de la charge de la preuve porterait atteinte à l’indépendance du député est également voué au rejet. En effet, d’une part, il convient de rappeler que, ainsi qu’il découle du point 108 ci-dessus, les députés ne sont pas libres de demander le remboursement des dépenses sans rapport avec l’engagement ou l’utilisation des services fournis par de tels assistants. D’autre part, le fait de demander aux députés de démontrer la réalité du travail fourni par leurs assistants n’implique aucun contrôle du Parlement sur le fond du travail en cause. Il s’agit, en effet, uniquement de vérifier si les frais d’assistance parlementaire en cause correspondent effectivement à de l’assistance liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés. Il ne s’agit pas, en revanche, de porter une appréciation, y compris politique, sur le contenu du travail qui a été fourni. Quant au fait, évoqué par le requérant, que le contrat de travail inclut une obligation de confidentialité, il suffit de relever que cette obligation pèse, en vertu de l’article 8, paragraphe 5, sous c), dudit contrat, sur l’assistant local et non sur le requérant, de sorte que ladite obligation ne saurait être opposée au Parlement par le requérant afin d’échapper à son obligation de prouver que les montants perçus ont été utilisés conformément aux mesures d’application. Dans ces conditions, il ne saurait être porté atteinte à l’indépendance des députés.
114 Enfin, s’agissant de l’argumentation selon laquelle le Parlement estimerait que rien ne prouve que l’auteur des documents est bien l’assistant local, elle concerne l’appréciation au fond des éléments de preuve fournis par le requérant au cours de la procédure, laquelle fait plus particulièrement l’objet du dixième moyen. Cette argumentation se rattache donc audit moyen et sera examinée dans le cadre de celui-ci. De même, concernant l’affirmation du requérant selon laquelle le Parlement aurait dû apprécier favorablement les éléments qu’il a produits, dès lors que ceux-ci étaient vraisemblables, force est de constater qu’elle est vague et générale. Elle ne concerne, en tout état de cause, pas, en tant que telle, la question de la charge de la preuve, mais celle de l’appréciation par le Parlement des preuves soumises. Elle sera donc également examinée dans le cadre du dixième moyen.
115 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que le quatrième moyen doit être rejeté.
Sur le cinquième moyen, tiré d’une insuffisance de motivation
116 Le requérant prétend que la décision attaquée est insuffisamment motivée. D’une part, ladite décision n’exposerait pas les motifs pour lesquels elle conclut que l’assistant local n’aurait jamais travaillé comme assistant parlementaire. D’autre part, les griefs formulés par le Parlement auraient changé tout au long de la procédure ayant conduit à l’adoption de la décision attaquée.
117 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
118 À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, la motivation exigée par l’article 296, deuxième alinéa, TFUE doit être adaptée à la nature de l’acte en cause et faire apparaître de façon claire et non équivoque le raisonnement de l’institution, auteur de l’acte, de manière à permettre aux intéressés de connaître les justifications de la mesure prise et à la juridiction compétente d’exercer son contrôle. L’exigence de motivation doit être appréciée en fonction des circonstances de l’espèce. Il n’est pas exigé que la motivation spécifie tous les éléments de fait et de droit pertinents, dans la mesure où la question de savoir si la motivation d’un acte satisfait aux exigences de l’article 296, deuxième alinéa, TFUE doit être appréciée au regard non seulement de son libellé, mais aussi de son contexte ainsi que de l’ensemble des règles juridiques régissant la matière concernée. En particulier, l’institution concernée n’est pas tenue de prendre position sur tous les arguments invoqués devant elle par les intéressés, mais il lui suffit d’exposer les faits et les considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’économie de la décision (voir arrêt du 30 avril 2014, Hagenmeyer et Hahn/Commission, T‑17/12, EU:T:2014:234, point 173 et jurisprudence citée).
119 En l’espèce, il y a lieu de relever que, dans la décision attaquée, le secrétaire général du Parlement souligne, tout d’abord, qu’il est apparu dans la presse, en février 2015, que l’assistant local occupait une fonction permanente dans l’organigramme du Front national.
120 Le secrétaire général du Parlement retrace, ensuite, l’ensemble des échanges avec le requérant. C’est ainsi qu’il indique :
– premièrement, que le directeur général de la DG des finances du Parlement a demandé au requérant, le 7 avril 2015, de fournir la preuve de l’activité effective de l’assistant local ;
– deuxièmement, que celui-ci a communiqué, le 20 mai 2015, des documents qui ont été considérés comme insuffisants en tant qu’éléments de preuve ;
– troisièmement, que ledit directeur général a, par conséquent, adopté la décision de suspension, en raison de l’absence d’éléments probants d’une activité effectivement, exclusivement et directement liée à l’exercice du mandat ;
– quatrièmement, que, pour les mêmes motifs, le 24 février 2016, le requérant a été informé de l’ouverture de la procédure de recouvrement sur le fondement de l’article 68 des mesures d’application ;
– cinquièmement, que le requérant a présenté, le 16 mars 2016, des observations, par lesquelles il demandait, notamment, un entretien avec lui ;
– sixièmement, que son directeur de cabinet a indiqué au requérant, le 8 avril 2016, que son droit d’être entendu pouvait être exercé par la présentation d’observations écrites, dans un délai de quinze jours ;
– septièmement, que le requérant a communiqué, le 20 avril 2016, une volumineuse documentation, accompagnée d’une lettre explicative.
121 Le secrétaire général du Parlement présente, enfin, son appréciation concernant la documentation communiquée par le requérant, notamment un constat d’huissier, des chroniques, des explications de votes, des interventions au Parlement, des notes, des études et des projets qui auraient été rédigés par l’assistant local, ainsi que des listes de médias et de relais d’opinion dont ledit assistant aurait été l’interlocuteur.
122 En conclusion, le secrétaire général du Parlement estime, dans la décision attaquée, que le requérant n’a pas apporté la preuve que l’assistant local assurait des tâches en conformité avec les articles 33 et 62 des mesures d’application et qu’il est fondé à demander le remboursement des sommes indûment versées.
123 Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que la décision attaquée expose, à suffisance de droit, les motifs justifiant la récupération de la somme en cause en l’espèce.
124 Il convient encore de rejeter l’allégation du requérant selon laquelle le Parlement ne fournit aucune explication sur les raisons pour lesquelles il déduit de la présence de l’assistant local dans l’organigramme du Front national que celui-ci n’aurait jamais travaillé pour le requérant au cours de la période en cause. En effet, tout d’abord, cette allégation repose, en substance, sur la prémisse erronée selon laquelle il appartenait au Parlement de démontrer que l’assistant local n’avait pas effectivement assumé ses tâches. Or, c’est au requérant qu’il incombait de démontrer la réalité de celles-ci. En outre, le Parlement n’a pas déduit du constat que l’assistant local occupait, d’après l’organigramme du Front national, une fonction au sein de ce parti que celui-ci n’avait jamais exercé les fonctions d’assistant parlementaire auprès du requérant, comme celui-ci le soutient en substance. Le constat en cause est, certes, à l’origine de l’examen par le Parlement de la réalité des tâches de l’assistant local, ainsi qu’il ressort de la lettre du président du Parlement du 30 mars 2015 et de celle du directeur général de la DG des finances du Parlement du 7 avril 2015. Toutefois, ce constat ne constitue pas le fondement des conclusions de cette institution, lesquelles se fondent sur la circonstance qu’aucun élément n’a été apporté pour démontrer que l’assistant local assurait des tâches en conformité avec les mesures d’application.
125 Il y a, enfin, lieu de relever, s’agissant du grief selon lequel « les motifs de la décision [attaquée], tout au long de la procédure qui a conduit à son adoption, ont été à la fois variables et imprécis », que celui-ci a déjà été rejeté, en substance, dans le cadre de l’examen du troisième moyen (voir points 82 à 84 et 86 ci-dessus).
