Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... B... et M. E... C... ont demandé au tribunal administratif de Marseille, F... deux actes introductifs d’instance, de condamner la commune de Miramas et la métropole Aix-Marseille-Provence à leur verser la somme de 155 716 euros en réparation des préjudices qu’ils estiment avoir subis du fait de travaux sur un immeuble riverain abritant un centre social.
F... un jugement nos 1902525, 1906483 du 11 juin 2021, le tribunal administratif de Marseille a condamné la métropole Aix-Marseille-Provence à leur verser la somme de 29 000 euros, et a rejeté leurs conclusions dirigées contre la commune de Miramas.
Procédure devant la cour :
F... une requête, enregistrée le 11 août 2021, Mme B... et M. C..., représentés F... Me Pailhé, demandent à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 11 juin 2021 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) de condamner la métropole Aix-Marseille-Provence à leur verser la somme de 74 716 euros ;
3°) de condamner la commune de Miramas à leur verser la somme de 130 000 euros ;
4°) de condamner solidairement la métropole et la commune à leur verser la somme de 20 000 euros ;
5°) de mettre les dépens à leur charge solidaire, ainsi que la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
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les décisions implicites de la commune et de la métropole rejetant leurs demandes préalables méconnaissent l’article L. 211-6 du code des relations entre le public et l’administration ;
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elles sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation et d’erreur de droit, car leurs conclusions indemnitaires sont fondées ;
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la responsabilité sans faute de la métropole est engagée du fait de dommages accidentels et permanents de travaux publics ;
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celle de la commune est engagée du fait des dommages permanents résultant d’un ouvrage public ;
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l’autorisation de pénétrer leur propriété, accordée F... une ordonnance du 22 avril 2014 du président du tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence, leur a occasionné un préjudice de jouissance qui doit être évalué à la somme de 24 000 euros ;
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le préjudice résultant des nuisances olfactives, auditives et polluantes au cours du chantier doit être évalué à la somme de 10 000 euros ;
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le préjudice résultant de la perte d’intimité doit être évalué à la somme de 5 000 euros ;
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la perte de valeur vénale de leur immeuble du fait de la construction du centre social doit être évaluée à la somme de 80 000 euros ;
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le préjudice permanent résultant de l’implantation d’appareils de ventilation et d’aération doit être évalué à la somme de 50 000 euros ;
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le préjudice résultant de l’impossibilité pour Mme B... de travailler en tant qu’assistante maternelle doit être indemnisé à hauteur de 25 716 euros ;
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son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 20 000 euros.
F... deux mémoires en défense, enregistrés le 25 janvier et le 23 mars 2022, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée F... Me Catsicalis, demande à la cour :
1°) de rejeter la requête présentée F... Mme B... et M. C... ;
2°) F... la voie de l’appel incident, d’annuler le jugement du 11 juin 2021 du tribunal administratif de Marseille et de rejeter les conclusions de Mme B... et de M. C... dirigées à son encontre ;
3°) de mettre à leur charge la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
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elle doit être mise hors de cause, dès lors que l’immeuble a été cédé à la commune de Miramas F... un acte du 24 novembre 2016 ;
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la demande au titre du préjudice de jouissance est irrecevable en tant qu’elle excède la somme demandée en première instance ;
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les requérants ont déjà été indemnisés F... la provision versée en exécution de l’ordonnance du 22 avril 2014 du président du tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence ;
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les moyens soulevés F... Mme B... et M. C... ne sont pas fondés.
F... un mémoire en défense, enregistrés le 9 février 2022, la commune de Miramas, représentée F... Me Teissier, demande à la cour :
1°) de rejeter la requête présentée F... Mme B... et M. C... ;
2°) de mettre à leur charge la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
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elle doit être mise hors de cause, dès lors que l’immeuble lui a été cédé F... la métropole Aix-Marseille-Provence F... un acte du 24 novembre 2016 ;
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les moyens soulevés F... Mme B... et M. C... ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l’arrêt à intervenir était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’incompétence de la justice administrative pour connaître des conséquences d’une autorisation accordée F... une décision du juge judiciaire.
Des mémoires ont été enregistrés en réponse à cette mesure d’information le 9 juin 2022 pour la métropole Aix-Marseille-Provence et le 15 juin 2022 pour la commune de Miramas.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
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le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
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le code de justice administrative.
