| CELEX | 62018TJ0548_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 13 janvier 2021 |
Affaire T‑548/18
Lars Helbert
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle
Arrêt du Tribunal (quatrième chambre) du 13 janvier 2021
« Fonction publique – Recrutement – Avis de concours – Concours général EUIPO/AD/01/17 – Décision de ne pas inscrire le nom du requérant sur la liste de réserve du concours – Composition du jury – Stabilité – Responsabilité »
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation – Portée – Application cohérente des critères d’évaluation à tous les candidats lors des épreuves orales
(Statut des fonctionnaires, art. 27 et annexe III, art. 3)
(voir points 31-33, 65)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation – Absence d’une partie des membres du jury lors de chaque entretien – Examen des candidats lors des entretiens par deux membres du jury – Justification par la diversité linguistique des candidats et l’indisponibilité des membres du jury – Inadmissibilité
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 3)
(voir points 38, 40, 41, 44-47, 50-54, 60-63)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante – Nécessité de mesures de coordination de nature à garantir un traitement égal et une évaluation cohérente et objective des candidats – Portée – Échanges entre les membres du jury avant, pendant et après les épreuves – Définition de la méthodologie et des critères d’évaluation avant les épreuves – Rôle de coordination du président et du vice-président du jury – Études et analyses destinées à vérifier la cohérence des notations – Insuffisance des mesures de coordination mises en œuvre – Inadmissibilité
(voir points 66, 74, 76, 78, 86, 91, 97, 100, 101, 103-105, 110, 111)
Fonctionnaires – Concours – Concours sur titres et épreuves – Appréciation des mérites des candidats – Réexamen des candidatures – Examen comparatif des écarts entre les notes à l’origine de la demande de réexamen et celles présentant un caractère anormalement bas – Absence de réunion du jury dans son entière composition pour adopter les décisions finales – Inadmissibilité
(voir points 82-85)
Fonctionnaires – Concours – Jury – Composition – Stabilité suffisante pour assurer l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation – Absence – Violation des formes substantielles – Conséquences
(Statut des fonctionnaires, annexe III, art. 3)
(voir point 113)
Résumé
Le 12 janvier 2017, l’Office européen de sélection du personnel (EPSO) a publié l’avis de concours général EUIPO/AD/01/17. Ce concours visait à la constitution d’une liste de réserve en vue du recrutement d’administrateurs par l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO).
Le requérant, M. Lars Helbert, s’est porté candidat à ce concours et a été invité au centre d’évaluation, où il a passé les épreuves.
Par la suite, l’EPSO a informé le requérant que le jury avait décidé de ne pas l’inscrire sur la liste de réserve des lauréats du concours au motif qu’il ne faisait pas partie des candidats ayant obtenu les meilleures notes. Le jury a confirmé sa décision initiale à la suite de la demande de réexamen du requérant. Ce dernier a déposé une réclamation auprès de l’EUIPO, laquelle a été rejetée.
À la suite du rejet de la réclamation, le requérant a saisi le Tribunal d’un recours en annulation de la décision initiale du jury du concours de ne pas l’inscrire sur la liste de réserve des lauréats et de la décision du jury prise après réexamen. Cette seconde décision, formant l’acte faisant grief au sens de l’article 90, paragraphe 2, du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, constitue la « décision attaquée ».
Le requérant a contesté, notamment, l’absence de stabilité dans la composition du jury durant les épreuves orales du concours dans la mesure où tous les membres du jury n’étaient pas présents à l’ensemble de ces épreuves et que, à la place, ce sont des « comités d’évaluation » composés de quelques membres seulement qui ont examiné, chacun, un nombre limité de candidats. Il invoque également l’insuffisance des mesures de coordination mises en œuvre pour assurer une évaluation cohérente et objective, l’égalité des chances et l’égalité de traitement des candidats. Dans ces conditions, selon lui, les principes de cohérence du jury, d’égalité des chances, d’égalité de traitement des candidats et d’objectivité des évaluations ainsi que certains points de l’avis de concours auraient été méconnus. Le requérant a également demandé l’indemnisation du préjudice moral qu’il soutient avoir subi du fait du comportement illégal du jury et de l’EUIPO.
Après avoir examiné et précisé les garanties entourant la procédure de sélection et, plus particulièrement, les exigences de stabilité dans la composition du jury, le Tribunal a annulé la décision attaquée. Il a, en revanche, rejeté la demande d’indemnisation.
