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AccueilDroit européen62021CC0587
Arrêt CJUE62021CC0587

Conclusions de l'avocat général M. P. Pikamäe, présentées le 7 décembre 2023.#DD contre Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA).#Pourvoi – Fonction publique – Agents temporaires – Procédure disciplinaire – Statut des fonctionnaires de l’Union européenne – Annexe IX – Article 3 – Exécution des arrêts du Tribunal de la fonction publique et du Tribunal de l’Union européenne – Annulation des décisions de l’autorité investie du pouvoir de nomination – Pouvoir d’appréciation – Obligation de reprendre la procédure au point précis où l’illégalité est intervenue – Droits de la défense – Droit d’être entendu – Article 29 – Réparation du préjudice subi.#Affaire C-587/21 P.

CELEX62021CC0587
TypeArrêt CJUE
Datejeudi 7 décembre 2023

Résumé IA

Cet avis de l'Avocat général concerne l'exécution d'un arrêt annulant une décision disciplinaire dans la fonction publique européenne. Il précise que l'autorité de nomination, lorsqu'elle reprend la procédure après annulation, doit repartir du stade où l'irrégularité s'est produite, en respectant pleinement les droits de la défense. L'avis traite également de l'étendue de l'obligation de réparation du préjudice subi par l'agent concerné.

Texte intégral

CONCLUSIONS DE L’AVOCAT GÉNÉRAL

M. PRIIT PIKAMÄE

présentées le 7 décembre 2023 ( 1 )

Affaire C‑587/21 P

DD

contre

Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA)

« Pourvoi – Fonction publique – Agents temporaires – Procédure disciplinaire – Exécution des arrêts du Tribunal de la fonction publique et du Tribunal de l’Union européenne – Article 3 de l’annexe IX du statut des fonctionnaires de l’Union européenne – Annulation du blâme – Préjudice moral – Délai de prescription non fixé par une disposition du droit de l’Union – Notion de “délai raisonnable” – Point de départ du délai raisonnable – Obligation pour le juge de l’Union de tenir compte des circonstances propres à chaque affaire – Article 32, paragraphe 2, du règlement (CE) no 45/2001 – Devoir de sollicitude – Motivation contradictoire »

I. Introduction

1.

Par son pourvoi, DD, le requérant, demande l’annulation de l’arrêt du Tribunal du 14 juillet 2021, DD/FRA (T‑632/19, ci-après l’« arrêt attaqué », EU:T:2021:434), par lequel le Tribunal a rejeté son recours fondé sur l’article 270 TFUE et tendant à la réparation du préjudice moral qu’il aurait prétendument subi et à l’annulation de la décision du directeur de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « FRA ») du 19 novembre 2018, rejetant sa demande d’indemnités.

2.

Ce pourvoi, qui relève du droit de la fonction publique de l’Union européenne, comporte huit moyens par lesquels le requérant reproche au Tribunal d’avoir commis plusieurs erreurs de droit. Conformément à la demande de la Cour, les présentes conclusions se concentreront sur le deuxième moyen du pourvoi portant, en substance, sur les limites du pouvoir d’appréciation dont dispose l’administration de l’Union lors de l’exécution, en application de l’article 266 TFUE, d’un arrêt ayant pour effet d’annuler une décision qu’elle a adoptée dans le cadre d’une procédure disciplinaire. Ce cas de figure soulève nécessairement la question de savoir dans quelle mesure l’administration est tenue de respecter les droits procéduraux du fonctionnaire ou de l’agent concerné, en particulier le droit d’être entendu.

3.

La présente affaire offre à la Cour l’opportunité de préciser sa jurisprudence en la matière, dans l’intérêt de la sécurité juridique et d’une protection effective des droits consacrés à l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte ») relatifs à une bonne administration, notamment le droit d’être entendu. Ce faisant, la Cour devra se prononcer sur la pertinence de certaines dispositions du statut des fonctionnaires de l’Union européenne, dans sa version applicable au litige (ci-après le « statut »), régissant des aspects cruciaux de la procédure disciplinaire.

II. Le cadre juridique

Le statut des fonctionnaires de l’Union européenne

4.

L’article 86 du statut, figurant au titre VI de celui-ci, intitulé « Du régime disciplinaire », est libellé comme suit :

« 1. Tout manquement aux obligations auxquelles le fonctionnaire ou l’ancien fonctionnaire est tenu, au titre du présent statut, commis volontairement ou par négligence, l’expose à une sanction disciplinaire.

2. L’autorité investie du pouvoir de nomination [(ci‑après l’« AIPN »)] ou l’Office européen de lutte antifraude [(ci-après l’« OLAF »)] peuvent ouvrir une enquête administrative, en vue de vérifier l’existence d’un manquement au sens du paragraphe 1, lorsque des éléments de preuve laissant présumer l’existence d’un manquement ont été portés à leur connaissance.

3. Les règles, procédures et sanctions disciplinaires, ainsi que les règles et procédures régissant les enquêtes administratives, sont établies à l’annexe IX. »

5.

Aux termes de l’article 3 de l’annexe IX du statut :

« Sur la base du rapport d’enquête, après avoir communiqué au fonctionnaire concerné toutes les pièces du dossier et après l’avoir entendu, l’AIPN peut :

a)

décider qu’aucune charge ne peut être retenue contre le fonctionnaire concerné, auquel cas ce dernier en est alors informé par écrit ; ou

b)

décider, même en cas de manquement ou de manquement présumé aux obligations, qu’il convient de n’adopter aucune sanction disciplinaire et, le cas échéant, adresser au fonctionnaire une mise en garde ; ou

c)

en cas de manquement aux obligations, conformément à l’article 86 du statut,

i)

décider de l’ouverture de la procédure disciplinaire prévue à la section 4 de la présente annexe, ou

ii)

décider de l’ouverture d’une procédure disciplinaire devant le conseil de discipline. »

6.

L’article 22 de l’annexe IX du statut dispose :

« 1. Après avoir entendu le fonctionnaire, l’[AIPN] prend sa décision conformément aux articles 9 et 10 de la présente annexe, dans un délai de deux mois à compter de la réception de l’avis du conseil. Cette décision doit être motivée.

2. Si l’[AIPN] décide de classer l’affaire sans prononcer de sanction disciplinaire, elle en informe le fonctionnaire concerné par écrit et sans délai. Le fonctionnaire concerné peut demander que cette décision figure dans son dossier individuel. »

7.

L’article 27 de l’annexe IX du statut prévoit :

« Le fonctionnaire ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire autre que la révocation peut, après trois ans s’il s’agit d’un avertissement par écrit ou d’un blâme, ou après six ans s’il s’agit d’autres sanctions, introduire une demande visant à ce qu’aucune mention de cette sanction ne subsiste dans son dossier individuel. L’[AIPN] décide s’il peut être fait droit à sa demande. »

8.

L’article 29 de l’annexe IX du statut est libellé comme suit :

« Si aucune charge n’a été retenue contre l’intéressé en application de l’article 1er, paragraphe 3, et de l’article 22, paragraphe 2, de la présente annexe, ce dernier a droit, sur sa demande, à la réparation du préjudice subi par une publicité adéquate de la décision de l’[AIPN]. »

III. Les antécédents du litige, la procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

A. Les antécédents du litige

9.

Le requérant, DD, a été recruté le 1er août 2000 par un organisme de l’Union, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC), devenu la FRA, en qualité d’agent temporaire au sens de l’article 2, sous a), du régime applicable aux autres agents des Communautés européennes (ci-après le « RAA »). Engagé initialement sous contrat à durée déterminée, il a bénéficié d’un contrat à durée indéterminée à partir du 16 décembre 2006.

10.

