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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA00904

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA00904

mardi 3 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA00904
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation9ème chambre - formation à 3
Avocat requérantVAN ROBAYS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D... E... A... a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la décision du 6 octobre 2017 par laquelle la directrice des ressources humaines de la société Orange (Orange Labs Produits et Services) a retiré sa décision du 27 mars 2017 le plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé du 31 mars au 30 septembre 2017 et l'a placé d'office en congé de maladie ordinaire du 31 mars au 30 novembre 2017 à titre de régularisation de sa situation administrative.

Par un jugement n° 1709639 du 6 janvier 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 25 février 2020, M. E... A..., représenté par Me Van Robays, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 6 janvier 2020 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler la décision du 6 octobre 2017 de la société Orange ;

3°) d'enjoindre à la société Orange d’une part, de le réintégrer sur un poste correspondant à son grade et à ses qualifications à compter du 31 mars 2017 sous astreinte de 200 euros par jour de retard dès la notification du présent arrêt et, d’autre part, de reconstituer sa carrière en lui versant la rémunération à laquelle il était en droit de prétendre entre la date à laquelle il a été placé en disponibilité et celle à laquelle il aura repris son activité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de la société Orange la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le signataire de la décision en litige est incompétent ;
- son placement d'office en congé de maladie a été pris au terme d’une procédure irrégulière en l’absence de saisine préalable du comité médical en méconnaissance de l'article 34-2 de la loi n° 86-16 du 11 janvier 1984, ce qui l'a privé d'une garantie ;
- son placement d'office en congé maladie est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’aucune pathologie ne justifie qu'il était dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions et qu’il n’a jamais été déclaré inapte définitivement par un médecin ;
- son placement en congé maladie ordinaire, alors qu'il voulait être réintégré dans ses fonctions, révèle des faits de harcèlement moral à son encontre en méconnaissance de l'article 6 quinquiès de la loi n° 86-634 du 13 juillet 1983 ;
- il est en droit d'être réintégré à un poste correspondant à ses qualifications en application de l'article 14 bis de cette loi et de l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Par lettre du 15 juin 2020, l'avocate de M. E... A... informe la Cour qu'elle ne représente plus M. E... A....

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2021, la société Orange, représentée par Me Aversano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- les conclusions aux fins d'être réintégré sur un poste correspondant à son grade sont irrecevables en l'absence de demande préalable s'agissant d'une demande de plein contentieux ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire a été adressé le 31 mai 2021 par M. E... A... qui doit être regardé comme persistant dans ses précédentes écritures par les mêmes moyens.

Une demande de régularisation en application de l'article R. 811-7 du code de justice administrative a été adressée le 4 juin 2021 par le greffe de la Cour à M. E... A....

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 83-364 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2014-17 du 4 février 2014 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la Cour a décidé, par décision du 24 août 2021, de désigner M. Portail, président assesseur, pour statuer dans les conditions prévues à l'article R. 222-26 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- les conclusions de M. Roux, rapporteur public,
- et les observations de Me Aversano représentant la société Orange.


Considérant ce qui suit :

1. M. E... A..., né le 6 août 1961 et recruté depuis 1984 en qualité de fonctionnaire au sein de France Télécom en qualité d'inspecteur des services techniques en télécommunications, a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la décision du 6 octobre 2017 par laquelle la directrice des ressources humaines de la société Orange (Orange Labs Produits et Services) a retiré sa décision du 27 mars 2017 le plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé du 31 mars au 30 septembre 2017 et l'a placé d'office en congé de maladie ordinaire du 31 mars au 30 novembre 2017 à titre de régularisation de sa situation administrative. Par le jugement dont il relève appel, les premiers juges ont rejeté sa demande.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. En premier lieu, le requérant se borne en appel à réitérer les moyens tirés de l'incompétence du signataire et du vice de procédure à défaut de saisine préalable du comité médical dont serait entachée la décision en litige, sans critiquer utilement la réponse des premiers juges à ces moyens, alors qu’en tout état de cause, il ressort des pièces versées par la société Orange en appel que l'ensemble des délégations de signature consenties par le président directeur général d'Orange jusqu'à celle consentie à la directrice des ressources humaines d'Orange Labs Produits et Services signataire de la décision en litige ont été publiées sur l'intranet de la société Orange. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit aux points 2 à 5 du jugement attaqué.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 1er du décret du 4 février 2014 relatif à la création du comité médical national et de la commission de réforme nationale de la société anonyme Orange : « Il est institué au sein de la société anonyme Orange un comité médical national dont la composition, le fonctionnement et les attributions sont identiques à ceux du comité médical prévus par l'article 5 du décret du 14 mars 1986 susvisé (…) ». Aux termes de l'article 24 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « (…) en cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé de maladie ». Ces dispositions ne subordonnent pas la mise en congé de maladie à une demande du fonctionnaire et ne sauraient donc par elles-mêmes faire obstacle à ce qu’un fonctionnaire soit placé d’office dans la position dont s’agit dès lors que sa maladie a été dûment constatée et qu’elle le met dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions.

