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AccueilDroit européen62022CC0777
Arrêt CJUE62022CC0777

Arrêt CJUE — 62022CC0777

CELEX62022CC0777
TypeArrêt CJUE
Datejeudi 21 novembre 2024

Texte intégral

CONCLUSIONS DE L’AVOCATE GÉNÉRALE

MME JULIANE KOKOTT

présentées le 21 novembre 2024 ( 1 )

Affaires jointes C‑777/22 P et C‑789/22 P

Banque centrale européenne

contre

Francesca Corneli (C‑777/22 P)

et

Commission européenne

contre

Francesca Corneli (C‑789/22 P)

« Pourvoi – Politique économique et monétaire – Mécanisme de surveillance unique – Règlement (UE) no 1024/2013 – Article 4, paragraphe 3, premier alinéa – Application par la Banque centrale européenne (BCE) du droit national transposant les directives – Directive 2014/59/UE – Article 29, paragraphe 1, première phrase – Applicabilité directe – Obligation des particuliers – Interprétation conforme – Contrôle juridictionnel de l’application du droit national par la BCE – Décision de la BCE de placer Banca Carige SpA sous administration temporaire – Recours en annulation formé par un petit actionnaire – Recevabilité – Article 263, quatrième alinéa, TFUE – Affectation directe et individuelle – Persistance de l’intérêt à agir »

Table des matières

I. Introduction

II. Le cadre juridique

A. Le droit de l’Union

1. Le règlement no 1024/2013

2. La directive 2014/59

B. Le droit national

III. Les antécédents du litige

A. Les faits

B. L’arrêt attaqué

IV. La procédure devant la Cour et les conclusions des parties

V. Appréciation

A. Aperçu des moyens des pourvois et ordre d’examen

B. Les moyens des pourvois relatifs à la recevabilité du recours

1. Qualité pour agir au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE

a) Affectation directe

b) Affectation individuelle

2. Persistance de l’intérêt à agir

3. Conclusion intermédiaire

C. Moyens des pourvois relatifs au bien-fondé du recours : violation de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, lu en combinaison avec l’article 29 de la directive 2014/59 et l’article 70, paragraphe 1, du TUB ?

1. Ordre d’examen

2. Applicabilité directe et primauté de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 ?

a) Structure normative de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59

b) Applicabilité directe de l’article 29, paragraphe 1, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires ?

3. À titre subsidiaire : application directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 par la BCE ?

a) La BCE en tant que destinataire de dispositions directement applicables de la directive

b) Conséquences de l’applicabilité directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires

4. Interprétation conforme de l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et de l’article 70, paragraphe 1, du TUB ?

5. Le droit national au sens de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 en tant que « droit » ou « fait » ?

6. Recevabilité du grief tiré de l’interprétation conforme de l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB lu en combinaison avec l’article 70, paragraphe 1, du TUB

7. Conclusion intermédiaire

VI. Conclusion

I. Introduction

1.

Ces pourvois joints formés par la Banque centrale européenne (BCE) et par la Commission européenne (ci-après dénommées conjointement les « requérantes au pourvoi ») sont dirigés contre un arrêt du Tribunal (ci-après l’« arrêt attaqué ») ( 2 ), par lequel ce dernier a annulé les décisions de la BCE du 1er janvier et du 29 mars 2019 (ci-après les « décisions litigieuses »). Par ces décisions, la BCE avait placé Banca Carige SpA (ci-après la « banque ») sous administration temporaire ( 3 ) et avait prorogé celle-ci jusqu’au 30 septembre 2019 ( 4 ).

2.

La requérante en première instance et défenderesse au pourvoi, Mme Corneli, était l’un des nombreux actionnaires minoritaires de la banque.

3.

D’une part, les requérantes au pourvoi reprochent au Tribunal d’avoir déclaré à tort le recours recevable. Le Tribunal aurait commis une erreur de droit en jugeant que Mme Corneli avait un intérêt (persistant) à voir annuler les décisions litigieuses et qu’elle serait directement et individuellement concernée par celles-ci au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE. À cet égard, le Tribunal a distingué la situation de Mme Corneli au regard de l’administration temporaire de la banque ordonnée par la BCE de celle des actionnaires ayant donné lieu à l’arrêt BCE e.a./Trasta Komercbanka e.a. ( 5 ) (ci-après l’« arrêt Trasta Komercbanka »). En effet, dans cette affaire, les actionnaires avaient attaqué une décision de la BCE de retirer l’agrément de la banque concernée. La Cour ayant considéré que ces actionnaires n’étaient pas directement concernés par cette décision, elle a rejeté leur recours en annulation comme étant irrecevable. Cette décision aurait uniquement produit sur eux des effets économiques négatifs, mais n’aurait pas affecté leur situation juridique ( 6 ).

4.

D’autre part, les requérantes au pourvoi reprochent, en substance, au Tribunal, sur le fond, d’avoir violé l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement (UE) no 1024/2013 ( 7 ). À cet égard se posent d’importantes questions de droit qui n’ont pas encore été tranchées dans la jurisprudence de la Cour. Celles-ci concernent la portée de l’obligation figurant dans ce règlement qui impose à la BCE d’appliquer également, dans l’exercice de ses pouvoirs de surveillance à l’égard des établissements de crédit dans le cadre du mécanisme de surveillance unique, le droit national transposant le droit pertinent de l’Union, notamment la directive 2014/59/UE ( 8 ) qui est applicable en l’espèce :

–

La BCE doit-elle appliquer le droit national tel qu’il est adopté par le législateur pour transposer une directive, et tel qu’il est interprété et appliqué par les juridictions nationales, même s’il est contraire aux dispositions de cette directive ?

–

En cas d’applicabilité directe des dispositions d’une directive, l’obligation d’appliquer ces dispositions exclusivement, en écartant le droit national contraire conformément au principe de primauté du droit de l’Union, s’impose-t-elle aux seules autorités et juridictions des États membres ou s’étend-elle aussi à la BCE ?

–

Dans l’hypothèse où une application directe des dispositions d’une directive ne serait pas envisageable, notamment parce qu’elles créent des obligations pour les particuliers, la BCE est-elle tenue de respecter les principes applicables à une interprétation conforme du droit national ?

–

La BCE doit-elle, dans cette mesure, recourir aux méthodes d’interprétation reconnues par le droit national et la jurisprudence des juridictions des États membres y afférente ?

5.

À notre avis, eu égard aux postulats fondamentaux tirés du respect de l’unicité et de l’État de droit de l’ordre juridique de l’Union, l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 ne saurait en définitive obliger la BCE, en tant qu’institution de l’Union, à enfreindre le droit de l’Union en connaissance de cause, en appliquant une législation nationale contraire. Si elle devait néanmoins le faire, les juridictions de l’Union devraient y remédier. Toutefois, ces questions et la motivation d’un tel résultat sont également très controversées dans la doctrine ( 9 ). À cet égard, il convient de clarifier la question, tout aussi controversée, de savoir quels critères de contrôle sont applicables dans la procédure en annulation de première instance et dans la procédure de pourvoi subséquente en ce qui concerne les actes pris par la BCE aux fins de l’application de dispositions nationales ( 10 ).

II. Le cadre juridique

A. Le droit de l’Union

6.

Le cadre juridique de l’Union applicable en l’espèce se compose essentiellement du règlement no 1024/2013 et de la directive 2014/59.

1. Le règlement no 1024/2013

7.

Le considérant 34 du règlement no 1024/2013 est libellé comme suit :

« Pour l’accomplissement de ses missions et l’exercice de ses compétentes en matière de surveillance, la BCE devrait appliquer les règles matérielles relatives à la surveillance prudentielle des établissements de crédit. Ces règles sont constituées des dispositions pertinentes du droit de l’Union, notamment de règlements directement applicables et de directives telles que celles relatives aux exigences de fonds propres des établissements de crédit ou aux conglomérats financiers. Lorsque les règles matérielles ayant trait à la surveillance prudentielle des établissements de crédit sont énoncées dans des directives, la BCE devrait appliquer les dispositions de droit national transposant ces directives. Lorsque le droit pertinent de l’Union comporte des règlements et dans les domaines où, à la date d’entrée en vigueur du présent règlement, ces règlements laissent expressément aux États membres un certain nombre d’options, la BCE devrait également appliquer la législation nationale faisant usage de ces options. Ces options devraient s’entendre comme excluant celles qui ne pourraient être utilisées que par les autorités compétentes ou désignées. Cela est sans préjudice du principe de la primauté du droit de l’Union. Il s’ensuit que, si la BCE adopte des orientations ou des recommandations ou arrête des décisions, elle devrait se fonder sur la disposition contraignante pertinente du droit de l’Union et agir conformément à celle-ci. »

8.

L’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 prévoit :

« Aux fins de l’accomplissement des missions qui lui sont confiées par le présent règlement, et en vue d’assurer des normes de surveillance de niveau élevé, la BCE applique toutes les dispositions pertinentes du droit de l’Union et, lorsque celui-ci comporte des directives, le droit national transposant ces directives. Lorsque le droit pertinent de l’Union comporte des règlements et que ces règlements laissent expressément aux États membres un certain nombre d’options, la BCE applique également la législation nationale faisant usage de ces options. »

2. La directive 2014/59

9.

Le considérant 39 de la directive 2014/59 énonce :

« Pendant les phases de redressement et d’intervention précoce définies par la présente directive, les actionnaires devraient conserver la pleine responsabilité et le plein contrôle de l’établissement, sauf si un administrateur temporaire a été nommé par l’autorité compétente. [...] »

10.

Le considérant 40 de cette directive dispose notamment :

« Pour préserver la stabilité financière, il est important que les autorités compétentes puissent remédier à la détérioration de la situation économique et financière d’un établissement avant qu’elle n’atteigne un point où elles n’auront d’autre choix que d’entamer une procédure de résolution. À cette fin, les autorités compétentes devraient être dotées de pouvoirs d’intervention précoce, y compris celui de nommer un administrateur temporaire soit pour remplacer l’organe de direction et la direction générale de l’établissement soit pour travailler temporairement avec ceux-ci. La tâche de l’administrateur temporaire devrait consister à exercer tout pouvoir qui lui a été conféré en vue de promouvoir des solutions pour redresser la situation financière de l’établissement. Sa nomination ne devrait pas interférer outre mesure avec les droits des actionnaires et des propriétaires ni avec les obligations procédurales prévues par le droit de l’Union ou le droit national des sociétés, et elle devrait respecter les obligations internationales de l’Union ou des États membres en matière de protection des investissements. [...] »

11.

L’article 28 de la directive 2014/59, intitulé « Destitution de la direction générale et de l’organe de direction », prévoit :

« Si la situation financière d’un établissement se détériore de façon significative ou s’il se produit de sérieuses infractions à la loi, à la réglementation, aux statuts de l’établissement ou de graves irrégularités administratives, et si les autres mesures prises conformément à l’article 27 ne sont pas suffisantes pour mettre un terme à cette détérioration, les États membres veillent à ce que les autorités compétentes puissent exiger la destitution, en bloc ou à titre individuel, de la direction générale ou de l’organe de direction de l’établissement. La nomination d’une nouvelle direction générale ou d’un nouvel organe de direction est effectuée conformément au droit national et au droit de l’Union, et est sujette à l’approbation ou au consentement de l’autorité compétente. »

12.

L’article 29 de la directive 2014/59, intitulé « Administrateur temporaire », prévoit :

« 1. Si le remplacement de la direction générale ou de l’organe de direction visés à l’article 28 est jugé insuffisant par l’autorité compétente pour remédier à la situation, les États membres veillent à ce que les autorités compétentes puissent nommer un ou plusieurs administrateurs temporaires pour l’établissement. Les autorités compétentes peuvent, en fonction des circonstances, nommer tout administrateur temporaire soit pour remplacer temporairement l’organe de direction de l’établissement soit pour travailler temporairement avec celui-ci, l’autorité compétente précisera sa décision au moment de la nomination. Si l’autorité compétente nomme un administrateur temporaire pour travailler avec l’organe de direction de l’établissement, elle précise en outre, au moment de cette nomination, le rôle, les fonctions et les compétences de l’administrateur temporaire, ainsi que toute obligation faite à la direction de l’établissement de consulter celui-ci ou d’obtenir son accord avant de prendre certaines décisions ou mesures. L’autorité compétente est tenue de rendre publique la nomination de tout administrateur temporaire, sauf lorsque celui-ci n’a pas le pouvoir de représenter l’établissement. Les États membres veillent en outre à ce que tout administrateur temporaire possède les qualifications, les capacités et les connaissances requises pour exercer ses fonctions et ne connaisse aucun conflit d’intérêts.

2. L’autorité compétente précise les compétences de l’administrateur temporaire, au moment de la nomination de celui-ci, en fonction des circonstances. Ces compétences comprennent une partie ou la totalité des pouvoirs que les statuts de l’établissement et le droit national confèrent à l’organe de direction de l’établissement, y compris celui d’exercer une partie ou la totalité des fonctions administratives de ce dernier. Les pouvoirs de l’administrateur temporaire afférents à l’établissement sont conformes au droit des sociétés applicable.

3. Le rôle et les fonctions de l’administrateur temporaire sont précisés par l’autorité compétente au moment de la nomination et peuvent consister notamment à déterminer la position financière de l’établissement, à gérer les activités ou une partie des activités de celui-ci en vue de préserver ou de rétablir sa position financière et à prendre des mesures pour rétablir la gestion saine et prudente des activités de l’établissement. L’autorité compétente précise toute limite au rôle et aux fonctions de l’administrateur temporaire au moment de la nomination.

4. Les États membres veillent à ce que les autorités compétentes aient le pouvoir exclusif de nommer et destituer tout administrateur temporaire. L’autorité compétente peut destituer un administrateur temporaire à tout moment et pour tout motif. Elle peut modifier les conditions de la nomination d’un administrateur temporaire à tout moment, sous réserve du présent article.

5. L’autorité compétente peut exiger que certains actes d’un administrateur temporaire soient soumis à son autorisation préalable. L’autorité compétente précise toute exigence de ce type au moment de la nomination d’un administrateur temporaire ou lors de la modification des conditions de nomination d’un administrateur temporaire.

En tout état de cause, l’administrateur temporaire ne peut convoquer une assemblée générale des actionnaires de l’établissement et en établir l’ordre du jour qu’avec l’autorisation préalable de l’autorité compétente.

6. L’autorité compétente peut exiger d’un administrateur temporaire qu’il élabore, à des intervalles fixés par celle-ci et à la fin de son mandat, des rapports sur la position financière de l’établissement et sur les mesures qu’il a prises depuis sa nomination.

7. Le mandat d’un administrateur temporaire ne dure pas plus d’un an. Cette période peut être renouvelée exceptionnellement si les conditions de nomination de l’administrateur temporaire continuent d’être respectées. L’autorité compétente est chargée de déterminer si les conditions se prêtent au maintien d’un administrateur temporaire et de justifier toute décision en la matière auprès des actionnaires.

8. Sous réserve du présent article, la nomination d’un administrateur temporaire ne porte pas atteinte aux droits reconnus aux actionnaires conformément au droit de l’Union ou au droit national des sociétés.

9. Les États membres peuvent limiter la responsabilité de tout administrateur temporaire, conformément au droit national, pour les actes et omissions commis dans l’exercice de ses fonctions en qualité d’administrateur temporaire conformément au paragraphe 3.

10. Un administrateur temporaire nommé en vertu du présent article n’est pas considéré comme un dirigeant non effectif (shadow director) ou de fait en vertu du droit national. »

B. Le droit national

13.

La directive 2014/59 a été transposée en droit italien par le decreto legislativo n. 181 (décret législatif no 181), du 16 novembre 2015 ( 11 ).

14.

L’article 8 de la legge n. 114 (loi no 114), du 9 juillet 2015 ( 12 ), qui fixe les principes et les critères directeurs nécessaires à l’exercice des pouvoirs, prévoit notamment :

« 1. Dans le cadre de l’exercice du pouvoir de transposition de la directive [2014/59], le gouvernement est tenu de respecter, outre les principes et critères directeurs visés à l’article 1er, paragraphe 1, les principes et critères directeurs de la directive [2014/59] ainsi que les principes et critères directeurs spécifiques suivants :

a)

garantir la cohérence et la compatibilité entre la réglementation nationale transposant la directive et le cadre juridique européen en matière de surveillance bancaire, de gestion des crises et de protection des déposants, en veillant notamment à ce que les options prévues par la directive [2014/59] soient exercées conformément aux dispositions du règlement (UE) no 806/2014 du Parlement européen et du Conseil, du 15 juillet 2014, établissant des règles et une procédure uniformes pour la résolution des établissements de crédit et de certaines entreprises d’investissement dans le cadre d’un mécanisme de résolution unique et d’un Fonds de résolution bancaire unique, et modifiant le règlement (UE) no 1093/2010 ;

[...] »

15.