Durant l’année 2009, puis dans le cadre de l’exercice d’évaluation portant sur l’année 2011 et en particulier dans l’exercice d’une voie de recours prévue par les règles internes à la FRA contre le projet de rapport d’évaluation (ci-après l’« appel interne »), le requérant a prétendu être victime d’une discrimination fondée sur sa race ou son appartenance ethnique.

11.

Au regard des termes et du ton employés dans l’appel interne, le directeur de la FRA a ouvert une enquête administrative le 9 novembre 2012.

12.

Au terme d’une audition qui s’est tenue le 20 février 2013 et qui avait pour objet d’entendre le requérant conformément aux articles 2 et 11 de l’annexe IX du statut, applicable par analogie aux agents contractuels, le directeur de la FRA lui a infligé un blâme.

13.

Finalement, par lettre du 13 juin 2013, le directeur de la FRA a informé le requérant de sa décision de résilier son contrat à durée indéterminée (ci‑après la « décision de résiliation »).

14.

Par arrêt du 8 octobre 2015, DD/FRA (F‑106/13 et F‑25/14, ci-après l’« arrêt d’annulation », EU:F:2015:118), le Tribunal de la fonction publique a annulé le blâme. Cette annulation était motivée par le fait que le droit du requérant d’être entendu avait été violé, en ce que le directeur de la FRA avait omis de lui communiquer les conclusions de l’enquête administrative préalablement à l’audition du 20 février 2013 et ne lui avait donc pas permis de préparer utilement sa défense (arrêt d’annulation, point 63).

15.

Dans cet arrêt, le Tribunal de la fonction publique a également annulé la décision de résiliation au motif que, préalablement à l’adoption de celle-ci, le directeur de la FRA n’avait pas expressément informé le requérant que, sur la base de divers incidents, il envisageait de résilier son contrat et qu’il ne l’avait pas invité à formuler d’observation à ce sujet (arrêt d’annulation, point 90).

16.

Le Tribunal de la fonction publique a, en revanche, rejeté les conclusions indemnitaires du requérant tendant à obtenir la réparation du préjudice moral causé par l’enquête administrative pour trois motifs : premièrement, parce que le requérant ne pouvait légitimement prétendre que les griefs formulés à son égard n’étaient pas suffisamment définis pour que ladite enquête soit ouverte (arrêt d’annulation, point 74) ; deuxièmement, parce que la circonstance que l’enquête administrative avait été conduite sans que la FRA ait préalablement adopté les dispositions générales d’exécution de l’article 2 de l’annexe IX du statut afin de définir le cadre procédural de l’enquête n’était pas de nature à entacher d’irrégularité ladite enquête (arrêt d’annulation, point 75), et troisièmement, parce que, si l’audition du requérant était intervenue sans qu’il ait pu préparer utilement sa défense, force était de constater que, dans sa requête, celui-ci s’était contenté d’évoquer l’existence d’un stress et d’une anxiété au cours de l’enquête administrative, sans étayer davantage ses affirmations (arrêt d’annulation, point 76).

17.

Le Tribunal de la fonction publique a également rejeté les conclusions indemnitaires du requérant tendant à la réparation du préjudice moral résultant du fait que le blâme aurait porté injustement atteinte à son intégrité, à sa dignité et à sa réputation au sein de la FRA. Le Tribunal de la fonction publique a notamment relevé à cet égard que, puisque l’annulation du blâme résultait de la méconnaissance du droit du requérant d’être entendu, il n’était pas exclu qu’une décision différente eût été adoptée si celui-ci l’avait été. Par voie de conséquence, le Tribunal de la fonction publique a jugé que lesdites conclusions indemnitaires étaient prématurées, sauf à préjuger de l’exécution de l’arrêt d’annulation par la FRA (arrêt d’annulation, points 78 à 82).

18.

Le Tribunal de la fonction publique a aussi rejeté les conclusions indemnitaires du requérant tendant à la réparation des préjudices matériel et moral causés par l’illégalité de la décision de résiliation. En ce qui concerne le préjudice moral, le Tribunal de la fonction publique a constaté que le requérant s’était contenté d’indiquer que cette décision lui avait causé un traumatisme psychologique et avait porté atteinte à sa réputation et à sa dignité, sans démontrer que ce préjudice ne pouvait pas être intégralement réparé par l’arrêt d’annulation (point 107).

19.

Le requérant a introduit un pourvoi contre l’arrêt d’annulation, qui a été rejeté par le Tribunal par l’arrêt du 19 juillet 2017, DD/FRA (T‑742/15 P, ci‑après l’« arrêt sur pourvoi », EU:T:2017:528).

20.

Entre-temps, dès le 1er mars 2016, la FRA a réintégré le requérant dans ses fonctions et lui a versé des arriérés de salaire.

21.

Par ailleurs, le requérant avait introduit, le 12 avril 2013, une réclamation auprès du Contrôleur européen de la protection des données (ci-après le « CEPD ») au motif que l’enquête administrative avait été conduite en méconnaissance du règlement (CE) no 45/2001 du Parlement européen et du Conseil, du 18 décembre 2000, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel par les institutions et organes communautaires et à la libre circulation de ces données (JO 2001, L 8, p. 1). Le CEPD a suspendu l’examen de cette réclamation dans l’attente de l’arrêt d’annulation, puis de l’arrêt sur pourvoi.

22.

Le 18 décembre 2017, le CEPD a considéré que, à défaut d’avoir établi un cadre légal suffisant pour l’ouverture et la conduite des enquêtes administratives, l’enquête concernant le requérant avait enfreint l’article 4, l’article 5, sous a), ainsi que les articles 11 et 12 du règlement no 45/2001. Ces conclusions sont devenues définitives le 16 mars 2018, à la suite du rejet par le CEPD de demandes de réexamen émanant de l’intéressé et de la FRA.

23.

Le 19 juillet 2018, le requérant a introduit une demande, sur le fondement de l’article 90, paragraphe 1, du statut, tendant au paiement d’une somme de 100000 euros au titre d’une réparation financière pour une série d’illégalités commises par la FRA (ci‑après la « demande d’indemnités »). Premièrement, le requérant y faisait valoir que l’enquête administrative avait été ouverte sans être fondée sur un soupçon suffisamment sérieux et étayé d’une preuve qu’il aurait accusé son supérieur de discrimination raciale et que l’enquête avait plutôt été fondée sur une exagération et une manipulation. Deuxièmement, il soutenait que l’enquête administrative, la procédure disciplinaire, le blâme et la décision de résiliation constituaient une discrimination fondée sur ses origines ethniques. Troisièmement, le requérant exposait que l’ouverture et la conduite de l’enquête administrative avaient violé l’article 4, l’article 5, sous a), ainsi que les articles 11 et 12 du règlement no 45/2001. Quatrièmement, il alléguait que le blâme et la décision de résiliation avaient été fondés sur une enquête administrative illégale qui contenait des propos offensants et diffamatoires. Cinquièmement, le requérant prétendait que la FRA avait proféré des propos offensants et diffamatoires, qu’elle avait méconnu son droit à la présomption d’innocence et qu’elle s’était rendue coupable d’une violation de son droit à la vie privée et à la protection de ses données personnelles durant l’enquête administrative, durant la procédure disciplinaire, dans le blâme et dans la décision de résiliation, durant les procédures devant le Tribunal de la fonction publique, le Tribunal et la commission de contrôle budgétaire du Parlement européen, ainsi qu’en raison de la publication dans la presse d’articles concernant l’arrêt d’annulation. Selon le requérant, ces comportements, dans leur ensemble, auraient constitué un harcèlement moral. Sixièmement, il considérait que la FRA avait de la sorte violé son devoir de sollicitude en ne prenant pas en considération tous les éléments qui auraient pu influencer ses décisions et son comportement et, en particulier, en ne l’informant pas dans les meilleurs délais des reproches qui lui étaient faits. Finalement, le requérant ajoutait que toutes ces illégalités lui avaient causé du stress, de l’anxiété, de l’incertitude et un sentiment d’abandon et d’indifférence. Humilié, il aurait également souffert de la condescendance et du mépris avec lesquels il aurait été traité.

