Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiée (SAS) Napac Invest a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1805651 du 1er avril 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2020, la SAS Napac Invest, représentée par Me Pacini, demande à la Cour :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 1er avril 2020 ;
2°) de prononcer la décharge des impositions et pénalités en litige ;
3°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement prévu par l’article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c’est à tort que les loyers perçus des sociétés C... et A... ont été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- la cession des terrains à bâtir intervenue en 2013 n’aurait pas dû être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée par l’administration fiscale ;
- c’est à tort que l’administration a remis en cause la déduction de ses résultats imposables à l’impôt sur les sociétés de frais de mission et de charges de leasing ;
- l’administration n’était pas fondée à faire application de la majoration pour manquement délibéré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de la cotisation supplémentaire d’impôt sur les sociétés au titre de l’exercice clos en 2015 sont dépourvues d’objet, et donc irrecevables ;
- les moyens soulevés par la SAS Napac Invest ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- et les conclusions de M. Ury, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Napac Invest, qui a notamment pour objet l’acquisition et la prise à bail de biens immobiliers en vue de la location ou de la sous-location, a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. A l’issue de ce contrôle, l’administration fiscale a notamment remis en cause la déduction de ses résultats de charges de leasing et soumis à la taxe sur la valeur ajoutée des loyers ainsi qu’une cession de terrains à bâtir. La SAS Napac Invest a ainsi été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 et à une cotisation supplémentaire d’impôt sur les sociétés au titre de l’exercice clos en 2014. Elle relève appel du jugement du 1er avril 2020 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui auraient été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés auxquelles elle aurait été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
2. En premier lieu, aux termes de l’article 256 du code général des impôts : « I. -Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien corporel comme un propriétaire. (…) / IV. - 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II (…) sont considérés comme des prestations de services ; (…) ». Aux termes de l’article 261 D du même code : « Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / (…) 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus (…) ».
3. L’administration fiscale a soumis à la taxe sur la valeur ajoutée les loyers perçus par la SAS Napac Invest au cours de la période vérifiée à raison de la location à la société C... de locaux comprenant des cours de squash et à la société A... d’un terrain comprenant des cours de tennis, de padel, ainsi que le rez-de-chaussée d’un bâtiment. Si la société requérante fait valoir que le bail conclu avec la société C... serait relatif à des locaux nus, il ressort de la copie du bail commercial conclu le 31 mai 2006 que les lieux donnés à bail à la société C..., qui comprennent douze cours de squash d’une surface totale de 756 m², constituent des terrains aménagés, et il est au surplus constant que les loyers reçus de la société C... au cours des années 2006 à 2008 avaient été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dès lors qu’il est constant que les loyers soumis à la taxe sur la valeur ajoutée par l’administration sont perçus de la société A... à raison d’un bail commercial conclu le 1er mars 2006 et d’un protocole d’accord daté du 17 mars 2013, et que ces loyers avaient été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2006 à 2008, l’administration doit être regardée comme démontrant que le bail porte sur des terrains aménagés. Dans ces conditions, la seule production par la société requérante d’une lettre que lui a adressée un expert-comptable en 2016, indiquant que les locaux lui ont été restitués « nus, tel que délivrés en 2009 » et d’un protocole d’accord daté du 22 août 2013 selon lequel le foncier aurait été aménagé par la société A..., documents qui font au demeurant référence à des dates de conclusion du bail différentes, ne permet pas d’apporter la preuve contraire. Par suite, c’est à bon droit que l’administration a soumis les loyers versés par les sociétés C... et A... à la taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du IV de l’article 256 du code général des impôts, sans qu’aient d’incidence les circonstances que la SAS Napac Invest aurait constitué des secteurs distincts de taxe sur la valeur ajoutée, qu’elle acquittait la contribution sur les revenus locatifs, que les baux ne mentionnaient pas la taxe sur la valeur ajoutée et que le défaut de soumission à la taxe sur la valeur ajoutée des loyers serait neutre pour le trésor public.
4. En deuxième lieu, aux termes du I de l’article 257 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : « Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent. / (…) 2. Sont considérés : / 1° Comme terrains à bâtir, les terrains sur lesquels des constructions peuvent être autorisées en application d'un plan local d'urbanisme, d'un autre document d'urbanisme en tenant lieu, d'une carte communale ou de l'article L. 111-1-2 du code de l'urbanisme (…) ».
