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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA00343

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA00343

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA00343
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantKULBASTIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Motors Discount a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos le 31 décembre 2013 et le 31 décembre 2014, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période correspondant aux mêmes exercices.

Par un jugement n° 1802615 du 4 décembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 31 janvier 2020, l'EURL Motors Discount, représentée par Me Kulbastian, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 4 décembre 2019 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions en litige ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la durée de la vérification de comptabilité a excédé le délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales alors que sa situation n'entrait pas dans un cas de prorogation de ce délai à six mois ;

- en toute hypothèse, le respect du délai de six mois par l'administration fiscale n'est pas établi ;

- la proposition de rectification du 4 avril 2016 n'est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales ;

- il n'est pas établi que les impositions mises en recouvrement procèdent de cette proposition de rectification alors que l'avis de mise en recouvrement du 30 septembre 2016 mentionne une proposition de rectification du 30 mars 2016, qui n'a jamais été notifiée au gérant ;

- les impositions mises à sa charge, dont l'administration n'a pas fait connaître les modalités de détermination, sont excessives ;

- la majoration de 40 % issue du b du 1 de l'article 1728 du code général des impôts qui a été appliquée aux rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés n'est pas fondée, en l'absence de mise en demeure de déposer des déclarations fiscales, et est excessive ;

- la majoration de 10 % issue du a du 1 de l'article 1728 du même code qui a été appliquée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée est excessive ;

- les intérêts de retard sont excessifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2020, le ministre de l'action et des comptes publics conclut au non-lieu à statuer à concurrence des dégrèvements intervenus en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Courbon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Motors Discount a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale, faisant application de la procédure de taxation d'office sur le fondement des dispositions des 2° et 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales et sur le fondement de celles de l'article L. 67 du même livre, l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos le 31 décembre 2013 et le 31 décembre 2014 et lui a réclamé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014. La société Motors Discount relève appel du jugement du 4 décembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande de décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée précités.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 24 mars 2020, postérieure à l'introduction de la requête d'appel, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement total des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de l'EURL Motors Discount, pour un montant respectif de 8 002 euros en droits et 3 703 euros en pénalités. En outre, par la même décision, elle a également prononcé un dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2013 à concurrence de 1 277 euros en droits et 266 euros en pénalités. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

3. Par suite, demeurent uniquement en litige les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ramenés au montant total de 25 764 euros en droits et pénalités au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014.

Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. En premier lieu, l'EURL Motors Discount soutient que la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet a excédé le délai de trois mois prévu à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales et n'a pas davantage respecté le délai prorogé de six mois prévu par le même article. Cependant, la proposition de rectification du 4 avril 2016 indique expressément que l'EURL se trouve en situation de taxation d'office pour défaut de dépôt de ses déclarations de chiffre d'affaires en matière de taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. Or, dans une telle hypothèse où la situation de taxation d'office n'a pas été révélée par la vérification de comptabilité, les irrégularités qui peuvent affecter la procédure de vérification de comptabilité sont sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la vérification de comptabilité au regard des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales du fait de sa durée excessive, est inopérant.

5. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales qu'au titre des exigences prévues à cet article, relatif à la procédure de taxation d'office, figure celle de porter à la connaissance du contribuable non seulement les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office mais aussi leurs modalités de détermination.

6. D'une part, si l'EURL Motors Discount soutient pour la première fois en appel que l'avis de mise en recouvrement du 30 septembre 2016 mentionne une proposition de rectification datée du 30 mars 2016, qui ne lui a jamais été notifiée, l'administration fiscale soutient sans être contestée qu'il s'agit, en réalité, d'une erreur matérielle affectant la date de la proposition de rectification, qui est bien celle du 4 avril 2016, à laquelle l'appelante a pu, au demeurant, répondre par lettre du 9 juin 2016.

