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AccueilDroit européen62016TJ0831
Jurisprudence CJUE62016TJ0831

Arrêt du Tribunal (deuxième chambre) du 24 avril 2018.#Kabushiki Kaisha Zoom contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale ZOOM – Marques de l’Union européenne figurative et verbale antérieures ZOOM – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Similitude des produits – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001].#Affaire T-831/16.

CELEX62016TJ0831
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 24 avril 2018

Résumé IA

Le Tribunal de l'UE a rejeté le recours de Kabushiki Kaisha Zoom contre le refus d'enregistrement de la marque verbale "ZOOM" pour des produits relevant des classes 9 et 14, en raison d'un risque de confusion avec des marques antérieures identiques de Zoom LLC. L'arrêt confirme l'appréciation de l'EUIPO sur la similitude des produits et l'application de l'article 8, §1, b) du règlement 207/2009, rappelant que le caractère distinctif moyen de la marque antérieure et l'identité des signes suffisent à établir un risque de confusion pour le public pertinent.

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre)

24 avril 2018 (*)

« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne verbale ZOOM – Marques de l’Union européenne figurative et verbale antérieures ZOOM – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Similitude des produits – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 207/2009 [devenu article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001] »

Dans l’affaire T‑831/16,

Kabushiki Kaisha Zoom, établie à Tokyo (Japon), représentée par Me M. de Arpe Tejero, avocat,

partie requérante,

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. A. Folliard-Monguiral, Mmes K. Sidat Humphreys et D. Walicka, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO ayant été

Leedsworld, Inc., établie à New Kensington, Pennsylvanie (États-Unis),

ayant pour objet un recours formé contre la décision de la cinquième chambre de recours de l’EUIPO du 7 septembre 2016 (affaire R 1235/2015‑5), relative à une procédure d’opposition entre Kabushiki Kaisha Zoom et Leedsworld,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre),

composé de MM. M. Prek, président, F. Schalin (rapporteur) et Mme M. J. Costeira, juges,

greffier : Mme X. Lopez Bancalari, administrateur,

vu la requête déposée au greffe du Tribunal le 28 novembre 2016,

vu le mémoire en réponse de l’EUIPO déposé au greffe du Tribunal le 13 mars 2017,

à la suite de l’audience du 9 janvier 2018,

rend le présent

Arrêt

Antécédents du litige

1 Le 24 avril 2013, Leedsworld, Inc. a présenté une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), en vertu du règlement (CE) no 207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque de l’Union européenne (JO 2009, L 78, p. 1), tel que modifié [remplacé par le règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1)].

2 La marque dont l’enregistrement a été demandé est le signe verbal ZOOM.

3 Les produits pour lesquels l’enregistrement a été demandé relèvent de la classe 9 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondent à la description suivante : « Dispositifs de gestion des fils et câbles, à savoir supports, rouleaux, appliques et attaches pour contenir et organiser des câbles audio, informatiques, de connexion, électriques, électroniques, d’alimentation, d’imprimantes, stéréo et vidéo ; étuis de transport pour équipements électroniques, à savoir ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques, lecteurs multimédia et dispositifs portables ; supports pour équipement électronique, à savoir ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques, lecteurs multimédia et dispositifs portables ; chargeurs de piles et batteries et chargeurs ; aucun des produits précités ne se rapportant aux produits technologiques musicaux ».

4 La demande de marque de l’Union européenne a été publiée au Bulletin des marques communautaires no 31/2004, du 11 juin 2013.

5 Le 10 septembre 2013, la requérante, Kabushiki Kaisha Zoom, a formé opposition au titre de l’article 41 du règlement no 207/2009 (devenu article 46 du règlement 2017/1001), à l’enregistrement de la marque demandée pour les produits visés au point 3 ci-dessus.

6 L’opposition était fondée, d’une part, sur la marque de l’Union européenne verbale ZOOM, enregistrée le 22 décembre 1999 sous le numéro 227157, désignant les produits relevant des classes 9 et 15 et correspondant pour chacune de ces classes à la description suivante :

– classe 9 : « Appareils pour la reproduction et l’enregistrement de sons, appareils de transmission à fréquence vocale, appareils de communication portables, appareils d’enregistrement du son, systèmes d’annonce publique, amplificateurs ; systèmes de synchronisation et de positionnement pour magnétoscopes, enregistreurs de bandes audio et instruments de musique ; appareils d’enseignement audiovisuels, appareils pour le développement, l’impression, l’agrandissement et la retouche de photographies, à l’exception de ceux capables de grossir ou élargir des images fixes ou animées ; ordinateurs et circuits intégrés à grande échelle » ;

– classe 15 : « Instruments de musique électroniques ».

7 L’opposition était fondée, d’autre part, sur la marque de l’Union européenne figurative enregistrée le 28 avril 2008 sous le numéro 4888749 et correspondant au signe suivant :

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8 Ladite marque désigne les produits relevant des classes 9 et 15 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :

– classe 9 : « Disques magnétiques contenant des données programmées, programmes informatiques téléchargeables ; disques magnétiques, disques optiques, disques magnéto-optiques, CD-ROM, DVD-ROM, bandes magnétiques contenant des informations d’images et/ou des données textuelles de magazines, livres, journaux, cartes et images photographiques ; tous les produits précités conçus pour être utilisés avec des instruments de musique et des appareils pour l’enregistrement du son, et ne se rapportant pas à la téléphonie ; appareils et instruments de laboratoire ; machines et instruments de mesure et de test ; machines et appareils de distribution ou commande électriques ; convertisseurs rotatifs ; phases ; batteries et piles ; compteurs et testeurs électriques ou magnétiques ; fils et câbles électriques ; machines et appareils photographiques ; machines et appareils cinématographiques ; appareils et instruments optiques ; lunettes (de vision et de protection) ; appareils et équipement de secours ; cartes magnétiques, feuilles magnétiques, bandes, disques compacts magnétiques, disques ; métronomes ; circuits électroniques et programmes de performances automatiques enregistrés sur CD-ROM pour instruments de musique électroniques ; tapis de souris pour ordinateurs électroniques ; bandes magnétiques ; machines et appareils électroniques, à savoir enregistreurs multipistes, enregistreurs de disques durs, boîtes à rythmes, batteries ; et processeurs de sons, processeurs d’effets et leurs pièces ; publications électroniques ; ozoniseurs ; électrolyseurs (cellules électrolytiques) ; circuits électroniques contenant des données programmées, bandes magnétiques pour ordinateurs pour appareils de jeux vidéo à usage commercial ; simulateurs d’entraînement sportif ; simulateurs de conduite ; fers à repasser électriques ; bigoudis électriques ; buzzers électriques ; triangles de signalisation pour véhicules en panne ; bornes routières lumineuses ou mécaniques ; bateaux-pompes à incendie ; avertisseurs d’incendie ; alarmes (contre les fuites) de gaz ; avertisseurs antivol ; gants pour la protection contre les accidents ; appareils extincteurs ; bouches d’incendie ; lances à incendie ; systèmes d’arrosage anti-incendie ; pompes à incendie ; allume-cigares pour automobiles ; casques de protection ; vêtements ignifuges ; masques antipoussière ; masques à gaz ; masques de soudage ; noyaux magnétiques ; câbles de résistance ; électrodes ; films cinématographiques impressionnés ; pellicules (films) impressionnées ; supports de diapositives ; disques vidéo et bandes vidéo enregistrés ; distributeurs automatiques ; portillons à prépaiement pour parcs à voitures ; caisses enregistreuses ; machines de comptage ou de tri de pièces de monnaie ; machines photocopieuses ; appareils decalcul à commande manuelle ; ceintures lestées (plongée sous-marine) ; combinaisons de plongée sous-marine ; bouées gonflables ; casques de protection pour le sport ; réservoirs d’air (plongée sous-marine) ; planches de natation ; régulateurs (plongée sous-marine) ; machines et appareils de plongée (non destinés aux sports) ; machines électriques à souder à l’arc ; appareils électriques de soudage ; circuits électroniques de données programmées, disques magnétiques, disques optiques, disques magnéto-optiques, CD-ROM, DVD-ROM, bandes magnétiques pour ordinateurs et consoles de jeux vidéo à usage personnel ; cartes mémoire à usage personnel ; jeux vidéo pour consommateurs ; circuits électroniques et programmes enregistrés sur CD-ROM pour jeux portables avec écrans à cristaux liquides ; gâches électriques ; aimants ; aimants permanents ; signaux de chemin de fer ; bouées de repérage ; allume-cigares pour motocycles ; tampons pour les oreilles » ;

– classe 15 : « Appareils à tourner les pages pour instruments de musique ; instruments de musique ; accessoires pour jouer de la musique, à savoir enregistreurs multipistes, appareils multi-effets, boîtes à rythmes, consoles et pédales à effets de guitare, pédales à effets de graves, pédales à effets acoustiques, processeurs à effets de guitare, diapasons ».