24.

Le 19 novembre 2018, l’autorité habilitée à conclure les contrats (ci‑après l’« AHCC ») a rejeté la demande d’indemnités du requérant en faisant notamment valoir que l’arrêt d’annulation avait été exécuté puisqu’il avait été réintégré dans ses fonctions et que le blâme avait été retiré de son dossier personnel.

25.

Le 14 février 2019, le requérant a introduit une réclamation que l’AHCC a rejetée le 12 juin suivant. Dans sa décision de rejet, l’AHCC a notamment indiqué que la FRA avait décidé de ne pas recommencer la procédure et que tous les actes se rapportant à l’enquête administrative avaient été effacés du dossier du requérant.

B. La procédure devant le Tribunal et l’arrêt attaqué

26.

Par requête déposée au greffe du Tribunal le 23 septembre 2019, le requérant a introduit un recours fondé sur l’article 270 TFUE et tendant, premièrement, à la réparation du préjudice moral qu’il aurait prétendument subi, deuxièmement, à l’annulation de la décision du directeur de la FRA du 19 novembre 2018, rejetant la demande d’indemnités de celui‑ci et, troisièmement, à l’annulation, si nécessaire, de la décision du 12 juin 2019, rejetant la réclamation dirigée contre la décision susmentionnée du 19 novembre 2018.

27.

À l’appui de son recours, le requérant a invoqué six chefs d’illégalité quant aux comportements reprochés à la FRA (arrêt attaqué, points 39, 51, 69, 80, 100 et 125) tirés :

–

premièrement, de ce que, après l’arrêt d’annulation, la FRA n’a pas entendu le requérant et n’a pas adopté de décision en application de l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut ;

–

deuxièmement, de ce que l’enquête administrative et la procédure disciplinaire initiale auraient été irrégulièrement ouvertes ;

–

troisièmement, de ce que la FRA n’aurait pas réparé le préjudice moral résultant du blâme annulé par l’arrêt d’annulation ;

–

quatrièmement, de ce que la FRA n’aurait pas exécuté l’arrêt d’annulation et n’aurait pas mené la procédure disciplinaire dans un délai raisonnable et de manière diligente ;

–

cinquièmement, de ce que l’ouverture et la conduite de l’enquête administrative auraient violé le règlement no 45/2001, le statut et le droit au respect de la vie privée garanti à l’article 7 de la Charte, et

–

sixièmement, de ce que la FRA se serait abstenue de réparer le préjudice résultant de déclarations dépourvues de fondement, diffamatoires et offensantes, et ce en violation de l’autorité de la chose jugée de l’arrêt d’annulation, du droit à la présomption d’innocence et du devoir de sollicitude, ainsi que de l’obligation de s’abstenir de tout harcèlement moral.

28.

En outre, puisque le requérant demandait la réparation du prétendu préjudice moral subi en raison de ces comportements prétendument illicites de la FRA, il invoquait, à cette fin, plusieurs arguments concernant la réalité du préjudice ainsi que le lien de causalité.

29.

Dans l’arrêt attaqué, le Tribunal a considéré que les conditions auxquelles est subordonné l’engagement de la responsabilité d’une institution n’étaient pas réunies. D’une part, il n’a retenu, comme fondé, aucun des chefs d’illégalité présentés par le requérant. D’autre part, le Tribunal a constaté que l’existence d’un préjudice moral et d’un lien de causalité entre celui-ci et les comportements irréguliers n’avait pas été établie.

IV. La procédure devant la Cour et les conclusions des parties

A. La procédure devant la Cour

30.

Conformément à l’article 76, paragraphe 2, de son règlement de procédure, la Cour a décidé de ne pas tenir d’audience de plaidoiries.

B. Les conclusions des parties

31.

Le requérant conclut à ce qu’il plaise à la Cour :

–

annuler l’arrêt attaqué ;

–

en conséquence, annuler la décision du directeur de la FRA du 19 novembre 2018, rejetant la demande du requérant au titre de l’article 90, paragraphe 1, du statut, si nécessaire, d’annuler la décision du directeur de la FRA du 12 juin 2019, reçue le 13 juin 2019, rejetant la réclamation au titre de l’article 90, paragraphe 2, du statut, dirigée par le requérant contre la décision susmentionnée du 19 novembre 2018 et d’accorder au requérant la réparation du préjudice immatériel qu’il a subi, estimé ex æquo et bono à 100000 euros, et

–

condamner la FRA aux entiers dépens.

32.

La FRA conclut à ce qu’il plaise à la Cour :

–

rejeter le pourvoi, et

–

condamner le requérant aux entiers dépens.

V. Analyse juridique

A. Remarques préliminaires

33.

Ainsi que je l’ai indiqué dans l’introduction, mes conclusions traiteront uniquement du deuxième moyen du pourvoi. Il importe de relever que la présente affaire se caractérise par une certaine complexité étant donné que les faits à l’origine du présent litige ont fait l’objet d’arrêts rendus par plusieurs juridictions de l’Union. Dans l’intérêt d’une meilleure compréhension des questions juridiques au cœur de cette affaire, il me semble judicieux de les résumer de manière concise avant d’entamer l’analyse juridique proprement dite.

34.

Les questions juridiques en cause portent, en substance, sur la question de savoir si le Tribunal a commis une erreur de droit en estimant que la FRA avait agi conformément au droit de l’Union lorsqu’elle a décidé d’abandonner l’enquête administrative à l’encontre du requérant, pour donner suite à l’arrêt d’annulation du Tribunal de la fonction publique, sans avoir entendu le requérant, comme l’aurait exigé l’article 3 de l’annexe IX du statut. Le Tribunal part de la prémisse que la procédure visée dans cette disposition n’était pas contraignante, et qu’il existait une autre solution permettant d’assurer une exécution correcte de cet arrêt d’annulation, consistant à renoncer à la procédure disciplinaire.

35.

Je montrerai dans mon analyse que cette position est problématique d’un point de vue juridique, car elle ouvre à l’administration, dans le cadre de la procédure disciplinaire, une voie alternative qui n’est pas expressément prévue par le statut et, par conséquent, ne prévoit aucune participation du fonctionnaire ( 2 ) concerné. Dès lors, le risque que les droits procéduraux de ce dernier soient violés ne saurait être exclu. Le Tribunal, en revanche, estime que le respect des droits de la défense ne serait pas de rigueur, puisque la FRA se serait rétractée de toute poursuite à l’encontre du requérant. Le Tribunal fonde son raisonnement sur le constat que la FRA n’aurait pas adopté d’acte affectant le requérant défavorablement au sens de l’article 41 de la Charte.

B. Sur le deuxième moyen du pourvoi

1. Arguments des parties

36.

Le deuxième moyen se décompose, en substance, en quatre branches.

37.

Par la première branche du deuxième moyen, le requérant reproche, en substance, au Tribunal d’avoir procédé à une interprétation erronée de l’arrêt du 5 septembre 2014, Éditions Odile Jacob/Commission (T‑471/11, EU:T:2014:739), en considérant qu’il ressortait de cet arrêt que l’annulation d’un acte permettait de reprendre la procédure au point précis auquel l’illégalité est intervenue. Or, le requérant avance que, selon une lecture correcte dudit arrêt, la procédure visant à remplacer un acte annulé doit être reprise au point précis auquel l’illégalité est intervenue, au motif que l’annulation d’une décision n’affecte pas nécessairement les actes préparatoires.

