| CELEX | 62018TJ0723_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 3 mars 2021 |
Affaire T‑723/18
João Miguel Barata
contre
Parlement européen
Arrêt du Tribunal (septième chambre élargie) du 3 mars 2021
« Fonction publique – Fonctionnaires – Promotion – Procédure de certification – Exclusion de la liste définitive des fonctionnaires autorisés à suivre le programme de formation – Article 45 bis du statut – Recours en annulation – Communication par lettre recommandée – Article 26 du statut – Envoi postal recommandé non retiré par son destinataire – Point de départ du délai de recours – Recevabilité – Obligation de motivation – Droit d’être entendu – Principe de bonne administration – Proportionnalité – Régime linguistique »
Fonctionnaires – Décisions individuelles – Notification – Modalités – Lettre recommandée avec avis de réception – Caractère sûr de la communication
(Statut des fonctionnaires, art. 25, 2d al., et 26, 3e al.)
(voir points 25-27)
Recours des fonctionnaires – Délais – Requête tardive – Charge de la preuve
(Statut des fonctionnaires, art. 91)
(voir point 30)
Recours des fonctionnaires – Délais – Point de départ – Notification – Notion – Non-retrait d’une décision adressée par lettre recommandée avec avis de réception – Présomption de notification à l’expiration du délai de conservation – Absence
(Art. 6, § 1, TUE ; art. 263, 6e al., 270 et 297, § 2, TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 47 et 52, § 3 et 7 ; statut des fonctionnaires, art. 26 et 91, § 3)
(voir points 31, 32, 35-38, 42-52)
Fonctionnaires – Procédure de certification – Réclamation d’un candidat non sélectionné – Décision de rejet – Obligation de motivation – Portée
(Statut des fonctionnaires, art. 25 et 45 bis)
(voir points 66-68)
Fonctionnaires – Procédure de certification – Réclamation d’un candidat non sélectionné – Décision de rejet – Obligation d’entendre l’intéressé au préalable – Absence
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 41, § 2 ; statut des fonctionnaires, art. 45 bis et 90, § 2)
(voir points 72-75)
Fonctionnaires – Procédure de certification – Conditions d’admission – Fixation par l’avis de concours – Obligation de produire des pièces justificatives – Absence d’avertissement de l’administration quant aux pièces manquantes d’un candidat – Violation du devoir de sollicitude et du principe de bonne administration – Absence
(Statut des fonctionnaires, art. 45 bis)
(voir points 80-88)
Fonctionnaires – Procédure de certification – Conditions d’admission – Fixation par l’avis de concours – Pouvoir d’appréciation de l’administration – Contrôle juridictionnel – Limites – Exigence tenant à l’inclusion d’une liste des annexes, sous peine de rejet de la candidature – Violation du principe de proportionnalité – Absence
(Statut des fonctionnaires, art. 45 bis)
(voir points 94-103)
Fonctionnaires – Procédure de certification – Conditions d’admission – Fixation par l’avis de concours – Langues de communication entre l’administration et les candidats – Limitation – Admissibilité – Violation du devoir de sollicitude – Absence
(Art. 3, § 3, TUE ; art. 24, 4e al., TFUE ; charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 22 et 41, § 4 ; statut des fonctionnaires, article 1er quinquies, § 1 et 6, et 45 bis ; règlement du Conseil no 1, art. 2)
(voir points 110-115, 119-121)
Fonctionnaires – Procédure de certification – Avis de concours – Obligation de publication dans toutes les langues officielles de l’Union – Absence
(Règlement no 1 du Conseil, art. 2 ; statut des fonctionnaires, art. 45 bis)
(voir points 122, 123)
Résumé
Le 22 septembre 2017, le Parlement européen a publié un appel à candidatures (ci-après l’« avis de concours ») pour la campagne de certification 2017, afin de sélectionner des fonctionnaires du groupe de fonctions AST susceptibles d’être nommés à un emploi du groupe de fonctions AD en application de l’article 45 bis du statut des fonctionnaires de l’Union européenne (ci-après le « statut »). Le requérant, un fonctionnaire du Parlement européen, s’est porté candidat à la procédure en cause.
L’autorité investie du pouvoir de nomination auprès du Parlement (ci-après l’« AIPN ») a rejeté cette candidature comme étant irrecevable, au motif que celle-ci n’était pas accompagnée d’une liste des annexes, tel qu’exigé par l’avis de concours. L’AIPN a confirmé son rejet par deux décisions prises à la suite de procédures internes de réexamen entamées par le requérant.
Par décision du 23 juillet 2018, l’AIPN a rejeté les réclamations du requérant dirigées contre les décisions de rejet de ses demandes, tout en confirmant ses décisions antérieures. Le Parlement a adressé cette dernière décision par lettre recommandée avec avis de réception au domicile du requérant. Le 25 juillet 2018, le service postal belge a présenté cette lettre au domicile du requérant et, en l’absence de ce dernier, a déposé un avis de passage. Ladite lettre n’ayant pas été retirée par le requérant, le service postal belge l’a renvoyée au Parlement le 9 août 2018. En outre, le 28 août 2018, le Parlement a envoyé un courrier électronique au requérant auquel était annexée la décision du 23 juillet 2018, dont ce dernier confirme avoir pris connaissance le même jour.