7. D'autre part, si la société persiste à soutenir comme en première instance qu'elle n'a pas été informée des motifs justifiant les rectifications mises à sa charge, il résulte cependant de la proposition de rectification du 4 avril 2016 qu'elle indique les impôts concernés, dont la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, et les bases d'imposition, à savoir les bénéfices que la société a réalisés sur cette période et les charges déductibles, et précise par ailleurs les motifs de droit et de fait sur lesquels l'administration s'est fondée pour lui notifier les rectifications litigieuses, notamment les dispositions des articles 256, 278 et 279-0 bis du code général des impôts. Elle décrit en outre la méthode que le service vérificateur a utilisée pour reconstituer les chiffres d'affaires hors taxes ainsi que les montants de taxe sur la valeur ajoutée collectée et déductible. A cet égard, l'agent vérificateur explique que la reconstitution du chiffre d'affaires a été effectuée à partir des justificatifs fournis sur l'année 2014 et qu'un taux de charge de 80 % a été appliqué à ce chiffre d'affaires pour tenir compte de la réalité économique de l'activité. Ne disposant d'aucun justificatif sur 2013, le vérificateur a indiqué avoir retenu un chiffre d'affaires égal à 90 % du montant de celui de 2014. En outre, s'agissant spécifiquement de la taxe sur la valeur ajoutée, le service a indiqué clairement les montants de cette taxe collectée calculée sur la base d'un taux normal de 20 % appliqué sur le chiffre d'affaires hors taxe reconstitué et de la taxe déductible sur la base du même taux appliqué sur le montant de charges justifiées en 2014 de 79 459 euros. Il a également mentionné qu'en l'absence de justificatifs au titre de l'année 2013, la taxe sur la valeur ajoutée nette de cette année avait été calculée sur la base de 80 % de la taxe nette de l'année 2014. Si la société conteste les modalités de cette reconstitution, une telle contestation relève du bien-fondé des rectifications et n'affecte en rien la régularité de la motivation de la proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office mises à la charge de la société appelante au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

8. A titre liminaire, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Selon l'article R. 193-1 du même code : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Les impositions contestées ayant régulièrement fait l'objet d'une procédure de taxation d'office, il appartient à l'EURL Motors Discount de rapporter la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues par l'administration fiscale.

9. La société requérante conteste pour la première fois en appel les modalités de la reconstitution du chiffre d'affaires, de la taxe sur la valeur ajoutée collectée et de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, à laquelle le service s'est livré en soulignant le caractère sommaire de la méthode suivie. A cet égard, elle fait valoir que les charges ont été minorées par le service. Cependant, il résulte de ce qui a été exposé au point 7 du présent arrêt qui retrace la méthode employée par le service, que ce dernier a retenu un taux de charges de 80 % du chiffre d'affaires reconstitué. La société, qui se borne à des considérations générales sur son activité, ne verse à l'instance aucun élément de nature à établir que ce taux, au demeurant très favorable, serait erroné au regard des conditions d'exploitation de l'entreprise. Si la société conteste spécifiquement la méthode retenue par le service pour la période correspondant à l'exercice 2013, il résulte de l'instruction qu'aucun justificatif n'a été produit, lors des opérations de contrôle, par la société au titre de cette année, de sorte que le vérificateur a calculé la taxe sur la valeur ajoutée nette par référence à celle obtenue pour l'année 2014 à laquelle a été appliqué le taux de 80 %. La double circonstance que les justificatifs produits sur l'année 2012 n'ont pas été exploités pour reconstituer le chiffre d'affaires de l'exercice clos en 2013 et que ce chiffre d'affaires reconstitué est quatre fois supérieur à celui de l'exercice clos en 2012 n'est pas de nature à démontrer que la méthode retenue serait radicalement viciée ou excessivement sommaire. Par ailleurs, la société n'apporte en appel aucun justificatif de nature à établir le montant de ses charges ni ne propose une méthode alternative reflétant mieux ses conditions d'exploitation. Enfin, la société soutient que l'administration lui a accordé, par lettre du 15 juin 2016, une réduction du rehaussement de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2014 et que, la taxe sur la valeur ajoutée de l'année 2013 étant calculée par référence à celle de 2014, elle aurait dû lui accorder également une réduction tenant compte de la précédente. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 2 du présent arrêt, l'administration a, en cours d'instance, prononcé le dégrèvement correspondant, par décision du 24 mars 2020, d'un montant de 1 277 euros en droits et de 266 euros en pénalités. Par suite, il résulte de ce qui précède que l'EURL Motors Discount n'établit pas l'exagération des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014.

Sur les pénalités :

10. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I.- Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code () ". Aux termes de l'article 1728 du même code : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".

11. La société appelante se borne à soutenir que les pénalités assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du a du 1 de l'article 1728 du code général des impôts et les intérêts de retard prévus à l'article 1727 du même code sont excessifs, au regard de la méthode utilisée par le service pour calculer les rappels litigieux. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 9, il convient d'écarter ce moyen.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Motors Discount n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté le surplus de sa demande. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la décharge, en droits et pénalités, de la totalité des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de l'EURL Motors Discount, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2013 à concurrence de 1 277 euros en droits et de 266 euros en pénalités.

Article 2 : Le surplus de la requête de l'EURL Motors Discount est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Motors Discount et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, où siégeaient :

- Mme Helmlinger présidente de la Cour,

- Mme Bernabeu, présidente assesseure,

- Mme Carotenuto, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

nc

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