Le décret législatif no 181 a modifié la loi en matière bancaire et de crédit (Testo unico bancario, ci-après le « TUB ») ( 13 ). À la section 01‑I, intitulée « Mesures d’intervention précoces », a été inséré l’article 69 octiesdecies, dont le paragraphe 1, sous b), est libellé comme suit :

« La Banque d’Italie [(banque centrale d’Italie)] peut prendre les mesures suivantes à l’égard d’une banque ou de la société mère d’un groupe bancaire :

[...]

b)

le limogeage des acteurs visés à l’article 69 vicies semel, en cas de violation grave de dispositions législatives, réglementaires ou statutaires ou de graves irrégularités dans le cadre de l’administration, ou encore lorsque la détérioration de la situation de la banque ou du groupe bancaire est particulièrement significative, à condition que les mesures visées sous a) ou prévues aux articles 53 bis et 67 ter ne suffisent pas à remédier à la situation. »

16.

L’article 69 vicies semel du TUB habilite l’autorité de contrôle à limoger certains membres des organes d’administration et de contrôle ainsi que de la direction générale.

17.

L’article 70, paragraphe 1, du TUB, inséré dans la section I, intitulée « Administration extraordinaire », dispose :

« La Banque d’Italie peut ordonner la dissolution des organes exerçant des fonctions d’administration et de contrôle des banques en cas de violation ou irrégularité visées à l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), ou si de graves pertes patrimoniales sont attendues, ou lorsque la dissolution est demandée par requête motivée des organes d’administration ou de l’assemblée extraordinaire. »

III. Les antécédents du litige

A. Les faits

18.

La banque est un établissement de crédit établi en Italie, coté en Bourse et soumis à la surveillance prudentielle directe de la BCE depuis 2014. Elle a cumulé des pertes de plus de 1,6 milliard d’euros entre décembre 2014 et le 1er janvier 2019. Lors de l’introduction de son recours devant le Tribunal, Mme Corneli détenait 200000 actions ordinaires correspondant à 0,000361 % du capital social de la banque.

19.

De 2016 à la fin de l’année 2018, la BCE a adopté plusieurs mesures infructueuses de recapitalisation et de stabilisation de la banque afin de lui permettre de se conformer à nouveau aux exigences de fonds propres visées à l’article 27, paragraphe 1, de la directive 2014/59 ( 14 ).

20.

Par la première décision litigieuse du 1er janvier 2019, sur le fondement des articles 69 octiesdecies, 70 et 98 du TUB, lus en combinaison avec l’article 29 de la directive 2014/59, la BCE a placé la banque sous administration temporaire (ci‑après également la « décision de placement sous administration temporaire ») et a, en particulier, ordonné les mesures suivantes :

–

dissolution du conseil d’administration de la banque et remplacement des anciens membres par trois administrateurs temporaires, dont M. et I., qui avaient été respectivement président de ce conseil d’administration et directeur général de la banque ;

–

dissolution du comité de surveillance de la banque et remplacement des anciens membres par trois autres personnes ;

–

attribution aux nouveaux organes de la mission consistant à « prendre les mesures nécessaires afin de garantir que [la banque] se conforme à nouveau aux exigences patrimoniales de manière durable ».

21.

Le 2 janvier 2019, la BCE et la banque ont annoncé, par des communiqués de presse simultanés, l’adoption de la décision de placement sous administration temporaire. À la suite de cela, la Commissione Nazionale per le Società e la Borsa (Commission nationale pour les sociétés et la Bourse, Italie) a suspendu la négociation des titres émis ou garantis par la banque « jusqu’à l’entrée en vigueur de la décision [de placement sous administration temporaire] ou jusqu’au rétablissement, notamment à la suite des nouvelles initiatives des autorités compétentes en matière de surveillance prudentielle, d’un cadre d’information complet sur les titres émis ou garantis par la banque ».

22.

Par la seconde décision litigieuse du 29 mars 2019, la BCE a prorogé jusqu’au 30 septembre 2019 la durée du placement sous administration temporaire (ci-après également la « première décision de prorogation »). La banque l’a annoncé dans un communiqué de presse, le 30 mars 2019.

23.

Par décision du 30 septembre 2019, la BCE a prorogé jusqu’au 31 décembre 2019 l’administration temporaire (ci-après la « deuxième décision de prorogation »).

24.

Par décision du 20 décembre 2019, la BCE a prorogé jusqu’au 31 janvier 2020 l’administration temporaire afin de permettre la finalisation de l’opération de renforcement des fonds propres (ci-après la « troisième décision de prorogation »).

25.

Selon les indications concordantes fournies par les parties en réponse aux questions écrites et orales posées par la Cour, au mois de septembre 2019, la banque a été recapitalisée par le Fondo interbancario di Tutela dei Depositi (Fonds interbancaire de protection des dépôts, Italie) (ci-après le « FITD ») ( 15 ), en vertu d’un contrat-cadre conclu par les administrateurs temporaires et approuvé par l’assemblée générale extraordinaire de la banque. Le FITD a vendu ses actions dans la banque à BPER Banca SpA au cours de l’été 2022. La procédure d’éviction (« squeeze-out ») qui s’est ensuivie a obligé Mme Corneli à vendre ses parts en septembre 2022, de sorte qu’elle a perdu son statut d’actionnaire (minoritaire) de la banque.

B. L’arrêt attaqué

26.

Par une requête déposée au greffe du Tribunal le 11 juillet 2019, Mme Corneli a introduit un recours tendant à l’annulation des décisions litigieuses. La Commission a soutenu, en tant que partie intervenante, les conclusions de la BCE tendant au rejet du recours.

27.

Par l’arrêt attaqué, le Tribunal a annulé les décisions litigieuses. Il a rejeté le recours pour le surplus en tant qu’il visait, de manière générale, tout acte consécutif ou postérieur à la première décision litigieuse, c’est-à-dire y compris les deuxième et troisième décisions de prorogation.

28.

Le Tribunal a rejeté l’exception d’irrecevabilité soulevée par la BCE, soutenue par la Commission, au motif que Mme Corneli, en tant qu’actionnaire minoritaire de la banque, était directement et individuellement concernée par les décisions litigieuses, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, et qu’elle avait un intérêt à agir. Elle aurait donc qualité pour agir ( 16 ).

29.

Sur le fond, le Tribunal a jugé, en substance, que la BCE avait fondé les décisions litigieuses sur une base juridique insuffisante. Celles-ci reposeraient sur une « détérioration significative de la situation [de la banque] » au sens de l’article 70, paragraphe 1, du TUB, qui transposerait l’article 29 de la directive 2014/59, alors que cette disposition (nationale) ne contiendrait pas une telle condition. Celle-ci ne figurerait qu’à l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB, qui transposerait l’article 28 de cette directive. Cette dernière disposition (nationale) ne prévoirait que le « limogeage » des organes d’administration ou de contrôle de la banque, et non le pouvoir – prévu à l’article 70 du TUB – de placer la banque sous administration temporaire par la « dissolution » de ces organes. L’article 69 octiesdecies et l’article 70 du TUB concerneraient donc des cas de figure différents ainsi que – eu égard au libellé des articles 28 et 29 de la directive 2014/59 – des mesures à prendre successivement, dont le caractère intrusif diffère, et qui seraient subordonnées à des conditions (alternatives), respectivement exhaustives. La condition relative à la « détérioration de la situation de la banque » ne s’appliquerait donc pas aux mesures prises au titre de l’article 70 du TUB, de sorte que la BCE aurait violé cette disposition ( 17 ).

30.

En raison du libellé clair de l’article 69 octiesdecies et de l’article 70 du TUB et des termes qui y sont employés, le Tribunal estime qu’une interprétation conforme n’est pas non plus envisageable. En effet, la mesure prise par la BCE serait celle prévue à l’article 70 du TUB, de sorte que les conditions de cet article devraient être remplies ( 18 ). La « détérioration de la situation de la banque » prévue à l’article 69 octiesdecies du TUB ne serait « pas une expression générique, mais une condition fixée par un texte législatif, qui se réfère à une liste exhaustive de quatre conditions alternatives » et ne saurait donc justifier une mesure au titre de l’article 70 du TUB ( 19 ).

31.

En outre, la BCE ne serait pas tenue d’appliquer la directive 2014/59 dans le but d’ordonner l’administration temporaire de la banque en cas de détérioration significative de sa situation. Cela ne découlerait pas non plus de l’obligation qui lui incombe en vertu de l’article 4, paragraphe 3, du règlement no 1024/2013 d’appliquer le droit national transposant les directives. Cette disposition ne saurait être lue comme « comportant deux sources distinctes d’obligations, à savoir l’ensemble du droit de l’Union, y compris les directives, auquel il conviendrait d’ajouter le droit national [adopté aux fins de leur transposition] ». Selon le Tribunal, une telle interprétation supposerait en effet « que les dispositions nationales diffèrent des directives et que, dans un tel cas, les deux types de documents s’imposent à la BCE comme étant des sources normatives distinctes » ( 20 ). Or, cela serait contraire à l’article 288 TFUE. Par ailleurs, une directive ne saurait créer d’obligations pour les particuliers. Dès lors, il ne saurait être remédié à l’erreur commise par la BCE par une interprétation libre de l’article 70 du TUB à la lumière de la directive 2014/59 ( 21 ).

32.

Le Tribunal n’a pas examiné plus avant les six autres moyens de la requête qu’il avait identifiés ( 22 ).

33.

La remise en cause par Mme Corneli des deuxième et troisième décisions de prorogation par la formule « tout acte consécutif ou postérieur » employée dans la requête, dans la réplique et dans un courrier ultérieur, a été rejetée comme irrecevable par le Tribunal en raison d’un défaut de précision et du non-respect des conditions de l’article 76, sous d), et de l’article 86 de son règlement de procédure, au motif que la requête n’y aurait pas fait suffisamment référence ( 23 ).

IV. La procédure devant la Cour et les conclusions des parties

34.

Par requête déposée au greffe de la Cour le 21 décembre 2022, la BCE a introduit le pourvoi dans l’affaire C‑777/22 P.

35.

Par requête déposée au greffe de la Cour le 22 décembre 2022, la Commission a introduit le pourvoi dans l’affaire C‑789/22 P.

36.

À la suite des demandes présentées respectivement par la Commission et la BCE les 18 et 20 janvier 2023, le président de la Cour a décidé, le 8 février 2023, de joindre les affaires C‑777/22 P et C‑789/22 P conformément à l’article 54 du règlement de procédure de la Cour.

37.

Par un acte déposé au greffe de la Cour le 20 mars 2023, la République italienne a demandé, sur le fondement de l’article 40, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, à être admise à intervenir au soutien des conclusions de la BCE et de la Commission. Par décision du 17 avril 2023, le président de la Cour a accueilli cette demande. Le gouvernement italien a déposé son mémoire en intervention le 26 mai 2023.

38.

La BCE, soutenue par la République italienne, conclut à ce qu’il plaise à la Cour :

–

annuler l’arrêt attaqué en ce qu’il a annulé les décisions litigieuses ;

–

déclarer irrecevable le recours en annulation ;

–

à titre subsidiaire, constater la légalité des décisions litigieuses et, le cas échéant, renvoyer l’affaire devant le Tribunal afin qu’il statue sur les moyens non examinés dans l’arrêt attaqué ;

–

condamner Mme Corneli aux dépens exposés par la BCE en première instance et dans le cadre du pourvoi.

39.

La Commission, soutenue par la République italienne, conclut à ce qu’il plaise à la Cour :

–

annuler l’arrêt attaqué ;

–

rejeter le recours en annulation comme irrecevable et non fondé ;

–

condamner Mme Corneli aux dépens des deux instances ;

–

à titre subsidiaire, annuler l’arrêt attaqué et renvoyer l’affaire devant le Tribunal.

40.

Mme Corneli conclut à ce qu’il plaise à la Cour :

–

rejeter les pourvois comme irrecevables et confirmer l’arrêt attaqué ;

–

à titre subsidiaire, faire droit aux demandes non examinées par le Tribunal ; ou

–

à titre encore plus subsidiaire, renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour réexamen.

41.

À la suite des demandes présentées respectivement par la BCE et le gouvernement italien les 3 et 6 novembre 2023, les affaires jointes ont été attribuées à la grande chambre de la Cour le 7 mai 2024.

42.

Le 7 mai 2024, la Cour a invité les parties à répondre à certaines questions par écrit, ce que ces dernières ont fait dans les délais impartis.

43.

Lors de l’audience du 25 juin 2024, les parties ont été entendues en leurs plaidoiries et ont répondu aux questions de la Cour.

V. Appréciation

A. Aperçu des moyens des pourvois et ordre d’examen

44.

Dans l’affaire C‑777/22 P, la BCE, soutenue par la République italienne, soulève deux moyens.

45.

Par son premier moyen, la BCE invoque plusieurs erreurs de droit commises par le Tribunal dans l’appréciation de l’« affectation directe et individuelle » de Mme Corneli, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, ainsi que de son intérêt à agir. Par son deuxième moyen, la BCE reproche au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit dans l’appréciation des bases juridiques mentionnées dans les décisions litigieuses ; cette appréciation aurait dû être effectuée conformément à l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, en tenant compte du droit national applicable dans son ensemble et de ses méthodes d’interprétation. Cela concernerait en particulier l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB, tels qu’interprétés par les juridictions italiennes.

46.

Dans l’affaire C‑789/22 P, la Commission, soutenue par la République italienne, soulève cinq moyens qui recoupent pour partie ceux de la BCE.

47.

Par son premier moyen, la Commission invoque les mêmes erreurs de droit commises par le Tribunal dans l’application de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE que la BCE dans son premier moyen. Par son deuxième moyen, la Commission reproche au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit dans l’application de l’article 84 de son règlement de procédure en soulevant d’office, de manière inadmissible, un vice de droit matériel et en statuant ultra petita. Par son troisième moyen, semblable au deuxième moyen de la BCE, la Commission conteste une prétendue erreur de droit dans l’interprétation de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 et de l’article 70, paragraphe 1, du TUB. Le quatrième moyen est tiré d’une violation de l’article 288, troisième alinéa, TFUE, en ce que le Tribunal aurait commis une erreur de droit en considérant que l’article 70, paragraphe 1, du TUB ne peut pas être interprété conformément à l’article 29 de la directive 2014/59. Enfin, par son cinquième moyen, qui est également semblable au deuxième moyen de la BCE, la Commission reproche au Tribunal d’avoir commis plusieurs erreurs de droit dans l’appréciation du rapport entre le droit national et les directives, y compris des violations de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 et de l’article 288, deuxième et troisième alinéas, TFUE, ainsi que la méconnaissance de l’applicabilité directe des dispositions pertinentes de la directive.

48.

Nous examinerons d’abord conjointement les moyens relatifs à la recevabilité du recours ( 24 ) (section B). Ensuite, nous examinerons également conjointement les moyens relatifs aux appréciations du Tribunal sur le fond ( 25 ) (section C).

B. Les moyens des pourvois relatifs à la recevabilité du recours

49.

Les moyens des pourvois relatifs à la recevabilité du recours concernent, d’une part, la question de savoir si Mme Corneli est directement et individuellement concernée par les décisions litigieuses au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE (sous-section 1) et, d’autre part, son intérêt (persistant) à les voir annuler (sous-section 2).

50.

À cet égard, il convient de tenir compte du fait que, dans le cadre d’un pourvoi, la Cour doit examiner d’office la recevabilité du recours, y compris la persistance de l’intérêt à agir, et ce indépendamment de l’argumentation des parties et de l’appréciation du Tribunal ( 26 ). Ne serait-ce que pour cette raison, l’exception d’irrecevabilité soulevée par Mme Corneli à l’égard du premier moyen du pourvoi de la BCE ne saurait prospérer et doit être rejetée.

1. Qualité pour agir au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE

51.

Conformément à l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, une personne qui n’est pas destinataire de l’acte attaqué n’a qualité pour agir que si elle est « directement et individuellement concernée » par celui-ci. Nous examinerons d’abord si Mme Corneli est directement concernée par les décisions litigieuses.

a) Affectation directe

52.

Selon une jurisprudence constante, deux conditions doivent être remplies cumulativement pour qu’une personne soit considérée comme étant « directement concernée », au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE. D’une part, la mesure contestée doit produire directement des effets sur la situation juridique du particulier. D’autre part, la mesure ne doit laisser aucun pouvoir d’appréciation aux destinataires chargés de la mettre en œuvre, cette mise en œuvre ayant un caractère purement automatique. Celle-ci doit, au contraire, découler de la seule réglementation de l’Union, sans application d’autres règles intermédiaires ( 27 ).

53.

Ainsi que le Tribunal l’a relevé à juste titre en se référant à cette jurisprudence ( 28 ), les décisions litigieuses affectent directement la situation juridique de Mme Corneli en tant qu’actionnaire de la banque. Cela concerne l’exercice de ses droits de participation, de ses droits de vote et d’autres droits, tels qu’établis dans les statuts de la banque. Contrairement aux griefs soulevés par la BCE, aucune méconnaissance et, a fortiori, aucune dénaturation des règles statutaires pertinentes de la banque relatives aux droits des actionnaires à cet égard ne peuvent être constatées. En particulier, les décisions litigieuses affectent les droits d’élire les organes de direction et de surveillance de la banque (articles 18 et 26), de convoquer l’assemblée générale des actionnaires et de fixer l’ordre du jour (article 10, paragraphe 4). Il en va de même des conditions dans lesquelles cette assemblée générale ou une certaine partie des actionnaires peut, en vertu des articles 2393 et 2393 bis du code civil italien, engager la responsabilité des organes de direction et de surveillance de la banque ( 29 ).