9 Les motifs invoqués à l’appui de l’opposition étaient ceux visés à l’article 8, paragraphe 1, sous b), et à l’article 8, paragraphes 4 et 5, du règlement no 207/2009 [devenus respectivement article 8, paragraphe 1, sous b), et article 8, paragraphes 4 et 5, du règlement 2017/1001].

10 Leedsworld ayant sollicité, sur le fondement de l’article 42, paragraphe 2, du règlement no 207/2009 (devenu article 47, paragraphes 2 et 3, du règlement 2017/1001), que la requérante démontre l’usage sérieux des marques antérieures, la division d’opposition, par décision du 30 avril 2015, a partiellement accueilli l’opposition pour les produits relevant de la classe 9 correspondant à la description suivante : « Étuis de transport pour équipements électroniques, à savoir lecteurs multimédia et dispositifs portables ; supports pour équipement électronique, à savoir lecteurs multimédia et dispositifs portables ; aucun des produits précités ne se rapportant aux produits technologiques musicaux ».

11 La demande d’enregistrement de la marque contestée a en revanche été accueillie pour les autres produits, ces derniers ayant été jugés différents des produits désignés par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux avait été démontré.

12 Le 29 juin 2015, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO, au titre des articles 58 à 64 du règlement no 207/2009 (devenus articles 66 à 71 du règlement 2017/1001), contre la décision de la division d’opposition.

13 Par décision du 7 septembre 2016 (ci-après la « décision attaquée »), la cinquième chambre de recours de l’EUIPO a rejeté le recours. Tout d’abord, elle a considéré, s’agissant de l’usage sérieux des marques antérieures, que les éléments de preuve versés aux débats permettaient de constater l’existence de ventes de produits désignés par les marques antérieures sur le territoire de l’Union européenne pendant la période de cinq années allant du 11 juin 2008 au 10 juin 2013 (ci-après la « période pertinente »). Si ces preuves ne démontraient pas un important volume de ventes, elles témoignaient toutefois d’une promotion ininterrompue visant essentiellement un public spécialisé, les signes en question ayant été utilisés tels qu’ils avaient été enregistrés.

14 La chambre de recours a estimé que la preuve de l’usage des droits antérieurs n’avait été rapportée qu’en ce qui concernait certains produits, en l’occurrence, premièrement, les enregistreurs portables, autrement dit des « dispositifs d’enregistrement du son/audio portables », deuxièmement, les « dispositifs d’enregistrement destinés à l’enregistrement, à l’interfaçage, au contrôle et à l’échantillonnage de représentations en direct » et, troisièmement, les « dispositifs à effets de guitare (pédales “stomp”, pédales), y compris guitares acoustiques, basses et électriques ».

15 La chambre de recours a en revanche estimé que, contrairement à ce que soutenait la requérante, la preuve d’un usage sérieux n’était pas rapportée s’agissant des « machines et appareils photographiques ; machines et appareils cinématographiques », des « appareils de communication portables », des « machines et appareils de distribution ou commande électriques (adaptateurs CA) et fils et câbles électriques » ni des « batteries et piles ».

16 Ensuite, la chambre de recours a estimé que les éléments de preuve versés aux débats étaient insuffisants pour démontrer tant le caractère distinctif élevé des marques antérieures au sens de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 que leur renommée au sens de l’article 8, paragraphe 5, du même règlement.

17 Enfin, elle a confirmé l’analyse de la division d’opposition s’agissant de l’existence d’un risque de confusion en ce qui concernait les produits en cause considérés comme similaires, compte tenu de la similitude des marques en conflit, de la nature du public pertinent, qui comprenait le grand public faisant preuve d’un degré moyen d’attention, et de la comparaison des produits, notamment au regard de leur éventuel lien de complémentarité.

Conclusions des parties

18 La requérante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– annuler la décision attaquée ;

– rejeter intégralement la demande d’enregistrement de la marque contestée pour les produits relevant de la classe 9 ;

– condamner l’EUIPO aux dépens.

19 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :

– rejeter le recours ;

– condamner la requérante aux dépens.

20 À la suite du dépôt du recours, la requérante a demandé le 16 décembre 2016, sur le fondement de l’article 66 du règlement de procédure du Tribunal, le traitement confidentiel des documents qu’elle avait communiqués, en l’occurrence la requête et ses annexes, dès lors qu’ils divulguaient des informations essentielles concernant son activité commerciale et des informations relatives aux tiers.

En droit

Sur la demande de confidentialité

21 En ce qui concerne la demande de confidentialité formulée par la requérante, il convient de relever que, selon l’article 66 du règlement de procédure, les demandes tendant à l’anonymat et à l’omission de données envers le public doivent faire l’objet d’une motivation de la part de la partie qui en est à l’origine.

22 En l’occurrence, outre qu’elle n’identifie pas les éléments qui, dans la requête et ses annexes, devraient selon elle faire l’objet d’un traitement confidentiel, la requérante n’a, au demeurant, fourni aucune motivation de nature à étayer une telle demande.

23 Le Tribunal n’est pas en mesure de comprendre, par lui-même, les raisons pour lesquelles cette demande pourrait être justifiée.

24 Par conséquent, il y a lieu de rejeter la demande tendant au traitement confidentiel de la requête et de ses annexes, en ce qu’elles divulgueraient des informations essentielles concernant l’activité commerciale de la requérante et des informations relatives aux tiers [voir, en ce sens, ordonnance du 30 novembre 2016, Pico Food/EUIPO – Sobieraj (MILANÓWEK CREAM FUDGE), T‑623/11 DEP, non publiée, EU:T:2016:750, points 9 à 13].

Sur le chef de conclusions tendant au rejet de la demande d’enregistrement de la marque contestée pour les produits relevant de la classe 9

25 Il résulte d’une jurisprudence constante que, dans le cadre d’un recours introduit devant le juge de l’Union contre la décision d’une chambre de recours de l’EUIPO, ce dernier est tenu, conformément à l’article 65, paragraphe 6, du règlement no 207/2009 (devenu article 72, paragraphe 6, du règlement 2017/1001), de prendre les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt du juge de l’Union. Dès lors, il n’appartient pas au Tribunal d’adresser des injonctions à l’EUIPO, auquel il incombe de tirer les conséquences du dispositif et des motifs des arrêts du juge de l’Union [voir arrêt du 11 juillet 2007, El Corte Inglés/OHMI – Bolaños Sabri (PiraÑAM diseño original Juan Bolaños), T‑443/05, EU:T:2007:219, point 20 et jurisprudence citée]. Partant, le chef de conclusions de la requérante tendant au rejet de la demande d’enregistrement de la marque contestée pour les produits relevant de la classe 9 est irrecevable.

Sur le fond

26 À l’appui du recours, la requérante invoque un moyen unique tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, qui se décompose en quatre branches. Premièrement, elle estime que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation de la preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour plusieurs catégories de produits. Deuxièmement, cette erreur d’appréciation aurait amené la chambre de recours à restreindre à tort l’étendue de la protection conférée par lesdites marques. Troisièmement, la similitude des produits en cause n’aurait pas été correctement appréciée par la chambre de recours. Quatrièmement, le risque global de confusion n’aurait également pas été correctement évalué.

27 Le Tribunal estime opportun de traiter ensemble les première et deuxième branches compte tenu des liens qu’elles entretiennent entre elles.

Sur les première et deuxième branches, tirées d’une erreur d’appréciation de la preuve de l’usage sérieux de plusieurs catégories de produits couverts par les marques antérieures et de la protection conférée par ces dernières

28 La requérante fait valoir que la chambre de recours aurait conclu erronément à l’absence de preuve de l’usage des marques antérieures pour plusieurs catégories de produits, ce qui aurait entraîné une restriction de l’étendue de la protection conférée par lesdites marques. Or, de nombreux éléments de preuve de l’usage des marques antérieures démontreraient une tentative sérieuse de développer un marché pour d’autres catégories de produits que celles retenues par la chambre de recours dans la décision attaquée.