38.

La FRA estime que cette branche du deuxième moyen est inopérante. À cet égard, elle avance que la jurisprudence citée au point 45 de l’arrêt attaqué ne signifie pas, contrairement à ce que le requérant prétend, que l’AIPN est tenue de reprendre une procédure disciplinaire qui s’avère entachée d’un vice de procédure. Elle ajoute que, en tout état de cause, le requérant n’a aucun intérêt légitime à soutenir que la FRA était tenue de reprendre la procédure disciplinaire plutôt que de l’abandonner.

39.

Par la deuxième branche du deuxième moyen, le requérant fait grief au Tribunal d’avoir fait une application erronée de l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut, en jugeant que cet article ne s’applique pas lorsqu’une enquête administrative est retirée ou abandonnée et dans des circonstances, comme celles de l’espèce, où la FRA a décidé de ne pas reprendre la procédure litigieuse au stade qui avait vicié le blâme. Selon le requérant, l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut énumère de manière exhaustive les options dont dispose la défenderesse après la production d’un rapport d’enquête administrative. En outre, il relève que l’objectif de cet article doit être lu en combinaison avec l’article 29 de l’annexe IX du statut pour permettre la prise en compte des intérêts du fonctionnaire concerné, de sorte que le retrait d’un rapport d’enquête administrative sans aucune motivation et sans aucune publicité constitue une violation de ces articles. Le requérant soutient que le Tribunal a créé une distinction artificielle entre la clôture d’une enquête administrative et son retrait ou son abandon, ce qui prive d’une grande partie de leur effet les articles 3 et 29 de l’annexe IX du statut.

40.

La FRA rétorque que ni l’article 266 TFUE régissant l’exécution des arrêts ni l’article 3 de l’annexe IX du statut ne faisaient obstacle à ce qu’elle s’abstienne de reprendre la procédure administrative et à ce qu’elle retire du dossier du requérant tous les actes antérieurs relatifs à l’enquête administrative. Dès lors, l’article 3 de l’annexe IX du statut ne serait pas applicable.

41.

Par la troisième branche du deuxième moyen, le requérant fait valoir que l’arrêt attaqué est entaché d’erreur de droit et méconnaît le principe de sécurité juridique en ce que le Tribunal, au point 49 de l’arrêt attaqué, estime que, en l’espèce, le respect des droits de la défense n’était pas de rigueur, « puisque la FRA s’est rétractée de toute poursuite à l’encontre du requérant [...] et qu’elle n’a ainsi pas adopté d’acte l’affectant défavorablement au sens de l’article 41 de la Charte ».

42.

La FRA considère qu’elle n’a pas adopté de décision faisant grief au requérant, raison pour laquelle elle n’était pas tenue de l’entendre au préalable. Le requérant négligerait donc le contexte de l’exécution de l’arrêt du Tribunal de la fonction publique, qui a abouti à la réintégration du requérant. En outre, la FRA précise qu’elle n’a pas « décid[é] qu’aucune charge ne pouvait être retenue », comme l’exige l’article 3 de l’annexe IX du statut, mais a abandonné la procédure disciplinaire, c’est-à-dire sans prendre une telle décision.

43.

Par la quatrième branche du deuxième moyen, le requérant soutient que la motivation de l’arrêt attaqué est contradictoire dans la mesure où, d’une part, au point 49 de cet arrêt, le Tribunal a indiqué que l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut n’était pas applicable et, d’autre part, au point 76 dudit arrêt, il a affirmé le contraire.

44.

La FRA est d’avis qu’il n’y a aucune contradiction entre le point 49 et le point 76 de l’arrêt attaqué, dès lors que, en l’espèce, l’AIPN compétente s’est abstenue de reprendre la procédure disciplinaire et a retiré du dossier personnel du requérant tous les actes antérieurs relatifs à l’enquête administrative.

2. Appréciation

45.

Les quatre branches du deuxième moyen étant intrinsèquement liées, il convient de les examiner ensemble, d’une manière structurée et suivant un ordre thématique.

a) Sur l’exécution de l’arrêt d’annulation rendu par le Tribunal de la fonction publique

46.

D’emblée, il y a lieu d’établir quelles sont les exigences applicables en matière d’exécution d’un arrêt d’annulation dans le cas d’espèce. Ainsi qu’il ressort des observations des parties, les positions divergent au sujet de l’analyse du Tribunal, telle qu’elle ressort du point 46 de l’arrêt attaqué, selon laquelle l’arrêt d’annulation, fondé sur une violation des droits de la défense du requérant au terme de la phase administrative de la procédure, imposait seulement à la FRA de retirer le blâme du dossier personnel du requérant, sans qu’elle ait été tenue de l’entendre sur les reproches qui avaient conduit à l’ouverture de l’enquête administrative ni de lui notifier formellement une décision d’abandon des charges pesant sur lui.

47.

Aux termes du premier alinéa de l’article 266 TFUE, « [l]’institution, l’organe ou l’organisme dont émane l’acte annulé [...] est tenu de prendre les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne » (mise en italique par mes soins). Cette disposition crée des obligations pour les institutions et – expressément depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne – les organes et les organismes de l’Union qui ont été condamnés par des arrêts de nullité. Cette disposition complète les articles 263 à 265 TFUE, en vertu desquels les juridictions de l’Union, dans leurs domaines de responsabilité respectifs, ne peuvent que déclarer un acte nul. En revanche, l’article 266 TFUE ne leur confère pas la compétence d’imposer des obligations d’action déterminées aux institutions condamnées ni de leur ordonner de prendre les mesures nécessaires. L’institution condamnée doit plutôt prendre elle-même les mesures que comporte l’exécution de l’arrêt ( 3 ).

48.

De ce point de vue, c’est à juste titre que le Tribunal indique, au point 45 de l’arrêt attaqué, que les institutions et les organismes de l’Union disposent d’un pouvoir d’appréciation pour décider des moyens à mettre en œuvre afin de tirer les conséquences d’un arrêt d’annulation. Toutefois, cela n’implique pas que ce pouvoir d’appréciation soit illimité, car, s’il en était autrement, l’administration aurait le pouvoir d’ignorer les conséquences d’un tel arrêt. Dans un tel cas, le contrôle juridictionnel qu’exercent les juridictions de l’Union serait illusoire, ce qui remettrait en cause sa qualité d’« union de droit » ( 4 ). En effet, comme je l’expliquerai dans les présentes conclusions, plusieurs raisons m’amènent à considérer que le Tribunal a méconnu les limites que le droit de l’Union imposait à la FRA dans le cas d’espèce.

49.

Premièrement, il me semble que le Tribunal a méconnu la portée de l’obligation qui découle de l’article 266 TFUE. À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, les arrêts d’annulation prononcés par les juridictions de l’Union jouissent, dès qu’ils sont devenus définitifs, de l’autorité absolue de la chose jugée. Celle-ci recouvre non seulement le dispositif de l’arrêt d’annulation, mais aussi les motifs qui constituent le soutien nécessaire du dispositif et en sont, de ce fait, indissociables ( 5 ). L’arrêt d’annulation implique donc que l’auteur de l’acte annulé en adopte un nouveau en respectant non seulement le dispositif de l’arrêt, mais également les motifs qui ont amené à celui-ci et qui en constituent le soutien nécessaire, en veillant ainsi à ce que ce nouvel acte ne soit pas entaché des mêmes irrégularités que celles identifiées dans l’arrêt d’annulation ( 6 ).

50.

