| CELEX | 62022CO0635 |
| Type | Ordonnance CJUE |
| Date | mercredi 25 octobre 2023 |
ORDONNANCE DE LA COUR (dixième chambre)
25 octobre 2023 (*)
« Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Politique agricole commune – Aide financière en faveur des investissements dans les plantations arboricoles – Exigence de présentation du contexte réglementaire du litige au principal – Exigence d’indication des raisons justifiant la nécessité d’une réponse par la Cour – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste »
Dans l’affaire C‑635/22,
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par la Curtea de Apel Timişoara (cour d’appel de Timişoara, Roumanie), par décision du 30 juin 2022, parvenue à la Cour le 11 octobre 2022, dans la procédure
SC Assofrutti Rom SRL
contre
Agenţia pentru Finanţarea Investiţiilor Rurale,
Centrul Regional pentru Finanţarea Investiţiilor Rurale 5 Vest Timişoara,
LA COUR (dixième chambre),
composée de M. Z. Csehi (rapporteur), président de chambre, MM. M. Ilešič et D. Gratsias, juges,
avocat général : M. N. Emiliou,
greffier : M. A. Calot Escobar,
vu la procédure écrite,
considérant les observations présentées :
– pour SC Assofrutti Rom SRL, par Me B.-M. Serb, avocată ,
– pour le gouvernement roumain, par Mmes R. Antonie, E. Gane et A. Wellman, en qualité d’agents,
– pour la Commission européenne, par Mme G. Koleva, M. A. Sauka et Mme E. A. Stamate, en qualité d’agents,
vu la décision prise, l’avocat général entendu, de statuer par voie d’ordonnance motivée, conformément à l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure de la Cour,
rend la présente
Ordonnance
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 39, paragraphe 1, sous a) et b), TFUE, de l’article 17 de la directive 2008/90/CE du Conseil, du 29 septembre 2008, concernant la commercialisation des matériels de multiplication de plantes fruitières et des plantes fruitières destinées à la production de fruits (JO 2008, L 267, p. 8), et de l’article 4, paragraphe 10, du règlement (UE) no 1303/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant dispositions communes relatives au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion, au Fonds européen agricole pour le développement rural et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, portant dispositions générales applicables au Fonds européen de développement régional, au Fonds social européen, au Fonds de cohésion et au Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche, et abrogeant le règlement (CE) no 1083/2006 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 320).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant SC Assofrutti Rom SRL à l’Agenția pentru Finanțarea Investițiilor Rurale (Agence pour le financement des investissements ruraux, Roumanie) (ci-après l’« AFIR »), ainsi qu’au Centrul Regional pentru Finanțarea Investițiilor Rurale 5 Vest Timişoara (centre régional pour le financement des investissements ruraux 5 ouest Timişoara, Roumanie) (ci-après le « CRFIR »), au sujet d’une décision de ce dernier refusant le remboursement des dépenses effectuées par la requérante au principal au titre de matériels de multiplication pour des noisetiers.
Le cadre juridique
Le droit de l’Union
Le règlement de procédure de la Cour
3 L’article 94 du règlement de procédure de la Cour dispose :
« Outre le texte des questions posées à la Cour à titre préjudiciel, la demande de décision préjudicielle contient :
a) un exposé sommaire de l’objet du litige ainsi que des faits pertinents, tels qu’ils ont été constatés par la juridiction de renvoi ou, à tout le moins, un exposé des données factuelles sur lesquelles les questions sont fondées ;
b) la teneur des dispositions nationales susceptibles de s’appliquer en l’espèce et, le cas échéant, la jurisprudence nationale pertinente ;
c) l’exposé des raisons qui ont conduit la juridiction de renvoi à s’interroger sur l’interprétation ou la validité de certaines dispositions du droit de l’Union, ainsi que le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige au principal. »
La directive 2008/90
4 L’article 1er, paragraphe 1, de la directive 2008/90 est libellé comme suit :
« La présente directive s’applique à la commercialisation, à l’intérieur de la Communauté, des matériels de multiplication des plantes fruitières et des plantes fruitières destinées à la production de fruits. »
5 L’article 2 de cette directive, intitulé « Définitions », prévoit :
« Aux fins de la présente directive, on entend par :
[...]