29 L’usage des marques antérieures aurait été prouvé pour les « machines et appareils de distribution ou commande électriques (adaptateurs CA) ; fils et câbles électriques », car ceux-ci, en particulier les adaptateurs CA qui sont des dispositifs qui fournissent une alimentation électrique adaptée et suffisante pour le fonctionnement d’un appareil électronique, ne seraient pas seulement fournis avec d’autres produits dont ils seraient de simples accessoires, mais ils seraient également commercialisés indépendamment comme produits finis, en particulier aux consommateurs déjà équipés d’un appareil vendu sous une des marques antérieures, de sorte qu’ils ne correspondraient pas à une simple activité secondaire de l’activité principale de la requérante. Les volumes de leurs ventes seraient en outre significatifs. Dans ces conditions, l’usage des marques antérieures en ce qu’elles désignent lesdits produits devrait être considéré comme suffisant pour être constitutif d’un usage sérieux.

30 La requérante appuie sa démonstration par la présentation d’une liste de produits vendus avec un adaptateur CA et un câble USB sur lesquels apparaît de façon visible la marque figurative ZOOM, ainsi que d’une sélection de factures qui démontreraient que, au total, 3 286 adaptateurs CA auraient été soit vendus dans des ensembles d’accessoires, soit fournis avec des dispositifs de la requérante, au Royaume-Uni et en Allemagne, au cours de la période pertinente. Ainsi, au cours de cette période, la valeur des ventes au Royaume-Uni des adaptateurs CA, des fils et des câbles électriques s’élèverait à 41 962 euros et non à 1 000 livres sterling (GBP) comme il a été mentionné dans la décision attaquée. La preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner les fils et câbles électriques résulterait des pièces versées aux débats se rapportant à la vente d’ensembles d’accessoires, comportant un câble USB, un câble AV et des câbles de microphone, dénommés « APH-1 », « APH-2n », « APQ-3HD », « APH-4n » et « APQ-2HD ».

31 La chambre de recours aurait également négligé de prendre en considération une publicité et un catalogue datant de l’année 2013 et présentant un nouveau produit dénommé « Enregistreur portable Q4 » qui comportait un accumulateur lithium-ion rechargeable sur lequel figurait la marque de l’Union européenne figurative antérieure ZOOM, ce qui serait de nature à démontrer l’usage de ladite marque en ce qui concernait les « batteries et piles ».

32 La requérante relève également que, contrairement à ce qu’a retenu la chambre de recours, la preuve de l’usage sérieux des marques antérieures en ce qui concerne les « caméras ; machines et appareils photographiques ; machines et appareils cinématographiques » et les « appareils de communication portable » aurait été apportée compte tenu des ventes du produit dénommé « Enregistreur portable ZOOM Q3HD », lequel posséderait, d’une part, la capacité d’enregistrer des images et du son et, d’autre part, la capacité de diffuser des vidéos directement sur Internet à l’aide d’un ordinateur.

33 La requérante fait valoir que l’évaluation incorrecte des preuves d’usage par la chambre de recours a eu pour conséquence l’enregistrement de la marque demandée pour des produits fortement en concurrence avec ceux couverts par les marques antérieures.

34 L’EUIPO soutient en réponse, en ce qui concerne la preuve de l’usage sérieux, que les « appareils d’enregistrement du son, appareils de transmission à fréquence vocale ; appareils de communication portable ; machines et appareils cinématographiques ; appareils et instruments optiques ; machines et appareils photographiques » ne correspondent pas à des catégories de produits suffisamment précises et circonscrites, car chacune d’entre elles inclut un large éventail de différents équipements électroniques. Notamment, les « enregistreurs portables », qui seraient des dispositifs vidéo et d’enregistrement relativement sophistiqués, de petite taille, portables, utilisés pour enregistrer des concerts et des événements à l’improviste, ne constitueraient qu’une sous-catégorie des appareils et des instruments désignés par les marques antérieures et compris dans la classe 9.

35 L’EUIPO fait par ailleurs valoir que, si les appareils de la requérante peuvent être connectés à un ordinateur, ils ne peuvent pas pour autant être qualifiés d’« appareils de calcul à commande manuelle » dans la mesure où ils n’accueillent, ne conservent, ne traitent et ne génèrent pas de fichiers à l’exemple d’un ordinateur qui utilise un logiciel.

36 S’agissant de la catégorie des « enregistreurs multipistes, enregistreurs de disques durs, boîtes à rythmes, batteries ; et processeurs de sons, processeurs d’effets et leurs pièces », la requérante se contenterait de conclure, sans la moindre explication précise, que l’usage des marques antérieures pour désigner les appareils d’enregistrement multipistes commercialisés sous les dénominations « R8 », « R16 » et « R24 » prouverait un usage sérieux pour la totalité de cette catégorie de produits. En tout état de cause, à supposer que la preuve de l’usage sérieux des marques antérieures soit considérée comme rapportée pour cette catégorie de produits, cela n’aurait pas d’incidence sur l’évaluation de la similitude des produits couverts par les marques en conflit.

37 S’agissant des « batteries et piles », l’EUIPO conteste la déduction de la preuve de l’usage sérieux des marques antérieures fondée sur la simple existence d’une publicité et d’un catalogue présentant un enregistreur portable fonctionnant avec une batterie rechargeable et sur le fait que les appareils commercialisés par la requérante fonctionneraient avec des batteries.

38 S’agissant des « machines et appareils de distribution ou commande électriques », l’EUIPO fait valoir qu’un adaptateur CA, compte tenu de sa fonction limitée, n’en constitue qu’une sous-catégorie.

39 S’agissant des « adaptateurs CA ; câbles électriques », l’EUIPO rappelle que la vente d’un produit principal avec ses accessoires est de nature à maintenir les droits du titulaire d’une marque de l’Union européenne désignant ce produit et ses accessoires. À ce titre, il admet que la chambre de recours aurait commis une erreur d’appréciation quand elle a estimé que les adaptateurs CA et câbles USB n’étaient pas des accessoires fournis avec les appareils commercialisés par la requérante, mais étaient uniquement proposés en option. Néanmoins, il affirme que, compte tenu de leur nature différente de celle des produits couverts par la marque demandée, cette erreur n’aurait aucune incidence sur l’issue de la procédure.

40 Selon une jurisprudence constante, il ressort de l’article 42, paragraphes 2 et 3, du règlement no 207/2009 (devenu article 47, paragraphes 2 et 3, du règlement 2017/1001), lu à la lumière du considérant 10 du règlement no 207/2009 (devenu considérant 24 du règlement 2017/1001), et de la règle 22, paragraphe 3, du règlement (CE) no 2868/95 de la Commission, du 13 décembre 1995, portant modalités d’application du règlement no 40/94 (JO 1995, L 303, p. 1) [devenue article 10, paragraphe 3, du règlement délégué (UE) 2017/1430, complétant le règlement no 207/2009 et abrogeant les règlements no 2868/95 et (CE) no 216/96 (JO 2017, L 205, p. 1)], que le ratio legis de l’exigence selon laquelle la marque antérieure doit avoir fait l’objet d’un usage sérieux pour être opposable à une demande de marque de l’Union européenne consiste à limiter les conflits entre deux marques, à moins qu’il n’existe un juste motif économique à l’absence d’usage sérieux de la marque antérieure découlant d’une fonction effective de celle-ci sur le marché. En revanche, lesdites dispositions ne visent ni à évaluer la réussite commerciale, ni à contrôler la stratégie économique d’une entreprise ou encore à réserver la protection des marques à leurs seules exploitations commerciales quantitativement importantes [voir arrêt du 17 janvier 2013, Reber/OHMI – Wedi & Hofmann (Walzer Traum), T‑355/09, non publié, EU:T:2013:22, point 25 et jurisprudence citée].

41 Une marque fait l’objet d’un usage sérieux lorsqu’elle est utilisée, conformément à sa fonction essentielle qui est de garantir l’identité d’origine des produits ou des services pour lesquels elle a été enregistrée, aux fins de créer ou de conserver un débouché pour ces produits et services, à l’exclusion d’usages de caractère symbolique ayant pour seul objet le maintien des droits conférés par la marque (voir, par analogie, arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43).

42 L’appréciation du caractère sérieux de l’usage de la marque doit reposer sur l’ensemble des faits et des circonstances propres à établir la réalité de l’exploitation commerciale de celle-ci, en particulier les usages considérés comme justifiés dans le secteur économique concerné pour maintenir ou créer des parts de marché au profit des produits ou des services protégés par la marque, la nature de ces produits ou de ces services, les caractéristiques du marché, l’étendue et la fréquence de l’usage de la marque [arrêt du 11 mars 2003, Ansul, C‑40/01, EU:C:2003:145, point 43 ; voir également, par analogie, arrêt du 8 juillet 2004, Sunrider/OHMI – Espadafor Caba (VITAFRUIT), T‑203/02, EU:T:2004:225, point 40].