Par ailleurs, il y a lieu de rappeler, aux fins de l’examen du présent moyen, que la procédure visant à remplacer un acte annulé doit être reprise au point précis auquel l’illégalité est intervenue, l’annulation d’un acte n’affectant pas nécessairement les actes préparatoires ( 7 ). L’annulation d’un acte mettant un terme à une procédure administrative comprenant différentes phases n’entraîne pas nécessairement l’annulation de toute la procédure précédant l’adoption de l’acte attaqué, indépendamment des motifs, de fond ou de procédure, de l’arrêt d’annulation. L’auteur de l’acte doit ainsi se placer à la date à laquelle il avait adopté l’acte annulé pour adopter l’acte devant le remplacer. Il peut toutefois invoquer, dans sa nouvelle décision, des motifs autres que ceux sur lesquels il avait fondé sa première décision. En outre, il n’est pas tenu de se prononcer à nouveau sur des aspects de la décision initiale qui n’ont pas été remis en cause par l’arrêt d’annulation.

51.

Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que semble suggérer le Tribunal, au point 45 de l’arrêt attaqué, l’annulation d’un acte ne « permet » pas à l’administration de reprendre la procédure au point précis auquel l’illégalité est intervenue. Il s’agit plutôt d’une obligation contraignante, ainsi qu’il ressort clairement de la jurisprudence citée par le Tribunal lui-même. Par conséquent, dans la mesure où le Tribunal semble interpréter cette jurisprudence en ce sens qu’elle implique de reconnaître à l’administration, de manière générale, la faculté de déterminer elle-même, lors de l’exécution d’un arrêt d’annulation au titre de l’article 266 TFUE, à quel stade elle entend reprendre une procédure entachée de vices, il y a lieu de constater que le Tribunal a commis une erreur de droit.

52.

Deuxièmement, je considère que l’interprétation retenue par le Tribunal au point 45 de l’arrêt attaqué, selon laquelle un « large pouvoir d’appréciation » doit être reconnu à l’administration, reviendrait à méconnaître le principe cardinal de l’État de droit, en tant qu’une des valeurs de l’Union en vertu de l’article 2 TUE, par lequel les actes des institutions, des organes et des organismes sont soumis à la loi ( 8 ) (mise en italique par mes soins). Dans ce contexte, il convient de rappeler aussi que, en vertu du principe d’attribution, consacré à l’article 5, paragraphe 2, TUE, l’Union n’agit que dans les limites des compétences qui lui sont attribuées pas les traités, y compris le droit dérivé. Dans le domaine spécifique de la fonction publique, cela implique l’obligation pour l’administration d’agir conformément aux dispositions du statut.

53.

Il s’ensuit logiquement que le pouvoir d’appréciation de l’administration trouve ses limites dans les dispositions du statut ayant pour objet de réglementer le cas en question. Dans ce contexte, il importe d’évoquer l’article 86, mais aussi l’annexe IX du statut, car cette annexe contient, entre autres dispositions du régime disciplinaire, les règles et procédures régissant les enquêtes administratives. La procédure disciplinaire en tant que telle consiste en deux phases distinctes, dont la première est initiée par la décision d’ouverture et clôturée par une autre décision, après audition de l’intéressé sur la base du rapport d’enquête ( 9 ).

54.

Comme je l’ai indiqué dans mes remarques préliminaires, la présente affaire soulève la question de l’applicabilité de l’article 3 de l’annexe IX du statut, qui vise à régir l’action de l’administration au terme de la phase d’enquête. Cette disposition contient une liste d’options ouvertes à l’administration et lui donne la faculté de procéder ou de renoncer à l’ouverture de la procédure disciplinaire après l’établissement du rapport d’enquête, sous réserve que les conditions prévues par cette disposition soient remplies.

55.

Selon moi, il ne fait aucun doute que la FRA se trouvait précisément dans cette phase de la procédure lorsque l’arrêt d’annulation, fondé sur une violation des droits de la défense du requérant au terme de la phase administrative de la procédure, a été rendu, ainsi qu’il ressort également du point 46 de l’arrêt attaqué. Par conséquent, il incombait à la FRA d’appliquer l’article 3 de l’annexe IX du statut, en choisissant l’option qui lui semblait pertinente compte tenu des circonstances.

56.

En d’autres termes, contrairement aux conclusions du Tribunal, la FRA était tenue de reprendre la procédure au point précis auquel l’illégalité était intervenue, c’est-à-dire au moment où elle devait prendre une décision sur la poursuite de la procédure disciplinaire. J’examinerai, dans la suite des présentes conclusions, les conséquences précises que cela implique pour la FRA compte tenu des exigences de l’article 3 de l’annexe IX du statut. En tout état de cause, il convient de retenir à ce stade de l’analyse que le Tribunal a commis une erreur de droit en supposant à tort que la FRA n’était pas tenue d’appliquer cette disposition aux circonstances de l’affaire en l’espèce.

b) Sur l’applicabilité de l’article 3 de l’annexe IX du statut au cas d’espèce

57.

Cette conclusion s’impose d’autant plus si l’on examine la fonction de l’article 3 de l’annexe IX du statut en prenant en compte le contexte général d’une procédure disciplinaire. Il a déjà été indiqué que celle-ci consiste en deux phases. La première phase prévoit l’ouverture d’une enquête administrative dont le but est de permettre à l’AIPN de vérifier l’existence d’un manquement aux obligations auxquelles les fonctionnaires sont tenus. Les dispositions générales de l’annexe IX du statut, qui comptent quatre articles regroupés dans la section 1, concernent les enquêtes administratives et ont pour objet de préciser les modalités de mise en œuvre de l’article 86, paragraphe 2, du statut. Si l’administration dispose d’un large pouvoir d’appréciation en ce qui concerne la conduite des enquêtes administratives, il n’en reste pas moins qu’elle doit respecter certaines exigences procédurales, dont la rédaction du rapport final d’enquête, auquel fait référence l’article 3 de l’annexe IX du statut.

58.

Ce rapport expose les faits et les circonstances en cause, établit si les règles et les procédures applicables à la situation ont été respectées, fait état des circonstances aggravantes ou atténuantes, indique l’importance du préjudice subi par l’institution et formule une recommandation quant à la suite à donner ( 10 ). Sur la base dudit rapport, l’AIPN peut, premièrement, décider qu’aucune charge ne peut être retenue contre le fonctionnaire concerné, auquel cas elle doit en informer ce dernier par écrit. Deuxièmement, même en cas de manquement ou de manquement présumé aux obligations dont il s’agit, l’AIPN peut décider qu’il convient de n’adopter aucune sanction disciplinaire et, le cas échéant, elle peut adresser à l’intéressé uniquement une mise en garde. Troisièmement, en cas de manquement aux obligations, elle peut ouvrir une procédure disciplinaire soit sans consultation du conseil de discipline, soit devant ce conseil.

59.

Il est évident que le législateur statutaire a entendu définir les pouvoirs de l’administration à l’égard du fonctionnaire dans le cadre de cette procédure de la manière la plus détaillée possible. Cette approche s’impose non seulement au vu des principes évoqués au point 52 des présentes conclusions, mais également compte tenu de la nécessité de respecter les droits procéduraux du fonctionnaire concerné. Face à ce constat, l’argumentation du Tribunal selon laquelle la FRA disposerait d’un « large pouvoir discrétionnaire » afin d’exécuter l’arrêt d’annulation ne me semble pas correcte. C’est la raison pour laquelle j’estime que le Tribunal a commis une erreur de droit.

60.