126 Il résulte de ce qui précède que le cinquième moyen doit être écarté.
Sur le sixième moyen, tiré d’une violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime ainsi que d’une application de normes inexistantes ou rétroactives
127 Le requérant allègue que la décision attaquée porte atteinte au principe de protection de la confiance légitime, en raison du caractère rétroactif et exorbitant des normes sur lesquelles le Parlement se fonde ainsi que des preuves de l’activité parlementaire qu’il exige. Selon le requérant, le Parlement lui demande, ainsi qu’à ses collègues, des comptes des précédentes législatures en leur faisant grief d’éléments qu’en temps utile, in tempore non suspecto, cette institution et ses services ont validé en toute connaissance de cause. En particulier, le Parlement lui reprocherait d’avoir fait élection de domicile pour le contrat de travail au siège du Front national. Or, il ne saurait être fait grief aux députés que la plupart des contrats de travail de leurs assistants soient domiciliés au siège de leur formation politique, dès lors que ce lieu peut être fixé à la discrétion du député dans n’importe quel endroit du territoire d’élection et qu’il est normal que l’assistant local se trouve là où le député, en dehors du Parlement, a le plus fort lien de rattachement politique. Ce reproche porterait atteinte ainsi à la liberté parlementaire du requérant et à la manière dont il organise son travail. De plus, aucune obligation n’imposerait au député de disposer d’un bureau en dehors de ceux mis à disposition par sa formation politique et, eu égard aux multiples déplacements des assistants parlementaires, la domiciliation serait essentiellement administrative. Durant des années, le Parlement aurait accepté des contrats types où le lieu de rattachement des assistants, à savoir le siège de la formation politique, était évident. Aussi, en contestant des pratiques qu’il a acceptées, le Parlement porterait atteinte à la confiance légitime des députés et des assistants parlementaires. En tout état de cause, la décision du bureau du Parlement du 6 mai 2009 relative aux assistants locaux et aux prestataires de services ne comporterait aucune obligation relative au lieu de domiciliation du contrat.
128 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
129 À cet égard, il convient de rappeler que le principe de sécurité juridique exige que tout acte de l’administration produisant des effets juridiques soit clair et précis, afin que les intéressés puissent connaître sans ambiguïté leurs droits et obligations et prendre leurs dispositions en conséquence (voir arrêt du 30 novembre 2009, France et France Télécom/Commission, T‑427/04 et T‑17/05, EU:T:2009:474, point 300 et jurisprudence citée).
130 Il découle, en outre, d’une jurisprudence constante que, même en l’absence de texte, la possibilité de se prévaloir du principe de protection de la confiance légitime est ouverte à tout sujet de droit à l’égard duquel une institution, en lui fournissant des assurances précises, a fait naître des espérances fondées. Constituent de telles assurances, quelle que soit la forme sous laquelle ils sont communiqués, des renseignements précis, inconditionnels et concordants et émanant de sources autorisées et fiables. En revanche, nul ne peut invoquer une violation de ce principe en l’absence d’assurances précises qui lui auraient été fournies par l’administration (voir arrêt du 30 novembre 2009, France et France Télécom/Commission, T‑427/04 et T‑17/05, EU:T:2009:474, points 259 et 260 et jurisprudence citée).
131 En l’espèce, il y a lieu de relever que le requérant estime que l’atteinte au principe de protection de la confiance légitime découle du prétendu caractère rétroactif et exorbitant des normes sur lesquelles la décision attaquée est fondée et des preuves qui sont exigées.
132 À cet égard, il convient, tout d’abord, de souligner que les dispositions sur lesquelles la décision attaquée est fondée, et notamment les articles 33 et 62 des mesures d’application, n’ont pas fait l’objet d’une application rétroactive, celles-ci étant d’application pendant la période en cause en l’espèce, ainsi qu’il a déjà été constaté au point 112 ci-dessus. Il convient encore d’ajouter qu’il découlait déjà des dispositions de la réglementation concernant les frais et les indemnités des députés au Parlement, applicables avant l’entrée en vigueur des mesures d’application, que le député concerné doit pouvoir produire des pièces justifiant d’une utilisation conforme aux contrats qu’il a conclus avec ses assistants (voir, en ce sens, arrêt du 22 décembre 2005, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, T‑146/04, EU:T:2005:584, point 157).
133 Il est, ensuite, à rappeler que la question de savoir si un député remplissait les conditions requises pour bénéficier de l’indemnité d’assistance parlementaire au moment où il en a fait la demande est distincte de celle de savoir si, après avoir bénéficié de ladite indemnité, il en a fait une utilisation conforme aux mesures d’application. Ainsi, le fait d’avoir satisfait aux conditions pour l’octroi de ladite indemnité ne préjuge pas l’utilisation effective de celle-ci, ce que le Parlement doit pouvoir contrôler (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement, T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866, point 49 et jurisprudence citée). L’allégation selon laquelle, en substance, le Parlement demanderait au requérant et à ses collègues « [des] comptes des précédentes législatures [en] leur faisant grief d’éléments qu’en temps utile, “in tempore non suspecto”, [cette institution] et ses services ont validé en toute connaissance de cause » ne peut donc qu’être écartée.
134 En outre, il convient également d’écarter comme inopérante l’ensemble de l’argumentation relative à la désignation du lieu de travail de l’assistant local comme étant le siège du Front national. En effet, la décision attaquée est fondée sur le fait que rien ne prouve que l’assistant local assurait des tâches en conformité avec les mesures d’application, et non sur le fait que le contrat de travail désigne comme lieu d’exécution de celui-ci le siège du Front national.
135 En tout état de cause, il convient également de rejeter l’argumentation fondée sur la circonstance que le Parlement avait connaissance du lieu d’exécution du contrat de travail, étant donné que celui-ci lui avait été communiqué. En effet, celle-ci est sans influence sur la possibilité pour le Parlement de contrôler le caractère effectif des tâches réalisées par l’assistant local au titre dudit contrat. De même, dès lors que la question du lieu d’exécution du contrat ne constitue pas le fondement de la décision attaquée et que, en tout état de cause, le fait que le Parlement ne s’était pas opposé au lieu de travail désigné dans le contrat de travail ne saurait l’empêcher de contrôler le caractère effectif des tâches réalisées par l’assistant local au titre dudit contrat, il convient de rejeter l’argumentation selon laquelle le Parlement aurait accepté des contrats types où le lieu de rattachement des assistants était purement administratif, ainsi que la domiciliation des assistants locaux au siège du Front national. Il y a également lieu de rejeter, pour les mêmes motifs, l’argument pris de ce que la décision du bureau du Parlement du 6 mai 2009 relative aux assistants locaux et aux prestataires de services ne comporte aucune obligation, positive ou négative, quant au lieu de domiciliation du contrat.
136 Enfin, il convient de relever qu’il ne ressort pas du dossier que le Parlement aurait fourni au requérant des assurances précises quant à la conformité des sommes versées au titre de l’assistance parlementaire avec les mesures d’application, de sorte qu’aucun élément n’était en mesure de fonder une quelconque confiance légitime dans le chef du requérant à cet égard.
137 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que le sixième moyen doit être rejeté.
Sur le septième moyen, tiré d’une atteinte aux droits politiques des assistants parlementaires
138 Le requérant estime que c’est à tort que le Parlement reproche à l’assistant local d’occuper plusieurs fonctions, dès lors que celles-ci sont compatibles avec celles d’assistant parlementaire. Ce serait, en outre, à tort qu’il considère que la fonction d’assistant local est incompatible avec l’exercice d’une activité politique bénévole. D’ailleurs, le droit français, qui régit le contrat de travail, reconnaît que les partis politiques contribuent à la formation de l’opinion publique et du suffrage et interdit à un employeur d’empêcher son salarié d’être membre d’un parti ou d’exercer une activité politique. La décision attaquée contreviendrait donc aux droits politiques des assistants locaux.
139 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
140 À cet égard, il convient de relever, d’emblée, que l’argumentation développée par le requérant au soutien du présent moyen repose sur la prémisse erronée que la décision attaquée serait fondée sur le fait que la fonction d’assistant local serait incompatible avec l’exercice d’une activité politique bénévole.