43 Quant à l’importance de l’usage qui a été fait de la marque antérieure, il convient de tenir compte, notamment, du volume commercial de l’ensemble des actes d’usage, d’une part, et de la durée de la période pendant laquelle des actes d’usage ont été accomplis ainsi que de la fréquence de ces actes, d’autre part [arrêts du 8 juillet 2004, MFE Marienfelde/OHMI – Vétoquinol (HIPOVITON), T‑334/01, EU:T:2004:223, point 35, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 41].

44 Pour examiner, dans un cas d’espèce, le caractère sérieux de l’usage d’une marque antérieure, il convient de procéder à une appréciation globale en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce. Cette appréciation implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte. Ainsi, un faible volume de produits commercialisés sous ladite marque peut être compensé par une forte intensité ou une grande constance dans le temps de l’usage de cette marque et inversement (arrêts du 8 juillet 2004, HIPOVITON, T‑334/01, EU:T:2004:223, point 36, et du 8 juillet 2004, VITAFRUIT, T‑203/02, EU:T:2004:225, point 42).

45 En outre, si une marque a été enregistrée pour une catégorie de produits ou de services suffisamment large pour que puissent être distinguées, en son sein, plusieurs sous-catégories susceptibles d’être envisagées de manière autonome, la preuve de l’usage sérieux de la marque pour une partie de ces produits ou services n’emporte protection, dans une procédure d’opposition, que pour la ou les sous-catégories dont relèvent les produits ou les services pour lesquels la marque a été effectivement utilisée. En revanche, si une marque a été enregistrée pour des produits ou des services définis de façon tellement précise et circonscrite qu’il n’est pas possible d’opérer des divisions significatives à l’intérieur de la catégorie concernée, alors, la preuve de l’usage sérieux de la marque pour lesdits produits ou services couvre nécessairement toute cette catégorie aux fins de l’opposition [arrêt du 14 juillet 2005, Reckitt Benckiser (España)/OHMI – Aladin (ALADIN), T‑126/03, EU:T:2005:288, point 45].

46 En l’espèce, il convient d’apprécier les éléments de preuve de l’usage sérieux des marques antérieures qui ont été produits par la requérante afin d’examiner les catégories de produits pour lesquels la chambre de recours a estimé qu’un tel usage n’aurait pas été démontré alors qu’il était revendiqué par la requérante.

– Preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner des « appareils de transmission à fréquence vocale ; appareils de communication portables, machines et appareils cinématographiques ; appareils et instruments optiques ; machines et appareils photographiques »

47 La requérante invoque les ventes dans plusieurs États membres de l’enregistreur portable dénommé « ZOOM Q3 HD » pour revendiquer un usage sérieux des marques antérieures à l’égard des catégories de produits correspondant aux « appareils de transmission à fréquence vocale ; appareils de communication portables, machines et appareils cinématographiques ; appareils et instruments optiques ; machines et appareils photographiques ». Or, au regard des principes issus de la jurisprudence rappelée au point 45 ci-dessus, il apparaît que ces catégories ne sont pas suffisamment précises et circonscrites, dans la mesure où elles regroupent en leur sein plusieurs sous-catégories pouvant être envisagées de manière autonome. La preuve de l’usage sérieux des signes antérieurs pour désigner les appareils et dispositifs commercialisés par la requérante ne peut dès lors concerner que la sous-catégorie des « enregistreurs portables » et ne permet pas une extension de la protection à l’ensemble des catégories revendiquées par la requérante.

48 À cet égard, il convient de relever, à l’exemple de la chambre de recours au point 56 de la décision attaquée, que les enregistreurs portables sont des dispositifs vidéo et d’enregistrement relativement sophistiqués, de petite taille, facilement transportables et généralement utilisés lors de concerts, d’événements à petite échelle ou même de séances d’enregistrement improvisées. Leur domaine d’utilisation est donc relativement spécifique et les catégories des « machines et appareils photographiques ; machines et appareils cinématographiques ; appareils et instruments optiques » ne peuvent leur être assimilées. Comme la chambre de recours l’a relevé à juste titre aux points 57 et 59 de la décision attaquée, ces catégories sont susceptibles d’inclure des produits aussi variés que différents types d’appareils photographiques, des dispositifs pour l’édition, la projection, la conservation, l’indexation de photographies ou de films, destinés aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels de l’industrie cinématographique.

49 S’agissant ensuite de l’argumentation de la requérante selon laquelle les enregistreurs portables auraient la capacité de diffuser directement des vidéos sur Internet à l’aide d’un ordinateur, de sorte que la protection conférée par les marques antérieures devrait être étendue à la catégorie des « appareils de communication portable », elle ne peut être suivie par le Tribunal, car, ainsi que le fait valoir l’EUIPO, la capacité de diffusion ne constitue qu’une fonction accessoire à la fonction d’enregistrement des enregistreurs portables commercialisés par la requérante, ce qui a pour conséquence que la preuve de l’usage sérieux ne peut être admise pour l’ensemble de la catégorie de produits « appareils de communication portables », laquelle regroupe un nombre important d’appareils informatiques personnels portables tels que les téléphones intelligents, les ordinateurs portables et les tablettes. Une telle interprétation donnerait lieu à une extension de la protection conférée par les marques antérieures à un ensemble disproportionné de produits.

50 Il s’ensuit que, contrairement à ce que fait valoir la requérante, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en choisissant de ne pas étendre la protection conférée par les marques antérieures à la totalité de la catégorie des produits « appareils de transmission à fréquence vocale ; appareils de communication portables, machines et appareils cinématographiques ; appareils et instruments optiques ; machines et appareils photographiques ».

– Preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner des « appareils de calcul à commande manuelle »

51 S’agissant des « appareils de calcul à commande manuelle » désignés par la marque figurative antérieure ZOOM dont la requérante revendique l’usage sérieux compte tenu de la commercialisation des appareils d’enregistrement multipistes R8, R16 et R24, il convient de relever que, si lesdits appareils peuvent être reliés à un ordinateur, de sorte que l’utilisateur peut directement enregistrer des fichiers sur son ordinateur, ils n’accueillent, ne conservent, ne traitent et ne génèrent pas de fichiers à l’exemple d’un ordinateur.

52 Dans ces conditions, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en refusant de considérer que la commercialisation des appareils de la requérante permettait de retenir l’usage sérieux des marques antérieures pour la catégorie des « appareils de calcul à commande manuelle ».

– Preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner des « enregistreurs multipistes, enregistreurs de disques durs, boîtes à rythmes, batteries ; et processeurs de sons, processeurs d’effets et leurs pièces »

53 En ce qui concerne la demande de la requérante tendant à ce que soit reconnu un usage sérieux des marques antérieures pour la catégorie large des « enregistreurs multipistes, enregistreurs de disques durs, boîtes à rythmes, batteries ; et processeurs de sons, processeurs d’effets et leurs pièces », bien que la requérante ait versé aux débats une série de factures prouvant les ventes des appareils d’enregistrement multipistes R8, R16 et R24 dans plusieurs États membres, elle n’avance toutefois aucun argument permettant d’assimiler ces derniers à l’ensemble de la catégorie pour laquelle elle revendique une protection.

54 Partant, il n’apparaît pas que la chambre de recours aurait commis une erreur en considérant que les preuves de l’usage sérieux des marques antérieures étaient insuffisantes pour revendiquer un usage pour la totalité de la catégorie en cause.

– Preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner des « batteries et piles »

55 En ce qui concerne la catégorie des « batteries et piles » que la requérante estime avoir commercialisée par la vente de ses appareils, notamment les enregistreurs portables qui incluent un accumulateur lithium-ion rechargeable, il convient de relever qu’il appartient à la requérante d’apporter la preuve d’une volonté de constituer un marché pour la catégorie des produits en question. Or, bien que certains éléments versés aux débats laissent entrevoir que le signe figuratif ZOOM a été utilisé pour la commercialisation de batteries rechargeables fonctionnant avec les appareils de la requérante, en particulier l’annexe 11 déposée au cours de la procédure d’opposition le 28 août 2015, les éléments de preuve produits, considérés dans leur ensemble, apparaissent néanmoins insuffisants pour prouver l’usage sérieux des marques antérieures pour la catégorie de produits en question. Le simple fait que certains appareils de la requérante tels que les enregistreurs portables fonctionnent avec une batterie ou qu’ils en soient initialement pourvus ne saurait, à lui seul, être constitutif d’une preuve d’usage sérieux suffisant. En effet, d’une part, les batteries fournies avec les appareils de la requérante peuvent apparaître comme étant de simples accessoires de ces derniers et, d’autre part, l’absence d’éléments de preuve supplémentaires d’une commercialisation au cours de la période pertinente ne permet pas d’effectuer une appréciation globale de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner la catégorie des produits « batteries et piles », qui serait de nature à démontrer une volonté de constituer un marché propre pour ladite catégorie.