54.

En ordonnant l’administration temporaire de la banque et en la prorogeant, les décisions litigieuses ont suspendu ou limité l’exercice de ces droits et ont donc affecté directement la situation juridique des actionnaires, y compris celle de Mme Corneli. En effet, l’adoption de cette mesure a eu pour effet de transférer aux administrateurs temporaires les droits d’élire les organes de direction et de surveillance de la banque, de convoquer l’assemblée générale des actionnaires et de fixer l’ordre du jour de celle-ci. La suspension ou la limitation corrélative des droits de participation ou de vote des actionnaires résulte des dispositions combinées de l’article 70, paragraphe 2, et de l’article 72, paragraphe 6, du TUB, qui prévoient le transfert automatique de ces droits aux administrateurs temporaires ( 30 ). En outre, conformément à l’article 72, paragraphe 9, du TUB, le placement sous administration temporaire a limité aux seuls cas de dol et de faute grave la responsabilité civile des organes de direction et de surveillance de la banque, dont la responsabilité ne pouvait plus être engagée que par les administrateurs temporaires sous réserve de l’autorisation de la Banque d’Italie. En outre, en vertu de l’article 72, paragraphe 5, du TUB, ces administrateurs se sont vu confier le droit d’engager, sous réserve de l’autorisation de la Banque d’Italie, des recours en responsabilité contre les membres des organes dissous de la banque ou de son directeur général. L’assemblée générale des actionnaires ou une partie de ceux-ci détenant une certaine proportion du capital social ne pouvaient donc plus engager de tels recours conformément aux articles 2393 et 2393 bis du code civil italien ( 31 ).

55.

C’est à bon droit que le Tribunal a considéré que les droits de participation ou de vote des actionnaires, y compris ceux de Mme Corneli, avaient été affectés, indépendamment du fait que les statuts de la banque prévoient un quorum pour l’exercice effectif de ces droits, à savoir 1 % des actions détenues par ces actionnaires ( 32 ). Tous ces droits de participation ou de vote ont effectivement, à l’instar du droit de vote d’un citoyen lors d’élections démocratiques, une valeur intrinsèque. Celle-ci est indépendante de la question de savoir si l’exercice de ces droits est suffisant pour influencer effectivement les décisions essentielles d’ordre organisationnel ou commercial de la banque. En effet, les droits de participation ou de vote comportent et protègent en soi la possibilité juridique de participer à de tels processus décisionnels et d’en influencer le résultat. C’est ce que le Tribunal a reconnu à juste titre en constatant que l’argument de la BCE et de la Commission « fait abstraction [...] du droit de vote permettant à chaque actionnaire de participer, de manière individuelle, à l’élection des membres [de l’assemblée générale] appelés à siéger au sein des organes de direction et de surveillance » ( 33 ). Or, la décision de placement sous administration temporaire fait disparaître automatiquement cette possibilité juridique d’influencer la gestion de la banque.

56.

Le fait qu’un actionnaire minoritaire ne puisse, le cas échéant, atteindre les quorums pertinents qu’avec d’autres actionnaires (minoritaires) est donc sans incidence sur la question de savoir si ses droits de participation ou de vote ont été affectés en tant que tels. L’obtention éventuelle d’un tel quorum n’est importante que pour la question subséquente de savoir si l’exercice des droits de participation ou de vote est également suffisant pour obtenir les effets juridiques souhaités (par exemple, la convocation de l’assemblée générale ou la fixation d’un point à l’ordre du jour de la même assemblée). Or, cette circonstance ne saurait remettre en cause ni l’existence ni l’exigence de protection de l’exercice de ces droits individuels ( 34 ). Par conséquent – ainsi que le Tribunal l’a jugé à juste titre aux points 43 à 45 de l’arrêt attaqué –, il convient également de rejeter l’objection des requérantes au pourvoi, selon laquelle les droits relatifs au processus décisionnel n’appartiendraient qu’à l’assemblée générale ou à une partie des actionnaires détenant une certaine proportion du capital social et non aux actionnaires individuels disposant uniquement de droits de vote.

57.

Dans l’arrêt Trasta Komercbanka ( 35 ), la Cour a d’ailleurs indirectement confirmé que, dans un cas tel que celui de l’espèce, qui, à la différence du retrait d’agrément en cause dans cette affaire, ne concerne que la décision de placement sous administration temporaire d’une banque, l’atteinte aux droits des actionnaires de participer à la gestion peut suffire pour les considérer comme directement concernés. En effet, dans ce dernier cas, l’atteinte à ces droits ne correspond pas aux effets négatifs purement économiques qui résulteraient, pour la banque et ses actionnaires, du retrait de son agrément, voire de sa liquidation ( 36 ). La Cour a d’ailleurs expressément reconnu que même la décision de liquidation d’une banque affecte directement le droit des actionnaires de participer à la gestion de celle-ci en ce qu’elle confie ladite gestion au liquidateur. Or, dans l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Trasta Komercbanka, cette décision était fondée exclusivement sur le droit letton. Elle n’était donc imputable ni au droit de l’Union ni à la décision litigieuse de retrait de l’agrément de la BCE, de sorte que les actionnaires n’étaient pas directement concernés par celle-ci ( 37 ). Or, ainsi que le Tribunal l’a relevé à juste titre ( 38 ), il en va différemment dans le cas d’une décision de la BCE ordonnant l’administration temporaire d’une banque.

58.

La BCE ne saurait infirmer ces conclusions en renvoyant à l’arrêt Albert et autres c. Hongrie de la Cour européenne des droits de l’homme (ci-après la « Cour EDH ») ( 39 ).

59.

D’une part, la qualité pour agir au titre de l’article 34 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 (ci-après la « CEDH »), examinée par la Cour EDH, n’est pas identique aux conditions de la qualité pour agir au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE. D’autre part, la Cour EDH considère également, en principe, que les associés d’une banque sont « directement affectés » au sens de l’article 34 de la CEDH lorsque la requête est dirigée contre des actes affectant tant cette banque que les droits de ses actionnaires. Ce principe n’est limité que lorsque la banque et ses actionnaires se confondent au point qu’il serait artificiel de les distinguer, ou lorsque des « circonstances exceptionnelles » le justifient. La Cour EDH a donc reconnu, à l’instar de la Cour dans l’arrêt Trasta Komercbanka (point 57 des présentes conclusions), que les actes ayant une incidence directe sur les droits des actionnaires (de participer à la gestion de la banque) se distinguent de ceux affectant (uniquement) la banque. En effet, ces actes n’ont pas pour seul effet de léser les intérêts économiques des actionnaires dans cette banque, mais bouleversent aussi leur position au sein de la structure de gouvernance de celle-ci ( 40 ).

60.

Certes, dans l’arrêt Albert et autres c. Hongrie, la Cour EDH n’a pas considéré que les droits des actionnaires étaient « directement affectés ». En effet, d’une part, ces derniers pouvaient exercer ces droits concernant la fusion litigieuse des deux banques concernées dans le cadre du processus décisionnel et du vote y afférents. D’autre part, compte tenu de l’importance trop faible de leurs participations respectives au capital, ces droits n’étaient pas suffisants pour contrôler l’une ou l’autre de ces banques. Ainsi, à la différence des cas de dilution artificielle du droit de vote des actionnaires et d’annulation d’actions précédemment tranchés par la Cour EDH ( 41 ), celle-ci a seulement admis que les mesures litigieuses, qui concernaient essentiellement des questions touchant les sociétés, avaient des incidences « contingentes et indirectes » sur les droits d’actionnaires en tant que tels ( 42 ).

61.

Toutefois, la situation particulière de la fusion de deux banques n’est pas comparable à celle de l’espèce, dans laquelle une banque est seulement placée sous administration temporaire. En effet, les deux banques fusionnées ont cessé d’exister sous leur forme antérieure et d’être actives sur le marché. La modification structurelle définitive d’une banque et de son activité ainsi que les effets économiques qui en découlent se distinguent donc d’une administration temporaire, dans laquelle le contrôle de l’activité d’une banque ne change de mains que temporairement, ainsi que de ses effets sur les droits des actionnaires. L’argumentation de la BCE fondée sur la jurisprudence de la Cour EDH relative à la fusion de banques n’est donc pas transposable en l’espèce et doit être rejetée.

62.

En outre, les droits de participation ou de vote des actionnaires de la banque ont été automatiquement suspendus et limités par l’administration temporaire ordonnée et prorogée dans les décisions litigieuses. Une décision discrétionnaire intermédiaire ou un acte d’exécution supplémentaire n’étaient pas nécessaires à cet effet ( 43 ). Par conséquent, c’est sans commettre d’erreur de droit que le Tribunal a pu juger que Mme Corneli était directement concernée par ces décisions, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE ( 44 ).

b) Affectation individuelle

63.

La question de savoir si Mme Corneli satisfait également au critère de l’affectation individuelle ne doit être examinée que si les décisions litigieuses ne constituent pas des « actes réglementaires », au sens de l’article 263, quatrième alinéa, troisième membre de phrase, TFUE, qui ne comportent pas de mesures d’exécution. Selon une jurisprudence constante, cette notion couvre tous les actes non législatifs de portée générale. Cela suppose qu’un tel acte s’applique à des situations déterminées objectivement et produit des effets juridiques à l’égard de catégories de personnes envisagées de manière générale et abstraite ( 45 ).

64.

Cette condition n’est pas remplie en l’espèce. Les décisions litigieuses étaient adressées directement à la banque, c’est-à-dire une personne morale, et concernaient également le nombre d’actionnaires existant à la date de leur adoption. Il convient donc d’examiner si Mme Corneli, en sa qualité d’actionnaire, remplissait à l’époque le critère de l’affectation individuelle.

65.

C’est, à notre sens, à juste titre que le Tribunal a admis cette affectation individuelle en se référant à la jurisprudence de la Cour ( 46 ).

66.

Selon une jurisprudence constante, les sujets autres que les destinataires d’un acte ne sont individuellement concernés que si cet acte les atteint en raison de certaines qualités qui leur sont particulières ou d’une situation de fait qui les caractérise par rapport à toute autre personne et, de ce fait, les individualise d’une manière analogue à celle dont le destinataire le serait ( 47 ). En particulier, dans le cas d’actes ayant une portée abstraite et générale, la Cour a jugé que la possibilité de déterminer, avec plus ou moins de précision, le nombre ou même l’identité des sujets de droits auxquels s’applique une mesure ne suffit pas pour pouvoir considérer ces sujets comme étant concernés individuellement par cette mesure lorsqu’il est constant que cette application s’effectue en vertu d’une situation objective de droit ou de fait définie par l’acte en cause ( 48 ).

67.

Ainsi que le Tribunal l’a relevé à juste titre ( 49 ), au moment de l’adoption des décisions (concrètes et individuelles) litigieuses, Mme Corneli était individualisée en sa qualité d’actionnaire et donc en tant que membre du groupe bien délimité de l’ensemble des actionnaires de la banque. Ces décisions portaient en outre atteinte à l’exercice des droits de participation et de vote qui lui étaient reconnus en cette qualité par les statuts de la banque (points 53 et suivants des présentes conclusions). Elles ne concernaient donc pas Mme Corneli seulement en sa qualité « objective » d’actionnaire (par rapport aux actionnaires d’autres sociétés), comme le prétendent les requérantes au pourvoi, mais en tant que détentrice, clairement identifiable à ce moment-là, d’une partie du capital social de la banque. En outre, cette mesure visait précisément à suspendre les droits de participation et de vote des actionnaires de la banque (et non ceux des actionnaires d’autres sociétés) (point 54 des présentes conclusions) afin de faciliter son redressement.

68.

L’argument avancé principalement par la BCE, selon lequel près de 35000 actionnaires de la banque devraient donc être considérés comme individuellement concernés et comme ayant qualité pour agir, ne saurait remettre en cause cette appréciation. Ainsi que le Tribunal l’a relevé à juste titre, le nombre de requérants potentiels concernés en fonction du type de mesure attaquée n’est pas pertinent à cet égard, dès lors qu’ils peuvent être clairement identifiés comme faisant partie d’un cercle de personnes bien délimité au moment de son adoption et que cette mesure porte atteinte (spécifiquement) à leurs droits existants ( 50 ). Cela est d’autant plus vrai, en l’espèce, que les décisions litigieuses ne constituent pas des mesures de portée générale, mais sont de nature concrète et individuelle (points 64 et 66 des présentes conclusions).

69.

Partant, c’est à bon droit que le Tribunal a jugé que Mme Corneli était individuellement concernée, au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, par les décisions litigieuses. Par conséquent, il n’est pas nécessaire de se prononcer sur le point de savoir si la motivation supplémentaire critiquée par la Commission, en particulier aux points 73 à 75 de l’arrêt attaqué (en réponse à ses arguments de première instance), est entachée d’une erreur de droit.

2. Persistance de l’intérêt à agir

70.

Il reste à examiner si, eu égard à la cessation de l’administration temporaire de la banque et à la perte incontestable de sa qualité d’actionnaire, Mme Corneli peut toujours faire valoir, et a démontré, un intérêt (légitime) à l’annulation des décisions litigieuses.

71.

Certes, le Tribunal a examiné si Mme Corneli avait un intérêt propre à agir, qui soit distinct de celui de la banque, et l’a admis au motif que les décisions litigieuses avaient une incidence sur l’exercice de ses droits d’actionnaire ( 51 ). Cela concernerait notamment le droit de convoquer une assemblée générale pour proposer l’introduction d’un recours ou d’ajouter un point en ce sens à son ordre du jour ( 52 ). Cet intérêt à agir distinct de Mme Corneli trouverait son fondement dans sa demande visant à faire respecter spécifiquement les droits de participation et de vote attachés à sa situation au regard du droit des sociétés. Toutefois, le Tribunal s’est contenté en cela, pour l’essentiel, de répéter la motivation relative à l’affectation directe de Mme Corneli (points 53 et suivants des présentes conclusions), sans examiner la question de savoir si, compte tenu de l’expiration du délai prévu par la première décision de prorogation pour l’administration temporaire de la banque, cet intérêt à agir de Mme Corneli avait perduré jusqu’au prononcé de l’arrêt attaqué. Il ne lui a pas non plus demandé d’en apporter la preuve.

72.

La question de savoir si un requérant a apporté la preuve de son intérêt à agir et de sa persistance, qu’il convient de distinguer de la preuve de la qualité pour agir au sens de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, est une question de droit qui relève du contrôle que la Cour exerce dans le cadre d’un pourvoi ( 53 ).

73.

Selon une jurisprudence constante, un recours en annulation formé par une personne physique ou morale n’est recevable que dans la mesure où cette dernière a un intérêt à voir annuler l’acte attaqué. Cela suppose que l’annulation soit susceptible de lui procurer un bénéfice. Cet intérêt à agir doit perdurer, en tant que condition essentielle de la recevabilité du recours, jusqu’au prononcé de la décision juridictionnelle, sous peine de non-lieu à statuer ( 54 ).

74.

Selon une jurisprudence bien établie, la persistance de l’intérêt à agir peut être fondée, notamment, sur le fait qu’un arrêt d’annulation a pour objet de préparer un recours en responsabilité ( 55 ). Selon cette jurisprudence, l’éventualité de l’introduction d’un recours en indemnité suffit à fonder un tel intérêt à agir, pour autant que celui-ci ne soit pas hypothétique ( 56 ). À cet égard, il importe peu que les recours introduits devant les juridictions nationales ou de l’Union soient vraisemblablement fondés ou aient le même objet. Il importe en revanche de savoir si l’annulation sollicitée de l’acte attaqué est susceptible d’avoir une incidence sur cette autre action ( 57 ), c’est-à-dire de la préjuger, à tout le moins en partie.

75.

En réponse aux questions écrites et orales posées par la Cour, Mme Corneli a soutenu qu’elle conservait son intérêt à agir, fondé sur la perte de ses actions et de ses droits de participation ou de vote en tant qu’actionnaire de la banque, en particulier en ce qui concerne d’éventuels recours en responsabilité. Elle aurait l’intention d’introduire un tel recours à l’encontre des instances ainsi que des personnes morales et physiques ayant participé à l’administration temporaire de la banque, à sa restructuration et à la vente de ses actions, et l’annulation des décisions litigieuses par les juridictions de l’Union pourrait préjuger de ce recours. À cet égard, elle a fait valoir, à juste titre, que le délai de prescription quinquennale prévu à l’article 46 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne pour engager une action en responsabilité, notamment contre la BCE, au titre de l’article 268 TFUE, lu en combinaison avec l’article 340, troisième alinéa, TFUE, n’avait pas encore expiré ( 58 ).

76.