Appréciation du Tribunal
Le Tribunal rappelle que le jury est tenu de garantir l’application cohérente des critères d’évaluation à tous les candidats en assurant, notamment, la stabilité dans sa composition dans toute la mesure du possible afin d’assurer l’égalité entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation. L’exigence de stabilité s’impose de manière particulière dans les épreuves orales dès lors que ces épreuves sont par nature moins uniformisées que les épreuves écrites.
Dans le cas d’espèce, le Tribunal constate que la composition du jury a connu une fluctuation très importante au cours des épreuves orales.
Toutefois, des problèmes logistiques peuvent, de manière exceptionnelle, justifier un assouplissement de la rigueur de la règle de la stabilité dans la composition du jury. Il en est ainsi, notamment, lorsque, dans un concours impliquant de nombreux candidats, l’organisation d’épreuves orales suscite d’importantes difficultés liées, d’une part, à l’organisation d’épreuves multiples pour des candidats appartenant à des groupes linguistiques différents et, d’autre part, à la nécessité, pour les membres du jury ou, en tout cas, certains d’entre eux, de respecter leurs exigences de service, lorsque les concours se déroulent sur une période relativement longue.
Cela dit, le Tribunal constate qu’aucune des raisons invoquées par l’EUIPO ne permet en l’espèce de justifier la fluctuation importante constatée dans la composition du jury. Tel est le cas, en particulier, de la diversité linguistique des candidats, compte tenu des vastes capacités linguistiques des membres du jury et de la très forte proportion d’entretiens en anglais.
La répartition des épreuves entre deux centres d’évaluation pour raccourcir la durée du concours ne peut pas non plus justifier, en soi, la constitution de 26 comités d’évaluation différents.
Quant à l’impossibilité pour certains membres du jury d’être suffisamment disponibles pour tenir un entretien avec chaque candidat, le Tribunal retient qu’il appartient aux agences et aux institutions de l’Union de libérer le personnel affecté au recrutement durant une période suffisante pour lui permettre d’assurer sa mission, au risque de ne pouvoir recruter, comme cela est requis, les fonctionnaires ou les agents présentant les plus hautes qualités de compétences, de rendement et d’intégrité. En outre, en cas d’empêchements, les membres titulaires d’un jury de concours peuvent être remplacés, lors des épreuves soutenues par certains candidats, par des membres suppléants afin de permettre au jury d’accomplir ses travaux dans un délai raisonnable.
Pourtant, il ne peut être exclu qu’en l’absence de stabilité du jury, l’égalité de traitement entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation puissent être obtenues par des moyens tels que la mise en place d’une coordination adéquate.
À cet égard, les échanges entre les membres du jury qui ont lieu avant, pendant et après les épreuves présentent une importance particulière pour garantir le respect de ces principes. Toutefois, dans le cas d’espèce, l’EUIPO n’a pas apporté d’éléments suffisants permettant d’établir que des échanges réguliers entre les membres du jury avant, pendant et après les épreuves orales du concours auraient permis d’assurer la cohérence de la notation et l’objectivité de l’évaluation des candidats et, partant, l’égalité de traitement entre ces derniers.
De même, le Tribunal observe que rien ne permet de conclure que des critères d’évaluation auraient été fixés avant le début des épreuves.
En outre, le Tribunal constate que le président et la vice-présidente du jury n’ont jamais assisté, ensemble, aux premières minutes d’un même entretien, que l’existence alléguée d’échanges de vues quotidiens entre le président et la vice-présidente du jury au sujet de la coordination des méthodes de travail des membres du jury n’est pas établie et que la vice-présidente a été absente à plusieurs réunions qui ont précédé ou suivi les épreuves du centre d’évaluation, alors que ces réunions constituaient, selon l’EUIPO, une étape clé dans la procédure visant à assurer l’égalité entre les candidats, la cohérence de la notation et l’objectivité de la notation.
À la lumière de ces considérations, le Tribunal conclut que l’EUIPO n’a pas établi l’existence de mesures suffisantes de coordination de nature à garantir que la procédure de sélection reposait sur un traitement égal et une évaluation cohérente et objective des candidats. Par conséquent, le Tribunal accueille le grief tiré d’une violation de la règle de stabilité dans la composition du jury et constate que la méconnaissance de cette règle constitue une violation des formes substantielles entraînant l’annulation de la décision attaquée.
Concernant la demande d’indemnisation, le Tribunal considère que le requérant n’ayant pas démontré que le préjudice moral invoqué était détachable de l’illégalité fondant l’annulation de la décision attaquée, cette annulation constitue en elle-même une réparation adéquate du préjudice que cette décision peut avoir causé.