Après avoir entendu en audience publique :
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le rapport de M. D...,
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les conclusions de M. Pecchioli, rapporteur public,
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et les observations de Me Catsicalis, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence, et de Me Teissier, représentant la commune de Miramas.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... et M. C... sont propriétaires d’une maison individuelle située 7 rue Carnot à Miramas. Cette maison comporte une cour en limite de laquelle est située le centre social Albert Schweitzer, qui était initialement la propriété du syndicat d’agglomération nouvelle Ouest France. En vue de travaux d’extension et de rénovation de ce centre social, le syndicat a demandé et obtenu du juge des référés du tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence, F... une ordonnance du 22 avril 2014, l’autorisation d’installer une palissade de sécurité dans la cour de cette maison. F... la même ordonnance, le juge des référés a accordé à Mme B... et M. C... une indemnité provisionnelle mensuelle de 1 000 euros correspondant à la perte de jouissance de la cour, jusqu’à l’enlèvement des dispositifs de sécurité installés, et une provision de 15 000 euros pour les préjudices de toute nature résultant des travaux. La palissade de sécurité en question a été retirée le 21 avril 2015. La métropole Aix-Marseille-Provence, venant aux droits du syndicat d’agglomération nouvelle, a cédé à titre gratuit le centre social Albert Schweitzer à la commune de Miramas le 24 novembre 2016.
2. Mme B... et M. C... recherchent la responsabilité de la métropole Aix-Marseille-Provence et de la commune de Miramas du fait des dommages ayant résulté de l’opération de travaux publics en vue de l’extension et de la rénovation du centre social Albert Schweitzer, d’une part, et de l’ouvrage public que constitue ce même centre social à l’issue des travaux, d’autre part. Ils font appel du jugement du 11 juin 2021 F... lequel le tribunal administratif de Marseille a condamné la métropole Aix-Marseille-Provence à leur verser la somme de 29 000 euros, et a rejeté leurs conclusions dirigées contre la commune de Miramas. La métropole forme un appel incident à l’encontre de ce jugement en tant qu’il l’a condamnée à verser la somme précédemment évoquée.
Sur l’objet indemnitaire du litige :
3. Le tribunal administratif a rejeté les conclusions de Mme B... et de M. C... tendant à l’annulation des décisions implicites de rejet de leurs demandes préalables F... des motifs appropriés, figurant au point 3 du jugement attaqué, qu’il convient d’adopter en appel.
Sur les dommages liés à une opération de travaux publics :
En ce qui concerne les préjudices résultant de l’occupation temporaire du terrain :
4. L’article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles prévoit que : « Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif a, F... une décision qui n'est plus susceptible de recours, décliné la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, toute juridiction de l'autre ordre, saisie du même litige, si elle estime que le litige ressortit à l'ordre de juridiction primitivement saisi, doit, F... une décision motivée qui n'est susceptible d'aucun recours même en cassation, renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider sur la question de compétence ainsi soulevée et surseoir à toute procédure jusqu'à la décision du tribunal. ».
5. Les actes intervenus au cours d’une procédure judiciaire ou se rattachant directement à celle-ci ne peuvent être appréciés soit en eux-mêmes, soit dans leurs conséquences que F... l’autorité judiciaire. L’occupation d’une partie de la terrasse de la propriété des requérants a été autorisée, à la demande du syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence, F... une ordonnance de référé du 22 avril 2014 du président du tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence. Les conclusions de Mme B... et de M. C... tendant à la réparation des préjudices nés de l’occupation de cette terrasse, à savoir une perte de jouissance et une perte d’intimité du fait de l’accès des ouvriers du chantier à la palissade installée dans cette cour, portent ainsi sur les conséquences d’une procédure judiciaire. Il apparaît ainsi que cette partie du litige relève de la compétence des juridictions de l’ordre judiciaire.
6. Toutefois, la juge de la mise en état du tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence, F... une ordonnance du 21 décembre 2018 devenue définitive, a décliné la compétence des tribunaux de l’ordre judiciaire pour connaître du litige introduit F... Mme B... et M. C... à l’encontre de la métropole Aix-Marseille-Provence.
7. Dans ces conditions, il convient d’appliquer les dispositions de l’article 32 du décret du 27 février 2015 pour renvoyer au Tribunal des conflits le soin de décider sur la question de compétence ainsi soulevée, et de surseoir à toute procédure jusqu’à la décision de ce dernier.
En ce qui concerne les autres préjudices :
8. En premier lieu, la métropole Aix-Marseille-Provence, qui vient aux droits du syndicat d’agglomération nouvelle Ouest France, est responsable des dommages causés F... l’opération de travaux publics dont le syndicat était maître d’ouvrage. La cession ultérieure de l’ensemble immobilier où ces travaux ont été réalisés est sans incidence sur sa responsabilité.