Certes, la perte définitive des actions et des droits de participation ou de vote en tant que telle, survenue entre-temps du fait de la restructuration de la banque, ne saurait être imputée directement aux décisions litigieuses, qui n’ordonnaient que son administration temporaire, ni justifier l’intérêt de Mme Corneli à l’annulation de celles-ci ( 59 ). Toutefois, un tel intérêt existait pendant l’administration temporaire, lorsqu’elle n’était plus en mesure d’exercer ses droits de participation ou de vote en tant qu’actionnaire (point 71 des présentes conclusions).

77.

Mme Corneli considère que – outre la perte définitive de ses actions et de ses droits de participation ou de vote – l’atteinte portée à ces droits pendant l’administration temporaire est également à l’origine du préjudice qu’elle a subi. En tout état de cause, un tel lien de causalité n’apparaît ni hypothétique ni totalement exclu au vu des mesures prises pendant l’administration temporaire en 2019 et 2020, dont elle-même et la BCE ont informé la Cour en réponse à ses questions écrites, et qui ont finalement conduit à la recapitalisation de la banque par le FITD et à la vente des actions de ce dernier à BPER Banca (point 25 des présentes conclusions). Eu égard au pouvoir d’appréciation réservé aux juridictions nationales quant au respect des conditions d’engagement de la responsabilité en vertu des règles nationales applicables en matière de réparation, y compris le lien de causalité entre l’acte illégal et le préjudice subi, il n’incombe pas aux juridictions de l’Union d’examiner précisément ces questions dans le cadre de l’appréciation de la persistance de l’intérêt à agir, et encore moins d’exclure a priori un tel lien de causalité (point 74 des présentes conclusions). Il suffit au contraire de constater que l’annulation des décisions litigieuses – à confirmer éventuellement par la Cour – sur le fondement des motifs d’illégalité soulevés par Mme Corneli est susceptible de préjuger des actions en responsabilité ultérieures.

78.

Mme Corneli conserve donc un intérêt à faire annuler les décisions litigieuses sur le fondement de l’article 263, deuxième alinéa, TFUE, lu en combinaison avec l’article 264, premier alinéa, TFUE, en vue de préparer un recours en responsabilité devant les juridictions nationales ou de l’Union.

3. Conclusion intermédiaire

79.

Par conséquent, compte tenu de la persistance de l’intérêt à agir et de la qualité pour agir de Mme Corneli au titre de l’article 263, quatrième alinéa, TFUE, le Tribunal pouvait valablement déclarer son recours en annulation recevable.

80.

Dès lors, le premier moyen du pourvoi de la BCE et de la Commission doit être rejeté comme non fondé.

C. Moyens des pourvois relatifs au bien-fondé du recours : violation de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, lu en combinaison avec l’article 29 de la directive 2014/59 et l’article 70, paragraphe 1, du TUB ?

1. Ordre d’examen

81.

Le deuxième moyen du pourvoi de la BCE ainsi que les deuxième à cinquième moyens du pourvoi de la Commission portent, en substance, sur la question de savoir si le Tribunal a violé l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, lu en combinaison avec les articles 28 et 29 de la directive 2014/59, ainsi que l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB, en considérant que ces dispositions ne constituaient pas une base juridique suffisante pour ordonner et proroger l’administration temporaire de la banque dans les décisions litigieuses. En effet, le Tribunal a exclu l’application directe des dispositions de cette directive à l’égard de la banque ainsi qu’une interprétation conforme de ces dispositions nationales ( 60 ).

82.

Par le deuxième moyen du pourvoi de la BCE, ainsi que par les troisième et quatrième moyens du pourvoi de la Commission, celles-ci reprochent, en substance, au Tribunal d’avoir violé l’article 70, paragraphe 1, du TUB et d’avoir ignoré le fait que cette disposition pouvait faire l’objet d’une interprétation conforme, notamment en accord avec l’article 29 de la directive 2014/59. Par ses quatrième et cinquième moyens, la Commission fait valoir que cela a également entraîné la violation par le Tribunal de l’article 288, deuxième et troisième alinéas, TFUE et de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, au motif, notamment, que celui-ci avait méconnu l’obligation qui en découle pour la BCE d’appliquer directement l’article 29 de la directive 2014/59. Lors de l’audience, la BCE a également indiqué, en réponse aux questions écrites et orales posées par la Cour, que cette disposition de la directive était applicable directement et en priorité. Elle devrait donc être respectée non seulement par les autorités des États membres, mais également par la BCE et le Tribunal. Tant Mme Corneli que le gouvernement italien ont présenté des observations sur ce point lors de l’audience.

83.

Nous analyserons ces griefs conjointement dans les développements suivants. Ce faisant, nous examinerons également la question de savoir si le Tribunal a violé l’article 288, deuxième et troisième alinéas, TFUE ainsi que l’article 84 de son règlement de procédure (deuxième, quatrième et cinquième moyens du pourvoi de la Commission).

84.

Dans la mesure où la BCE est obligée, en vertu de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, d’appliquer toutes les dispositions pertinentes du droit de l’Union, y compris le droit national transposant ces directives ( 61 ), nous examinerons tout d’abord si, et dans quelle mesure, cette obligation d’application s’étend à l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59. À cet égard, il convient d’examiner si, compte tenu de sa structure normative et de ses conséquences juridiques, cette disposition était directement applicable à l’égard de la banque et de ses actionnaires (sous‑section 2), et si cette disposition devait être respectée et appliquée non seulement par les autorités nationales, mais également par la BCE et le Tribunal (sous-section 3). En effet, en vertu de l’applicabilité directe et de la primauté de cette disposition de la directive, la BCE pourrait avoir été habilitée et même tenue, le cas échéant ( 62 ), d’ordonner l’administration temporaire de la banque ainsi que d’ignorer les dispositions nationales dans la mesure où elles étaient contraires à cette disposition. Le Tribunal n’aurait alors pas dû annuler les décisions litigieuses en invoquant un défaut de base juridique. Dans ce cas, la question de savoir si ces dispositions nationales peuvent faire l’objet d’une interprétation conforme ne serait plus pertinente.

85.

Dans l’hypothèse où une application directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 serait exclue, nous examinerons ensuite si, et dans quelle mesure, la BCE est soumise à une obligation d’interprétation conforme du droit national transposant cette directive (sous-section 4). Nous aborderons ensuite la question de savoir comment le Tribunal, dans le cadre de son contrôle des actes de la BCE à cet égard, doit tenir compte de la portée du droit national, et surtout si, dans le cadre du champ d’application de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, il doit traiter ce droit de la même manière que le droit de l’Union (sous-section 5). Enfin, nous examinerons la recevabilité des griefs que les requérantes au pourvoi ont soulevés à cet égard pour la première fois au stade du pourvoi (sous-section 6).

86.

Dans l’arrêt attaqué, le Tribunal a rejeté tant l’application directe des dispositions de la directive au détriment des particuliers que l’interprétation conforme de l’article 70, paragraphe 1, du TUB ( 63 ). Comme nous le montrerons dans les développements suivants, cette approche n’est pas contestable, du moins du point de vue du résultat auquel elle aboutit.

2. Applicabilité directe et primauté de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 ?

a) Structure normative de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59

87.

Conformément à une jurisprudence constante, pour être reconnue comme étant d’effet direct, une disposition d’une directive doit apparaître comme étant, du point de vue de son contenu, inconditionnelle et suffisamment précise. Une disposition est inconditionnelle lorsqu’elle énonce une obligation qui n’est assortie d’aucune condition ni subordonnée, dans son exécution ou dans ses effets, à l’intervention d’aucun acte soit des institutions de l’Union, soit des États membres. Elle est considérée comme étant suffisamment précise pour être invoquée par un justiciable et appliquée par le juge lorsqu’elle énonce une obligation en des termes non équivoques ( 64 ). Dès lors que ces conditions sont remplies, les particuliers sont fondés à invoquer cette disposition devant les juridictions nationales à l’encontre de l’État membre lorsqu’il en a fait une transposition incorrecte ( 65 ).

88.

L’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 impose aux États membres, si le remplacement de la direction générale ou de l’organe de direction visés à l’article 28 est jugé insuffisant par l’autorité compétente (en l’espèce, la BCE) pour remédier à la situation, de veiller à ce que les autorités compétentes puissent nommer un ou plusieurs administrateurs temporaires pour l’établissement. Cette disposition prévoit ainsi une habilitation de l’autorité compétente pour prendre une telle mesure en se référant aux mesures – que la BCE juge en l’occurrence insuffisantes – moins intrusives prévues à l’article 28 de cette directive, telles que la destitution, en bloc ou à titre individuel, de la direction générale ou de l’organe de direction de l’établissement. Ces mesures supposent toutes, entre autres, une détérioration significative de la situation financière de la banque concernée. Ainsi que cela ressort de la référence faite par l’article 29 à l’article 28 de ladite directive, des dispositions combinées de ceux-ci et du considérant 40 ( 66 ), le critère de la détérioration significative de la situation financière est une condition uniforme de l’application de toutes les mesures correctives dont le caractère intrusif diffère qui sont prévues par les deux dispositions. Dès lors, tant les conditions d’application de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59, lu en combinaison avec l’article 28 de cette directive, que les conséquences juridiques qui y sont prévues sont suffisamment précises et inconditionnelles.

89.

Selon une jurisprudence constante de la Cour, la circonstance que les autorités compétentes disposent d’une certaine marge d’appréciation quant à l’évaluation du respect de ces conditions, d’une part, et quant aux mesures à prendre, d’autre part, et que ces mesures doivent être proportionnées, conformément à l’article 29, paragraphe 1, deuxième phrase, de la directive 2014/59, ne saurait remettre en cause le caractère suffisamment précis et inconditionnel de ces dispositions. Une telle marge d’appréciation n’est, d’après cette jurisprudence, ni une condition ni une exigence supplémentaire en matière d’exécution ou d’effets au sens des principes mentionnés au point 87 des présentes conclusions ( 67 ).

90.

Il est plutôt de jurisprudence constante que, même si une directive laisse aux États membres une certaine marge d’appréciation lorsqu’ils adoptent les modalités de sa mise en œuvre, une disposition de cette directive peut être considérée comme ayant un caractère inconditionnel et précis lorsqu’elle met à la charge des États membres, en des termes non équivoques, une obligation de résultat précise et qui n’est assortie d’aucune condition quant à l’application de la règle qu’elle énonce ( 68 ). Selon cette jurisprudence, l’inconditionnalité d’une obligation peut donc compenser l’exigence de précision ( 69 ). Tel est le cas en l’espèce en ce qui concerne le résultat à atteindre, à savoir l’adoption d’une mesure d’administration temporaire en cas de détérioration importante de la situation financière de la banque concernée, à laquelle il ne peut être remédié par des mesures moins intrusives au sens de l’article 28 de la directive 2014/59.

91.

Au regard de ces critères, le contenu de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 doit donc être considéré comme suffisamment précis pour pouvoir, par exemple, être appliqué par une autorité de surveillance nationale et, dans le cadre d’un litige ultérieur, par une juridiction nationale. Il en résulte également, en principe, que ces autorités doivent laisser inappliquée une réglementation nationale qui est contraire à cette disposition ( 70 ). Nous examinerons plus avant dans les présentes conclusions (points 106 et suivants) si, et dans quelle mesure, cela vaut également pour la BCE. Dès lors, les arguments avancés par Mme Corneli, en particulier lors de l’audience, selon lesquels la directive ne prévoit qu’une harmonisation minimale à cet égard et laisse aux États membres une large marge d’appréciation dans sa mise en œuvre doivent être rejetés.

92.

Le Tribunal a toutefois jugé, au point 112 de l’arrêt attaqué, qu’une directive ne peut pas par elle-même créer d’obligations pour un particulier, de sorte qu’une application directe (y compris donc de l’article 29, paragraphe 1, de la directive 2014/59 et quelle que soit sa structure normative) au détriment de celui-ci était exclue.

93.

Cette constatation, contestée notamment par la Commission, est, selon nous, exempte d’erreur de droit.

b) Applicabilité directe de l’article 29, paragraphe 1, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires ?

94.

Selon une jurisprudence constante, une directive ne peut pas, par elle-même, créer d’obligations pour les particuliers, mais peut seulement créer des droits. Par conséquent, un particulier ne peut pas non plus invoquer une directive à l’encontre d’un État membre lorsqu’il s’agit d’une obligation étatique qui est directement liée à l’exécution d’une autre obligation incombant, en vertu de cette directive, à un tiers. En revanche, de simples répercussions négatives sur les droits de tiers, même si elles sont certaines, ne justifient pas de refuser à un particulier d’invoquer les dispositions d’une directive à l’encontre de l’État membre concerné ( 71 ).

95.

L’application directe des dispositions d’une directive est surtout exclue lorsqu’elle détermine ou aggrave la responsabilité pénale des personnes par des interdictions ou des obligations d’abstention ou d’action qu’elle édicte ( 72 ). En effet, il serait contraire aux principes de sécurité juridique et de légalité des peines (nullum crimen, nulla poena sine lege) ainsi qu’à l’article 288, troisième alinéa, TFUE, selon lequel les directives s’adressent aux États membres et s’imposent exclusivement à ceux-ci, d’exiger d’un particulier qu’il se conforme uniquement aux dispositions d’une directive, c’est-à-dire indépendamment, notamment, des dispositions juridiques internes adoptées pour sa mise en œuvre, en engageant, le cas échéant, sa responsabilité pénale en cas d’infraction ( 73 ). Par ailleurs, même dans les litiges civils entre particuliers, l’application directe des dispositions d’une directive qui imposent une obligation à une partie (ce que l’on appelle l’« effet direct horizontal ») n’est, en principe, pas envisageable ( 74 ).

96.

Il n’en va autrement que pour les litiges administratifs portant sur des relations « triangulaires ». À cet égard, la Cour a exceptionnellement admis qu’un tiers devait tolérer certaines mesures étatiques en vertu des dispositions directement applicables d’une directive invoquées par un particulier à l’encontre de l’État membre. Parmi ces mesures figure, par exemple, une évaluation des incidences sur l’environnement susceptible d’entraîner le retrait d’une autorisation favorable au tiers ( 75 ) ou la perte d’un autre avantage (juridique et financier) pour le tiers ( 76 ). En effet, il ne s’agit là que des répercussions négatives de la mise en œuvre de telles dispositions sur la situation juridique de tiers. Celles-ci tiennent uniquement au fait que l’autorité compétente doit, en vertu des dispositions directement applicables de la directive, procéder à une évaluation ( 77 ) ou interpréter et appliquer la base juridique invoquée d’une certaine manière à l’égard de tous les intéressés ( 78 ).

97.

La présente espèce relève certes également d’un contentieux administratif. Il n’en demeure pas moins qu’il n’existe aucune raison d’invoquer cette jurisprudence, voire d’en élargir le champ d’application.

98.

À la différence des affaires précitées, il ne s’agit pas d’une relation triangulaire ayant de simples répercussions sur un tiers ( 79 ). Une telle relation n’existerait, tout au plus, que dans l’hypothèse où un créancier ou un client de la banque, estimant que ses intérêts patrimoniaux sont menacés en raison de la détérioration significative de la situation financière de la banque, invoquerait, devant les autorités ou les juridictions compétentes, l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 pour inciter ces autorités à ordonner l’administration temporaire.

99.

Or, une application directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 à l’égard de la banque et de ses actionnaires n’aurait pas, en l’espèce, de simples répercussions négatives sur les droits de tiers.

100.

Le présent litige concerne au contraire la relation (bilatérale) de subordination classique en droit administratif, dans laquelle la banque s’oppose à une mesure d’intervention de puissance publique qui lui est adressée, à savoir l’administration temporaire ordonnée par la BCE. La compétence pour adopter une telle décision fait partie des pouvoirs d’intervention dont la BCE dispose directement à l’égard des banques dans le cadre du mécanisme de surveillance unique. Dans cette mesure, la BCE se substitue en quelque sorte – notamment sur le fondement de l’obligation qui lui incombe en vertu de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 d’appliquer le droit national transposant la directive 2014/59 – aux autorités nationales de surveillance (point 107 des présentes conclusions pour plus de détails). Enfin, les mesures qu’elle a prises ont pour effet de soumettre les banques et leurs actionnaires à certaines obligations d’action, d’abstention ou de tolérance.

101.

Il ne saurait être objecté à cela que les actionnaires, tels que Mme Corneli, sont des tiers par rapport à la banque, qui ne devraient supporter (avec elle) que les conséquences préjudiciables du placement sous administration temporaire. Cet argument serait en contradiction avec le fait que les intérêts économiques de la banque et de ses actionnaires se recoupent largement. Ce dernier point est également la principale raison pour laquelle un recours distinct des actionnaires contre une décision de la BCE de retirer l’agrément d’une banque est irrecevable compte tenu de l’absence d’affectation directe propre de ces actionnaires (points 57 et suivants des présentes conclusions) ( 80 ).

102.

Si la BCE pouvait fonder cette intervention de puissance publique sur la base juridique exclusive d’une disposition directement applicable d’une directive, telle que, en l’espèce, l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59, cela aurait pour conséquence de créer pour des particuliers des obligations interdites au titre d’une directive, au sens de la jurisprudence mentionnée aux points 94 et 95. Comme le montre la hiérarchie des mesures – prévue pour des considérations de proportionnalité – figurant dans les articles 27 à 29 de la directive 2014/59, la décision de placement sous administration temporaire est une mesure d’intervention lourde qui porte une atteinte particulièrement grave à l’autonomie décisionnelle de la banque. Elle suspend temporairement, dans l’intérêt d’un redressement effectif de la banque, l’exercice des droits de ses organes de direction et de ses actionnaires de (co)décider de la gestion des opérations bancaires en le confiant à un ou plusieurs administrateurs temporaires.