8) “matériels CAC (conformitas agraria communitatis)” : les matériels de multiplication et les plantes fruitières qui :
a) possèdent l’identité variétale et une pureté suffisante ;
b) sont destinés à :
– la production de matériels de multiplication,
– la production de plantes fruitières, et/ou
– la production de fruits ;
c) satisfont aux prescriptions spécifiques applicables aux matériels CAC établies en application de l’article 4 ;
[...]
10) “commercialisation” : la vente, la détention en vue de la vente, l’offre de vente et toute cession, toute fourniture ou tout transfert de matériels de multiplication ou de plantes fruitières à des tiers, que ce soit avec rémunération ou non, en vue d’une exploitation commerciale ;
[...] »
6 L’article 17 de ladite directive, intitulé « Clause de libre circulation », dispose :
« 1. Les matériels de multiplication et les plantes fruitières conformes aux prescriptions et aux conditions énoncées dans la présente directive ne sont soumis à aucune restriction de commercialisation en ce qui concerne le fournisseur, les aspects phytosanitaires, le milieu de culture et les modalités d’inspection, en dehors de celles prévues par la présente directive.
2. En ce qui concerne les matériels de multiplication et les plantes fruitières des genres et espèces visés à l’annexe I, les États membres s’abstiennent d’imposer des conditions plus strictes ou des restrictions à la commercialisation autres que celles fixées dans la présente directive ou dans les prescriptions spécifiques établies en application de l’article 4, ou que celles en vigueur au 28 avril 1992, selon le cas. »
7 L’annexe I de la même directive énumère la liste des genres et espèces auxquels cette dernière s’applique et parmi lesquels figure, notamment, le Corylus avellana L., communément appelé le noisetier.
Le règlement no 1303/2013
8 L’article 4 du règlement no 1303/2013, intitulé « Principes généraux », figurant dans le titre I de ce règlement, intitulé « Principes du soutien de l’Union applicables aux [Fonds structurels et d’investissement européens (Fonds ESI)] », prévoit, à son paragraphe 10 :
« La Commission [européenne] et les États membres remplissent leurs rôles respectifs en lien avec les Fonds ESI avec l’objectif de réduire les contraintes administratives pesant sur les bénéficiaires. »
Le droit roumain
9 Par la décision C(2015) 3508 du 26 mai 2015, la Commission a approuvé une première version du programme de développement rural pour la Roumanie pour la période de programmation 2014-2020 (ci‑après le « PNDR 2014-2020 »).
10 Il ressort de la décision de renvoi que c’est uniquement la cinquième version du PNDR 2014-2020, adoptée le 30 juin 2017 et applicable, selon la juridiction de renvoi, aux faits du litige au principal, qui a introduit, d’une part, une dérogation relative à la norme de qualité autorisée pour les plantes de noisetier et de noyer CAC et, d’autre part, l’obligation, pour l’acquisition de plantes CAC, de suivre la procédure de passation de marchés publics.
11 Aux termes de cette cinquième version du PNDR 2014-2020 :
« Autorisation d’utiliser des plantes CAC dans le cas du noyer et du noisetier :
La modification est nécessaire dans le contexte du manque de matériels de multiplication certifiés pour ces espèces sur le marché roumain et sur celui de l’Union [européenne]. Cette situation est générée au niveau national, par la capacité réduite des pépiniéristes nationaux et, au niveau de l’Union, par l’absence d’obligation de produire ce type de plantes.
[...]
Dans le cas des chemins d’exploitation et des plantes CAC pour le noyer et le noisetier, c’est la procédure de passation de marché[s] de l’AFIR qui s’applique. »
Le litige au principal et les questions préjudicielles
12 Le 24 novembre 2017, la requérante au principal a conclu avec l’AFIR un contrat de financement ayant pour objet l’octroi d’une subvention par le pouvoir adjudicateur en vue de la mise en œuvre d’une demande de financement pour le projet intitulé « Création d’une plantation de noisetiers et achat de machines, communes de Brestovăț et de Ghizela, département de Timiș » (ci-après le « contrat de financement »).