56 Au regard de l’absence d’éléments de preuve pertinents présentés devant elle, la chambre de recours n’a donc pas commis d’erreur d’appréciation en refusant de considérer que les marques antérieures avaient fait l’objet d’un usage sérieux pour la catégorie des produits « batteries et piles ».

– Preuve de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner des « machines et appareils de distribution ou commande électriques » ainsi que des « fils et câbles électriques »

57 En ce qui concerne la commercialisation des adaptateurs CA par la requérante (voir point 30 ci-dessus), qui permettrait selon elle d’établir l’usage sérieux des marques antérieures pour la catégorie des « machines et appareils de distribution ou commande électriques », il convient de se rallier au point de vue de l’EUIPO selon lequel, au regard de l’étendue de la catégorie de produits pour lesquels l’usage sérieux des marques antérieures est revendiqué, la simple vente d’adaptateurs CA ne remplissant qu’une fonction limitée de transformation du courant électrique n’en constitue qu’une sous-catégorie et ne saurait suffire à apporter la preuve d’un usage sérieux pour la totalité de la catégorie revendiquée. Dès lors, si les adaptateurs CA peuvent effectivement entrer dans la catégorie visée, ils n’en constituent en réalité qu’une sous-catégorie et ne peuvent à eux seuls permettre d’étendre la protection des marques antérieures à l’ensemble des produits entrant dans ladite catégorie.

58 En revanche, en ce qui concerne l’appréciation des preuves de l’usage sérieux des marques antérieures lors de la commercialisation par la requérante d’adaptateurs CA et de divers types de câbles, il apparaît, ainsi que l’admet d’ailleurs l’EUIPO, que la chambre de recours a commis une erreur en ne prenant pas en compte l’ensemble des adaptateurs CA et des câbles USB et AV, voire HDMI, commercialisés par la requérante. En effet, les éléments de preuve versés aux débats permettent de constater que, notamment, les adaptateurs CA et les câbles USB et AV ont non seulement fait l’objet de ventes optionnelles dans des ensembles d’accessoires, mais qu’ils ont également été fournis avec les appareils de la requérante, spécifiquement avec les « enregistreurs portables ». Les éléments de preuve pertinents à cet égard, composés notamment de catalogues produits en annexe A 4 de la requête, concernent la présence d’un adaptateur CA de type USB et d’un câble USB dans l’ensemble « APH-1 » pour l’enregistreur portable « H1 », d’une télécommande dotée d’une rallonge, d’un adaptateur « AD-17 CA » (de type USB) et d’un câble USB dans l’ensemble « APH-2 » pour l’enregistreur portable « H2N », d’un câble HDMI, d’un adaptateur CA, et d’un câble AV dans l’ensemble « APQ-3HD » pour l’enregistreur vidéo portable « Q3HD », ainsi que d’un câble répartiteur et d’un câble atténuateur dans l’ensemble « APH-4N » pour l’enregistreur portable « H4N ». Dès lors, la chambre de recours aurait dû tenir compte de ces éléments afin d’apprécier l’usage sérieux des marques antérieures pour la catégorie des « appareils de distribution électriques », dont les adaptateurs CA constituent une sous-catégorie, et pour celle des « câbles électriques », auxquels les câbles USB et AV, voire HDMI, peuvent être assimilés.

59 Partant, aux points 63 et 64 de la décision attaquée, la chambre de recours n’a pas correctement apprécié l’usage sérieux des marques antérieures concernant les catégories de produits visées.

60 Il en résulte que le premier moyen apparaît partiellement fondé en ce qui concerne l’appréciation de l’usage sérieux des marques antérieures pour désigner les catégories des « machines et appareils de distribution ou commande électriques », dont les adaptateurs CA constituent une sous-catégorie, ainsi que des « fils et câbles électriques ». Les conséquences de l’erreur commise par la chambre de recours feront l’objet d’un examen dans le cadre de l’appréciation de la similitude des produits couverts par les marques en conflit.

Sur la troisième branche, tirée de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009 à la suite d’une erreur d’appréciation de la similitude des produits couverts par les marques en conflit

61 La requérante fait grief à la chambre de recours d’avoir considéré qu’une partie des produits visés par la marque demandée ne présentaient pas de similitude avec ceux visés par les marques antérieures alors que, ne serait-ce qu’à l’égard des produits pour lesquels l’usage sérieux a été retenu tels qu’énumérés au point 48 de la décision attaquée, les produits désignés par la marque demandée sont très similaires, voire complémentaires. Si la protection accordée aux marques antérieures devait en outre se fonder sur un usage sérieux afin de désigner les adaptateurs CA ainsi que les câbles AV et USB, la similitude des produits couverts par les marques en conflit serait encore plus flagrante.

62 L’EUIPO soutient au contraire que la chambre de recours a correctement procédé à l’examen de la similitude des produits couverts par les marques en conflit.

63 À titre préliminaire, il y a lieu d’examiner la définition du public pertinent qui a été retenue dans la décision attaquée, dans la mesure où cette comparaison constitue un préalable à celle des produits, notamment au regard de l’existence d’un éventuel lien de complémentarité.

– Sur le public pertinent

64 La chambre de recours a considéré, au point 99 de la décision attaquée, que les produits de la requérante s’adressaient aux professionnels de la musique et, plus largement, aux amateurs, de sorte que le degré d’attention du public pertinent lors de l’achat desdits produits devait être considéré comme moyen.

65 La requérante ne conteste pas la définition du public pertinent retenue par la chambre de recours dans la décision attaquée.

66 Selon la jurisprudence, dans le cadre de l’appréciation globale du risque de confusion, il convient de prendre en compte le consommateur moyen de la catégorie de produits concernée, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé. Il y a également lieu de prendre en considération le fait que le niveau d’attention du consommateur moyen est susceptible de varier en fonction de la catégorie de produits ou de services en cause [voir arrêt du 13 février 2007, Mundipharma/OHMI – Altana Pharma (RESPICUR), T‑256/04, EU:T:2007:46, point 42 et jurisprudence citée].

67 Partant, au vu de ces considérations, il n’y a pas lieu de remettre en cause la définition du public pertinent et de son degré d’attention, telle que retenue par la chambre de recours dans la présente affaire. Au surplus, il y a lieu de constater que cette définition du public pertinent corrobore celle du public à l’égard duquel la chambre de recours a estimé que la requérante avait démontré l’existence d’une promotion ininterrompue des marques antérieures (voir point 13 ci-dessus), en l’occurrence un public spécialisé composé tant de professionnels que d’amateurs de la musique.

– Sur la comparaison des produits couverts par les marques en conflit

68 Il est de jurisprudence constante que, pour apprécier la similitude entre les produits ou les services en cause, il y a lieu de tenir compte de tous les facteurs pertinents qui caractérisent le rapport entre eux. Ces facteurs incluent, en particulier, leur nature, leur destination, leur utilisation ainsi que leur caractère concurrent ou complémentaire. D’autres facteurs peuvent également être pris en compte, tels que les canaux de distribution des produits concernés (voir arrêt du 11 juillet 2007, PiraÑAM diseño original Juan Bolaños, T‑443/05, EU:T:2007:219, point 37 et jurisprudence citée).

69 Les produits ou les services complémentaires sont ceux entre lesquels existe un lien étroit, en ce sens que l’un est indispensable ou important pour l’usage de l’autre, de sorte que les consommateurs peuvent penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits ou de la fourniture de ces services incombe à la même entreprise. Par définition, des produits ou des services adressés à des publics différents ne peuvent pas présenter un caractère complémentaire [voir arrêt du 22 janvier 2009, Commercy/OHMI – easyGroup IP Licensing (easyHotel), T‑316/07, EU:T:2009:14, points 57 et 58 et jurisprudence citée].

