Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... C... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé son admission au séjour et l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination et d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois aux fins de lui délivrer un titre de séjour et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Par un jugement n° 2104182 du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021, Mme C..., représentée par Me Leonard, demande à la Cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 30 septembre 2021 ;
2°) d’annuler cet arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 avril 2021 ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation aux fins de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d’un mois suivant l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros hors taxes (HT) soit 5 800 euros toutes taxes comprises (TTC) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au bénéfice de Me Léonard, qui s’engage à renoncer à percevoir la part contributive de l’Etat conformément aux dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- au titre de la légalité externe :
* les trois décisions en litige sont dépourvues de motivation propre à sa situation, et le tribunal n’a pas répondu à cette argumentation ;
* la mesure d’éloignement a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l’Union européenne garantissant les droits de la défense, faute pour le préfet de l’avoir préalablement informée de ce qu’elle était susceptible de faire l’objet d’une telle décision et l’avoir mise en mesure de présenter ses observations ;
* la décision fixant le pays de renvoi n’a pas été signée d’une autorité ayant reçu à cet effet délégation préalablement publiée et les premiers juges ne se sont pas prononcés sur cet argument ;
- au titre de la légalité interne :
* en lui refusant un titre de séjour, malgré sa présence en France et son intégration dans la société française depuis 2015, le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur d’appréciation au regard des dispositions du 7° de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d’appréciation ;
* le refus d’admission au séjour méconnaît également les prévisions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
* la mesure d’éloignement et la décision fixant le pays de renvoi sont contraires aux stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
* l’illégalité de la mesure d’éloignement emporte celle de la décision fixant le pays de renvoi.
Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. B....
Considérant ce qui suit :
Mme C..., née en 1974 et de nationalité géorgienne, a sollicité le 3 novembre 2017 la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui lui a été refusé par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 13 juin 2018 lui faisant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêt du 28 septembre 2020, la Cour a rejeté l’appel de Mme C... contre le jugement du tribunal administratif de Marseille du 18 mars 2019 rejetant son recours tendant à l’annulation de cet arrêté. Le 19 janvier 2021 Mme C... a sollicité sur le fondement des dispositions du 7° de l’article L. 313-11 du même code la délivrance d’un titre de séjour. Mais par un arrêté du 20 avril 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à cette demande, a fait obligation à Mme C... de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 30 septembre 2021, dont Mme C... relève appel, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté pris en ses trois objets.
Sur la régularité du jugement attaqué :
Contrairement à ce que soutient l’appelante, le tribunal a répondu, d’une part, à son moyen tiré du défaut de motivation des trois décisions en litige, alors même qu’il n’était pas articulé à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi, au point 4 de son jugement, et d’autre part, au moyen tiré de l’incompétence du signataire de cette dernière mesure, au point 12 du jugement qui, pour ce faire, renvoie à son point 2. Elle n’est donc pas fondée à soutenir que le jugement attaqué serait pour ces raisons entaché d’irrégularités.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
Premièrement, il y a lieu d’écarter les moyens tirés par Mme C..., d’une part, du défaut de motivation des décisions litigieuses, d’autre part, du défaut de justification d’une délégation publiée avant la signature de la décision fixant le pays de renvoi et enfin, de la méconnaissance par la mesure d’éloignement du principe général du droit de l’Union européenne garantissant les droits de la défense, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal et énoncés avec suffisamment de précision, respectivement aux points 4, 12 et 8 de son jugement.
Deuxièmement, dès lors qu’un étranger ne détient aucun droit à l’exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, Mme C... ne peut utilement se prévaloir, y compris sur le fondement des dispositions de l’article L. 312-3 du code des relations entre le public et l’administration, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l’intérieur du 28 novembre 2012 pour l’exercice de ce pouvoir. Son moyen tiré de la méconnaissance de cette circulaire par la décision de refus en litige est donc inopérant.
Troisièmement, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Aux termes des dispositions de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » est délivrée de plein droit : (…) / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313 2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».
Si Mme C... se prévaut de sa présence en France depuis le 18 mars 2015 et affirme s’y être intégrée et y avoir constitué l’essentiel de ses intérêts personnels et familiaux, l’intéressée, qui ne justifie pas de la date et de la régularité de son entrée sur le territoire français, ne produit, pour la période allant de novembre 2015 à novembre 2019, que des pièces de nature médicale et des justificatifs de renouvellement de sa carte d’aide médicale d’Etat, ainsi que, pour l’année 2018, d’un contrat et de son avenant pour un hébergement associatif en chambre d’hôtel pendant deux mois, qui révèlent seulement les motifs médicaux de sa présence en France au titre de cette période, lesquels n’ont pas justifié légalement la délivrance d’un titre de séjour, ainsi qu’il a été dit au point 1. La conclusion à compter du 28 novembre 2019 et jusqu’au 14 juin 2021, de contrats d’action d’aide à la vie active, avec une association qui assure son hébergement depuis le 14 mai 2018, afin d’exercer en atelier une activité de manutentionnaire, à raison de 60 heures par mois, et moyennant une rétribution de 200 euros environ, n’est pas, même accompagnée d’enseignements de la langue française suivis par l’intéressée depuis 2018, de nature à témoigner d’un processus durable et stable d’insertion socioprofessionnelle. Dans ces conditions, Mme C..., veuve et sans enfant, qui ne dispose pas d’attache familiale en France et n’allègue pas ne plus en disposer dans son pays d’origine, n’est pas fondée à soutenir qu’en lui refusant un titre de séjour, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et en fixant le pays de renvoi, le préfet aurait porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte excessive au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point 5 ne peut donc être accueilli. Il doit en aller de même, pour les mêmes motifs, de ses moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur de fait dans l’application de ces textes, et de son moyen tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation des effets des mesures en litige sur sa situation personnelle, sans qu’y fasse obstacle la circonstance, attestée par un courrier d’une entreprise de nettoyage du 21 novembre 2021, que l’intéressée disposerait d’une promesse d’embauche en contrat à durée indéterminée en cas de régularisation de sa situation administrative.
Enfin, la mesure d’éloignement en litige n’étant pas affectée des illégalités dénoncées par l’appelante, celle-ci n’est pas fondée à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.
Il résulte de tout ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 avril 2021. Sa requête d’appel doit donc être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d’injonction et les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DéCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... C..., à Me Léonard et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.