13 Dans le cadre de l’exécution de ce contrat, la requérante au principal a reçu les trois premières tranches du financement, à savoir un montant total de 2 097 786,36 lei roumains (RON) (462 169,28 euros). En revanche, s’agissant de la quatrième et dernière tranche, couvrant notamment les dépenses en plantes de noisetier et s’élevant à 1 153 352,34 RON (254 098,33 euros), la demande de remboursement a été rejetée par le CRFIR au motif que ces dépenses n’étaient pas éligibles au financement par l’AFIR.
14 À cet égard, le CRFIR a notamment précisé que, conformément aux dispositions de la fiche relative à la sous‑mesure 4.1a – Investissements dans les exploitations fruitières dans le cadre du PNDR 2014‑2020, établie par l’ordinul ministrului agriculturii si dezvoltării rurale nr. 115 pentru modificarea și completarea Ordinului ministrului agriculturii și dezvoltării rurale nr. 794/2016 privind aprobarea Ghidurilor solicitantului aferente măsurilor, submăsurilor și schemelor de ajutor de stat sau de minimis din cadrul Programului Național de Dezvoltare Rurală 2014-2020 elaborate de Agenția pentru Finanțarea Investițiilor Rurale (arrêté du ministre de l’Agriculture et du Développement rural no 115, modifiant et complétant l’arrêté no 794/2016 du ministre de l’Agriculture et du Développement rural approuvant les guides du demandeur en ce qui concerne les mesures, sous-mesures et régimes d’aides d’État ou de minimis dans le cadre du programme national de développement rural 2014-2020 élaborés par l’AFIR), du 25 avril 2017 (ci-après l’« arrêté no 115 du 25 avril 2017 »), et devenue partie intégrante du contrat de financement, l’utilisation de plantes de la catégorie CAC était autorisée pour le noyer et le noisetier dans le contexte du manque de matériels de multiplication certifiés pour ces espèces sur le marché roumain et sur celui de l’Union. Or, le CRFIR a ajouté que, dans le cas des plantes de la catégorie CAC pour le noisetier et le noyer, la procédure de passation de marchés de l’AFIR devait être appliquée, le remboursement des dépenses relatives à ces plantes sur la base des coûts standard et de la contribution en nature étant alors exclu. Le CRFIR a ensuite indiqué que, « eu égard aux dépenses dont le remboursement est demandé dans le dossier de la demande de paiement, aux plantes et au fait que les plantes relèvent de la catégorie [CAC], il a été décidé que les dépenses visées dans la demande de paiement n’étaient pas éligibles ».
15 La requérante au principal a introduit un recours devant le Tribunalul Timiș (tribunal de grande instance de Timiș, Roumanie) contre la décision de rejet adoptée par le CRFIR, en soutenant que les matériels de multiplication utilisés par elle relevaient de la catégorie prévue par le contrat de financement et qu’il n’existait aucune obligation de suivre une procédure de passation de marchés sur la base d’une sélection d’offres.
16 Par son arrêt du 10 décembre 2021, cette juridiction a rejeté ce recours au motif que, conformément à la réglementation nationale applicable, en cas de création ou de reconversion de plantations fruitières, le demandeur de financement doit uniquement utiliser des matériels fruitiers relevant de la catégorie biologique certifiée ou d’une catégorie supérieure, sauf dans le cas des espèces noyer et noisetier, pour lesquelles les matériels de multiplication de la catégorie CAC peuvent également être utilisés. Ladite juridiction a indiqué que, dans ce dernier cas, la procédure de passation de marchés de l’AFIR était appliquée, les coûts standard et la contribution en nature étant utilisés pour les autres types de matériels. À cet égard, elle a précisé que l’arrêté no 115 du 25 avril 2017 était en vigueur à la date de conclusion du contrat de financement, de sorte que l’annexe V de ce contrat prévoyait la possibilité d’utiliser les plantes de la catégorie CAC pour le noyer et le noisetier. Par conséquent, la même juridiction a considéré que le bénéficiaire du financement pouvait opter pour l’utilisation de plantes de la catégorie CAC pour le noisetier mais que, aux termes de l’arrêté no 115 du 25 avril 2017, la procédure de passation de marchés de l’AFIR était obligatoire et qu’elle devait être suivie, le remboursement des dépenses en plantes de la catégorie CAC ne pouvant pas être effectué sur la base des coûts standards et de la contribution en nature.