103.

Les obligations de tolérance de la banque et de ses actionnaires, qui sont liées au placement sous administration temporaire, seraient donc, comme le Tribunal l’a relevé à juste titre ( 81 ), le résultat d’une application directe illicite de cette disposition de la directive à leur détriment, à moins que ces obligations puissent être également fondées – le cas échéant en vertu d’une interprétation conforme – sur le droit national transposant la directive.

104.

Certes, l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 est donc directement applicable au regard des critères reconnus par la jurisprudence (points 89 et 90 des présentes conclusions). Toutefois, une telle application directe n’est possible ni au détriment de la banque ni au détriment de ses actionnaires. Dès lors, il n’est pas non plus possible de reprocher au Tribunal d’avoir violé, à cet égard, l’article 288, deuxième ou troisième alinéa, TFUE.

105.

Dans l’hypothèse où la Cour ne partagerait pas cette appréciation et conclurait, par principe, à l’applicabilité directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires, tels que Mme Corneli, nous examinerons, à titre subsidiaire, si non seulement une autorité nationale, mais également la BCE avaient le droit ou l’obligation d’appliquer directement cette disposition de la directive. Cet examen est également important pour la question suivante de savoir si la BCE est elle‑même destinataire de l’obligation d’interprétation conforme du droit national (points 115 et suivants des présentes conclusions).

3. À titre subsidiaire : application directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 par la BCE ?

a) La BCE en tant que destinataire de dispositions directement applicables de la directive

106.

Conformément à l’article 288, troisième alinéa, TFUE, les États membres sont destinataires des directives qu’ils doivent transposer en droit interne en exerçant leur pouvoir d’appréciation quant à la forme et aux moyens en vue du résultat à atteindre. C’est la raison pour laquelle la jurisprudence de la Cour n’a reconnu que dans des cas exceptionnels – dans les conditions énoncées au point 94 des présentes conclusions – l’applicabilité directe des dispositions d’une directive protégeant les droits des particuliers et l’obligation corrélative des autorités des États membres de respecter et d’appliquer ces dispositions.

107.

Or, nous estimons qu’il résulte déjà de l’obligation incombant à la BCE en vertu de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 d’appliquer tout le droit de l’Union pertinent ( 82 ) ainsi que le droit national transposant les directives, que cette institution, à l’instar des autorités de surveillance nationales (point 91 des présentes conclusions) ( 83 ), doit, en principe, respecter l’applicabilité directe et la primauté qui en découle des dispositions des directives, même si l’article 288, troisième alinéa, TFUE ne la désigne pas explicitement comme destinataire de celles-ci. En effet, dans la mesure où la BCE se substitue à ces autorités de surveillance dans l’exercice de ses pouvoirs de surveillance ( 84 ) à l’égard des établissements de crédit dans le cadre du mécanisme de surveillance unique, et est même tenue d’appliquer le droit national transposant les directives, elle doit être assimilée à celles-ci en tant que destinataire des normes ( 85 ).

108.

Cela découle également des principes du respect de l’unicité et de l’État de droit de l’ordre juridique de l’Union (article 2 TUE), que la BCE doit respecter en tant qu’institution de l’Union au sens de l’article 13, paragraphe 2, TUE, lu en combinaison avec l’article 132 TFUE. L’obligation d’application visée à l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 a précisément pour objet « d’assurer des normes de surveillance de niveau élevé ». C’est la seule manière d’atteindre l’objectif général « de l’unité et de l’intégrité du marché intérieur » consacré à l’article 1er, premier paragraphe, de ce règlement, tout en réservant « un traitement égal [...] aux établissements de crédit pour éviter les arbitrages réglementaires » ( 86 ). Dans le même ordre d’idées, conformément à l’article 6, paragraphe 1, dudit règlement, la BCE est « chargée de veiller au fonctionnement efficace et cohérent du MSU ».

109.

Comme le montre le cas d’espèce (points 115 et suivants des présentes conclusions pour plus de détails), une transposition divergente, voire non conforme, de la directive 2014/59 dans les États membres risque d’entraîner une fragmentation excessive de la mise en œuvre des règles prudentielles pertinentes au sein du marché intérieur. Cela pourrait nuire à l’exercice uniforme et effectif des pouvoirs de surveillance à l’égard des établissements de crédit par les autorités de surveillance des États membres et par la BCE dans le cadre du mécanisme de surveillance unique ( 87 ). Par conséquent, dès lors que la législation nationale de transposition est contraire aux dispositions directement applicables d’une directive, elle doit, dans la mesure où cela est admissible au détriment des particuliers ( 88 ), être laissée inappliquée par toutes les autorités de surveillance, y compris la BCE, conformément au principe de primauté du droit de l’Union, afin de préserver ces objectifs ( 89 ).

b) Conséquences de l’applicabilité directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires

110.

Par conséquent, si, contrairement à notre proposition, la Cour reconnaissait ici l’applicabilité directe de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires, eu égard à la détérioration significative incontestée de la situation financière de la banque, au sens de l’article 28 de cette directive, et aux mesures correctives insuffisantes qui ont été prises jusque-là, la BCE aurait été, en vertu de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, non seulement habilitée à ordonner et à proroger l’administration temporaire de la banque, mais également obligée de le faire, conformément à cette disposition de ladite directive, lue conjointement avec l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB. Étant donné que l’article 70, paragraphe 1, du TUB ne renvoie pas expressément à la condition relative à la détérioration de la situation financière de la banque, mais à la condition spécifique selon laquelle de graves pertes patrimoniales doivent être attendues, dans l’hypothèse où cela serait contraire à l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 (points 120 et suivants des présentes conclusions pour plus de détails), cette disposition nationale serait inapplicable en raison de la primauté de cette disposition (directement applicable) de la directive.

111.

Dans ces conditions, les constatations du Tribunal figurant aux points 91 à 114 de l’arrêt attaqué, par lesquelles il reproche à la BCE d’avoir fondé les décisions litigieuses sur une base juridique insuffisante, devraient être qualifiées d’« erreur de droit ». En effet, la BCE aurait alors dû retenir l’article 29 de la directive 2014/59 comme base juridique, appliquer directement cette disposition de la directive, lue en combinaison avec l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB, et ignorer, en vertu de sa primauté, les éléments des dispositions nationales qui sont incompatibles avec elle. C’est ce que la BCE a finalement fait, en n’examinant pas la condition spécifique prévue à l’article 70, paragraphe 1, du TUB, exigeant que de graves pertes patrimoniales de la banque soient attendues, et en se bornant à constater une détérioration de sa situation financière (points 119 et 139 des présentes conclusions).

112.

Le deuxième moyen du pourvoi de la BCE, tel que précisé par celle-ci lors de l’audience, et le cinquième moyen du pourvoi de la Commission seraient donc fondés à cet égard et devraient conduire à l’annulation de l’arrêt attaqué.

113.

Toutefois, ainsi que nous l’avons indiqué aux points 94 et suivants des présentes conclusions, un tel résultat nous semble erroné en ce qu’il suppose une application directe inadmissible de l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 au détriment de la banque et de ses actionnaires. Dans l’hypothèse où la Cour suivrait notre analyse, nous traiterons également les autres moyens des pourvois.

114.

Si la Cour devait considérer en particulier, comme nous l’avons proposé aux points 94 à 104, que l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 ne peut pas être appliqué directement au détriment de la banque et de ses actionnaires, il convient encore d’examiner si l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB peuvent ou doivent être interprétés en conformité avec cette disposition de la directive, et si le Tribunal a violé l’article 288, troisième alinéa, TFUE en refusant une telle interprétation conforme (deuxième moyen du pourvoi de la BCE ainsi que quatrième moyen du pourvoi de la Commission). À cet égard, il convient également de déterminer si, et dans quelle mesure, la pratique interprétative des juridictions nationales évoquée par les requérantes au pourvoi et par la République italienne doit être prise en compte tant par la BCE que par les juridictions de l’Union.

4. Interprétation conforme de l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et de l’article 70, paragraphe 1, du TUB ?

115.

Selon la jurisprudence récente de la Cour, « afin de garantir l’effectivité de l’ensemble des dispositions du droit de l’Union, le principe de primauté du droit de l’Union impose, notamment, aux juridictions nationales d’interpréter, dans toute la mesure du possible, leur droit interne de manière conforme au droit de l’Union » ( 90 ).

116.

Conformément à une jurisprudence constante, en appliquant le droit national, ces juridictions sont donc tenues d’interpréter celui-ci, dans toute la mesure du possible, à la lumière du texte et de la finalité de la disposition de droit de l’Union en cause, en prenant en considération l’ensemble du droit interne et en faisant application des méthodes d’interprétation reconnues par celui-ci, afin de garantir la pleine effectivité de cette disposition et d’aboutir à une solution conforme à la finalité poursuivie par celle-ci. L’obligation d’interprétation conforme du droit national connaît toutefois certaines limites et ne peut notamment pas servir de fondement à une interprétation contra legem du droit national ( 91 ).

117.

Pour les raisons exposées aux points 106 à 109 des présentes conclusions, il incombe non seulement aux autorités et aux juridictions des États membres, mais aussi, en principe, en vertu des dispositions de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, à la BCE – puis, dans le cadre du contrôle de la légalité de son action, au Tribunal – d’interpréter et d’appliquer, dans toute la mesure du possible, le droit interne transposant la directive 2014/59 d’une manière conforme à cette directive ( 92 ).

118.

Dans la première décision litigieuse, la BCE s’est bornée à fonder la décision de placement sous administration temporaire de la banque sur les dispositions combinées de l’article 69 octiesdecies et de l’article 70 du TUB, lus en combinaison avec l’article 29 de la directive 2014/59, sans soulever ni, a fortiori, examiner la question de savoir si une interprétation conforme de ces dispositions nationales était possible. Le Tribunal a considéré que cela constituait une erreur de droit, notamment parce qu’une telle interprétation serait, à son avis, contraire au libellé clair de ces dispositions, en particulier de l’article 70 du TUB. Cela résulte essentiellement des considérations suivantes.

119.

Comme nous l’avons indiqué ci-dessus, au point 88 des présentes conclusions, l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59 doit être lu en combinaison avec son article 28. L’adoption de la mesure d’administration temporaire suppose donc elle-même toujours que la situation financière de la banque concernée se soit sensiblement détériorée. Toutefois, ainsi que le Tribunal l’a constaté aux points 88 et suivants de l’arrêt attaqué, seul l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB prévoit expressément la condition tenant à la « détérioration de la situation de la banque ». En revanche, l’article 70, paragraphe 1, du TUB fait certes référence à des violations ou irrégularités au sens de l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB, mais ne prévoit précisément pas cette condition. Au lieu de cela, l’article 70, paragraphe 1, du TUB énonce une condition spécifique à cet égard exigeant que « de graves pertes patrimoniales [soient] attendues ». Le Tribunal a déduit de cela et du fait que les conditions prévues à l’article 70, paragraphe 1, du TUB sont exhaustives qu’une interprétation conforme de cette disposition n’était pas possible ( 93 ). Il a ainsi considéré, en substance, que, en l’absence de preuve du respect de cette condition spécifique ( 94 ) et, partant, d’une base juridique suffisante, la BCE n’était pas habilitée à ordonner ni à proroger l’administration temporaire de la banque dans les décisions litigieuses au seul motif que la situation financière de celle-ci s’était détériorée de manière significative.

120.

En revanche, les requérantes au pourvoi et la République italienne estiment que l’article 70, paragraphe 1, du TUB, lu en combinaison, le cas échéant, avec l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB, peut, voire doit, être interprété conformément à l’article 29, paragraphe 1, première phrase, de la directive 2014/59. Le Tribunal aurait donc commis une erreur de droit en rejetant une telle interprétation.

121.

Il convient donc d’examiner la portée exacte de l’obligation de la BCE et du Tribunal d’interpréter le droit national, dans toute la mesure du possible, conformément à la directive (point 116 des présentes conclusions). Eu égard aux griefs soulevés par les requérantes au pourvoi et la République italienne, il convient en particulier d’examiner si, et dans quelle mesure, le Tribunal devait tenir compte, à cette fin, des méthodes d’interprétation reconnues en droit interne, ainsi que de la jurisprudence des juridictions nationales y afférente ( 95 ).

122.

Ce sujet est un point très controversé entre les parties. Il s’agit de savoir si le droit national applicable par la BCE en vertu de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 constitue, dans le cadre de sa mise en œuvre et du contrôle juridictionnel subséquent – par analogie avec le droit de l’Union –, une « question de droit » ou plutôt une « question de fait » susceptible d’être établie par des preuves ( 96 ). En effet, une erreur de droit ne pourrait être reprochée au Tribunal que si la possibilité d’une interprétation conforme du droit national au moyen des méthodes d’interprétation applicables sur le plan national, y compris dans la jurisprudence y afférente, devait concerner une « question de droit » qu’il aurait mal appréciée, ou s’il avait, à tout le moins, manifestement dénaturé ce droit dans l’arrêt attaqué ( 97 ). Cela soulève la question préalable importante de savoir si la Cour est compétente, en vertu de l’article 256, paragraphe 1, deuxième alinéa, TFUE, pour apprécier les moyens en question ( 98 ).

5. Le droit national au sens de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 en tant que « droit » ou « fait » ?

123.

La BCE, la Commission et la République italienne estiment, conformément aux décisions litigieuses, qu’une interprétation conforme de l’article 70, paragraphe 1, du TUB est possible au regard de l’ensemble du droit national, des méthodes d’interprétation y afférentes et de la jurisprudence des juridictions italiennes. À cet égard, la BCE et la Commission soutiennent, notamment dans les réponses qu’elles ont fournies à l’audience à une question écrite posée par la Cour, que le droit national devrait être assimilé au droit de l’Union en vertu de l’obligation d’application imposée par l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, et que son respect devrait être soumis au plein contrôle des juridictions de l’Union et, par conséquent, de la Cour dans le cadre du pourvoi, conformément à l’article 256, paragraphe 1, deuxième alinéa, TFUE. Or, le Tribunal aurait méconnu cette possibilité juridique d’effectuer une interprétation conforme de l’article 70, paragraphe 1, du TUB.

124.

Mme Corneli conteste ce point de vue. La BCE serait tenue d’interpréter et d’appliquer le droit national selon les critères reconnus dans l’ordre juridique interne, même s’il est contraire au droit de l’Union. Cette dernière question pourrait tout au plus être soulevée dans le cadre de la procédure en manquement, mais pas dans la procédure d’annulation ou de pourvoi, et devrait être traitée comme une question de fait. En tout état de cause, les articles 28 et 29 de la directive 2014/59 auraient été correctement transposés à l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et à l’article 70, paragraphe 1, du TUB.

125.

La Cour a déjà constaté, dans deux arrêts relatifs au mécanisme de surveillance unique, que l’application du droit national par (la BCE et) le Tribunal sur la base de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 ne peut être examinée, dans le cadre d’un pourvoi, que pour vérifier si ce droit a été dénaturé d’une manière qui apparaisse de façon manifeste des pièces du dossier ( 99 ). Cette jurisprudence part donc, à juste titre selon nous, du principe que, dans le cadre d’un pourvoi, le droit national ne saurait être assimilé au droit de l’Union dans sa fonction de critère de contrôle.

126.

En effet, à la différence de l’avocate générale Ćapeta et de la Commission, nous considérons qu’il n’est pas possible de traiter l’application du droit national par la BCE, même si elle est expressément prévue par le droit de l’Union, comme une pure question de droit, qui serait de même nature que celle du « respect du droit dans l’interprétation et l’application des traités », au sens de l’article 19, paragraphe 1, deuxième phrase, TUE, ou que celle des « questions de droit » visées à l’article 256, paragraphe 1, deuxième alinéa, TFUE et à l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne ( 100 ). Une telle assimilation totale de ces différentes sources de droit serait contraire à la répartition des compétences entre les États membres et l’Union dans les traités ainsi qu’au principe d’attribution prévu à l’article 5, paragraphe 2, TUE. Cette répartition des compétences découlant des traités ne peut pas être modifiée par une obligation d’application du droit national fondée sur le droit dérivé, telle qu’elle est prévue à l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013. Dans le cas contraire, cette disposition aurait pour conséquence que le droit national transposant les directives qui garantissent le fonctionnement du mécanisme de surveillance unique serait entièrement « incorporé » dans le domaine du droit de l’Union ( 101 ). Il devrait alors être traité par les institutions et les juridictions de l’Union exclusivement selon les critères applicables à ce dernier ( 102 ).

127.