5. Il résulte de l’instruction que la SAS Napac Invest, qui a vendu des terrains à bâtir au cours de l’année 2013, a déclaré dans les actes de vente de ces terrains ne pas être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée. L’administration fiscale, estimant que la SAS Napac Invest est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, a soumis à la taxe les cessions de ces terrains. Alors qu’il ressort de la lettre adressée à l’administration le 7 juillet 2005 par la société qu’elle a opté pour la taxe sur la valeur ajoutée et qu’il est constant qu’elle dépose des déclarations trimestrielles, la société requérante n’est pas fondée à soutenir qu’elle n’aurait pas agi en tant qu’assujetti lors de la cession de ces terrains, qui proviennent de la division d’une parcelle provenant elle-même de la réunion de parcelles issues de la division d’une première parcelle dont la société avait fait l’acquisition en 2007. Est sans incidence à cet égard la circonstance que les cessions sont intervenues après que la SAS Napac Invest a été placée en redressement judiciaire, et afin d’apurer son passif, dès lors que les opérations ont été réalisées dans le cadre de son activité commerciale et ont permis sa poursuite. Par suite, c’est à bon droit que les ventes de terrains à bâtir intervenues au cours de l’année 2013 ont été soumises à la taxe sur la valeur ajoutée.
6. En troisième lieu, aux termes du 1 de l’article 39 du code général des impôts rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : « Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles‑ci comprenant (...) notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature (...) ». Si, en vertu des règles gouvernant l’attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d’établir les faits qu’elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu’une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu’à celle‑ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l’application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu’il entend déduire du bénéfice net défini à l’article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c’est‑à‑dire du principe même de leur déductibilité.
7. L’administration, après avoir remis en cause la déduction de l’intégralité des charges de leasing déduites par la SAS Napac Invest de ses résultats au titre des exercices clos en 2013 et 2014, faute de présentation des justificatifs, a partiellement admis la déduction de ces charges, eu égard à la production de certains contrats présentés par la société dans le cadre du recours hiérarchique. Si la société, qui n’a pas versé aux débats d’autres pièces justificatives que ces contrats, soutient que sa comptabilité aurait été détruite au cours d’un incendie survenu en 2014, elle ne justifie pas de l’impossibilité de présenter des copies des contrats de leasing en se bornant à produire un article de presse faisant état de l’incendie, deux photographies ainsi qu’un procès-verbal d’audition de son président. Par suite, l’administration était fondée à remettre en cause la déduction des charges de leasing demeurant en litige.
8. En quatrième lieu, si le vérificateur a initialement remis en cause la déduction des résultats de la SAS Napac Invest de frais de mission au titre des exercices clos en 2013 et 2014, ces rectifications ont été abandonnées par l’administration dans sa réponse aux observations du contribuable du 25 mars 2016. Par suite, la SAS Napac Invest ne peut utilement soutenir que l’administration aurait remis en cause, à tort, la déduction de ces frais de mission.
En ce qui concerne les pénalités :
9. Aux termes de l’article 1729 du code général des impôts : « Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt (…) entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré (…) ».
10. La SAS Napac Invest a, de façon répétée au cours de la période vérifiée, minoré la taxe sur la valeur ajoutée déclarée en s’abstenant de soumettre à la taxe une partie des loyers perçus et déduit de ses résultats des charges de leasing non justifiées, alors qu’au cours d’une précédente vérification de comptabilité des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée et des rectifications relatives à la réintégration de la part non déductible des loyers pour les véhicules de tourisme lui avaient déjà été notifiés. Par ailleurs, le dirigeant de la société, qui ne pouvait ignorer qu’elle avait opté pour la taxe sur la valeur ajoutée en 2005 et qu’elle déposait des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, a indiqué dans les actes de cession des terrains à bâtir conclus en 2013 que la société n’était pas assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, alors même que les cessions de terrains à bâtir sont intervenues dans le cadre du redressement judiciaire de la SAS Napac Invest et que la société a subi un incendie en 2014, l’administration établit son intention délibérée d’éluder le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée et de l’impôt sur les sociétés en litige et, par suite, le bien-fondé des majorations pour manquement délibéré.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre, que la SAS Napac Invest n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin de sursis de paiement des impositions en litige :
12. Les dispositions de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales, sur lesquelles sont fondées les conclusions à fin de sursis de paiement présentées par la société requérante, n'ont de portée que pendant la durée de l'instruction de la réclamation et de l'instance devant le tribunal administratif. Aucune disposition n'a prévu une procédure de sursis de paiement pendant la durée de l'instance d'appel. Par suite, la SAS Napac Invest n’est pas fondée à obtenir le sursis de paiement des impositions en litige.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative, font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à la SAS Napac Invest la somme qu’elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de la SAS Napac Invest est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société par actions simplifiées Napac Invest et au l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, où siégeaient :
‑ Mme Paix, présidente,
‑ Mme Carotenuto, première conseillère,
‑ Mme Mastrantuono, première conseillère.
Lu en audience publique, le 29 septembre 2022.