141 Or, il ne ressort pas de la décision attaquée que le Parlement aurait considéré qu’une telle fonction serait incompatible avec une telle activité.
142 En effet, c’est, certes, ainsi qu’il a déjà été relevé, le constat de la présence de l’assistant local dans l’organigramme du Front national qui a été considéré comme un indice d’une violation des mesures d’application et qui est à l’origine de la mise en œuvre des procédures visées aux articles 67 et 68 de celles-ci.
143 Toutefois, la décision attaquée est fondée, ainsi qu’il ressort clairement de son contenu, sur la circonstance que le requérant n’a pas été en mesure de démontrer que l’assistant local assurait des tâches en conformité, notamment, avec les articles 33 et 62 des mesures d’application et aucun élément de cette décision ne permet de considérer que le Parlement aurait estimé que la fonction d’assistant parlementaire était, en soi, incompatible avec une activité politique bénévole.
144 Il est à préciser, à titre surabondant, que, certes, l’article 43 des mesures d’application, qui prévoit, notamment sous a), que les sommes versées au titre de l’assistance parlementaire ne peuvent servir directement ou indirectement à financer des contrats conclus avec un parti politique, a été partiellement cité, en substance, dans la décision de suspension et figure dans les visas de la décision attaquée. Néanmoins, il ne découle pas de ces décisions que le Parlement aurait considéré que les sommes en cause en l’espèce avaient servi à financer de tels contrats. D’ailleurs, aucun élément du dossier ne se réfère à un quelconque contrat conclu avec un parti politique
145 C’est donc à tort que le requérant prétend que le Parlement reproche aux assistants parlementaires d’avoir également des activités de militants politiques.
146 Il convient, enfin, de rejeter l’allégation du requérant selon laquelle le Parlement reprocherait à l’assistant local d’« apparaître sous divers titres ». En effet, le fait que ce dernier occupe plusieurs fonctions ne constitue pas, en tant que tel, le fondement de la décision attaquée, laquelle repose sur l’absence de preuve du caractère effectif de son travail et non sur l’incompatibilité de celui-ci avec les autres fonctions qu’il occupe.
147 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que le septième moyen doit être rejeté.
Sur le huitième moyen, tiré d’un traitement discriminatoire, d’un fumus persecutionis et d’un détournement de pouvoir
148 Le requérant soutient, en se fondant sur un faisceau de présomptions, qu’il a fait l’objet d’un traitement partial et discriminatoire de la part du Parlement.
149 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
150 À cet égard, tout d’abord, il convient de rappeler que, selon la jurisprudence, le principe de non-discrimination, qui constitue un principe fondamental de droit, interdit que des situations comparables soient traitées de manière différente ou que des situations différentes soient traitées de manière égale, à moins que de tels traitements ne soient objectivement justifiés (voir arrêt du 23 octobre 2012, Nelson e.a., C‑581/10 et C‑629/10, EU:C:2012:657, point 33 et jurisprudence citée). Dans ce contexte, il doit être souligné que les députés du Parlement sont tous investis d’un mandat qui leur a été conféré démocratiquement par les électeurs et assument une même fonction de représentation politique au niveau européen. À ce titre, ils partagent la même situation.
151 Ensuite, parmi les garanties conférées par l’ordre juridique de l’Union dans les procédures administratives figure notamment le principe de bonne administration, auquel se rattache l’obligation pour l’institution compétente d’examiner, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents du cas d’espèce (voir arrêt du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement, T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866, point 63 et jurisprudence citée).
152 Enfin, un acte n’est entaché de détournement de pouvoir que s’il apparaît, sur la base d’indices objectifs, pertinents et concordants, avoir été pris dans le but exclusif, ou à tout le moins déterminant, d’atteindre des fins autres que celles excipées ou d’éluder une procédure spécialement prévue par le traité pour parer aux circonstances de l’espèce (voir arrêt du 22 décembre 2005, Gorostiaga Atxalandabaso/Parlement, T‑146/04, EU:T:2005:584, point 145 et jurisprudence citée).
153 En l’espèce, en premier lieu, s’agissant du grief pris d’une violation des principes de non-discrimination et d’impartialité, le requérant se fonde sur un faisceau d’éléments pour démontrer ladite violation.
154 À cet égard, il convient d’écarter, d’emblée, les éléments évoqués par le requérant se rapportant au président du Parlement, dès lors que c’est le secrétaire général de cette institution qui est l’auteur de la décision attaquée et non son président et que lesdits éléments sont donc sans influence sur la légalité de ladite décision. Tel est notamment le cas des allégations concernant la prétendue violation par le président du Parlement de son obligation de discrétion et concernant son prétendu traitement discriminatoire et insultant.
155 Ensuite, dans la mesure où les éléments évoqués se rapportent au secrétaire général du Parlement, il convient de rappeler, à titre liminaire, que, selon l’article 222, paragraphe 1, second alinéa, du règlement intérieur du Parlement, le secrétaire général de cette institution prend l’engagement solennel devant le bureau de celle-ci d’exercer ses fonctions en pleine impartialité et en toute conscience.
156 C’est à la lumière de ce rappel qu’il convient d’examiner si le faisceau d’éléments évoqués par le requérant est susceptible d’établir un traitement discriminatoire et partial de la part du secrétaire général du Parlement.
157 Premièrement, s’agissant de l’évocation, par le requérant, de l’orientation politique du secrétaire général du Parlement et des fonctions qu’il a occupées antérieurement, il y a lieu de constater qu’elles ne sauraient, à elles seules, constituer un indice tendant à démontrer que celui-ci aurait manqué à son engagement d’impartialité ou aurait mis en œuvre un traitement discriminatoire à l’égard du requérant (voir, en ce sens, arrêt du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement, T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866, point 67).
158 Deuxièmement, s’agissant de l’allégation selon laquelle, par le passé, les députés qui ont fait l’objet de procédures telles que celle en cause en l’espèce sont presque exclusivement des députés appartenant à une minorité hostile au courant dominant, elle doit également être écartée. En effet, cette allégation n’est pas en mesure de démontrer que, dans les circonstances propres au cas d’espèce, le requérant aurait fait l’objet d’un traitement discriminatoire et impartial. Au demeurant, il convient de relever que les trois décisions du Parlement évoquées par le requérant au soutien de son allégation, qui concernent d’autres députés prétendument hostiles au courant dominant, ont toutes été confirmées par le Tribunal, en ce qu’elles constataient l’existence de sommes indûment versées auxdits députés. En outre, le Tribunal a déjà été saisi de recours, notamment dans les affaires ayant donné lieu aux arrêts du 24 mars 2011, Dover/Parlement (T‑149/09, non publié, EU:T:2011:119), du 4 juin 2013, Nencini/Parlement (T‑431/10 et T‑560/10, non publié, EU:T:2013:290), du 10 octobre 2014, Marchiani/Parlement (T‑479/13, non publié, EU:T:2014:866), et du 18 mai 2017, Panzeri/Parlement (T‑166/16, non publié, EU:T:2017:347), contre des décisions telles que celles en cause en l’espèce concernant le recouvrement de sommes indûment versées au titre de l’assistance parlementaire et adressées à des parlementaires qui ni ne faisaient partie d’une minorité telle qu’évoquée par le requérant, ni n’étaient issus du Front national. Par ailleurs, il convient d’écarter l’argument selon lequel « les procédures actuelles ne visent que les députés du Front national », dès lors qu’il n’est pas étayé. En effet, aucun élément de preuve ne permet de considérer que seuls les parlementaires du Front national feraient, à l’heure actuelle, l’objet de procédures fondées sur l’article 68 des mesures d’application. Enfin, rien ne permet d’établir que le Parlement aurait constaté des cas de sommes indûment versées au titre de l’assistance parlementaire en violation des mesures d’application sans en demander le remboursement.
