jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-21MA02428 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL SOPHIA LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Immo Legraive a demandé au tribunal administratif de Nice de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1903915 du 23 avril 2021, le tribunal administratif de Nice a rejeté cette demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2021 et le 4 avril 2023, la société Immo Legraive, représentée par Me Manin, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 23 avril 2021 ;
2°) de prononcer la décharge des impositions et pénalités demeurant en litige ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les loyers imposables au cours de l'année 2015 s'élèvent à 12 555 euros, et non à 12 604 euros ;
- la villa dont elle est propriétaire n'a pas été mise gratuitement à la disposition de ses associés pendant la période allant de juin 2015 à décembre 2016 ;
- la valeur locative retenue pour la villa est exagérée ;
- les charges admises en déduction, correspondant aux travaux relatifs à la terrasse, devaient être déduites à hauteur de 20 000 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 16 773 euros au titre de l'exercice clos en 2016 ;
- c'est à tort que la déduction des dotations aux amortissements lui a été refusée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Immo Legraive ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Ury, rapporteur public,
- et les observations de Me Delanglade, substituant Me Manin, représentant la société Immo Legraive.
Considérant ce qui suit :
1. La société de droit belge Immo Legraive, qui est propriétaire d'une villa située au Rouret (Alpes-Maritimes), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale a constaté que la société n'avait pas déclaré les loyers correspondant à la location de la villa au cours de la période du 1er janvier au 14 mai 2015, et a par ailleurs estimé que la société avait commis un acte anormal de gestion en renonçant à percevoir des loyers en contrepartie de la mise à disposition de la villa au cours de la période du 1er juin 2015 au 31 décembre 2016. La société Immo Legraive a ainsi été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Elle relève appel du jugement du 23 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à la décharge des suppléments d'impôt auxquels elle demeure assujettie à l'issue de l'admission partielle de sa réclamation préalable, et des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne la réintégration de loyers :
2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises (). / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. / Toutefois, ces produits doivent être pris en compte : / a. Pour les prestations continues rémunérées notamment par des intérêts ou des loyers et pour les prestations discontinues mais à échéances successives échelonnées sur plusieurs exercices, au fur et à mesure de l'exécution ; () ".
3. Il est constant que la villa dont la société Immo Legraive est propriétaire a été louée entre le 1er janvier et le 14 mai 2015, pour un loyer mensuel de 2 800 euros, et que la société n'a pas déposé les déclarations de résultats qu'elle était tenue de souscrire en France, malgré l'envoi de mises en demeure. Si le vérificateur avait initialement réintégré au titre des loyers non déclarés une somme de 14 000 euros, correspondant à cinq mois de loyer, l'administration a ramené le montant de la rectification à 12 604 euros. Toutefois, les loyers de l'exercice clos en 2015, qui auraient dû être comptabilisés comme produits au fur et à mesure de l'exécution du bail, étaient imposables au titre de la période du 1er janvier au 14 mai, ainsi que la société requérante le fait valoir. Cette dernière est donc fondée à obtenir la réduction de la base imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 dans la limite demandée, soit 49 euros.
En ce qui concerne l'acte anormal de gestion :
4. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal. Ce principe ne peut, toutefois, recevoir application que dans le respect des dispositions législatives et réglementaires qui, dans le contentieux fiscal, gouvernent la charge de la preuve.
5. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la société Immo Legraive n'a pas déposé les déclarations de ses résultats des exercices clos en 2015 et 2016 dans les trente jours de la réception d'une mise en demeure. Elle a ainsi régulièrement été taxée d'office à l'impôt sur les sociétés. Il appartient par suite à la société Immo Legraive, qui a la charge de prouver l'exagération des impositions qu'elle conteste, de démontrer que les faits invoqués par l'administration ne relevaient pas d'une gestion anormale.
6. Il résulte de l'instruction que la villa dont la société Immo Legraive est propriétaire, d'une surface de 337 m², comporte notamment cinq chambres et quatre salles de bains, une piscine et un terrain de tennis. L'administration fiscale, au regard notamment des consommations d'eau et d'électricité facturées, a estimé qu'après la période de location mentionnée au point 3, la société avait mis la villa à la disposition gratuite de ses associés, sans que l'absence de perception de loyers par l'intéressée ne soit justifiée par l'intérêt de sa propre exploitation, en a déduit que cette renonciation à recettes était constitutive d'un acte anormal de gestion. Pour établir le montant des recettes à réintégrer, en conséquence, aux résultats de la société Immo Legraive, l'administration, en l'absence de comparables pertinents sur le marché locatif local, a déterminé la valeur locative de la villa par voie d'appréciation directe, en appliquant un taux de rendement de 4 % à la valeur vénale de cet immeuble. Elle a, par ailleurs, déduit de ces recettes et des loyers non déclarés les charges comptabilisées, ainsi que des charges supplémentaires admises au vu de la présentation au vérificateur de factures non comptabilisées.
