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AccueilDroit européen62018CJ0595_RES
Jurisprudence CJUE62018CJ0595_RES

Jurisprudence CJUE — 62018CJ0595_RES

CELEX62018CJ0595_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 27 janvier 2021

Texte intégral

Affaire C‑595/18 P

The Goldman Sachs Group Inc.

contre

Commission européenne

Arrêt de la Cour (deuxième chambre) du 27 janvier 2021

« Pourvoi – Concurrence – Ententes – Marché européen des câbles électriques – Répartition du marché dans le cadre de projets – Règlement (CE) no 1/2003 – Article 23, paragraphe 2 – Imputabilité du comportement infractionnel d’une société à une autre – Présomption de l’exercice effectif d’une influence déterminante – Entité contrôlant 100 % des droits de vote associés aux actions d’une autre société »

  1. Concurrence – Règles de l’Union – Infractions – Imputation – Société mère et filiales – Unité économique – Critères d’appréciation – Présomption d’une influence déterminante exercée par la société mère sur les filiales détenues en totalité ou en quasi-totalité par celle-ci – Société mère se trouvant dans une situation analogue – Société mère ayant la possibilité d’exercer l’ensemble des droits de vote associés aux actions de sa filiale

    (Art. 101 TFUE ; règlement du Conseil no 1/2003, art. 23, § 2)

    (voir points 31-36)

  2. Concurrence – Règles de l’Union – Infractions – Imputation – Société mère et filiales – Unité économique – Critères d’appréciation – Présomption d’une influence déterminante exercée par la société mère sur les filiales détenues en totalité ou en quasi-totalité par celle-ci – Caractère réfragable – Combinaison de la présomption d’exercice d’une influence déterminante par la société mère sur les filiales détenues en totalité ou en quasi-totalité avec d’autres éléments de preuve

    (Art. 101 TFUE)

    (voir point 40)

  3. Concurrence – Règles de l’Union – Infractions – Imputation – Société mère et filiales – Unité économique – Critères d’appréciation – Exercice d’une influence déterminante sur le comportement de la filiale pouvant être déduit d’un faisceau d’indices relatifs aux liens économiques, organisationnels et juridiques avec sa société mère – Circonstances permettant d’attester de l’existence d’une influence déterminante – Contrôle effectif du conseil d’administration de la filiale – Administrateurs siégeant dans le conseil d’administration d’une société liés à l’autre société au travers de services de conseil ou de contrats de consultant

    (Art. 101 TFUE)

    (voir points 93-95)

Résumé

The Goldman Sachs Group (ci-après la « requérante ») est une société établie aux États-Unis qui agit en tant que banque d’affaires et société de placement sur les principales places financières mondiales. Du 29 juillet 2005 au 28 janvier 2009 (ci-après la « période infractionnelle »), elle a été la société mère (indirecte), par l’intermédiaire de certains fonds qu’elle avait établis, de Prysmian SpA ainsi que de la filiale à part entière de celle-ci, Prysmian Cavi e Sistemi Srl, deux sociétés établies en Italie, qui constituent ensemble le groupe Prysmian, un acteur mondial du secteur des câbles électriques sous-marins et souterrains. Alors que sa participation dans le capital de Prysmian était initialement de 100 % des parts, elle a ultérieurement diminué pour s’élever à 84,4 % lors de l’introduction en bourse d’une partie du capital de Prysmian le 3 mai 2007 ( 1 ).

À l’issue d’une enquête ouverte en 2008, la Commission a, par décision du 2 avril 2014 ( 2 ) (ci-après la « décision litigieuse »), d’une part, constaté l’existence d’une infraction unique et continue à l’article 101 TFUE dans le « secteur des câbles électriques à (très) haute tension souterrains et /ou sous-marins » consistant en une répartition du marché mondial entre les principaux producteurs européens, japonais et sud-coréens visés et, d’autre part, infligé des amendes pour leur participation à l’entente en cause.

La responsabilité de la requérante a été retenue en tant que société mère de Prysmian pendant la période infractionnelle, en distinguant entre la situation qui prévalait jusqu’à l’introduction en bourse d’une partie du capital de Prysmian et la situation ultérieure. Ainsi, en ce qui concerne la première période, la Commission a retenu que la requérante était restée dans une situation analogue à celle d’un propriétaire unique et exclusif, en dépit des cessions de parts intervenues, de sorte qu’il pouvait être présumé, conformément aux principes jurisprudentiels établis par la Cour ( 3 ), qu’elle avait exercé une influence déterminante sur le comportement de Prysmian sur le marché. En outre, en ce qui concerne l’intégralité de la période infractionnelle, la Commission s’est appuyée sur un ensemble d’éléments révélant les liens économiques, organisationnels et juridiques existant entre la requérante et Prysmian pour conclure à l’exercice effectif d’une telle influence déterminante.

Contestant l’analyse ainsi suivie par la Commission en vue de lui imputer l’infraction en cause, Goldman Sachs a saisi le Tribunal d’un recours tendant, d’une part, à l’annulation de la décision litigieuse, en tant qu’elle la concernait, et, d’autre part, à la réduction du montant de l’amende qui lui avait été infligée, qui a été rejeté dans son intégralité par arrêt du Tribunal du 12 juillet 2018 ( 4 ). Dans son arrêt du 27 janvier 2021, la Cour rejette le pourvoi formé par Goldman Sachs à l’encontre de l’arrêt du Tribunal. Dans ce contexte, la Cour apporte de nouvelles précisions sur les conditions d’engagement de la responsabilité des sociétés mères du fait de leur filiale en cas d’infraction aux règles de la concurrence.

