mercredi 29 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA01458 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | RUDLOFF |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2020 de la préfète des Alpes de Haute-Provence lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et prononçant une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Par un jugement n°2102579 du 31 août 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, M. B, représenté par Me Rudloff, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille en tant qu'il a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 16 décembre 2020 portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté préfectoral portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes de Haute-Provence d'effacer le signalement dans le fichier européen de non-admission ;
4°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à son conseil en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le tribunal a omis de statuer sur le caractère disproportionné de la mesure d'interdiction ;
- le tribunal a commis une erreur d'appréciation, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a commis une erreur de droit en indiquant que l'interdiction pouvait être d'une durée maximale de trois ans dès lors qu'il relevait du seul article L.511-1-III-4éme alinéa ;
- la mesure, qui n'est pas suffisamment motivée, est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne présente pas une menace pour l'ordre public et donc ne devait pas faire l'objet d'une interdiction de retour.
M.B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen, né le 14 novembre 1998, est entré en France depuis l'Italie en février 2017 et a formé une demande d'asile auprès de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence. Il a fait l'objet le 26 août 2017 d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes qui n'a pas été exécuté. Placé ultérieurement en procédure normale pour l'examen de sa demande d'asile, celle-ci a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 juin 2018 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 21 octobre 2020. Le 26 novembre 2019, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Par un arrêté du 16 décembre 2020, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du tribunal administratif de Marseille en tant qu'il a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 16 décembre 2020 portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les premiers vice-présidents () des cours, () peuvent, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement :
3. D'une part, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les motifs de nature à justifier l'interdiction de retour tant dans son principe que dans sa durée. Par suite, M. B ne peut valablement reprocher au tribunal d'avoir omis de répondre au moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure d'interdiction, moyen qu'il a visé et qu'il a redressé pour lui donner une portée utile en effectuant au point 23 de son jugement un contrôle normal.
4. D'autre part, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. B ne peut donc utilement soutenir dans le cadre de la contestation de la régularité du jugement attaqué que le tribunal aurait commis une erreur de droit, d'interprétation et manifeste d'appréciation.
Sur le bien-fondé du jugement :
5. En premier lieu, M. B soutient que le préfet a commis une illégalité en mentionnant une durée maximale de trois ans pour l'interdiction de retour. Mais le préfet a cité les dispositions applicables à l'espèce, issues de l'article L.511-1-III 4éme alinéa, lesquelles prévoient une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans. Ainsi, la mention de la durée de trois ans révèle uniquement une erreur de plume.
6. En second lieu, les moyens portant sur la motivation et sur l'erreur d'appréciation de la mesure d'interdiction de retour d'une durée de deux ans doivent être écartés par adoption des motifs appropriés des premiers juges figurant aux points 21 et 23 étant précisé, au surplus, que le tribunal avait cité les dispositions applicables concernant cette mesure et avait détaillé à bon droit et avec précision les modalités de son contrôle aux points 19 et 20 de son jugement.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles portant sur les frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Rudloff et au ministre de l'intérieur.
Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète des Alpes de Haute-Provence.
Fait à Marseille, le 29 juin 2022.