70 Il a également été jugé que, lorsque les produits visés par la marque antérieure incluaient les produits visés par la marque demandée, ces produits étaient considérés comme identiques [voir arrêt du 24 novembre 2005, Sadas/OHMI – LTJ Diffusion (ARTHUR ET FELICIE), T‑346/04, EU:T:2005:420, point 34 et jurisprudence citée].

71 En l’espèce, il convient de procéder à une comparaison des produits couverts par les marques en conflit afin d’examiner le bien-fondé de l’appréciation de la chambre de recours dans la décision attaquée. À ce titre, ainsi que cela est mentionné au point 60 ci-dessus, il y a lieu de tenir compte du fait que, contrairement à ce qu’a retenu la chambre de recours, la preuve de l’usage sérieux doit être considérée comme ayant été rapportée pour les adaptateurs CA, ainsi que pour les câbles AV et USB qu’il y a lieu d’assimiler à la catégorie des « câbles électriques ».

72 Dans ces conditions, la comparaison doit s’effectuer en prenant en considération l’ensemble des produits de la requérante pour lesquels la preuve de l’usage sérieux des marques antérieures doit être considérée comme ayant été rapportée, à savoir, d’une part, les produits mentionnés au point 14 ci-dessus et qui sont, premièrement, les enregistreurs portables, autrement dit des « dispositifs d’enregistrement du son/audio portables », deuxièmement, les « dispositifs d’enregistrement destinés à l’enregistrement, à l’interfaçage, au contrôle et à l’échantillonnage de représentations en direct » et, troisièmement, les « dispositifs à effets de guitare (pédales “stomp”, pédales), y compris guitares acoustiques, basses et électriques », et, d’autre part, les adaptateurs CA, en tant que sous-catégorie des « machines et appareils de distribution ou commande électriques », ainsi que les câbles AV et USB qu’il y a lieu d’assimiler à la catégorie des « câbles électriques ».

73 Par ailleurs, en ce qui concerne la liste des produits désignés par la marque demandée, il y a lieu d’approuver les considérations qui figurent au point 89 de la décision attaquée, au demeurant non contestées par les parties, selon lesquelles la limitation que comporte la description de ces produits, en l’occurrence la formule selon laquelle aucun desdits produits ne se rapporte aux produits technologiques musicaux, ne modifie leur nature. En effet, comme le relève la chambre de recours, il n’y a aucune raison de penser que des dispositifs destinés à la gestion des câbles auraient une nature particulière selon qu’ils sont ou non utilisés avec des accessoires technologiques musicaux. La chambre de recours a pu valablement estimer que la limitation que comportait la liste des produits désignés par la marque demandée devait être considérée comme relativement neutre en l’espèce. En tout état de cause, une telle limitation doit avoir pour effet d’éviter la persistance d’incertitudes juridiques quant à l’étendue de la protection de la marque, de sorte qu’une limitation ne peut être enregistrée que si elle fait clairement apparaître la liste des produits qui demeurent au registre et ne saurait avoir pour but d’exclure des produits ayant certaines caractéristiques (voir, par analogie, arrêt du 12 février 2004, Koninklijke KPN Nederland, C‑363/99, EU:C:2004:86, point 115).

– Sur la comparaison des « dispositifs de gestion des fils et câbles, à savoir supports, rouleaux, appliques et attaches pour contenir et organiser des câbles audio, informatiques, de connexion, électriques, électroniques, d’alimentation, d’imprimantes, stéréo et vidéo », désignés par la marque demandée, avec les produits désignés par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux a été démontré

74 Selon la chambre de recours, si les dispositifs d’enregistrement du son et les autres produits de la requérante désignés par les marques antérieures peuvent être considérés comme semblables à des câbles et si des câbles peuvent eux-mêmes être considérés comme semblables à des dispositifs de gestion des câbles, il n’existerait toutefois aucun lien de similitude le long de cette chaîne de produits, car leur finalité, leur utilisation et leurs canaux de distribution ne seraient pas les mêmes. La chambre de recours relève également que les produits en cause ne seraient ni concurrents ni complémentaires.

75 La requérante soutient que les dispositifs de gestion des fils et câbles désignés par la marque demandée présenteraient un caractère complémentaire avec les « dispositifs d’enregistrement destinés à l’enregistrement, à l’interfaçage, au contrôle et à l’échantillonnage de représentation direct ; dispositifs à effets de guitare (pédale “stomp”, pédales), y compris guitares acoustiques, basses et électriques » désignés par les marques antérieures, car, pour fonctionner, ces derniers nécessitent tous des câbles pour les brancher à d’autres appareils ou à des instruments de musique. Un utilisateur, compte tenu du nombre élevé de prises d’entrées et de sorties sur ses appareils, aura besoin à un moment donné d’utiliser un dispositif de gestion de câbles. Elle ajoute que, dans le cas où le Tribunal déciderait d’étendre la protection conférée par les marques antérieures aux « câbles et fils électriques », un lien de complémentarité existerait avec les « dispositifs de gestion des fils et câbles » désignés par la marque demandée, dans la mesure où les uns seraient indispensables ou importants pour l’usage des autres, de sorte que les consommateurs pertinents pourraient penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits incombe à la même entreprise.

76 L’EUIPO conteste cette argumentation qu’elle considère comme étant trop générale et estime qu’il n’existe pas de lien étroit entre les produits en cause les rendant complémentaires, en dépit du fait qu’ils pourraient être utilisés ensemble.

77 En l’espèce, il convient d’examiner l’existence d’une éventuelle similitude des « dispositifs de gestion des fils et câbles, à savoir supports, rouleaux, appliques et attaches pour contenir et organiser des câbles audio, informatiques, de connexion, électriques, électroniques, d’alimentation, d’imprimantes, stéréo et vidéo », désignés par la marque demandée, avec les produits de la requérante mentionnés au point 72 ci-dessus.

78 Ainsi qu’elle le souligne dans la requête, la requérante a produit tant au cours de la procédure d’opposition que devant le Tribunal des schémas détaillant le fonctionnement de ses appareils d’enregistrement du son ainsi que des extraits de catalogues (annexes A 4 et A 9) qui démontrent que lesdits appareils fonctionnent dans un environnement comprenant d’autres appareils, tels que des ordinateurs, des tables de mixage, des microphones, des moniteurs acoustiques, voire des instruments de musique. Or, l’examen de ces preuves démontre que les connections entre tous ces appareils sont effectuées au moyen de fils et de câbles, qu’il s’agisse de câbles de type jack, XLR, USB ou AV, voire de câbles d’alimentation électrique.

79 Ainsi que le souligne la requérante au point 37 de la requête, le nombre important de ces fils et câbles, pouvant aller simultanément jusqu’à onze pour un même appareil, rend l’usage d’un dispositif de gestion des câbles extrêmement utile. Or, les dispositifs de gestion des fils et des câbles désignés par la marque demandée sont destinés à des fils et à des câbles, en l’occurrence des câbles audio, informatiques, de connexion, électriques, électroniques, d’alimentation, d’imprimantes, stéréo et vidéo, qui sont identiques ou similaires à ceux nécessités par le fonctionnement des appareils de la requérante. Il est donc pertinent de considérer que les « dispositifs de gestion des fils et câbles » revêtent un caractère important dans l’utilisation des appareils commercialisés par la requérante dans le cas où un nombre élevé de câbles est nécessaire pour leur utilisation.

80 Ainsi, la conclusion qui figure au point 93 de la décision attaquée selon laquelle il n’existerait pas de lien étroit entre les produits en cause, en particulier pas de lien de complémentarité, apparaît erronée.

81 Au surplus, s’il est tenu compte de l’usage des marques antérieures pour désigner la catégorie des « câbles et fils électriques » (voir point 58 ci-dessus), la relation entre les produits en cause apparaît encore plus évidente, dans la mesure où il existe indéniablement un lien de complémentarité entre cette dernière catégorie de produits et les « dispositifs de gestion des fils et des câbles » désignés par la marque demandée, l’intérêt unique de ces derniers étant d’être utilisés avec les premiers.

82 Au vu de ces éléments, le Tribunal estime que, compte tenu de leur complémentarité, la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation dans l’évaluation de la similitude des « dispositifs de gestion des fils et câbles, à savoir supports, rouleaux, appliques et attaches pour contenir et organiser des câbles audio, informatiques, de connexion, électriques, électroniques, d’alimentation, d’imprimantes, stéréo et vidéo » désignés par la marque demandée et les produits commercialisés par la requérante sous les marques antérieures et qu’elle a conclu à tort à une absence de similitude.

