jeudi 9 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-20MA00336 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | AMSELLEM |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée (SARL) One Shot a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1802275 du 20 novembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2020, la SARL One Shot, représentée par Me Amsellem, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 20 novembre 2019 ;
2°) de prononcer la décharge des impositions et pénalités en litige ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont recevables ;
- le vérificateur a irrégulièrement emporté des documents comptables ;
- c'est à tort que sa comptabilité a été rejetée ;
- la méthode de reconstitution de ses recettes est radicalement viciée ;
- des erreurs relatives au nombre de boissons revendues, aux prix, aux dosages et aux abattements pour pertes et offerts entachent la reconstitution de ses recettes ;
- le chiffre d'affaires reconstitué n'est pas réaliste au regard des conditions d'exploitation de l'établissement ;
- elle propose une méthode alternative de reconstitution de ses recettes ;
- l'administration ne pouvait faire application de la majoration pour manquement délibéré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2020, le ministre de l'action et des comptes publics conclu au rejet la requête.
Il fait valoir que :
- s'agissant de la recevabilité des conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, il s'en remet à la sagesse de la Cour ;
- les moyens soulevés par la SARL One Shot ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Courbon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une vérification de comptabilité de la SARL One Shot, qui exploite une brasserie à Marseille, l'administration fiscale, après avoir écarté la comptabilité de la société et procédé notamment à la reconstitution de son chiffre d'affaires, l'a assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2014, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014, et lui a infligé l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts. La SARL One Shot relève appel du jugement du 20 novembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a ainsi été assujettie, et des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Il résulte de l'ensemble des dispositions du livre des procédures fiscales relatives aux opérations de vérification de comptabilité que celles-ci se déroulent chez le contribuable ou au siège de l'entreprise vérifiée. Toutefois, sur la demande écrite du contribuable, le vérificateur peut emporter, dans les bureaux de l'administration qui en devient ainsi dépositaire, certains documents détenus par l'entreprise présentant le caractère de pièces comptables se rattachant à la période vérifiée. Dans ce cas, il doit remettre à l'intéressé un reçu détaillé des pièces qui lui sont confiées. Cette pratique ne peut avoir pour effet de priver le contribuable des garanties qu'il tient des articles L. 47 et L. 52 du livre des procédures fiscales et qui ont notamment pour objet de lui assurer des possibilités de débat oral et contradictoire avec le vérificateur. Cependant, un document établi postérieurement à la période vérifiée, à la demande du vérificateur et pour les seuls besoins du contrôle, ne peut être regardé comme une pièce comptable se rattachant à la période vérifiée dont l'emport, par le vérificateur, sans demande écrite du contribuable et sans remise d'un reçu, serait de nature à vicier la procédure de contrôle.
3. Si la SARL One Shot soutient qu'à l'occasion de la vérification de la comptabilité dont procèdent les impositions en litige, le vérificateur aurait emporté, sans qu'elle en fasse la demande écrite et sans lui délivrer de reçu, des bandes de caisse ainsi que des états statistiques relatifs à la période du 21 juillet au 24 novembre 2015, qu'il a utilisés pour procéder par extrapolation à la reconstitution des recettes de la société au cours des années 2012 à 2014, ces documents ne constituent pas des éléments figurant dans la comptabilité de la société au titre des exercices vérifiés. Par suite, et alors qu'il résulte en tout état de cause de l'instruction que le vérificateur s'est borné à emporter des impressions sur support papier du ticket Z et des états statistiques, qui ne constituent pas des documents originaux, la SARL One Shot n'est pas fondée à soutenir que le vérificateur aurait irrégulièrement emporté des pièces comptables.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
4. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ".
5. Pour écarter la comptabilité de la SARL One Shot comme non probante, le vérificateur a relevé que pour l'ensemble de la période vérifiée la société n'était pas en mesure de présenter des pièces justificatives du détail de ses recettes, lesquelles sont enregistrées par une écriture comptable annuelle à partir de tableaux mentionnant seulement le chiffre d'affaires quotidien, sans indication ni du détail des ventes, ni de la ventilation des taux de taxe sur la valeur ajoutée, ni du mode de paiement. En outre, des anomalies ont été relevées s'agissant des stocks au titre des années 2013 et 2014, les états n'étant pas détaillés pour certains articles et ne mentionnant aucun stock de " solides " pour l'année 2013. Si la société soutient que les pièces justificatives ont été détruites par un dégât des eaux qu'elle a subi le 10 février 2014, elle n'en justifie pas en se bornant à produire un échange de courriels relatifs à ce sinistre, datés du 23 décembre 2015, ainsi qu'un tableau relatif à l'estimation des différents postes d'indemnisation. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du caractère irrégulier et non probant de la comptabilité qui lui a été présentée au titre des exercices vérifiés. Elle était donc fondée à procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de la société.
En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires :
6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité () ".
7. Si la SARL One Shot fait valoir que l'administration n'aurait pas effectivement retenu un taux de pertes et d'offerts de 10 % pour les liquides à l'issue de l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il ressort de la lettre du 31 mars 2017 par laquelle la société a été informée que l'administration a retenu des bases ou droits conformes à cet avis que le service vérificateur a tout d'abord appliqué sur les liquides un taux de pertes uniformisé de 5 %, en corrigeant les chiffres d'affaires précédemment retenus, puis a déterminé un chiffre d'affaires " solides " tenant compte de cet abattement, et enfin a ajouté un abattement supplémentaire de 5 % sur le chiffre d'affaires reconstitué sur les liquides. Par suite, il résulte de l'instruction que les impositions en litige ont été établies conformément à l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires le 9 janvier 2017. Dans ces conditions, la SARL One Shot supporte la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition.
