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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA03985

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA03985

mardi 28 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA03985
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBRACCINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 15 juin 2021 du préfet de Vaucluse l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2105431 du 23 juillet 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2021, M. B, représenté par

Me Braccini, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 23 juillet 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse du 15 juin 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de

150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à Me Braccini au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a méconnu les dispositions du 8° de l'article L. 314-11 et L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il présentait un risque de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit car le préfet n'a pas fondé sa décision sur l'ensemble des critères prévus par l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a des conséquences excessives sur sa situation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité turque, né le 5 février 1998, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du

15 juin 2021 du préfet de Vaucluse lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. S'agissant des moyens invoqués par M. B tirés de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et de ce qu'il aurait méconnu les dispositions de l'article L. 314-11 et L. 711-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifiées depuis 1er mai 2021 aux articles L. 424-1 et suivants, qui avaient été précédemment invoqués devant les juges de premières instance, à l'appui desquels le requérant reprend purement et simplement l'argumentation soumise aux juges de première instance, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif aux points 3 à 6 de son jugement dès lors, en particulier, que le requérant ne fait état devant la Cour d'aucun élément distinct sur sa situation personnelle et familiale de ceux qui avaient été précédemment soumis aux juges de première instance.

Sur les conclusions dirigées contre la décision refusant tout délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la page 2 de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est dépourvu de documents d'identité, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, ne possède pas d'hébergement stable et s'est maintenu irrégulièrement en France, sans solliciter de titre de séjour. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de sa destination :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la tortue ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article L. 513-2 devenu L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

9. M. B persiste à soutenir en appel qu'il a été victime de persécutions en Turquie en raison de son origine kurde. Toutefois, il ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses allégations et se borne à évoquer quelques généralités sur la situation des kurdes dans son pays. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnée aux articles L. 612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Contrairement à ce que soutient M. B, si le préfet doit tenir compte, pour prononcer, à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer sa durée, des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même l'ensemble de ces critères ne serait pas satisfait. Dès lors, en se bornant à soutenir que le préfet n'a pas mentionné le critère tiré de la menace que représente l'étranger pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En deuxième lieu, si M. B soutient pour la première fois en appel que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a des conséquences excessives sur sa situation, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ne démontre pas avoir résidé habituellement en France et qu'il ne justifie pas avoir créé sur le territoire français des liens personnels et familiaux intenses et stable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

13. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M A B et à Me Braccini.

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Fait à Marseille, le 28 juin 202

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