mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA01221 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SAMOURCACHIAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société civile d'exploitation agricole (SCEA) du Château des Gavelles a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la délibération du 18 octobre 2018 par laquelle le conseil de la Métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé la révision allégée n° 1 du plan local d'urbanisme d'Aix-en-Provence, en tant qu'elle a redéfini la limite d'urbanisation de la frange urbaine nord-ouest du village de Puyricard, ensemble la décision tacite rejetant son recours gracieux.
Par un jugement n° 1903479 du 21 février 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2022, la SCEA du Château des Gavelles, représentée par Me Samourcachian, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 21 février 2022 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d'annuler la délibération du 18 octobre 2018 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé la révision allégée n° 1 du plan local d'urbanisme d'Aix-en-Provence, en tant qu'elle a redéfini la limite d'urbanisation de la frange urbaine nord-ouest du village de Puyricard, ensemble la décision tacite rejetant son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal a omis de prendre en compte la note technique de l'expert M. A ;
- la délibération contestée méconnaît l'orientation 1.1.3 du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le principe de l'égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile d'exploitation agricole (SCEA) du Château des Gavelles demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre la délibération du 18 octobre 2018 par laquelle le conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence a approuvé la révision allégée n° 1 du plan local d'urbanisme (PLU) d'Aix-en-Provence, en tant qu'elle a redéfini la limite d'urbanisation de la frange urbaine nord-ouest du village de Puyricard, ensemble la décision tacite rejetant son recours gracieux.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours peuvent en outre, par ordonnance, rejeter, (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Si la société requérante soutient que le tribunal a omis de prendre en compte la note technique rédigée par M A, expert près la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, qui faisait état de ce que le classement en zone constructible des parcelles voisines de l'exploitation agricole entraînerait des conflits de voisinage liés à ladite exploitation, il ressort cependant des termes mêmes du jugement attaqué que les juges de première instance ont, au point 4 de leur jugement, écarté l'allégation liée aux risques de conflits de voisinage en considérant que : " cette circonstance est sans incidence sur le classement en zone agricole protégée de la parcelle eu égard à son caractère agronomique et biologique ". Dès lors, le jugement attaqué n'est entaché d'aucune irrégularité.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. () ". Selon l'article L. 151-5 de ce même code : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 151-8 de ce même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
5. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'orientation n° 1 du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) d'Aix-en-Provence, qui vise à " Conforter une ville de proximité à taille humaine, au service de ses habitants, soucieuse de son cadre de vie, organisée autour du centre urbain et de ses villages ", comporte une orientation 1.1.3 tendant à " Contenir le développement urbain en définissant des limites à l'urbanisation et en recomposant les secteurs de franges ", en s'appuyant sur les éléments marquants du paysage, à savoir notamment les routes et trames végétales, afin de fixer les limites des espaces urbains. En outre, l'orientation 1.3.2 de ce même projet, relative à " Des villages renforcés pour plus de proximité ", dispose concernant le village de Puyricard qu'il convient de le conforter " en tant que centralité de l'ensemble du secteur Nord de la commune dont la tendance au mitage par l'habitat diffus doit être endiguée par un recentrage de l'urbanisation autour de ce noyau ". D'une part, la seule circonstance que la parcelle litigieuse serait coupée de la zone agricole du plateau de Puyricard par de grandes haies reste sans incidence sur la légalité du classement contesté, notamment dans la mesure où l'orientation 1.1.3 précitée prévoit de s'appuyer, en premier lieu, sur les routes dans le but de fixer les limites des espaces urbains. En outre, la SCEA du Château des Gavelles ne saurait utilement soutenir que sa parcelle pourrait potentiellement devenir une " dent creuse ", alors même, d'une part, qu'elle est notamment séparée de la parcelle cadastrée section OA n° 0005, à l'ouest, par une route, et, d'autre part, que la possibilité de tracer la limite de l'urbanisation entre le chemin de Maliverny et la vieille route de Rognes, comme demandé par la société requérante, ne traduit en elle-même aucune incohérence dans la limite effectivement retenue par la délibération contestée. D'autre part, la limite de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 15 suit le tracé d'une haie le long de la limite sud de la parcelle litigieuse, qui, si elle peut être considérée comme discontinue, permet toutefois de dégager une limite claire et précise, au sud de laquelle sont déjà présents des lotissements. Ce tracé, qui permet de répondre à l'objectif de lutte contre le mitage clairement exposé concernant le village de Puyricard au sein de l'orientation 1.3.2 précitée du PADD, en s'appuyant sur une trame végétale ainsi qu'il est prévu par l'orientation 1.1.3 précitée de ce même document, ne saurait, dans ces conditions, être considéré comme incohérent au regard du PADD. Enfin, si la société requérante soutient qu'à terme, cette urbanisation fera obstacle à l'exploitation viticole de la parcelle litigieuse, et joint à cet effet des extraits d'articles de presse faisant notamment état de conflits de voisinage, cette circonstance est sans incidence sur le classement en zone agricole protégée de la parcelle eu égard à son caractère agronomique et biologique. Dans ces conditions, le maintien en zone agricole protégée de la parcelle cadastrée section NZ n° 0644 ne présente pas d'incohérence au regard des objectifs et orientations du PADD. Le moyen tiré de ce que la délibération contestée méconnaîtrait l'orientation 1.1.3 du PADD doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal aux points 3 et 4 de son jugement, qui n'appellent pas de précisions en appel.
8. En dernier lieu, si elle fait valoir que la délibération contestée méconnaîtrait le principe d'égalité des citoyens devant la loi et les charges publiques, la SCEA du Château des Gavelles, qui se borne à reprendre, au soutien de ce moyen, l'argumentation précédemment exposée au titre de la méconnaissance de l'orientation 1.1.3 du PADD, ne l'assortit pas des précisions permettant à la Cour d'en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de la SCEA du Château des Gavelles, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCEA du Château des Gavelles est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile d'exploitation agricole du Château des Gavelles.
Copie en sera adressée au conseil de la métropole Aix-Marseille-Provence.
Fait à Marseille, le 27 septembre 202nb