7. D'une part, la société Immo Legraive conteste le principe même de la rectification, en soutenant qu'eu égard aux dégradations causées par une tempête survenue le 3 octobre 2015, et à la durée des travaux de remise en état, la villa n'a pu être louée en dehors de la période estivale, au cours de laquelle ses associés s'en réservent la jouissance, de sorte que la villa n'aurait pu être louée que pendant deux mois au cours de l'année 2015, et pendant six mois au cours de l'année 2016. Toutefois, la requérante, qui supporte la charge de la preuve, ainsi qu'il a été dit précédemment, ne conteste pas que l'habitation n'a subi aucun dégât à l'issue de la tempête et n'établit pas davantage l'ampleur des dégâts causés à l'extérieur par les pièces qu'elle produit. Par ailleurs, elle ne démontre pas que le bien aurait été effectivement offert à la location après l'été 2015, et ne conteste pas la réalité des consommations d'eau et d'électricité régulières, qui établissent l'occupation effective de la villa.
8. D'autre part, la société Immo Legraive ne démontre pas, en se bornant à faire état du taux de rendement ressortant des baux conclus pour la location de la villa au titre de périodes excluant les mois de juillet et août, que le taux de rendement annuel de 4 % retenu en tenant compte de la situation de la villa, de son ancienneté, de sa catégorie cadastrale et de son caractère meublé serait excessif.
En ce qui concerne la déduction des charges :
9. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a notamment admis la déduction, au titre de l'exercice clos en 2016, d'une charge de 36 773 euros correspondant à une facture émise le 10 février 2016, et relative à la rénovation de la terrasse de la villa. Les factures produites à cet égard par la société requérante, qui sont relatives à des situations de travaux, ne permettent pas de considérer qu'une partie de ces dépenses auraient été engagées en 2015, alors que l'administration fait valoir sans être contredite que les travaux ont été livrés en 2016, de sorte qu'en application du principe de spécialité des exercices, les dépenses ainsi exposées par la société se rattachent à l'exercice clos en 2016. Par conséquent, la société Immo Legraive n'est pas fondée à soutenir que les charges en cause devaient être déduites à hauteur de 20 000 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 16 773 euros au titre de l'exercice clos en 2016.
En ce qui concerne les amortissements :
10. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 2° () les amortissements réellement effectués par l'entreprise () ". En vertu de ces dispositions, seuls peuvent être regardés comme réellement effectués au titre d'un exercice les amortissements qui ont été effectivement portés dans les écritures comptables de l'entreprise avant l'expiration du délai de déclaration des résultats de cet exercice.
11. La société Immo Legraive, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'a pas déposé les déclarations de ses résultats des exercices clos en 2015 et 2016. En se bornant à produire des bilans comptables déposés en Belgique et une attestation du cabinet comptable, elle ne démontre pas que les amortissements auraient été comptabilisés avant l'expiration des délais de déclaration de ses résultats en France. C'est donc à bon droit que l'administration n'a pas pris en compte, pour la détermination des résultats imposables taxés d'office, les amortissements dont la déduction est revendiquée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Immo Legraive est seulement fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice lui a refusé la décharge, en droits et pénalités, du supplément d'impôt sur les sociétés auquel elle demeure assujettie au titre de l'exercice clos en 2015 correspondant à la réduction de la base imposable de 49 euros.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que la société Immo Legraive demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La base d'imposition de la société Immo Legraive à l'impôt sur les sociétés est réduite de 49 euros au titre de l'exercice clos en 2015.
Article 2 : La société Immo Legraive est déchargée de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle demeure assujettie au titre de l'exercice clos en 2015 correspondant à la réduction de base définie à l'article 1er, et des pénalités correspondantes.
Article 3 : Le jugement du tribunal administratif de Nice n° 1903915 du 23 avril 2021 est réformé en tant qu'il est contraire au présent arrêt.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Immo Legraive est rejetée.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la société Immo Legraive et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, où siégeaient :
- Mme Paix, présidente,
- M. Platillero, président assesseur,
- Mme Mastrantuono, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026