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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA00295

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA00295

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA00295
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantDELAIT;CABINET MAILLOT - AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012 à 2014 ainsi que des intérêts de retard et des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 1810881 du 22 novembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a réduit la base d'imposition à l'impôt sur le revenu auquel M. A a été assujetti au titre de l'année 2012 à hauteur de 25 000 euros, l'a déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu correspondant à cette réduction et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2020 et un mémoire en réplique, enregistré le 12 juin 2020, M. A, représenté par Me Delait, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 22 novembre 2019 du tribunal administratif de Marseille en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande ;

2°) de prononcer la décharge des impositions restant en litige et pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'avait pas son domicile fiscal en France au cours des années vérifiées : aucun des critères prévus par l'article 4 B du code général des impôts n'est rempli et sa résidence fiscale se situe en Suisse ;

- il justifie l'origine des revenus qui ont été considérés comme étant d'origine indéterminée ;

- les dispositions du II de l'article 15 du code général des impôts et le paragraphe 10 de la doctrine référencée BOI-RFPI-CHAMP-20-20 sont applicables ;

- la pénalité pour manquement délibéré restant en litige n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2020, le ministre de l'action et des comptes publics conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé en cours d'instance et au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre la France et la Suisse en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôt sur le revenu et sur la fortune du 9 septembre 1966 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Courbon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2012 à 2014 à l'issue duquel trois propositions de rectification datées des 10 décembre 2015, 2 février 2016 et 24 mars 2016 lui ont été notifiées. L'administration a, en conséquence, procédé à des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de ces années. Par un jugement du 22 novembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a réduit la base d'imposition à l'impôt sur le revenu auquel M. A a été assujetti au titre de l'année 2012 à hauteur de 25 000 euros, l'a déchargé, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu correspondant à cette réduction et a rejeté le surplus de sa demande. M. A relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande.

I. Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 29 avril 2020, postérieure à l'introduction de la requête d'appel, l'administration a prononcé un dégrèvement, en droits et pénalités, au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de contributions sociales auxquelles M. A a été assujetti au titre de l'année 2012 à hauteur de 5 481 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

II. Sur le surplus du litige :

En ce qui concerne la qualité de résident fiscal en France :

S'agissant de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française ". L'article 4 B du même code, dans sa rédaction applicable, dispose : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile en France au sens de l'article 4 A : / a. les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. ". Ces conditions posées au a, b et c du 1 de l'article 4 B sont alternatives et permettent chacune de déterminer la domiciliation fiscale en France.

4. Il résulte de l'instruction que M. A est divorcé depuis l'année 2011 et est père de deux enfants dont l'un, né en 1990 et majeur, a été rattaché à son foyer fiscal lors de la déclaration d'impôt sur les revenus de l'année 2012. Le requérant, qui soutient avoir eu, au cours des années en litige, son domicile fiscal en Suisse a été titulaire d'une autorisation de séjour, valable du 1er août 2012 jusqu'au 31 décembre 2017, une seconde autorisation intitulée " permis C " lui ayant ensuite été délivrée jusqu'au 31 juillet 2022. Cependant, l'administration fait valoir que la société civile immobilière (SCI) G, dont M. A est le gérant et associé, était, au cours des années en litige, propriétaire d'une maison à I louée au requérant par un bail à usage exclusif d'habitation courant à compter du 1er mai 2012 jusqu'au 31 avril 2018. Le requérant s'est domicilié fiscalement à cette adresse à H notamment sur sa déclaration fiscale de plus-value à la suite de la vente de cette propriété en 2016, mais également pour ses déclarations de revenus des années 2011, 2012 et 2013. L'administration justifie que ce bien était occupé de 2012 à 2014, dès lors qu'un contrat d'abonnement au service public de l'eau a été souscrit au nom de M. A et que des consommations d'eau et d'électricité ont été relevées, alors que le requérant ne produit par ailleurs aucun élément de nature à justifier que ces consommations seraient liées à l'occupation du bien par un tiers ou se justifieraient par l'entretien de la propriété. En outre, il résulte de la proposition de rectification du 24 mars 2016 que l'examen du compte bancaire n° Edétenu par M. A à la Société Générale témoigne d'opérations régulières au cours de l'année 2014. Le requérant ne produit ni correspondance ni relevé de compte bancaire mentionnant une domiciliation en Suisse et, en se bornant à se prévaloir d'un bail conclu le 12 octobre 2012 dont l'article 4.20 stipule expressément que l'appartement situé à Lausanne sera occupé par son fils, il n'établit pas résider en Suisse. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse échec la circonstance que M. A disposait d'une boîte postale à Aix-en-Provence, l'administration apporte la preuve que le foyer de M. A était situé en France au cours des années en litige au sens du a. du 1 de l'article 4 B du code général des impôts.