17 La requérante au principal a formé un pourvoi contre cet arrêt devant la Curtea de Apel Timişoara (cour d’appel de Timişoara, Roumanie), qui est la juridiction de renvoi.
18 Premièrement, cette juridiction éprouve des doutes concernant la conformité de la cinquième version du PNDR 2014-2020 à l’article 17 de la directive 2008/90, en ce que cette réglementation subordonne la commercialisation des matériels de multiplication CAC au respect d’une procédure de passation de marchés publics. En effet, ladite juridiction se demande si une telle exigence supplémentaire, prévue uniquement dans la cinquième version du PNDR 2014-2020, est susceptible de constituer une entrave à la libre circulation des matériels de multiplication CAC, au sens de cette disposition. À cet égard, elle fait observer que la réponse apportée à cette question est importante puisqu’elle permettra de déterminer si les dispositions de la cinquième version du PNDR 2014-2020 sont conformes à la directive 2008/90, et que, si tel n’est pas le cas, le motif de refus du paiement de la dernière tranche du contrat de financement cesserait d’exister.
19 Deuxièmement, la juridiction de renvoi s’interroge sur la question de savoir si le fait d’imposer la procédure de passation de marchés publics à la situation dont elle est saisie est conforme aux objectifs et aux principes de l’Union. À cet égard, cette juridiction fait remarquer que les dispositions du droit de l’Union en matière de politique agricole commune ont pour but, notamment, de réduire la charge administrative pesant sur le bénéficiaire d’un financement en lien avec cette politique. Or, elle fait observer que la requérante au principal a fait valoir devant elle que le fait d’imposer une telle procédure alors que les matériels de multiplication étaient produits dans sa propre pépinière constituait une charge excessive pour elle.
20 Dans ces conditions, la Curtea de Apel Timişoara (cour d’appel de Timişoara) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) L’article 17 de la [directive 2008/90] peut-il être interprété en ce sens qu’il interdit aux États membres d’imposer l’obligation de suivre la procédure de passation de marché[s] public[s] avant la commercialisation des [matériels CAC] ?
2) Dans une situation telle que celle de l’espèce, l’article 4, paragraphe 10, du règlement [no 1303/2013], lu en combinaison avec l’article 39, paragraphe 1, sous a) et b), [TFUE], peut-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose à l’obligation de suivre la procédure de passation de marché[s] public[s] prévue par la cinquième version du PNDR 2014‑2020 ? »
Sur les questions préjudicielles
21 En vertu de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, lorsqu’une demande de décision préjudicielle est manifestement irrecevable, la Cour, l’avocat général entendu, peut à tout moment décider de statuer par voie d’ordonnance motivée, sans poursuivre la procédure.
22 Il y a lieu de faire application de cette disposition dans la présente affaire.
23 Selon une jurisprudence constante de la Cour, la procédure instituée à l’article 267 TFUE est un instrument de coopération entre la Cour et les juridictions nationales, grâce auquel la première fournit aux secondes les éléments d’interprétation du droit de l’Union qui leur sont nécessaires pour la solution du litige qu’elles sont appelées à trancher (arrêt du 26 mars 2020, Miasto Łowicz et Prokurator Generalny, C‑558/18 et C‑563/18, EU:C:2020:234, point 44 ainsi que jurisprudence citée).