159 Troisièmement, s’agissant du supposé caractère hostile de la prétendue campagne de presse évoquée par le requérant, ce dernier n’apporte aucun élément permettant d’établir l’existence d’une « campagne de presse », ni a fortiori son caractère hostile. En tout état de cause, le requérant ne démontre aucun lien entre la campagne de presse alléguée et la décision attaquée, de sorte que cet argument est sans pertinence dans le cadre du présent moyen. En outre, si, au soutien de cet argument, le requérant se fonde sur le fait que le président du Parlement et le pouvoir politique en France seraient « des adversaires », il ne se réfère pas à un quelconque agissement propre à l’auteur de la décision attaquée.
160 Quatrièmement, s’agissant de la proximité alléguée des élections départementales en France et de la crainte des opposants du Front national avant cette échéance, il suffit de constater que lesdites élections ont eu lieu en mars 2015 et sont donc antérieures non seulement à la décision attaquée, mais également aux lettres du président du Parlement et du directeur général de la DG des finances du Parlement, datées respectivement du 30 mars et du 7 avril 2015, de sorte que l’argument du requérant s’y rapportant est dénué de pertinence. Au demeurant, il convient de relever que, à nouveau, le requérant se réfère à cet égard au prétendu acharnement du président du Parlement, et non au comportement du secrétaire général du Parlement.
161 Cinquièmement, s’agissant du comportement personnel allégué du président du Parlement, du secrétaire général du Parlement et de l’administration de cette institution, l’argumentation du requérant ne doit être examinée que dans la mesure où elle se rapporte audit secrétaire général (voir point 154 ci-dessus). À cet égard, le requérant semble, en substance, reprocher à ce dernier de ne pas avoir réagi concernant la situation d’un assistant parlementaire du président du Parlement et notamment de ne pas avoir procédé au recouvrement de sommes indûment versées à celui-ci. Force est de constater que le requérant procède par pure affirmation et n’apporte aucun élément de preuve permettant de considérer que la situation de l’assistant local contrevenait aux mesures d’application et que le secrétaire général du Parlement aurait dû mettre en œuvre la procédure de l’article 68 des mesures d’application. En tout état de cause, le respect du principe d’égalité de traitement doit se concilier avec celui du principe de légalité, ce qui implique que nul ne peut invoquer à son profit une illégalité commise en faveur d’autrui (voir arrêt du 10 novembre 2011, The Rank Group, C‑259/10 et C‑260/10, EU:C:2011:719, point 62 et jurisprudence citée).
162 Sixièmement, s’agissant de l’usage qu’aurait fait le président du Parlement du personnel de cette institution lors des élections européennes de 2014, l’argumentation du requérant ne doit être examinée, ainsi qu’il découle de ce qui précède (voir point 154 ci-dessus), que pour autant qu’elle concerne le secrétaire général du Parlement, auquel il reproche, en substance, de ne pas avoir agi. À cet égard, il suffit de constater que les faits évoqués par le requérant diffèrent substantiellement de ceux en cause en l’espèce et que rien ne permet de considérer que le secrétaire général du Parlement aurait dû mettre en œuvre, comme en l’espèce, une procédure fondée sur l’article 68 des mesures d’application.
163 Septièmement, s’agissant de la violation de l’obligation de discrétion professionnelle qui résulterait de l’« information médiatique » faisant état de la décision prise à l’égard de certains collègues du requérant deux semaines avant la notification de la décision attaquée, l’argumentation du requérant est vague et générale. Ainsi, non seulement il ne donne aucune précision sur l’auteur de l’« information médiatique » concernée, mais, en tout état de cause, telle qu’évoquée par le requérant, elle n’apparaît pas entretenir de lien avec l’adoption de la décision attaquée et se rapporte à d’autres décisions concernant d’autres députés.
164 Huitièmement, s’agissant de la différence de traitement qui serait réservée aux assistants parlementaires des autres formations politiques, il suffit de constater que le seul fait que d’autres députés d’autres formations politiques n’ont pas eu à rembourser des sommes au titre de l’assistance parlementaire ne permet pas de considérer que le requérant a fait l’objet d’un traitement discriminatoire ou partial. D’ailleurs, ainsi qu’il a été relevé au point 158 ci-dessus, il n’est pas établi que le Parlement aurait constaté des cas de sommes versées au titre de l’assistance parlementaire en violation des mesures d’application sans en avoir demandé le remboursement.
165 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les éléments invoqués par le requérant, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas en mesure de prouver que le secrétaire général du Parlement a manqué à son engagement d’impartialité, ni qu’il aurait fait l’objet d’un traitement discriminatoire.
166 Il convient encore de relever que, contrairement à ce que laisse entendre le requérant, sans d’ailleurs avancer de preuve à cet égard, aucun élément du dossier ne permet de considérer que, en l’espèce, le secrétaire général du Parlement aurait subi des pressions ou des influences politiques.
167 Enfin, il convient de rejeter l’argument selon lequel la présomption de discrimination imposerait l’inversion de la charge de la preuve. En effet, la jurisprudence sur laquelle le requérant se fonde à cet égard concerne le domaine, distinct de celui du cas d’espèce, des discriminations de rémunération fondées sur le sexe, où la charge de la preuve peut être déplacée lorsque cela se révèle nécessaire pour ne pas priver les travailleurs victimes de discrimination apparente de tout moyen efficace de faire respecter le principe d’égalité des rémunérations. En outre, la possibilité d’un tel déplacement de la charge de la preuve n’a jamais été dégagée pour des cas tels que celui en cause en l’espèce. Enfin, contrairement aux cas de discriminations de rémunération fondées sur le sexe, il n’est pas établi que, dans les circonstances de l’espèce, ce déplacement serait nécessaire pour ne pas priver la requérante de tout moyen efficace de faire respecter le principe d’égalité de traitement.
168 Il résulte de ce qui précède que le grief pris d’une violation des principes de non-discrimination et d’impartialité doit être rejeté.
169 En second lieu, s’agissant du grief pris d’un détournement de pouvoir et d’un fumus persecutionis, force est de constater que le requérant ne développe aucune argumentation autonome à cet égard. Ces griefs ne peuvent donc qu’être rejetés pour les mêmes motifs que le grief pris d’une violation des principes de non-discrimination et d’impartialité.
170 À titre surabondant, s’agissant, d’une part, du détournement de pouvoir, il est à relever que les éléments évoqués par le requérant dans le cadre du présent moyen ne constituent pas des indices permettant, conformément à la jurisprudence visée au point 152 ci-dessus, de considérer que la décision attaquée aurait été adoptée pour atteindre des fins autres que celles excipées, de sorte qu’ils ne sont pas en mesure d’établir l’existence d’un tel détournement. S’agissant, d’autre part, du fumus persecutionis, il y a lieu de rappeler que celui-ci a été défini dans un document de la commission juridique et du marché intérieur du Parlement, intitulé « Communication aux membres no 11/2003 », du 6 juin 2003, comme la présomption que les poursuites judiciaires à l’encontre d’un parlementaire sont entamées dans l’intention de porter atteinte à ses activités politiques. Or, tout d’abord, force est de constater qu’il est fait application d’une telle notion dans le contexte de demandes de levée d’immunité parlementaire de députés, et non dans le cadre de procédures de répétition de l’indu telles que celle en cause en l’espèce. Ensuite, il convient de relever que la décision attaquée ne constitue pas une « poursuite judiciaire », mais est issue d’une procédure administrative mise en œuvre sur le fondement de l’article 68 des mesures d’application. En outre, cette dernière n’a pas été lancée par un opposant politique, mais par le secrétaire général du Parlement. Enfin, aucun élément ne démontre que ladite procédure aurait été entamée dans l’intention de porter atteinte aux activités politiques du requérant.
