lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA00001 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | HERIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du ministre de l'éducation nationale du 25 septembre 2018 en tant qu'il procède à son reclassement dans le corps des professeurs agrégés de classe normale, 11ème échelon, avec une ancienneté conservée de treize jours au 1er septembre 2018, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Par un jugement n° 1903321 du 8 novembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2022, Mme A, représentée par Me Hérin, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 8 novembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté attaqué, en tant qu'il limite sa reprise d'ancienneté dans le 11ème échelon à treize jours ;
3°) en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de statuer de nouveau sur sa demande, valablement présentée, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt, sous une astreinte de 250 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir à l'encontre de la décision attaquée qui lui est défavorable ;
- sa requête enregistrée dans le délai de recours contentieux est recevable ;
- le tribunal a omis de répondre aux moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- l'arrêté attaqué méconnait l'article 9 du décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951 en vigueur au jour du reclassement et est entaché d'erreur d'appréciation.
Un courrier du 5 avril 2023 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il s'en remet à son mémoire en défense de première instance.
Par ordonnance du 8 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 51-1423 du 5 décembre 1951 modifié ;
- le décret n°72-580 du 4 juillet 1972 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la Cour a désigné M. Renaud Thielé, président assesseur de la 6ème chambre pour présider, en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative, la formation de jugement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Isabelle Gougot, rapporteure,
- et les conclusions de M. François Point, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du ministre de l'éducation nationale du 25 septembre 2018, Mme A a été classée au 11ème échelon du grade des professeurs agrégés de classe normale, avec une ancienneté conservée de treize jours au 1er septembre 2018, date de sa titularisation dans ce corps. Le 11 décembre 2018, Mme A a formé un recours gracieux auprès du ministre de l'éducation nationale en demandant le réexamen de son ancienneté dans l'échelon auquel elle a été reclassée dans son nouveau corps. Elle relève appel du jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1903321 du 8 novembre 2021 qui a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté du 25 septembre 2018 ainsi que de la décision implicite née du silence gardé sur son recours gracieux du 11 décembre 2018 en tant qu'ils limitent sa reprise d'ancienneté au 11ème échelon à treize jours .
Sur les conclusions en annulation :
2. L'article 5 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré dispose que : " Les professeurs agrégés sont recrutés : 1° Parmi les candidats qui auront satisfait aux épreuves de l'agrégation ; / 2° Dans la limite d'une nomination pour sept titularisations prononcées l'année précédente dans une discipline au titre du 1° ci-dessus parmi les professeurs certifiés, [] ayant répondu à un appel de candidatures dans des conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'éducation. Les services accomplis en qualité de directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques sont assimilés à des services d'enseignement. / Les nominations prévues au titre du présent 2° sont prononcées après inscription sur une liste d'aptitude arrêtée chaque année par le ministre chargé de l'éducation, après avis du groupe des inspecteurs généraux de l'éducation nationale de la discipline concernée et de la commission administrative paritaire nationale du corps des professeurs agrégés, sur la proposition des recteurs d'académie. ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " () II. Les candidats recrutés en application de l'article 5 (2°) ci-dessus sont nommés et titularisés en qualité de professeur agrégé au 1er septembre de l'année au titre de laquelle est organisé le recrutement et classés, à cette date, selon les dispositions du décret du 5 décembre 1951 susvisé. ". L'article 8 du décret du 5 décembre 1951 portant règlement d'administration publique pour la fixation des règles suivant lesquelles doit être déterminée l'ancienneté du personnel nommé dans l'un des corps de fonctionnaires de l'enseignement relevant du ministère de l'éducation nationale dispose que : " Les fonctionnaires qui appartenaient déjà en qualité de titulaire à un corps de fonctionnaires de l'enseignement relevant du ministère de l'éducation nationale et les agents visés à l'article 11 ci-dessous sont nommés dans leur nouveau grade avec une ancienneté égale à leur ancienneté dans leur précédent grade multipliée par le rapport du coefficient caractéristique de ce grade au coefficient caractéristique du nouveau grade. ". Enfin selon l'article 9 de ce même décret : " Les différents grades de fonctionnaires sont affectés des coefficients caractéristiques suivants : / 1er groupe - professeur agrégé [] coefficient caractéristique 175 / [] 3e groupe - professeur certifié [} coefficient caractéristique 135. " Enfin l'article 10 du même décret précise que : " L'ancienneté dans le précédent grade est déterminée selon les modalités suivantes : / 1° Lorsque le fonctionnaire était classé à la classe exceptionnelle du corps auquel il appartenait, l'ancienneté est égale à l'ancienneté d'échelon acquise par l'intéressé, augmentée de la durée des services nécessaires pour accéder, sur la base de l'avancement à l'ancienneté, à un échelon de la classe normale déterminé selon les dispositions figurant à l'annexe I. ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'avant sa nomination, en application de l'article 5 2° du décret du 4 juillet 1972 cité au point précédent, dans le corps des agrégés après inscription sur une liste d'aptitude par arrêté du 22 juin 2018, Mme A avait été classée, par arrêté du recteur de l'académie d'Aix-Marseille du 15 mars 2018, au 4e échelon de la classe exceptionnelle du corps des professeurs certifiés, et ce à compter du 1er septembre 2017, avec un report d'ancienneté d'un an et trois mois. Mme A justifiait donc au 1er septembre 2018 d'une ancienneté dans cet échelon de deux ans et trois mois.
4. Si en application de la grille d'échelonnement indiciaire de l'article 13 du décret du 4 juillet 1972 qui fixe la durée du temps passé dans chacun des échelons des grades du corps des professeurs agrégés, elle devait en effet être classée, compte tenu de ses vingt-six ans d'ancienneté, au 11ème échelon du grade des professeurs agrégés, en revanche, en application de l'article 10 1° du décret du 5 décembre 1951 qui renvoie à l'annexe I, une majoration de treize ans s'appliquait, ce qui induit une durée de service de trente-neuf ans (26+13).
5. En cumulant la durée de services de trente-neuf ans et son ancienneté dans le 4ème échelon évoquée au point 3, de deux ans et trois mois, Mme A pouvait donc revendiquer une ancienneté dans le précédent grade de quarante-et-un ans et trois mois.
6. Cette ancienneté de quarante-et-un ans et trois mois, qui correspond à quatre cent quatre-vingt-quinze mois, après application du coefficient multiplicateur de 135 / 175, figurant dans le tableau de l'article 9 du décret du 5 décembre 1951, correspond à une ancienneté de trente-et-un ans, neuf mois et vingt-six jours.
7. Une telle ancienneté lui permettait, en application de la grille d'avancement du grade d'agrégé de la classe normale qui figure à l'article 13 du décret du 4 juillet 1972 qui implique 26 ans d'ancienneté pour le 11ème échelon, de conserver une ancienneté de cinq ans, neuf mois et vingt-six jours.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, Mme A est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2018, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, en tant qu'ils limitent sa reprise d'ancienneté dans le 11ème échelon à treize jours.
Sur les conclusions en injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". L'article L. 911-3 du même code précise que : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
10. Eu égard aux motifs du présent arrêt, son exécution implique que l'administration statue de nouveau sur sa demande. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1903321 du 8 novembre 2021 est annulé.
Article 2 : L'arrêté du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse du 25 septembre 2018 et la décision implicite de rejet du recours gracieux de Mme A sont annulés en tant qu'ils limitent sa reprise d'ancienneté dans le 11ème échelon à treize jours.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de statuer à nouveau sur la demande de Mme A.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 2 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, où siégeaient :
- M. Renaud Thielé, président assesseur, présidant la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Isabelle Gougot, première conseillère,
- Mme Isabelle Ruiz, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juillet 2023.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026