Il en va de même pour l’affirmation du Tribunal, au point 48 de l’arrêt attaqué, selon laquelle la FRA n’était pas obligée de reprendre la procédure litigieuse au stade qui avait vicié le blâme, mais qu’elle était plutôt en droit d’opter pour « une autre solution », à savoir renoncer à cette procédure en retirant de surcroît du dossier personnel du requérant tous les actes antérieurs relatifs à l’enquête administrative. Le libellé, la structure et l’objet de l’article 3 de l’annexe IX du statut indiquent clairement qu’il comporte une liste exhaustive d’options à la disposition de l’administration. Il ressort de la formulation de cette disposition qu’elle énumère une série d’options bien circonscrites qui s’excluent mutuellement.

61.

Il s’ensuit que l’administration est obligée de prendre une décision sur le fondement d’une de ces options, qui servira de base juridique. Au vu de ces éléments, il est logique de déduire que le législateur statuaire a entendu exclure toute autre option. Par conséquent, la thèse retenue par le Tribunal, selon laquelle l’administration aurait la faculté de choisir une autre option au terme d’une enquête administrative, doit être considérée comme fondée sur une interprétation erronée de l’article 3 de l’annexe IX du statut.

62.

Cette erreur de droit me semble particulièrement grave, d’autant plus que le Tribunal ne remet pas en cause la terminologie utilisée par la FRA pour décrire son approche dans le cadre de la procédure disciplinaire. Il ressort, notamment, des points 43 et 48 de l’arrêt attaqué que la FRA avait « abandonné » les charges pesant sur le requérant et avait ainsi « renoncé » à la procédure litigieuse. Or, je tiens à relever que ces termes ne figurent pas à l’article 3 de l’annexe IX du statut, ce qui soulève la question de savoir s’il s’agit véritablement d’une autre option non prévue par cette disposition, comme semble le supposer le Tribunal (« une autre solution »), ou s’il s’agit plutôt d’un synonyme ayant pour seul objet de décrire le cas de figure visé à l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut.

63.

Je considère que le fait d’« abandonner » les poursuites à l’encontre d’un fonctionnaire ou de « renoncer » à celles-ci ne fait que décrire, en substance, le cas de figure susmentionné. En effet, ainsi que l’explique le requérant de manière convaincante, si l’administration renonce à une procédure disciplinaire, cela veut dire, en principe, qu’aucune charge ne peut être retenue contre le fonctionnaire concerné. Les termes utilisés doivent donc être compris comme n’étant que deux manières différentes d’exprimer la même chose. Cette position me paraît conforme au bon sens. Si cette appréciation devait se révéler correcte, il conviendrait alors de s’interroger sur les raisons qui ont conduit la FRA à s’écarter des règles de l’annexe IX du statut. Bien que les observations écrites ne permettent pas d’y répondre avec certitude, il n’en reste pas moins qu’une telle approche n’est en aucun cas conforme aux principes, évoqués au point 52 des présentes conclusions, que l’administration se doit de respecter.

64.

Par ailleurs, une telle approche me semble susceptible de porter atteinte aux droits procéduraux du fonctionnaire concerné, comme je l’expliquerai plus en détail. En conséquence, il y a lieu de considérer que, dans la mesure où le Tribunal a estimé que la FRA avait agi en conformité avec le droit de l’Union lorsque celle-ci s’est rétractée de toute poursuite à l’encontre du requérant sans appliquer l’article 3 de l’annexe IX du statut, il a commis une erreur de droit.

c) Sur la violation des droits procéduraux du fonctionnaire ou de l’agent

65.

En dépit du pouvoir d’appréciation dont dispose toute autorité administrative, celle-ci a l’obligation de respecter les principes fondamentaux du droit de la procédure. Une telle obligation découle de l’article 41 de la Charte, qui consacre le droit à une bonne administration sous ses différentes formes ( 11 ). Le respect des garanties procédurales s’impose tout particulièrement dans le domaine disciplinaire, compte tenu du fait que le fonctionnaire est exposé à des sanctions de différents degrés de sévérité. Les garanties prévues dans l’annexe IX du statut, qui mettent en œuvre le droit à une bonne administration, ont une double finalité, à savoir, d’une part, permettre au fonctionnaire incriminé de présenter utilement sa défense, et, d’autre part, empêcher un éventuel agissement arbitraire de la part de l’administration lors de poursuites disciplinaires ( 12 ).

66.

Parmi ces garanties figure le droit d’être entendu, qui revêt une importance primordiale ( 13 ), comme le montre le fait que ce droit est mentionné dans plusieurs dispositions, y compris à l’article 3 de l’annexe IX du statut. Cette disposition prévoit l’obligation d’entendre le fonctionnaire concerné avant de prendre une décision concernant la poursuite de la procédure disciplinaire, sur la base du rapport d’enquête et après lui avoir communiqué toutes les pièces du dossier. À cet égard, il convient de noter qu’aucune dérogation n’y est expressément prévue. Le non-respect de cette obligation entraîne donc logiquement une violation des droits procéduraux du fonctionnaire. Tel semble être précisément le cas dans les circonstances de l’espèce, car la FRA n’a pas appliqué l’article 3 de l’annexe IX du statut.

67.

La garantie du droit d’être entendu étant inconditionnelle, le Tribunal commet une erreur de droit lorsqu’il affirme, au point 49 de l’arrêt attaqué, que « le respect des droits de la défense n’était pas davantage de rigueur ». Ainsi que je l’ai déjà indiqué dans mon analyse, cette erreur de droit se fonde, d’une part, sur un raisonnement erroné, à savoir que l’article 3 de l’annexe IX du statut ne trouve pas à s’appliquer au cas d’espèce et, d’autre part, sur l’argument selon lequel la FRA n’a pas adopté d’acte affectant défavorablement le requérant au sens de l’article 41 de la Charte. Ce dernier argument appelle quelques réflexions d’ordre général.

68.

En effet, il ressort de l’article 41, paragraphe 2, de la Charte, que le droit à une bonne administration comporte le droit de toute personne d’être entendue avant qu’une mesure individuelle qui l’affecterait défavorablement ne soit prise à son égard. Cela étant dit, le Tribunal méconnaît le fait que l’article 3 de l’annexe IX du statut n’opère aucune distinction, s’agissant du droit d’être entendu, selon que la décision à prendre par l’administration sera ou non favorable au fonctionnaire. En d’autres termes, ce droit est garanti dans tous les cas, ce qui s’explique par la nature même de la procédure disciplinaire. L’article 3 de l’annexe IX du statut constitue ainsi une lex specialis qui tient compte des particularités du régime disciplinaire.

69.

À cet égard, il convient de relever que l’ouverture d’une procédure disciplinaire est susceptible de porter une atteinte très sérieuse à l’honorabilité et à la réputation professionnelle du fonctionnaire concerné ( 14 ). Dès lors, l’administration est obligée de vérifier la véracité et la gravité des faits reprochés à ce dernier avant de prendre une décision d’ouverture. De même, la durée excessive d’une procédure disciplinaire doit être considérée comme faisant présumer l’existence d’un préjudice moral pour le fonctionnaire ( 15 ). Les autorités disciplinaires ont ainsi l’obligation de mener avec diligence cette procédure et d’agir de sorte que chaque acte de poursuite intervienne dans un délai raisonnable par rapport à l’acte précédent. La non‑observation de ce délai, qui ne peut être appréciée qu’en fonction des circonstances particulières de l’affaire, peut entraîner l’annulation de l’acte ( 16 ). C’est la raison pour laquelle l’article 22, paragraphe 1, de l’annexe IX du statut fixe un délai de deux mois à partir de l’avis du conseil pour prendre une décision lorsque l’AIPN prévoit d’imposer des sanctions. Tant dans l’intérêt du fonctionnaire que de l’administration, la décision mettant fin à la procédure disciplinaire ne peut être retardée sans justification ( 17 ).

70.

