Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler les décisions du 6 juillet 2020 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, en ce qu’elle désigne le pays dont il a la nationalité.
Par un jugement n° 2005361 du 25 août 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, M. A..., représenté par Me Chartier, demande à la Cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 juillet 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n’est pas justifié de la compétence du signataire de l’arrêté attaqué ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; la décision litigieuse ne comporte aucune indication précise sur sa situation familiale, sociale et personnelle ; la motivation est lacunaire et stéréotypée ;
- sa situation n’a pas fait l’objet d’un examen particulier ;
- l’arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ; les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
- la délivrance d’un visa de long séjour n’est pas requise par les dispositions de l’article L. 313-11 7° du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet des Bouches-du-Rhône a reçu régulièrement communication de la requête le 18 mars 2021.
Par ordonnance en date du 9 mars 2022, la clôture de l’instruction a été fixée au 31 mars 2022.
Par décision en date du 22 janvier 2021, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. François Point, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., de nationalité algérienne, est entré en France en septembre 2016 sous couvert d’un visa d’une durée de quatre-vingt-dix jours. Il a été interpellé le 6 juillet 2020 dans le cadre d’un contrôle d’identité. Par un arrêté du même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation. M. A... fait appel du jugement en date du 25 août 2020 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (...) 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ».
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré en France à l’âge de seize ans. Sa mère est décédée en 2000 et il a été accueilli en France par sa tante paternelle, par le biais d’un acte de kafala. M. A..., désormais majeur, établit la présence en France de deux de ses tantes paternelles, dont l’une est française et l’autre a un certificat de résidence de dix ans. Il établit également que son frère aîné est en situation régulière sur le sol français. Il fait valoir, sans être utilement contredit sur ce point, qu’il n’a plus de relations avec son père. Si M. A... est célibataire et sans enfant, il résulte de l’instruction qu’il poursuit des études en France. Les bulletins de note versés au dossier attestent de l’assiduité et du sérieux de M. A... dans sa scolarité au lycée. Il a obtenu son baccalauréat en juin 2020 et a été admis dans une filière BTS en mai 2020. Par suite, au regard de l’ensemble de ces éléments, M. A... est fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2005361 du 25 août 2020 et l’arrêté du 6 juillet 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône doivent être annulés.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
5. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public (…) prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution ».
6. Au regard de ses motifs, le présent arrêt implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, délivre à M. A... un certificat de résidence d’un an au titre de la vie privée et familiale. Il y a lieu de le lui enjoindre. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie… perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens… ». Aux termes de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « … En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie… qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide… ».
8. M. A... bénéficie de l’aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l’Etat le versement au conseil de M. A... de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2005361 du 25 août 2020 est annulé.
Article 2 : L’arrêté du 6 juillet 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. A... un certificat de résidence d’un an, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L’Etat versera à Me Chartier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., à Me Chartier et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l’audience du 25 avril 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Guy Fédou, président,
- M. Gilles Taormina, président assesseur,
- M. François Point, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 mai 2022.