24 Dès lors que la décision de renvoi sert de fondement à cette procédure, la juridiction nationale est tenue d’expliciter, dans la décision de renvoi elle-même, le cadre factuel et réglementaire du litige au principal et de fournir les explications nécessaires sur les raisons du choix des dispositions du droit de l’Union dont elle demande l’interprétation ainsi que sur le lien qu’elle établit entre ces dispositions et la législation nationale applicable au litige qui lui est soumis [voir en ce sens, arrêt du 4 juin 2020, C.F. (Contrôle fiscal), C‑430/19, EU:C:2020:429, point 23 et jurisprudence citée].
25 À cet égard, il importe de souligner également que les informations figurant dans les décisions de renvoi doivent permettre, d’une part, à la Cour d’apporter des réponses utiles aux questions posées par la juridiction nationale et, d’autre part, aux gouvernements des États membres ainsi qu’aux autres intéressés d’exercer le droit qui leur est conféré à l’article 23 du statut de la Cour de justice de l’Union européenne de présenter des observations. Il incombe à la Cour de veiller à ce que ce droit soit sauvegardé, compte tenu du fait que, en vertu de cet article 23, seules les décisions de renvoi sont notifiées aux intéressés (voir, en ce sens, arrêt du 2 septembre 2021, Irish Ferries, C‑570/19, EU:C:2021:664, point 134 et jurisprudence citée).
26 Les exigences cumulatives concernant le contenu d’une décision de renvoi, citées au point 24 de la présente ordonnance, figurent de manière explicite à l’article 94 du règlement de procédure, dont la juridiction de renvoi est censée, dans le cadre de la coopération instaurée à l’article 267 TFUE, avoir connaissance et qu’elle est tenue de respecter scrupuleusement (ordonnance du 3 juillet 2014, Talasca, C‑19/14, EU:C:2014:2049, point 21, et arrêt du 9 septembre 2021, Toplofikatsia Sofia e.a., C‑208/20 et C‑256/20, EU:C:2021:719, point 20 ainsi que jurisprudence citée). Elles sont, en outre, rappelées aux points 13, 15 et 16 des recommandations à l’attention des juridictions nationales, relatives à l’introduction de procédures préjudicielles (JO 2019, C 380, p. 1), adoptées par la Cour de justice de l’Union européenne.
27 En l’occurrence, la décision de renvoi ne répond manifestement pas aux exigences posées à l’article 94, sous b) et c), du règlement de procédure.
28 Tout d’abord, la décision de renvoi ne comporte pas une description suffisamment précise du cadre juridique national dans lequel s’inscrit le litige dont la juridiction de renvoi est saisie.
29 Ainsi, la décision de renvoi n’indique pas clairement la nature de la procédure de passation de marchés applicable au litige au principal. À cet égard, la Commission fait valoir à juste titre que cette décision entretient une confusion, notamment à ses points 23, 32 et 33 ainsi que dans le texte des questions préjudicielles elles-mêmes, entre l’obligation de suivre la procédure de passation de marchés instituée par l’AFIR et l’obligation de suivre la procédure de passation de marchés publics prévue par la législation nationale ou européenne. En effet, figurent de manière interchangeable, dans la décision de renvoi, les expressions de « procédure de passation de marché[s] public[s] » et de « procédure de passation de marché[s] de l’AFIR ». En outre, la juridiction de renvoi n’explique pas en quoi consiste exactement la procédure en cause. La Cour n’est donc pas en mesure de comprendre quelle est la procédure de passation de marchés applicable au litige au principal.
30 Par conséquent, la décision de renvoi ne permet pas à la Cour de répondre utilement aux questions posées, par lesquelles la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 17 de la directive 2008/90, d’une part, et l’article 4, paragraphe 10, du règlement no 1303/2013, lu en combinaison avec l’article 39, paragraphe 1, sous a) et b), TFUE, d’autre part, s’opposent à une obligation, telle que celle qui existerait en l’occurrence, de suivre la procédure de passation de marchés publics prévue par la cinquième version du PNDR 2014-2020.