Appréciation de la Cour

En premier lieu, la Cour juge que c’est à bon droit que le Tribunal a considéré que, dès lors qu’une société mère détient l’ensemble des droits de vote associés aux actions de sa filiale, la Commission est en droit de se fonder sur une présomption de l’exercice effectif d’une influence déterminante de cette société mère sur le comportement de sa filiale sur le marché. En effet, la Cour rappelle que la présomption de l’exercice effectif d’une influence déterminante telle que consacrée par sa jurisprudence vise à permettre de tenir la société mère pour responsable du comportement de sa filiale, à moins qu’elle parvienne à démontrer que cette dernière se comporte de façon autonome sur le marché. Ainsi, sa mise en œuvre n’impose pas à la Commission de produire d’indices susceptibles d’établir l’exercice effectif d’une telle influence. À cet égard, la Cour précise que ce n’est pas la simple détention de la totalité ou de la quasi-totalité du capital de la filiale en elle-même qui fonde la présomption, mais le degré de contrôle de la société mère sur sa filiale qui en résulte. Or, lorsqu’une société mère détient l’ensemble des droits de vote associés aux actions de sa filiale, sans pour autant en être l’unique actionnaire, elle peut exercer une influence déterminante sur le comportement de cette dernière. Observant que la détention par la requérante de l’ensemble des droits de vote associés aux actions de sa filiale n’était pas contestée, la Cour conclut que le Tribunal n’encourt pas les critiques du pourvoi pour avoir assimilé une telle situation à celle d’une société détenant la totalité ou la quasi-totalité du capital de sa filiale au regard des conditions d’application de la présomption de l’exercice effectif d’une influence déterminante.

En second lieu, en ce qui concerne l’examen des éléments sur lesquels la Commission s’est fondée pour conclure que la requérante avait exercé une influence déterminante sur le comportement de sa filiale sur le marché au cours de l’ensemble de la période infractionnelle, la Cour note que la Commission s’est appuyée, s’agissant de la première période, sur un double fondement pour tenir la requérante pour responsable de l’infraction, à savoir une présomption de l’exercice effectif d’une influence déterminante, au motif que la requérante détenait l’ensemble des droits de vote associés aux actions de Prysmian, et sa conclusion selon laquelle la requérante avait effectivement exercé une telle influence sur Prysmian. Étant donné que la Commission était en droit de se fonder sur une telle présomption, ainsi qu’il ressort de ce qui précède, et que le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit en concluant que la requérante n’avait pas réussi à renverser cette présomption, la Cour considère que le pourvoi est inopérant dans la mesure où il vise les conclusions du Tribunal en ce qui concerne le deuxième fondement sur lequel la Commission s’est appuyée pour tenir la requérante pour responsable de l’infraction en cause dans cette période.

S’agissant de la période après l’introduction en bourse d’une partie du capital de Prysmian, la Cour juge que le Tribunal n’a pas commis d’erreur de droit en considérant que des liens personnels entre la société mère et sa filiale autres que ceux résultant d’un cumul de fonctions pouvaient être pertinents à cet égard, dans la mesure où de tels liens sont susceptibles de caractériser l’existence d’une entité économique unique. C’est donc à bon droit que le Tribunal a admis la pertinence de liens personnels tenant à l’exercice, par l’administrateur d’une société, d’activités de conseil pour l’autre société.

Enfin, la Cour observe qu’aucune réduction d’amende n’a été accordée à Prysmian du fait du caractère infructueux du recours introduit par les sociétés de ce groupe ( 5 ), de sorte que la requérante ne pouvait prétendre se voir en accorder le bénéfice. En conséquence, le pourvoi est rejeté dans son intégralité.


( 1 ) Au cours de la période infractionnelle, la période antérieure à l’introduction en bourse d’une partie du capital de Prysmian sera désignée ci-après par l’expression « première période ».

( 2 ) Décision C(2014)2139 final de la Commission européenne, du 2 avril 2014, relative à une procédure d’application de l’article 101 TFUE et de l’article 53 de l’accord EEE (affaire AT.39610 - Câbles électriques).

( 3 ) Arrêt du 10 septembre 2009, Akzo Nobel e.a./Commission (C‑97/08 P, EU:C:2009:536, point 58). Voir également arrêts du 24 juin 2015, Fresh Del Monte Produce/Commission et Commission/Fresh Del Monte Produce (C‑293/13 P et C‑294/13 P, EU:C:2015:416, point 75 ainsi que jurisprudence citée) et du 28 octobre 2020, Pirelli & C./Commission (C-611/18 P, non publié, EU:C:2020:868, point 68 ainsi que jurisprudence citée).

( 4 ) Arrêt du 12 juillet 2018, The Goldman Sachs Group/Commission (T‑419/14, EU:T:2018:445).

( 5 ) Arrêt du 12 juillet 2018, Prysmian et Prysmian Cavi e Sistemi/Commission (T‑475/14, EU:T:2018:448), confirmé par l’arrêt du 24 septembre 2020, Prysmian et Prysmian Cavi e Sistemi/Commission (C‑601/18 P, EU:C:2020:751).

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