jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-21MA01357 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | DI CESARE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge de la contribution sur les hauts revenus, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, ainsi que des majorations correspondantes, et d'enjoindre à l'administration de lui communiquer la liste des personnes invitées par la société à responsabilité limitée (SARL) Carradori Sud dans la loge de l'Olympique de Marseille au titre de l'année 2016.
Par un jugement n° 1906677 du 16 février 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 avril 2021, 2 juillet 2021, 14 septembre 2021 et 7 juin 2023, M. B, représenté par Me Di Cesare, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 16 février 2021 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) de faire droit à sa demande de première instance ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il justifie, par la production d'attestations, avoir utilisé à des fins professionnelles la loge de l'Olympique de Marseille ;
- les travaux réalisés à son domicile ont été effectués à titre gracieux par des amis et non par des salariés de l'entreprise ;
- les salariés de la SARL Carradori Sud, dont il était le gérant, ont subi des pressions pour fournir des témoignages mensongers à son encontre sur lesquels l'administration s'est fondée ;
- il produit à l'instance l'avis de classement sans suite par le procureur de la République de la plainte déposée pour abus de confiance par le dirigeant de la SARL Carradori Sud ;
- l'administration ne prouve pas l'existence des revenus distribués.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin 2021 et 9 mars 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête de M. B, qui reprend à l'identique l'argumentaire développé dans la demande de première instance et qui ne comporte aucune critique du jugement attaqué, est irrecevable ;
- pour le surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Carotenuto,
- les conclusions de M. Ury, rapporteur public,
- et les observations de Me Di Cesare, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la transmission spontanée par l'autorité judiciaire, sur le fondement de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales, du dossier de la procédure judiciaire ouverte en raison de la plainte déposée par la société à responsabilité limitée (SARL) Carradori Sud à l'encontre de M. B, son gérant en 2014 et 2015, pour abus de biens sociaux, abus de confiance et faux, l'administration fiscale a, dans le cadre de la vérification de comptabilité de cette société portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, exercé son droit de communication révélant des éléments de nature à faire présumer une fraude en matière fiscale.
En conséquence de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SARL Carradori Sud, M. B a été assujetti à la contribution sur les hauts revenus et à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. B relève appel du jugement du 16 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge, en droits et majorations, de ces suppléments d'imposition et à ce qu'il soit enjoint à l'administration de lui communiquer la liste des personnes invitées par la SARL Carradori Sud dans la loge de l'Olympique de Marseille au titre de l'année 2016.
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".
3. En premier lieu, lors de la vérification de comptabilité dont la SARL Carradori Sud a fait l'objet, le service vérificateur a refusé la déduction, au titre de l'année 2015, des charges correspondant à la location d'une loge de l'Olympique de Marseille et à l'achat de billets VIP pour huit personnes, à hauteur de 64 800 euros hors taxe, au motif cette charge n'avait pas été engagée dans l'intérêt de l'entreprise. En l'absence de justificatifs, l'administration a réintégré la somme correspondante dans le bénéfice imposable de la société, avant de l'imposer entre les mains de M. B, gérant non associé de la SARL Carradori Sud en 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Il résulte de l'instruction et notamment de l'extrait de la proposition de rectification adressée à la SARL Carradori Sud annexé à la proposition de rectification adressée au requérant, qu'au titre de l'exercice 2015, aucune justification n'a été produite par la société au vérificateur pour démontrer que la loge de l'Olympique de Marseille avait été louée à des fins commerciales et que la SARL Carradori Sud, dans la lettre de licenciement pour faute lourde notifiée à M. B, prend acte de l'utilisation de la loge au bénéfice personnel de ce dernier, en soulignant " son refus de communiquer à la direction du groupe Carradori le nom des invités reçus dans la loge lors de chaque match, et ce depuis mai 2014 ". Les seules attestations produites par M. B, signées par les personnes présentées comme les bénéficiaires de ces invitations, rédigées en des termes vagues et identiques et qui sont postérieures à la période vérifiée, ne permettent pas d'identifier pour chaque prestation la relation d'affaires qui unirait les bénéficiaires avec la SARL Carradori Sud. Au demeurant, au titre de l'année 2016, le nouveau gérant de la SARL Carradori Sud a justifié l'utilisation à des fins professionnelles des charges correspondant à la location de cette loge en produisant la liste des personnes, partenaires commerciaux et/ou salariés de la société, invitées au titre de l'année 2016. A cet égard, le requérant, qui n'a pas été imposé, à titre personnel, à raison des rectifications notifiées à la SARL Carradori Sud au titre de l'année 2016, n'est pas en droit de se voir communiquer cette liste, pièce relative à la procédure d'imposition suivie avec la société, et ne peut utilement faire valoir qu'en raison du refus de l'administration de la lui communiquer, il a été " privé " d'un " moyen de preuve ". Par suite, c'est à bon droit que le service a remis en cause la déductibilité des charges dont s'agit, non engagées dans l'intérêt de l'entreprise mais dans l'intérêt de son ancien gérant, au titre de l'année 2015 et a apporté la preuve de l'existence et du montant des distributions ainsi que de leur appréhension par M. B.