Conscients de l’incidence négative que peut avoir l’ouverture injustifiée d’une procédure disciplinaire sur la réputation d’un fonctionnaire, le législateur statutaire a prévu, à l’article 22, paragraphe 2, de l’annexe IX du statut, que si l’AIPN décide de classer l’affaire sans prononcer de sanction disciplinaire, elle en informe le fonctionnaire par écrit et sans délai. Le fonctionnaire concerné peut demander que cette décision figure dans son dossier individuel. Par ailleurs, il ressort de l’article 29 de cette annexe que, si aucune charge n’a été retenue contre l’intéressé en application de la disposition susmentionnée, ce dernier a droit, sur demande, à la réparation du préjudice subi par une publicité adéquate de la décision de l’AIPN. Tout cela montre que le législateur statutaire considère qu’une série de mesures est nécessaire afin de neutraliser les effets négatifs découlant des poursuites injustifiées.

71.

Enfin, il ne faut pas oublier que, conformément à l’article 27 de l’annexe IX du statut, même le fonctionnaire qui a fait l’objet d’une mesure disciplinaire peut introduire une demande visant à ce qu’aucune mention de cette sanction ne subsiste dans son dossier individuel. L’AIPN décide s’il peut être fait droit à sa demande. Selon moi, ce mécanisme symbolise le droit à l’oubli et obéit au principe selon lequel une sanction disciplinaire ne doit pas entacher indéfiniment le curriculum d’une personne, ni lui interdire de poursuivre sa carrière ( 18 ). Il s’agit évidemment d’un mécanisme conçu pour assurer que l’honorabilité et la réputation professionnelle du fonctionnaire soient rétablies après l’expiration d’un délai raisonnable, à savoir après trois ans s’il agit d’un avertissement par écrit ou d’un blâme, ou après six ans s’il s’agit d’autres sanctions.

72.

On ne saurait toutefois déduire de ces considérations que seule l’ouverture d’une procédure disciplinaire injustifiée est susceptible d’avoir des conséquences négatives pour le fonctionnaire. Ainsi que l’indique à juste titre le requérant, il faut prendre en compte le fait que, dans une situation telle que celle de l’espèce, dans laquelle une enquête administrative a eu lieu, l’administration dispose encore du rapport d’enquête. Le rapport lui-même n’est pas une décision, susceptible d’être retirée, mais un fait qui doit être pris en compte. Compte tenu du fait que ni l’arrêt d’annulation ni la décision d’« abandon » des poursuites à l’encontre du fonctionnaire n’ont pour effet de faire disparaître ce rapport, l’administration aurait théoriquement la faculté de reprendre la procédure disciplinaire à une date ultérieure. Il importe de relever que l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut ne permet pas non plus de retirer ou d’abandonner le rapport d’enquête.

73.

Vu sous cet angle, il me semble que la manière appropriée de rétablir l’honorabilité et la réputation professionnelle du fonctionnaire concerné dans ces conditions consiste à prévoir une audition et à adopter une décision au titre de l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut, tout en garantissant la publicité nécessaire, comme l’exige l’article 29 de cette annexe. Dans le même ordre d’idées, il conviendrait d’assurer que le fonctionnaire puisse demander que cette décision figure dans son dossier personnel, conformément à l’article 22, paragraphe 2, de ladite annexe. Une telle approche, qui ne laisse aucun doute sur les intentions de l’administration, répondrait au mieux au besoin de sécurité juridique du fonctionnaire.

74.

Une telle approche me paraît d’autant plus nécessaire lorsque, comme en l’espèce, la sanction disciplinaire a été annulée par le Tribunal de la fonction publique en raison d’un vice de procédure. Conformément à la jurisprudence de la Cour, si la décision a été annulée pour des motifs de forme sans qu’il ait été statué au fond sur les faits reprochés, la décision d’annulation n’équivaut pas à un « acquittement » au sens donné à ce terme dans les matières répressives ( 19 ). Je considère que cela implique, à la suite de l’arrêt d’annulation, l’obligation pour la FRA d’adopter une décision clarifiant la situation juridique du requérant, étant donné que la procédure disciplinaire entamée à son égard revient au point précis auquel l’illégalité est intervenue. Or, en l’espèce, ainsi que l’admet la FRA elle-même, elle n’a pas décidé qu’aucune charge ne pouvait être retenue, comme l’exige l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut, mais a, tout simplement, « abandonné » la procédure disciplinaire sans prendre une telle décision.

75.

À l’instar du requérant, je considère que la façon de procéder de la FRA, ayant consisté à « renoncer » à la procédure disciplinaire après l’établissement du rapport d’enquête, sans aucune motivation, ni audition, ni publicité, constitue un contournement des garanties procédurales prévues dans les dispositions susmentionnées. Par conséquent, il y a lieu de considérer que, dans la mesure où le Tribunal a jugé à tort que les droits de la défense garantis par les dispositions de l’annexe IX du statut n’étaient pas compromis par l’approche suivie par la FRA, celui-ci a commis une erreur de droit. Cette erreur de droit est due à une interprétation restrictive de l’article 41 de la Charte qui, de surcroît, ne tient pas compte des spécificités du régime disciplinaire.

76.

La décision de la FRA d’« abandonner » les poursuites à l’encontre du requérant sans prévoir une audition de ce dernier constitue un vice de procédure. Selon la jurisprudence de la Cour, une violation des droits de la défense, en particulier du droit d’être entendu, n’entraîne l’annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l’absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent ( 20 ). Toutefois, la Cour a relevé qu’il ne saurait être imposé à une partie requérante qui invoque la violation de ses droits de la défense de démontrer que la décision de l’institution de l’Union concernée aurait eu un contenu différent, mais uniquement qu’une telle hypothèse n’est pas entièrement exclue ( 21 ). L’appréciation de cette question doit, en outre, être effectuée en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de chaque espèce ( 22 ). J’estime que le Tribunal devrait tenir compte de cette jurisprudence, si l’affaire devait lui être renvoyée pour être à nouveau jugée.

d) Sur le caractère contradictoire du raisonnement de l’arrêt attaqué

77.

Ainsi qu’il ressort des points 48 et 49 de l’arrêt attaqué, le raisonnement suivi par le Tribunal pour conclure à l’absence de violation des droits de la défense du requérant se fonde, en substance, sur l’argument selon lequel l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut n’était pas applicable au motif que la FRA a opté pour « une autre solution », à savoir l’« abandon » des poursuites à l’encontre du requérant. Dans les présentes conclusions, j’ai démontré de manière détaillée que le raisonnement du Tribunal à cet égard est entaché de plusieurs erreurs de droit.

78.

Toutefois, il convient d’observer que ce raisonnement est, en outre, incohérent, puisque le Tribunal affirme exactement le contraire, au point 76 de l’arrêt attaqué. Plus concrètement, selon le Tribunal, en l’espèce, « la FRA [a] décidé d’abandonner les poursuites à l’encontre du requérant en application de l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut » (mise en italique par mes soins). Cette affirmation me paraît particulièrement problématique dans ce contexte, car ce passage contient une référence au point 48 de l’arrêt attaqué, dans lequel le Tribunal développe son raisonnement fondé sur une prétendue approche alternative suivie par la FRA, qui consiste précisément à ne pas appliquer les dispositions de l’annexe IX du statut. Les points susmentionnés sont rédigés en des termes on ne peut plus clairs, excluant ainsi toute erreur de rédaction, de sorte qu’il convient de partir du principe qu’ils reflètent effectivement le raisonnement du Tribunal.

79.

