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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA00791

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA00791

lundi 13 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA00791
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCHARAMNAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 1er avril 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2104055 du 16 novembre 2021, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2022, M. C, représenté par Me Charamnac, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 16 novembre 2021 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, un récépissé provisoire l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas justifié dans celui-ci de la délégation de signature régulière de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il porte atteinte à son droit de se maintenir sur le territoire français dès lors qu'une procédure de réexamen de sa demande d'asile est pendante ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés dès lors que son pays d'origine est en guerre ;

- il méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 9° de l'article L. 611-3 du même code.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C de nationalité russe, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 1er avril 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis à l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle compétent du 24 mars 2022. Dans ces conditions, il n'y a plus de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le bien-fondé du jugement :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. B A, directeur adjoint de la réglementation, de l'intégration et des migrations. Par un arrêté n° 2021-152 du 8 février 2021, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le 9 février 2021 au recueil des actes administratifs spécial n° 41.2021 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. A a reçu délégation à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les actes et documents relevant de la compétence de cette direction, dont les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, et alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'oblige à mentionner les références de l'arrêté de délégation de signature dans l'acte signé par le délégataire, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public qui ont été abrogées et remplacées, à compter du 1er janvier 2016, par les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration mais doit être regardé comme ayant entendu se prévaloir de la méconnaissance de ces dernières dispositions. Toutefois, l'arrêté en litige comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, la mention du 11° de l'article L. 313-11 sur le fondement duquel l'intéressé avait demandé la délivrance d'un titre de séjour et du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors en vigueur, suffisait à préciser la base légale de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose, dans sa rédaction alors en vigueur, que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ()". Aux termes de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Par dérogation à l'article L. 743-1, sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, adoptée à Rome le 4 novembre 1950, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé lorsque : () / 4° L'étranger n'a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 723-11, qu'en vue de faire échec à une mesure d'éloignement () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'extrait de l'application Telemofpra produite par le préfet, que la première demande de réexamen de sa demande d'asile introduite par M. C le 24 mai 2018 a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du 29 juin 2018 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. En conséquence, le requérant ne bénéficiait plus, en application des dispositions combinées précitées, du droit de se maintenir sur le territoire français, en qualité de demandeur d'asile, à la date de l'arrêté attaqué, le 1er avril 2021, quand bien même une attestation lui avait encore été délivrée à cet effet par la préfecture des Alpes-Maritimes le 31 décembre 2019. Sa deuxième demande de réexamen n'a été déposée que le 31 mai 2022. Elle ne saurait, en tout état de cause, faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français attaquée dès lors qu'elle a, de nouveau, été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 10 juin 2022, confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 21 octobre 2022, notifiée le 22 novembre 2022.

7. En quatrième lieu, M. C, qui ne s'est pas vu reconnaître la qualité de réfugié, ne peut, en tout état de cause, utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté attaqué, la méconnaissance du principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, auquel renvoie le dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. C persiste à se prévaloir des risques qu'il encourrait en cas de retour en Russie, il ressort de l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 21 octobre 2022 qu'il : " ne conteste sérieusement, dans le cadre de ses écritures devant la Cour, aucune des appréciations portées par l'Office sur les faits et éléments présentés à l'appui de sa demande de réexamen et ne fournit aucune information complémentaire tangible et personnalisée de nature à permettre d'admettre la recevabilité de celle-ci. En effet, les circonstances présentées comme étant à l'origine de son départ de son pays sont celles sur lesquelles l'Office et la Cour se sont déjà prononcés, et qui n'avaient pas été tenues pour établies. Le requérant ne fournit aucune explication circonstanciée et personnalisée sur la permanence des recherches qui seraient dirigées contre lui et sur la finalité de la convocation pour aller combattre dans le conflit russo-ukrainien, présentée comme un prétexte pour l'arrêter. Il se contente en effet de mentionner l'intention de la Douma de supprimer la limite d'âge de l'enrôlement dans l'armée. En outre, la seule mention de la répression menée par les autorités russes à l'égard de ressortissants d'origine tchétchène, en raison d'opinions politiques qui leur seraient imputées, et de la jurisprudence de la Cour n'est pas suffisante pour permettre d'infirmer la présente analyse, faute de déclarations personnalisées de sa part. Par ailleurs, s'il produit, à l'appui de sa demande de réexamen, une attestation du président de l'Association de l'union des tchétchènes de France du 26 septembre 2022, ainsi que plusieurs photographies, ces documents ne permettent pas, à eux seuls, de pallier l'insuffisance de ses propos et d'attester la réalité de ses craintes, en cas de retour dans leur pays d'origine. Enfin, les deux attestations délivrées les 24 novembre 2021 et 9 juin 2022, par une psychologue clinicienne de Nice, établissent un lien entre les séquelles psychiques du requérant, avec l'attentat survenu sur la promenade des Anglais en juillet 2016 et un accident dont il aurait été victime en 2019, et non avec les faits précédemment invoqués. Dans ces conditions, les faits et éléments présentés par M. C ne sont pas susceptibles de modifier l'appréciation portée sur le bien-fondé de sa demande et, par suite, n'augmentent pas de manière significative la probabilité qu'il justifie des conditions requises pour prétendre à une protection ". Le requérant ne fait état d'aucun élément nouveau dont la Cour nationale du droit d'asile n'aurait pas eu connaissance. Par suite, le moyen tiré des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, et notamment de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié./ La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code dans sa rédaction également alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été victime d'un traumatisme crânien modéré à la suite d'une chute survenue le 28 août 2019. Il a, à la suite de cet accident, bénéficié, sur l'avis favorable émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 31 mars 2020, d'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de neuf mois jusqu'au 22 février 2021. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, toutefois, par un nouvel avis du 2 mars 2021, estimé que le défaut de prise en charge médicale de M. C ne devrait plus désormais entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant fait valoir qu'il souffre toujours de séquelles neurologiques de son traumatisme crânien, et notamment de troubles vestibulaires et auditifs invalidants et, en outre, que, présent sur les lieux de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, il souffre également d'un état de stress post-traumatique nécessitant un traitement à base d'anxiolytiques et d'antipsychotiques, les bilans et examens médicaux versés en appel, constitués d'attestations de psychologues, d'un médecin et d'un psychiatre, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Eu égard au motif opposé, à titre principal, à sa demande, le requérant ne peut, en tout état de cause, utilement faire valoir qu'il ne pourrait bénéficier de manière effective d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 et du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C et à Me Charamnac.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 13 mars 2023

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