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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA04189

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA04189

mercredi 8 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA04189
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantHUSSEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A, de nationalité togolaise, a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la décision en date du 1er mars 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la date de notification et a fixé le pays de destination et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Par ordonnance n° 2107337 du 21 septembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête pour tardiveté.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, M. A, représenté par Me Hussein, demande à la Cour :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler cette ordonnance du 21 septembre 2021 ;

3°) d'annuler cet arrêté du 1er mars 2021 ;

4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de Me Hussein, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

1°) sur la recevabilité de sa requête devant le tribunal :

- c'est à tort que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête pour tardiveté ;

- faute d'indication de voies et délais de recours exactes, le délai de recours contentieux n'a pu courir, conformément aux dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative ;

2°) sur la légalité de l'arrêté :

- l'arrêté querellé est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable et en tout état de cause mal fondée.

Un mémoire a été enregistré le 19 mai 2022, présenté pour M. A, et non communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

La présidente de la Cour a décidé, par décision du 23 mai 2022, de désigner M. Philippe Portail, président assesseur, pour présider par intérim la 6éme chambre en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gilles Taormina, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité togolaise, a fait l'objet d'un arrêté en date du 1er mars 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a " rejeté sa demande d'asile " présentée le 12 août 2019, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. A relève appel de l'ordonnance n° 2107337 du 21 septembre 2021 par laquelle la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête en raison de son irrecevabilité manifeste en application des dispositions de l'article R. 776-15.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille le 17 décembre 2021. Les conclusions de l'intéressé tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ont dès lors perdu leur objet.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

3. Aux termes de l'article R. 776-15 du code de justice administrative : " Les jugements sont rendus, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. / Les attributions dévolues par les dispositions réglementaires du présent code à la formation de jugement ou à son président sont exercées par ce magistrat. Il peut, par ordonnance : () 4° Rejeter les recours entachés d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance. ". Aux termes de l'article L. 511-1 I du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'union européenne, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 776-1 du code de justice administrative : " I L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 3°, 5°, 7° ou 8° du I de l'article L. 511-1 ou sur le fondement de l'article L. 511-3-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II de l'article L. 511-1 ou au sixième alinéa de l'article L. 511-3-1 peut, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'interdiction de circulation sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. I bis. L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II du même article L. 511-1 peut, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant.. / La même procédure s'applique lorsque l'étranger conteste une obligation de quitter le territoire fondé sur le 6° du I dudit article L. 511-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment. Dans cette hypothèse, le président du tribunal administratif ou le juge qu'il désigne à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations". Aux termes de l'article R. 776-2-I du code de justice administrative : "Conformément aux dispositions du I bis de l'article L. 512-1 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 743-3 du même code.".

4. M. A ayant fait l'objet, par l'arrêté querellé qui lui a été notifié le samedi 6 mars 2021, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, après que sa demande d'asile ait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 25 novembre 2019 confirmée par la cour nationale du droit d'asile par décision du 20 janvier 2021, en application du 6 du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il disposait, en application des dispositions sus-rappelées, d'un délai de quinze jours pour saisir le tribunal administratif d'un recours contentieux contre cet arrêté. Il ressort des pièces du dossier que la notification de l'arrêté du 1er mars 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement du 6 du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comportait la mention erronée d'un délai de recours contentieux d'une durée de trente jours prévu par les dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non celle d'un délai de quinze jours prévu au I-bis du même article, lequel n'est pas susceptible d'une prorogation par le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. La mention erronée d'un délai de trente jours, lequel est susceptible d'être interrompu par le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, comporte une ambiguïté de nature à induire en erreur l'intéressé sur les modalités selon lesquelles son recours juridictionnel doit être formé. Le délai de quinze jours n'étant pas indiqué dans l'arrêté querellé, mais celui de trente jours, il devait être fait application de celui-ci.

5. Il ressort des pièces du dossier que dans ce délai de trente jours indiqué à tort, et qui expirait le 6 avril 2021 à 24h00, M. A a formé le 6 avril 2021 une demande d'aide juridictionnelle, laquelle a interrompu ce délai, à laquelle il a été fait droit par décision du 23 juin 2021. Faute que soit connue la date à laquelle a été notifiée à M. A cette décision d'attribution de l'aide juridictionnelle, le délai de recours contentieux n'était pas expiré lorsque, le 17 août 2021, il a enregistré devant le tribunal une demande d'annulation, qui était donc recevable. Par suite, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté pour sa demande comme manifestement irrecevable en raison de sa tardiveté. Cette ordonnance doit, en conséquence, être annulée.

6. Il résulte de ce qui précède que l'ordonnance attaquée est entachée d'irrégularité et doit être annulée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Marseille pour qu'il statue sur la demande de M. A.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions de M. A tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : L'ordonnance n° 2107337 rendue le 21 septembre 2021 par la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille est annulée.

Article 3 : M. A est renvoyé devant le tribunal administratif de Marseille pour qu'il soit statué sur sa demande.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2022, où siégeaient :

- M. Philippe Portail, président par intérim, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,

- M. Gilles Taormina, président assesseur,

- M. François Point, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juin 2022 :ia

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