Pour ces raisons tenant aux règles de compétence, le principe « iura novit curia » ne saurait s’appliquer aux juridictions de l’Union de la même manière pour le droit national que pour le droit de l’Union. En effet, conformément à l’article 19, paragraphe 1, deuxième phrase, TUE, lu en combinaison avec l’article 256, paragraphe 1, deuxième alinéa, TFUE, et l’article 267 TFUE ainsi qu’avec l’article 58, premier alinéa, de son statut, la Cour n’a le « dernier mot » qu’en ce qui concerne l’interprétation et l’application du droit de l’Union ou des traités et du droit dérivé, y compris les directives, alors qu’en ce qui concerne le droit national, cette prérogative revient en principe aux juridictions suprêmes ou constitutionnelles des États membres ( 103 ). Comme le soutient à juste titre Mme Corneli, tant la procédure en manquement au titre de l’article 258 TFUE ( 104 ) que le principe selon lequel la Cour n’est pas compétente pour interpréter et appliquer le droit national dans le cadre de la procédure préjudicielle visée à l’article 267 TFUE ( 105 ) sont l’expression concrète de cette répartition des compétences découlant des traités. Les limites de l’interprétation conforme du droit national reconnues par la jurisprudence de la Cour (points 115 et 116 des présentes conclusions), qui visent à préserver la compétence et la volonté du législateur national, confirment cette analyse.

128.

À cet égard, nous rappelons également nos avis circonstanciés sur l’application de la législation nationale et le contrôle juridictionnel dans le domaine du droit des marques de l’Union, qui renvoie aussi au droit national ( 106 ). Selon nous, aucun autre principe ne peut s’appliquer ici que ceux que la Cour a ensuite spécifiquement reconnus pour le droit des marques de l’Union ( 107 ) et qu’elle a, par la suite, transposés au champ d’application de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 ( 108 ). À cet égard, elle a cependant également tenu compte du fait que, dans le cadre de la procédure juridictionnelle, les dispositions nationales ne sont pas totalement assimilables aux autres éléments factuels, mais que, en raison de leur caractère hybride en tant que faits juridiques, elles doivent être soumises à des exigences particulières en matière d’allégation et de preuve ( 109 ). Ce faisant, elle prend aussi en considération le fait qu’une disposition nationale mettant en œuvre les pouvoirs de surveillance dans le cadre du mécanisme de surveillance unique en vertu de l’injonction figurant à l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013 constitue une règle de droit relative à l’application des traités, au sens de l’article 263, deuxième alinéa, TFUE, dont l’application est en principe soumise au contrôle des juridictions de l’Union.

129.

Cette approche est, enfin, semblable à celle adoptée par la Cour dans sa jurisprudence relative aux règles de l’Union en matière d’aides d’État. Selon cette jurisprudence, le droit national qui encadre l’appréciation du point de savoir si un État membre a octroyé une aide interdite au sens de l’article 107, paragraphe 1, TFUE doit, en tant que fait juridique, être examiné, en substance, au regard des règles applicables en matière d’allégation et de preuve ( 110 ).

130.

Il s’ensuit que le critère de contrôle relatif au droit national devant les juridictions de l’Union implique, en principe, que la partie qui l’invoque expose et démontre que ce droit doit être interprété et appliqué de la manière qu’elle allègue, conformément aux méthodes d’interprétation nationales et à la jurisprudence des juridictions de l’État membre concerné y afférente ( 111 ). L’argumentation des requérantes au pourvoi, selon laquelle le droit national est équivalent au droit de l’Union dans le champ d’application de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, doit ainsi être rejetée. Dans le cadre de ce contrôle, les juridictions de l’Union ne sont donc pas non plus autorisées à soulever et à examiner d’office, si nécessaire, le droit national pertinent ( 112 ), et ce d’autant moins qu’une interdiction analogue de se saisir d’office est, en principe, également applicable en droit de l’Union ( 113 ).

131.

C’est pour cette raison que nous examinerons ci-après si, au stade du pourvoi, les requérantes au pourvoi et la République italienne pouvaient valablement démontrer, ou ont démontré, que, selon les méthodes d’interprétation nationales et la jurisprudence pertinente, l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB sont interprétés (ou peuvent l’être) en conformité avec les articles 28 et 29 de la directive 2014/59, et, partant, que l’arrêt attaqué est entaché d’une erreur de droit à cet égard. En effet, dans la mesure où l’interprétation et l’application du droit national doivent, en substance, être traitées comme une question de fait susceptible d’être établie par des preuves, les griefs soulevés par les requérantes au pourvoi à ce sujet pourraient être irrecevables au stade du pourvoi, comme le soutient également Mme Corneli. Par ailleurs, il ne pourrait être reproché au Tribunal d’avoir commis une erreur de droit que s’il avait enfreint les règles d’administration de la preuve à cet égard, en particulier celles relatives à la répartition de la charge de la preuve et au niveau de preuve, ou s’il avait manifestement dénaturé – au regard des critères reconnus par la Cour – les éléments de fait ou de preuve pertinents pour apprécier le contenu et la portée des dispositions nationales ainsi que leur application ( 114 ).

6. Recevabilité du grief tiré de l’interprétation conforme de l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB lu en combinaison avec l’article 70, paragraphe 1, du TUB

132.

Les requérantes au pourvoi, soutenues par la République italienne, ont exposé de manière détaillée, pour la première fois au stade du pourvoi, les méthodes d’interprétation qu’elles estimaient devoir être prises en compte en vertu du droit italien en ce qui concerne l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), et l’article 70, paragraphe 1, du TUB, ainsi que la manière dont les juridictions italiennes ont interprété et appliqué ces dispositions jusqu’à présent, notamment au regard des articles 28 et 29 de la directive 2014/59 ( 115 ). La jurisprudence pertinente de ces juridictions date des années 2012, 2015, 2017 et 2021 et était donc disponible au moment de la procédure de première instance devant le Tribunal. Or, les mémoires des parties en première instance n’en font pas mention. De même, lors de l’audience devant le Tribunal, celles-ci n’ont présenté aucun élément de fait circonstancié en réponse aux questions de ce dernier à ce sujet.

133.

Cependant, dans sa réponse au quatrième moyen soulevé en première instance par Mme Corneli, tiré d’une violation de l’article 70, paragraphe 1, du TUB, la BCE aurait très bien pu amener le Tribunal à se pencher avant tout sur la question de l’interprétation et de l’application de ces dispositions par les juridictions italiennes en avançant une telle argumentation de défense. Toutefois, en l’absence d’une telle argumentation de la BCE, le Tribunal n’a ni examiné, ni pu examiner, cette question dans le cadre du quatrième moyen de la requête. En effet, comme cela est indiqué au point 130 des présentes conclusions, le Tribunal n’avait ni l’autorisation ni l’obligation d’examiner d’office la portée des dispositions nationales à la lumière des méthodes d’interprétation et de la jurisprudence nationales. Dès lors, il ne peut pas non plus lui être reproché de les avoir manifestement méconnues, et encore moins de les avoir dénaturées.

134.

Cependant, d’une part, il n’appartient pas à la Cour d’apprécier les éléments de fait et de preuve présentés pour la première fois au stade du pourvoi, dont font aussi partie les faits juridiques litigieux en l’espèce, relatifs à l’interprétation et à l’application des dispositions nationales pertinentes, qui n’ont pas, ou n’ont pas pu, faire l’objet de l’appréciation du Tribunal. De même, selon une jurisprudence constante, une dénaturation des preuves n’existe que lorsque, sans avoir recours à de nouveaux éléments de preuve, l’appréciation par le Tribunal des éléments de preuve (déjà) existants apparaît manifestement erronée ( 116 ). Par ailleurs, une demande formelle des requérantes au pourvoi tendant à l’admission de nouvelles preuves aurait également dû être rejetée. En effet, conformément à l’article 256, paragraphe 1, second alinéa, TFUE et à l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, le pourvoi est limité aux questions de droit, à l’exclusion de toute appréciation des faits, de sorte que de nouveaux éléments de preuve sont irrecevables au stade d’un pourvoi ( 117 ).

135.

D’autre part, une dénaturation des éléments de fait ou de preuve doit ressortir de façon manifeste des pièces du dossier, sans qu’il soit nécessaire de procéder à une nouvelle appréciation des faits et des preuves. Eu égard au caractère exceptionnel d’un moyen tiré d’une dénaturation des éléments de fait et de preuve, un requérant doit, en application de l’article 256 TFUE, de l’article 58, premier alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et de l’article 168, paragraphe 1, sous d), de son règlement de procédure, indiquer de façon précise les éléments qui auraient été dénaturés par le Tribunal et démontrer les erreurs d’analyse qui, dans son appréciation, auraient conduit celui-ci à cette dénaturation ( 118 ).

136.

C’est la raison pour laquelle la Cour a déjà précisé, au sujet d’une erreur de droit dans l’application de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, invoquée dans le cadre d’un pourvoi, qu’elle est uniquement compétente pour examiner, premièrement, si le Tribunal, sur le fondement des documents et des autres pièces qui lui ont été soumis, n’a pas dénaturé le libellé des dispositions nationales en cause ou de la jurisprudence nationale qui leur est relative ou encore des écrits de doctrine qui les concernent, deuxièmement, s’il ne s’est pas livré, au regard de ces éléments, à des constatations allant de façon manifeste à l’encontre de leur contenu et, troisièmement, s’il n’a pas, dans l’examen de l’ensemble des éléments, attribué à l’un d’entre eux, afin de constater le contenu de ces dispositions, une portée qui ne lui revient pas par rapport aux autres éléments, pour autant que cela ressorte de façon manifeste des pièces du dossier ( 119 ).

137.

Or, la méconnaissance flagrante de la jurisprudence des juridictions italiennes dans l’arrêt attaqué, invoquée notamment par la BCE, ne ressort pas de façon manifeste des pièces du dossier de première instance, mais tout au plus des griefs soulevés au stade du pourvoi. En l’absence d’allégation en ce sens dans la procédure de première instance, il n’apparaît pas non plus que le Tribunal ait pu, à cet égard, méconnaître les règles du droit de l’Union en matière de preuve. Il en va ainsi même dans l’hypothèse où le Tribunal aurait interprété les dispositions nationales comme s’il s’agissait de dispositions du droit de l’Union ( 120 ).

138.

Au contraire, l’interprétation de l’article 70, paragraphe 1, du TUB retenue par le Tribunal (point 119 des présentes conclusions) semble suffisamment plausible au regard du libellé de cette disposition, de sorte que son refus d’effectuer une interprétation conforme de cette disposition qui serait contra legem ne saurait être qualifié ni de « dénaturation manifeste » ni d’« erreur de droit » pour d’autres raisons.

139.

En effet, la condition spécifique expressément prévue à l’article 70, paragraphe 1, du TUB – contrairement au libellé des articles 28 et 29 de la directive 2014/59 – selon laquelle l’administration temporaire peut être ordonnée non seulement en cas de « violation ou irrégularité » visées à l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB, mais également si « de graves pertes patrimoniales [de la banque] sont attendues » ( 121 ), pourrait tout à fait s’opposer à son interprétation conforme. D’une part, il n’apparaît pas, à première vue, que la condition tirée de la « détérioration de la situation de la banque », figurant à l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB, qui n’est pas prévue à l’article 70, paragraphe 1, du TUB, soit équivalente à celle relative aux graves pertes patrimoniales attendues. D’autre part, il n’est pas manifeste que, comme le soutiennent la BCE et la République italienne, les termes « violation » et « irrégularité » figurant à l’article 69 octiesdecies, paragraphe 1, sous b), du TUB, auquel renvoie l’article 70, paragraphe 1, du TUB, impliquent toujours automatiquement une « détérioration de la situation de la banque ». S’il devait s’avérer – ainsi que le Tribunal l’a constaté ( 122 ) et comme le soutient Mme Corneli – que la condition spécifique tirée des pertes patrimoniales graves attendues constitue, selon la volonté du législateur italien, une expression particulière du principe de proportionnalité et vise spécifiquement à justifier l’intervention plus grave – par rapport aux mesures correctives prioritaires moins sévères – que représente le placement sous administration temporaire, cela pourrait faire obstacle à une telle interprétation conforme. En tout état de cause, la BCE n’a pas expressément examiné cette condition spécifique dans les décisions litigieuses pour justifier le placement sous administration temporaire de la banque ( 123 ).

140.

Dès lors, à la lumière des informations disponibles du dossier, la constatation formulée par le Tribunal dans l’arrêt attaqué, selon laquelle la BCE ne s’est pas fondée sur une base juridique suffisante, n’est pas liée à une interprétation manifestement erronée des dispositions nationales pertinentes. Il n’apparaît pas non plus que le Tribunal ait en cela manqué à son obligation d’interpréter, dans toute la mesure du possible, ces dispositions de manière conforme à la directive.

141.

Il s’ensuit que les griefs soulevés par les requérantes au pourvoi et la République italienne tirés – dans les deuxième à cinquième moyens du pourvoi de la BCE et dans les troisième et quatrième moyens du pourvoi de la Commission – d’une application juridiquement erronée des méthodes d’interprétation prévues par le droit italien et d’une méconnaissance de la jurisprudence des juridictions italiennes doivent être rejetés comme étant irrecevables.

142.

La Commission ne saurait objecter – par son deuxième moyen du pourvoi – que Mme Corneli a contesté tardivement l’interprétation de l’article 70, paragraphe 1, du TUB avancée par le Tribunal en réponse à son quatrième moyen, à savoir seulement dans le mémoire en réplique devant le Tribunal, ce qui serait irrecevable en vertu de l’article 84, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal. Cette argumentation de la Commission procède d’une comparaison formaliste du libellé de deux points de ces requête et mémoire qui reproduisent respectivement, en introduction, le contenu de l’article 70 du TUB. Or –ainsi que le soutient Mme Corneli – ce contenu n’a été présenté que de manière imprécise dans la requête, sans que cela ait eu une incidence sur la portée du quatrième moyen. En outre, même si, dans ce moyen, la violation de l’article 70, paragraphe 1, du TUB n’était formulée que de manière vague et ne contenait pas l’interprétation retenue dans l’arrêt attaqué sous cette forme, il convient en outre de tenir compte du fait que la première décision litigieuse n’a été communiquée à Mme Corneli dans son intégralité qu’après l’introduction du recours. Par conséquent, il n’y a pas eu de moyen nouveau au sens de l’article 84, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, mais tout au plus une ampliation recevable du (quatrième) moyen tiré de la violation de l’article 70, paragraphe 1, du TUB, déjà soulevé dans la requête ( 124 ). La BCE s’est ensuite défendue contre celui-ci, sans tenir compte des méthodes d’interprétation nationales ni de la jurisprudence des juridictions italiennes.

143.

Dès lors, le deuxième moyen du pourvoi de la Commission, par lequel elle reproche au Tribunal d’avoir violé l’article 84, paragraphe 1, de son règlement de procédure et le principe « ne ultra petita », doit être rejeté comme étant non fondé.

7. Conclusion intermédiaire

144.

Aucun des moyens soulevés dans les pourvois ne pouvant, à notre avis, être accueilli, nous proposons de rejeter les deux pourvois.

145.

En l’absence de conclusions sur les dépens en application des dispositions combinées de l’article 138, paragraphe 1, et de l’article 184, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour, il n’y a pas lieu de statuer sur les dépens de Mme Corneli. Les requérantes au pourvoi ayant succombé, elles supporteront leurs propres dépens afférents à la procédure de pourvoi, conformément aux dispositions combinées de l’article 138, paragraphe 1, et de l’article 184, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour. En tant que partie intervenante, la République italienne supportera ses propres dépens, conformément aux dispositions combinées de l’article 140, paragraphe 1, et de l’article 184, paragraphe 1, du règlement de procédure de la Cour.

146.

Toutefois, dans l’hypothèse où la Cour ne suivrait pas notre proposition de décision et considérerait les pourvois comme fondés au motif, notamment, que le cinquième moyen du pourvoi de la Commission doit être accueilli (points 81 à 112 des présentes conclusions), il y aurait lieu d’annuler l’arrêt attaqué, de renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour qu’il statue à nouveau et de réserver les dépens. En effet, conformément à l’article 61 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, dès lors que le Tribunal n’a traité que le moyen tiré de la violation de l’article 70, paragraphe 1, du TUB et de l’absence de base juridique, et qu’il n’a pas examiné les autres moyens de la requête résumés au point 84 de l’arrêt attaqué ( 125 ), le litige ne serait pas en état d’être jugé. La Cour ne dispose pas, à notre avis, des éléments nécessaires pour statuer définitivement sur ces moyens, dont certains nécessiteraient en outre une appréciation des faits et des preuves que le Tribunal n’a pas effectuée.

VI. Conclusion

147.

À la lumière des considérations qui précèdent, nous proposons à la Cour de statuer comme suit :

1)

Les pourvois dans les affaires C‑777/22 P et C‑789/22 P sont rejetés.

2)

La Banque centrale européenne, la Commission européenne et la République italienne supportent chacune leurs propres dépens.


( 1 ) Langue originale : l’allemand.

( 2 ) Arrêt du 12 octobre 2022, Corneli/BCE (T‑502/19, EU:T:2022:627).

( 3 ) ECB-SSM-2019-ITCAR-11.

( 4 ) ECB-SSM-2019-ITCAR-13.