4. Il ressort des pièces du dossier que la société Orange a placé d'office, par la décision en litige du 6 octobre 2017, M. E... A... en congé de maladie ordinaire pour la période du 31 mars au 30 novembre 2017, dès lors que les droits à congé de maladie ordinaire n'étaient pas expirés, à titre conservatoire, dans l'attente de l'avis de la commission de réforme sur la procédure de mise à la retraite d'office de son agent qu'elle avait engagée, lequel avis n'est intervenu que le 29 juin 2018 après une nouvelle expertise du requérant. Si le requérant soutient que sa pathologie et son incapacité à exercer des fonctions correspondant à son grade n'ont pas été « dûment constatées » pendant cette période au sens de l'article 24 du décret du 14 mars 1986, il ressort du rapport du médecin psychiatre du centre hospitalier universitaire de Marseille du 19 avril 2017 que le requérant souffre de troubles psychiatriques. Le rapport du médecin psychiatre agréé du 21 juin 2017 mentionne une personnalité psychorigide. Le comité médical dans son procès-verbal du 15 décembre 2016 a conclu à l'inaptitude totale et définitive de M. E... A... à ses fonctions sans qu'aucun aménagement ne soit possible ainsi qu'à tout emploi au sein de la société Orange et recommande la mise à la retraite de l'agent pour invalidité. Il ressort aussi des pièces du dossier que le psychiatre attaché au centre hospitalier Edouard Toulouse, intervenant sur réquisition du procureur de la République dans le cadre de la plainte pour harcèlement moral pour appels téléphoniques malveillants déposée par certains salariés à l'encontre de M. E... A..., a estimé le 9 mars 2016 que le requérant était irresponsable en raison de troubles psychiatriques. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert désigné par l'arrêt avant dire droit de la cour administrative d'appel de Marseille du 4 décembre 2018 saisie dans le cadre d'un autre litige relatif à l'imputabilité au service des troubles psychiatriques de M. A... constatés depuis l'année 2008, mais qui peut servir d'élément d'information au juge, que M. E... A... présente une personnalité pathologique « qui n'est absolument pas réactionnelle à un évènement ou à des évènements de vie ni à un traumatisme », qu'il existe dans une relation employeur-employé une relation asymétrique de type dominant-dominé très mal vécue par des personnes atteintes par ce trouble de personnalité et qui sera interprétée par le salarié comme « malveillante dans tous les cas quel que soit le type de management (bienveillant ou par la terreur ) », et ce « quelles que soient les conditions de travail mises à sa disposition (confortables, inconfortables…) et les adaptations de poste » et que, quelles que soient ses conditions de travail ou les décisions administratives concernant M. A..., il y aurait eu « décompensation » de sa personnalité exigeant des arrêts maladie voire des hospitalisations, comme cela a été le cas en l'espèce. Les pièces médicales versées par M. A... relatent un état de santé trop ancien par rapport à la période en litige et ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par plusieurs médecins sur son état de santé psychiatrique durant cette période. Dans ces conditions, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé que les troubles psychiatriques de M. E... A..., qui ont été dûment constatés, le mettaient pour la période du 31 mars au 30 novembre 2017 dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions au sens de l'article 24 du décret du 14 mars 1986.

5. En troisième lieu, dès lors que l'état de santé de M. E... A... le rendait inapte à exercer toutes fonctions, son moyen tiré de ce que son placement en congé maladie ordinaire, alors qu'il voulait être réintégré dans ses fonctions, révèlerait des faits de harcèlement moral de la part de la société Orange à son encontre en méconnaissance de l'article 6 quinquiès de la loi n° 86-634 du 13 juillet 1983 doit être écarté.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs et en tout état de cause, le moyen du requérant tiré de ce qu'il serait en droit d'être réintégré sur un poste correspondant à ses qualifications en application de l'article 14 bis de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme doit être écarté.



7. Il résulte de ce qui précède que M. E... A... n'est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'enjoindre à la société Orange d'être réintégré sur un poste correspondant à ses qualifications, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. E... A... et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E... A... la somme que demande la société Orange au titre des frais qu’elle a exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E... A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Orange sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D... E... A... et à la société Orange.

Délibéré après l’audience du 19 avril 2022, où siégeaient :

- M. Portail, président par intérim, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Carassic, première conseillère,
- M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2022.


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