171 Il s’ensuit que le huitième moyen doit être écarté.
Sur le neuvième moyen, tiré d’une atteinte à l’indépendance des députés et de la méconnaissance du rôle des assistants locaux
172 Le requérant souligne, en premier lieu, que le travail parlementaire ne se limite pas au travail législatif et que le travail de l’assistant parlementaire ne peut être restreint à la seule participation au travail législatif. L’article 33, paragraphe 2, des mesures d’application, qui est invoqué comme base légale de la procédure en cause en l’espèce, devrait ainsi être interprété en ce sens qu’il prohibe la participation de l’assistant parlementaire à des activités privées du député, mais pas la participation à des activités politiques, par nature publique. Or, les assistants locaux des députés du Front national n’auraient jamais participé à des activités privées. Selon le requérant, la fonction des assistants locaux est davantage conçue comme l’assistance aux activités politiques du député dans son État membre d’élection que comme une participation au travail législatif dans le cadre du Parlement. Le requérant fait valoir, en second lieu, qu’il est licite d’organiser le travail de l’assistant parlementaire de manière collective. Ainsi, si les assistants parlementaires relèvent d’un seul contrat, ils sont susceptibles de travailler en pratique pour plusieurs députés. Ces assistants n’étant pas employés par le Parlement et le lien de subordination s’établissant à l’égard du seul député, celui-ci pourrait s’accorder avec ses collègues pour une mutualisation des moyens à mettre en œuvre pour l’exercice de son mandat. Cette situation ne serait pas constitutive d’un conflit d’intérêts comme le soutient le Parlement, dès lors que, d’une part, c’est au député d’apprécier l’existence d’un tel conflit et, d’autre part, le fait que l’assistant parlementaire coopère, avec l’accord de son employeur, avec un de ses collègues de la même formation, élu sur la même liste, et, depuis 2014, dans le cadre de la même circonscription, ne saurait constituer un conflit d’intérêts. Cela serait confirmé par le contrat de travail. Le grief du Parlement relatif au conflit d’intérêts porterait donc atteinte aux droits des députés.
173 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
174 À cet égard, en ce qui concerne, en premier lieu, le grief relatif à la nature du travail de l’assistant parlementaire, celui-ci ne saurait prospérer. En effet, il y a lieu de relever que l’argumentation développée au soutien du présent moyen repose sur la prémisse que le Parlement restreindrait le travail parlementaire, et donc de l’assistant parlementaire, au travail législatif.
175 Or, force est de constater, d’une part, que la décision attaquée ne se fonde pas sur le fait que le requérant n’a pas démontré que l’assistant local avait effectué un travail « législatif », mais sur le fait qu’il n’a pas prouvé la réalité de l’emploi de l’assistant local en tant qu’assistant parlementaire, et, d’autre part, qu’aucun élément de ladite décision ne permet de considérer que le Parlement aurait estimé que ledit emploi se limitait au travail législatif.
176 Il convient d’écarter, à titre surabondant, l’argument du requérant selon lequel la décision attaquée se fonderait à tort sur l’article 33 des mesures d’application. En effet, il découle du paragraphe 2, première phrase, de cet article, lequel a été mentionné dès le 7 avril 2015 dans la lettre du directeur général de la DG des finances du Parlement, que seuls peuvent être pris en charge les frais correspondant à l’assistance nécessaire et directement liée à l’exercice du mandat parlementaire des députés. Il découle ainsi de cette disposition que les dépenses engagées pour des activités ne se rattachant pas nécessairement et directement à l’exercice du mandat parlementaire du député concerné ne peuvent pas faire l’objet d’une prise en charge par le Parlement sur le fondement des mesures d’application. D’ailleurs, l’article 1er, paragraphe 1, du contrat de travail précise explicitement que l’employé assiste l’employeur « dans l’exécution de son mandat parlementaire » dans l’État membre dans lequel il a été élu. À cet égard, il importe de préciser que, si l’article 33, paragraphe 2, seconde phrase, des mesures d’application précise que les frais d’assistance parlementaire ne peuvent en aucun cas couvrir des frais liés à la sphère privée des députés, il ne saurait en être déduit que ces derniers frais seraient les seuls à ne pas se rattacher nécessairement et directement à l’exercice du mandat, de sorte que les dépenses résultant de la participation de l’assistant local à toutes les activités publiques du député seraient éligibles. Il est, en effet, indispensable que l’activité de l’assistant local ait un lien direct et nécessaire avec l’exercice du mandat. En tout état de cause, ainsi qu’il a été relevé, aucun élément de la décision attaquée ne permet de considérer que le Parlement aurait estimé que le travail de l’assistant parlementaire était limité au travail législatif.
177 Il convient, pour les mêmes motifs, d’écarter comme inopérante l’argumentation selon laquelle le fait que le Parlement n’encourage pas la présence des assistants locaux à Bruxelles (Belgique) et le fait que ceux-ci ne pouvaient pas, jusqu’à récemment, se connecter à la messagerie du député démontreraient que leur fonction consistait davantage dans l’assistance aux activités politiques du député dans son État membre d’élection que dans la participation au travail législatif au Parlement.
178 Il s’ensuit que le grief relatif à la nature du travail de l’assistant local doit être écarté.
179 En ce qui concerne, en second lieu, le grief relatif à la possibilité d’organiser de manière collective le travail d’assistant parlementaire, il suffit de souligner que la décision attaquée ne se fonde pas sur le fait que l’assistant local ait travaillé pour plusieurs députés ou ait collaboré avec d’autres assistants. Il n’a ainsi pas été reproché au requérant d’avoir organisé de manière collective le travail de son assistant parlementaire. Certes, la décision attaquée relève qu’un document produit par le requérant afin de démontrer la conformité du travail de l’assistant local avec les mesures d’application a été utilisé par un autre député. Toutefois, à supposer même que, au soutien de son argumentation, le requérant se réfère à ce constat, force est de relever que ce dernier ne constitue pas un grief du Parlement à son égard, ladite institution se bornant en substance à faire valoir que les documents produits par le requérant n’établissent pas la contribution réelle de l’assistant local. De même, il ne découle pas de la décision attaquée que le Parlement aurait considéré qu’une organisation collective du travail de l’assistant local était constitutive d’un conflit d’intérêts. Quant au fait, évoqué par le requérant, que l’assistant local est apparu sur l’organigramme du Front national, il est à rappeler que ce constat n’a été utilisé que comme indice d’une utilisation des frais d’assistance parlementaire non conforme aux mesures d’application et qu’il est à l’origine de la procédure mise en œuvre au titre des articles 67 et 68 de celles-ci. Il ne constitue pas, en revanche, le fondement de la répétition de l’indu.
180 Il s’ensuit que le grief relatif à la possibilité d’organiser de manière collective le travail d’assistant parlementaire doit également être rejeté.
181 Partant, le neuvième moyen doit être écarté.
Sur le dixième moyen, tiré d’erreurs de fait
182 Le requérant souligne qu’il a adressé au secrétaire général du Parlement des documents attestant du travail fourni, mais que ceux-ci n’ont donné lieu à aucun commentaire ou demande d’explication, jusqu’à l’adoption de la décision attaquée qui les rejette en bloc. À cet égard, il rappelle qu’aucun député ne peut prouver que le travail fourni par son assistant émane bien de lui et de lui seul, de sorte que le Parlement exige une probatio diabolica. Le requérant conteste par ailleurs les appréciations du Parlement relatives au refus de prendre en compte les documents qu’il a communiqués, à savoir un constat d’huissier, des chroniques en relation avec l’Europe, des explications de votes écrites, des interventions au Parlement, des notes, des études et des projets rédigés par l’assistant local, une liste des médias dont l’assistant local a été le contact ainsi qu’une liste de relais d’opinion.
183 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
184 À cet égard, il convient, d’emblée, d’écarter l’allégation du requérant selon laquelle le Parlement exigerait implicitement la preuve d’un fait impossible. En effet, ainsi qu’il ressort du point 111 ci-dessus, il ne s’agit pas de démontrer l’inexistence d’un fait, mais la réalité du travail de l’assistant local, laquelle peut être attestée par de nombreux éléments de preuve concrets. L’affirmation selon laquelle aucun député n’est en mesure de prouver que le travail fourni par son assistant émane bien de lui n’est, de surcroît, en rien étayée.
185 Ensuite, il convient de relever que, par son argumentation, le requérant entend, en substance, remettre en cause les constats effectués par le Parlement pour réfuter le caractère probant des documents qu’il a produits.