31 Ensuite, s’agissant de la première question, la décision de renvoi ne comporte pas l’exposé des raisons précises qui ont conduit la juridiction de renvoi à s’interroger sur l’interprétation de l’article 17 de la directive 2008/90. Elle ne comporte pas non plus d’explication précise quant au lien qu’elle établit entre cette disposition et la législation nationale applicable, selon cette juridiction, au litige au principal, de sorte que la Cour ne peut pas apprécier dans quelle mesure une réponse à cette question est nécessaire pour permettre à ladite juridiction de rendre sa décision.
32 En effet, la décision de renvoi ne donne pas d’explication suffisante sur la pertinence de l’article 17 de la directive 2008/90, laquelle régit la commercialisation des matériels de multiplication de plantes fruitières et des plantes fruitières destinées à la production de fruits, et n’apparaît pas applicable au litige au principal, qui concerne non pas la commercialisation des matériels de multiplication CAC, mais les conditions régissant l’octroi d’un soutien financier pour l’achat de ces matériels lors de la création ou de la reconversion des plantations d’arbres fruitiers, ainsi que le soulignent le gouvernement roumain et la Commission.
33 Enfin, s’agissant de la seconde question, la juridiction de renvoi se contente de s’interroger, de manière très générale, sur la question de savoir si l’imposition de la procédure de passation de « marché[s] public[s] », dans des circonstances factuelles telles que celles du litige au principal, répond aux objectifs et aux principes de l’Union. Certes, elle explique, d’une part, que la réponse qui sera apportée par la Cour est importante pour le règlement au fond de l’affaire au principal, étant donné que les dispositions générales du droit de l’Union en matière de politique agricole commune ont pour but de réduire la charge administrative pesant sur le bénéficiaire d’un financement en lien avec cette politique et, d’autre part, que la requérante au principal a fait valoir devant elle que le fait d’imposer une procédure de passation de marchés publics constituait une charge excessive. Toutefois, elle ne donne pas les explications nécessaires sur les raisons qui l’ont conduite à demander que soient interprétés l’article 4, paragraphe 10, du règlement no 1303/2013 et l’article 39, paragraphe 1, sous a) et b), TFUE, ni sur la manière dont ces dispositions s’articulent avec la législation nationale applicable au litige au principal.
34 Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, la présente demande de décision préjudicielle est, en application de l’article 53, paragraphe 2, du règlement de procédure, manifestement irrecevable.
35 Il convient cependant de rappeler que la juridiction de renvoi conserve la faculté de soumettre une nouvelle demande de décision préjudicielle en fournissant à la Cour l’ensemble des éléments permettant à celle-ci de statuer (voir, en ce sens, arrêt du 11 septembre 2019, Călin, C‑676/17, EU:C:2019:700, point 41 et jurisprudence citée).
Sur les dépens
36 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
Par ces motifs, la Cour (dixième chambre) ordonne :
La demande de décision préjudicielle introduite par la Curtea de Apel Timişoara (cour d’appel de Timişoara, Roumanie), par décision du 30 juin 2022, est manifestement irrecevable.
Signatures
* Langue de procédure : le roumain.
Ordonnance CJUE — 62020CO0054
21/12/2023
Ordonnance CJUE — 62020CO0054_INF
21/12/2023
Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 19 décembre 2023.#Procédure pénale contre L.D.#Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Exigence d’indication des raisons justifiant la nécessité d’une réponse aux questions préjudicielles – Exigence d’indication du lien entre les dispositions de droit de l’Union dont l’interprétation est demandée et la législation nationale applicable – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste.#Affaire C-223/23.
19/12/2023
Ordonnance de la Cour (neuvième chambre) du 19 décembre 2023.#Procédure pénale contre L.D.#Renvoi préjudiciel – Article 53, paragraphe 2, et article 94 du règlement de procédure de la Cour – Exigence d’indication des raisons justifiant la nécessité d’une réponse aux questions préjudicielles – Exigence d’indication du lien entre les dispositions de droit de l’Union dont l’interprétation est demandée et la législation nationale applicable – Absence de précisions suffisantes – Irrecevabilité manifeste.#Affaire C-223/23.
19/12/2023