8. La méthode retenue pour reconstituer les recettes de l'entreprise a consisté à déterminer, dans un premier temps, le coefficient correspondant à la proportion des boissons vendues dans le chiffre d'affaires total, à partir des copies des bandes de caisse ainsi que des états statistiques relatifs à la période du 21 juillet au 24 novembre 2015, dans un second temps, les recettes théoriques des ventes de boissons à partir des achats revendus, dont le montant a été établi grâce au dépouillement des factures, et corrigé des variations de stocks, puis à leur appliquer le rapport existant entre le chiffre d'affaires des boissons et le chiffre d'affaires global, en tenant compte d'un abattement correspondant aux pertes et offerts, ainsi que de l'utilisation d'alcool en cuisine et de la consommation du personnel. La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, dans l'avis mentionné au point précédent, s'est déclarée favorable à cette méthode, sous réserve de l'application d'un taux de pertes et offerts de 10 % sur les liquides et de 5 % sur les solides.
9. En premier lieu, la seule production d'une bande de caisse de la SARL One Shot datée du 17 novembre 2015 portant la mention " Golfe d'Allauch " ne permet pas de démontrer que des ventes réalisées par une société tierce auraient été prises en compte, à tort, par le vérificateur pour la détermination du coefficient correspondant à la proportion des boissons vendues dans le chiffre d'affaires. Par ailleurs, la production par la société d'une photographie de l'écran de la caisse enregistreuse faisant apparaître une ligne " divers " et de tableaux établis par ses soins relatifs aux achats de " solides " ne permet pas d'établir que les ventes enregistrées sous le libellé " divers " au cours de la période du 21 juillet au 24 novembre 2015 correspondraient à des ventes de boissons, alors que la gérante a déclaré au cours du contrôle qu'elles correspondaient à des ventes de " solides ", et que la vente moyenne de ces articles s'élevait à un tarif supérieur à 8 euros. Par suite, la SARL One Shot n'est pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires serait radicalement viciée.
10. En deuxième lieu, la seule production de deux factures émises par la société Malongo ne permet de démontrer ni qu'une partie du café serait utilisé en cuisine ou inclus dans des formules ou les " cafés gourmands ", ni que le vérificateur aurait retenu à tort des dosettes de café offertes pour la consommation personnelle des gérants. Par ailleurs, la société ne produit aucun élément susceptible de démontrer que les tarifs et dosages retenus par le vérificateur ne correspondraient pas à ceux qui ont été effectivement pratiqués par l'établissement, alors que, faute de justificatif et dans la mesure où la gérante a indiqué que les tarifs pratiqués en 2015 étaient identiques à ceux de la période vérifiée, hormis certains produits clairement identifiés, le vérificateur s'est référé aux prix paramétrés dans la caisse enregistreuse, et a déterminé les dosages selon les indications de la gérante. De même, elle ne démontre pas par la seule production d'une facture émise par la société Métro que des boissons livrées en bouteilles consignées n'auraient pas été vendues, et ne produit aucun élément démontrant que d'autres boissons que celles retenues par le vérificateur auraient été utilisées en cuisine. Il n'est pas davantage établi par la seule production d'un tableau annexé à la proposition de rectification que le thé aurait été retenu deux fois au titre de l'année 2013 dès lors que les erreurs de calcul ont été corrigées par le vérificateur dans la réponse aux observations du contribuable. La société ne produit aucun élément de nature à justifier qu'elle aurait consenti à ses clients des avantages fidélité excédant ceux retenus par l'administration et n'établit pas par la production d'un " tableau de bord " la réalité, ni, a fortiori, l'importance des ventes à pertes induites par sa participation à une campagne " Groupon ". Contrairement à ce qui est soutenu et ainsi qu'il a été dit au point 7, l'administration a retenu un taux de pertes et d'offerts de 10 % pour les liquides en se conformant à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Enfin, la SARL One Shot ne démontre pas que les résultats de la reconstitution seraient irréalistes au regard de la capacité d'accueil de l'établissement et de ses conditions de fonctionnement. Par conséquent, la requérante n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'exagération des bases d'imposition déterminées comme il a été dit précédemment.
11. En troisième lieu, si la SARL One Shot propose une méthode de reconstitution alternative conduisant à déterminer des résultats sensiblement identiques aux chiffres d'affaires déclarés, elle ne justifie pas des coefficients retenus pour reconstituer son chiffre d'affaires.
Sur les pénalités :
12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
13. La SARL One Shot, dont la comptabilité, ainsi qu'il a été dit précédemment, était entachée d'insuffisances graves, a, de façon répétée, fortement minoré le chiffre d'affaires déclaré. L'ensemble de ces constatations traduit une volonté délibérée d'éluder l'impôt. Dès lors, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve d'un manquement délibéré de la société requérante. Cette dernière n'est ainsi pas fondée à demander la décharge des majorations mises à sa charge.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la requérante et des pénalités correspondantes, que la SARL One Shot n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL One Shot est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée One Shot et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 19 mai 2022, où siégeaient :
- Mme Paix, présidente,
- Mme Bernabeu, présidente assesseure,
- Mme Mastrantuono, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 juin 2022.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026