186 Lesdits documents, communiqués le 20 avril 2016 au Parlement, consistent en :
– un constat d’huissier du 8 avril 2016 ;
– des chroniques ;
– des explications de votes ;
– des interventions au Parlement ;
– des notes, des études et des projets ;
– une liste des médias dont l’assistant local a été le contact et des émissions préparées avec son concours ;
– une liste de relais d’opinion.
187 S’agissant, premièrement, du constat d’huissier, il ressort de la décision attaquée, en substance, que le secrétaire général du Parlement a estimé qu’il ne permettait pas de confirmer que l’assistant local avait personnellement classé les documents en cause, que ceux-ci s’étendaient au-delà des responsabilités du requérant en tant que député européen et qu’aucune preuve de la présence sur place de l’assistant local au cours de la période 2011-2014 n’avait été présentée.
188 Le requérant rétorque que le constat d’huissier prouve que l’assistant local a effectué, en relation avec lui et pour son compte, un travail effectif d’exploitation, de traitement et de classement documentaire. Il prouverait, en particulier, qu’il a une parfaite connaissance de la documentation sur laquelle il a travaillé et qu’il a contribué à établir. Le requérant conteste, enfin, les trois éléments d’appréciation retenus par la décision attaquée concernant ce constat.
189 À cet égard, s’agissant de l’appréciation par laquelle le secrétaire général du Parlement a estimé que le constat d’huissier en cause ne permettait pas de confirmer que l’assistant local avait personnellement classés les documents en cause, il convient de relever qu’il ressort dudit constat qu’un huissier de justice s’est rendu au domicile du requérant et que, accompagné de l’assistant local, il en a visité des dépendances dans lesquelles se trouvaient, notamment, une importante documentation contenue dans des dossiers cartonnés, des ouvrages et des cartons d’archives. À cette occasion, il a procédé, par sondage, à la désignation de dossiers et a invité l’assistant local à en préciser le contenu.
190 Certes, eu égard aux indications de l’assistant local évoquées dans le constat d’huissier, ce dernier permet d’établir que celui-ci a une connaissance des lieux où le requérant entrepose sa documentation et ses archives, du classement de celles-ci ainsi que de la teneur des dossiers les contenant. En revanche, ce constat d’huissier ne permet pas d’attester que l’assistant local aurait participé lui-même au classement de cette documentation et de ces archives, ni qu’il aurait travaillé sur celles-ci, ni même qu’il aurait contribué à les établir, comme le suggère le requérant. En effet, si, contrairement à ce que le Parlement a retenu dans la décision attaquée, il ne découle pas du constat d’huissier que la connaissance de l’assistant local « est limitée, pour l’essentiel, à une paraphrase du titre du dossier », il n’en demeure pas moins que la connaissance du classement et de la substance du contenu des dossiers en cause ne permet en rien d’établir à elle seule que l’assistant local aurait contribué à ce classement et à ce contenu. D’ailleurs, il ne découle pas dudit constat que l’huissier aurait relevé la présence d’éléments, tels que des annotations, permettant de prouver un travail spécifique de l’assistant local relatif à la documentation en cause. De plus, aucun élément ne permet de confirmer que, au-delà de cette connaissance, ce classement et ce contenu seraient – même partiellement – le fruit d’un travail de l’assistant local.
191 Quant à l’allégation du requérant selon laquelle il avait proposé au Parlement de dépêcher quelqu’un pour procéder à l’inspection du travail de l’assistant local, il suffit de constater qu’une telle proposition ne ressort ni de la lettre du 7 mai 2015 ni de la note qui y est jointe, à laquelle le requérant se réfère au soutien de ladite allégation. En tout état de cause, c’est au requérant qu’il incombait de communiquer au Parlement les éléments permettant de démontrer que l’assistant local assurait des tâches en conformité avec les mesures d’application, et non au Parlement d’opérer des déplacements à cette fin dans un des lieux de travail du requérant.
192 Il découle de ce qui précède que le requérant n’a pas démontré que le Parlement avait commis une erreur de fait en écartant la pertinence du constat d’huissier, sans même qu’il soit nécessaire d’examiner le bien-fondé des appréciations selon lesquelles les documents auxquels celui-ci se réfère s’étendent au-delà des responsabilités du requérant en tant que député européen.
193 S’agissant, deuxièmement, des chroniques en relation avec l’Europe, il ressort de la décision attaquée que le secrétaire général du Parlement a estimé qu’il n’était pas prouvé, par exemple par des échanges de courriels voire par l’analyse des disques durs de l’assistant local, que cet important travail intellectuel avait été réalisé par ce dernier.
194 Le requérant conteste le fait qu’il soit exigé de sa part la production de courriels. Force est cependant de constater qu’il n’apporte aucun élément permettant de remettre en cause l’appréciation selon laquelle il n’était pas prouvé que les chroniques en cause avaient été réalisées par l’assistant local. En tout état de cause, indépendamment de la question de savoir par quel moyen le requérant aurait pu démontrer la participation de l’assistant local à ces chroniques, rien ne permet d’établir qu’il en serait l’auteur ni même d’identifier une quelconque contribution de sa part. À cet égard, il y a lieu de souligner que, eu égard à l’ampleur rédactionnelle de ce travail, il était loisible au requérant de communiquer des éléments attestant de sa réalisation par l’assistant local. Il aurait pu s’agir, notamment, de brouillons, de notes préparatoires, d’annotations diverses ou d’échanges avec le requérant. Il convient enfin de relever que, dans le cadre du présent recours, le requérant n’a même pas cherché à produire des éléments supplémentaires visant à confirmer que l’assistant local serait l’auteur des chroniques en cause.
195 Quant à la production de courriels ou de disques durs, elle n’est évoquée, dans la décision attaquée, qu’à titre d’exemple d’éléments que le requérant aurait pu produire pour attester de la réalisation de travaux par l’assistant local. Il ne s’agit donc pas d’une exigence, comme le laisse à penser le requérant. À cet égard, il convient de rappeler que l’argumentation concernant l’effacement automatique des courriels a été réfutée dans le cadre du quatrième moyen.
196 Il s’ensuit que le requérant n’a pas démontré que le Parlement avait commis une erreur de fait en estimant qu’il n’était pas prouvé que le travail concernant les chroniques en relation avec l’Europe avait été réalisé par l’assistant local.
197 S’agissant, troisièmement, des explications de votes et des interventions au Parlement, la décision attaquée indique que, pour les premières, aucune preuve de l’implication de l’assistant local n’a été apportée et, pour les secondes, celles-ci ne fournissent aucune trace de la contribution réelle et directe de l’assistant local ou de collaborations avec des assistants de deux autres députés du même groupe.
198 À cet égard, tout d’abord, il y a lieu de relever que, si le requérant conteste les appréciations portées dans la décision attaquée relatives aux explications de votes et aux interventions au Parlement, il n’apporte toutefois aucun élément permettant de réfuter le constat selon lequel, en substance, rien ne démontre que l’assistant local aurait contribué à réaliser ces travaux.
199 Dans ce contexte, il est à noter que le requérant évoque, dans la requête, la possibilité de produire des archives de relevés téléphoniques, permettant d’attester des contacts de l’assistant local avec des assistants de deux autres députés du même groupe. Toutefois, il n’en a produit aucun, que ce soit devant le Parlement au cours de la procédure mise en œuvre au titre de l’article 68 des mesures d’application ou devant le Tribunal. À cet égard, il importe de préciser que l’allégation du requérant selon laquelle les délais de recours ne permettaient pas cette production au stade de la requête n’a fait l’objet d’aucune justification.
200 Ensuite, il convient de souligner que le fait évoqué par le requérant, selon lequel, en substance, il avait une activité intense au Parlement et à l’extérieur de celui-ci, ne permet pas d’établir ipso facto que l’assistant local a effectivement et réellement contribué à la réalisation des explications et des interventions produites par le requérant.