4. En second lieu, il résulte de l'instruction que la SARL Carradori Sud a constaté, après avoir procédé à un audit interne de ses comptes ainsi qu'à un inventaire de ses achats au 31 décembre 2015, à un contrôle des stocks et à un rapprochement des achats revendus avec la facturation des ventes, que des achats de matériels ainsi que du personnel de l'entreprise avaient été utilisés à des fins personnelles au profit de M. B ou de sa fille. La société a ainsi évalué l'excédent d'achats de matériels par rapport aux besoins réels entre 2014 et 2015 à 5 409,47 euros et le coût salarial de la main d'œuvre nécessaire à la réalisation des travaux pour le compte personnel du requérant à 10 505 euros. La seule production d'attestations de salariés de l'entreprise affirmant qu'ils ont aidé M. B, à titre bénévole, et utilisé des " pertes de chantier " ne suffit pas à remettre en cause les constatations mises en évidence par la société et corroborées par des salariés de l'entreprise qui ont attesté avoir réalisé des travaux de toiture, de maçonnerie et de rénovation d'appartements pour le compte personnel de M. B et de celui de sa fille, pendant les heures de travail et avec le matériel de l'entreprise. En outre, M. B n'établit pas, par la production d'attestations, que l'actuel dirigeant de la SARL Carradori Sud aurait exercé des pressions sur ses salariés pour obtenir des témoignages confirmant qu'il avait détourné les moyens de l'entreprise à son profit. S'il se prévaut également de deux jugements du conseil de prud'hommes de Martigues dont celui en date du 11 avril 2019, enregistré au répertoire général sous le n° 17/00101, la SARL Carradori Sud a relevé appel de ce jugement et il résulte de l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 10 février 2023, n° 2023/059, dont le texte intégral est librement accessible sur le site de la cour de cassation, que si le salarié soutient " que son employeur a exercé des pressions sur lui afin qu'il prenne part au conflit opposant la direction générale du groupe Carradori au directeur de la société Carradori Sud () Force est de constater que le salarié n'apporte aucun élément pour justifier ces pressions, voire le "harcèlement", invoqués en dehors de l'affirmation non contestée selon laquelle la direction générale du groupe Carradori l'a sollicité dans le cadre de l'enquête et du conflit qui l'opposait à [son gérant]. Les pressions invoquées ne sont donc pas établies ". Par ailleurs, la circonstance qu'au moment du contrôle, la SARL Carradori Sud était dirigée par la personne qui a mis en cause M. B, ne saurait, par elle-même, suffire à remettre en cause le bien-fondé des impositions contestées. Enfin, le requérant se prévaut de l'avis de classement sans suite par le procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence, du 28 janvier 2020, de la plainte portant sur des " faits d'abus de biens sociaux, abus de crédit et abus de pouvoir ; Abus de confiance ; Faux / Falsification de certificat, attestation / Usage ", n° parquet 16173000157, au motif que " les faits ou circonstances des faits de la procédure n'ont pu être clairement établis par l'enquête ". Toutefois, cette décision, qui atteste seulement d'un classement sans suite d'une procédure pénale engagée à l'encontre de M. B, est dépourvue de l'autorité de chose jugée et est sans incidence sur la prise en compte par l'administration des faits susrappelés. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que les dépenses en cause revêtaient un caractère personnel, qu'elles ne pouvaient, dès lors, être admises en déduction du résultat de la SARL Carradori Sud, et que leur montant devait être regardé comme des revenus distribués entre les mains de M. B.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin ni d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'administration ni de faire droit à la demande de communication de pièces du requérant, que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, où siégeaient :
- Mme Helmlinger, présidente de la Cour,
- M. Platillero, président assesseur,
- Mme Carotenuto, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2023.
Cour Administrative d'Appel de Nancy — N° CAA54-24NC02263
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