– Sur la comparaison des « étuis de transport pour équipements électroniques, à savoir ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques, lecteurs multimédia et dispositifs portables ; supports pour équipements électroniques, à savoir ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques », désignés par la marque demandée, avec les produits désignés par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux a été démontré

83 La chambre de recours a d’abord estimé, au point 87 de la décision attaquée, que les « étuis de transport pour équipements électroniques » et les « supports pour équipements électroniques », désignés par la marque demandée, étaient pour l’essentiel des accessoires d’un genre particulier.

84 Ensuite, aux points 94 et 95 de la décision attaquée, elle a estimé que, dans la mesure où les enregistreurs portables de la requérante relevaient de la catégorie plus large des « lecteurs multimédia et dispositifs portables » auxquels les étuis et supports pour équipements électroniques désignés par la marque demandée étaient destinés, il existait un lien de complémentarité entre les enregistreurs portables, d’une part, et lesdits étuis ou supports, d’autre part, qui permettait de conclure à une similitude desdits produits. La chambre de recours a notamment retenu que les « supports » seraient généralement utilisés avec les dispositifs d’enregistrement de la requérante, qu’ils leur seraient complémentaires et seraient considérés comme provenant du même fournisseur, le même raisonnement devant être suivi s’agissant des étuis.

85 Enfin, la chambre de recours a estimé que cette similitude tenant à l’existence d’un lien de complémentarité ne s’étendait pas aux étuis et aux supports pour équipements électroniques dès lors qu’ils étaient destinés aux autres produits mentionnés par la demande d’enregistrement, à savoir les « ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques ».

86 La requérante conteste la reconnaissance par la chambre de recours d’une similitude seulement partielle. Elle conclut à l’existence d’un lien de complémentarité en raison d’une similitude ou d’une certaine similitude de ses produits et des « étuis de transport pour équipements électroniques » ainsi que des « supports pour équipements électroniques », non seulement en ce que ces derniers sont destinés aux « lecteurs multimédia et dispositifs portables », mais également en ce qu’ils sont destinés aux « ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques ». Elle fait valoir, par exemple, que rien n’empêcherait l’utilisation d’un étui de transport destiné à un téléphone cellulaire ou à une caméra avec un de ses dispositifs portables d’enregistrement. Elle expose qu’elle commercialise elle-même des étuis destinés à ses propres produits.

87 L’EUIPO fait valoir que la chambre de recours n’a retenu à bon droit qu’une similitude partielle des produits en cause. En effet, les enregistreurs portables commercialisés par la requérante seraient différents des « ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques et tablettes électroniques » auxquels sont destinés les étuis de transport et les supports couverts par la marque demandée. L’enregistreur vidéo portable commercialisé par la requérante ne pourrait en particulier pas être assimilé à une caméra. De plus, le design des étuis de transport serait souvent propre aux équipements que ces derniers sont destinés à contenir, de sorte que les étuis de transport seraient des produits spécifiques, ce qui permettrait d’écarter les doutes sur leur origine commerciale. La requérante vendrait d’ailleurs des étuis de transport adaptés à ses propres produits.

88 En l’espèce, il y a lieu de tenir compte du fait que les étuis de transport et les supports sont des produits qui ne présentent une utilité qu’en ce qu’ils sont utilisés comme accessoires d’autres produits, les premiers, qui sont généralement composés de matériaux offrant une protection contre les chocs, étant destinés à protéger lors du transport les appareils qu’ils contiennent, les seconds étant quant à eux destinés à fixer ou à stabiliser un appareil d’un certain poids pour en faciliter ou en permettre l’utilisation. Ils ne sont donc directement ni comparables ni semblables aux produits couverts par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux a été démontré, mais ils peuvent en revanche être rattachés auxdits produits dans le cadre d’un rapport de complémentarité tenant à l’existence d’un lien étroit, en ce sens que l’un est indispensable ou important pour l’usage de l’autre, de sorte que les consommateurs peuvent penser que la responsabilité de la fabrication de ces produits incombe à la même entreprise (voir, en ce sens, arrêt du 22 janvier 2009, easyHotel, T‑316/07, EU:T:2009:14, point 57).

89 Les produits auxquels les étuis de transport et les supports sont destinés, tels qu’ils sont énumérés dans la liste des produits mentionnés dans la demande de marque, sont des produits électroniques, voire informatiques, en l’occurrence des « ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques, lecteurs multimédia et dispositifs portables », de taille sensiblement comparable, y compris en ce qui concerne les ordinateurs et les caméras.

90 La destination des étuis de transport et des supports apparaît identique à l’égard de tous ces produits, en l’occurrence les protéger, en ce qui concerne les étuis de transport, ou les fixer et les stabiliser, en ce qui concerne les supports.

91 À cet égard, le choix de la chambre de recours consistant à considérer différemment les étuis de transport et les supports selon qu’ils sont destinés soit aux « lecteurs multimédia et dispositifs portables », soit aux « ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques et tablettes électroniques » apparaît arbitraire et reposer sur une distinction qui n’est pas pertinente. En effet, ces appareils, qui relèvent tous de la catégorie des appareils électroniques, présentent une homogénéité au regard des matériaux et des composants dont ils sont constitués. Les étuis ou les supports qui leur sont destinés remplissent à leur égard des fonctions identiques. Dans ces conditions, dès lors que la chambre de recours a admis l’existence d’un lien de complémentarité devant aboutir à la reconnaissance d’une similitude des étuis de transport ou des supports destinés aux « lecteurs multimédia et dispositifs portables », d’une part, et des enregistreurs portables, d’autre part, elle aurait également dû admettre l’existence d’un tel lien avec lesdits étuis ou supports dès lors qu’ils sont destinés aux « ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques et tablettes électroniques ».

92 Ainsi que le relève d’ailleurs la requérante, ses enregistreurs portables pourraient aussi bien être utilisés avec des étuis destinés à des téléphones cellulaires. Peu importe que les enregistreurs portables et les téléphones cellulaires disposent eux-mêmes de fonctionnalités différentes, car cela n’a pas d’incidence sur l’utilisation des étuis de transport. Le même raisonnement peut être suivi en ce qui concerne les supports.

93 Dans ces conditions, il apparaît que la chambre de recours a commis une erreur dans son appréciation de la similitude des produits en cause en n’admettant qu’une similitude partielle alors que, compte tenu de la complémentarité avec les produits de la requérante, cette similitude aurait dû être reconnue à l’égard de la totalité des catégories « étuis de transport pour équipements électroniques, à savoir ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques, lecteurs multimédia et dispositifs portables » et « supports pour les équipements électroniques, à savoir ordinateurs, téléphones cellulaires, caméras, assistants personnels numériques, tablettes électroniques, lecteurs multimédia et dispositifs portables », désignées par la marque demandée.

– Sur la comparaison des « chargeurs de piles et batteries et chargeurs », désignés par la marque demandée, avec les produits désignés par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux a été démontré

94 La chambre de recours a estimé, au point 97 de la décision attaquée, que les « chargeurs » désignés par la marque demandée, en tant que dispositifs destinés à prolonger la durée de vie des batteries internes de nombreux appareils électroniques, n’étaient pas semblables aux appareils de la requérante, puisque rien n’indiquerait qu’ils soient utilisés ensemble. Dans ces conditions, leur finalité serait différente. Une conclusion identique a été tirée, au point 98 de la décision attaquée, en ce qui concernait les « chargeurs de piles et batteries ». Ces derniers alimenteraient un accumulateur ou une pile rechargeable en lui transmettant un courant électrique, mais aucune similitude ne pourrait être dégagée du simple fait que les appareils de la requérante utilisent le courant électrique pour fonctionner. Selon la chambre de recours, leur nature, leur finalité, leur utilisation et leurs fournisseurs seraient également différents.

95 La requérante fait grief à la chambre de recours de ne pas avoir apprécié correctement la complémentarité des « chargeurs de piles et batteries et chargeurs », désignés par la marque demandée, avec ses propres appareils, en particulier les appareils portables. Lorsque ces derniers doivent être rechargés ou que leur batterie doit être remplacée, le consommateur aurait le choix entre des batteries neuves et une alimentation supplémentaire qui pourrait être fournie par un dispositif externe tel qu’un chargeur. Le consommateur serait alors tenté de faire l’acquisition de chargeurs commercialisés sous la même marque que les appareils portables de la requérante. La requérante invoque également une erreur d’appréciation de la chambre de recours qui n’aurait pas perçu, dans les pièces versées aux débats, que l’appareil portable dénommé « Q3HD » était doté de piles rechargeables avec un adaptateur CA, lequel fonctionnerait comme un chargeur de piles. La requérante soulève par ailleurs la similitude des produits contestés, désignés par la marque demandée, avec les « batteries et piles ; machines et appareils de distribution ou commande électriques » couverts par les marques antérieures.