5. Au surplus, M. A soutient qu'il envisageait dès l'année 2007 de développer une activité professionnelle en Suisse. Il se prévaut de l'acquisition de plusieurs parcelles au sein de la commune de Charmey en vue du développement d'un projet immobilier consistant en la construction de chalets. Il a fait apport de ces terrains à la société Fs créée en Suisse en 2012. Des autorisations ont ensuite été délivrées à sa société en vue d'y construire des immeubles. Cependant, l'administration fiscale démontre que M. A exerçait une activité professionnelle en France au cours des années contrôlées. En effet, l'intéressé était depuis 2011 le gérant et l'associé unique de la société C ayant pour activité la location de logements et dont le siège social est situé à Aix-en-Provence. Il est constant que cette société a vendu, notamment à la société BD Investissements, plusieurs immeubles en 2012 et en 2013 tout en exerçant son activité de location. Si la société C n'a plus d'activité depuis le 26 mars 2015 à la suite de la cession de certains de ses biens à la société BD Investissements et à la liquidation de ses actifs, M. A a reconnu lui-même, notamment dans une lettre du 11 décembre 2015 en réponse à une demande d'éclaircissements, que l'ensemble des sommes créditées sur son compte bancaire auprès de la Société générale et son compte courant d'associé de la société C correspondent aux ventes effectuées par cette dernière société. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas le caractère accessoire de son activité professionnelle en France au cours des années en cause, alors au demeurant, que le chiffre d'affaires généré par la société BD Investissements en 2014 a résulté, au moins en partie, des recettes tirées de la location des biens immobiliers acquis auprès de la société C. Si M. A produit, en appel, les bilans comptables de la société BD Investissements au titre des exercices 2012 et 2013, ces bilans font état d'un chiffre d'affaires nul en 2012 et de 6 656,80 francs suisses, soit 5 422,60 euros, en 2013. En outre, M. A ne justifie pas avoir disposé de revenus de source suisse. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il a créé en Suisse cette société et engagé à travers elle une opération immobilière dont les permis de construire ont été annulés en 2013 par les juridictions suisses ne permet pas de regarder le requérant comme ayant en Suisse le centre de ses intérêts économiques. Enfin, M. A était, au cours des années en litige, gérant et associé de la SCI G, propriétaire de la propriété sise à H, louée à son gérant, et dont la vente ne s'est concrétisée qu'en 2016. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme ayant à la fois exercé une activité professionnelle et eu le centre de ses intérêts économiques en France au titre des années 2012, 2013 et 2014.

S'agissant de la convention fiscale franco-suisse :

6. Aux termes de l'article 1er de la convention franco-suisse susvisée : " La présente Convention s'applique aux personnes qui sont des résidents d'un Etat contractant ou de chacun des deux Etats ". Aux termes de l'article 4 de la même convention : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation dudit Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. 2. Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne physique est considérée comme résident de chacun des Etats contractants, le cas est résolu d'après les règles suivantes : a) Cette personne est considérée comme résident de l'Etat contractant où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent, cette expression désignant le centre des intérêts vitaux, c'est-à-dire le lieu avec lequel les relations personnelles sont les plus étroites () ". La notion de foyer d'habitation permanent mentionné à cet article doit être définie en fonction d'éléments d'appréciation relatifs à la personne du contribuable. Si des éléments patrimoniaux peuvent éventuellement être pris en compte, ils ne peuvent l'être qu'à titre accessoire.

7. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que M. A avait son foyer en France et ne démontre pas qu'il disposait au cours des années en litige d'un foyer d'habitation permanent en Suisse, nonobstant la détention d'une autorisation de séjour, alors que le bail conclu en 2012 concernant un appartement situé à Lausanne prévoit à son article 4.20 que le bien sera occupé par son fils. Ainsi qu'il a été rappelé, la SCI G, dont M. A était gérant et associé, était propriétaire d'un bien sis à H que le requérant louait. Ce dernier gérait les sociétés C et G et détenait des comptes bancaires actifs. La circonstance que M. A a créé une société en Suisse ne suffit pas à établir que le centre de ses intérêts vitaux se situait en Suisse, alors au demeurant qu'il ne justifie pas y accomplir ses obligations fiscales. Il s'ensuit, qu'en application du a du paragraphe 2 de l'article 4 de la convention franco-suisse, M. A doit être regardé comme disposant au cours des années litigieuses d'un foyer permanent en France et en conséquence, comme étant résident fiscal en France.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant des revenus d'origine indéterminée :

8. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". L'article R. 193-1 du même code dispose que : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ". Il incombe à M. A, qui a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office en application des dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales au titre des années 2012 et 2013 et de l'article L. 66 du même livre au titre de l'année 2014 pour les revenus regardés par l'administration comme d'origine indéterminée, d'établir que les sommes en cause, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie précise de revenus.

9. Pour justifier un certain nombre de sommes figurant au crédit de son compte bancaire n° 00050005249 70 ouvert auprès de la Société générale, soit 5 000 euros en 2012, 3 000 euros en 2013 et 2 500 euros, 896,65 euros et 2 500 euros en 2014, M. A produit les relevés bancaires correspondants ainsi qu'une lettre du 15 octobre 2015 de la Sogecap, concernant une assurance vie. Toutefois, la circonstance qu'il s'agit de virements de compte à compte, effectués par M. A ne suffit pas à établir l'origine, la nature et l'objet des virements en cause. Les relevés bancaires n'identifient pas, en particulier, le compte à partir duquel ont été effectués chacun des virements concernés, n'apportent aucune justification sur leur origine précise et ne permettent pas de justifier que les sommes en litige proviendraient de rachats partiels d'une assurance vie. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a regardé ces sommes comme des revenus d'origine indéterminée imposables à l'impôt sur le revenu.

S'agissant des revenus fonciers :

10. Aux termes de l'article 15 du code général des impôts : " () II. - Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu. () ".

11. M. A, pour prétendre au bénéfice des dispositions précitées, fait valoir que la SCI G propriétaire du bien situé à H est " transparente fiscalement " et que " les loyers n'ont pas été versés " à cette société. Toutefois, il n'est pas contesté que dans le cadre du contrôle sur place de la SCI, par courrier du 19 octobre 2015, M. A a remis à l'administration le bail de location conclu avec cette société stipulant le paiement d'un loyer en contrepartie de l'occupation de la maison à usage exclusif d'habitation principale ou secondaire pour la période du 1er mai 2012 au 31 avril 2018, dont ni la réalité ni le caractère fictif n'ont été remis en cause et il résulte de l'instruction que le requérant a confirmé, notamment dans les courriers adressés à l'administration les 5 janvier, 21 mars et 18 avril 2016 en réponse aux propositions de rectification, sa qualité de locataire ainsi que le paiement des loyers. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la SCI G se réserve la jouissance du bien dont elle est propriétaire puisqu'elle lui donne en location, par bail.

12. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir du paragraphe 10 de la doctrine référencée BOI-RFPI-CHAMP-20-20 du 25 février 2013, il ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il a été fait application au point précédent.

III. Sur les pénalités :

13. La contestation de la majoration pour manquement délibéré restant en litige doit être rejetée par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à la charge de M. A qui ne soulève à cet égard aucun moyen propre.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté le surplus de sa demande. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de contributions sociales auxquelles M. A a été assujetti au titre de l'année 2012 à hauteur de 5 481 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 19 mai 2022, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- Mme Bernabeu, présidente assesseure,

- Mme Carotenuto, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juin 2022.

nc

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