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AccueilDroit européen62017TJ0699_RES
Jurisprudence CJUE62017TJ0699_RES

Jurisprudence CJUE — 62017TJ0699_RES

CELEX62017TJ0699_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 27 janvier 2021

Texte intégral

Affaire T‑699/17

République de Pologne

contre

Commission européenne

Arrêt du Tribunal (troisième chambre élargie) du 27 janvier 2021

« Environnement – Directive 2010/75/UE – Émissions industrielles – Décision d’exécution (UE) 2017/1442 – Grandes installations de combustion – Conclusions sur les meilleures techniques disponibles (MTD) – Article 16, paragraphes 4 et 5, TUE – Article 3, paragraphes 2 et 3, du protocole (no 36) sur les dispositions transitoires – Application de la loi dans le temps – Comitologie »

  1. Droit de l’Union européenne – Interprétation – Méthodes – Interprétation littérale, systématique, historique et téléologique

    (voir point 34)

  2. Traités de l’Union – Dispositions transitoires – Procédures d’adoption des actes de droit dérivé – Dispositions transitoires concernant la définition de la majorité qualifiée – Champ d’application ratione temporis

    (Art. 16 TUE, § 4 et 5 ; protocole no 36 annexé aux traités UE et FUE, art. 3)

    (voir points 35-56)

  3. Recours en annulation – Moyens – Violation des formes substantielles – Non-respect des modalités de vote d’un acte de droit dérivé – Conséquences – Annulation de l’acte entaché du vice – Nécessité d’un préjudice – Absence

    (Art. 263 TFUE)

    (voir point 58)

  4. Recours en annulation – Arrêt d’annulation – Effets – Limitation par la Cour – Maintien des effets de l’acte attaqué jusqu’au remplacement de ce dernier dans un délai raisonnable – Justification – Sécurité juridique – Prévention d’une discontinuité ou d’une régression dans la mise en œuvre des politiques conduites par l’Union

    (Art. 264, 2d al., TFUE)

    (voir points 61-65)

Résumé

Le 9 mars 2017, la Commission a présenté au comité établi par la directive relative aux émissions industrielles ( 1 ) (ci-après le « comité ») un projet de décision d’exécution fixant les conclusions sur les meilleures techniques disponibles (ci-après « MTD ») pour les grandes installations de combustion. Conformément à ladite directive ( 2 ), ses conclusions sur les MTD servent de référence pour la fixation des conditions d’autorisation d’exploitation des grandes installations de combustion délivrées par les autorités des États membres.

À cet égard, la directive relative aux émissions industrielles prévoit que les conclusions sur les MTD sont adoptées en deux étapes ( 3 ). La première étape consiste à établir un document technique de référence sur les MTD. Dans la seconde étape, la Commission présente un projet de décision d’exécution concernant les conclusions sur les MTD au comité, qui est composé de représentants des États membres. Lorsque ce comité émet un avis favorable, la Commission adopte une décision d’exécution fixant les conclusions sur les MTD.

Concernant, plus particulièrement, l’adoption du projet présenté par la Commission dont il est ici question, le règlement sur la comitologie ( 4 ) exigeait, en outre, que l’avis du comité soit émis à la majorité qualifiée définie à l’article 16, paragraphes 4 et 5, TUE.

Dans ce contexte, la République de Pologne a demandé, le 30 mars 2017, que le comité adopte son avis selon les règles de vote à la majorité qualifiée prévues à l’article 3, paragraphe 3, du protocole (no 36) sur les dispositions transitoires ( 5 ) (ci-après le « protocole no 36 »), qui correspondent à celles applicables avant l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, conformément à l’article 3, paragraphe 2, dudit protocole. Cette dernière disposition prévoit que, entre le 1er novembre 2014 et le 31 mars 2017, lorsqu’une délibération doit être prise à la majorité qualifiée, un membre du Conseil peut demander que cette délibération soit prise à la majorité qualifiée prévue à l’article 3, paragraphe 3, du protocole no 36.

Cette demande polonaise a, néanmoins, été rejetée et le comité a émis un avis favorable à la majorité qualifiée selon les nouvelles règles prévues par l’article 16, paragraphe 4, TUE. Faisant suite à cet avis, la Commission a adopté la décision d’exécution établissant les conclusions sur les MTD pour les grandes installations de combustion ( 6 ).

La République de Pologne a introduit un recours en annulation contre cette décision d’exécution, en invoquant, notamment, une violation des dispositions applicables en matière de majorité qualifiée.