201 Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, le fait de produire ces travaux n’implique pas un renversement de la charge de la preuve ni n’impose au Parlement de démontrer qu’ils n’ont pas été réalisés par l’assistant local. En effet, outre le fait qu’il incombe au député de prouver la conformité du travail de son assistant avec les mesures d’application, les documents produits en l’espèce ne constituent même pas un commencement de preuve devant être réfuté par le Parlement, dès lors que leur analyse ne permet pas d’établir de lien avec l’assistant local et le travail de ce dernier.
202 Partant, le requérant n’a pas démontré que le Parlement avait commis une erreur de fait en estimant, en substance, que la preuve de l’implication de l’assistant local dans les explications de votes et les interventions au Parlement n’avait pas été apportée.
203 S’agissant, quatrièmement, des notes, des études et des projets, la décision attaquée indique que les documents produits, dont une partie seulement est liée à la période couverte par la procédure de recouvrement et à la personne du requérant, n’établissent pas la contribution réelle et directe de l’assistant local, sauf par la présence de ses initiales dans l’entête ou le pied de page de certains d’entre eux. Selon la décision attaquée, ces seuls documents, si leur origine était avérée, ne pourraient pas justifier de la conformité de l’activité en cause avec le contrat de travail.
204 À cet égard, il doit être relevé, d’emblée, que la plupart des documents en cause n’établissent aucun lien avec l’assistant local. Tel est le cas, notamment, du document intitulé « Rapporté aux choses de la vie », de la note intitulée « La France en Europe : les grands chiffres » ainsi que de celle intitulée « La concurrence, fausse solution des européistes pour le secteur ferroviaire ». En effet, aucun élément de ces documents ne permet de démontrer que l’assistant local aurait participé à leur réalisation. À cet égard, il est à noter que le requérant n’a apporté, devant le Tribunal, aucun élément supplémentaire, tels que des éléments préparatoires ou des échanges avec l’assistant local s’y rapportant, permettant d’établir que ce dernier aurait contribué à ces travaux.
205 Néanmoins, il ressort du dossier que deux documents produits par le requérant contiennent des éléments pouvant se rapporter à l’assistant local.
206 D’une part, un projet d’intervention de 22 pages contient une mention manuscrite, signée du prénom de l’assistant local. Toutefois, outre qu’il reprend, en partie, des éléments figurant dans une intervention du requérant datant de 2008, ce que celui-ci ne conteste pas, ce document n’est pas daté, de sorte qu’il n’est pas possible de déterminer s’il a été établi au cours de la période pertinente en l’espèce. De même, rien ne permet d’identifier en quoi l’assistant local aurait, au cours de la période pertinente, contribué à ces travaux, la seule mention manuscrite de son prénom sur un document dactylographié étant insuffisante à cet égard.
207 D’autre part, une note intitulée « Sortir de l’Euro ; sortir de l’Union : est-ce juridiquement possible ? » comporte, en entête, les initiales de l’assistant local accolées à celles du requérant. Or, force est de constater que la seule mention des initiales de l’assistant local n’est pas en mesure de démontrer, à elle seule, qu’il en serait l’auteur. De plus, cette note n’est pas datée. Si la décision attaquée indique que l’essentiel de ce texte a été publié sous le nom du requérant sur un site Internet le 5 février 2012, celui-ci n’a apporté aucun élément pour établir la date exacte du document qu’il a produit, ni d’élément supplémentaire pour démontrer que l’assistant local y aurait contribué.
208 Dans ces conditions, il y a lieu de conclure que le requérant n’a pas démontré que le Parlement avait commis une erreur de fait en estimant que les notes, les études et les projets ne pouvaient pas justifier que l’activité en cause était conforme au contrat de travail.
209 S’agissant, cinquièmement, de la liste des médias dont l’assistant local a été le contact et des émissions préparées avec son concours, la décision attaquée indique qu’aucune preuve du fait que ledit assistant ait eu des contacts avec les journalistes n’a été apportée. Ladite décision souligne, en outre, que, dans le cadre de ses fonctions de chef de cabinet de M. L. P., l’assistant local était en fréquent contact avec les médias.
210 Le requérant conteste cette seconde appréciation, mais n’apporte cependant aucun élément permettant de remettre en cause le constat selon lequel la liste fournie, qui consiste en la présentation dans un tableau, par date, d’émissions de radio ou de télévision auxquelles le requérant aurait participé et qui auraient été préparées par ou avec l’assistant local, ne permet pas, à elle seule, de démontrer l’existence de contacts réels et effectifs entre l’assistant local et les médias évoqués. Or, si, comme le soutient le requérant, l’assistant local avait eu de tels contacts, l’avait aidé à préparer ces émissions et l’avait accompagné à certaines d’entre elles, il lui aurait été loisible de produire des éléments en attestant, tels que des échanges de courriels avec les médias ou des notes préparatoires. Devant le Tribunal, le requérant n’a toutefois apporté aucun élément supplémentaire à cet égard.
211 Il s’ensuit que le requérant n’a pas démontré que le Parlement avait commis une erreur de fait en estimant qu’aucune preuve n’avait été apportée quant au fait que l’assistant local ait eu des contacts avec les médias en cause. Au surplus, il n’est pas démontré que ces contacts aient été directement liés à l’exercice du mandat du requérant.
212 S’agissant, sixièmement, de la liste de relais d’opinion, la décision attaquée retient qu’elle n’est accompagnée d’aucune preuve des contacts qui ont pu être réalisés par l’intermédiaire de l’assistant local.
213 Le requérant s’interroge sur la nature des preuves de contacts dont il aurait pu s’agir. Il n’apporte toutefois aucun élément visant à remettre en cause le constat figurant dans la décision attaquée. Il ne produit en outre aucune preuve permettant de démontrer que ladite liste, qui se borne à mentionner des noms de personnes et leur qualité, atteste de contacts effectivement entretenus par l’assistant local. À cet égard, il convient en particulier de relever que le requérant évoque la possibilité de produire des attestations desdites personnes. Or, non seulement il allègue, de manière péremptoire et non étayée, qu’elles n’auraient pas été considérées comme suffisantes par le Parlement, mais, en tout état de cause, il n’a pas produit de telles attestations, que ce soit au cours de la procédure mise en œuvre sur le fondement de l’article 68 des mesures d’application ou devant le Tribunal. Quant à l’argument selon lequel, à la suite de la production de la liste en cause, la charge de l’infirmer incombait au Parlement, il ne peut qu’être rejeté. En effet, la production d’une telle liste ne constitue pas un commencement de preuve que le Parlement se devrait de réfuter, dès lors que, eu égard à sa nature et à son contenu, elle ne permet pas d’établir la réalité des contacts évoqués.
214 Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que le requérant n’a pas démontré que le secrétaire général du Parlement avait commis une erreur de fait en estimant, dans la décision attaquée, qu’il n’avait pas apporté la preuve que l’assistant local assurait des tâches en conformité avec les mesures d’application et notamment avec les articles 33 et 62 de celles-ci.
215 Partant, le dixième moyen doit être rejeté.
Sur le onzième moyen, soulevé à titre subsidiaire, tiré d’une violation du principe de proportionnalité
216 Le requérant soutient, à titre subsidiaire, que, dans l’hypothèse où le Tribunal estimerait que le Parlement était fondé à ordonner un remboursement en raison des fonctions exercées par l’assistant local au sein du Front national, la décision attaquée viole le principe de proportionnalité, en ce qu’elle ordonne le remboursement de l’intégralité de la somme en cause. Selon lui, le Parlement aurait dû déterminer la part des sommes versées qui aurait été indûment payée. À supposer que le Tribunal estime que les articles 21, 33, 43, 62, 67 et 68 des mesures d’application ainsi que les articles 78 à 80, 83 et 89 du règlement (UE, Euratom) no 966/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2012, relatif aux règles financières applicables au budget général de l’Union et abrogeant le règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil (JO 2012, L 298, p. 1), et « l’article 71, paragraphe 3, du règlement financier » imposent une obligation inconditionnelle de récupérer l’intégralité de la somme en cause, le requérant soulève une exception d’illégalité de ces dispositions, tirée de la violation du principe de proportionnalité.
