Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté en date du 10 juillet 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Par un jugement n° 2007770 du 21 janvier 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 février 2021 et le 14 mars 2022, sous le n° 21MA00780, M. B..., représenté par Me Bruschi, demande à la Cour :
1°) d’annuler ce jugement du 21 janvier 2021 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d’annuler l’arrêté du 10 juillet 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » ou mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 313-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 dès lors qu’il a travaillé treize puis huit mois et est présent en France depuis six ans ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 313-11 alinéa 7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 511-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Cette requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit de mémoire.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 13 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- et les observations de Me Bruschi, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant centrafricain né le 25 décembre 1988, a sollicité le 24 mai 2017 le renouvellement de son titre de séjour et le changement de son statut d’étudiant en celui de salarié sur le fondement de l’article L. 313-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il déclare être entré en France le 22 septembre 2014 sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa long séjour mention « étudiant » valable jusqu’au 15 septembre 2015. Par un arrêté du 10 juillet 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B... relève appel du jugement du 21 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté préfectoral du 10 juillet 2020.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l’article L. 313-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention "salarié". (…) La carte de séjour prévue aux 1° ou 2° du présent article est délivrée, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi, à l'étudiant étranger qui, ayant obtenu un diplôme au moins équivalent au grade de master (…), souhaite exercer un emploi salarié et présente un contrat de travail, à durée indéterminée ou à durée déterminée, en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération supérieure à un seuil déterminé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné. ».
3. M. B... déclare résider de manière continue sur le territoire français depuis le 22 septembre 2014, date à laquelle il est venu étudier à l’Institut international de l’image et du son situé à Elancourt. Après diverses expériences professionnelles, il a été embauché à compter du mois de septembre 2019 pour le compte de la SAS SGETAS TP en contrat à durée indéterminée en qualité de magasinier. Une demande d’autorisation de travail a été refusée par le préfet des Bouches-du-Rhône par une décision du 20 octobre 2019 constatant notamment l’absence de justificatifs de recherches effectuées par la société invitante pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail, et la possibilité pour l’entreprise invitante de recruter un candidat répondant aux besoins de l’entreprise au regard de la situation du marché local de l’emploi. Par une ordonnance du 18 octobre 2021, le président de la 7ème chambre de la cour administrative d’appel de Marseille a rejeté la requête de M. B... tendant à l’annulation de cette décision du 20 octobre 2019. Par les documents produits, et comme l’ont estimé les premiers juges, l’appelant n’établit pas qu’il remplit les conditions exigées par les dispositions précitées de l’article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les critères de régularisation figurant dans la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 s’appliquent à la situation de M. B....
4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. … ». Aux termes de l’article L. 313-11-7° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : (…) 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République (…) ».
5. L’appelant fait valoir qu’il a transféré l’ensemble de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors qu’il y travaille de manière continue depuis le second semestre de l’année 2017 et qu’il ne conserve plus d’attaches familiales en Centrafrique car sa mère et sa sœur, seuls membres de sa famille avec lesquels il conserve des contacts, résident régulièrement en France et y travaillent. D’une part, ces circonstances ne peuvent être regardées comme caractérisant une méconnaissance des stipulations précitées au regard de la durée de présence de l’intéressé sur le territoire français à la date de la décision contestée. De plus, la présence de sa mère et de sa sœur sur le territoire français n’ouvre pas par elle-même un droit au séjour au requérant. D’autre part, si le requérant établit, par les pièces produites en appel, la conclusion d’un pacte civil de solidarité le 10 janvier 2021 avec une ressortissante française et, le 8 janvier 2021, la reconnaissance par anticipation d’un enfant à naître, il ressort des pièces du dossier que la relation avec cette ressortissante française était très récente à la date de l’acte en cause. Ainsi, compte tenu des conditions du séjour de M. B... en France et de l’ensemble des circonstances de l’affaire, le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n’a pas méconnu les textes précités.
6. Aux termes de l’article L. 511-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 3° (Abrogé) ; 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; 5° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; 6° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; 7° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; 8° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui, ne vivant pas en état de polygamie, est marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant étranger relevant du 2°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage ; 9° L'étranger titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 % ; 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; 11° Le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ainsi que les membres de sa famille, qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 122-1. ».
7. Le requérant fait état de violences interreligieuses dans son pays d’origine et soutient que l’exécution de la décision en litige méconnaîtrait les dispositions précitées. Or, d’une part, l’intéressé qui ne remplit aucune des conditions du texte précité ne peut utilement s’en prévaloir, et d’autre part, il n’établit pas ses allégations et ne prouve pas avoir déposé de demande d’asile dans le but de faire reconnaître juridiquement l’impossibilité manifeste de retourner vivre en Centrafrique. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C..., à Me Bruschi et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l’audience du 27 avril 2022, où siégeaient :
- M. Pocheron, président de chambre,
- Mme Ciréfice, présidente assesseure,
- M. Prieto, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 mai 2022.