Ce recours est accueilli par la troisième chambre élargie du Tribunal. Dans son arrêt, celui-ci examine la question inédite de savoir si, afin de bénéficier des règles de vote à la majorité qualifiée prévues à l’article 3, paragraphe 3, du protocole no 36, correspondant à celles applicables avant l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, il suffit pour un État membre d’en faire la demande entre le 1er novembre 2014 et le 31 mars 2017, ou s’il est nécessaire que la décision soit également prise au cours de cette période.

Appréciation du Tribunal

En se basant sur une interprétation littérale, systématique, historique et téléologique de l’article 3, paragraphe 2, du protocole no 36, le Tribunal juge que, pour voir un projet d’acte adopté selon les règles de la majorité qualifiée prévues à l’article 3, paragraphe 3, du protocole no 36, il suffit que l’application de ces règles soit demandée par un État membre entre le 1er novembre 2014 et le 31 mars 2017, sans qu’il soit nécessaire que le vote du projet d’acte en question intervienne également entre ces dates.

En effet, le droit conféré aux États membres de demander, durant la période comprise entre le 1er novembre 2014 et le 31 mars 2017, le vote à la majorité qualifiée selon les règles prévues à l’article 3, paragraphe 3, du protocole no 36, implique nécessairement que, à la suite de l’introduction d’une telle demande par un État membre, le vote soit pris selon ces mêmes règles, et ce même lorsque ce vote a lieu après le 31 mars 2017. Selon le Tribunal, seule une telle interprétation est susceptible d’assurer qu’un État membre puisse utilement exercer, durant toute cette période, et ce jusqu’au dernier jour du délai prévu, ledit droit.

À cet égard, le tribunal précise, en outre, que l’article 3, paragraphe 2, du protocole no 36 constitue une disposition transitoire, régissant une des trois étapes transitoires en matière de l’application des règles sur les votes à la majorité qualifiée après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, et non pas une exception à la règle fixée à cet égard à l’article 16, paragraphe 4, TUE.

Cette interprétation est également corroborée par le principe de sécurité juridique, qui exige notamment qu’une réglementation permette aux intéressés de connaître avec exactitude l’étendue des obligations qu’elle leur impose et que ces derniers puissent connaître sans ambiguïté leurs droits et leurs obligations et prendre leurs dispositions en conséquence.

Comme le non-respect des modalités de vote constitue une violation des formes substantielles au sens de l’article 263 TFUE, le tribunal accueille le recours en annulation de la décision d’exécution établissant les conclusions sur les MTD pour les grandes installations de combustion.

Toutefois, comme l’annulation de cette décision d’exécution avec effet immédiat serait susceptible de mettre en péril des conditions d’autorisation uniformes pour les grandes installations de combustion dans l’Union, risquerait de causer une insécurité juridique pour les parties intéressées et irait à l’encontre des objectifs d’assurer un niveau élevé de protection de l’environnement et d’améliorer la qualité de l’environnement, le Tribunal maintient les effets de cette décision jusqu’à l’entrée en vigueur, dans un délai raisonnable, d’un nouvel acte appelé à la remplacer et adopté selon les règles de la majorité qualifiée prévues à l’article 3, paragraphe 3, du protocole no 36.


( 1 ) Article 75 de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil, du 24 novembre 2010, relative aux émissions industrielles (prévention et réduction intégrées de la pollution) (JO 2010, L 334, p. 17) (ci-après la « directive relative aux émissions industrielles »).

( 2 ) Article 14, paragraphe 3, de la directive relative aux émissions industrielles.

( 3 ) Article 13 de la directive relative aux émissions industrielles et annexe de la décision d’exécution 2012/119/UE de la Commission, du 10 février 2012, établissant les lignes directrices sur la collecte de données, sur l’élaboration de documents de référence MTD et sur leur assurance qualité, visées par la directive 2010/75 (JO 2012, L 63, p. 1).

( 4 ) Article 5 du règlement (UE) no 182/2011 du Parlement européen et du Conseil, du 16 février 2011, établissant les règles et les principes généraux relatifs aux modalités de contrôle par les États membres de l’exercice des compétences d’exécution par la Commission (JO 2011, L 55, p. 13).

( 5 ) Protocole (no 36) sur les dispositions transitoires (JO 2016, C 202, p. 321).

( 6 ) Décision d’exécution (UE) 2017/1442 de la Commission, du 31 juillet 2017, établissant les conclusions sur les meilleures techniques disponibles (MTD), au titre de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil, pour les grandes installations de combustion (JO 2017, L 212, p. 1).

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