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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA04185

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA04185

lundi 16 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA04185
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantALMAIRAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 18 septembre 2021, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2104827 du 22 septembre 2021, la magistrate désignée du tribunal de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2021, M. A, représenté par Me Almairac, demande à la Cour :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler le jugement du 22 septembre 2021 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2021 ;

4°) d'ordonner l'effacement de son signalement au fichier système d'information Shengen ;

5°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet ne s'est pas livré à un examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'une demande de réexamen est pendante devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et démontre résider sur le territoire national depuis 2018.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité albanaise, relève appel du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 18 septembre 2021, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en reprenant, pour l'essentiel, les moyens invoqués devant le premier juge.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A, a été admis à l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle compétent du 17 décembre 2021. Dans ces conditions, il n'y a plus de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, tenant à ce que M. A est entré et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. L'arrêté fait état de ce qu'il est marié et père de trois enfants, qu'il ne dispose pas de liens anciens, stables et intenses en France dès lors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans dans son pays d'origine, qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien de ses enfants avec lesquels il ne démontre pas la réalité des liens. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir ni que l'arrêté attaqué en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire serait insuffisamment motivé en la forme, ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur :/ () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du rejet de sa première demande d'asile, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 15 octobre 2019. M. A n'a pas déféré à cette obligation et il a été interpellé, le 17 septembre 2021, au sein d'un " squat " en possession de faux documents d'identité. A la suite de cette interpellation, le préfet, constatant la situation irrégulière de l'intéressé, a pris à son encontre l'arrêté attaqué. Postérieurement à cet arrêté et alors qu'il était placé en rétention administrative, M. A a saisi l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides en vue du réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par une décision du 1er octobre 2021 et le recours formé par M. A à l'encontre de cette décision a été rejeté par une ordonnance n° 21054765 de la Cour nationale du droit d'asile du 18 novembre 2021. Le requérant ne peut donc, en tout état de cause, utilement soutenir qu'à la date de l'arrêté attaqué, il était en droit de se maintenir sur le territoire français durant l'examen de sa demande d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ()eu ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, ou à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A est entré en France en 2018 afin d'y demander l'asile, accompagné de son épouse, de sa fille majeure âge de 25 ans et de sa fille mineure âgée de 14 ans. Pas plus qu'en première instance, M. A ne fait état de l'existence de liens suffisamment anciens, stables et intenses en France, alors même qu'il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans. La circonstance que sa fille majeure se soit vue reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 septembre 2021 ne saurait suffire à établir que l'arrêté attaqué porte au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales doivent être écartés.

8. En troisième lieu, M. A n'établit pas plus en appel qu'en première instance l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui justifieraient son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a refusé de régulariser sa situation au titre de cet article.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Si la fille mineure du requérant est scolarisée en France, rien ne fait obstacle à ce qu'elle continue sa scolarité dans son pays d'origine, eu égard à son âge et au caractère récent de son arrivée sur le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée par deux décisions successives de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides des 12 septembre 2019 et 1er octobre 2021, dont le bien-fondé a été confirmé par une décision et une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile des 3 février 2020 et 18 novembre 2021. Si M. A persiste à se prévaloir des risques qu'il encourrait en cas de retour en Albanie, il n'apporte aucune justification à l'appui de ses allégations alors que la Cour nationale du droit d'asile a jugé, dans sa dernière ordonnance, que " s'il déclare qu'il ferait l'objet de menaces régulières de la part de l'ex compagnon de sa fille, la teneur, la fréquence et l'intensité de ces menaces et les raisons pour lesquelles il serait personnellement visé, alors qu'il ne serait pas directement impliqué dans l'attaque de l'ex compagnon de sa fille, n'ont fait l'objet d'aucun description probante. De même s'il produit deux attestations relatant l'incendie de son commerce, édictées le 28 août et le 2 octobre 2019, soit avant la dernière décision définitive statuant sur sa demande initiale, ces documents, rédigées en des termes succincts, non assortis d'éléments sur les circonstances de l'incendie, l'auteur présumé et le lien entre celui-ci et les craintes alléguées, sont insuffisamment probants pour déterminer la réalité de ses craintes personnelles. En tout état de cause, une de ces attestations, délivrée par le parquet du tribunal de première instance, mentionne qu'une enquête a été diligentée pour déterminer les circonstances et les auteurs de l'incendie, de sorte que l'ineffectivité de la protection des autorités de son pays ne peut être tenue pour établie. Dès lors, à supposer ses craintes réelles, ce document ne saurait, en tout état de cause, modifier l'appréciation du bien-fondé de sa demande. L'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire à sa fille par une décision de la Cour du 12 octobre 2021 est sans incidence sur l'appréciation du caractère personnel de ses craintes en cas de retour ". Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En sixième lieu, s'agissant du moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

15. Compte tenu de la durée du séjour de M. A en France, de l'absence de liens anciens avec la France et de la circonstance qu'il avait méconnu une précédente obligation de quitter le territoire français, et quand bien même sa fille majeure est désormais autorisée à y résider sous couvert de la protection subsidiaire, le préfet des Alpes-Maritimes a pu prononcer une interdiction de retour d'une durée de deux ans sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant rappelé qu'en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'abrogation de cette mesure peut être demandée à tout moment, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français a été exécutée.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Almairac.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 16 mai 202

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