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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA00098

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA00098

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA00098
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantLEONARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B épouse A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 février 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2104862 du 22 octobre 2021 le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2022, Mme B épouse A, représentée par Me Leonard, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 22 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois aux fins de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé au regard des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ; le tribunal n'a pas répondu à cet argument ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation de signature régulière de son auteur ; le tribunal ne s'est pas prononcé sur cet argument ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter préalablement des observations, en méconnaissance du droit d'être entendu, du principe du contradictoire, du principe général du droit de l'Union Européenne du droit de la défense et d'une bonne administration ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le tribunal a méconnu la " circulaire Valls " du 28 novembre 2012 qui prévoit une régularisation spécifique pour les parents d'enfants scolarisés ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; et le tribunal n'a pas répondu à ce moyen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B épouse A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la circulaire N°NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dite " circulaire Valls " ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, de nationalité arménienne, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 26 février 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Sur la régularité du jugement :

2. Il ressort du point 4 du jugement attaqué que les premiers juges, qui ne sont pas dans l'obligation de répondre à tous les arguments avancés par les parties, ont répondu par une motivation suffisante au moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un défaut de motivation. Il ressort par ailleurs du point 18 du jugement que le tribunal a répondu au moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement serait illégale par voie de conséquences de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le jugement est irrégulier.

Sur le bien-fondé du jugement :

3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été signé par une autorité incompétente par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 2 du jugement attaqué, la requérante ne faisant état d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et vise notamment le 7° de l'article L. 313-11 et l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retrace le parcours de Mme B épouse A en France, rappelle ses conditions de séjour sur le territoire français et sa situation privée et familiale, relève que la scolarité de ses enfants mineurs pourra se poursuivre hors de France et précise que sa situation ne justifie pas sa régularisation. Par ailleurs, l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, prévoit que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Enfin, le visa des textes applicables suffit à assurer l'énoncé des considérations de droit qui constituent le fondement d'une décision, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui s'est substitué aux dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 invoquées par la requérante, sans que l'autorité administrative ne soit tenue de préciser le contenu de ces textes. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendue, qui a été présenté dans les mêmes termes en première instance, doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 5 à 8 du jugement de première instance, la requérante ne faisant état d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme B épouse A allègue résider de manière habituelle en France depuis le 13 novembre 2015. Si elle se prévaut de la présence en France de son époux, il n'est pas contesté que celui-ci se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. La production en première instance et en appel de pièces diverses constituées principalement de certificats médicaux, de courriers de l'assurance maladie, d'un échéancier EDF, de quelques correspondances de pôle emploi et d'avis d'impôt sur le revenu ne caractérise pas l'existence de liens suffisamment anciens, stables et durables en France ni d'une insertion professionnelle particulière. Par ailleurs, la seule circonstance que ses deux enfants sont nés respectivement les 23 août 2016 et 31 août 2020 à Marseille, ne saurait, à elle seule, établir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. A cet égard, ces derniers ne peuvent être regardés, eu égard à leur âge et à la durée de sa scolarisation pour le premier, comme ayant eux-mêmes noué des liens qui les attachent au territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. La décision de refus de titre de séjour n'implique pas par elle-même la séparation de la famille ni la rupture des liens entre la requérante et ses enfants. Enfin, rien ne fait obstacle à ce que la fille aînée de la requérante, scolarisée en moyenne section, continue sa scolarité dans son pays d'origine. Elle ne justifie ainsi d'aucun élément faisant obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Arménie, pays dont les membres de la famille ont la nationalité. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la décision contestée n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En sixième lieu, Mme B épouse A ne peut se prévaloir, en tout état de cause, de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, dès lors qu'elle ne justifie ni d'une vie familiale " caractérisée par une installation durable sur le territoire français depuis au moins cinq ans ", ni de la scolarisation de ses enfants " depuis au moins trois ans ".

11. En septième lieu, Mme B épouse A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ainsi qu'il a été dit précédemment, le moyen tiré de l'exception d'illégalité cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B épouse A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A et à Me Leonard.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 28 juillet 202

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