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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA00944

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA00944

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA00944
TypeDécision
Recourscontentieux répressif
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantTRAVERT - ROBERT - CEYTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Le Grand port maritime de Marseille a demandé au tribunal administratif de Marseille, d’une part, d’enjoindre, sous astreinte, à la société BR associés, ès qualité de liquidateur judiciaire de la SARL Trackair Aeromotive Diesel, à M. C... A..., gérant de la société Trackair Aeromotive Diesel, ainsi qu’à tout occupant de leur chef de libérer immédiatement les locaux et terrains appartenant au domaine public maritime qu’ils occupent irrégulièrement ainsi qu’au transport, à leurs frais, risques et périls, de tous les objets présents sur les lieux occupés, faute de quoi il sera procédé d’office à leur expulsion, aux frais et risques des intéressés, avec, en tant que de besoin, le concours de la force publique et, d’autre part, de condamner les requis au règlement d’une indemnité d’occupation jusqu’à la complète libération des lieux à hauteur de 150 euros par jour depuis le 4 avril 2018.

Par un jugement n° 1907332 du 12 janvier 2021, le tribunal administratif de Marseille a, d’une part, ordonné l’expulsion de la SARL Trackair Aeromotive Diesel et de tous occupants de son chef occupant sans titre la parcelle et des locaux du domaine public maritime situés lot 15 de la zone industrielle du Ventillon à Fos-sur-Mer, à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard à compter de cette même date et, d’autre part, condamné solidairement la SARL Trackair Aeromotive Diesel, son gérant M. A... et son liquidateur la société BR associés, à verser au Grand port maritime de Marseille la somme de 151 350 (cent cinquante et un mille trois cent cinquante) euros au titre de l’indemnité d’occupation depuis le 4 avril 2018, et enfin, rejeté le surplus des conclusions de la requête.




Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2021 et le 7 janvier 2022, sous le n° 21MA00944, M. A..., représenté par Me Travert, demande à la Cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille ;

2°) de dire et juger que la juridiction administrative est incompétente ;

3°) de mettre à la charge du Grand port maritime de Marseille la somme de 3 600 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente ;
- les biens en litige se trouvaient sous la garde et sur la parcelle dont la société CPM Flash avait l’usage ;
- il a été condamné en sa qualité de gérant alors que, en raison de la liquidation judiciaire, il était démuni de tout pouvoir ;
- s’agissant de l’astreinte, il avait libéré les lieux depuis longtemps et il bénéficiait en outre d’un report jusqu’au 30 octobre 2018 pour libérer les lieux.

Un mémoire en observation, enregistré le 29 mars 2021, a été présenté par la société BR associés, liquidateur judiciaire de la société Trackair Aeromotive Diesel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, le Grand port maritime de Marseille, représenté par Me Fouilleul, déclare se « désister de sa requête de première instance ».

Il soutient que la juridiction administrative est incompétente.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- et les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public.









Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 1907332 du 12 janvier 2021, le tribunal administratif de Marseille a, d’une part, ordonné l’expulsion de la SARL Trackair Aeromotive Diesel et de tous occupants de son chef occupant sans titre la parcelle et des locaux du domaine public maritime situés lot 15 de la zone industrielle du Ventillon à Fos-sur-Mer, à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard à compter de cette même date et, d’autre part, condamné solidairement la SARL Trackair Aeromotive Diesel, son gérant M. A... et son liquidateur la société BR associés, à verser au Grand port maritime de Marseille la somme de 151 350 (cent cinquante et un mille trois cent cinquante) euros au titre de l’indemnité d’occupation depuis le 4 avril 2018. M. A... relève appel de ce jugement et soulève l’incompétence de la juridiction administrative.

Sur l’exception d’incompétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l’article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ». Et aux termes de l’article L. 2111-6 du même code : « Le domaine public maritime artificiel est constitué : / 1° Des ouvrages ou installations appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui sont destinés à assurer la sécurité et la facilité de la navigation maritime ; / 2° A l'intérieur des limites administratives des ports maritimes, des biens immobiliers, situés en aval de la limite transversale de la mer, appartenant à l'une des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 et concourant au fonctionnement d'ensemble des ports maritimes, y compris le sol et le sous-sol des plans d'eau lorsqu'ils sont individualisables. ».

3. Le Grand port maritime de Marseille fait valoir pour la première fois en appel que les parcelles en litige font partie de son domaine privé. Il ne résulte pas de l’instruction que ladite parcelle et les locaux situés lot 15 de la zone industrielle du Ventillon sur le territoire de la commune de Fos-sur-Mer serait affectée à un service public, en ayant fait l’objet d’un aménagement indispensable à son exécution, ou encore à l’usage du public. Dans ces conditions, et alors que les parties ne le contestent pas, cette parcelle relève du domaine privé du grand port maritime de Marseille. Il n’appartient ainsi qu’aux juridictions judicaires de connaître du litige soulevé par le grand port maritime de Marseille devant le tribunal administratif. Dès lors, il y a lieu, comme le demande M. A... d’annuler le jugement n° 1907332 du 12 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille s’est reconnu compétent pour connaître de la demande du grand port maritime de Marseille et, statuant par voie d’évocation, de rejeter cette demande comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

4. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du Grand port maritime de Marseille la somme demandée par M. A... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Par ailleurs, la présente instance n’a pas donné lieu à dépens au sens des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées sur ce fondement par le requérant ne peuvent donc qu’être rejetées.



D É C I D E :


Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1907332 du 12 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : La demande du Grand port maritime de Marseille devant le tribunal administratif de Marseille est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. A... devant la Cour est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... A..., à la SCP BR associés et au Grand port maritime de Marseille.


Délibéré après l’audience du 2 décembre 2022, où siégeaient :

- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,
- Mme Ciréfice, présidente assesseure,
- M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.


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