Il est manifeste que ces deux affirmations ne peuvent pas coexister dans les motifs de l’arrêt attaqué sans remettre sérieusement en question la logique qui sous-tend le raisonnement du Tribunal. Cette conclusion n’est pas affectée par le fait que le Tribunal adopte en définitive un point de vue juridiquement correct au point 76 de l’arrêt attaqué. En effet, ainsi que je l’ai exposé dans mon analyse, l’« abandon » des poursuites à l’encontre du fonctionnaire concerné n’est, en fin de compte, qu’une autre façon d’affirmer que l’enquête administrative a été clôturée au motif qu’aucune charge ne pouvait être retenue et donc en application de l’article 3, sous a), de l’annexe IX du statut ( 23 ). Le Tribunal semble avoir pris conscience de l’impossibilité pour l’administration de s’écarter des dispositions de cette annexe. Or, une telle conclusion est incompatible avec ses considérations initiales.

80.

La question se pose donc de savoir comment traiter une telle contradiction substantielle en matière de droit procédural. À cet égard, il convient de rappeler que, selon une jurisprudence constante, la question de savoir si la motivation d’un arrêt du Tribunal est contradictoire constitue une question de droit pouvant être invoquée dans le cadre du pourvoi ( 24 ). Eu égard aux considérations précédentes, il convient de conclure que le Tribunal a commis une erreur de droit. Selon moi, cette erreur est particulièrement grave, non seulement à cause de son caractère manifeste, mais également au motif qu’elle remet en cause le raisonnement du Tribunal dans son intégralité, indépendamment des autres erreurs de droit que j’ai identifiées dans mon analyse. Par conséquent, il me semble qu’il suffirait, en principe, de conclure au bien-fondé de la quatrième branche du deuxième moyen pour considérer le moyen entier comme fondé.

3. Conclusion intermédiaire

81.

Les erreurs de droit commises par le Tribunal et établies dans le cadre de l’analyse exposée dans les présentes conclusions peuvent être résumées comme suit. Premièrement, le Tribunal a méconnu la portée du pouvoir discrétionnaire dont disposait la FRA lors de l’exécution de l’arrêt d’annulation en s’appuyant sur une interprétation incorrecte de l’article 266 TFUE et de la jurisprudence pertinente. Deuxièmement, le Tribunal a méconnu le fait que l’article 3 de l’annexe IX du statut était applicable, en l’espèce, aux circonstances de l’affaire et que la FRA était tenue d’adopter une décision en vertu de cette disposition. Troisièmement, le Tribunal a méconnu le fait que la non-application de l’article 3 de l’annexe IX du statut entraînait une violation des garanties procédurales prévues dans cette annexe. L’erreur de droit repose sur une interprétation restrictive de l’article 41 de la Charte qui, de surcroît, ne tient pas compte des spécificités du régime disciplinaire. Quatrièmement, le Tribunal a adopté un raisonnement contradictoire sur la question de l’applicabilité de la disposition susmentionnée.

VI. Conclusion

82.

Eu égard aux considérations qui précèdent, je propose à la Cour de déclarer fondé le deuxième moyen du pourvoi.


( 1 ) Langue originale : le français.

( 2 ) Le terme « fonctionnaire » englobe non seulement le fonctionnaire et l’ancien fonctionnaire au sens strict, mais également l’agent temporaire et l’agent contractuel, les articles 50 bis et 119 du RAA opérant des renvois vers le régime disciplinaire prévu à l’article 86 et à l’annexe IX du statut.

( 3 ) Voir Cremer, W., dans Calliess/Ruffert, EUV/AEUV Kommentar, 6e édition, Munich, 2022, article 266 TFUE, point 1.

( 4 ) Arrêt du 20 novembre 2018, Commission/Conseil (AMP Antarctique) (C‑626/15 et C‑659/16, EU:C:2018:925, point 61).

( 5 ) Arrêts du 26 avril 1988, Asteris e.a./Commission (97/86, 99/86, 193/86 et 215/86, EU:C:1988:199, points 27 à 30), et du 3 octobre 2000, Industrie des poudres sphériques/Conseil (C‑458/98 P, EU:C:2000:531, point 81).

( 6 ) Voir, en ce sens, arrêt du 6 mars 2003, Interporc/Commission (C‑41/00 P, EU:C:2003:125, points 29 et 30).

( 7 ) Arrêt du 13 novembre 1990, Fédesa e.a. (C‑331/88, EU:C:1990:391, point 34).

( 8 ) Voir conclusions de l’avocat général Cruz Villalón dans l’affaire Pologne/Commission (C‑336/09 P, EU:C:2011:860, point 20).

( 9 ) Arrêt du 14 octobre 2021, Bernaldo de Quirós/Commission (C‑583/19 P, EU:C:2021:844, point 56).

( 10 ) Tomac, J., « Régime disciplinaire », dans Giacobbo, V., Perillo, E., et Picod, F., Statut de la fonction publique de l’Union européenne : commentaire article par article, Bruylant, Namur, 2017, p. 316.

( 11 ) Voir mes conclusions dans l’affaire Parlement/UZ (C‑894/19 P, EU:C:2021:497, points 66 et suiv.) pour une présentation plus détaillée du droit à une bonne administration, tel que consacré à l’article 41 de la Charte.

( 12 ) Tomac, J., « Régime disciplinaire », dans Giacobbo, V., Perillo, E., et Picod, F., Statut de la fonction publique de l’Union européenne : commentaire article par article, Bruylant, Namur, 2017, p. 331.

( 13 ) Arrêt du 14 octobre 2021, Bernaldo de Quirós/Commission (C‑583/19 P, EU:C:2021:844, point 60).

( 14 ) Arrêt du 12 juillet 2012, Commission/Nanopoulos (T‑308/10 P, EU:T:2012:370, points 167 et 168).

( 15 ) Arrêt du 11 avril 2016, FU/Commission (F‑49/15, EU:F:2016:72, point 136).

( 16 ) Arrêt du 13 octobre 2021, IB/EUIPO (T‑22/20, EU:T:2021:689, point 85).

( 17 ) Arrêts du 27 novembre 2001, Z/Parlement (C‑270/99 P, EU:C:2001:639, point 21), et du 5 décembre 2002, Stevens/Commission (T‑277/01, EU:T:2002:302, point 41).

( 18 ) Pilorge-Vrancken, J., Le droit de la fonction publique de l’Union européenne, Bruylant, Namur, 2017, p. 243 et 244.

( 19 ) Voir, en ce sens, arrêt du 15 octobre 2002, Limburgse Vinyl Maatschappij e.a./Commission (C‑238/99 P, C‑244/99 P, C‑245/99 P, C‑247/99 P, C‑250/99 P à C‑252/99 P et C‑254/99 P, EU:C:2002:582, point 62), et ordonnance du 22 janvier 2019, Kerstens/Commission (C‑577/18 P, EU:C:2019:129, point 39).

( 20 ) Arrêts du 3 juillet 2014, Kamino International Logistics et Datema Hellmann Worldwide Logistics (C‑129/13 et C‑130/13, EU:C:2014:2041, point 79), ainsi que du 14 juin 2018, Makhlouf/Conseil (C‑458/17 P, EU:C:2018:441, point 42).

( 21 ) Voir arrêts du 1er octobre 2009, Foshan Shunde Yongjian Housewares & Hardware/Conseil (C‑141/08 P, EU:C:2009:598, point 94), et du 18 juin 2020, Commission/RQ (C‑831/18 P, EU:C:2020:481, point 106).

( 22 ) Arrêt du 18 juin 2020, Commission/RQ (C‑831/18 P, EU:C:2020:481, point 107).

( 23 ) Voir point 63 des présentes conclusions.

( 24 ) Arrêts du 16 juillet 2009, Der Grüne Punkt – Duales System Deutschland/Commission (C‑385/07 P, EU:C:2009:456, point 71), et du 29 juillet 2010, Grèce/Commission (C‑54/09 P, EU:C:2010:451, point 87).

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