9. En deuxième lieu, le tribunal administratif a écarté la demande de Mme B... au titre d’une perte de revenus F... des motifs appropriés, figurant au point 9 du jugement attaqué, qui ne sont pas contestés et qu’il y a lieu d’adopter en appel.
10. En troisième lieu, les affirmations des requérants sur les menaces et le harcèlement dont ils auraient été victimes au cours des travaux ne sont pas établies F... les pièces du dossier. Il en va de même du lien allégué entre les travaux et les troubles dépressifs dont aurait souffert Mme B..., ainsi qu’avec l’incapacité ayant entraîné sa mise à la retraite pour invalidité à compter du 1er août 2016. En revanche, les travaux ont entraîné des nuisances sonores, odeurs, vibrations, ainsi que des émanations de poussière jusqu’à l’intérieur de l’habitation, entre le 27 mai 2014 et le 24 février 2015, date de l’achèvement des travaux. Contrairement à ce que soutient la métropole Aix-Marseille-Provence, ce dommage, qui excède ceux que sont normalement appelés à supporter les riverains d’une opération de chantier, revêt un caractère grave et spécial. Les nuisances ont eu un retentissement important sur la vie de Mme B... et de M. C... au cours de cette période, durant laquelle Mme B... a souffert de troubles du sommeil. Le préjudice moral qui en résulte n’est pas distinct des troubles de toute nature dans les conditions d’existence des requérants, contrairement à ce qu’a jugé le tribunal administratif. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, incluant le préjudice moral, en retenant la somme de 12 000 euros, dont devront toutefois être déduites les sommes déjà versées au titre de la provision accordée sur ce point F... l’ordonnance du 22 avril 2014 du juge des référés du tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence.
Sur les dommages liés à l’existence et au fonctionnement d’un ouvrage public :
11. Ainsi que l’a déjà retenu le tribunal administratif, la parcelle dont les requérants sont propriétaires est située en zone urbaine et enclavée au cœur d’un ensemble bâti. Il ressort des photographies produites au dossier qu’elle présente un ensoleillement comparable à celui dont elle bénéficiait avant les travaux. Les nuisances sonores et la pollution provenant des appareils de ventilation et d’aération de l’immeuble du centre social Albert Schweitzer ne sont pas établies F... les pièces du dossier. En outre, ces appareils ne sont pas situés dans un environnement présentant un cachet architectural ou esthétique particulier. Leur caractère inesthétique n’excède pas les inconvénients normaux du voisinage. Enfin, le préjudice moral allégué F... Mme B... est sans lien avec l’existence et le fonctionnement de l’ouvrage à l’issue des travaux. Il suit de là que les dommages permanents résultant de la présence du centre social Albert Schweitzer ne présente pas un caractère grave et spécial. La responsabilité de la commune de Miramas n’est donc pas engagée.
12. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la somme de 29 000 euros que la métropole Aix-Marseille-Provence a été condamnée à verser à Mme B... et à M. C... F... le tribunal administratif doit être réduite à 12 000 euros, que le jugement attaqué doit être réformé dans cette mesure, et que le surplus des conclusions de Mme B... et M. C..., ainsi que que de la métropole, doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées F... les parties sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du 11 juin 2021 du tribunal administratif de Marseille est annulé en tant qu’il s’est prononcé au fond sur les conclusions de Mme B... et de M. C... tendant à la réparation des préjudices nés de l’occupation de la terrasse de leur habitation.
Article 2 : Les conclusions mentionnées à l’article 1er sont renvoyées au Tribunal des conflits.
Article 3 : Il est sursis à statuer sur les conclusions mentionnées à l’article 1er jusqu’à ce que le Tribunal des conflits ait tranché la question de savoir quel est l’ordre de juridiction compétent pour connaître de cette partie du litige.
Article 4 : La somme de 29 000 euros que la métropole Aix-Marseille-Provence a été condamnée à verser à Mme B... et à M. C... à l’article 1er du jugement attaqué est réduite à 12 000 euros, et le jugement est réformé sur ce point.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B... et à M. E... C..., à la métropole Aix-Marseille-Provence et à la commune de Miramas.
Délibéré après l’audience du 5 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Bocquet, président,
- Mme Vincent, présidente assesseure,
- M. Mérenne, premier conseiller.
Rendu public F... mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.