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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01086

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01086

mercredi 1 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01086
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGATHELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 2 novembre 2021 refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2110376 du 14 mars 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, M. A, représenté par Me Gathelier, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 14 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " et à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le 3° et le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne né en 1985, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 2 novembre 2021 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour " étranger malade ", l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les premiers vice-présidents () des cours, () peuvent, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

3. Tout d'abord il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige, qui a été évoqué dans les mêmes termes devant les juges de premier instance, par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif au point 2 de son jugement, le requérant ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à leur appréciation. Si le requérant invoque aussi, à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de renouvellement de séjour, les dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci concernent uniquement la motivation de la mesure d'éloignement et, en l'espèce, ne peuvent en tout état de cause être valablement avancées ainsi que l'a jugé le tribunal au point 6 de son jugement.

4. Ensuite, le moyen portant sur la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne doit être également écarté par adoption des motifs appropriés du tribunal figurant au point 5 du jugement, M. A n'apportant pas en cause d'appel d'élément pertinent susceptible de remettre en cause leur bien-fondé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : /() 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

6. En premier lieu, comme déjà relevé par le tribunal au point 5 de son jugement, M. A ne peut être regardé comme apportant la preuve d'une résidence régulière en France depuis plus de dix ans, en particulier pour la période allant du mois de juillet 2011 au mois de juillet 2013 et alors que le préfet indique sans être utilement contredit qu'il est entré en France pour la dernière fois le 13 juillet 2013.

7. En deuxième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. En l'espèce, par un avis du 11 juin 2020, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de soins ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et a ajouté que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Les certificats médicaux produits et notamment le dernier établi le 4 avril 2022, qui ne sont pas suffisamment circonstanciés et justifiés dans leurs conclusions, de même que le bénéfice de la reconnaissance de travailleur handicapé, ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'avis du collège des médecins. Par ailleurs, le rapport de l'assemblée générale des Nations Unis du 23 juin 2017, par son aspect général, ne permet pas de démontrer qu'il serait personnellement exposé à un risque vital en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet, qui n'était pas tenu de se prononcer sur l'accès aux soins dans son pays d'origine, dès lors qu'il mentionne que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, n'a pas méconnu les dispositions précitées du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, le moyen portant sur le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est inopérant comme l'a jugé le tribunal au point 7 de son jugement.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus par le tribunal, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Gathelier et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 1er juin 2022.

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