96 L’EUIPO fait valoir en réponse qu’il n’existerait pas de lien de complémentarité entre les produits en cause dans la mesure où il ne serait pas nécessaire d’employer une batterie rechargeable avec les appareils de la requérante. En outre, à supposer qu’une utilisation commune fût envisageable, rien n’imposerait qu’il s’agît d’une utilisation simultanée, alors que la Cour a pu retenir dans sa jurisprudence qu’un lien de complémentarité nécessitait une utilisation simultanée des produits en cause.

97 En l’espèce, il apparaît opportun d’apprécier la similitude des « chargeurs de piles et batteries et chargeurs », désignés par la marque demandée, et des adaptateurs CA, en tant que sous-catégorie des « appareils de distribution électriques », ainsi que des « câbles électriques » pour lesquels le Tribunal estime qu’une preuve de l’usage sérieux des marques antérieures a été rapportée (voir point 60 ci-dessus). La destination de ces produits, notamment les adaptateurs CA en ce qui concerne les produits commercialisés par la requérante, consiste à alimenter en électricité des appareils électriques soit directement, soit de manière différée par l’intermédiaire de piles ou de batteries. À ce titre, il y a lieu de relever, ainsi que le fait valoir la requérante, que les adaptateurs CA peuvent également être utilisés pour alimenter des piles rechargeables, ce qui s’apparente au rechargement d’une batterie. La nature, la destination et l’utilisation des produits en cause, si elles ne sont pas totalement identiques, sont néanmoins très proches. Dans ces conditions, contrairement à ce qu’a retenu la chambre de recours, il y a lieu de retenir une similitude des produits en cause couverts par les marques en conflit.

98 Il résulte de l’analyse menée aux points 68 à 97 ci-dessus que la troisième branche du moyen unique est fondée et que la chambre de recours a commis une erreur d’appréciation en se bornant à conclure à une similitude partielle des produits désignés par les marques en conflit, alors qu’il y a lieu de constater une similitude à l’égard de la totalité des produits désignés par la marque demandée, au motif soit d’une identité des produits en cause, soit d’une similitude découlant d’un lien de complémentarité.

Sur la quatrième branche, tirée d’une erreur d’appréciation du risque global de confusion

99 Selon une jurisprudence constante, constitue un risque de confusion le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Selon cette même jurisprudence, le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 33 et jurisprudence citée].

100 Cette appréciation globale implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement (arrêts du 13 septembre 2007, Il Ponte Finanziaria/OHMI, C‑234/06 P, EU:C:2007:514, point 48, et du 9 juillet 2003, GIORGIO BEVERLY HILLS, T‑162/01, EU:T:2003:199, point 32).

101 Aux fins de l’application de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement no 207/2009, un risque de confusion présuppose à la fois une identité ou une similitude des marques en conflit et une identité ou une similitude des produits ou des services qu’elles désignent. Il s’agit là de conditions cumulatives (voir arrêt du 22 janvier 2009, easyHotel, T‑316/07, EU:T:2009:14, point 42 et jurisprudence citée).

102 C’est à la lumière de ces considérations qu’il convient d’examiner si la chambre de recours a confirmé à juste titre la décision de la division d’opposition, en ce qu’elle a estimé que l’existence d’un risque de confusion permettait de ne faire droit que partiellement à l’opposition. Au préalable, il convient de procéder à l’examen de l’analyse par la chambre de recours de la similitude des signes en conflit.

– Sur la comparaison des signes en conflit

103 Il est de jurisprudence constante que l’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne les similitudes visuelles, phonétiques ou conceptuelles des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble suscitée par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).

104 La chambre de recours a considéré que la marque demandée et la marque verbale antérieure étaient identiques et que les caractéristiques de la marque figurative antérieure influaient peu sur la similitude des marques en conflit.

105 La requérante ne conteste pas cette appréciation et considère que la comparaison des marques en conflit ne peut aboutir qu’à la conclusion, d’une part, que la marque demandée et la marque verbale antérieure sont identiques et, d’autre part, que la marque demandée et la marque figurative antérieure sont presque identiques étant donné que l’élément figuratif influerait peu sur la similitude desdites marques, comme l’aurait conclu à juste titre la chambre de recours.

106 L’EUIPO conclut à l’identité des marques en conflit.

107 En l’espèce, il y a lieu de constater l’identité de la marque demandée et de la marque verbale antérieure. À l’égard de la marque figurative antérieure, la marque demandée présente un degré de similitude très élevé. Ces constatations ne sont, au demeurant, pas contestées par les parties.

– Sur l’appréciation globale du risque de confusion

108 La chambre de recours a fondé son appréciation globale du risque de confusion sur le fait que les signes en conflit étaient identiques ou très similaires et que, en ce qui concernait les produits déclarés semblables aux produits contestés, le caractère distinctif des marques antérieures devait être jugé normal. Au vu des preuves présentées, la chambre de recours a considéré que les marques antérieures ne possédaient pas un caractère distinctif élevé acquis par l’usage. Elle a estimé qu’un risque de confusion existait en ce qui concernait les produits déclarés similaires, au vu de l’identité ou de l’identité très étroite des signes en conflit, et ce indépendamment du fait que les marchés des produits en question pourraient différer. Par conséquent, elle a confirmé la décision rendue par la division d’opposition.

109 La requérante soutient, concernant l’appréciation globale du risque de confusion, que, étant donné l’identité des signes en conflit, l’exigence de similitude des produits ne devrait pas être aussi élevée qu’en cas de signes simplement similaires. Le risque de confusion serait renforcé par le degré de similitude élevé des produits en cause, de sorte qu’un risque de confusion en ce qui concerne la provenance ou l’origine commerciale des produits existerait chez les consommateurs pertinents.

110 L’EUIPO conclut à la confirmation de la décision attaquée en faisant valoir que, en ce qui concerne les produits couverts par les marques en conflit qui ont été considérés comme différents, ces différences sont telles que le public pertinent n’estimera pas que lesdits produits ont la même origine commerciale ou qu’ils proviennent d’entreprises liées économiquement, surtout en l’absence de renommée des marques antérieures.

111 En l’espèce, rien n’indique l’existence d’un lien conceptuel particulier entre la majeure partie des produits désignés par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux a été démontré et lesdites marques, ni d’ailleurs un caractère distinctif accru en raison de leur usage pendant la période pertinente. Par conséquent, dans le cadre de l’examen du risque de confusion, le caractère distinctif des marques antérieures doit être considéré comme normal.

112 Les signes en conflit sont, d’une part, identiques s’agissant de la marque verbale antérieure et de la marque demandée et, d’autre part, fortement similaires s’agissant de la marque figurative antérieure et de la marque demandée, ainsi que cela a été constaté au point 107 ci-dessus.

113 En ce qui concerne la comparaison entre les produits désignés par la marque demandée et ceux désignés par les marques antérieures pour lesquels un usage sérieux desdites marques doit être reconnu, ainsi qu’il résulte du point 98 ci-dessus, il existe une similitude desdits produits au motif soit d’une identité, soit d’un lien de complémentarité.

114 Partant, compte tenu du degré de similitude des signes en conflit et des produits désignés par ces derniers, il existe un risque de confusion tenant au fait que le public pertinent puisse croire que les produits en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement.

115 Dans ces conditions, la quatrième branche et le moyen unique auquel elle se rattache sont fondés. Par conséquent, il convient de faire droit au chef de conclusions de la requérante tendant à ce que la décision attaquée soit annulée, dans la mesure où la chambre de recours a rejeté le recours formé à l’encontre de la décision de la division d’opposition en ce que cette dernière n’avait accueilli que partiellement l’opposition.

Sur les dépens

116 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.

117 L’EUIPO ayant succombé, il y a lieu de le condamner aux dépens, conformément aux conclusions de la requérante.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (deuxième chambre)

déclare et arrête :

1) La décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 7 septembre 2016 (affaire R 1235/2015‑5), relative à une procédure d’opposition entre Kabushiki Kaisha Zoom et Leedsworld, Inc. est annulée.

2) Le recours est rejeté pour le surplus.

3) L’EUIPO est condamné aux dépens.

Prek

Schalin

Costeira

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 24 avril 2018.

Signatures


* Langue de procédure : l’anglais.

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