Le 7 décembre 2018, le requérant, prétendant que le délai de recours avait commencé à courir à compter de la date de sa prise de connaissance du courrier électronique, a introduit un recours devant le Tribunal, visant l’annulation des décisions de ne pas admettre sa candidature ainsi que l’annulation de l’avis de concours.
Le Tribunal, tout en jugeant que le recours a été introduit dans le délai prévu à cet effet, l’a, néanmoins, rejeté comme non fondé. Dans son arrêt, le Tribunal clarifie la jurisprudence de l’Union en ce qui concerne la fixation du point de départ des délais de recours dans les litiges régis par le statut lorsqu’une décision individuelle est adressée par lettre recommandée avec avis de réception, sans pour autant être retirée par son destinataire.
Par ailleurs, l’arrêt comporte un complément jurisprudentiel en ce qui concerne l’application du règlement no 1/58 sur le régime linguistique ( 1 ) dans l’hypothèse d’une procédure de certification, à savoir un concours interne réservé à certains fonctionnaires.
Appréciation du Tribunal
Le Tribunal constate, tout d’abord, que, l’administration est en principe libre de choisir la méthode qu’elle estime la plus appropriée au regard des circonstances de l’espèce afin de procéder à la notification d’une décision de rejet d’une réclamation, le statut n’imposant aucun ordre de priorité entre les différentes méthodes envisageables, telles que la voie électronique ou la lettre recommandée avec avis de réception.
Le Tribunal rappelle, à cet égard, qu’une décision est dûment notifiée dès lors qu’elle est communiquée à son destinataire et que celui-ci est mis en mesure d’en prendre connaissance. Cette dernière condition se trouve remplie lorsque le destinataire est mis en mesure de prendre connaissance du contenu de cette décision ainsi que des motifs sur lesquels celle-ci repose.
Le Tribunal relève, par ailleurs, qu’aucune disposition figurant dans le statut ou dans d’autres instruments normatifs de l’Union européenne ne précise que, en cas de notification infructueuse d’une lettre recommandée, le point de départ du calcul du délai de recours est reporté à l’expiration du délai de conservation de cette lettre par la poste plutôt qu’à la date de prise de connaissance effective du contenu de cette lettre.
Le Tribunal conclut que, dans le silence des textes applicables actuellement en vigueur, la sécurité juridique et la nécessité d’éviter toute discrimination ou tout traitement arbitraire dans la bonne administration de la justice s’opposent à l’application, en l’espèce, d’une présomption de notification. C’est donc à tort que le Parlement prétend que seule la notification par l’envoi de la lettre recommandée doit être prise en considération aux fins du calcul du délai de recours, quand bien même cette dernière n’a pas été retirée dans le délai accordé par les services postaux belges. Par conséquent, comme c’est le 28 août 2018 que le requérant a eu pleine connaissance de la décision du 23 juillet 2018, le délai de recours a commencé à courir à compter du 28 août 2018.
S’agissant de la prétendue violation du régime linguistique de l’Union, en ce que le Parlement a omis d’utiliser, dans l’avis de concours ainsi que dans la décision du 23 juillet 2018, la langue maternelle du requérant, à savoir le portugais, le Tribunal rappelle qu’une dérogation audit régime peut être justifiée au regard du caractère interne d’un concours réservé aux fonctionnaires et agents en fonction auprès d’une institution. Le fait que des documents adressés par l’administration à l’un de ses fonctionnaires soient rédigés dans une langue autre que la langue maternelle de ce fonctionnaire n’est constitutif d’aucune violation des droits dudit fonctionnaire, s’il possède une maîtrise de la langue utilisée par l’administration lui permettant de prendre effectivement et facilement connaissance du contenu des documents en question. Le Tribunal relève, à cet égard, que le requérant a indiqué, dans son formulaire de candidature, posséder un très bon niveau de la langue effectivement utilisée dans l’avis de concours et dans la décision du 23 juillet 2018 et qu’il s’est servi lui-même de cette langue pour communiquer avec l’administration pendant la procédure précontentieuse.
Le Tribunal conclut que la procédure de certification en cause dans la présente affaire ne constitue pas un concours externe obligatoirement publié au Journal officiel de l’Union européenne dans toutes les langues officielles et ouvert à tous les citoyens de l’Union, mais un concours interne réservé à certains fonctionnaires ayant plus de six ans d’ancienneté. C’est donc sans enfreindre les principes régissant le régime linguistique de l’Union que le Parlement a pu s’abstenir de publier en langue portugaise l’avis de concours. C’est également sans méconnaître lesdits principes que, dans cet avis, le Parlement a demandé au requérant de communiquer avec lui dans une langue autre que la langue portugaise et de disposer d’une maîtrise adéquate de la langue anglaise ou de la langue française.
( 1 ) Règlement no 1 du Conseil, du 15 avril 1958, portant fixation du régime linguistique de la Communauté économique européenne (JO 1958, 17, p. 385), tel que modifié par le règlement (UE) no 517/2013 du Conseil, du 13 mai 2013 (JO 2013, L 158, p. 1).