217 Le Parlement conteste l’argumentation du requérant.
218 À cet égard, il y a lieu de rappeler que le principe de proportionnalité constitue un principe général du droit de l’Union, qui exige que les actes des institutions de l’Union ne dépassent pas les limites de ce qui est approprié et nécessaire à la réalisation des objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause (voir arrêt du 17 octobre 2013, Schaible, C‑101/12, EU:C:2013:661, point 29 et jurisprudence citée).
219 Toutefois, le Parlement ne dispose, en vertu de l’article 68, paragraphe 1, première phrase, des mesures d’application, d’aucune marge d’appréciation quant au montant à recouvrer au titre de la somme litigieuse, s’agissant de la répétition de sommes indues. En effet, en vertu de cette disposition, toute somme indûment versée en application des mesures d’application donne lieu à répétition.
220 Or, dès lors qu’il n’a pas été établi, dans le cadre de l’examen du présent recours, que c’était à tort que le Parlement a estimé qu’il n’avait pas été démontré que l’assistant local assurait des tâches en conformité avec les mesures d’application et que, partant, les sommes qui lui avaient été versées au titre des frais d’assistance parlementaire ne l’avaient pas été conformément à celles-ci, le Parlement était tenu par une obligation inconditionnelle de recouvrer l’intégralité de ces sommes.
221 Ainsi, à défaut de toute marge d’appréciation dans l’exécution de cette obligation inconditionnelle lui incombant, le Parlement ne pouvait, en l’espèce, agir au-delà de ce qui était approprié et nécessaire à la réalisation des objectifs poursuivis par les mesures d’application.
222 Quant à la circonstance, invoquée par le requérant, que, contrairement au cas d’espèce, l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt du 4 juin 2013, Nencini/Parlement (T‑431/10 et T‑560/10, non publié, EU:T:2013:290), concernait des sommes qui avaient été versées à des personnes dont l’identité n’avait pas été communiquée, elle est sans influence sur l’obligation inconditionnelle incombant au Parlement en vertu de l’article 68, paragraphe 1, première phrase, des mesures d’application.
223 Il s’ensuit que le grief selon lequel la décision attaquée viole le principe de proportionnalité doit être rejeté.
224 S’agissant de l’exception d’illégalité soulevée à titre subsidiaire, il y a lieu de relever d’emblée que, dans la mesure où celle-ci vise « l’article 71, paragraphe 3, du règlement financier », l’argumentation du requérant se réfère, ainsi qu’il résulte d’une lecture globale de la requête, à l’article 71, paragraphe 3, du règlement (CE, Euratom) no 1605/2002 du Conseil, du 25 juin 2002, portant règlement financier applicable au budget général des Communautés européennes (JO 2002, L 248, p. 1). Or, ledit règlement n’était plus d’application lors de l’adoption de la décision attaquée, ayant été remplacé par le règlement no 966/2012. Ensuite, dans la mesure où l’exception d’illégalité vise les articles 21, 33, 43, 62, 67 et 68 des mesures d’application ainsi que les articles 78 à 80, 83 et 89 du règlement no 966/2012, force est de constater que le requérant se borne à alléguer, en substance, que ces dispositions méconnaissent le principe de proportionnalité, mais ne développe aucun argument au soutien de cette allégation. Or, ainsi qu’il découle de l’article 76, sous d), du règlement de procédure, la requête doit contenir l’objet du litige, les moyens et les arguments invoqués ainsi qu’un exposé sommaire desdits moyens. Il s’ensuit que l’exception d’illégalité doit être rejetée.
225 Il résulte de ce qui précède que le onzième moyen doit être rejeté ainsi que, partant, le recours dans son intégralité.
Sur les dépens
226 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
227 Le requérant ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, y compris ceux afférents à la procédure en référé, conformément aux conclusions du Parlement.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (sixième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) M. Bruno Gollnisch supportera, outre ses propres dépens, ceux exposés par le Parlement européen, y compris ceux afférents à la procédure en référé.
| Berardis | Papasavvas | Spineanu-Matei |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 7 mars 2018.
| Le greffier | Le président |
| E. Coulon | G. Berardis |
Table des matières
Antécédents du litige
Procédure
Conclusions des parties
En droit
Sur le premier moyen, tiré de l’incompétence du secrétaire général du Parlement
Sur le deuxième moyen, tiré de la violation du principe electa una via, du principe ne bis in idem et du principe selon lequel le pénal tient le civil en l’état
Sur le troisième moyen, tiré d’une violation des droits de la défense
Sur le quatrième moyen, tiré de l’inversion de la charge de la preuve
Sur le cinquième moyen, tiré d’une insuffisance de motivation
Sur le sixième moyen, tiré d’une violation des principes de sécurité juridique et de protection de la confiance légitime ainsi que d’une application de normes inexistantes ou rétroactives
Sur le septième moyen, tiré d’une atteinte aux droits politiques des assistants parlementaires
Sur le huitième moyen, tiré d’un traitement discriminatoire, d’un fumus persecutionis et d’un détournement de pouvoir
Sur le neuvième moyen, tiré d’une atteinte à l’indépendance des députés et de la méconnaissance du rôle des assistants locaux
Sur le dixième moyen, tiré d’erreurs de fait
Sur le onzième moyen, soulevé à titre subsidiaire, tiré d’une violation du principe de proportionnalité
Sur les dépens
* Langue de procédure : le français.
Ordonnance du Tribunal (première chambre) du 14 décembre 2018.#GM e.a. contre Commission européenne.#Fonction publique – Fonctionnaires – Réforme du statut – Règlement (UE, Euratom) no 1023/2013 – Emplois types – Règles transitoires relatives au classement dans les emplois types – Article 31 de l’annexe XIII du statut – Assistants en transition – Promotion au titre de l’article 45 du statut uniquement autorisée dans le parcours de carrière correspondant à l’emploi type occupé – Exclusion des fonctionnaires AST 9 de la procédure de promotion – Absence d’acte faisant grief – Acte confirmatif – Litispendance – Irrecevabilité manifeste – Article 129 du règlement de procédure – Exception d’irrecevabilité – Article 130 du règlement de procédure.#Affaire T-539/16.
14/12/2018
Affaire T-526/16: Arrêt du Tribunal du 14 décembre 2018 — FZ e.a./Commission [«Fonction publique — Fonctionnaires — Réforme du statut — Règlement (UE, Euratom) no 1023/2013 — Emplois types — Règles transitoires relatives au classement dans les emplois types — Article 30 de l’annexe XIII du statut — Administrateurs en transition (AD 13) — Administrateurs (AD 12) — Promotion au titre de l’article 45 du statut uniquement autorisée dans le parcours de carrière correspondant à l’emploi type occupé — Accès à l’emploi type de “chef d’unité ou équivalent” ou de “conseiller ou équivalent” exclusivement en application de la procédure de l’article 4 et de l’article 29, paragraphe 1, du statut — Égalité de traitement — Perte de la vocation à la promotion au grade supérieur — Confiance légitime»]
14/12/2018
Arrêt du Tribunal (première chambre élargie) du 14 décembre 2018.#Hamas contre Conseil de l'Union européenne.#Politique étrangère et de sécurité commune – Mesures restrictives prises à l’encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme – Gel des fonds – Possibilité pour une autorité d’un État tiers d’être qualifiée d’autorité compétente au sens de la position commune 2001/931/PESC – Base factuelle des décisions de gel des fonds – Obligation de motivation – Erreur d’appréciation – Droit à une protection juridictionnelle effective – Droits de la défense – Droit de propriété.#Affaire T-400/10 RENV.
14/12/2018
Arrêt du Tribunal (deuxième chambre élargie) du 14 décembre 2018.#FV contre Conseil de l'Union européenne.#Fonction publique – Fonctionnaires – Article 42 quater du statut – Mise en congé dans l’intérêt du service – Égalité de traitement – Interdiction de la discrimination fondée sur l’âge – Erreur manifeste d’appréciation – Responsabilité.#Affaire T-750/16.
14/12/2018