lundi 7 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-21MA01831 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS ARNAULT CHAPUIS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B, Mme E née B et M. D B ont demandé au tribunal administratif de Marseille de condamner l'État à leur verser la somme de 30 000 euros chacun en réparation des préjudices subis du fait du décès de Jean-Emmanuel B.
Par un jugement n° 1903754 du 12 avril 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 14 mai, 9 juin et 8 novembre 2021, les consorts B, représentés par Me Chapuis, demandent à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 12 avril 2021 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) de condamner l'État à leur verser la somme de 30 000 euros chacun ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-il convient de surseoir à statuer ;
-les gendarmes ont commis une faute en s'abstenant de retenir physiquement Jean-Emmanuel B et en lui rendant les clés de son véhicule ;
-ils auraient dû rester sur place ;
-celui-ci aurait dû faire l'objet d'une rétention pour ivresse publique manifeste ;
-le véhicule aurait dû être immobilisé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par les consorts B ne sont pas fondés ;
- la victime a commis une faute exonératoire de responsabilité ;
- elle était dans une situation illégitime ;
- le lien de causalité avec l'accident n'est pas établi.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la justice administrative pour statuer sur la responsabilité de l'État du fait de l'absence d'immobilisation du véhicule de la victime, qui relève de l'exercice des pouvoirs de la police judiciaire.
Un mémoire a été enregistré en réponse à cette mesure d'information le 6 septembre 2022 pour les consorts B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la route ;
- le code de la santé publique ;
-le code de justice administrative.
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Pecchioli, rapporteur public,
- et les observations de Me Chapuis, représentant les consorts B.
Considérant ce qui suit :
1. Jean-Emmanuel B, né en 1966, a été victime d'un accident mortel de motocyclette près de la commune de Peipin le 7 janvier 2015 à 18h45. M. A B, Mme E née B et M. D B, respectivement père, sœur et frère de la victime, imputent ce décès aux conditions de l'intervention des gendarmes auprès de ce dernier à Sisteron, le même jour à 17h20. Ils font appel du jugement du 12 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande tendant à l'engagement de la responsabilité de l'État.
Sur l'exercice des pouvoirs de police judiciaire :
2. La possibilité, pour les officiers et agents de police judiciaire, de procéder à l'immobilisation et à la mise en fourrière du véhicule dont l'auteur s'est servi pour commettre une infraction, sur le fondement de l'article L. 325-1-2 du code de la route, relèvent de pouvoirs de police judiciaire. Le tribunal administratif s'est irrégulièrement prononcé au fond sur la faute qu'aurait commise les gendarmes dans l'exercice de leurs pouvoirs de police judiciaire, en s'abstenant de faire procéder à l'immobilisation du véhicule de M. B sur le fondement de ces dispositions.
3. Cette irrégularité justifie d'annuler le jugement attaqué dans cette mesure et, après évocation, de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur l'exercice des pouvoirs de police administrative :
4. Selon le premier paragraphe de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales : / () e) s'il s'agit de la détention régulière () d'un alcoolique () ".
5. L'article L. 3341-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose qu' : " Une personne trouvée en état d'ivresse dans les lieux publics est, par mesure de police, conduite à ses frais dans le local de police ou de gendarmerie le plus voisin ou dans une chambre de sûreté, pour y être retenue jusqu'à ce qu'elle ait recouvré la raison. "
6. Il résulte du premier paragraphe de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, tel qu'interprété par la Cour européenne des droits de l'homme, notamment par un arrêt n° 26629/95 du 4 avril 2000, qu'une personne se trouvant dans un lieu public ne peut être placée en rétention, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3341-1 du code de la santé publique, du seul fait de son état d'ivresse, que celui-ci soit d'ailleurs " manifeste " ou non. Pour qu'une rétention puisse être régulière, il faut encore que le comportement de la personne concernée risque de porter atteinte à l'ordre public, à sa propre sécurité ou à celle d'autrui, et que sa privation de liberté soit nécessaire dans les circonstances de l'espèce.
7. Il résulte de l'instruction que deux gendarmes de la circonscription sont intervenus sur appel de la police municipale le 7 janvier 2015 à 17h20 avenue des arcades, à Sisteron, pour venir à la rencontre de Jean-Emmanuel B, fortement alcoolisé. Celui-ci leur a déclaré résider à Volonne, à douze kilomètres de Sisteron. Si cette déclaration s'est ultérieurement révélée être un mensonge, les gendarmes n'avaient aucun motif de la mettre en doute, et encore moins d'en vérifier l'exactitude à l'aide de fichiers de police comme le soutiennent les consorts B. M. B a refusé d'être accompagné à l'hôpital. Les gendarmes l'ont invité à laisser son véhicule sur place et à rentrer chez lui à pied ou accompagné d'un ami. M. B, décrit comme " très calme " lors du contrôle, a répondu aux questions des gendarmes, ne s'est pas opposé à leurs injonctions et a quitté les lieux en direction de la poste. Les gendarmes sont restés sur place jusqu'à 17h40 afin de s'assurer que celui-ci ne reprenait pas son véhicule. Ils ont vérifié que sa motocyclette était encore stationnée au même endroit à 18h10. En invitant l'intéressé à rejoindre son domicile par d'autres moyens que son véhicule personnel, les gendarmes ont réagi de façon proportionnée aux circonstances. Celui-ci quittait les lieux sans prendre son véhicule. Aucun élément ne permettait aux gendarmes, après avoir procédé aux vérifications qu'on pouvait raisonnablement attendre jusqu'à 18h10, soit quarante minutes plus tard, qu'il s'abstiendrait de s'exécuter. Par suite, la privation de liberté de l'intéressé n'apparaissait pas comme une mesure nécessaire au regard d'un risque d'atteinte à l'ordre public, à sa propre sécurité ou à celle d'autrui. Les forces de l'ordre n'ont donc pas commis de faute en s'abstenant de prendre la mesure prévue à l'article L. 3341-1 du code de la santé publique.
8. En dehors des cas prévus par la loi, notamment de l'article L. 3341-1 du code de la santé publique, les forces de l'ordre ne peuvent, dans l'exercice de pouvoirs de police administrative, porter atteinte à la liberté d'aller et de venir d'une personne du fait de son état d'ivresse. Contrairement à ce que soutiennent les consorts B, ni l'article R. 434-2 du code de la sécurité intérieure, relatif à la déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale, ni les campagnes de sensibilisation à la sécurité routière ne les habilitent à retenir physiquement une personne ou à lui confisquer les clés de son véhicule. En s'abstenant de commettre de telles illégalités, les gendarmes n'ont pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
9. Enfin, le moyen tiré de ce que les gendarmes auraient commis une faute en s'abstenant de rester sur place manque en fait, ainsi qu'il a été vu point 7.
10. Il résulte de ce qui précède que les consorts B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande en tant qu'elle tendait à l'engagement de la responsabilité de l'État dans l'exercice de ses pouvoirs de police administrative.
Sur les frais liés au litige :
11. L'État n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en conséquence obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par les consorts B au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du 12 avril 2021 du tribunal administratif de Marseille est annulé en tant qu'il s'est prononcé sur les conclusions des consorts B fondées sur la faute qu'auraient commise les services de l'Etat dans l'exercice de leurs pouvoirs de police judiciaire.
Article 2 : Les conclusions visées à l'article 1er sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 3 : Le surplus des conclusions des consorts B est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à Mme E née B, à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, où siégeaient :
- M. Bocquet, président,
- Mme Vincent, présidente assesseure,
- M. Mérenne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.
No 21MA01831
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026