( 5 ) Arrêt du 5 novembre 2019 (C‑663/17 P, C‑665/17 P et C‑669/17 P, EU:C:2019:923).

( 6 ) Arrêt Trasta Komercbanka, points 102 à 115.

( 7 ) Règlement du Conseil du 15 octobre 2013 confiant à la Banque centrale européenne des missions spécifiques ayant trait aux politiques en matière de surveillance prudentielle des établissements de crédit (JO 2013, L 287, p. 63).

( 8 ) Directive du Parlement européen et du Conseil du 15 mai 2014 établissant un cadre pour le redressement et la résolution des établissements de crédit et des entreprises d’investissement et modifiant la directive 82/891/CEE du Conseil ainsi que les directives du Parlement européen et du Conseil 2001/24/CE, 2002/47/CE, 2004/25/CE, 2005/56/CE, 2007/36/CE, 2011/35/UE, 2012/30/UE et 2013/36/UE et les règlements du Parlement européen et du Conseil (UE) no 1093/2010 et (UE) no 648/2012 (JO 2014, L 173, p. 190).

( 9 ) Voir Witte, A., « The Application of National Banking Supervision Law by the ECB : Three Parallel Modes of Executing EU Law ? », Maastricht Journal of European and Comparative Law, 2014, vol. 21, p. 89 (p. 105 et suiv.) ; Boucon, L., et Jaros, D., « The Application of National Law by the European Central Bank within the EU Banking Union’s Single Supervisory Mechanism : A New Mode of European Integration ? », European Journal of Legal Studies, 2018, vol. 10, p. 155 (p. 170 et suiv.) ; Coman-Kund, F., et Amtenbrink, F., « On the Scope and Limits of the Application of National Law by the European Central Bank within the Single Supervisory Mechanism », Banking & Finance Law Review, 2018, vol. 33, p. 133 (p. 147 et suiv.) ; Di Bucci, V., « Quelques questions concernant le contrôle juridictionnel sur le mécanisme de surveillance unique », dans Liber amicorum Antonio Tizzano – De la Cour CECA à la Cour de l’Union : le long parcours de la justice européenne, Giappichelli, 2018, p. 316 et suiv. (p. 327 et suiv.) ; Biondi, A., et Spano, A., « The ECB and the Application of National Law in the SSM : New Yet Old… », European Business Law Review, 2020, vol. 31, p. 1023 (p. 1036 et suiv.) ; Bobić, A., The Individual in the Economic and Monetary Union – A Study of Legal Accountability, Cambridge, 2024, p. 165 et suiv.

( 10 ) Voir également, à cet égard, conclusions de l’avocate générale Ćapeta dans l’affaire Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:296, points 26 et suiv.).

( 11 ) GURI no 267, du 16 novembre 2015.

( 12 ) GURI no 176, du 31 juillet 2015.

( 13 ) Voir decreto legislativo n. 385 (décret législatif no 385), du 1er septembre 1993 (GURI no 230, du 30 septembre 1993, supplément ordinaire no 92).

( 14 ) Voir, plus précisément, points 3 et suiv. de l’arrêt attaqué.

( 15 ) Il s’agit d’un consortium de droit privé entre banques aux fins de la garantie des dépôts ; voir, à cet égard, arrêt de la Cour (grande chambre) du 2 mars 2021, Commission/Italie e.a. (C‑425/19 P, EU:C:2021:154, points 7 et suiv.).

( 16 ) Points 33 et suiv. de l’arrêt attaqué.

( 17 ) Points 88 à 100 de l’arrêt attaqué.

( 18 ) Le Tribunal semble faire en cela référence (au point 107 de l’arrêt attaqué), en particulier, à la condition spécifique que de « graves pertes patrimoniales » soient attendues, prévue par l’article 70, paragraphe 1, du TUB. Toutefois, il ne mentionne cette condition que dans la citation de cette disposition au point 89 ainsi qu’au point 93, troisième tiret, de l’arrêt attaqué, sans procéder à sa qualification juridique ou reprocher explicitement à la BCE de ne pas l’avoir appliquée.

( 19 ) Points 103 à 108 de l’arrêt attaqué.

( 20 ) Par ces déclarations alambiquées, le Tribunal semble vouloir dire que ces directives et le droit national adopté aux fins de leur transposition constituent une source juridique unique.

( 21 ) Points 111 à 113 de l’arrêt attaqué.

( 22 ) Voir le résumé figurant au point 84 de l’arrêt attaqué, qui repose sur une réorganisation des cinq moyens formellement soulevés dans la requête. Sur le fond, le Tribunal a accueilli le quatrième moyen tiré, notamment, de la violation de l’article 70 du TUB.

( 23 ) Points 26 à 29 de l’arrêt attaqué.

( 24 ) Premier moyen de la BCE dans l’affaire C‑777/22 P, ainsi que premier moyen de la Commission dans l’affaire C‑789/22 P.

( 25 ) Deuxième moyen de la BCE dans l’affaire C‑777/22 P, ainsi que deuxième à cinquième moyens de la Commission dans l’affaire C‑789/22 P.

( 26 ) Voir arrêts du 23 avril 2009, Sahlstedt e.a./Commission (C‑362/06 P, EU:C:2009:243, point 22 et jurisprudence citée), ainsi que du 6 juillet 2023, Julien/Conseil (C‑285/22 P, non publié, EU:C:2023:551, point 45 et jurisprudence citée). Voir aussi arrêt du 20 juin 2024, EUIPO/Indo European Foods (C‑801/21 P, EU:C:2024:528, point 76 et jurisprudence citée).

( 27 ) En ce sens, arrêt Trasta Komercbanka, point 103, et arrêt du 30 juin 2022, Danske Slagtermestre/Commission (C‑99/21 P, EU:C:2022:510, point 41 et jurisprudence citée).

( 28 ) Points 33 et suiv. de l’arrêt attaqué.

( 29 ) Voir, en détail, point 34 de l’arrêt attaqué.

( 30 ) Voir point 34, deuxième tiret, de l’arrêt attaqué.

( 31 ) Voir point 34, troisième tiret, de l’arrêt attaqué.

( 32 ) Voir article 18, paragraphe 9, et article 26, paragraphe 7, de ces statuts.

( 33 ) Point 44 de l’arrêt attaqué.

( 34 ) Voir aussi point 38 de l’arrêt attaqué.

( 35 ) Points 110 et 111.

( 36 ) En ce sens, arrêt Trasta Komercbanka, points 109, 111 et 112 ; voir également nos conclusions dans les affaires jointes BCE e.a./Trasta Komercbanka e.a. (C‑663/17 P, C‑665/17 P et C‑669/17 P, EU:C:2019:323, point 119).

( 37 ) Arrêt Trasta Komercbanka, points 113 à 115.

( 38 ) Points 47 à 53 de l’arrêt attaqué.

( 39 ) Cour EDH, arrêt du 7 juillet 2020, Albert et autres c. Hongrie (CE:ECHR:2020:0707JUD000529414).

( 40 ) En ce sens, Cour EDH, arrêt du 7 juillet 2020, Albert et autres c. Hongrie (CE:ECHR:2020:0707JUD000529414, § 121 à 124, 132 et, en particulier, 134).

( 41 ) Cour EDH, arrêt du 7 juillet 2020, Albert et autres c. Hongrie (CE:ECHR:2020:0707JUD000529414, § 155), vu les arrêts de la Cour EDH du 7 novembre 2002, Olczak c. Pologne (CE:ECHR:2002:1107DEC003041796), et du 20 septembre 2011, Shesti Mai Engineering OOD et autres c. Bulgarie, no 17854/04 (CE:ECHR:2011:0920JUD001785404).

( 42 ) Cour EDH, arrêt du 7 juillet 2020, Albert et autres c. Hongrie (CE:ECHR:2020:0707JUD000529414, § 154 et 155).

( 43 ) Voir, par analogie, arrêt Trasta Komercbanka, point 114.

( 44 ) Points 34 et 35 de l’arrêt attaqué.

( 45 ) Arrêt du 6 novembre 2018, Scuola Elementare Maria Montessori/Commission, Commission/Scuola Elementare Maria Montessori et Commission/Ferracci (C‑622/16 P à C‑624/16 P, EU:C:2018:873, points 28 et 29 ainsi que jurisprudence citée). Voir également point 74 de l’arrêt attaqué.

( 46 ) Voir points 58 et suiv. de l’arrêt attaqué.

( 47 ) En ce sens, notamment, arrêt du 23 avril 2009, Sahlstedt e.a./Commission (C‑362/06 P, EU:C:2009:243, point 26, citant l’arrêt du 15 juillet 1963, Plaumann/Commission, 25/62, EU:C:1963:17, p. 223).

( 48 ) En ce sens, arrêt du 23 avril 2009, Sahlstedt e.a./Commission (C‑362/06 P, EU:C:2009:243, point 31 et jurisprudence citée).

( 49 ) Points 58 à 64 de l’arrêt attaqué.

( 50 ) Jurisprudence constante, voir en particulier arrêts du 13 mars 2008, Commission/Infront WM (C‑125/06 P, EU:C:2008:159, point 71) ; du 27 février 2014, Stichting Woonpunt e.a./Commission (C‑132/12 P, EU:C:2014:100, point 59), et du 28 juin 2018, Andres (faillite Heitkamp BauHolding)/Commission (C‑203/16 P, EU:C:2018:505, points 44 et suiv., concernant les titulaires d’un droit acquis, et certifié par avis d’imposition, à l’application d’une économie d’impôt).

( 51 ) Points 77 et suiv. de l’arrêt attaqué, sous l’intitulé « Sur l’intérêt à agir ».

( 52 ) Voir, en particulier, points 81 et 82 de l’arrêt attaqué.

( 53 ) En ce sens, arrêts du 17 septembre 2015, Mory e.a./Commission (C‑33/14 P, EU:C:2015:609, points 54 et suiv., en particulier points 62 et 68) ; du 7 novembre 2018, BPC Lux 2 e.a./Commission (C‑544/17 P, EU:C:2018:880, point 31), et du 13 juillet 2023, D & A Pharma/EMA (C‑136/22 P, EU:C:2023:572, point 45).

( 54 ) Voir, en ce sens, les arrêts formulés de manière un peu plus alambiquée du 17 septembre 2015, Mory e.a./Commission (C‑33/14 P, EU:C:2015:609, points 55 à 58 et jurisprudence citée), ainsi que du 13 juillet 2023, D & A Pharma/EMA (C‑136/22 P, EU:C:2023:572, points 43 et 44 ainsi que jurisprudence citée).

( 55 ) Arrêts du 17 septembre 2015, Mory e.a./Commission (C‑33/14 P, EU:C:2015:609, points 69 et 70) ; du 7 novembre 2018, BPC Lux 2 e.a./Commission (C‑544/17 P, EU:C:2018:880, point 42), et du 6 mai 2021, Bayer CropScience AG et Bayer/Commission (C‑499/18 P, EU:C:2021:367, point 40).

( 56 ) Voir arrêts du 17 septembre 2015, Mory e.a./Commission (C‑33/14 P, EU:C:2015:609, point 79), et du 7 novembre 2018, BPC Lux 2 e.a./Commission (C‑544/17 P, EU:C:2018:880, point 43).

( 57 ) En ce sens, arrêt du 13 juillet 2023, D & A Pharma/EMA (C‑136/22 P, EU:C:2023:572, points 51 à 53 et jurisprudence citée).

( 58 ) Voir, concernant une action en responsabilité similaire engagée par d’autres actionnaires minoritaires de la banque, arrêt du Tribunal du 5 juin 2024, Malacalza Investimenti et Malacalza/BCE (T‑134/21, EU:T:2024:362), qui fait l’objet d’un pourvoi actuellement pendant (affaire C‑557/24 P).

( 59 ) Voir nos conclusions dans les affaires jointes BCE e.a./Trasta Komercbanka e.a. (C‑663/17 P, C‑665/17 P et C‑669/17 P, EU:C:2019:323, points 104 et suiv., en particulier point 119).

( 60 ) Points 100 à 113 de l’arrêt attaqué.

( 61 ) Voir, également, conclusions de l’avocate générale Ćapeta dans l’affaire Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:296, point 30).

( 62 ) Concernant l’obligation similaire incombant à des autorités nationales d’appliquer une disposition directement applicable d’une directive, voir arrêt du 6 décembre 2005, ABNA e.a. (C‑453/03, C‑11/04, C‑12/04 et C‑194/04, EU:C:2005:741, point 101 et jurisprudence citée).

( 63 ) Voir, en particulier, points 112 et 113 de l’arrêt attaqué.

( 64 ) Arrêt du 21 décembre 2023, Papier Mettler Italia (C‑86/22, EU:C:2023:1023, point 76 et jurisprudence citée).

( 65 ) Arrêt du 6 octobre 2015, T-Mobile Czech Republic et Vodafone Czech Republic (C‑508/14, EU:C:2015:657, point 52 et jurisprudence citée).

( 66 ) Celui-ci renvoie de manière générale à « la détérioration de la situation économique et financière ».

( 67 ) Voir, notamment, arrêt du 6 octobre 2015, T-Mobile Czech Republic et Vodafone Czech Republic (C‑508/14, EU:C:2015:657, point 53 et jurisprudence citée).

( 68 ) En ce sens, arrêts du 6 octobre 2015, T-Mobile Czech Republic et Vodafone Czech Republic (C‑508/14, EU:C:2015:657, point 53), et du 21 décembre 2023, Papier Mettler Italia (C‑86/22, EU:C:2023:1023, point 77 et jurisprudence citée). Voir aussi nos conclusions dans l’affaire Impact (C‑268/06, EU:C:2008:2, point 96).

( 69 ) Voir Kokott, J., « Zur unmittelbaren Wirkung des Unionsrechts », Archiv des öffentlichen Rechts, 2023, vol. 148, p. 496 et suiv. (p. 501).

( 70 ) Voir, par analogie, arrêt du 21 décembre 2023, Papier Mettler Italia (C‑86/22, EU:C:2023:1023, point 83). Voir aussi arrêts du 22 juin 1989, Costanzo (103/88, EU:C:1989:256, points 31 et 32) ; du 29 avril 1999, Ciola (C‑224/97, EU:C:1999:212, point 30), et du 9 septembre 2003, CIF (C‑198/01, EU:C:2003:430, point 49).

( 71 ) Voir arrêts du 7 janvier 2004, Wells (C‑201/02, EU:C:2004:12, point 57 et jurisprudence citée) ; du 17 juillet 2008, Arcor e.a. (C‑152/07 à C‑154/07, EU:C:2008:426, points 35 et 36), ainsi que du 6 octobre 2015, T-Mobile Czech Republic et Vodafone Czech Republic (C‑508/14, EU:C:2015:657, points 47 et 48).

( 72 ) Voir arrêt du 3 mai 2005, Berlusconi e.a. (C‑387/02, C‑391/02 et C‑403/02, EU:C:2005:270, points 73 à 77).

( 73 ) Voir aussi nos conclusions dans les affaires jointes Berlusconi e.a. (C‑387/02, C‑391/02 et C‑403/02, EU:C:2004:624, points 140 et suiv.).

( 74 ) Jurisprudence constante, voir arrêt du 7 août 2018, Smith (C‑122/17, EU:C:2018:631, points 42 et suiv. ainsi que jurisprudence citée). Voir, également, arrêt du 14 juillet 1994, Faccini Dori (C‑91/92, EU:C:1994:292, points 20 et suiv.).

( 75 ) Voir arrêt du 7 janvier 2004, Wells (C‑201/02, EU:C:2004:12, points 57 et suiv.).

( 76 ) Voir arrêts du 17 juillet 2008, Arcor e.a. (C‑152/07 à C‑154/07, EU:C:2008:426, point 38), et du 6 octobre 2015, T-Mobile Czech Republic et Vodafone Czech Republic (C‑508/14, EU:C:2015:657, points 49, 50 et 53).

( 77 ) Telle que l’évaluation des incidences sur l’environnement dans l’arrêt du 7 janvier 2004, Wells (C‑201/02, EU:C:2004:12, points 57 et suiv.).

( 78 ) Telle que la prise en compte de certains critères pour le calcul des contributions ou des coûts qui ont une influence sur le niveau des tarifs dans le secteur des télécommunications, arrêts du 17 juillet 2008, Arcor e.a. (C‑152/07 à C‑154/07, EU:C:2008:426, points 35 et suiv.), ainsi que du 6 octobre 2015, T-Mobile Czech Republic et Vodafone Czech Republic (C‑508/14, EU:C:2015:657, points 46 et suiv.). Voir aussi, en matière de législation sur la taxe sur la valeur ajoutée, arrêt du 8 juin 2006, Feuerbestattungsverein (C‑430/04, EU:C:2006:374, points 28 et suiv.).

( 79 ) Di Bucci, V., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 329, estime au contraire que, dans ce contexte, la jurisprudence relative à l’interdiction d’appliquer directement les dispositions d’une directive qui créent des obligations pour les particuliers est inapplicable d’une manière générale en raison de l’obligation d’application visée à l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013.

( 80 ) Arrêt Trasta Komercbanka, points 102 à 115.

( 81 ) Point 112 de l’arrêt attaqué.

( 82 ) Voir, notamment, les versions anglaise et française qui sont plus claires à cet égard : « all relevant EU law » ; « toutes les dispositions pertinentes du droit de l’Union » (mise en italique par nos soins).

( 83 ) Ainsi, le considérant 34 du règlement no 1024/2013 indique que « [cette obligation d’application] est sans préjudice du principe de la primauté du droit de l’Union ».

( 84 ) Tel n’est pas toujours le cas, ainsi que cela ressort notamment de l’article 1er, cinquième paragraphe, du règlement no 1024/2013 (voir également considérants 13 et 15) : « Le présent règlement est sans préjudice des responsabilités et pouvoirs correspondants dont sont investies les autorités compétentes des États membres participants pour l’exercice des missions de surveillance qui ne sont pas confiées à la BCE par le présent règlement. »

( 85 ) Dans le même sens, Coman-Kund, F., et Amtenbrink, F., cités à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 148 à 150 ; Di Bucci, V., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 328 ; pour une approche différente, Witte, A., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 106.

( 86 ) Voir également, en ce sens, considérant 12 du règlement no 1024/2013 : « [...] un mécanisme de surveillance unique devrait garantir que la politique de l’Union en matière de surveillance prudentielle des établissements de crédit est mise en œuvre de manière cohérente et efficace, que le corpus réglementaire unique pour les services financiers s’applique de la même manière aux établissements de crédit de tous les États membres concernés et que ces établissements de crédit sont soumis à une surveillance de la plus haute qualité, sans qu’interviennent des considérations autres que prudentielles ».

( 87 ) Voir également Biondi, A., et Spano, A., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 1040 et suiv.

( 88 ) Cela serait envisageable pour les banques contrôlées par l’État ; voir, concernant l’applicabilité directe « verticale » des dispositions d’une directive, arrêt du 10 octobre 2017, Farrell (C‑413/15, EU:C:2017:745).

( 89 ) La BCE partage ce point de vue depuis toujours, voir BCE, Feedback Statement – Responses to the public consultation on a draft Regulation and draft Guide of the European Central Bank, mars 2016, p. 10, point 35. Voir également Boucon, L., et Jaros, D., citées à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 170 à 172 et 183 ; Coman-Kund, F., et Amtenbrink, F., cités à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 153 et 156.

( 90 ) Arrêt du 6 octobre 2021, Sumal (C‑882/19, EU:C:2021:800, point 70 et jurisprudence citée, en premier lieu arrêt du 24 juin 2019, Popławski, C‑573/17, EU:C:2019:530, point 57 ; mise en italique par nos soins). Toujours sans référence au principe de primauté, voir arrêt du 8 novembre 2016, Ognyanov (C‑554/14, EU:C:2016:835, point 59, qui est à notre avis plus correct : « [...] Cette obligation d’interprétation conforme du droit national est inhérente au système du traité FUE en ce qu’elle permet aux juridictions nationales d’assurer, dans le cadre de leur compétence, la pleine efficacité du droit de l’Union lorsqu’elles tranchent les litiges dont elles sont saisies »). Concernant spécifiquement l’obligation d’interprétation conforme au regard des directives, voir arrêt du 11 avril 2024, Agencia Estatal de la Administración Tributaria (Exclusion des créances publiques de la remise de dettes) (C‑687/22, EU:C:2024:287, point 32 et jurisprudence citée).

( 91 ) En ce sens, arrêt du 6 octobre 2021, Sumal (C‑882/19, EU:C:2021:800, points 71 et 72 et jurisprudence citée). Voir aussi arrêt du 21 décembre 2023, Generalstaatsanwaltschaft Berlin (Condamnation par défaut) (C‑398/22, EU:C:2023:1031, point 48), ainsi que nos conclusions dans l’affaire Heureka Group (Comparateurs de prix en ligne) (C‑605/21, EU:C:2023:695, points 79 à 82).

( 92 ) Voir, également, Coman-Kund, F., et Amtenbrink, F., cités à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 158 ; Biondi, A., et Spano, A., cités à la note de bas en page 9 des présentes conclusions, p. 1042 à 1044 ; Di Bucci, V., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 327.

( 93 ) Cela ressort d’une lecture d’ensemble des constatations figurant aux points 94, 105 à 108, 112 et 113 de l’arrêt attaqué.

( 94 ) Ainsi que cela a déjà été constaté à la note en bas de page 18 des présentes conclusions, cette affirmation ne sous-tend l’arrêt attaqué que de manière implicite.

( 95 ) Di Bucci, V., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, dubitatif, p. 327.

( 96 ) Voir déjà en détail, sur ce point, conclusions de l’avocate générale Ćapeta dans l’affaire Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:296, points 26 et suiv.).

( 97 ) En ce sens, arrêts du 15 septembre 2022, PNB Banka/BCE (C‑326/21 P, non publié, EU:C:2022:693, point 71), et du 12 septembre 2024, Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:731, points 75, 85, 86, 98 et 114).

( 98 ) Voir arrêt du 5 juillet 2011, Edwin/OHMI (C‑263/09 P, EU:C:2011:452, points 44 à 46).

( 99 ) En ce sens, arrêts du 15 septembre 2022, PNB Banka/BCE (C‑326/21 P, non publié, EU:C:2022:693, point 71), et du 12 septembre 2024, Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:731, points 85 et 86).

( 100 ) Aux termes de cette disposition, un pourvoi ne peut être fondé que sur une « violation du droit de l’Union par le Tribunal ».

( 101 ) Une telle « incorporation » partielle a lieu tout au plus dans les litiges portés devant les juridictions de l’Union en vertu d’une clause compromissoire. En effet, l’article 272 TFUE permet de faire du droit civil national l’objet du contrôle juridictionnel d’un contrat entre les institutions de l’Union et les entreprises ; voir, notamment, arrêt du 16 juillet 2020, ADR Center/Commission (C‑584/17 P, EU:C:2020:576, points 88 et 89), ainsi que nos conclusions dans l’affaire ADR Center/Commission (C‑584/17 P, EU:C:2019:941, points 121 et suiv.).

( 102 ) Dans ce sens pourtant, Di Bucci, V., cité à la note en bas de page 9 des présentes conclusions, p. 330. Même le Tribunal semble être de cet avis aux points 111 et 112 de l’arrêt attaqué, lorsqu’il qualifie (implicitement) le droit de l’Union mentionné à l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013, y compris les directives et le droit national les transposant, de « source normative unique » (point 31 des présentes conclusions).

( 103 ) En ce sens, arrêt du 9 avril 2024, Profi Credit Polska (Réouverture de la procédure terminée par une décision définitive) (C‑582/21, EU:C:2024:282, points 31 ainsi que 49 et suiv.). Voir aussi nos conclusions dans l’affaire Edwin/OHMI (C‑263/09 P, EU:C:2011:30, points 49 et suiv. ainsi que 56).

( 104 ) Cela se reflète notamment dans la répartition de la charge de l’allégation et de la preuve entre la Commission et l’État membre concerné, ainsi que dans les obligations de coopération de ce dernier pour déterminer la portée réelle et l’application concrète du droit national, que la Commission ne peut pas mettre en œuvre de manière autonome, cette dernière ne disposant pas elle-même de pouvoirs d’investigation. Voir, à cet égard, arrêts du 9 juillet 2015, Commission/Irlande (C‑87/14, EU:C:2015:449, point 23 et jurisprudence citée) ; du 17 décembre 2020, Commission/Hongrie (Accueil des demandeurs de protection internationale) (C‑808/18, EU:C:2020:1029, points 111 et suiv. concernant une pratique administrative) ; du 22 avril 2021, Commission/Autriche (Location d’un bâtiment non encore construit) (C‑537/19, EU:C:2021:319, points 55 et suiv.) ; du 2 septembre 2021, Commission/Suède (Stations d’épuration) (C‑22/20, EU:C:2021:669, points 143 et suiv.), ainsi que du 25 janvier 2024, Commission/Irlande (Trihalométhanes dans l’eau potable) (C‑481/22, EU:C:2024:85, points 72 et suiv.).

( 105 ) Voir, par exemple, arrêts du 7 juillet 2016, Genentech (C‑567/14, EU:C:2016:526, point 22 et jurisprudence citée) ; du 20 octobre 2022, Ekofrukt (C‑362/21, EU:C:2022:815, point 25) ; du 27 avril 2023, Legea (C‑686/21, EU:C:2023:357, point 24 et jurisprudence citée), ainsi que du 9 avril 2024, Profi Credit Polska (Réouverture de la procédure terminée par une décision définitive) (C‑582/21, EU:C:2024:282, points 31, 55 et 58).

( 106 ) Nos conclusions dans l’affaire Edwin/OHMI (C‑263/09 P, EU:C:2011:30, points 42 et suiv.), puis dans l’affaire EUIPO/Szajner (C‑598/14 P, EU:C:2016:915, points 44 et suiv.).

( 107 ) Arrêt du 5 juillet 2011, Edwin/OHMI (C‑263/09 P, EU:C:2011:452, points 44 et suiv.), puis arrêt du 27 mars 2014, OHMI/National Lottery Commission (C‑530/12 P, EU:C:2014:186, points 34 et suiv.). Voir aussi arrêt du 5 avril 2017, EUIPO/Szajner (C‑598/14 P, EU:C:2017:265, points 35 et suiv.).

( 108 ) Voir arrêts du 15 septembre 2022, PNB Banka/BCE (C‑326/21 P, non publié, EU:C:2022:693, point 71), et du 12 septembre 2024, Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:731, points 85 et 86 ainsi que jurisprudence citée).

( 109 ) Arrêt du 27 mars 2014, OHMI/National Lottery Commission (C‑530/12 P, EU:C:2014:186, point 37 : « il ne ressort pas [...] qu’une règle de droit national [...] doive être traitée comme un élément purement factuel »). Voir également Prek, M., et Lefèvre, S., « The EU Courts as “national” courts : National law in the EU judicial process », Common Market Law Review, 2017, vol. 54, no 2, p. 369 (p. 394 : « “hybrid” or sui generis approach »).

( 110 ) Voir arrêts du 21 décembre 2011, A2A/Commission (C‑318/09 P, non publié, EU:C:2011:856, point 125) ; du 3 avril 2014, France/Commission (C‑559/12 P, EU:C:2014:217, points 77 et suiv.) ; du 21 décembre 2016, Commission/Hansestadt Lübeck (C‑524/14 P, EU:C:2016:971, point 20 et jurisprudence citée) ; du 8 novembre 2022, Fiat Chrysler Finance Europe/Commission (C‑885/19 P et C‑898/19 P, EU:C:2022:859, points 72 et suiv., en particulier point 82) ; du 5 décembre 2023, Luxembourg e.a./Commission (C‑451/21 P et C‑454/21 P, EU:C:2023:948, points 76 à 79) ; du 14 décembre 2023, Commission/Amazon.com e.a. (C‑457/21 P, EU:C:2023:985, points 19 à 22), et du 10 septembre 2024, Commission/Irlande et Apple Sales International (C‑465/20 P, EU:C:2024:724, points 174 à 176).

( 111 ) L’avocate générale Ćapeta se rallie de nouveau à cette thèse dans ses conclusions dans l’affaire Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:296, points 47 et suiv.), bien qu’elle considère que le droit national est de même nature que le droit de l’Union au regard de l’article 4, paragraphe 3, premier alinéa, du règlement no 1024/2013.

( 112 ) Voir, cependant, conclusions de l’avocate générale Ćapeta dans l’affaire Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:296, points 44 à 46). Voir aussi conclusions de l’avocat général Pitruzzella dans les affaires jointes Crédit Mutuel Arkéa/BCE (C‑152/18 P et C‑153/18 P, EU:C:2019:505, point 120, conclusions qui renvoient, entre autres, à l’arrêt du 13 décembre 2017, Crédit mutuel Arkéa/BCE, T‑712/15, EU:T:2017:900, point 132).

( 113 ) Voir, notamment, arrêt du 25 octobre 2017, Commission/Italie (C‑467/15 P, EU:C:2017:799, point 15 et jurisprudence citée). Il pourrait en être autrement concernant la question du champ d’application de la norme sur laquelle est fondée la mesure contestée ; voir, à cet égard, arrêt définitif du Tribunal du 12 juin 2019, RV/Commission (T‑167/17, EU:T:2019:404, points 59 à 61), ainsi que conclusions de l’avocat général Pikamäe dans l’affaire EUIPO/Neoperl (C‑93/23 P, EU:C:2024:751, points 72 et suiv.).

( 114 ) Voir, en ce sens, arrêts du 5 juillet 2011, Edwin/OHMI (C‑263/09 P, EU:C:2011:452, point 53) ; du 5 avril 2017, EUIPO/Szajner (C‑598/14 P, EU:C:2017:265, point 56) ; du 15 septembre 2022, PNB Banka/BCE (C‑326/21 P, non publié, EU:C:2022:693, point 71), et du 12 septembre 2024, Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:731, points 86 et 114). D’une manière générale, concernant les limites du pouvoir d’appréciation de la Cour en la matière au stade du pourvoi, voir, notamment, arrêt du 18 juin 2020, Dovgan/EUIPO (C‑142/19 P, non publié, EU:C:2020:487, point 44).

( 115 ) Voir, en particulier, les renvois aux jugements du Tribunale amministrativo regionale per il Lazio (tribunal administratif régional pour le Latium, Italie), no 1627 du 1er février 2017, no 11766 du 15 novembre 2021, et no 13520 du 27 décembre 2021, ainsi qu’aux arrêts du Consiglio di Stato (Conseil d’État, Italie), no 6583 du 20 décembre 2012, et no 835 du 19 février 2015. Même si, de notre point de vue, cela n’a pas d’importance en définitive, nous souhaiterions ajouter, par souci d’exhaustivité, que ces décisions semblent effectivement corroborer l’interprétation avancée par les requérantes au pourvoi et la République italienne, et donc l’approche retenue par la BCE dans les décisions litigieuses. En revanche, Mme Corneli n’évoque guère cette jurisprudence administrative, en se limitant, pour l’essentiel, à une interprétation littérale prônée par un courant de pensée universitaire et à la jurisprudence générale de la Corte suprema di cassazione (Cour de cassation, Italie), qui privilégie cette méthode d’interprétation en droit civil.

( 116 ) En ce sens, arrêts du 23 mars 2023, PV/Commission (C‑640/20 P, EU:C:2023:232, point 78 et jurisprudence citée), ainsi que du 11 janvier 2024, Foz/Conseil (C‑524/22 P, EU:C:2024:23, point 38 et jurisprudence citée) ; mise en italique par nos soins.

( 117 ) En ce sens, arrêt du 19 juin 2019, RF/Commission (C‑660/17 P, EU:C:2019:509, point 30 et jurisprudence citée).

( 118 ) En ce sens, arrêts du 18 juin 2020, Dovgan/EUIPO (C‑142/19 P, non publié, EU:C:2020:487, point 44 et jurisprudence citée), ainsi que du 12 novembre 2020, Pethke/EUIPO (C‑382/19 P, non publié, EU:C:2020:917, point 62 et jurisprudence citée).

( 119 ) En ce sens, arrêt du 12 septembre 2024, Anglo Austrian AAB/BCE (C‑579/22 P, EU:C:2024:731, point 86 et jurisprudence citée).

( 120 ) Cela ne saurait être exclu au regard des constatations effectuées aux points 88 et suiv. de l’arrêt attaqué. Concernant la méthode d’interprétation prévue par le droit de l’Union, voir, notamment, arrêts du 15 mars 2022, Autorité des marchés financiers (C‑302/20, EU:C:2022:190, point 63), et du 12 janvier 2023, Österreichische Post (Informations relatives aux destinataires de données personnelles) (C‑154/21, EU:C:2023:3, point 29).

( 121 ) Voir aussi point 92 de l’arrêt attaqué.

( 122 ) Voir point 108 de l’arrêt attaqué.

( 123 ) Ainsi, la première décision litigieuse fait essentiellement référence, dans son libellé, à la détérioration de la situation financière de la banque (sections 1.5, 2 et 3.1) ; toutefois, la section 1.3, sous le titre « Accumulation significative de pertes » (« Significativo accumulo di perdite »), concerne l’accumulation de pertes s’élevant à 1,6 milliard d’euros (section 1.4) au cours de la période allant de décembre 2014 à septembre 2018 (1.3.1) et l’augmentation considérable des coûts du crédit résultant de réductions de la valeur des crédits (« reduzioni del valore dei crediti ») s’élevant à 428 millions d’euros en 2017 et à 219 millions d’euros en 2018 (1.3.2). Enfin, les sections 2.6 (Évaluation de la proportionnalité) et 3.1 (Procédure) évoquent l’objectif visant à éviter une détérioration supplémentaire de la situation de la banque.

( 124 ) Voir par exemple, concernant la jurisprudence constante à ce sujet, arrêt du 11 mars 2020, Commission/Gmina Miasto Gdynia et Port Lotniczy Gdynia Kosakowo (C‑56/18 P, EU:C:2020:192, point 66 et jurisprudence citée).

( 125 ) Voir point 114 de l’arrêt attaqué.

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